‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 191 sur 195 · MASSACKE DU LAC DES BOIS · texte numérisé non relu

MASSACKE DU LAC DES BOIS

au service des traiteurs de fourrures, se levaient généralement de grand matin et franchissaient souvent une assez grande distance avant de déjeuner. Mais ces mêmes voyageurs étaient tout aussi lents à quitter une place habitée, faisant quelquefois traîner jusqu'à midi les préparatifs de leur départ. Il est donc tout à fait impossible que les gens de Lavérendrye aient quitté le fort sans manger et se soient rendus à 20 ou 21 milles de là avant de prendre leur déjeuner. Pareil tour de force — car un rameur a d'ordinaire bon appétit — pourrait à peine être mis au crédit d'hommes qui, ainsi que le suppose à tort le P. Martin, arrivaient au terme d'un long voyage: il est absolument incroyable de gens qui ne faisaient que partir.

En ce qui est de la manière dont les compagnons de Lavérendrye furent massacrés, M. le juge L.-A. Prud'homme incline à croire que les Sioux tombèrent sur eux à l'improviste pendant qu'ils étaient en conseil, et qu'ils furent faits prisonniers, puis, pour une cause qu'il ne dit pas, tués jusqu'au dernier (V. " Les Cloches de Saint- Boniface ", vol. VIII, p. 213). Il base son opinion sur certaine remarque de Lavérendrye, d'après laquelle le parti qu'il envoyait dans l'Est aurait été massacré " par la plus grande de toutes les trahisons ".

Le savant juge a fait sur Lavérendrye et tout ce qui s'y rapporte des études approfondies. Son opinion mérite donc a priori la plus grande considération. Pourtant, avec l'expérience du caractère indien que nous avons acquise par un long séjour au milieu des aborigènes et l'examen pendant nombre d'années de documents se rapportant à la grande famille siouse, il nous est impossible de souscrire à cette explication du massacre. Vingt blancs armés étaient certainement un nombre suffisant pour en imposer à n'importe quel parti de sauvages dont la plupart n'avaient que des flèches pour toute arme, et nous ne pouvons voir comment les premiers se seraient laissés faire prisonniers sans la moindre résistance.

Ensuite, il n'entrait pas dans les mœurs des Indiens des Plaines de faire des prisonniers lorsqu'ils étaient excités

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par l'esprit de vengeance comme l'étaient les Sioux du lac des Bois. La remarque de Lavérendrye à propos de trahison ne nous semble point non plus avoir le sens que lui trouve Prud'homme. Tout père, parlant le français du temps, qui raconte le massacre d'un fils bien aimé par des gens auquels il n'a jamais fait de mal sera porté à parler de trahison. D'ailleurs le Sieur de Lavérendrye n'avait rien pour lui faire croire que ses hommes avaient d'abord été faits prisonniers, puisqu 'aucun d'eux n'avait échappé au massacre. Le fait que leurs têtes furent trouvées ensemble et sur des peaux de castor prouvait simplement qu'elles avaient été ainsi disposées par leurs bourreaux.

Enfin, comment certains de leurs assaillants purent-ils être tués ou blessés, ainsi qu'il appert de la découverte subséquente des canots sioux et de la remarque de Lavérendrye même que le savant juge cite une page auparavant, à savoir que les Sioux " ont eu des blessés et peutêtre des tués, car les Monsonis ont trouvé des membres d'hommes enterrés dans le sable ", si les blancs furent d'abord faits prisonniers? Il est absolument incroyable que les Indiens se soient montrés d'assez bon accommodement vis-à-vis d'eux pour se contenter de les faire prisonniers après que ceux-ci eussent répandu une goutte du sang de l'un des leurs, et il va sans dire que, une fois désarmés et prisonniers, ces blancs étaient dans l'impossibilité de rien faire à leurs assaillants.

Il est donc bien plus vraisemblable de penser que les 21 membres du parti furent massacrés pendant qu'ils prenaient leur souper autour du feu de bivouac à la façon des " voyageurs ", alors que, aveuglés par la lueur des flammes au point de ne point s'apercevoir de ce qui se tramait contre eux, ils furent assaillis par les sauvages qui avaient peut-être attendu, cachés ailleurs, ce moment favorable pour frapper un grand coup.

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