‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 192 sur 195 · LA DECOUVERTE DU FORT SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

LA DECOUVERTE DU FORT SAINT-CHARLES

Au cours des longues années qui s'écoulèrent après la tragédie que nous venons de raconter, l'identité même des lieux où elle s'était déroulée devint si douteuse que lorsque, peu après son avènement au siège de Saint-Boniface, Ms'' Langevin, 0. M. I., s'efforça de la mettre à l'abri de toute contestation, il se heurta à de sérieuses difficultés et fut condamné à un insuccès temporaire. L'île au Mas-^ sacre était connue des Indiens de la contrée comme un lieu à éviter, bien qu'ils ne pussent dire exactement pour quelle raison, et la place exacte du massacre est encore un sujet de discussion. Quant au site du fort Saint-Charles, où les restes du P. Aulneau et de ses compagnons furent définitivement inhumés, il avait jusqu'alors été un problème rempli du plus profond mystère.

Mais cette circonstance même ne fit que stimuler l'intérêt du nouvel archevêque et le porta à essayer par tous les moyens possibles de le découvrir et, avec lui, tout ce qui pouvait rester du missionnaire et des explorateurs. Dans ce but, il organisa à ses frais une expédition qu'il dirigea en personne et qui se composait, en outre de Sa Grandeur, des PP. J.-B. Baudin, 0. M. I., curé de Kénora sur le lac des Bois ; Jos. Blain, S. J., du collège de Saint-Boniface; Ch. Cahill et Thibaudeau, 0. M. I.; de l'abbé Béliveau, secrétaire de l'archevêque, et du juge L.-A. Prud'homme, auquel l'histoire des origines françaises de l'Ouest doit tant.

La plupart des membres de l'expédition quittèrent "Winnipeg pour le lac des Bois le l®"" septembre 1902. Grâce à sa connaissance de la langue indienne, le P Cahill n'eut pas de peine à procurer au parti les services de deux chefs

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indiens qui lui parlèrent de ruines de très anciennes cheminées qu'ils avaient vues dans leur jeunesse sur les bords d'une baie dans la partie occidentale du lac, un peu à l'ouest de l'île Buckete et d'un promontoire connu sous le nom de Pointe Américaine.

Après les avoir cherchées quelque temps, l'un des chefs appelé Powassin ne fut pas peu déconcerté de ne plus les trouver. Désespérant d'aboutir dans ses recherches, le groupe d'explorateurs venait de s'embarquer à l'exception de l'un de ses membres, le P. Thibaudeau, qui s'était attardé dans le bois et les hautes herbes du rivage, lorsque celui-ci s'écria qu'il venait de trouver quelque chose. C'étaient les restes d'un ancien foyer, des pierres carrées disposées de manière à former les trois côtés d'un rectangle, lesquelles accusaient à ne pas s'y tromper l'existence d'une cheminée dans un passé lointain, et par conséquent d'une bâtisse qui, dans un premier moment d'enthousiasme, fut proclamée comme ayant appartenu au fort si ardemment désiré. La confiance dans les traditions des Indiens fut par là ravivée, et les excursionnistes quittèrent la place avec l'intention de revenir plus tard compléter leur découverte.

En août 1905, le même endroit, ainsi que l'île au Massacre, fut de nouveau visité par M^ Langevin, accompagné cette fois de cinq Oblats, d'un Jésuite et du juge Prud'homme. Quelques autres tertres artificiels furent découverts et examinés sans occasionner aucun résultat appréciable.

Deux ans plus tard, une semblable expédition, composée d'un personnel analogue, compléta ce qu'on prenait alors pour la découverte du fort, au moyen d 'excavations, d'inspections et de mensurations plus ou moins scientifiques, au cours desquelles furent découvertes les ruines de trois cheminées, avec quelques objets de métal, comme une lime, des clous et la lame d'un couteau.

Ces résultats, tout encourageants qu'ils étaient, ne satisfirent point complètement les PP. Paquin, Cahill et autres, d'autant plus que la nature du sol ne paraissait

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point justifier la pensée que cette localité eût jamais pu être le siège d'un poste entouré d'une palissade comme on savait que le fort Saint-Charles l'avait été. Pendant ce temps, l'enthousiasme que M^^ Langevin avait su instiller dans ceux qui avaient fait partie des différentes expéditions avait porté le juge Prud'homme à faire fouiller les archives du ministère de la Marine, à Paris, où l'on trouva de précieux documents qui avaient trait à l'emplacement réel de cet établissement.

Le 10 juillet 1908, un autre parti, composé cette fois de Jésuites du collège de Saint-Boniface, se rendit au site déjà exploré, armé des documents de M. Prud'homme, des cartes et des comptes rendus des travaux des précédentes expéditions. Les membres de ces dernières s'étaient constitués, le 4 septembre 1902, en Société historique de Saint-Boniface, association qui a depuis obtenu sa reconnaissance légale dans le Manitoba.

Jusqu'alors toutes les recherches avaient été faites sur la rive nord de la baie. Un des membres du dernier parti d'exploration, le P. Paquin, ayant été mis dans l'impossibilité de rien faire par suite d'une blessure qu'il s'était infligée, utilisa ses loisirs en parcourant attentivement tout ce qui avait été écrit sur le sujet. Il tomba alors sur les passages suivants du compte rendu par le juge Prud'homme, de l'expédition de 1902, qui avait trait à des renseignements fournis par le chef Andakamigowinini : ' ' Sur la rive sud, vis-à-vis de l'endroit où vous venez de planter la croix, il y a aussi trois cheminées. . . [qui] sont dans une petite anse où il y a des joncs et une tremblière. Elles ne se trouvent pas exactement en face de la croix, mais un peu à l'ouest (en montant la rivière de l'Angle). "

Ayant fortement engagé ses compagnons à examiner cet endroit, le P. Paquin fut bientôt après charmé d'apprendre qu'ils y avaient trouvé un monceau de grosses pierres, dont la disposition accusait l'agence humaine, et qui se trouvaient cachées par une luxuriante végétation d'arbres de bonne taille. Ce tertre attestait la présence en ce lieu, dans un passé lointain, d'un grand foyer. Puis

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comme résultat d'un examen méthodique, on découvrit deux autres foyers de moindres dimensions, ainsi qu'un certain nombre d'objets en métal. Puis l'on mit à jour, au nord du grand foyer, un monceau, d'ossements humains, qui pouvaient former une douzaine de squelettes complets, à l'exception de la tête qui manquait dans chaque cas. On trouva enfin dans le sol les débris poudreux de la palissade du fort, ce qui acheva de rendre évidente l'identité du site.

Ces fouilles furent faites en juillet 1908. Le 5 août de la même année, un nouveau parti, composé de M. Béliveau, du juge Prud'homme, des PP. jésuites Blain et Paquin, avec trois frères de la même compagnie, se rendirent au site maintenant incontesté de l'ancien fort Saint-Charles. Après un jour de recherches futiles, on put déterminer l'emplacement de la chapelle et, à l'indicible joie des explorateurs, on tomba sur un tas de crânes humaiins. Comme le dit le P. Paquin dans The Discovery of the Relies of Fr. J.P. Aulneau, S. J. (p. 499), '' ils étaient disposés dans la claie en une double rangée, à environ deux pieds de la surface du sol. Ils étaient bien conservés et des racines s'étaient introduites dans la cavité des yeux, des oreilles et du nez. On les compta et on trouva qu'ils étaient au nombre de dix-neuf. L'une des têtes avait une pointe de flèche enfoncée dans la mâchoire inférieure et une seconde tête de flèche fut trouvée à l'état libre dans un autre crâne ".

Pendant les troisième et quatrième jours des fouilles, on trouva en outre trois squelettes, dont l'un était celui d'un enfant en état de décomposition avancée. C'étaient les restes d'Indiens qu'on avait enterrés là sans cercueils.

Enfin, dans la partie la plus septentrionale de l'emplacement de la chapelle, la bêche des travailleurs vint en contact avec les restes pulvérisés de ce qui avait été une boîte en bois de 4 pieds sur 2 " contenant deux squelettes couchés côte à côte sur le dos et sans les têtes. . . L 'un et l'autre avaient été serrés dans un espace si restreint que les corps avaient dû être dans un état de décomposition

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avancée lorsqu'ils furent mis dans la boîte avec laquelle ils avaient été enterrés ", circonstance qui s'accorde entièrement avec ce que nous savons de la mort et de la sépulture d'Aulneau et de Lavérendrye. Avec l'un des squelettes on trouva deux clefs et, entre les deux, un couteau de poche ou un rasoir. Trois petites têtes de flèche gisaient aussi sur la colonne vertébrale de l'autre, et l'on découvrit près de ses pieds un trousseau de clefs, une boucle de souliers telle qu'en portent les ecclésiastiques en France et quatorze grains de chapelet.

Mais ce qui compléta l'identification de ces restes fut une indentation profonde, œuvre apparemment d'un outil peu coupant, que l'on observe dans le sacrum de l'un des squelettes. C'était là une preuve aussi incontestable qu'on se trouvait en présence des ossements du fils de Lavérendrye qu'on était par ailleurs sûr d'avoir dans les autres ceux du P. Aulneau.

Toutes les reliques provenant de ces expéditions sont maintenant gardées avec un soin jaloux au collège de Saint-Boniface.

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