‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 28 sur 195 · Margry, vol. VI, p · texte numérisé non relu

Margry, vol. VI, p

23. En 1792 Alexandre Mackenzie, gentilhomme écossais qui faisait partie de la compagnie du Nord-Ouest, traversa les montagnes Rocheuses par le 56e degré de latitude N., puis l'année suivante atteignit l'océan Pacifique en compagnie de Canadiens-français.

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de Nivervilie. Mais il apprit en chemin que les sauvages qui devaient l'accompagner dans ses explorations, un parti qui comptait de quarante à quarante-cinq loges et avait campé dans le voisinage du fort La Jonquière, avaient été brutalement massacrés jusqu'au dernier par les Assiniboines. A cette nouvelle, de Saint-Pierre ne put que rebrousser chemin.

Les choses allaient décidément de mal en pis.

Cet officier était à peine rentré chez lui quand une aventure lui arriva qui faillit avoir des résultats désastreux pour lui et ses serviteurs. Le 22 février 1752, il se trouvait au fort la Eeine avec seulement cinq hommes, les quatorze autres étant partis à la recherche de provisions, lorsque, vers 9 heures du matin, quelque deux cents Assiniboines armés envahirent son établissement. Se précipiter vers les intrus fut l'œuvre d'un instant pour un homme du caractère de Saint-Pierre.

— Vous êtes bien hardis d'entrer ainsi chez moi, leur cria-t-il par l'intermédiaire de son interprète. Que voulez-vous ?

— Nous sommes venus fumer, répondit quelqu'un en cris.

— Singulière manière de se préparer à fumer ! dit de Saint-Pierre. Allez-vous-en, fulmina-t-il en mettant de force à la porte quatre des intrus.

Puis il retourna à sa chambre.

Mais un soldat accourut bien vite lui annoncer qu'une foule de sauvages avaient envahi le corps de

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garde, et s'étaient emparé des armes. Incontinent le commandant s'y précipita, et voulut préparer ses gens à la résistance.

— Oui, nous allons le tuer et saccager la place, fit en ricanant un Assiniboine qui se rendait compte de la parfaite impuissance des Français contre un tel nombre d'agresseurs.

Mais il comptait sans son hôte. De Saint-Pierre était un homme de ressources. Il saisit un tison et, entrant brusquement dans la poudrière, il défonça l'extrémité de deux barils de poudre.

— Ah ! vous voulez me tuer ! vociféra-t-il hors de lui-même. Eh bien ! sachez que je ne vais pas mourir seul. . .

Ce que disant il feignit d'appliquer son tison à la poudre-*. Mais ni éloquence, ni indignation n'était plus nécessaire. Les braves Peaux-Rouges ne se rendirent pas plutôt compte de la situation, qu'ils décampèrent précipitamment et manquèrent d'arracher la porte de ses gonds dans leur empressement à sortir tous ensemble.

En juillet de la même année (1752), de Saint- Pierre partit pour le Grand-Portage, dans l'est, avec le produit de sa traite, afin d'y rencontrer les canots qui devaient amener son approvisionnement pour l'année suivante. Après ce qui était arrivé, il crut prudent de prendre tous les engagés avec lui, con-

24. "Je défoncé un baril de poudre sur lequel je promené mon tison ", écrit-il avec une pointe d'exagération. S'il l'avait réellement fait, il n'aurait pas vécu pour le dire.

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fiant son établissement aux soins d'une bande d'Assiniboines dont il avait cultivé l'amitié.

Quatre jours après son départ, il n'en restait plus que des cendres.

De Saint-Pierre dut hiverner à la rivière Eouge. Avec le fort La Jonquière déjà abandonné et le fort la Eeine détruit, cette retraite graduelle de l'Ouest pouvait présager une débâcle générale pour les Français du Canada central.

Persuadé que, étant donné l 'hostilité des Indiens, il n'était pas possible de pénétrer plus avant qu'il ne l'avait fait ^^, bien qu'il se fût à peine avancé plus à l'ouest que le fort la Reine, il retourna à Montréal le 20 septembre 1753. En route, il rencontra le chevalier Saint-Luc de la Corne ^®, entre les mains duquel il remit le commandement de ses postes.

L'administration de la Corne survint en des jours mauvais. Un nuage qui était longtemps resté suspendu au-dessus de la France venait de se déchirer, laissant tomber sur elle la guerre de Sept Ans et ses

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