‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 64 sur 195 · Montréal, 30 août · texte numérisé non relu

Montréal, 30 août

10. Montréal 1818 (sans autre date). En style de missionnaire catholique, une chapelle est un assortiment d'ornements sacerdotaux et de tout ce qui sert à la célébration de la sainte messe.

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. verser les lacs la Pluie et des Bois, pour aboutir au lac Winnipeg par la rivière de ce nom. Après une trentaine de milles de navigation, ils entreraient dans la rivière Rouge, qu'ils remonteraient ensuite jusqu'à leur point de destination.

Au lac Nipissing, MM. Provencher et Dumoulin eurent comme un avant-goût des mœurs introduites parmi les Indiens par la rivalité des commerçants. Les Peaux-Rouges étaient civils : en retour des bons conseils des missionnaires, ils leur offrirent du poisson et leur demandèrent. . . du rhum, manifestant bruyamment leur surprise quand ceux-ci leur eurent déclaré qu'ils n'en avaient point.

Le 20 juin, ils atteignirent le fameux fort William, où commandait un gentilhomme canadienfrançais, M. de Rocheblave, qui leur souhaita la bienvenue par la voix puissante du canon.

Le 16 du mois suivant (juillet 1818) fut un grand jour de fête pour les catholiques de la Rivière- Rouge. Une foule composée des éléments les plus divers, en majeure partie Canadiens-français et métis de tout âge et de toute condition, avait été convoquée au fort Douglas par courrier spécial et en assiégeait les abords. Tout à coup, vers les 5 heures du soir, on aperçut deux canots qui remontaient péniblement la rivière.

— Les voilà, cria une voix sur la grève.

— Oui, les voilà, répétèrent cent poitrines près du fort.

Inutile de faire remarquer que ceux qui étaient

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la cause d 'une telle commotion et occasionnaient une joie si pure là où, depuis des années, ne retentissaient plus guère que des malédictions ou les provocations de gens aveuglés par les passions, étaient les deux missionnaires attendus depuis si longtemps. Simples et dignes à la fois, souriant avec bonté au peuple qui allait être leurs ouailles, Provencher et Dumoulin, drapés dans les plis de leur sombre costume, remontèrent la grève et reçurent les salutations de la foule, dont une bonne partie tremblait d'émotion. Les deux prêtres étaient de haute stature et avaient le port de parfaits gentilshommes ^\ Ils firent une profonde impression sur

11. M. Provencher avait six pieds quatre pouces de haut, et était remarquablement bel homme. Jusqu'ici tous les auteurs ont été unanimes à admettre que ces deux prêtres catholiques ont été les premiers ministres d'un culte à pénétrer et résider dans ce qui est aujourd'hui le Manitoba, depuis le commencement du régime anglais au Canada. Il était réservé au Dr G. Br.yc« de découvrir qu'un M. James Sutherland, qui accompagna comme elder, ou "ancien" les premiers colons écossais fut " le premier homme dans les ordres qui se rendit à la colonie de Selkirk " {The Bomantic Seulement of Lord Sellcirlc's Colonisis, p. 111; Wiunipeg, 1909). C'est là nue assertion bien hardie, pour employer un euphémisme, et tout à fait caractéristique de celui dont elle émane. Quels ordres, en effet, avait reçus Sutherland? Absolument aucun, et son coreligionnaire G. Bryce le sait mieux que personne. Il sait aussi que le ministre presbytérien qui devait accompagner les Ecossais refusa au dernier moment de partir pour la Rivière-Rouge, et que ce fut cette circonstance qui porta les autorités de sa secte à demander à Sutherland de le remplacer autant que le pouvait faire un laïque. Cela est si vrai que, d'après Bryce et tous les autres auteurs protestants, les colons écossais ne cessèrent d'importuner les autorités pour avoir enfin le ministre de leur secte qu'on leur avait promis. Pourquoi ces plaintes si Sutherland était réellement " dans les ordres " ?

Comme nous allons sous presse, nous nous apercevons qu'en réalité le Dr Bryce n'a pas droit à l'honneur de cette trouvaille. En effet, John McLeod, déjà mentionné plusieurs fois dans nos pages, ayant dit dans son journal publié pour la première fois en 1908 (c'est-à-dire un an avant le livre du Dr Bryce) qu'il partit de Montréal avec une quarantaine de Canadiens- français " conduits par mes deux bous

tous, sans excepter Alexandre Macdonell, catholique lui-même, qui avait temporairement succédé à Miles Macdonell.

Après avoir adressé quelques bonnes paroles aux Canadiens et autres coreligionnaires réunis pour les recevoir, parmi lesquels quelques-uns pleuraient de joie à la vue du costume ecclésiastique qu'ils avaient presque oublié, tandis que les métis étaient frappés d'une crainte révérencielle en contemplant ces hommes de Dieu dont on leur avait tant parlé, ceuxci reçurent du gouverneur de la colonie une hospitalité généreuse, bien que nécessairement assez frugale.

Avant leur départ de l'Est, les deux prêtres avaient recruté du renfort pour la compagnie de la baie d'Hudson ainsi que pour la colonie elle-même '-. Le résultat de leurs efforts, une quarantaine de Ca-

amis les prêtres, qui étaient les premiers missionnaires dans le Nord depuis le régime français ", son annotateur H.-G. Gunn (qu'il ne faut pas confondre avec l'historien Donald Gunn), le rappelle immédiatement à l'ordre en disant que le premier missionnaire était J. Sutherland, qu'il admet pourtant n'avoir été qu'un simple catéchiste (Collection of the State Ristorical Society of North Dakota, vol. II, p. 133).

En sorte qu'après tout chacun des deux presbytériens a simplement voulu payer d'audace. Gunn avait nié au profit de sa secte un point acquis depuis longtemps à l'histoire, et avait fait un missionnaire d'un simple catéchiste, tandis que, pour renchérir encore sur l'exploit de son coreligionnaire, Bryce l'avait "ordonné" d'emblée. Il est pourtant possible que ces deux partis se prennent au sérieux ! . . .

L'explorateur Palliger pèche d'une autre manière relativement au même point. Il est si peu familier avec l'histoire de l'Ouest, qu'il n'hésite pas à écrire que " le premier missionnaire qui fut dans la Terre de Rupert " fut M. West (Exploration of British North America, p. 49; Londres, 1860), bien que ce ministre ne soit arrivé à la Rivière-Rouge que plus de deux ans après MM. Provencher et Dumoulin.

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