‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 65 sur 195 · Mémoire de John McLeod · texte numérisé non relu

Mémoire de John McLeod

Lettre autographe et signature du vicaire-général Proveneher

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nadiens-français, dont quelques-uns étaient accompagnés de leurs femmes, suivirent en sept canots les premiers missionnaires de la Rivière-Rouge, sous la conduite d 'un John McLeod, et arrivèrent peu après à la « Fourche ».

« Ce pays est vraiment beau, » écrivait M. Provencher ; « la rivière est suffisamment large ; elle est bordée de chênes, d'ormes, de lierres, de trembles, etc. Derrière cette lisière de bois sont des prairies à perte de vue. Le sol paraît excellent. »

Telle fut sa première impression du pays. Elle se trouve consignée dans une lettre écrite à son évêque par M. Provencher, le lendemain même de son arrivée aux lieux qui devaient être témoins de ses sacrifices, de ses labeurs et de ses succès, aussi bien que de ses déboires. Il attendit un peu afin de pouvoir parler en connaissance de cause de la situation au point de vue moral. Elle n'était guère encourageante. Parlant de la population indigène, il écrivait, le 13 septembre 1818 :

«L'on peut dire sans crainte de se tromper que leur commerce avec les blancs, bien loin de les approcher de la civilisation, les en a éloignés, parce qu'ils ont gâté leurs mœurs par les liqueurs fortes dont ils sont extraordinairement amateurs et qu'ils leur ont appris le libertinage par leur exemple. La plupart des engagés ont des femmes, avec lesquelles ils ont des enfants qu'ils laissent ensuite au premier occupant. C'est, paraît-il, la politique des bourgeois de faire prendre des femmes à leurs engagés, parce

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que par là ils ont occasion de dépenser leurs gages en prenant des effets à haut prix pour habiller leurs femmes et leurs enfants.

« Tous les commis et bourgeois ont aussi des femmes, et ce qu'il y a de pire c'est qu'on ne se met pas plus en peine des enfans issus de ces prétendus mariages que s 'ils n 'avoient pas d 'âmes ^^ »

Cet état de choses faisait augurer un travail opiniâtre et peut-être aussi beaucoup de difficultés pour les missionnaires de la Rivière-Rouge. Mais l'ouvrage était précisément ce qu'ils étaient venus chercher.

Leur premier soin fut de se faire une habitation quelconque où ils pourraient passer l'hiver. Tout en profitant de l'hospitalité du gouverneur, ils se bâtirent en humbles troncs de tremble une maison de 50 pieds sur 30, dont une partie devait leur servir de chapelle.

Moins de deux semaines après leur arrivée, ils avaient déjà fait 72 baptêmes d'enfants, dont l'un était celui d 'une petite Sauteuse qui mourut presque immédiatement après avoir été régénérée; en sorte

13. Fort Douglas, 13 sept, 1818. Le mois suivant (17 octobre), Lord Selkirk parlait à Mgr Plessis, dans une lettre autographe en excellent français, (comme étaient la plupart de ses communications adressées à ce prélat) de sa joie en apprenant la manière dont les missionnaires avaient été reçus à la Rivière-Rouge, remarquant que, s'ils connaissaient seulement la nouvelle mission, nombre de riches catholiques, et même certains protestants d'Angleterre, pourraient contribuer efficacement à son succès. Il manifeste en outre sa satisfaction de la manière dont l'évêque a conduit cette entreprise, et espère que, au cas où le Haut-Canada serait constitué eu un diocèse distinct comme on en parlait alors, la mission de la Rivière-Rouge resterait toujours sous la juridiction de l'évêque de Québec.

que ce fut à une Indienne qu'ils ouvrirent pour la première fois les portes du ciel. Ce fut également leur premier enterrement dans la colonie. Leur second fut celui d'un blanc, adulte du nom de Brousse qui était le fils de l'interprète ojBûciel de la colonie. Il eut lieu le 29 août 1818 ".

Dès les premiers jours, les missionnaires firent aller les intérêts des âmes de pair avec les soins d'ordre matériel dont ce même intérêt nécessitait la poursuite. Ainsi nous les voyons pendant les mois de leur premier été à la Eivière-Rouge faisant journellement le catéchisme aux enfants en âge de l'apprendre pour se préparer au baptême, et instruisant de leur mieux les sauvagesses qui devaient être admises dans le giron de l'Eglise comme préparation à la réception du sacrement de mariage: nous parlons ici, on le comprend, de celles qui s 'étaient unies à des Canadiens avant l'arrivée du prêtre. Ces femmes montrèrent de la bonne volonté; mais leurs progrès furent assez lents, à cause de leur âge généralement assez avancé et de leur peu de coimaissance de la langue française.

Le contingent canadien que nous avons déjà mentionné arriva le 12 août 1818. L'intention des nouveaux venus était de s'établir à proximité du fort Douglas ; mais des nuées de sauterelles venaient d'envahir la colonie et avaient détruit les récoltes dont on avait jusque-là admiré la belle apparence.

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