Du même au même; Pembina, 14 fér
ment le fait de M. Dumoulin. Son supérieur à la « Fourche » v était non moins dévoué, et avait dès les premiers jours de sa résidence dans la vallée de la Rouge, fait lui-même l'office de maître d'école pour les petits garçons qui s'y trouvaient. Ainsi furent mises en pratique les recommandations de M^"^ Plessis à ce sujet.
Au commencement de 1819, M. Dumoulin avait conféré 52 baptêmes et réhabilité nombre de mariages parmi les quelque 300 personnes qu'il avait avec lui à Pembina. Le vicaire général ne pouvait donc lui refuser la permission de s'y bâtir un presb}i;ère et une chapelle. Le 31 janvier de cette même année, les murs de l'un et de l'autre étaient déjà élevés: mais les bâtisses restaient inachevées faute de clous. Le logis du missionnaire avait 40 pieds sur 27 et l'église 60 sur 30.
Ces travaux d'ordre matériel ne nuisaient aucunement aux soins que Dumoulin avait à donner aux âmes de ses néophytes. Il était même si désireux de ne point errer en ce qui concernait la conduite qu'il devait suivre comme pasteur d'âmes qu'il avait, trois semaines auparavant, adressé à son ordinaire, l'évêque de Québec, toute une série de cas de conscience qui projettent une bien étrange lueur sur les mœurs de ce pays. Nous n'en mentionnerons que deux sur quinze. A la date du 4 janvier 1819, il demandait de sa retraite à Pembina ce qu'il y avait à faire dans les circonstances suivantes:
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« Premièrement, que doit-on exiger d 'un employé qui a traité pour son bourgeois de la manière suivante, laquelle est généralement reçue dans ces pays :
« Le traiteur, rendu dans un campement, donne à boire aux sauvages gratis. Les ayant enivrés, il traite avec eux, met de l'eau dans le rhum et finit par avoir tout ce qu'ils ont pour très peu de chose; de manière qu'il a payé la pelleterie, etc., au-dessous même du bas prix convenu entre les bourgeois et les sauvages. L'engagé n'a fait cela que pour faire plaisir à son bourgeois, qui ne lui a pas directement commandé de mettre tant d'eau, mais qui lui reproche à l'occasion d'avoir gaspillé ses effets s'il n 'a pas traité de cette manière. . .
« Deuxièmement, nous est-il permis, lorsque nous mangeons chez les autres, de manger indistinctement de tout de que l'on nous présente, quand même on nous diroit que ces viandes ont été traitées des sauvages pour du rhum, ou illicitement ^^? »
Les conditions que pareilles questions trahissent doivent avoir paru bien extraordinaires à un jeune prêtre fraîchement arrivé de la catholique province du Bas-Canada. L'attitude religieuse de ceux qui n'avaient aucune attache avec le commerce des pelleteries n'était guère plus encourageante. Moins de six semaines après que M. Dumoulin eut écrit ce qui précède, le 14 février, il mandait à son évêque relati-
17. Ces détails sur la manière dont on obtenait les fourrures sont pleinement corroborés par un témoin indépendant, R.-M. Ballantyne, dans son livre Hudson Bay (p. 129 de la quatrième édition; Londres, 1896).
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vement à ses propres compatriotes dispersés sur les plaines de l'Ouest: «J'ai eu assez de peine à les faire consentir à se marier. Ils aiment cette liberté qu'ils ont de renvoyer leurs femmes. . . Il ne faut pas parler des Meurons et de ceux qui sont à la tête de la colonie qui, excepté M. Mcdonell, n'ont pas plus de religion que les sauvages qui nous environnent ^*. »
Mais le zèle des missionnaires devait triompher à la longue de cette indifférence religieuse. Quant aux excès même révélés par la consultation de M. Dumoulin, la confession, ce grand remède à tous les' mots d'ordre moral, devait graduellement les éliminer de la conduite de ceux qui se réclamaient encore de l'Eglise catholique.
Pendant que cette Eglise s'implantait ainsi sur les bords de la rivière Rouge, la mission du fort William, que la compagnie du Nord-Ouest paraît avoir elle-même sollicitée depuis 1814, n'était pas négligée, bien que cette localité dut rester assez longtemps sans prêtre résident.
Ce poste avait été confié aux soins de M. Tabeau qui, pour des raisons valables, avait décliné l 'bon-
is. Proveucher paraît plus satisfait de ceux qui vivaient dans son voisinage. " Les Meurons que nous avons ici sont de tous les pays et de toutes les religions ", écrit-il, quelque peu eu opposition avec le juge A. Martin, qui déclare dans son ouvrage The Hudson's Bay Company' s Land Tenures (p. 27 et 29; Londres, 1898) qu'ils étaient presque tous protestants. Le prêtre ajoute : " Ils se comportent assez bien. Ils n'ont pas de rhum facilement; ils ne sont point mariés: trois ou quatre ont pris des sauvagesses. Il y en a un en chemin de se marier avec une métisse qui est une de uoe catéchumènes *' (Fort Douglas, 13 sept. 1818).
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neur de fonder rétablissement de la Rivière-Rouge ^*. De sa paroisse de Boucherville il visitait périodiquement le Sault Sainte-Marie et le fort William. Le 13 août 1818, M°' Plessis lui donna un assistant dans la personne d'un abbé Crevier, alors vicaire à Détroit. Le supérieur ecclésiastique des deux prêtres enjoignit à ce dernier d'aller offrir ses services aux Canadiens français et anglais qui fréquentaient ces deux postes ou y résidaient.
Le 11 mars de l'année suivante (1819), M. Tabeau reçut une autre lettre dans laquelle son évêque le consultait relativement aux gages à offrir aux jeunes gens qu'on pourrait embaucher pour aller aider de leur travail manuel les missionnaires de la Rivière- Rouge. Il paraît que ceux qu'on avait engagés sur place ne donnaient point satisfaction. On leur reprochait une honnêteté plus que douteuse et des mœurs par trop légères. Le bon prélat était heureux d'annoncer pour l'Ouest «cinq jolis garçons de la paroisse de Kamouraska, choisis par M. Dionne, l'estimable ami du P. Provencher ».
Il ajoutait en même temps qu'il comptait sur le curé de Boucherville pour continuer la mission du fort William commencée l'année précédente, ainsi cjue sur la collaboration de M. Crevier. Il admettait aussi avoir fait de vains efforts pour s'assurer de la manière dont les directeurs de la compagnie du Nord-Ouest regardaient cette fondation. Il craignait
19. L'auteur du Panthéon canadien affirme, à l'article Tabeau, qu'il mourut le 18 déc. 1834, évêque-nouimé de Spiga.
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que, après l'avoir suggérée, l'établissement de la mission de la Eivière-Rouge, qui s 'était fait sous les auspices de la corporation rivale, n'eût considérablement refroidi leur zèle pour celle du fort William.
Mais là se bornent à peu près les relations qui existèrent jamais entre l'une et l'autre. Inutile maintenant de nous attarder à noter les progrès de la dernière. Retournons à la Rivière-Rouge.
Seul à la « Fourche )>, comme on appelait encore les environs du fort Douglas, M. Provenclier fit tout. ce qu'il put pour bâter l'achèvement de son humble logis. Il n'est point de travail manuel auquel, en cette circonstance et en mille autres dans sa vie subséquente, le missionnaire ne se prêtât dans le but d'aider ses ouvriers. Pénétré du sentiment de la responsabilité qui s 'attachait à sa charge et connaissant l'extrême modicité de ses ressources, Provenclier fit toujours tout ce qu'il put pour diminuer les dépenses, au risque de donner le change et de se faire passer pour ce qu'il n'était point.
La partie de sa maison qui devait servir de chapelle temporaire fut terminée pour la Toussaint 1818. C'est donc à cette date qu'il faut reporter la première messe célébrée à la Rivière-Rouge dans un local qui y était spécialement affecté '". Il mit cette chapelle sous le patronage de Saint-Boniface, afin
20. Le jour de l'oiivertuie de la première ehai^elle à la Fourche, trois enfants, Jean-Baptiste Lagimodière, K^ine Lagimodière et Josette Houle, firent leur première communion, tandis qu'un ancien soldat Meuron du nom de Kodger s'y maria avec Marguerite Lagimodière.
d'attirer, par l'intercession de leur patron national, les bénédictions du ciel sur les Meurons allemands, catholiques qui ne brillaient point par leur ferveur -'. Par extension, ce nom fut ensuite appliqué à toute la petite colonie catholique composée des fermes échelonnées sur les bords de la Seine.
C'est le 15 janvier 1819 que nous voyons pour la première fois cette colonie ainsi désignée dans la correspondance de M. Provencher. Il était alors en visite chez son confrère de Pembina. Il mentionne en cette circonstance que, à part sa maison-chapelle encore inachevée, il avait préparé les matériaux — des troncs de chênes partiellement équarris à la scie — pour une église de 80 pieds de long qu'il pensait élever à « Saint-Boniface ».
Il ajoute : « Nous sommes en très bonne intelligence avec les deux compagnies de la baie d'Hudson et du Nord-Ouest. Ces derniers sont toujours prêts à nous rendre tous les services qui peuvent dépendre d'eux.» Puis vient l'assertion assez significative que « les gens de la baie d 'Hudson ne sont pas aussi prévenants qu'eux». A son avis, l'ancienne corporation pouvait encore en apprendre sous d'autres rapports de sa rivale, plus jeune mais bien plus vigoureuse. C 'est ce qui lui fait dire en parlant des membres de la première: « Il s'en faut qu'ils entendent aussi bien le commerce de ce pays. »
Il termine sa lettre à M^"" Plessis par un sujet qu'il
21 Provencher à Mgr Plessis; Pembina, 14 fév. 1819.
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avait autant à cœur que M. Dumoulin : « Déjà, » dit-il, « si nous avions des sœurs pour l 'instruction des filles, elles trouveroient de l'occupation. . . Je ne crois pas [qu'il soit] hors de saison de s'en occuper. Votre Grandeur a déjà des vues là-dessus, je n'en doute pas ". >>
Pendant le mois de mars suivant, M. Provencher entreprit un voyage bien plus important que celui de Pembina. Il se rendit en traîneau à cMens jusqu'aux postes de la rivière Qu'Appelle, à quelque trois cents milles de Saint-Boniface, et à la rivière Souris, où il eut la consolation de baptiser une quarantaine d'enfants de Canadiens-français et d'entendre la confession de tous les employés catholiques, deux cent-soixante environ, y compris les gens libres qui fréquentaient ces forts.
A son retour, il envoya son confrère donner une mission au lac la Pluie, à l'époque où les engagés des traiteurs du nord visitaient cette localité.
Tel fut le commencement d'une série de courses apostoliques par lesquelles les missionnaires prirent graduellement possession du pays au nom de Jésus- Christ. Au cours de ces voyages, les principaux postes alors en existence reçurent leur visite, et au printemps de 1820 M. Dumoulin alla même jusqu'à la baie d'Hudson.
Retournant à leurs quartiers généraux, sur la rivière Rouge, nous entrevoyons, à la lumière d'une lettre du vicaire général, quelques signes de l'ex-