‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 73 sur 195 · PEEMIER ÉVÊQUE DE L^OUEST · texte numérisé non relu

PEEMIER ÉVÊQUE DE L^OUEST

dépourvu de presque tout -, il le mit temporairenient en charge de la paroisse de Yamachiche.

Là, Provenclier médita à loisir sur le terrible dilemme dans lequel il se trouvait. Il n'aurait pas voulu pour tout au monde retarder même indirectement les progrès de la mission de la Rivière-Rouge, et pourtant tout en lui semblait militer contre l'acceptation de la dignité qu'on lui offrait. Son humilité cachait à ses yeux cette pureté d'intention, ces vertus sacerdotales dont personne autre que lui ne pouvait douter, ce zèle brûlant pour la gloire de Dieu et le salut des âmes qui remplaçaient facilement chez lui des qualités intellectuelles plus brillantes, mais moins utiles, dont il avait d'ailleurs sa bonne part.

Dans sa retraite à Yamachiche il écrivit à son évêque un longue lettre à propos des plans qu'on faisait sur lui, lettre dont nous ne pouvons nous empêcher de citer une bonne partie. Parlant de luimême à la troisième personne, il plaide ainsi la cause de l'humilité:

« Naturellement timide, aimant la vie retirée et solitaire, il feroit peut-être un pauvre religieux occupé à se sanctifier lui-même, mais jamais un homme d'affaires, jamais surtout un évêque, qui n'a pour ainsi dire le temps de penser à lui qu'après

2. Il écrivait à ce propos: "Quand j'arrivai à Montréal, je n'avois plus rien : ni argent, ni habits convenables pour paroître en public. Je fus obligé d'emprunter quelques piastres pour ni'acheter une soutane, des souliers et un chapeau. En attendant ces trois articles, il me fallut rester enfermé au logis, tant se trouvoient en mauvais état ceux qu'ils dévoient remplacer. "

avoir pensé aux autres. Vous lui avez montré une voie qui va le perdre et qui perdra tout. Il s'agit de fonder une Eglise; y avez-vous bien pensé? Pauvre Eglise, que tu seras mal fondée !

« En vérité, je ne vois pas comment je. pourrais accepter un fardeau si visiblement au-dessus de mes forces. Vous avez trop bonne opinion de moi, Monseigneur. Vous me croyez capable de tout; vous croyez me connaître, et je croyais aussi que vous me connaissiez. Elevé par vous, pour ainsi dire, aurais-je jamais pu soupçonner que vous songiez à m 'élever si haut? En entrant dans le clergé, je me suis toujours proposé de me laisser conduire par mes supérieurs sans hésiter ni murmurer; je l'ai fait passablement, je crois. Me défiant de ma jeunesse, me confiant dans votre prudence, j'ai tout sacrifié pour exécuter je ne dis pas vos ordres, car vous ne m'avez jamais rien commandé, mais votre volonté suffisamment marquée. Je ne me plains pas de vous ; vous m'avez toujours donné plus que je ne méritois. . .

«Vous m'avez fait grand vicaire; c'étoit déjà trop. J'ai accepté cette place parce que vous vouliez donner un peu de lustre à cette mission qui commençoit. On a murmuré contre ma promotion : on n'avoit pas tout à fait tort en cela. Que n'en êtes-vous resté là? Pourquoi me mettre à la tête d'un clergé quand j 'ai peine à me soutenir dans mon état actuel ? Mon Dieu, que ne suis-je encore dans le simple rang des vicaires! On ne songeroit pas à moi. Hélas! faut-il

Mgr PEOVEjSTCHEE

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