‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 75 sur 195 · janvier · texte numérisé non relu

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trop prononcée avec son ordinaire. Aussi se hâtaitil d'ajouter: «Je n'aimerais pas que le monde connût mes sentiments sur cette matière. J'aime mieux que l'on me croit désireux de l'épiscopat que de me rendre responsable du mal qui pourroit résulter d 'une rupture ouverte. »

Il terminait en disant : « Voilà sincèrement ce que je pense; dites-moi avec la même franchise ce que vous pensez vous-même. J'ai beaucoup de confiance dans vos conseils, vos lumières et votre esprit de Dieu. »

Son correspondant lui conseilla de céder. En conséquence, le 19 mars 1821, M. Provenclier notifia son ordinaire de son consentement.

Il resta pourtant encore un an à Yamacliiche, dans le but de créer des ressources à sa pauvre mission et aussi pour chercher des recrues dans les séminaires et les collèges. Il n'en trouva qu'une, M. Jean Harper, un Canadien-français caché sous un nom anglais, qui consentit à le suivre.

Le ] 2 mai 1822, Provenclier fut sacré par M^*" Plessis, et devint par là même coadjuteur de ce prélat pour le Nord-Ouest, vu que les autorités civiles refusaient encore de permettre au Canada la création d'une hiérarchie catholique, avec métropolitains et suffragants. Le V juin de la même année, il repartait pour sa lointaine mission, avec M. Harper comme compagnon.

Le voyage de retour fut pour le nouvel évêque l'occasion d'une sorte de désappointement, vu que,

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au dernier moment, les officiers de la compagnie de la baie d'Hudson l'avertirent qu'ils ne pouvaient lui accorder le passage dans leur bateau sur lequel il avait compté. Il dut donc équiper un canot à ses propres frais, et ainsi furent dissipées les épargnes qu 'il avait faites à Yamachiclae et ailleurs.

En route, il régénéra de nombreux enfants dans les eaux du baptême et réconcilia plusieurs péclieurs avec leur Dieu. Le 7 août 1822 il rentrait à Saint- Boniface, où ses anciens paroissiens, maintenant ses diocésains, lui firent une réception remarquable par les bruyantes démonstrations de joie dont elle fut accompagnée.

Il ne s 'y trouvait que depuis un jour quand il dut s'occuper d'une question qui pendant longtemps menaça de dégénérer en une source de grands ennuis pour lui et pour son peuple. Nous avons déjà vu que, en raison de sa proximité des bandes de bisons, Pembina était alors le grand point de ravitaillement de la colonie, tandis que Saint-Boniface et ses environs avaient été trois fois visités par des nuées de sauterelles qui avaient détruit les récoltes des champs et l'herbe de la prairie. Ces circonstances expliquaient facilement la prépondérance de la population à la première place.

Mais un traité conclu le 20 octobre 1818 entre les gouvernements de Londres et de Washington avait laissé aux Etats-Unis tout le territoire au sud du 49^ degré de latitude, et l 'on venait de découvrir que Pembina se trouvait juste en-dehors des possessions

britanniques dans l'Amérique du Nord. D'un autre côté, l'exécuteur testamentaire de Lord Selkirk (mort à Pau, France, le 8 avril 1820) avait vu avec une peine qu'il ne put dissimuler l'abandon relatif de la « Fourche » par les métis et les Canadiensfrançais.

Cet exécuteur était un nommé John Halkett, et il était le beau-frère de Lord Selkirk. Malheureusement il était loin de partager la sympathie de ce dernier pour les catholiques. Il venait de partir pour le fort Norway, d'où il pensait passer à la baie d'Hudson et de là en Angleterre, après avoir réglé certaines affaires concernant la succession aux droits du défunt lord. Mais il avait laissé en partant une lettre adressée à M^"" Provencher, dans laquelle il sommait le nouveau prélat, en termes assez raides et plutôt inconvenants, de rappeler son peuple du territoire américain et de l'établir dans le voisinage du fort Douglas.

Les raisons qu'il avançait en faveur de pareille mesure étaient assez plausibles, mais son exécution n'était pas aussi facile qu'il se l'imaginait. C'est pourquoi l'évêque déclara carrément dans une lettre qu'il adressa à Halkett trois jours après son propre retour à la Rivière-Rouge, que « cette émigration est absolument impossible cette année, parce que personne ne sera pressé de s'établir à la Fourche pour évidemment y mourir de faim ». Il va même jusqu'à affirmer que « bien loin que la Fourche soit capable de nourrir des émigrés de Pembina, il faudra qu'une

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