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Lettre de Mgr Pro.vencher, 13 juin

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donna parfois de petites retraites aux indigènes qui fréquentaient l'embouchure de la rivière Pembina. Les résultats n'en étaient point brillants. Pourtant le bon prêtre avait la consolation de se voir écouté. Il expliquait alors de son mieux les principaux mystères et enseignait quelques cantiques, de facture plutôt primitive, aux enfants de la prairie, qui malheureusement étaient loin d'apprécier le bon Dieu à sa juste valeur.

Il retourna au Canada en 1827, et sa place fut alors prise par un ecclésiastique du nom de François Boucher, qui n'avait encore reçu que la tonsure^.

A cette époque toute une petite colonie de Canadiens et de métis, la plupart originaires des environs de Saint-Boniface, se formait sur les bords du lac Manitoba, en dépit du veto de John Halkett. Après

8. L'abbé Thomas-Ferrier Destroismaisons, dit Picard (que l'abbé G. Dugas écrit Piquart) naquit le 12 janvier 1796 à Saint-Pierre de la Eivière du Sud, et, bien qu'il eut toujours joui de l'estime de Mgr Provencher, on peut dire que son départ ne causa pas grand regret. Il était trop timide pour prêcher et n'avait point de voix pour chanter. Il fit constamment de son mieux pour aider son supérieur pendant les sept années qu'il resta dans l'Ouest ; mais il n'était point fait pour réussir comme missionnaire. " M. Picard a fait une mission il y a quelques jours chez les sauvages qui demeurent en été à l'entrée de cette rivière ", écrivait à la date du 8 août 1825 son évêque, qui ne pouvait alors s'empêcher d'ajouter : " Il n'a pas fait grand'chose ", c'est-à-dire: son succès n'a pas été brillant. D'autre part, ses insuccès lui étaient si peu imputables que, à son départ pour l'Est, le 22 juin 1827, Provencher écrivait à Mgr Panet, évêque de Québec: "M. Destroismaisons est un brave prêtre, plein de bonne volonté. Il ne donnera pas de trouble à son évêque. "

Quant à Boucher, il était né le 12 mars 1804, à Saint-François de la Beauce, et avait fait ses études à Nicolet.

M. Destroismaisons prit passage, apparemment du fort Alexandre à Montréal, dans le canot du fameux explorateur, le capitaine (plus tard sir) John Franklin, qui en parle comme d'un " Monsieur Picard ", vol. II, p. 315 de l'édition en deux volumes de son journal {A Second Journey to the Shores of the Polar Sea; Londres, 1818).

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trois ans écoulés sans la visite des sauterelles qui avaient fait tant de mal à la colonie (1822-25), il avait plu à la divine Providence d'envoyer un autre fléau au pays. Ce fléau avait pris la forme d'une inondation qui affecta toute la vallée centrale de l 'Amérique du Nord au printemps de 1826 ®.

L'Mver avait été rigoureux et la neige plus épaisse que d'habitude; en sorte qu'un dégel qui arriva plus tard que les autres années, à un moment où les jours étaient plus longs et les rayons du soleil plus cliauds, fit hausser d'une manière absolument anormale les eaux de la rivière Eouge ^°. Elles dépassèrent de quarante pieds le niveau maximum atteint jusque-là, d'après la tradition, ce qui les fit sortir de leurs rives et, en se répandant dans la plaine, détruire tout ce qu'elles trouvèrent sur leur passage. Sur la rive droite de la rivière, la résidence épiscopale fut la seule habitation épargnée par le torrent.

D'où l'émigration aux Etats-Unis d'un grand nombre de colons découragés, parmi lesquels les Suisses se faisaient remarquer, tandis que d'autres se portaient vers le lac Manitoba. Par bonheur, près de 150 personnes arrivèrent du Nord cette année,

9. Au mois d'avril de cette année-là, le Missouri monta si rapidement que les habitants de quinze tentes d'Indiens du Dakota furent noyés, et un Canadien-français, Toussaint Charbonneau, dut se réfugier sur un hangar qui flottait sur l'eau, où il resta trois jours sans feu.

10. Elle était alors notablement moins large qu'aujourd'hui, d'après le juge L.-A. Prud'homme, qui cite dans la Eevue Canadienne, mars 1910, p. 228, diverses autorités à l'appui de son dire.

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qu'on appela longtemps l'année du Déluge (the year of the Flood) au pays. C'étaient d'anciens voyageurs accompagnés de leurs nombreuses familles, qui prirent bientôt une bonne partie des places vacantes à Saint-Boniface et aux environs.

La population catholique devenait ainsi de plus en plus homogène. Les deux Macdonell avait quitté le pays, emportant avec eux les regrets des gens de bien, qu'ils avaient mérité par leur intégrité et leur attachement à la foi de leurs pères. Un autre ami de langue anglaise restait aux missionnaires, et lui aussi menaçait de leur dire adieu. C'était John McDonald, surnommé le Borgne, pour le distinguer d'autres individus du même nom dans l'Ouest.

John McDonald avait été un des « propriétaires » de la compagnie du Nord-Ouest. A la date du 16 août 1817, nous le trouvons au fort William, et le 22 octobre 1818 il était impliqué, avec un grand nombre d'autres bourgeois pour avoir connivé après coup au meurtre de Robert Semple, dans un procès qui s'instruisit à Toronto et eut pour résultat l'acquittement des inculpés ". Et maintenant (2 février 1826) M^ Provencher regrettait d'avoir à mentionner qu'il était gravement malade à la rivière Winnipeg inférieure.

M. Destroismaisons avait passé les fêtes de Noël de cette année-là au nouvel établissement du lac Manitoba. Il fut le premier prêtre qui y exerça le

11. Cette accusation peut paraître un peu extraordinaire à qui n'est point versé dans les subtilités de la loi anglaise. John Macdonell n'en fut pas moins appelé à testifier au cours du même procès.

saint minisère. Quant à Pembina, cette place comptait encore, malgré l'édit de Halkett, plus d'habitants qu'elle n'en avait jamais eu du temps de M. Dumoulin.

Le jour de la Pentecôte 1828, M"' Provencher ne confirma pas moins de 53 personnes, ce qui indiquerait pour la vallée de la rivière Eouge une population catholique sans cesse croissante. M. Harper lui était alors d'un grand secours, «presque toujours en route pour le bien des âmes », comme l'écrivait son supérieur ecclésiastique ^^ Au mois d 'août de l'année précédente, il était allé séjourner deux mois avec les chasseurs de bison; mais son ministère fut assez stérile à cause de l'excitation de la chasse et des distractions qu'elle comportait forcément. Il passa l'hiver à la prairie du Cheval-Blanc (St-François-Xavier), enseignant et distribuant le pain de la parole de Dieu, surtout aux enfants et aux femmes qui ne pouvaient se rendre à Saint- Boniface pour les exercices religieux.

M. Harper fut ainsi le premier prêtre qui s'occupa de cette mission. Peu après (juin 1828), il partit pour la factorerie de York, où il prêcha également une retraite.

Quant à l'évêque lui-même, non seulement il veillait sur les intérêts spirituels des adultes, mais son biographe nous le montre faisant le catéchisme aux enfants presque chaque jour de sa vie

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