‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 94 sur 195 · Monseigneur Provencher, pp · texte numérisé non relu

Monseigneur Provencher, pp

G. Dumoulin à Mgr Plessis; Pembina, 25 mai 1821.

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le tuer », écrit le missionnaire lui-même ; « mais heureusement qu'il s'est échappé.»

Outre qu'on n'avait eu personne pour l'entreprendre, la conversion des indigènes de la Rivière- Eouge était, comme nous l'avons dit, une tâche excessivement ingrate. M. Dumoulin en avait ^dte deviné l'obstacle principal. Il consistait, mandait-il dans une lettre à l'évêque de Québec, en « cette malheureuse coutume établie dans le pays d'enivrer les naturels lorsqu'on veut avoir quelque chose d'eux. La colonie le fait avec aussi peu de scrupule que la Compagnie. Dans les conventions mêmes faites avec les sauvages pour l'achat de l'établissement de la Rivière-Rouge, une des principales clauses est que tous les ans la colonie délivrera aux principaux chefs tant de rhum, de sorte qu'ils en ont beaucoup plus qu'il ne faut pour s'enivrer tous "^ ».

7. Du même au même; iMd., 5 janvier 1819. On pourrait ajouter des témoignages sans nombre pour corroborer cette assertion. Nous n'en citerons qu'un, parce qu'il est à peu près contemporain et emprunté à un auteur protestant. Le Kév. M. West, dont il a déjà été question, écrit à la date du 2 avril 1821 : " L'un des principaux colons m'a informé ce matin qu'un Indien avait poignardé l'une de ses femmes dans un moment d'ivresse à un campement près de sa maison. Je me suis immédiatement rendu à la loge pour prendre des informations, et j'ai trouvé que la pauvre femme avait été poignardée par pure cruauté dans l'épaule et le bras, mais pas mortellement. Les sauvages étaient encore ivres, et comme quelques-uns avaient leurs couteaux, j'ai cru très prudent de me retirer de leurs tentes sans offrir aucune assistance. "

Là-dessus le ministre anglican moralise ainsi : " Les Indiens me paraissent en général inoffensifs et par nature hospitaliers; mais les boissons fortes, à l'instar de la guerre, les mettent en fureur et leur inspirent des sentiments de vengeance et de barbarie. Ils le savent si bien eux-mêmes qu'ils ont l'habitude de livrer leurs fusils, arcs et flèches, ainsi que leurs coutelas aux officiers avant de commencer à boire au poste de la Compagnie, et lorsqu'ils sont dans leurs tentes, le

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Le missionnaire mentionne alors que, dans l'automne de 1818, une sauvagesse avait été tuée pendant une des orgies occasionnées par l'abondance des boissons fortes, ajoutant que pareils excès •n'étaient nullement rares.

La situation s'améliora peu avec le temps.

Il n 'y a donc pas à s 'étonner si M. l 'abbé Belcourt paraît avoir eu ses craintes quand l'évêque de Québec l'envoya à la Rivière-Eouge. Il était alors curé de Sainte-Martine, dans le Bas-Canada. L'espèce d'appréhension qu'avaient tous les prêtres du Canada quand il était question de ce pays déshérité de la fortune suffirait à elle seule pour expliquer les lignes suivantes de M. Belcourt à son ordinaire:

« J 'avoue sincèrement que je vois avec surprise et frayeur l'ordre exprès que vous me faites de me préparer à partir pour la Rivière-Rouge, au moment où toutes mes craintes étaient tombées. Ce qui m'étonne c'est de voir combien je suis peu connu de Votre Grandeur. Les personnes qui vous ont parlé si avantageusement de moi, Monseigneur, m'attribuent gratuitement les qualités qu'elles me donnent; je n'ai reçu de Dieu que des avantages bien communs, et celui qui pourra me remplacer à Sainte-Martine pourra tout aussi bien que moi figurer à la Rivière-Rouge. »

C'étaient là certainement des paroles dictées ou bien par un excès de modestie, ou bien par le désir

premier soin des femmes est de les tenir cachés tout le temps que diire la période d'ébriété et de désordres" (Journal, p. 5G).

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(d'écarter la mission offerte. Viennent alors les déchirements d'un homme chez lequel les élans de la nature ne sont pas encore morts.

« Je laisse un père et une mère inconsolables, qui se sont épuisés pour me procurer mon instruction; mon père, je le sais, ne survivra pas à mon départ. Je crois que la conscience, d'accord avec la nature, me dit impérieusement qu'il n'est pas plus permis d'être ingrat avec des parents qu'avec des étrangers qui m'auraient rendu le même service pour me permettre ces réclamations. Tandis que Votre Grandeur a fait instruire des sujets qui n'auraient pas eu tous ces obstacles à vaincre; tandis qu'il y a des Français qui ne seraient pas plus expatriés à la Rivière-Rouge qu 'en Canada. . .

« Je dirai de nouveau à Votre Grandeur : si mes représentations ne peuvent rien, si je suis inutile ou nuisible dans ce diocèse, si la Providence m'a fait naître ici pour une autre patrie, en tremblant j 'obéis \»

Malgré ces protestations de la nature, M. Belcourt fit son sacrifice, ne se doutant guère que, dans son cas particulier, peu de consolations et d'abondantes mortifications d'un genre qui n'est point commun l'attendaient dans l'Ouest.

L'or n'est pas moins de l'or parce qu'il est accidentellement défiguré par des scories, et la perfection n'est point de ce monde. Ecrivant une histoire, non pas un panégyrique, il convient de dire au

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