CHIDUGESSE, VA BONNE TANTE
Lettre de Marguerite d^Austriche ^ duchesse douairière de Savoye, gouvernante générale des Pays-Sas^ à ^empereur Charles V, datée de Bruxelles, le il octobre 1539.
Mous' le roy très chrestieu et madame sa mère envoyèrent doiz {eic) Gambray, de mon seu, ung leur officier, par saulfcouduyt de vostre majesté, pour aller visiter Mess" le Daulphin et le duc d'Orléans , ses enffans , affin d'estre acertenez de leur estât et bon portement ; le quel officier, a son retour, leur a fait très mauvais rapport rédigé par escript, dont je vous envoyé la copie ; sur quoy le dit s' roy et dame m'ont escript, comme austrice de paix, vouloir pourveoir et remédier tant par lettres a votre majesté que a l'impératrice, affin que mes dits s" leurs enffans, pour aultant qu'ils ont encoires a demourer en Espaygne, que ne sera longuement, comme ils espèrent, soyent bien trayctez, et que leurs serviteurs, ou aultrement bonne partie d'iceub, leur soyent restituez, et les aultres relaxés et bien traictez en bénéfice de la dite payx; ce que, mous', m'a semblé très honneste et raisonnable, et dont vostre honneur dépend. Par quoy veant la grande affection qu'ils y ont.
comme nalure veult, jay inoontinent offert esoriprè ceste a vostre majesté, et aultres quasi semblables a ma dite dame l'impératrice, affin de donner ordre a ceste affaire; si vous supplie, mons', y adviser et remédier, de sorte que la bonne amytyéencommencée par ceste dite paix entre vos deux majestés se puisse continuer et accroistre, ainsy que l'universel bien de la chrestienté le requiert. Et si d'aventure, en ce faisant, concepviez quelque crainte, pourriez en ce cas fere accroistre leur garde. Et ne fais doubte, mons', que si cydevant il y a eu faulte a les bien traicter, qu'il vous en desplaira et y pourvoierés promptement pour l'advenir , au grey et contentement desdits s" roy et madame sa mère. Ledit s' roy m'en a escript si honnestement de sa main , que vous ay bien voulu envoyer ses propres lettres et copie de ce qu'il en escript a son ambassadeur résident icy. Mons', je prie atant notre Seigneur vous donner bonne vie et longue. De Bruxelles, le xi* jour d'octobre a"* xv*' XXIX.
(de la main de marguerite.)
Mons^, Dieu vous a faict ceste grâce de vous avoir donné des biûux enfans , pour quoy povez mieulx saniir que vauli amour de père el le regret du dît s' roy; parquoy je vous supplie , comme toujours je vous ay escript y de vouloyr entretenir Vamytye du dit s' roy ^ veu qu'elle vous est si propise selon le tans , et an ce sa requeste sy honneste et resonnable , vouloir pourvcoir en la manière que dessus. Je x'QUS euse escripte ceste de ma main ; mes jevse perdu du
MARGUERITE d' AUTRICHE. 105
Ums ; par quoy vàu$ supplie la prendre pour telle , et du vouloir qui prosede de
Votre très humble tante,
Marguerite.
SwcripUon : A l'Empereur.
François P, en ratifiant le traité de Cambrai, plia sous la nécessité. On comprend combien dut être ulcéré ce cœur héroïque et fi^ en subissant d'humiliantes conditions. Il était naturel de prévoir qu'à la première occasion il tenterait de nouveau le sort des armes pour racheter ses défaites. Cette dispositicm n'avait pas échappé à la pénétration de Louise de Savoie et de Marguerite d'Autriche, qui, redoutant les nouveaux malheurs dont la rivalité et la haine réciproque des deux souverains menaçaient l'Eu* rope , imaginèrent , pour prévenir une rupture et donnera la paix de Cambrai une base solide et durable, d'unir, par un doublé mariage, les' enfants du roi de France et ceux de l'empereur ; une négociatiott à ce sujet avait été entamée aussitôt après la signature du traité.
De Bologne oii il s'était rendu pour recevoir des mains du pape la couronne de Lombardie et celle de Tempire, Charles-Quint expédia à Marguerite d'Autriche les pouvoirs nécessaires pour traiter et conclure cette importante affaire.
i06 MAAGUBUTE D'AUmCHE.
Le texte de ce document, qui se trouve puMié dans les Papiers d'état du cardinal de Grati" velle (1), contient l'expression remarquable de la confiance entière qu'avait Charles-Quint dans les talents politiques de Marguerite : a Pour la trèsgrande, parfaite et entière confidence, dit-il, qu'avons de nostredite dame et tante comme de nousmème, et de son expérience et prudence, laquelle s'est employée à la conduicte, conclusion et perfection de ladite paix fête à GamlH^y , avons icelle nostre tante constitué et ordonné, par ces présentes, nostre procuratrix générale et spéciale, etc. »
Marguerite ne vécut pas assez longtemps pour mener à fin cette négociation délicate, qui eût dignement couronné sa vie politique.
Déjà elle regardait comme près du terme sa participation aux affaires. Â la mort de Philibert-le- Beau, la pensée d'achever sa vie dans la solitude d'une maison religieuse s'était présentée à sa douleur. Dans cette intention, elle avait fait construire à Brou le bâtiment qui porte encore le nom de Lo-gement de la princesse. (Voir les Documents). Là, elle voulait attendre près de son époux tant regretté le moment de leur réunion étemelle. Le cours
(1) Intéressante publication de documents historiques, faite sous, la direction du savant M. Wciss et sous les auspices de M. Guizot.
MARGUERITE d' AUTRICHE. 107
des événements avait traversé cette idée ea lui imposant d'autres devoirs. Appelée à vingt-cinq ans sur la scène politique par la mort de son frère, elle y fut retenue et activement engagée par sa sollicitude pour ses neveux, par son désir de leur conserver rhéritage paternel. Gomme toute autre affection était éteinte dans son cœur, et qu'au souffle de l'adversité les illusions s'étaient évanouies avant l'âge, elle porta dans les affaires une intelligence ferme et nette, une souplesse d'esprit et une persévérance de combinaisons, qui révélèrent à l'Europe un véritable homme d'état.
Mais, en 1529, Charles*Quint, possesseur de plusieurs couronnes, allait suffire au gouvernement de ses royaumes. Déjà il avait déployé, sur les champs de bataille et dans sa direction politique, une prudence et une habileté consonmiées. La mission de Marguerite était donc achevée; aussi se préparait-elle à déposer entre les mains de son neveu le gouvernement des Pays-Bas. L'idée de se vouer à la retraite, raipenée par les lassitudes de la vie politique, par les in^irations de la piété et peut-être par l'affaiblissement de sa santé, était d'ailleurs habituelle à ce temps, et sa famUle en oSre plus d'un exemple. On sait que Maximilien, son père, voyageait avec le cercueil qui devait renfermer ses restes mortels;
108 MARGUERITE d'aCTRICHE.
plus tard, Charles-Quint descendait volontairement du tr6ne, las des soucis de la grandeur qu'il croyait ouMier dans le couvent de SaintJust.
<c Le soir de la vie arrivait; Marguerite avait mis chaque chose à sa place (1). »
Le monument de Brou touchait à sa fin ; la princesse, au milieu même des pins grandes préoccupations politiques n'avait pas cessé de porter sur cet édifice une vive sollicitude ; elle lui avait envoyé de Flandre de Tor et des artistes, un maître de l'œuvre et des sculpteurs, pour que lé type de l'architecture rappelât sa nationalité flamande et le pays qui l'avait vue naitre ; le moment était venu de visiter ce monument de son affection, élevé si loin de ses regards.
Marguerite avait aussi fait construire le monastère de l'Ânnonciade, à Bruges ; deux pièces authentiques, trouvées dans les archives de cette maison religieuse, prouvent que, disposée à quitter le monde, la gouvernante des Pays-Bas songeait à passer dans cette retraite les dernières années de sa vie. Voici ces lettres qu'on lira sans doute avec intérêt :
(1) M. QciïiBT, Brou,
lURGUERRE o' AUTRICHE. i09
Lettre à la Supérieure de Vordre des Annonciades de Bruges, A HA BONNE MÈRE...
Ma mère, ma mie,
l'ay donné charge à ce porteur, quebien connaisses, aller vers vous et vous dire de mes nouvelles et ma bonne disposition depuis aucuns jours, aussi de sçavoir de la vostre que désire estre telle que la vouldrais pour moy. J'espère en se bon Dieu et sa glorieuse mère qui vous ayderont et garderont pour mieulx. Je luy ay donné ung mémoire pour vous dire et au Pater, vostre bon père, qui est de ma main propre, et cognoitrez par ycelluy mon intention; je désire que rien soit faict grant bruit et pour bonne cause; et sur ce feray fin, vous priant faire à nostre bon père mes recommandations à ses bonnes prières, et semblablement à toutes mes bonnes filles, priant le Créateur et sa benoiste mère vous donner sa grâce et à moy aussy.
De Malines.
Signé : vostre bonne fille y Marguerite.
Mèmoyre à EsHenne^ mon valet de ctomdre, de ce quHl aura à dire au Pater et à la mère Àncille.
Premier, que Je désire sur toute chose mestre ma religion en tel estât que pour jamès (jamais) ils n'aient grant povreté ; mes qui puissent vivre sans mandier; et désire scavoir ce que se porteur leur demandera.
liO màrgueiute d'autrichb.
au quel je fay se mémoyre ; et premier scavoir s'il est besoing plus de rente et jusques à qudle somme ; et que ne le praigne trop eschars; car à l'aide de Dieu je fumiray à tout; et toute aultre chose que désireront, ils me le facent scavoir ; car je suis délibérée y faire une bonne fin^ à Tayde de Dieu et de nostre bonne maistresse, sa glorieuse mère.
Oultre plus dira à la mère Âncille, ma bonne mère, que je luy prie qu'elle face prier toutes mes bonnes filles à Vintention que je luy ay toujours ait; car le temps approche, puisque l'empereur vient, à qui, à l'ayde de Dieu, renderay bon comte de la charge et gouvernement que luy a pieu me donner ; et ce faict, je me rendray à la voulenté de Dieu et de nostre bonne maistresse, vous priant, ma bonne mère, ma mie, que je ne soye oubliée aux vostres, et vous demouray tousiours vostre bonne fille, Marguerite.
Marguerite n'avait sans doute confié son projet de retraite qu'à la mère Ancille et tenait à ce qu'il ne fût pas divulgué. « Je désire, lui ditrcUe, que n'en soit faict grand bruit et pour bonne cause. » Aussi, les documents qu'on vient de lire ne font-ils qu'indiquer sa pensée.
Elle ajouta un codicille au testament qu'elle avait fait en 4508 (1), au moment même où elle prenait
(1) Ce document précieux se trouvant reproduit textuellement
MARGUERITE d' AUTRICHE. 111
les rênes du gouvernement. Ce codicille ne changeait rien au fond de ses dispositions testamentaires qui toutes, à part les legs, étaient en faveur de Charles- Quint, son neveu et son héritier universel. Dans cette dernière manifestation de sa volonté et de ses désirs, elle recommande spécialement à Charles- Quint de vivre en paix avec les rois de France et d'Angleterre, a Et par la dernière requeste que ma dicte dame fait au dict seig' empereur, elle le supplie vouloir pour bien universel de chrestienté et la seureté de son estât, entretenir, garder et observer la payx et amytyé avec le roy de France et d'Angleterre, leurs royaulmes, pays et subgectz ; comme elle espère luy dire de bouche se il plaist à Dieu luy donner tantde vie qu'elle le puist veoir . {Notes et Documents.) » On voit, en parcourant l'histoire , que pareille recommandation a été faite à leur Ut de mort par le plus grand nombre des souverains, par ceux même qui ont eu le plus d'inclination pour la guerre. Mais ce conseil des mourants a été rarement suivi par leurs successeurs.
Le projet que nourrissait depuis longtemps Marguerite, de passer les dernières années de sa vie dans le silence du cloitre, ne se réalisa pas; cette
dans nos pièces justificatives, nous nous sommes abstenu d'en donner ici la substance. (Voir aux pièces justificatives).
il2 MABGUERITE D* AUTRICHE.
grande prince^ mourut à Malines le premier jour de décembre de Tannée 1530, âgée de 52 ans, après en avoir consacré près de vingt-cinq au gouvernement des Pays-Bas (1). Les historiens ne nous ont appris aucune particularité sur la cause et les circonstances de cette mort.
Dans un manuscrit déposé actuellement aux archives de TAin et dont le père Rousselet a, vers la fin du siècle dernier, rajeuni le style déjà vieilli, on trouve sur la mort de Marguerite quelques particularités qui , bien que dépourvues de toute autorité historique, sont devenues traditionnelles. La citation qui ya suivre est empruntée textuellement au manuscrit original :
« Le 15 du mois de novembre et le matin avant que de se lever, elle demanda à boire de Veau à une
(1) « Mechlinie viveas sibi sedem ddegit : ibi moribunda obiit , hoc cuirente anno salutis humanse mdxkx, œtatis suaî fcre quinquagesimo ^ctindô. » — (Corneille âcrippa).
« niustrissima princeps Margareta , archidux Austris , diiz co* mesque Burgundiœ obiit anno christiano 1530, aetatis sue fere quinquagesimo secundo, regni sui 23. Decessit primo kalendas decembris hora una et média post médium nociis. » — (Oratio funehrii in exequuB iUustristimœ principU Margarilœ AuêtricBy Brotici sejnUtœ^ hahita ab Antonio Saxano^ S^ idus junii 1532. — GIBBERTUS CO- GNATUS mZERENUS).
« Prima lucc decembris (1530) mortalitcm exuit Mechlini» Margareta, imperatoris amita et Belgii moderatrix. » — {Annalinm GeUlo- Flandriœ, auctorc Joanne Buzelino, cameracensi) .
MARGUERITE d'aUTRICHE. 113
de ses demoiselles, nommée Magdeleine de Rochester, qui , luy obéissant aussitôt, luy apporta à boire dans une tasse de cristail ; mais, en la reprenant, elle la laissa malheureusement tomber au-devant du lit, où elle se cassa en plusieurs pièces ; la demoiselle ne manqua pas de les ramasser le plus soigneusement qu'elle put; mais eHe ne s'avisa pas de chercher dans les pantoufles de la princesse, ou de les secouer par leur ouverture pour en faire sortir quelque fragment , s'il y étoit entré. Ce défaut d'attention fut cause de sa mort, car cette princesse s étant levée quelques heures après , et ayant mis les pieds nuds dans ses pantoufles, et fait quelques pas pour s'approcher du feu , elle se sentit vivement piquée à la plante du pied gauche^, elle appelle une demoiselle pour voir ce que c'est, qui vit un petit fragment fort aigu de cette tasse cassée qui luy étoit entré dans le pied ; elle le tire le plus tôt et le plus subtilement qu'elle peut ; mais la blessure resta et jeta très-peu de sang. Cette princesse toujours courageuse la négligea et n'y fit rien; mais, quelques jours après, se sentant une grande douleur en cet endroit et la jambe enflammée , elle fit appeler ses médecins le 22"* de ce mois de novembre, lesquels ayant vu la playe et ses incidents , consultèrent ensemble , jugèrent que la cangrène y étoit et qu'on
114 MARGUERITE d' AUTRICHE.
ne pouvoit la guérir qu'en luy coupant au moins le pied. La conclusion en fui prise et l'exécution résolue. Le lendemain 23 du même mois, les médecins le communiquèrent à M. de Montécut, aumônier et confesseur de cette princesse, pour la disposer à cette opération terrible ; elle en fut surprise et fort émue. Mais 'enfin , toujours femme forte et parfait^nent chrétienne, elle s'y résolut et se disposa, par un profond recueillement de deux jours, le 33 et le 24, à se confesser, pendant lesquels on disoit qu'elle n'étoit pas visible. Le 25 et le 26 furent employés aux recherches exactes de sa conscience et à sa confession, faite à plusieurs reprises. Le 27 au matin, elle reçut avec une fermeté héroïque et une piété trèsédifiante le très saint-sacrement. Le 28 et le 29 furent occupés à mettre les ordres nécessaires à ses affaires temporelles , et le 30 fut le jour funeste de l'opération et de sa mort ; car, comme les médecins voulurent luy épargner la douleur de celle-là, ils luy causèrent celle-cy, en luy donnant une doze si forte d'oppium qu'ils l'endormirent d'un sommeil si profond qu'il n'est pas encore fini et ne finira qu'à la résurrection de tous les morts (1). »
(1) Ms. intitulé: Descripiwn historiqtM de la belle église et du ctmvent royal de Brou, L'écriture de ce manuscrit fait penser qu'il fut composé au commencement du XVIII« siècle.
MARGUERITE d' AUTRICHE. il5
Le moine augùsUn , qui est Tauteur du manuscrit auquel nous avons emprunté le pâissage qu'on vient de lire^ n'a mleilheureusement paâ pris le soin de consulter les pièces et les titres originaux que renfermaient les archives du monastère de Brou à Tépoque où il écrivait. Son travail ratièrement dépourvu de critique, est un recueil de légendes et de traditions inexactes, parmi lesqu^ies cependant se nencontrent certains faits qui s'accordent avec les documente authentiques récemment retrouvés. On ne peut donc ^jouter une foi entière aux détails relatés dans la citation qui précède. Le père Rousselet lui-même, qui s'est approprié le travail de son prédécesseur , après en avoir toutefois élagué des détails burlesques et puérils, a soin d'avertir que le récit de la mort de Marguerite , tel qu'il vient d'être fait, ne lui paraît pas certain, u Ma%ré le respect que j'ai pour une tradition qui n'est pas formdlement démentie^ dit-il, je serais tentédelar^eter. » Ce qui a probablement rendu cette tradition populaire, c'est que la statue qui, à Brou, représente la princesse morte, offre sous ta plante du pied une coupure très«^pparente. Est-ce défaut dans le marbre ou intention du statuaire ?
Suivant Corneille Agrippa , qui prononça à Ma- Imes l'oraison funèbre de la princesse Marguerite,
H 6 MARGUERITE D*AUTRICBE.
ses entrailles restèrent dans cette dernière ville ; sou cœur fut déposé dans Téglise de Bruges , où était inhumée Marie de Bourgogne, sa mère; et son corps fut transporté à Bourg pour y être enseveli dans Téglise de Brou (1), ainsi qu'elle l'avait ordonné par un article spécial de son testament , ainsi conçu : « Item nous élisons la sépulture de nostre corps en l'esglise du couvent de Sainct-Nycolas de ToUentîn lez Bourg en Bresse (2). »
Ce ne fut que près de deux ans après la mort de la princesse que ses restes précieux furent apportés de Malines à Brou, et que les cérémonies de ses obsèques y furent célébrées. Ce retard provint sans doute de ce que son tombeau n'était pas prêt ; car cette merveille de l'art ne fut terminée, ainsi qu'on peuts'en convaincre par une inscription qui s'y trouve, que dans le courant de l'année 1532. Une note que contiennent les registres de Thôtel-de-ville de Boui^ de cette année , nous fait connaître l'époque précise de la célébration des funérailles de Mai^erite d' Au-
(1) Sepelitmtpie, ut jnsscrat tesUmenti tabulis anno 1508, corpos in templo divi Nicolaï de Tolentino, in confinio Brouensi in Bressia, juxta Philibertam Sabaudium maritum. Sepulchram et monumentuin corporis sui esse voluit Burgi, apud Scbusios ; cor suum Brugts pênes Morinos vcl Flandres ; viscera sibi vindicavit Mechlinia. —
(CORNBILLE Ag&IFPa).
(2) Docutnents autfimiiqtteK.
MARGUERITE d' AUTRICHE. 117
triche ; cette cérémonie dura trois jours^ les 10, il et 12 juin.
Janus Machard, syndic de Bourg, accompagné des notables de la ville, se rendit au devant du cortège qui se composait, entr'autres personnages, du maréchal de Bourgogne, du comte de Lalaing et de l'archidiacre de Fauvemey, Claude de Boisset , qui fut plus tard évêque d'Arras (1). Ces deux derniers personnages étaient au nombre des exécuteurs testamentaires de la princesse; on trouvera dans nos pièces justificatives plusieurs lettres qu'ils écrivirent en cette qualité aux religieux de Brou. L'oraison funèbre de la princesse fut prononcée à Brou en français et en latin par frère Antoine du Saix, commandeur de l'abbaye de Saint- Antoine de Bourg et auteur de plusieurs ouvrages aujourd'hui fort rares et très-recherchés parles bibUophiles; cette harangue nous a été conservée; eUe n'offre dans presque toute son étendue qu'une déclamation vague et sans intérêt
(1) Notandum est quod applicueront in hae cîvitate magnifici Domini commisaarii pro faciendo sepelimentuin illuatrissime qnondam bons memori», Domin» Hargiuretie , seiilicet magnificus dominus marescallus BurgondiiB, magoificus cornes de Lalaing, reverendissimus archidiaeonus Pauvergnei et plures alii quibus fuerunt obviam Janus Machard consyndicus, associalus cum pluribus ciyibus et burgensibus Burgi, die dominica nona junii 1532, et fecenint sepelimentmn tribus diebus continuis inde sequentibus in ecclesia de Brou. — (Extrait des registres de l*hôtel-de-viUe de Bourg, anofie 1532).
118 MARGUERITE D'AlITRlCUBr
historique. Nous en extrayons le fragment qui a le plus de trait au sujet, pour donner au lecteur une idée du goût et de la manière de Forateur :
(c Cependant si ne faut-il laisser à magnifier la subtile excellence de bien peingdre qui estoît en nostre paragonne et primeraine femme ; car elle heut cella a partir et en société aveq Martin, painctresse romaine, qui , en regardant au mirouer, contrefit et exprima son efiigie si semblable à sa vive face par justes traicts, couleurs appropriées et esgalle proportion de bouche, que les painctures fainctes et artificielles en ont deceu plusieurs qui les pensoyent naifves et naturelles. Item la bonne dame paingnit mains visaiges de femme, mais d'hommes point (1). »
Les historiens qui ont parlé de Marguerite d'Autriche ont remarqué que, durant tout le cours de sa
(1) OroMon fanèbre faieie et prononcée wuo ob8èqu$^ et enterrement du corps inhumé à Brou de trèsMIustre princesse Margueritr d'Attstrichey par noble homme fraire Antoine du Saw , cwnmendeur de Sainct Antoine de Bourg et Aulmosniei* de Charles le très-excellenty mQjueigneur le duc de Savoy e.
Je glisse au bas de U pa^e le passage suivant du «léme panégyrique, qui donnera une idée du goût littéraire de ce temps :
n Je fcroîs icy commémoration de Tentiereté, dévotion et eour- « toisie et d*aultres bonnes meurs de Marguerite, jadis femme de « Henry roi des Anglais et sœur de René, roy des Napolitains ; mais <( an preis de ceste il y a telle différence comme du jasement d'ung « f^ay (geai) au doulx son de la harpe ; la marjolaine n'a rien de corn- «< mung au ^oing d'une tniye, rovercnce saulve »
MARGinSRlTE d'àUTRIGUB. il9
carrière politique, elle s'est montrée hostile à la France ; le président Hénaut est le premier à constater ce fait : a Elle n'oublia jamais, dit-il, Tafl^ont que lui avoit fait Charles YIII de la renvoyer, et fut soigneuse d'entretenir la haine qui avoit commaoïcé lors du mariage de sa mère, et qui se perpétua depuis entre la maison de France et la maison d'Autriche (4). » Le continuateur de Velly et de Yillaret trace de Marguerite le portrait suivant : a Princesse d'un génie profond et dissimulé, élevée dans l'adversité, formée au manège de la cour de Ferdinand dans le temps qu'elle étoit sa bru, envenimée contre la France où elle n' avoit reçu que des affronte, enfin l'ennemi le plus dangereux et le plus opiniâtre que la fortune pût susciter à la monarchie (S). »
Mais les Pays-Bas, durant son gouvernement, recueillirent les fruits de sa rare sagesse; au milieu des guerres sanglantes qui troublèrent les autres états, ils jouirent, grâce à la prudence et à l'habileté de Marguerite, d'une paix constante et prospère. « Tandis qu'elle les gouverna, dit Legendre (3), elle s'y conduisit avec une merveilleuse sagesse et conserva la Flandre en paix au milieu des guerres
(1) Abrégé chronologique. ADnée 1530.
(2) Garnier, tome 22, page 137.
(3) Hùtokre du cardinal d'Àmboise.
120 MAB6UEE1TE D'AUmCHE.
sanglantes qui troiâ>lèrent dans la suite les autres estais de son neveu.... Grande princesse, moins estimable par sa beauté, quoique ce fust une beauté rare, que par sa vertu et par son habileté dans le maniement des affiaiires. »
On vit alors fleurir en Flandre les lettres et les arts qui avaient été totalement négligés sous le gouvernement de Maximilien et de Philippe; une foule de savants durent des encouragements à cette princesse; citons, entr'autres, Erasme, Compile Agrippa, Jean Lemaire, Jean Molinet, Renâcle de Florennes, poète latin, etc., etc., etc.
Gamier rapporte, sous la date de 1526, que Louis Berquin, gentilhomme picard, disciple d'Erasme, ayant été arrêté pour cause de religion et particulièrement pour avoir traduit quelques ouvrages de Luther, ce qui l'exposait à être brûlé vif, François I*', à la prière de Marguerite, envoya de Madrid ordre au Parlement de cesser toute poursuite. Mais la cour n'ayant pas obtempéré à cet ordre, François, à son retour d'Espagne, lui adressa de durs reproches, commanda au prévôt de Paris de se faire remettre la personne de Berquin et, en cas de" refus, de briser les portes de la prison. Ce fait donne un démenti aux reproches qu'un historien belge , Emmanuel de Méteren , fait à la mémoire
MARGUERITE d' AUTRICHE. 121
de Marguerite, d'avoir poursuivi avec une rigueur excessive les partisans de la réforme.
Marguerite qui honora aussi d'une bienveillance particulière les poètes de notre nation, cultiva ellemême la poésie française. Dans un album que conserve la bibliothèque de Bruxelles et qui lui a appartenu, se trouvent des poésies gracieuses qui offrent une frappante analogie avec celles de Charles d'Orléans, père de Louis XII. On voit par les compositions littéraires de Marguerite que son éducation avait été largement et noblement entendue, comme l'était alors celle de toutes les filles de race royale, telles que Marie Stuart, Marguerite de Valois, Jane Gray, Elisabeth Tudor, Renée de France, duchesse de Ferrare, et ses deux fiUes, FÉléonore du Tasse et Lucrèce, sa sœur.
Passionnée pour la musique, elle contribua puissamment aux progrès que cet art fit en Belgique, progrès si remarquables qu'ils valurent aux Belges l'honneur d'être nommés par les savants étrangers les restaurateurs de cet art en Europe. La Bibliothèque de Bruxelles renferme un volume reUé en cramoisi, dont le papier est noir et les lettres d'or, qui contient une suite de danses à la mçde au XVI* siècle (1).
(1) Voici le nom de ces danses : Ln Marguerite^ rFjtpéi'anre dr
122 MABfiUBKin b'actuciie.
Le passage de roraisan fonâire de Maigamle par Antoine da Saîx, qœ nous aTons rqwoduil ptos hant, nous apprmd que ortie princesse maniait aussi habilement le pinceau que la pfanne. daude Paradin confirme œ témoignage : « Elle se récréoit, dii-iL, entr^antres vertueuses occupatîoDs, le plus souvent à la peinture (1). » Les ^ises de Brug^ et de Bron^ qu'dle fonda et qui fùrmt construites de son vivant, font naturellement supposer qu'elle n'était pas restée ârangère à Tart architecturaL Outre ces deux monuments de sa piété et de sa magnifi* cence, Anbert Miré lui fait honneur de la fondation, à Bruxelles, du monastère de Sainte-Marie- Madeleine, sous la règle de saint Augustin (2).
Ce récit qui a dépassé les proportions dans lesquelles nous voulions le restreindre, et les documimts que nous possédons sur la vie politique et privée de Marguerite nous permettent de lui assigner une place distinguée dans les scènes diverses du grand drame de la Renaissance.
Sans cesse préoccupée des intérêts et de Tagrandissement de la maison d'Autriche, menant de front
Bourbany Bfamour-m^amie, Va4-en mon amoureux détir^ Fillei à marier, la Qame de Ravestein, la daiUce amour, le joyeux de BruxeUee.
(1) AUianceë yênéalog. des roU et princes de Gaule, Genève, 1606.
(2) Opéra diplomaiica et historica.. . . et afia monumenta ad hUtoriam Belffieam speetantia.
MARGUERITE d' AUTRICHE. 123
]a politique, radministration, la piété, la littérature, la musique, la peinture, l'architecture, en un mot tous les arts de son siècle, elle fut, on doit le reconnaître, la principale actrice des grands jours de TEurope, depuis 4508 jusqu'à sa mort (1530).
Pour compléter la biographie de cette illustre princesse, sous le rapport politique, il faudrait soulever entièrement le voile derrière lequel elle agissait, et restituer à sa gloire ce que lui a dérobé la partialité des écrivains espagnols ou allemands, pour en parer à tort des patrons trop longtemps flattés à ses dépens. Mais, pour accomplir cette tâche, outre les documents que nous possédons, il serait nécessaire d'explorer ceux qui sont encore enfouis dans les villes de la Belgique, de la Flandre, dans les archives de la Savoie, de la Bourgogne, de la Castille, de TAragon, de rAllemagne et de TAngleterre, où les correspondances multipliées de Marguerite doivent encore se retrouver, si elles n'ont pas été égarées ou détruites.
Nous avons voulu seulement esquisser cette noble figure historique, suivre dans les péripéties de sa vie agitée cette fille des empereurs, qui, ayant dû s'asseoir sur les deux trônes alors les plus puissants du monde, deux fois veuve de princes dignes de toute sa tendresse, renonça, jeune encore, aux in-
124 MÂR^miTE D'AimUGBB.
limes affections du cœur , pour se vouer aux graves intérêts de la politique où die montra une habileté consommée, et qoi mourut loin du pays de Bresse^ témoin de ses yAes et de ses douleurs, sans avoir eu la consolation de voir , dans sa gracieuse magnificence, cette égUse de Brou que sa piété d'épouse avait édifiée comme un monument de ses regrets et de son infortuné.
Aprèt toat MUnt Utns (A Brov), WBoble qiu royex
on MBte, et m ht«i à quoy pnnièremetttaddNMn'
> TOI yeux povr les repaietre , perce «(n'nne ebaeenne
cboee ee oonTie à regtrder oonme an Bovreao epee-
Ude
Paradin, Chronique deSavoye.
ouT monument révèle à l'œil qui sait l'observer son époque , sa destination spéciale et la pensée qui a motivé son érection.
La ville de Bourg a vu s'élever en même temps , dans les premières années du XVr siècle, deux églises ogivales, l'église paroissiale de Notre-Dame et l'église conventuelle de Brou , qui , Tune et l'autre , obéissent parfaitement à cette condition de toute œuvre architecturale.
La première , plébéienne et roturière , doit son érection au denier de l'artisan et à l'offrande du bourgeois. A l'intérieur, on ne découvre nul emblème des
grandeurs et des distinctions humaines. Les saints patrons de ses chapelles , St-Crépin et St^répinien , St-Roch, St- Joseph, etc., ete., sont les représentants des classes laborieuses et prolétaires qu'elle accueille dans son enceinte ; à tous les fidèles indistinctement, riches ou pauvres , grands ou petits , elle ouvre le trésor des consolations religieuses et des espérances célestes.
A Brou , église aristocratique et princière , tout annonce la splendeur du rang; tout respire l'individualisme de la prisée à laquelle ce monument doit son origine. De toutes parts, la fille des empereurs a étalé les insignes les plus éclatants des grandeurs terrestres : les écussons, les armoiries, les généalogies des très-hautes et très-puissantes maisons d'Autriche, de Bourgogne et de Savoie. Tous les personnages qui rayonnent sur les magiques verrières du chœur, ou que le ciseau du sculpteur a si admirablement reproduits parle marbre ou l'albâtre, s'y montrent revêtus ou entourés des insignes de la puissance. On dirait que la Vierge elle-même a échangé sa simplicité rustique et sainte , pour s'anoblir d'un luxe qui la rap^ prochât des grands de la terre , dont le pavé même du chœur présente les eflBigies.Sur ces tombeaux,sur ces murs, le marbre s'est assoupli pour s'épanouir en fleurs, pour retomber en dentelles qui semblent tissues
par la main légère d'une femme; le sanctuaire luimême est tendu de lacs d'amour .Les chifiFres de Philibert et de Marguerite et leurs devises profanes occupent la place des légendes sacrées. On voit que Tart s'est efféminé pour associer à l'inspiration religieuse les affecticms terrestres qui réunissent sous ces voûtes l'épouse à son jeune époux.
Enfin y le type architectural du monument , ainsi que son admirable ornementation , empruntés à l'art flamand du XVI« siècle , accusent hautement la personnalité de Tauguste fondatrice.
Pendant qu'à la plupart des édifices religieux que te moyen âge a Vu naître , il a fallu le concours de plusieurs générations et presque toujours la durée de plusieurs siècles pour arriver à leur achèvement , moins de trente années ont suffi à la veuve de Philîbert-le-Beau pour conduire à son terme la construction de l'église de Brou. Il est vrai qu'à cette œuvre de piété et d'amour l'or de la princesse n'a pas fait défaut , que le temps n'a pas refroidi sa sollicitude et que les soins politiques ne l'ont pas distraite de cette pensée chérie ; aussi le génie de l'artiste principal est resté à la hauteur de la tâche qui lui était confiée , et les bras qu'il employait ont travaillé sans relâche.
Le voyageur qui a visité Anvers , Bruges , 6and ou Mayence reconnaît sur le champ la parenté de
i28 É6U8$ DE BROU.
l'église de Brou avec les constructions de style flamand. Les églises de notre voisinage qui se rapprochent le plus de son époque, St-Nizier, les Cordeliers de rObservance , la chapelle des Bourbons à StJean, trois élises de Lyon; celles de Yillefranche-sur-Saône, de St-Maurice à Vienne (façade), de Bourg-en-Bresse (nef),toutes de la fin du XV* siècle ou du commencement du XVP, n'ont aucun des caractères spéciaux qui distinguent Téglise deBrou. Celle-ci est tout à fait à part , avec ses ouvertures en cintre surbaissé , sa colonne coudée , sa fusion du lobe et de la pyramide tangente à Togive, ses colonnes divisées en deux parties par des colliers , le pignon suraigu de sa façade, dont les côtés sont composés de deux courbes chacun, et qui cache le toit par son développement : ces divers caractères attestent que le Bas-Rhin a fourni ce modèle que Ton trouve , de Bruges à Strasbourg , dans des édifices dû XIV* siècle, et, même à Cologne, dans des maisons romanes du Xir. Ces différences avec les monuments de notre contrée et cette analogie avec le type flamand , sur lesquelles nous reviendrons plus en détail , font déjà pressentir que l'architecte qui a conçu cette œuvre appartenait par sa naissance aux pays que baigne le Rhin.
Le plan de l'église de Brou est très-simple : une grande nef, deux nefs latérales ne communiquant pas
MONOGRAPHIK. 129
ensemble derrière le chevet , un chœur terminé par une apside polygonale et séparé par un jubé du reste du vaisseau , deux bras de croix , deux rangées de petites chapelles sur les bas-côtés : voilà ses dispositions principales ; soixante-dix mètres de longueur , trente-cinq de largeur au transept , et vingt seulement d'élévation sous la clef : telles sont ses dimentions.
La composition de l'église est, à Textérieur comme à l'intérieur, remarquablement homogène. La façade est pittoresque, quoique plate et un peu écrasée. Elle se compose de trois corps accolés ; celui du centre renferme le portail unique, surmonté d'une balustrade au centre, au devant de laquelle s'élève la statue de St- André , patron de la Bourgogne , figure emblématique qui rappelle la nationalité , la naissance et la famille de la fondatrice ; au-dessous et dans le tympan de la porte principale , se voient neuf statues en plein relief. Un Ecce Hotno^ placé dans une niche à base et à dôme élégamment sculptée à jour, occupe le centre ; à gauche , est le prince avec son patron ; à droite, Marguerite d'Autriche et sa patronne; plus quatre aoges ou génies qui soutiennent chacun l'extrémité d'une table verticale de pierre blanche , destinée à recevoir, non pas , comme on Ta cru , les armoiries de Savoie , d'Autriche , de France et de
Bourgogne, mais quatre inscriptions relatives à l'origine du monument (1).
Au-dessus, s'élèvent trois fenêtres, dont jfne seule donne du jour dans l'église. Elles sont amorties par une deuxième balustrale ou galerie imimédiatement assise sur la pointe de leurs ogives. Enfin , un gable ou pignon triangulaire , dont les côtés sont formés chacun de deux courbes en festons , termine le tout.
Le volume de ce pignon est relativement considérable, puisqu'il fait à lui seul plus du tiers de la hauteur totale de la façade.
(1) Ces inscriptions, composées sur la demande de Marguerite d'Autriche, par frère Antoine du Saix, auteur contemporain et témoin oculaire de la construction, se trouvent à la suite du Blason de Brou. Les voici :
fn tabula prûnœ staiuœ :
Hanc superis aedem posuisset casta virago Borbonia ; at tristis non tulit id Nemesis. in secunda :
Filius, ut par est, matris pia vota sequutus, Hanc positurus item, si licuisset, erat. In tertia:
Inclyta quod socrus voluit, natusque parabat, Austrianunc ocuHs edidit hocce nurus.
in quarta :
Concepit mater, Philibertus parturiebat, Mox uxor peperit , sed gcnitore carens.
Adfuit obstetrix Lodoiccs *, quo duce, fœtus Editus ctemum conspiciendus erit.
* Maître Loyi VaB-Bafh«n, arehitact« de Broa.
Il est percé de quatre ouvertures ; une rosace est au centre , et trois triangles à c6tés arrondis occupent les angles ; ces trois triangles , placés au sommet du pignon , semblent bizarres au premier abord ; mais souvent les figures et les ornements employés par les architectes du moyen âge ne nous paraissent tels que parce que nous ne pénétrons pas leur sens mystérieux et emblématicpie. Ainsi, les trois triangles présentent ici une image sensible de la Trinité. Le cercle de la rosace qui occupe le centre principal de la figure totale étant , comme on le sait , le symbole de Téter* nité et de l'infini , complète la pensée religieuse de l'architecte.
Les corps latéraux se composent chacun de deux fenêtres au rez-de-chaussée ; ils sont terminés par des pignons aigus à côtés irréguliers et percés de jours dont la forme est très-bizarre. Ce sont des triangles allongés dont un côté est vertical (celui qui regarde l'église) et les deux autres en arc de cercle ; en outre, le côté inférieur, au lieu d'être horizontal, relève dans sa direction externe, et le troisième joint en diagonale les deux premiers. Nous serions peutêtre mieux compris si nous disions que chacune de ces fenêtres fait la moitié d'un triangle équilatéral à côtés arrondis , posé sur sa base et divisé en deux portions égales par une ligne verticale. Les pignons
132 ÉCLISE DE BROt.
latérauic sont joints au corps central par des arcsboutants encore plus sîngnlîers , s'il est possible : le vide triangulaire qu'ils forment est ciroonscrit par deux lignes droites et une couriie. La courbe , qui est rintrados de Tare, n'est pas parallèle à l'extrados ni à aucune autre courbe de la façade ; la ligne droite du côté externe du triangle forme un angle obtus avec la pente du pignon qu'elle semblerait pourtant devoir continuer ; enfin , ni son inclinaison, ni la direction du triangle entier, ni celle de l'arc-boutant ne se symétrisent soit entr'elles soit avec d'autres lignes de l'église. Deux grands contreforts , quatre autres plus petits consolident la façade qui est aussi large que haute et dessine à peu près un vaste triangle rectangle posé sur son hypothénuse.
De la multiplicité des détails répandus sur toutes les parties de la façade , de l'absence totale de parties nues 9 des diCTérences incompréhensibles dans la forme d'objets ayant le même but , il résulte un embarras inextricable de lignes , une diffusion presque uniforme d'ombre et de lumière , qui nuit à ce qu'on est convenu d'appeler l'effet. Or, l'effet est le premier et le plus noble but de toute composition architecturale. Ce défaut capital est rendu plus sensible encore par la profusion des ornements qui sollicitent les regards partout à la fois. Ces ornements/sont à la
vérité d'uD dessin cbarmaot et d'une exécution irréprochable ; ils sont le fruit d'une riche imagination qui s'est surpassée encore dans la décoration de Tintérieur du chœur. Là , on peut dire que jamais le génie des petites choses , Tesprit et la patience ne sont allés plus loin. Il faut pourtant Tavouer , cette ornementation de choux , de lobes , d'ogives et de trèfles du gothique flamboyant, qui couvrent tout ici , portail , fenêtres , rose ^triangles y balustrades , contreforts , pignons , voire même les vides formés par les arcs-boutants , tout cela est fouillé , brodé avec un art admirable, mais qui va jusqu'à la monotonie et la lassitude. Ce n'était pas ainsi que les maîtres du XIIP et du XIV* siècle comprenaient une façade de cathédrale ; le luxe pour eux passait après Tefiet et n'existait jamais aux dépens de la simplicité des lignes.
Les côtés extérieurs de l'église sont plus simples que la façade ; le revers des chapelles surtout est d'un bon goût. L'extrémité des bras de la croix fait une saillie assez considérable en dehors de la masse du bâtiment. Là , des façades assez importantes s'élèvent à l'imitation du portail ouest; elles en diffèrent, parce qu'elles offrent un corps unique surmonté d'un immense pignon aigu , et que les détails y sont moins prodigués.
Quant au clocher, triste et lourd malgré ses ressauts, il semble vouloir se dérober aux regards. Pour être juste, nous devons ajouter qu'il nous est parvenu incomplet et mutilé; sa coupole, déjà détériorée un siècle après la construction , fut démolie et remplacée par une flèche, renversée elle-même en
Ce qui frappe d'abord le spectateur à son entrée dans la grande nef, c'est rabaissement de la voûte à peine deux fois plus haute que lai^e. Ce défaut est rendu plus saillant encore par Ténormité relative des pihers ; ceux-ci , composés d'îme multitude de nervures cylindriques et prismatiques , n'ont point de chapiteaux, pas même de simples tores à la base des archivoltes , ce qui est un des caractères distinctifs du gothique expirant. Les g^urbes de l'ogive seule occupent près de la moitié de la hauteur totale de l'église , ce qui donne à tout le vaisseau un aspect un peu lourd. Quelques personnes ont prétendu que la lourdeur de cette église avait été préméditée ; c'est, disent-elles , une allusion ingénieuse à sa destination tumulaire. Il n'y a pas d'autre exemple que les édifices sépulcraux du moyen âge aient aflFecté cette forme écrasée. Cela serait vrai pour les cryptes , souvenii^s ou imitations des catacombes de Rome , presque toujours placées sous des monuments impor-
tants dont elles étaient en quelque sorte les charniers ; on conçoit qu'elles fussent sombres ou surbaissées ; mais qu'un temple où le public était journellement admis, où les offices étaient célébrés régulièrement, fftt nécessairement surbaissé et lourd , c'est une conjecture plus ingénieuse peut-être que fondée. Dans les nefs élégantes de St-Denis et de la Ste-Ghapelle , qui sont pourtant des églises sépulcrales , l'art n'a pas ainsi abaissé les voûtes.
Terminons ces premières observations sur l'église de Brou, en citant son admirable conservation (à la véritéplus apparente que réelle) et son homogénéité, mérite bien rare dans un vaisseau de quelque importance. Les fermetures en bois , dans le style de la Renaissance , qui décorent l'entrée des chapelles , sont seules étrangères au gothique flamboyant qu'on retrouve dans l'édifice entier.
Immédiatement après le transept , un riche jubé défend l'entrée du chœur dont il fait pressentir les merveilles. Il figure une espèce de porche , ouvrant sur la grande nef trois arcades supportées par des piliers carrés avec colonnes engagées , et , en face du maitre-autel, une seule porte en bois sculpté. Audessus règne une tribune ou galerie qui se continue sur les deux côtés du sanctuaire. Cette donnée est tout à fait simple , et cependant il est difficile d'ima-
136 ÉGUSE DE BROU.
giner tout le parti de luxe que rarchitecle en a tiré. Nous y reviendrons.
Le revers du jubé et les deux premières travées du chœur sont garnis de chaque côté par des stalles en bois, sculptées avec une incroyable délicatesse. On ne saurait trop admirer la verve avec laquelle les sculpteurs ont fouillé ces niches, ces figures de patriarches , de saints et d'apôtres. Là se trouve reproduite toute l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament , entremêlée de scènes naïves et grotesques , fruit d'une imagination à la fois satirique et vagabonde. L'incomparable richesse de cette boiserie , l'analogie de style et d'ornementation qu'on y remarque avec les autres détails de l'édifice , et notamment la reproduction de la colonne coudée , sont un indice certain que sa composition est le produit du même crayon , de la même pensée qui a créé le monument ; et la pomme de pin qui la termine révèle les artistes du Nord. Là , comme ailleurs , si l'on observe une tendance au tour de force , si les efforts que fait l'artiste pour tromper le spectateur sur la nature des matériaux qu'il met en œuvre sont apparents , on ne peut néanmoins disconvenir qu'il y réussisse complètement. Non, ce n'est pas là du bois, matière difficile à manier s'il en fut; c'est du fer , du filigrane , de la dentelle que nous croyons voir.
Tous ces fleurons , ces chiffres , ces entre-lacs » ces ornements flamboyants qui s'épanouissent sur la cornidbe, défieraient le ciseau le plus fin et le plus exercé. Si le génie est la patience , comme le prétend Buffon, le génie est là.
Trois tombeaux en marbre blanc occupent l'espace compris entre les stalles et Tapside. Le mausolée du prince Philibert est au milieu du chœur ; celui de Marguerite d'Autriche , sa femme , à gauche; celui de Margnerite de Bourbon , sa mère , à droite.
Avant d'examiner en détail et au point de vue de Vart les mille et une merveilles de ces mausolées , à chacun desquels nous consacrerons une courte description , contemplons d'abord la scène muette qui se passe entre ces trois personnages qui , avant de s'endormir dans la mort , échangent une dernière et commune pensée.
L'acteur principal , Philibert-le-Beau , placé au centre , communique à la fois avec les deux autres personnages. A droite , Marguerite de Bourbon se tourne vers son fils pour lui recommander l'exécution d'un vœu que la mort ne lui permet pas d'accomplir. Philibert , par ses mains jointes et inclinées vers sa mère , semble accepter l'héritage de sa {Hété et de ses engagements envers le Ciel ; mais en même temps son regard cherche celui de Marguerite, son épouse ;
cette promesse qu'il vient de faire à sa mère , il ne lui sera pas donné de la remplir. En dépit de sa jeunesse et de sa force , la tombe le réclame. Qui donc accomplira le vœu? Mourez en paix , beau prince ; le Ciel sera satisfait; l'Artémise chrétienne, Marguerite , survivra à la douleur de votre perte , pour élever un monument digne de vous , digne d'elle; après quoi, elle viendra mêler sa cendre à la vôtre, et chercher sous la voûte de ce somptueux sanctuaire un asile contre les infortunes si libéralement prodiguées par la Providence aux enfants des rois.
Sous une voûte surbaissée , percée dans le mur , Marguerite de Bourbon , vêtue du manteau ducal et la couronne en tête , est couchée , les mains jointes , les pieds sur une levrette , le visage tourné vers Philibert , son fils. Le tombeau qui la supporte est décoré de niches renfermant des génies et des pleureuses. On ne vantera jamais assez le mérite de ces figures , la finesse de leurs petites têtes , sculptées sous des voiles qui auraient pu dispenser l'artiste même de les ébaucher. Les niches placée^ aux côtés du tombeau et dans son intérieur, les figures qu'eUe& renferment , les ornements flamboyants qui surmon» tentla voûte du sépulcre et s'élèvent jusqu'à la première balustrade du chœur, tout cela est si riche y
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HOMOGItÀPHIE. 139
%i finement découpé , si varié de formes et de plans , que les paroles seront toujours impuissantes à en reproduire TeCTet. Ce tombeau , qui serait une merveille partout ailleurs, est peu remarqué ici à cause de ceux qui Tavoisinent.
Devant le mattre-autel s'élève le tombeau dePhilibert-le-Beau , duc de Savoie ; il est divisé en deux étages. Un peu au^lessus du sol on voit d'abord le prince mort, presque entièrement nu, de proportion un peu plus forte que nature. Douze piliers ou faisceaux de colonnettes aussi déliées que des fils , enrichis de niches, de statues, de caprices étourdissants, supportent une table de marbre noir où repose Philibert, armé et la couronne en tête ; une cotte brodée recouvre sa euirasse ; sa tête est soutenue par un carreau ; ses pieds sont appuyés sur un lion. Six génies , grands comme nature , Tentourent dans une attitude pleine de charme et de tristesse. L'un d'eux tient le sceptre et les gantelets du prince , un autre son casque et son marteau d'armes ; deux soutiennent la tablette où devait sans doute être gravée l'épitaphe , les deux derniers un écu aux armes de Savoie. Ce monument est regardé en général comme celui où l'exécution des figures est la plus parfaite.
Le tombeau de Marguerite d'Atitriche , placé sous
140 ÉGUSE DE BROU.
l'arcade qui sépare le chœur de la chapelle de la Vierge , est beaucoup plus grand et plus compliqué que les précédaite. Il se distingue surtout par la profusion des ornemente dont il est couvert et par rimportance de sa composition. Là encore, la princesse est représentée deux fois : morte d'abord , sur un socle peu éloigné du sol ; puis vivante et les bras croisés , sur une table de marbre noir que supportent des colonnes groupées. Elle est accostée de quatre génies. Quatre faisceaux de nervures et de colonnettes partant des angles du tombeau à sa base , servent de piliers à un vaste dais qui recouvre le tout. Près de Técusson ducal , au-dessus de la tète de la princesse se trouve reproduit , avec plus de profusion que dans les autres parties de l'édifice , un blason d'armes parlantes , formé d'une plume au miUeu de marguerites épanouies. Cette plume ^ estce celle qui a signé les traités diplomatiques ou celle qui a écrit le volume de poésies ? En tous cas cet ornement ingénieux rappelle que la fille des Césars tenait à principal honneur les distinctions de l'esprit. Il y a une délicatesse et un bon goût qui caractérisent Marguerite et son époque , dans ce soin de revendiquer la noblesse de rintelligence , en face des insignes de la noblesse du sang. Au sortir du moyen âge tout bardé de fer, c'est le témoignage d'une ère
Hr;TA*:;LK Tr I,A CllAPKLLK DL LA S'EMERGE
K.ç;!.:.p û(; Brou
monographie:. 141
nouvelle pour Tesprit social et pour la femme. Dans ces sculptures , le luxe des détails , la finesse du ciseau , Toriginalité des motifs , Tincroyable imagination qui a dessiné, tissé , pétri les nervures , les emblèmes et les rinceaux , confondent le spectateur le plus difficile à émouvoir.
Près de là , derrière l'autel de la Vierge , un immense bas-relief divisé en compartiments représente les sept joies de Marie. Le mot de bas-relief, que nous venons d'employer faute d'un meilleur , est impropre , car il s'agit de scènes en plein relief , placées comme dans des appartements ouverts sur une face. TiC luxe , l'élégance que l'on trouve dans l'ameublement de la Vierge , forment un contraste frappant avec les habitudes de l'humble épouse du diarpentier Joseph ; son lit , par exemple , est un véritable lit ducal , et les étoffes dont elle est revêtue rappellent le luxe des riches bourgeois de Gand et de Bruges , au XVP siècle. Nous n'avons pas besoin de dire que la délicatesse des sujets y la variété des détails et des ornements s'unissent pour faire de ce morceau un cbef-d'œuvre^
Les mêmes perfections demandent les mêmes éloges , et nous sommes au bout de notre synonymie; nous nous contenterons donc d'une simple citation pour les panneaux de marbre blanc qui couvrent de
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ciselures somptueuses les murs de cette chapelle , pour ces niches , ces crédences , pour ces cordons fouillés à jour qui s'élancent du sol à la voûte , pour ces fleurs , ces chiffres , ces légendes détachées de la pierre et rampant le long des colonnes , depuis les pieds du spectateur jusqu'au sommet du sanctuaire. Décrira qui pourra ce pavé d'azulejos ou briques émaillées , couvertes de charmantes figures , mais malheureusement presque détruites par les pieds des curieux et des fidèles (1).
(1) Les azulejos sont de petites briques carrées , émaillées d'un coté , peintes de diverses couleurs et destinées à former par leur réunion toutes sortes de dessins et de figures. Ces briquettes tirent leur nom du mot arabe azul (bleu) , parce que primitivement elles étaient peintes en bleu. On trouve , en Perse , en Egypte et dans la Barbai'ie y de nombreuses décorations , des façades entières ou des frises , exécutées en azulejos ; les Arabes apportèrent en Espagne cet usage , et il se forma à Grenade et à Valence des fabriques considérables de briquettes émaillées. Les Arabes se bornèrent à composer des dessins de fleurs et d'entre-lacs variés à l'infini et d'un goût exquis , la loi de Mahomet défendant de représenter des êtres animés. L'art du fabricant d'azulejos ne resta pas toujours limité a des dessins d'ornement. Lorsque les artistes chrétiens de l'Espagne l'adoptèrent , ils purent , n'étant pas retenus par les défenses du prophète , composer de vastes tableaux, historiques.
En France , au moyen âge , on fit un usage fréquent , comme on peut le présumer par le nombre assez considérable des fragments qui nous restent , des pavages en .carreaux vernissés ou émaillés ; on employa même ce genre de carreaux à décorer les murs de quelques édifices. Parmi les pavages , nous citerons ceux du château de Caen, du château de Calleville , de la salle de l'abbaye de St-Etienne-de- Caen , de huit autres églises de Normandie , de St-Etienne-d*Agen , de l'abbaye de'Voulton , et d'un château près de Cône ; à Fontaine-
Saluons , pour en finir, ces magnifiques verrières du chœur, l'œuvre la plus complète en ce genre que possèdent toutes les provinces voisines. Le temps et les hommes ont heureusement respecté ces fragiles chefs-d'œuvre où brillent d'un éclat incomparable la correction du trait , la perfection du modelé , la magie de la couleur, l'expression religieuse et les royales figures de Philibert et de Marguerite. La même pensée qui a décoré le monument dans ses moindres parties a fourni le dessin de ces vitraux , et complété ainsi l'harmonie et l'unité de Tensemble. Sur ces pages transparentes se retrouvent à la fois la naïve simplicité de l'art mystique et les procédés ainsi que le faire du grand siècle de la peinture. Où trouver ailleurs des figures aussi correctes , d une si belle dimension , des draperies d'une exécution si riche qu'elles rappellent la magnificence du pinceau de Paul Véronèse. Intim^nent liée à l'art ogivique , dont elle était une des plus séduisantes manifestations, la peinture sur verre en a suivi toutes les phases;
bleau , on décora les murs de quelques galeries avec de petits carreaux de faïence représentant une chasse. A Bcauvais, les façades de certaines maisons étaient extérieurement revêtues de carreaux de faïence bleue. Cet usage assez répandu cessa tout à coup au XVII*^ siècle et fit place à l'emploi des planchers et des papiers de tentures. — (Extrait de V Essai de V Histoire de la peinture sur émail , par M. Dussieux).
14i ÉGLISE DE BROU.
elle est venue expirer avec lui à Brou , alors que s'opéra dans les arts cette importante révolution connue sous le nom de renaissance. Semblable à ces flambeaux qui se raniment avant de s'éteindre tout à fait , elle a jeté sur notre monument une dernière mais éclatante lueur (1).
Les cinq vitraux de l'abside , par leur grande élévation et par l'unité du sujet qu'ils représentent , sont d'un effet admirable. A droite et à gauche du
(1) Les vitraux de Brou sont peints en émail , c'est-à-dire avec des couleurs vitrifiables appliquées au pinceau sur le verre blanc , et fondues au fourneau. « Cette méthode , dit M. Tabbé Bourrasse , est la peinture sur verre dans toute l'étendue de l'expression. Elle ofl&e de bien plus grandes difficultés et demande des études chimiques et des essais sans nombre , pour arriver à des résultats satisfaisants. Les anciens peintres verriers ignorèrent entièrement cet art qui ne date que du XVI« siècle. Ces peintures sont incorporées au verre par le feu ardent du fourneau qui les fait entrer en fusion , comme la peinture en émail et sur porcelaine. Les couleurs , fixées de cette façon , sont aussi solides que celles employées par les anciens artistes pour ombrer les vitraux teints dans la masse. Les difficultés incroyables que présente ce genre de peinture en ont écarté beaucoup d'artistes et lui ont suscité un grand nombre de détracteurs.
« La peinture sur verre de cette époque (XVI*' siècle), continue le docte abbé , s'élève à toute la hauteur de l'art -, elle rivalise glorieusement avec la peinture à l'huile. Des peintres du plus grand mérite ne craignent point de confier à une matière si fragile et si délicate leura inspirations et leura chefs-d'œuvre. D'admirables verrières sont illustrées par les Pinaigrier, les Jean Cousin, les Bernard Palissy et les Àngrand. — {Archéologie chrétienne ou Pj'écis de Vhitioire des monuments religieux du moyen Age , par M. l'abbé J.-J. Bourrasse. — Tours, 1841).
panneau central occupé par le Christ apparaissant à sa mère après sa résurrection , Philibert et Marguerite , assistés de leurs patrons , sont représentés agenouillés et adorant le Sauveur des hommes.Une grande finesse dans les lignes, une savante dégradation des teintes se remarquent sur leurs visages. L'esprit, le sentiment, Ténergie de volonté , qualités éminentes de la prin* cesse , sont empreints sur ses traits. Ceux du prince justifient le surnom de Beau que lui donnèrent ses contemporains et que Thistoire lui a conservé. Ce sont là les seuls portraits ressemblants qui nous restent de ces illustres personnages , que les peintres de Brou ont placés au milieu des nombreux écussons armoriés de leurs ancêtres paternels et maternels et des provinces soumises à leur domination.
Les baies du vitrail sont bordées , alternativement, de lacs d'amour, et de marguerites ayant en sautoir la plume, symbole de goûts littéraires ingénieusement rappelés au milieu de ces merveilles de Tart.
Le vitrail de la chapelle de la princesse nous présente r Assomption et le couronnement de la Vierge par son divin fils et le Père Étemel. Les Apôtres^ debout autour du tombeau découvert, assistent à cette glorification de la mère de Dieu. Au bas du vitrail se voient encore reproduits le prince et la princesse,
accostés de leurs patrons et dans l'attitude de la
prière et de l'adoration. Au-dessus du couronnement de la Vierge , nous remarquons une grisaille en manière de bas-relief, d'une grande finesse de composition et de travail , représentant le triomphe de Jésu&-Christ. Adam et Eve ouvrent la marche du cort^ ; suivent les patriarches et autres personnages de l'Ancien Testament, parmi lesquels on voit cheminer le vainqueur de Jéricho , portant bravement pour tro{^ée le soleil fiché au bout de sa lance. Vient ensuite le char de triomphe qui porte le Christ ; les quatre Evangélistes poussent à la roue ; il est escorté par les Pères de l'Eglise et les Saints de la nouvelle loi. Cet admirable vitrail brille par les m^es qualités et parait être de la même main que celui de l'abside. Quelques parties sont même plus parfaitement accentuées. Le manteau épiscopal de saint Philibert est un chef-d'œuvre admiré des connaisseurs , et la tête de Dieu le père est d'un type fort relevé. Il semble que, dans cette chapelle de la princesse , architecte , sculpteurs et peintres aient rivalisé de zèle et d'enthousiasme , et se soient surpassés euxmêmes.
Le vitrail de la chapeOe de Gorrevod a pour sujet l'incrédulité de saint Thomas; ony trouve les mêmes qualités et la même disposition que dans celui que nous venons de décrire. A droite et à gauche sont les
fondateurs de la chapeUe , Laurent de Gorrevod et Claudine deRivoire, représentés dans la même attitude et avec les mêmes accessoires que Philibert-le* Beau et Marguerite d'Autriche.
La chapelle de Notre-Dame -des -Sept- Douleurs contient un vitrail qui égalait en perfection ceux que nous venons de décrire , avant que la maladresse d'un couvreur eût mutilé les visages de deux personnages importants dans la scène qui s'y trouve représentée , la manifestation de Jésus-Christ aux disciples d'Emails. Le morceau capital de ce vitrail nous parait être la grave et majestueuse figure de saint Antoine, placée derrière celle de l'abbé de Montent, fondateur delà chapeUe. L'histoire de Joseph se trouve reproduite sur un bas-relief en grisaille , qui , au même titre que celui de la chapelle de la princesse , se recommande à l'attention de l'observateur.
Le portail sud, dit de Ste-Monique , supporte un vitrail qui , selon nous , mérite une mention particulière y parce qu'il nous oflfre la reproduction des principales scènes de l'un de ces drames religieux qui, au XVI» siècle , défrayaient la curiosité de nos pères. Les registres municipaux de la ville de Bourg nous apprennent qu'à l'époque dont nous parlons les prêtres incorporés de Notre-Dame étaient dans l'usage , aux grandes solennités, de faire exécuter le Jeu de
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Sainte-Suzanne, représentation qui faisait affluer à Bourg les populations des villes et villages voisins (1 ) . Témoins de ce spectacle et de Tenthousiasme qu'il excitait, les peintres de Brou en ont fixé sur le verre les scènes les plus pathétiques. Le vitrail dont nous nous occupons est divisé en deux compartiments ou tableaux. Dans le premier, Faction s'ouvre par l'accusation de Suzanne ; elle parait avec les deux vieillards impudiques devant le juge assis sur son tribunal ; l'accusée , vêtue de deuil , conserve sur ses traits le calme et la sérénité de l'innocence , pendant que les gens de sa suite laissent apercevoir sur leur physionomie leur tristesse et leur inquiétude. Le compartiment inférieur contient ledénoùment de la pièce; le prophète Daniel a démasqué l'imposture; l'innocence de Suzanne triomphe , et un geôlier à figure rigide tient entr'ouverte la porte de la prison , qui va se refermer sur les deux imposteurs attérés et confondus. Tous lés acteurs de ce drame sont revêtus du costume en usage au XYI* siècle , anachronisme
(1) Fuît loquutum de ludo beats Susannae quem domini presbyterî proponont ludere die festi Àssumptionis beats Marie yirginis ; sed cum sumus circumdati peste tam in Matiscoae , Sancto- Claudio , Monte-Regali , Sancto-Ragneberto , Ambroniaco , et pluribus aliis locis , ad vitanda pericula statutum fait quod diffieratur ad aliud tempus.
(Registres de rhôiel-de-villc de Bourg , 1504).
familier, OMnme on le sait , aux peintres et aux acteurs de cette époque.
Une remarque qui ne saurait échapper à un observateur attentif, c'est que toutes les compositions des sculpteurs et des peintres, dans le sanctuaire de Brou, ont pour objet la glorification de la femme. On n'y trouve même pas Teffigie de St-Nicolas de Tolentin, patron de Féglise, qui devrait , ce semble , y occuper le poste d'honneur.
Si dans cette visite au sanctuaire de Brou nous avons semé la louange sans restriction , ce n'est pas que tout y soit absolument irréprochable. Quelquesuns des défauts déjà signalés dans la façade s'y glissent çà etlà ; l'affectation dans plusieurs des figures , la diffusion des détails nuisibles à l'effet , une richesse exagérée dans un monument funéraire et une certaine tendance aux tours de force s'y font peut-être un peu sentir ; mais qui pourrait avoir le courage d'insister sur ces vices généraux, moins saillants du reste qu'à l'extérieur ? Et puis des tombeaux , des stalles , des galeries , meubles relativement exigus , placés de manière qu'on ne puisse les voir qu'un à un j exigent moins que les grandes parties architecturales d'être subordonnés à l'ensemble. Si quelque recherche mondaine peut être permise , n'est-ce pas à ce beau prince, mort à la fleur de l'âge, à ces
pieuses et belles duchesses habituées pendant leur vie aux splendeurs des cours les plus aimables ? Esprits austères , ne blâmez pas ce luxe , ne dites pas que les puissants du monde restent, jusque dans les bras de la mort, séparés du commun des humains. Ces marbres merveilleux sont un indice du passé des princes plutôt que de leur état présent, et ces statues, qui nbus les font voir misérablement dépouillés par la mort, prouvent assez que la cruelle ne laisse rien à personne au-delà du tombeau.
Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent de l'église de Brou peut bien rappeler ce mcmument aux personnes qui l'ont vu , mais non en donner une idée nette à celles qui ne le connaissent pas ; celles-ci peuvent se figurer, jusqu'à un certain point, son plan, ses dispositions générales, Tefiet poétique produit par la réunion de ses cent merveilles harmonisées plutôt qu'illuminées par le jour velouté et mystérieux des verrières; car les beautés de ce genre, admirées dans d'autres édifices, semblent devoir préparer suilisamment à l'intelligence de ce monument. Hàtons-nous cependant de le dire, on se ferait une très-fausse opinion de Brou , si on le jugeait sans le voir , sur des descriptions ou d'après des monuments de la même époque. Quoicpie son architecture soit réellement caractéristique du règne
MONOGIUPBIE. 151
de Louis XII , ou si Ton veut du gothique fleuri après ses dernières modifications , elle a tant de traits nouveaux y elle abandonne un si grand ntxûr bre de formes consacrées, sans présenter en aucune manière une transition au style de la renais* BSDce italique , bien qu'on Tait souvent répété, elle est si originale ou du moins si étrangère à nos productions nationales qu'on peut la regarder comme étant d'un style à part. C'est un type dans un type. L'église de Brou, dit-on, appartient essentiellement au genre ogivique; eh bien! son caractère spécial est d'éviter l'ogive ! En effet , à l'extérieur , ses seules ogives sont les fenêtres proprement dites, tandis que le grand portail est un cintre très-surbaissé, au-dessus duquel s'élève, à la place de la grande pyramide tangente , un lobe à plein cintre , formé par la plus extérieure des nervures de la porte. A l'intérieur, toutes les fenêtres, toutes les arcades fondamentales, la grande voûte elle-même, sont ogiviques; mais les trois arcades du jubé, la porte du chœur, celle de la sacristie, celles des tribunes , les crédences de la chapelle de la Vierge , toutes les voûtes des trois tombeaux sans exception, sont des anses de panier. L'ogive et ses décompositions figurent toujours dans les détails de r ornementation; c'est par là peut-être que l'église
15â ÉGLISE DE BROU.
appartient le plus à Tère gothique ; mais ici , elle est contournée, tordue, tourmentée, au point de devenir souvent méconnaissable. Il est évident que l'architecte de Brou , faisant passer la solidité avant tout, a y comme ses devanciers, employé l'ogive pour toutes les grandes portées des voûtes y pour toutes les percées surmontées de murailles et d'autres charges considérables. On sait, en effet, que la résistance de l'ogive est supérieure à celle des cintres ordinaires ou surbaissés. Mais, dès qu'il est délivré de l'inquiétude de la potuêée , ce môme artiste adopte la courbe obtuse du jubé, des portes, des tombeaux , ce qui lui permet des ouvertures très-larges , proportionnellement à leur hauteur. Enfin , l'ogive étant très-agréable en elle-même, il y revient dans les détails.
Une autre particularité de l'église de Brou , c'est l'emploi du lobe en grand dans l'ornementation des ouvertures ; qu'on ne s'attende pas à trouver exactement ici l'ancien lobe romano-byzantin, ni celui des Maures , moins encore le trilobé des portes latérales de Bourges et des fenêtres de la tour de Valence, ornements de l'intrados de l'archivolte , appartenant à la famille du feston, qu'on remarque dans le porche de St-Pierre à Lyon , dans le portail de la cathédrale d'Amiens ou dans celui de St-Jacques d'Or-
MOKOGRAPHIE. 133
léans. Le nôtre est un peu tout cela; mais, sauf dans les coffres des tombeaux de Philibert et de Mai^erite, il pourrait être regardé à plus juste titre comme un souvenir, comme une transition de la majestueuse pyramide qui couronnait jadis les ogives. Triangle ou pyramide aux XIII^ et XIY* sièdes, dans les cathédrales de Rheims et de Lyon , cet ornement devient, au XY^ , Togive en accolade suraiguë, qui surmonte et embrasse le plein-cintre , et Togive obtuse du porche et du jubé de Ste-Gécile d'Alby , de la cathédrale de Rhodez , de la flèche de Metz , enfin de presque toutes les baies de cette époque. Un peu plus tard, la pointe de cette accolade se renfle, comme dans le portail sud de Notre- Dame de Senlis ; ce renflement devient anguleux aux deux côtés, sous Louis XII, dans le portail de St-* Riquier, près d'Âbbeville , et dans les fenêtres hautes du clodier neuf de Sens; il augmente encore dans le jubé de la Madeleine de Troyes, vers 1520; enfin , au jubé de Brou , ces protubérances latérales prennent autant d'importance que la pointe centrale, se dressent comme elles, et nous avons dès-lors une ogive embrassante, à trois pointes pour une, où Ton semble avoir cherché tous les prétextes possibles pour multiplier les courbes et les choux frisés. Assurément le lobe interne de Tarchivolte et
154 ÉGUSB DE «MIC.
la pyramide qui la surmonte sont, dans le principe, si difiTérents qu'on ne croirait pas pouvoir jamais les confondre ; cependant, nous allons voir l'ardutecte de Brou se donner mille pdnes pour compliquer cette question en apparence si simple. Dans ses mains , la pyramide tangente se transfiinne en ogive embrassante figurant l'accolade; mais avec deux angles aigus à l'intérieur, ornés de choux des* sous et dessus : c'est un véritable lobe à tète pointue ; il se trouve dans le tombeau de Mai^uerite de Bourbon, au-dessus de la porte de la sacristie, et dans le dais du mausolée de Marguerite d'Autriche. Nous lui connaissons en pays étranger une analogie bien marquée ; c'est l'ornement inqualifiable qui surmonte le portail gothique à plein-cintre des Carmélites ruiné de Burgos. Ailleurs, la tète pointue de notre ornement est supprimée ; la pyramide devient un lobe pur à tête ronde, laissant prendre dans l'intérieur de l'archivolte ses angles aigus chargés de choux en boules. Celui-ci se voit au-dessus du portail extérieur de la façade , et son origine doit embarrasser les archéologues qui n'ont pas suivi sa filiation ; mais entre-t-on dans l'église , sa transition à l'ogive tangente y fille du triangle ou pyramide , devient visible au premier coup d'œil , quoique douce et presque insensible. C'esl là un des types locaux que nous
tenions à signaler; nous ne l'avons pas rencontré ailleurs avec de semblables développements.
Quant à la singulière moulure qui surmonte les archivoltes surbaissées du jubé , ce n'est plus ni le lobe, ni Togive, ni la pyramide; c'est une courbe compliquée , bizarre , qui participe de tous trois et dont Télégance n'est pas démontrée. Comme il faut que toutes les formes imaginables se rencontrent dans Tenceinte , fort homogène pourtant , de notre sanctuaire , les arcades du tombeau de Philibert sont des lobes trè&«urbaissés; ils nous semblent transitoires entre celui du grand portail , qui est rond , et les lobes purs quoique surbaissés qui ornent les petites arcades inférieures du tombeau de Marguerite d'Autriche. Mais on remarque dans celui-ci une grande différence de style : les nervures ou arêtes de l'archivolte , au lieu de se continuer sans interruption jusqu'au piédestal , comme dans presque toute l'és;lise et dans les autres monuments de la décadence du gothique , sont accompagnées et supportées par des colonnes appartenant à la renaissance , c' estédire ornées de chapiteaux à peu près corinthiens , sculptées sur leurs fûts, divisées même en deux portions différentes d'ornementation par des colliers ou moulures. Ces colonnes offrent une ressemblance frappante , d'un côté , avec celle* du jubé , de l'au-
156 ÉGLI8B DE BROU.
tre, avec œlles de l'admirable Bourse d'Anvers. Dans ce dernier monument, divisées aussi par des moulures, les deux portions cylindriques, dont les ornements diffèrent, supportent pour plus de conformité des arcades écrasées avec de larges lobes ornés de choux sur leurs angles intérieurs et extérieurs. Il ne serait pas difficile de trouver ailleurs des colonnes présentant le môme galbe; telles sont , par exemple , celles de la fagade de la basilique du St-Sang à Bruges , du Palais-de-Justice à Liège, etc.
On remarque, sans doute, que la plupart des identités de notre église se rencontrent dans le nord de la France et en Belgique ; nous en trouverons d'autres plus frappantes encore et dans le même pays.
Parmi les singularités de l'église de Brou , il en est une qui nous semble hors ligne; en effet, nous ne lui connaissons rien d'analogue dans aucun autre monument. Nous voulons parler de cette curieuse colonne coudée ou en console, employée fréquemment dans les tombeaux des deux Marguerites et dans d'autres parties de l'édifice. Cette innovation, si c'en est une toutefois , parait superflue et même répréhensible aux personnes qui n'ont pour l'architecture du moyen âge qu'une médiocre estime. A nos yeux , c'est une des choses les plus ingénieu-
MONOORAPHIE. li>7
ses et les plus charmantes que l'on puisse voir. En y réfléchissant, les partisans du rationalisme absolu y verront le résultat de l'observation des règles générales de l'art , et ne pourront plus lui reprocher que de s'éloigner par la forme de tous les exemples anciens.
L'architecte du tombeau de Marguerite d'Autri** che veut élever au-dessus du corps de la princesse un dais d'albâtre , chargé de tous les ornements que le style minutieux et orné du XVI* siècle et les propres caprices de son imagination lui ont suggérés. Mais un dais d'albâtre , bien que découpé comme une dentelle, ne laisse pas d'être fort lourd; or celui-ci , isolé sur presque toutes ses faces , doit sup> pléer à l'appui protecteur des murailles par la solidité de ses bases; elles sont donc d'un diamètre rassurant. Dépourvues dans leurs parties inférieures des ornements délicats , des ciselures à jour qui se multiplient en s'élevant, elles se composent néanmoins d'un grand nombre de moulures cylindriques, creuses ou prismatiques, serrées les unes contre les autres, comme pour se prêter mutuellement la résistance nécessaire. Les unes vont se courber en berceau pour former l'archivolte surbaissée du dais , et leur sécheresse naturelle y sera disamulée par d'innombrables ornements pars^ites. Les
autres, placées aux angles, doivent supporter les pinacles, clochetons et statues accessoires ; mais ces clochetons délicats , ces gracieuses figures en saillie au-devant de la façade du tombeau , si Ton se contente de les étager sur des consoles, seront, aux yeux des critiques , autant de leviers puissant» qui vont disjoindre les assises de Tédicule et en jeter les parois sur le sol. Quand nous parlons de disjoindre , hàtons-nous de dire que l'architecte n'en a pas la crainte un seul instant. Le critique lui-même sait fort bien q[ue la force de cohésion , que le poids du dais seront suffisants pour empêcher la désunion des matériaux ; néanmoins , l'un et l'autre savent que l'architecture ne vit pas seulement de solidité^ qu'il lui faut encore la sécurité. Ici , la sécurité exige que l'axe vertical des objets en saillie soit supporté immédiatement par une colonne. Mais , se dit en lui-même l'architecte, une colonne de proportion régulière, selon l'antique, outre qu'elle gênera les abords du monument , va être y par sa lourdeur, en désaccord avec le style que j'ai adopté ; si j'en fais une légère colonnette et que je la détache entièrement de la masse pour satisfaire aux règles , j'embarrasse le mausolée et je m'expose à la voir brisée au moindre choc ; si je place mes colonnettes dans les encoignures , leurs axes ne seront plus ceux
des statues , et j'aurai vingt parie^à-faux désagréables à l'(Bil... . Que fait-il donc alors? il plaque contre la base du tombeau une fine colonnelte, cerclée de distance en distance, conune s'il craignait de la voir éclater sous le poids qu'elle doit porter; il feint de la rattacher par des bandeaux aux piliers voisinsy quoiqu'elle ne fasse qu'un même tout avec eux . Lorsqu'elle arrive près de la place que doit occuper la statue ) il la cercle, la rattache de plus en plus aux massifs du voisinage , puis lui fait quitter la verticale, décrire une courbe vers le spectateur, se redresser de nouveau et rencontrer enfin directement Taxe de la figurine. Ici toutefois , ses précautions ingénieuses redoublent; il lie le haut de sa colonnette coudée avec les murs au moyen de bandeaux qui doivent l'empêcher de s'écarter ; mais cela ne lui arrivera jamais.
Si Ton a bien compris la description qui précède , ces mesures méticuleuses pour empêcher les statuettes et leurs culs-de-lampe de faire levier dans les parois, et la colonnette de s'écarter dans l'encoignure, l'existence de cette colonnette même, paraîtront autant de moqueries qui s'adressent aux fanatiques du rationalisme. On pourrait les comparer à ces efforts pénibles des comédiens quand, au théâtre, il leur faut porter quelque lourd fardeau consistant
en un morceau de carton peint. Notre architecte a trouvé ce qu'il cherchait avant tout, Toccasion de broder du marbre et de plaire à l'œil du spectateur. II a parfaitement atteint ce double but.
Si nous avons insisté, trop longuement peut-être, sur la colonne coudée , c'est qu'elle est un des types les plus originaux que renferme l'église de Brou.
Nous avons indiqué en commençant la parenté de l'église de Brou avec les monuments de la Belgique; un dernier rapprochement va augmenter la liste des idées empruntées à cette contrée pour cette église.
La belle collégiale de Louvain, construite au XV* siècle , renferme un prodigieux jubé de la même époque , dont la composition rappelle parfaitement celui de Brou. C'est le même aspect; ce sont les mêmes coupes , le même plan, les mêmes détails; seulement tous les choux frisés sont dorés. Certes , entre les cathédrales de la Belgique et le monument qui fait l'orgueil de la Bresse, il y a plus qu'une ressemblance fortuite; il est difficile d'être parent de plus près. Nous devons ajouter que ce qui rend singulier en Bresse le pignon pointu de la façade de Brou , c'est l'adoption générale dans cette province des tuiles creuses et des toits presque plats dont l'inclinaison est tournée vers la rue. Cette forme, on le
sait, est employée en France par tout le bassin du Rhône et par les autres contrées méridionales depuis Ghàlon ou Màcon. La Bourgogne et le Centre ont des toits moins obtus que les nôtres; en Alsace, le pignon devient commun; il existe toutefois dans notre voisinage quelques exemples de façades terminées par des pignons ; telle est celle du palais de justice de Dijon, motivée par le séjour en cette ville de la seconde maison ducale de Bourgogne, qui possédait aussi les Flandres.
Nous pourrions donner encore des preuves de l'origine belge de l'église de Brou, et constater d'autres analogies avec quelques monuments des Pays-Bas, particulièrement avec Saint- Jacques-deliége; mais nous avons hâte de résumer les jugements que nous avons déjà portés.
L'église de Brou appartient tout entière au gothique dégénéré , comme on le comprenait en Belgique à la fin du XY* siècle et au commencement du suivant. Il ne faut pas lui demander les dimensions imposantes d'une cathédrale ; elle n'a pas été destinée à recevoir le peuple d'une grande ville dans son enceinte; elle devait seulement abriter, dans une chapelle royale , un peu solitaire entre la ville et la forêt, le duc et la duchesse de Savoie, qui
dorment là pieusement, sous le dais , rêvant de leur
162 ÉGU8E MlBOt.
passé de bonheur et d'amour ; elle devait, ea ^rifiant UD trop court hyméuée, rappeler, dans leurs effigies répétées, dans leurs devises (1), leurs lacs
(1) Nous avons exposé, dans la biographie de Marguerite d'Autriche, le sens de la devise Fortmte mfitrtUHe fort «ne. On tnHnre fréquemment dans Féglise de Brou, notaounent sur le tombeau de Philibert, sur celui de Marguerite de Bourbon, sur le bénitier, etc., te deirise de te maison de Savoie, composée des quatre initteles suivantes :
Cette devise, dit M. Léon Ménabréa *, a mis à te torture tous les savants qui ont tenté d'en expliquer le sens. « En 1515, dit M. Péricaud ** , Amédée V dit le Grand, apprenant que Rhodes était sur te point d'être enlevée aux chevaliers de SainiJean-deJérosalem par l'empereur ottoman, vote au secours de cette île , et força les Turcs à se retirer. Ce ftit, dit -on , en mémoire de cette expédition qu'aux aigles que ses prédécesseurs avaient toujours portées dans leurs armoiries , Amédée substitua la croix d'argent, avec cette devise en quatre lettres : F. E. R. T., qu'on explique ainsi : FortUudo ejus Hhodum Untûi ou tueiur. Mais on voit te croix et la devise sur des tombeaux de princes de Savoie antérieurs à Amédée IV. Favin dit que ces quatre lettres sont la devise d'un ancien ordre du Lae d^Ànumm, et signifient : Fra§>pez , fuirez, Jiofltpe^: tout. Cette eiqilîcation est peut-être conforme à l'esprit de l'ancienne chevalerie ; mais, à coup sûr, dit M. Peignot, ces mots n'étaient pas en français. »
L'expédition de Rhodes, attribuée par Guichenon au comte AméV, est désavouée par la critique. Les annales de la maison de Savoie sont trop glorieuses pour qu'il soit utile de les embeflir aux dépens de te vérité. L'historien de l^Ordre de Malte nie formellemeiit te teit, et, à l'appui de son assertion, M. le chevalier Louis Cibrario apporte l'autorité de sa vaste et lumineuse érudition. « Aucun document, dit ce dernier, aucun auteur contemporain ne fait mention de cette expédition. On n'en trouve pas la plus légère trace dans les comptes qui se réfèrent aux voyages accomplte par Amé V, et on ne voit pas que
* ALRS Hirroai(|ci«.
** LYOM AVClZli BT MoDEiai, tome !•', CilttetWê.
HOKOGIUPHIE. 163
amoureux et les oatargiierites de marbre , la maiâ , la pensée et le nom de la femme qui voulut reposer
les fils, petits-fils ou arrière-petits-fils de cet illustre prince se soient ' jamais prévalus de cette expédition (Sloria c eostumi dcgli ordini ca- Yallereschi).)»Guiehenon,qui s*est fort contredit sur ce point^ prétendait avoir trouvé la devise Fert sur une monnaie de Louis, baron de Vaud, antérieure, par conséquent, au sîege de Rhodes ; mais cette monnaie, mieux examinée, s'est trouvée appartenir au duc Louis, fils d'Àmé Vni , qui vécut et régna plus d'un siècle après le baron de Yand. Le même auteur avait cm voir encore le mot F^t sur deux autres monnaies bien plus anciennes, et qu'il attribuait, l'une à Pierre dit le Petit Charlemagne , l'autre à Thomas I^' ; mais cette double affirmation de Thistorien bressan a été démentie par M. le chevalier Promis, qui, avec cette sûreté de science et de critique qui le distingue , prouve que la prétendue monnaie de Thomas I*'^ n'est autre chose qu*un jeton du XV* siècle , et celle attribuée au Petit Charlemagne, un quart de gros d'Amé VHI, frappé vers 1^16. En résumé, la plus ancienne monnaie de Savoie qui porte le mot Férî^ e^l un gros tournois 9% l'tfnnée 1392 ^ bien postérieure au siégp de Rhodes. Le savant Huratori , parlant des nombreuses méprises de Guichenon, dit que cet auteur fro suo arbitrio et sine exemplb..., itUérpretatur. Suivant la ràmarque àe l'historien Uenrâa, Muratori s'est mépris lui-même sur la devise Fert en. la donnant pour l'abréviation du mot Fertone, nom d'une vieille monnaie. Au dire du comte Napîone, Fert était un cri de guerre ou de vénerie , opinien qui lui a été suggérée par ce passage d'un chroniqueur qui dit, au sujet de l'institution de l'ordre du Collier par le comte Vert : Si fit un ordre du Collier, comme d'un lévrier où on avoit écrit en lettrée d^or : Fert — Fert^^-Fert. Dncange fait dériver Pêri&u Vieux mot FéT" ttÊndOy ancien nom que portait le héraut de l'ordre du Collier qui , plus tard , prit celui de Botmeê nowoellee. Nous ne prendrons pas à tAekc d'exposer les nombreuses intérprétatieos qui ont été faites de ' la devise Fert, soit parce qu'elles nous paraissent pea eraehiantes, soit parce que nous avons hâte de produire ropinion qui, de toutes, nous parait la plus acceptable.
La collection de numismatique de S. M. le roi de Sal*daigne reii^ ferme un doublon d*or frappé sous le règne du duc Victor Amé l***.
164 ÉGUSB DE BROtJ.
au lieu témoin de son bonheur, auprès de son jeune époux. — La mollesse de la ligne, le luxe de Fornementation étaient donc dans son esprit et dans son caractère. Ses dimensions sont moyennes, ses lignes tourmentées; son effet manque de grandiose; son plan et ses détails sont d'une composition peutêtre affectée. La façade et la grande nef, relativement écrasées et lourdes, laissent à désirer plus de noblesse et d'élégance. En revanche Fomementation est d'une richesse et d'une variété extraordinaires ou plutôt uniques. Le dessin des détails est parfait, quel que soit leur mérite sous le rapport du goût. Les sculptures de la façade , celles des portes latérales , du jubé , des tombeaux , de la voûte du chœur, de la chapelle de la Ste-Vierge et des stalles, sans être d'un style pur ni dépourvues d'affectation, sont peut-être au-dessus de leur renommée par l'originalité des conceptions , la finesse des détails et le luxe des matériaux. Les verrières sont d'une très-
Une €iee de cette pièce est à l'effigie du prince ; sur Tautre , qfoatre n«Diids d'amour disposés eu forme do croix, au centre de laquelle est réco de Savoie, sont alternés par quatre groupes de mains entrelacées , ayec cette légende : Fœdere et religions tenewmr. Ces emblèmes et ces paroles nous paraissent être la révélation si longtemps cherchée de la pensée et du sens littéral de cette devise des princes de Savoie, en qui le monde a vu briller, pendant plus de huit siècles, l'honneur et la loyauté de la chevalerie , la foi et le dévonment du chrétien.
grande beauté pour le dessin et la couleur. Le pavé en émail du chœur , malheureusement presque détruit , est , ou, pour mieux dire, était d'un goût parfait et d'une belle exécution.
Maintenant , n'oublions pas les curiosités ou , si l'on veut, les phénomènes purement archéologiques de l'église : l'emploi du cintre surbaissé dans les ouvertures , du pignon belge sur les trois façades ^ Tadoption du lobe, de l'ogive en accolade, et de toutes les courbes que peut amener dans la décoration des archivoltes la réunion de ces deux ornements ; la colonne-console pour masquer les porteà-faux, et la colonne cerclée, prétexte pour multiplier les moulures ; le pavage en émail ou faïence , le parti pris de jeter à profusion les détails dans toutes les parties de la fabrique qui en sont susceptibles ; enfin la blancheur primitive, la belle conservation du monument et son homogénéité extraordinaire, tels sont les caractères spéciaux qui appellent sur l'église de Brou l'attention des connaisseurs , et qui la mettent , scientifiquement parlant , hors ligne parmi les basiliques de son époque.
Qai est l'oaTrier ? le gnod maître Loyt *
{Blckson de Brou).
B soi sur lequel Téglise de Brou est assise fut jadis le siège d'une ville ou bourgade gallo-roniaine (1).
Le souvenir le plus ancien que rhistoire ait conservé de ce lieu, depuis rétablissement du christianisme dans les
(1) « J*ai trouvé ou recueilli à Brou, dit H. Thomas Riboud, plusieurs anneaux en cuivre doré, des bagues à chaton d'agate, des styles, des masques et autres objets délicatement travaillés, des lacrymatoires en verre, un compas en fer, des outils de poterie, des poids romains en terre cuite, des balances, moules, outils de sculpture, reliefs, ciseaux à ressort et plus de douze cents monnaies et médailles.
« Dans un champ d'environ dix à douse ares cultivé en maïs , il a été trouvé une grande quantité de médailles d'argent, de la colonie de Marseille, très-petites, toutes du môme module , dont la tête est fort bonne ; ces médailles ont environ quatre lignes de diamètre et
Gaules , remonte à l'année 927, époque à laquelle saint Gérard ou Gérald ^ vingt-cinquième évêque de Mâcon y vint y fonder un ermitage dans lequel , suivant Topinion la plus accréditée , il mourut et fut inhumé en 958 (1). La piété et les miracles du saint évêque attirèrent auprès de lui des hommes qui , à son ex^nple et sous sa direction , se vouèrent aux pratiques de la vie cénolûtique. Ces solitaires y après la mort de leur fondateur , élurent un chef qui prit le titre de prieur. Un document inséré par Guichenon dans les Preuves de son Hisfoire de Bresse nous apprend que , vers la fin du XI® siècle , le prieuré de Brou passait déjà pour ancien , puisque Hugues , archevêque de Lyon , à
sont d'argent très-pur. Elles ne furent point rencontrées en masse, mais disséminées.
« Je ne puis omettre de rappeler que, dans les déblais de plusieurs constructions, j'ai vu avec admiration des pans entiers de murs construits en cailloux, artistement et solidement assortis et rangés, sans aucun mélange de moellons et de briques.
« Les médailles romaines du Haut-Empire ont abondé , et Ton en trouve encore fréquemment en labourant ou en creusant. Les médailles du Bas-Empire n'y sont pas moins communes. Les consulaires y sont plus rares. » — (fiontidérations sur les monummiU de Brou),
(1) Ipse Geraldus construxit prlmus eum eremum qui superest in Bressianorum provinciola Galliœ celticœ, postca a pedemontano principe ditatum, et quidem in saltu seu loco quem nuncapant Broo, prope Burgum civitatcm, bimilliaribus Matîscone distantem, ubi reliquum dierum ex voto et pietate transegit , ibidemque demum suam nactus est sepulturam. (Severt).
la requête du prieur de Brou , chargea , en 1084 , rarchiprétre de Sandrans et le prieur de Chalamont de rechercher soigneusement les anciennes limUeê de la dimerie du prieuré de Brou , afin de prévaiir les contestations qui pourraient s'élever à ce sujet entre les ermites de Brou et les curés des paroisses voisines (1). Dans la suite , la fondation de plusieurs monastères où la vie religieuse fut assujettie à des règles précises et déterminées , et notamment celle de la Chartreuse de SeiUon dans le voisinage immédiat de Brou (1187), fit diminuer peu à peu le nombre des solitaires. En 1319 , Jean de Glermont, prieur de Brou , se vit contraint de faire la remise de ce prieuré au comte de Savoie , Amé V , à la condition que ce prince y entretiendrait un religieux pour le desservir. Dès-lors on y établit des clercs séculiers , conformément à cette disposition du concile de Montpellier (1214) : Prior in illis eccleeii^
(1) Hugo, Dei gratia , primœ lugdunensis ecclesiœ archiepiscopas,. notnm facimus, Unore presentis paginœ, universis fidelibus ad quomm notitiam hœ nostne présentes litterœ dcductœ fuerint, quod cnm nos ad instantiam et postulationem prioris prioratus et ecclesi» sanctî Pétri de Brou, diocsesis lugdunensis pr<edicti , commiserinus ac in mandatis dederimus priori prioratus et ecclesiœ sancti Uartini de Galomonte et archipresbytero de Sandrans , quatcnus, ipsîs vocatis prioribus et curatis ecclesiarum dlcti sancti Pétri et circum adjacentium , se rite informarent de antiquis Umitibus et terminis dict»
ecclesiœ sancti Pétri de Brou — {Breuva de VHiiloire de Dr eue,
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ubi non suni fraires per seculares cappellanos ministret (1). Ainsi , de conventuel et électif qu'il était dans le principe , le prieuré de Brou devint plus tard prieuré-cure de la dépendance et de la collation de Tabbé d'Ambronay , et église paroissiale de Bourg ; mais comme cette église était éloignée de 600 mètres de la ville, per unum tnilliare^ ou ad primum ah urbe lapidem , comme disent les chartes, cet éloignement était à la fois trèsincommode pour les habitants et pour les {Nrètres chargés de leur direction spirituelle ; ces derniers ^ que l'on appelait alors remembranciers ou incorporés , étaient vwus en 4466 fixer leur résidence à Bourg. Toutefois ce ne fut qu'en 1505 et sur les instances de Jean deLoriol , évèquedeNice , que le pape Jules II autorisa la réunion du prieuré de Brou et la translation de son titre de paroisse à l'église de Notre-Dame de Bourg.
L'année suivante , et à la requête de Marguerite d'Autriche , le même pape donna une autre bulle qui , en confirmant les dispositions précédentes , autorisait la princesse à fonder, sur l'emplacement du prieuré de Brou , une église dédiée à St-Nicolas de Tolentin et un monastère propre à recevoir douze religieux Augustins , de la congrégation de Lom-
(1) Canon 30, 31.
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bardie, avec leurs clercs et novioeB. Le pape approiivait touteB les conventions déjà faites entre Marguerite d^Âutriehe et les prêtres incorporés de Notre- Dame de Bourg , conventions qui portaient que tous les privilèges attachés à Téglise de St-Pierre de Brou, son titre de paroisse et tous les bén^ces quelconques qui pouvaient en dépendre , appartiendraient désormais à Téglise de Notre-Dame. Â ces conditions , Marguerite put acquérir l'emplacement du prieuré, Téglise de St-Pierre , les jardins et vergers qui étaiwt autour (Voir J9(M^inefi^). Cette acquisitions fit au prix de deux mille florins qui furent payés aux prêtres incorporés en deux annuités.
Le premier document qui figure dans nos pièces justificatives témoigne de la sollicitude et de Tempressement que la princesse apporta à Texécution de son projet. Sept mois à peine s'étaient écoulés depuis la mort du duc Philibert , son époux , que déjà les premiers plans et devis de la construction de Téglise et du monastère de Brou avaient été préparés, Marguerite se rendit à Bourg à la fin du mois de mars 1505 (1) , accompagnée de Laurent de
(1) Anno Dommi 1505 et die martis prima mensis aprilis , fuit loquutum in coosiiio de faciendo revercntiam illustrissima; Domio» oostrs Margoaritœ de Âustria ({uœ est in hac villa a die sabbatti nuper lap». Super quo fuit deliberatum quod Domini syndici, associati astantibus, vadant ad prsefatam Dominam et eidem oflcrant corpora