‹ Histoire de l'Eglise de BrouChapitre 11 sur 40 · É6U8B DE BROU · texte numérisé non relu

É6U8B DE BROU

Gorrevod; personnage de haute distinction , investi de sa faveur et de sa confiance , et devrau récemment gouverneur de Bresse , par suite du décès de Jean de Loriol, seigneur de Challes, frère de Tévéque de Nice. Elle venait donner le prix fait de l'élise aux ouvriers et foire commencer immédiatement les travaux de la fondation; mais les habitants de Bourg étaient alors en proie à de continuelles alarmes par suite de Texistence dans leur ville de deux fléaux que Ton trouve toujours inséparablement unis à cette époque , la famine et la peste. Une multitude d'indigents poussés par le désespoir et par la faim affluait à Bourg de tous les lieux environnants. Pour se soustraire à leurs obsessions , les syndics ne virent d'autre parti à prendre que de garder sévèrement les portes de la ville (1). Cette fâcheuse situation n'empêcha pas que , le 33 avril suivant , cinq maîtres maçons de Bourg (Magiêtri lathomi et burgenseê Burgi) ne prissent en tâche les travaux et gros ouvrages dont notre premier document présente renonciation et les prix. (Voir DocumenU ,

et bona totius civitatis, et sapplicent qaod eos tencat in ejas bona gratia. — (Registres de Tbôtel-de-ville de Bourg, 1505.)

(1) In dicto consilio (25 nuirs 1505) fuit loquutum de portîs hujus viUae custodiendis ob metum pestis nunc proh dolor ! vigentis in Reyonaco et certis aliis locis , ex quibus veniunt quam plurespauperes, mendicantes et famc percuntes. — (Registres de rhdtel-de-rillc de Bourg, 1505.)

ii<^ 1.) Ces ouvriers ou tàchiers s'engagèrent à se conformer en tout point au plan dont on leur délivra une copie et de rendre les travaux achevés dans le terme de quatre années (1). Ces conventions furent signées par les cinq maîtres maçons et par les témoins , au nombre desquels figurait Jean de Loriol , évéque de Nice , par-devant le gouverneur de Bresse, Laurent de Gorrevod, chargé de la surintendance des travaux et agissant au nom de la princesse.

Le â8 mai suivant , arrivent à Bourg deux religieux Âugustins, autorisés par leur chapitre à pren-

(1) Nos Laurentius de GorrCYodo, dominus et baro Montanesii, gubernator et baillivus Bresdiœ, onitersis fecimua manifestam quod, anno Domini miUesimo quingentesimo-quiato, die autcm Wgesima tertia mensis aprilis, comparuenint coram nobis oobilis et egregius Johannes Boneti, thcsaurarius Breyssiœ, et de eonsensu iDustrissùne dominœ nostne, Margarits de Aiistria et Buigandia, duchisss Sabaudiœ, magister Ludovicus Barangier, magister requestarum illustriasimœ domins nostne ex una parte ; et magistri AmedeusTegniost, Glodius Chareden, Ludovicus Balichon, BenedictusCastinus et Petrus Castinus, juncti tacherii, burgenses et habitatores Burgi.

Primo Dobilis Johannes Boneti, nomine prémisse, dat^ donat et remittit in tachiam dietis magistris junctis , videlicet ad faciendum et construendum apud Brou, et tam in ecclesia dicti loci et prioratus saneti Pétri de Brou et ejus crota œdificium jvxta fortnam et tenorem deêcriptos in «ms foliHê êuperiuê êcriptii et eeeundum figuram et protraetuê faetosmduohuê pellUms pergamenei$y et pro precio in eisdem foliis descripto. Et predicta edificia promittunt et convcniunt dieU magistri lathomi, et ipsorum quilibet in solidum, sub juramentis et

obligationibus suis €icta reddere infra quatuor annos (Extrait

d*un titre déposé aux Archives de TAin.)

dre possession de la fcmdatkxi de Marguerite ; ces religieux , de Tordre des Mendiants, furent accueillis avec quelque froideor par les habitants. On craignait qu'ils ne vinssent encore augmenter le nombre défli trop considérable des gens vivant d'aumônes. Mais les syndics rassurèrent bientôt les esprits et firent publier que l'intention formelle de la princesse était de pourvoir de ses propres deniers à la subsistance et à l'entretien de ces moines (4). Ceux-ci trouvèrent bientôt le moyen de gagner les sympathies de la population. Ils avaient apporté d'Italie une copie authentique des nombreuses concessions d'indulgences faites à leur ordre par le pape Sixte IV, et ils convièrent tous les habitants de la Bresse à venir puiser dans ce trésor spirituel. La foi religieuse n'avait encore rien perdu de son empire , et ce moyen facile d'efiacer les fautes passées et de désarmer la colère divine y donna une nouvelle directioa aux idées et fut reçu avec enthousiasme et recon-

(1) Dominus Claadius Combeti, consyndieus, exhibuit !<> litleras magni magistri ordinis Angustinorum observantiae Lombardite, per quas mandat duos religiosos, saertt theologise magi^ros , cfx délibératione totius eapituli , quibus dédit omnimodo potestatem conventas ad nutnni îUustrissinifle nostrae dominœ Margaritse de Austria , apvd Brou, prout in ipsis Htterh eontinetur ; 2*> lîtteras passus et saivi eonductus ill"^ domini nostri Garoli , ducis modcmi Sabaudis , per quas exposttit quod pnefata domina nosftra ip^os religiosos fùndabit adeo quod non mendicabunt, sed eisdem providebit de victualibus et neccssariis. (Registres de rhôtel-dc-ville de Bourg, 1505).

naissanoe. Le conseil de la princesse fit faire de ces bulles un extrait que nous avons sous les yeux (1). La peste avait désolé la contrée et la ville , et le nombre de ses victimes avait été si considérable que dans Tespace de six mois , disent les registres municipaux de 1505 , il était mort , tant à Bourg que dans l'hospice des pestiférés , plus de six mille personnes (â). Cet hospice était alors situé non loin du prieuré de Brou. Le premier soin de Marguerite fut de s'entendre avec les syndics pour le transport de cet établissement sur un point plus éloi^aé; la trace de cette négociation se trouve dans les registres des délibérations municipales de ce temps. Laurmt de GorrevodaiïQonca aux syndics que l'intention de la princesse était de brûler la Maison de la péête et de donner à la ville une indemnité équivalente , voire même supérieure à sa valeur , pour en faire reconstruire une autre ailleurs. Marguerite se chargeait aussi d'obtenir de la cour de Rome l'autorisation de

(1) Copia authentica privîlcgiorum nostrorum facta per consilium illustrissimœ Margaritœ matris nostr» fidem faciens de indulgentiis eoncessis hoic ecclesise. (Archives de l'Ain).

(2) Civitas deliberarit ficri unam collectam usque ad scxcentum florenorum pro solvendis oneribus et debitis dictœ civitatis, factis et supportatis anno naper lapso, tempore quo, prob dolor ! viguit pestis in hae villa Burgi , tam pro pauperibus ipso morbo infectis in dicta domo pestis receptis spatio sex mensium , ex quibus mortui sunt sex mille et ultra causante dicta pest4>. (Registres do Thôt^l-deville de Bourg, 19 juin 1505).

faire oonstnnre une nouvelle chapelle dotée d'indnlgeoces Dombreases , et d'étaUîr on Domrean cimetière ^l,. Cespropositîoiis fàreot acceptées. Deivenue propriétaire de rétabUssement , die le fit démolir ei ooDoéda aux syndics la faculté de disposer de toos les matérianxqoi poonaient servir à laoonstmclîon nomrdle (2).

L'emplacement qoi folchcMsi par les syndks pour le dépU des pestiférés est situé dans le hameau de St-Bodi, à denx kilomètres de Bourg. Les bâtiments et la diapeOe sont encore en partie dd)oot ; vaidns comme propriété nationale en 1791 , ils fnrenl convertis en ferme. On y voit un écoason aux armes de Marguerite d'Autriche , portant son chiffre et celui de Philibert , avec la date de 1535 ; il fut placé là

(1) PrslibaU domina Dostn lUrguriU fecit dlccre syndicis per magnificam dominam gabematorem qaod îpsa est mUntionis cre> mare faciendi domom pestis et sohrere magis «joam valeat pro ipsa alibi reficienda, et quod in eadcm fiât cappella , et qood ipsa mandabit Romam pro indulgentiis ibidem impetrandis pro omnibos ibi morientibus et bona (acicntibus. — (Registres de l'hôtel-de-ville, 1505.)

(2) Fuit deliberatum quod syndici dent domum pestis in tachiam in terra quam dat egregius Stephanetus Cherillard , et faciant eam incohare quam citius fieri potcrit. Item quod faciant levare materia que restant de domo antiqua de Rrou quam illustrissima domina nostra fecit cremare, tam nemora, lapides, teguias, et vendant ierrun de Brou, in qua erat ipsa domus pestis , plus offerenti, factis tribus denunciationibus in ecclesia beats marie Burgi , si opus sit et utile videatur. — (Registres de 1506.)

eo oiémoire d'un legs de 300 florins qu'elle fit à cet établissement (Voir le testament de la princesse aux Doeumenis).

Vers la fin de Tannée i305 , la peste avait cessé à Bourg ; mais les villes environnantes en étaient encore infectées ; on conçoit cpie la construction de l'église et du monastère fut ajournée ou ralentie tant que dura la contagion. Toutefois^ dans les premiers mois de i506 , les fondations étaient creusées et l'on avait commencé les travaux de maçonnerie ; c'est ce que nous apprend indirectement une mesure de police que nous trouvons relatée dans les délibérations municipales de Tépoque ; elle s'applique à certains industriels qui accaparaient les denrées sur le marché , pour les revendre , à Brou , aux ouvriers de madame la duchesse , constructorihus illmstriêsitnas dominœ nosirœ MatgurUœ (1).

Le VI août 1S06 , l'église du prieuré de Brou , décorée comme aux plus grands jours de fête, recevait dans son enceinte la veuve de Philibert-le*-Beau, vêtue de deuil et accompagnée d'un cortège nombreux de dames et de seigneurs. Parmi ces derniers se faisaient remarquer Guy de la Baume , comte de

(1) Item fuit loquutum de eo quod aliqui emunt in foro publico avenus pro revendendo, et inde carius vendunt constructoribus illusirissimœ domine nostrae ducissae. ^- (Registres de Thôtel-de- ville , 1505.)

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Hontrevel , chevalier d'honneur de la princesse, «C Laurent de Gorrevod , gouverneur de Bresse. Un clergé nombreux garnissait les stalles du choeur ; il était composé des prêtres mcoirporés de NotrerDame et des religieux Augustins récemment arrivés de Lombardie. Bien que la pluie tombât par torrents , la population de Bourg se pressait dans la nef. Le père Raymond C3iartier, premier prieur des Augustins de Brou , célébra la messe en Thonneur de la Vierge Marie et de saint Nicolas de Tolentin* A l'issue du service divin , le président du conseil de Bresse, Mercurin de Gattinare, présenta à Calixte Forcrand, notaire et secrétaire ducal, la bulle du pape Jules n , datée à Rome du i7 des kalendes d'août, et reçue la veille à Bourg. {NoiT Documents). Ce dernier en fit lecture à haute voix , après quoi , Mercurin de Gattinare demanda publiquement aux prêtres incorporés de Notre - Dame s'ils avaient quelque représentation à faire sur les dispositions renfermées dans cette bulle; ceux-ci répondirent qu'ils approuvaient dans toute sa forme et teneur la décision du Saint-Père ; ils consentai^t avec plaisir à céder aux religieux Augustins la propriété de l'église et du couvent ; ils étaient , en un mot , disposés à seconder de tout leur pouvoir les intentions et les projets de la princesse , ajoutant que , si

elle desirait s'approprier, pour raccomplissement de sa fondation , les terres , jardins et vergers qui dépendaient du prieuré , ils lui en céderaient la propriété , moyennant une indemnité réglée par experts. Ils se réservèrent seulement de transporter solennellement à Bourg la statue de saint Pierre qui, dès ce moment y cessait d'être le patron spécial de Brou. Ces conditions furent acceptées par Marguerite. Alors Etienne Ghevillard, secrétaire ducal et bourgeois de Bourg, intendant et directeur des travaux de l'église et du couvent {magister et prœfectus œdùficii de Brou et operarum quœ sunt in monas-terio prœdicto) , demanda , au nom des religieux Augustins, à Calixte Forcrand acte de la publication de la bulle , ainsi que du consentement et du désistement des prêtres incorporés. Ces formalités accomplies, les religieux Augustins entonnèrent le TeDeum et se rendirent processionnellement devant la porte du couvent , où ils placèrent une croix de bois , suivant Fusage de leur ordre , en signe de leur acceptation du couvent sous le vocable de saint Nicolas de Tolentin. (Voir, pour les détails de ce qui précède, le n* IV, aux Documents^ ). Après cette cérémonie , Marguerite d'Autriche s'avança , à la tête de son cortège , auprès des fondations, et posa ellemême la première pierre du sanctuaire , in religio-

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sari ipnus œiificU leeo , pidelicet in imo saerth rii (1) , quetn mrgentiê soliê primutn ùuUeai jubar^ angulo.

Dès ce moment , les Cravaux de Vèf^i&d et du cooTent forent poursuivis sans intermptioii. Le document n^ Y nous apprmd que y dans le courant de .cette année 1S06 , le revenu du comte de YiUars , qui faisait partie du douaire de la princesse , était d^à affecté int^rdement aux frais de construction de l'édifice. De plus , Marguerite disposait d'une somme de six cents florins pour la subsistance et Tratretien des religieux Augustins :

(1) Anno, ab incaniato Jesu-Chmto crucifixo , sexto et quing^Btesimo supra millcsimum , quinto kalendas septembris, iUostrissimt ac prcstantissima domina , domina Hargarita de Àustria, Borguidic princeps, splendidissimi Philiberti pulchri ejusque nominis secundi, Sabaudis ducis et Pedemontii relicta , patrianmi Breyssis domina , ainue coogregationis eremitarom diri presulis Augustini, observant!» de Lombardia nimcupate, devotissima et hnjus cœnobii insUtutrix largissima et erectrix magnificentissima, pnmum posuit ipsius lapidera super qucm tota dehinc structura plantata surrexit, nullo perterrita imbrtum horrore, nec aspera, que tune vebemens erat, temporis intempérie dejccta, celebratis prius sacris, longa procerum turma, nympharumque numerosa série decorata, in honorera interaents Dei genitrieis Maris nec non divi miraculorum magnitudine coniscantis Nicolai Tolentinatis , cui addicta plurimum specialius sacram sacravit edem, in religiosori ipsius «dificii loco, in imo ridelieet sacrarii, quem surgentis solis primum indicat jubar,- angulo. — (Extrait d'un document inédit, provenant des Augustins de Brou, intitulé : Liber Recordatianum. — Archives de l'Ain.

HISTOIKE. 181

a Pour lediffice de Brou , le revenu de Yillars quatre mille florins pour an;

a Pour Fentretenement des religieui3S du dict Brou, six cents florins j^ur an. »

A voir le nombre des églises ogivales j leur masse imposante et grandiose , les admirables combinaisons et rélégance des formes, b profusion , la grâce et la perfection de leurs détails j il faut nécessairement admettre que Tart architectural comptait dans la dernière période du moyen âge de nombreux adeptes , et que les procédés et les moyens d'exécution étaient plus abondants et d'un emploi plus facile qu'ils ne le sont de nos jours. A la vérité, l-art était alors descendu presque au rang de métier ; le peintre , le tailleur d'images et le verrier appartenaient , comme le boucher , le tisserand ou le barbier, à une ccmfrérie ou corporation ; Tartiste ou l'ouvrier (c'était tout un alors) se contentait d'enfanter des merveilles et dispa* raissait presque toujours inconnu dans la foule.

Dans toutes les villes de quelque importance existait une conmiunauté ou confrérie des trois métiers réunis , peintres , tailleurs d'images et verriers, dont samt Luc était le patron. A Paris seulement , chaque métier formait une corporation à part. Tous les ans , le 18 octobre , jour de leur

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fête patronale , maîtres et compagnons se réunis* salent pour élire deux prud'hommes dont les fonc* tions annuelles consistaient à fiedre observer les statuts de la corporation et à maintenir parmi ses membres Tordre, la régularité et la discipline.

Vers la fin du XV*^ siècle , Charles VIII , durant le séjour qu'il fit à Lyon , confirma les statuts de la confrérie des peintres, tailleurs d'images et verriers de cette ville. L'ordonnance qu'U rendit à ce sujet , et à laquelle nous empruntons les détails qui vont suivre (1), est à la fois curieuse et ins* tructive , en ce qu'elle nous apprend les procédés de l'art à cette époque et l'organisation de ces dorporations que les résultats de notre individualisme professionnel rendent de jour en jour plus regrettables.

Nul ne pouvait être reçu maître ou compagnon sans avoir préalablement exécuté et soumis à l'examen de deux maîtres jurés , nommés à cet effet par les prud'hommes , un travail d'épreuve connu sous le nt)m de chefd^ceuvre.

L'aspirant à la maîtrise de painctrerie , comme on disait alors , devait exécuter sur une toile ou sur un panneau de bois , de deux pieds et demi de haut sur deux de large, un sujet donné par les

(1) Ordonnancei deê roU de France de la 3« race.

maîtres jurés. Le chef-d'œuvre ne pouvait être fait ailleurs que dans la maison de Tun de ces maitres. n n'était pas permis à l'aspirant , avant de l'avoir terminé , de travailler pour qui que ce f àt et hors de l'atdier du maître à la surveillance duquel il était confié. Quand le travail était achevé , il était soumis à l'examen de plusieurs maîtres juré!» , lesquels adressaient aux prud'honmies un rapport motivé. Si leur jugement était favorable à l'aspirant y. celui-ci recevait le titre de maître , après toutefois^^^ qu'il avait donné à dîner aux jurés. « Sera ténia ce ledU cofnpaiynofij son AU chief-d'euvre receu^ « donner ung disner atisdiz tnaistreê painctree « jurez j et lors sera receu pour nuUstre. !>•

Pour être reçu maître tailleur d'images , ii fallait aussi faire à ses frais un chef-d'œuvre dans la maison d'un maître juré auquel il était rigoureusement interdit de faire à l'aspirant aucune observa* tion sur son travail et de l'aider en quoi que ce soit , sous peine de payer cent sols d'amende , à appliquer « la moitié à Monseigneur le cardinal a et à son aumosne y et lautre moitié à la (c dicte confrairie de monseigneur saint Luc. »

<c Et fera icelluy coinpaignon l'un des chefzd'euvre qui s'ensuyvent et celluy que lesdictz maistres luy ordonneront ^ c'est assavoir ;

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c( Un Jhesus-Cri^ de pierre kmt nuz, moBstarant ses playes, un petîl linge devant luy j ayaiM tes playes aux mains, coosté et aux piedz , avee une ccwionne d'espine sur son chef ^ boMie contenance et piteuse, comme il appartient à la dide ymage , laquelle ymage sera de cinq piedz et demy de hanlt et de bonne mesure s^n ta haulteur, et tout après le naturel ; ou une yma^ de Nostre-Done teoumtson enffont en ses bras, de haulteur que dessus , bonne contenance, ung maintien bien acooustré, bon drap, bonne pinseure , et tout après^le naturel ; Mr autres ymages simples de semblable haoKenr , c(»Bme saincte Marguerite , saincte Barbe et saincte Catherine ; outre une ystoire de deux piedz et demy de haulteur et trois piedz de large y à huit personnages bien taillez à taille ronde , et sera la dicte ystoire une prinse de Jhesus-Crist , ou ung portement de croix , ou ung bêtement quant fut chez Gaypbe , ou quelque autre ystoire de la Passion , ou quant Utoit baptisé au fleuve du Jourdain par saint Jehan-Bsqptiste y rempliz d'anges tenans ses habitz , et le tout bonne contenance et piteuse , et tout fait comme dessus ; ou une nativité dudit Jhesu&-Grist, donnée comme dessus ;

« Item , un autre chef-d'euvre , un saînt Croorge à cheval, cinq pieds et demy de hault^, fent luy que

son cheval 9 unefiUe sur img rochier près de luy, uDg serpent près de la dicte fill6 , faisant contenance de la vouUoir englutir et gaster; l'ymaige du dict saint George faisant aussi bonne contenance et manyère de destruire le dit serpent ou de la lance ou d'espée, et le tout fait conune dessus est dit. »

Pareils règlements et dispositions s'appliquaient aa compagnon verrier aspirant à la maîtrise :

c( Le compagnon verrier qui fera son chef d'euvre sera tenu de faire deux panneaulx de voirre ^ contenans chacun huit piedz en quemire , et dedans Vung des dicts paxmeaulx sera tenu de faire ung mont de Calvaire fait de paincture et joincture, et Taultre ung irespassement de nostre Dame ^ de paincture , et painct et recuyt comme U appartient , ou autres ystoires telles que les maistres j^rez. du dict mestier de verrerie ordonneront, et sera tenu le dict Gompaignon de fsdre le dict chef d'œuvre chez ung des dicts maistres. »

Les tailleurs d^images et les verriers étaient soumis aux mêmes conditions de travail et d'examen que les peintres ; et quand leur chef-d'œuvre obtenait le suffrage de leurs juges , ils étaient promus à la maîtrise , toujoiu^ après s'être acquittés de l'obligation de donner à disnerausdisr maistres jurez^ hien et honnêtement.

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Cette agrégation d'artistes lyonnais , placée dans le voisinage de la Bresse , a nécessairement conconru aux travaux exécutés à Brou. On trouvait à cette époque , dans tous les centres de population , des maîtres ouvriers qui se transportaient avec leurs compagnons sur le lieu des constructions , et prenaient à tâche ou à prix fait une portion des travaux qui relevaient de l'industrie ou de Tart auquel ils appartenaient. Notre conjecture s'appuie sur un fait relaté dans un registre de la municipalité de Boui^ , où nous lisons que le 6 mai de Tannée 1509 , sur Tordre de Laurent de Gorrevod, gouverneur de Bresse , les syndics convoquèrent précipitamment le conseil pour l'informer que la voûte de Téglise Notre-Dame était sur le point de s'écrouler. On avait voulu utiliser les murs de l'ancienne église ; trop faibles pour une si lourde charge ^ les vieux piliers qui la supportaient s'affaissaient visiblement. Deux maîtres ouvriers , maître Henriet et maître Lambert, arrivaient de Lyon pour travailler à Brou ; le conseil les chargea de visiter les lieux (1) ; ils s'ac-

(1) Magnificus Laurcntius de Gorrerodo , baro Montanesii, dominus de Challes, guberaator et baillivus Breyssiœ , precepit facere conTocationem predictam pro ecclcsia beaUe Marin Burgi, quft, nisi Deus avertat, videtur miaari ruinam , eo quod fuit domificaium in ipsa ecclesia super mœniis seu mûris veteribus, taliter quod pile antique sunt curve Et fuit processom per opimones dictomm

HISTOIRE. i87

quittèrent de la commission et exposèrent que le mal était sans remède et qu'il fallait démolir la grande voûte.

L'ordonnance de laquelle nous extrayons les détails qui précèdent , mentionne les noms des maîtres peintres , tailleurs d'images et verriers alors établis à Lyon (1). A leur tête figure Jehan de Paris ou Perréal qui , devenu plus tard peintre et valet de chambre de Louis XII^ exécuta plusieurs travaux de peinture pour Marguerite d'Autriche et notamment les portraits de Marguerite de Bourbon et de Philibert-le-Beau.

On a voulu récemment attribuer à cet artiste l'honneur d'avoir fourni le dessin et les plans de l'église de Brou. Plusieurs pièces trouvées dans les archives du département du Nord ont donné lieu à cette conjecture. Il résulte de ces pièces que, dès

astantium, interquos Nicolaus Bonus Badelli dixit quod duo magistri qui venerunt ad hanc villam a Lugduno pro quoddam opère quod iatendit lacère iilustrissima domina nostra Margarita apud Brou, magister Henrietus de Lugduno et magister Lambertus de Chamberiaco,

mandentur ad visitandum opus — (Registres de rhôtel-de-ville de

Bourg, 1509.)

(1) Voici les noms et surnoms de ces artistes lyonnais, teb qu'ils se trouvent rapportés dans l'ordonnance de Charles VIII : Jehan de Paris, Jehan Prévost, Jehan Blic, Pierre de la Paix, Dominicque du Jardin, Philippot Besson, Pierre Boute, François Rochefort, Jehan de Saint-Priefz, Nicolas le Clerc, Guillaume Bayottc, Claude Guynet, Jacques de la Forest, maistre Gauthier et Gouvyn Navarre.

188 ÉGLISE K not.

Tannée 1506, Jean Perréai avait élé agréé par Marguerite d'Autriche en qualité d'aidiitecie des édSfiœs projetés à Brou ; il parait mteie vraisemUaUe que, sous sa direction , fureni exécutés et achevés, dans Te^Kiee de cinq années , les bàtinieBis cJanstranL. Mais Jean Pérréal, attaché an service da loi Louis XII, forcé de TaecoaBpagner dans ses expédUioiis, ne pouvait donner qn'ime faiUe portion de sqb temps à la construction et à la surveillance des travaux de l'église. Noos avons dit qndfe soibcitude apportait la princesse à leur prompte exécutiott. On conçoit aisément qu'elle ne put s'aceonunoder longtemps des lenteurs et des absences de Perréal, qui employa cinq années à faire les plans de l'ég^ et les modèles des statues. D nous appread Ini-aièBse qu'après en avoir fadt , dans le courant de Vannée 1 54 1 , l'envoi à Marguerite d'Autriche^ il perdit complètement la confiance et la faveur de cette princesse, qui poussa la rigueur à son endroit jusques à laisser ses lettres et ses suppliques sans réponse. Il demeure également prouvé qu'il fut remplacé en octobre 1813 par un architecte flamand, dont le premier soin, en arrivant sur les lieux, fut de changer toutes les dispositions arrêtées jusqu'alors, de choisir pour l'église un emplacement autre que celui qui avait été antérieurement proposé, de substituer ses inspirations,

WSTOiRB. 189

fies plans et modèles à ceux de Perréal et des autres maîtres. Gdla résulte exjj^icUement des détails mêmes qui se rencontrât daus les lettres de Perréal, sur la composition et la forme des modèles qu'il avait envoyés à la princesse , détails qui cuvent que cet artiste a^^iartenait à une école autre que celle qui a réalisé l'œuvre de Brou. En résumé, pour arriver à la connaissance exacte d'un fait, c'est sur l'ensemble des documents qui s'y rattachent qu'il faut asseoir son jugement, et non sur des pièces isolées qui ne peuvent offrir qu'une certitude relative. Quand il s'agît d'un monument, il faut le considérer avec les yeux d'un artiste, discerner l'art exotique de Fart indigène, apprécier les diverses manifestations que l'art a revêtues selon les époques et les nationalités ; en un mot , il faut savoir à f œuvre reconnaUrê r ouvrier. Nous avons démontré, dans le chapitre qui précède , la parenté de l'église de Brou avec les monuments de la Belgique ; nous allons bientôt démontrer, à l'aide de documents incontestables et surabondants, que c'est bien en effet à un architecte belge, à Louis Van Boghen, qu'appartient, dans son ensemble comme dans ses détails, l'église de Brou. Une chose bien digne de remarque , c'est qu'au XVr siècle , époque à laquelle deux églises considérables s'élevèrent simultanément à Bourg, les

maîtres ouvriers de cette ville suffirent presc[ue à raccomplissement de ces travaux ; quelques parties spéciales seulement nécessitèrent l'intervention d'ouvriers ou d'artistes étrangers. Ce fait ressort évidemment , soit des documents que nous avons sous les yeux , soit de la lecture des registres municipaux de la ville , dans lesquels on trouve que la plupart des industries et arts de l'époque avaient leurs représentants dans cette ville. Déjà nous avons vu que les premiers travaux de l'église et du couvent de Brou avaient été donnés en tâche à cinq maîtres maçons , bourgeois de Bourg ; la suite de notre récit confirmera bientôt les observations qui précèdent.

A Brou , tous les matériaux étaient fournis par la princesse. Propriétaire des deux carrières alors exploitées à Ramasse, elle se réserva , pendant toute la durée de la construction , l'emploi exclusif de cette pierre blanche , d'un grain si fin , qui donne à l'intérieur de l'église un aspect de jeunesse et de fraîcheur qu'elle conserve encore aujourd'hui. L'extraction même de la pierre était donnée en tâche à des entrepreneurs (Voir Documents , n* EX). Le bois , la pierre , la brique , le verre étaient façonnés dans des ateliers distribués autour de l'édifice. Une carrière d'albâtre , exploitée à Poligny (Jura),

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une autre de marbre noir , à Vaugrigneuse , lieu situé dans la partie nord-est du Revermont , ont fourni la matière principale des sculptures , des mausolées , du contre-retable de la chapelle de la Vierge et de ces mille et une figurines qui peuplent rintérieur du chœur; et , suivant un ancien manuscrit que nous avons sous les yeux, un artiste, nommé François de Canarin , exécutait cet incomparable pavé du chœur et des chapelles , composé de carreaux peints et recouverts d'un vernis vitreux, représentant les figures de Marguerite , de Philibert, de Marguerite de Bourbon , des rois et des princes les plus dignes de mémoire ; ouvrage merveilleux que le bon Paradin ne pouvait se lasser d'admirer (1). Trois documents précieux, intégralement

(1) (( Quant au pavement, mesmcs celui qui est tant au chœur qa*en la chapelle exquise de ma dicte dame Marguerite d'Auslriehe, e*est bien la chose autant plaisante et délicieuse à voir qu'il est possible de trouver, pour cstre le tout de joyeuse et singulière plomberie, entremeslé d'imagerie fort diverse représentant, en plusieurs médailles et faces, les pourtraits de plusieurs personnages anticques, et avec iceux se voyent les figures et faces au naturel du beau duc Philibert et de ces deux excellentes Marguerites, mère et femme, comprises chascune en img petit carreau d'environ trois doigtz de carreure, portant chacune figure, tant anticqueque moderne, son tiltrc etescriteau de très-belle lettre latine versale, bien apparente et lisable, dont plait et rid ce pavé si fort aux regardans que Ion a quasi regret de marcher dessus. Je me souviens que, y estant, y avoit un gentilhomme qui, faisant conscience de marcher sur ce pavé, cracha au visage d'un gros villain pastissier ayant le nez tout fleury de gros

192 ÉGUSE DE BBOU.

reproduite dans nos pièces justificatives , nous présentent l'état des ouvrages exécutés depuis 15Î3, époque de l'ouverture des travaux de l'église, jusqu'en 1532. Nous nous bornerons à une courte analyse de oes pièces auxquelles nous renvoyons le lecteur.

Le n" XIÎ nous apprend que le 2 septembre 1521 , M. de Mamix , seigneur de Thoulousé, trésorier de Marguerite d'Autriche, fut mandé à Brou par la princesse, pour faire, de concert avec les membres de son conseil, la visite des travaux qui avaient été exécutés jusqu'à cette époque. Voici ce qui fut constaté : le squelette ou le canevas de l'église entière était sur le point d'être achevé ; déjà les voûtes des deux chapelles collatérales du chœur étaient terminées ; celles du chœur et de la chapelle de l'abbé étaient considérabl^nent avancées. Les tailleurs de {âerres travaillaient aux clés des voûtes de la chapelle de Gorrevod : le clocher avait atteint vingt-cinq pieds en hauteur. La tuile et le bois de charpente pour la toiture de l'église étaient prêts. Enfin , Vcsuvre y écrivait frère Loys de Gleyrens à Marguerite d'Autriche, esi à présent au meilleur eetat et appa^

boutons taincts en escarlate , disant qu'il n'y avoit lieu en toute l'esglisc plus sale pour cracher que cestuy-là. » — (Paraoi.n, Chronique de Savoy e.)

rance pour en voir la fin en peu de temps. Le 30 juillet de Tannée suivante , les religieux de Brou sont autorisés à faire la meUaiion , rela^ tion et aUeêiaUon de tous les travaux exécutés depuis l'origine de la construction de l'église. Ils font dresser, par le ministère d'un notaire , acte authentique de cette opération; nous recommandons spécialement au lecteur l'examen de ce document important , reproduit parmi nos pièces justificatives. Outre les détails intéressants qu'il renferme , il proclame et met à l'abri de toute discussion le nom et la personne de l'architecte de Brou , vAisTRE Lots Yan-Boghen , en même temps qu'il offre rénumération de tous les travaux exécutés sous la direction de cet artiste. Bientôt se présentera pour nous l'occasion de démontrer, à l'aide d'une série de documents imprimés et manuscrits de l'époque , la fausseté de la tradition qui a dérobé pendant si long-temps à cet architecte l'honneur d'avoir conçu et dirigé l'œuvre de Brou. Les termes de l'acte de visite des religieux Augustins ne sauraient être ni plus clairs ni plus explicites.

Nous apprenons, en effet , dès le préambule , que c'est Marguerite d'Autriche elle-même qui a conféré à maître Loys Yan-Boghen la charge de la fabrique de Véylise et du couvent de Brou.

i94 ÉGU8B DK mou.

Après quoi OD constate que il (nudtre Loys) a jeté les fondatHHis de toate Yé^ksej dadodier, du grand portail , qoe c'est Im qui a feât bAtîr le diœiir^ les du^Des, les oratoires , le tnmsqit oa croisée a¥î6c ses deux portails. Par ses soins et sons sa directîm, ODt été construites les ogives de la croisée et de la nef 9 et le clocher élevé jusqu'à la hauteur du fidtqge. Vient ensuite le détail de toos les ouvrages A'ywMyerie y qui , d^à en 1S23 , avaient été aooomplis : les sculptures, le retable de lachaqpdledelaVieige, une multitude de statues destinées à figurer tant à rintârieur qu'à l'extérienr de l'édifice ; le mois d*aoùt allait commencer^ et, avant son départ , c'està-dire avant l'hiver^ le iieê maisbre Lojfs a etpé* ranee que sera couvert le eueur entiéretneni ei poeé la eharpenêerie de la eroieée aueêy enHièrement.

Si nous pouvons établir (ce qu'il nous seia facile de foire) que tous les travaux de l'église, à part qudques détails , ont été terminés ea 1532 et que maître Loys a conservé ses fonctions d'architecte jusques et au-ddà de ce terme , ne nous sera-t-il pas permis d'affirmer qu'à lui seul revint l'honneur de l'œuvre de Brou ?

Or, nous lisons dans une lettre écrite par les exécuteurs testamentaires de Marguerite d'Autriche,sous

la date du 30 décembre 1 530, aux rdigieux de Brou, les détails qui suivent, et que uous extrayons textueUement de ce documait qui figure dans nos pièces justificatives :

« Messieurs ,

« Nous avons veu ce que vostre frère Loys de 'i Gleyrens avoit amplement escript au seigneur de «< Thoulousé', touchant lestât de lesglise de Brouz « et le mémoii:^ sur ce a luy envoyé pour le nofus « owunumquer, et trouv(ms la ckose en assez bon « train dont fusmes joyeulx , et que maistre Lots

« LE MÀÇm SOIT PREST À RENDRE LÀ DICTE ESGLISE « PARFAITE. »

Antoine du Saix, commandeur de Tordre de St- Antoine de Bourg et aumônier du duc Charles de Savoie , auteur bressan qui vivait dans la première moitié du XYI^ siècle , a laissé plusieurs ouvrages rares et recherchés aujourd'hui par les bibliophiles , au uombre desquek se trouve un petit poème qui a pour titre .' le Blason de Brou , temple nouvelle: ment édifié au pays de Bresse , par trèsdllustre^ irès^excellente et vertueuse princesse dame Mar^ guérite d'Autriche y etc. . etc. Le seul exemplaire connu de cet ouvrage y imprimé à Lyon en 1533 , fait partie de la riche collection de M. Gigongne , membre de la Société des bibliophiles français de

Paris , qui a eu l'extrême obligeance de nous le communiquer. Le Blason de Brou a été composé à la louange de notre monument et surtout à celle de maître Loys Yan-Boghen le Flamand , que l'auteur place sans hésitation au-dessus des plus fameux architectes de l'antiquité et dont y presque à chaque vers ; il vante Vordonnance , les lignes et les pourtraicls. Antoine du Saix a vu construire et achever le monument de Brou ; il parait qu^il entretenait des relations d'amitié avec maître Loys , Tarchitecte , car il ne laisse jamais passer l'occasion déparier de cet artiste auquel il prodigue des éloges exagérés. Nous avons dit ailleurs que ce fut Antoine du Saix qui prononça l'oraison funèbre de Marguerite d'Autriche à Brou , lors de la translation , en 4532, des restes mortels de cette princesse dans le mausolée qui lui était préparé ; déjà, dans cette œuvre oratoire , du Saix avait inséré , à la louange de maître Loys, une phrase significative qu'on nous permettra de citer, et dans laquelle il qualifie maître Loys de mathématicien et d'architecte incomparable :

ce Hactenus tniraculorum orbis palmatn prœripuit Ariemisiœ Mausoleum ; at , velut de medio sublatutn ipsutn pessumdabii MargarUœ Philibertœum j si id genus vocàbuli nobis ana-

logia concédât , pilsstantissimoque illi GEOMEiRiS,

NEC INFERIORI ARGHITECTO LuDOVlGO , fuerit flOfl in-

jùcundum (1).

Nous trouvons, dans te Blason de Brou^ la confinnation manifeste et absolue des faits œntenus dans les documents authentiques et inédits que nous avons retrouvés dans les Archives deFAin. Le lecteur en jugera par les citations qui vont suivre. Du Saix, après avoir passé en revue tous les monuments de l'Egypte , de la Grèce et de Rome , et cité l'un après l'autre les architectes célèbres qui les ont élevés , dit sans hésiter que

Sur tous ceulx Loys maistre sera !

Par ce moyen me puis arraisonner

Et justement ce temple blasonner,

En lui donnant couleur si glorieuse

Que c'est ça bas l'œuvre victorieuse ;

Car oncq en lieu parler de telle ouys ,

Qui est l'ouvrier? le grand maistre Loys !

Auprès duquel seroit vieille et flestrie

L'Architecture et la géométrie

Du vieil Nicon , père de Galien.

Dicéarchus , homme sicilien ,

Qui Pellion dit plus haute montaigne ,

(1) Oratio fimebrU in eo^quiU illtutrûsimœ prineipU Margariiœ Àustriœ, Broaci iepuUœ, hairita ab AnUmio Saxuno, tertio iéuê Junii,

1532. (GlLBERTUS COGNATUS).

Seroît reseoree el Loys b dHtftugne.

Vitravius , k maistoe duorpenUer,

!f eost a cestny dminé esduurpe entier,

Nj attooche , mais perdu conteoanee ,

Et d'uhg Flamehg eust suitt l'obiwiiiuiice.

Arduinedes , le syracusîeii ,

Pansanias , le grée eésarien,

Qail ont Tainen en la géegn&e y

Et des qnels tant Greee se glorifie »

Eussent hoibz ses ugnes et podeteaictz.

Après avoir proclamé rarchitecte de Brou , du Saix nous donne le détail des travaux merveilleux que renferme relise et qui sont le produit de son génie :

Ou a-t-on veu chose tant inventive Et mieolz réduicte au poinct en perspective , Plos achevée et compassée en croix?

C'est en nul lieu, ainsi que je le croys. Ung si beau cueur de merveilleux espaee , Qui en pourpris tout aultre excède et passe , Enluminé de verres cristalins, Tous enrichiz d'ouvraiges dédalins , Resplendissants de belles effigies Et contenant les généalogies :

Pftmièrement du tronc impérial , Du lys firançoys et vrai sceptre royal , De la Thoyson , la quelle a pris sa voye Souventesffoys à la croix de Savoye ,

■ISTOIRB. 199

Des aidires rpys et princes alliée , Quand estrangiers mariage a liez.

Sortant de là , doulcement vous appelle L'incomparable et exquise chapelle , Le sanctuaire i contemplation , Le cas bien net h jubilation , Le cabinet et dévot oratoire , Le tabernacle et secret répertoire , Où il se fault coyemênt retirer , Quand par esprit Dieu nous veult attirer. Contre le temps qui tout use et termine , Toute la pierre il clava dor de mine.

A l'époque où vivait Antoine du Saix , c'est-àdire dans la première moitié du XVP siècle , la langue française était encore dans son enfance ; le mauvais goût avait introduit dans la poésie remploi des jeux de mots , des pointes , des calembourgs. Gomme les auteurs de son temps , du Saix se fourvoya dans cette mauvaise voie. En revanche , il savait el écrivait purement le latin ; il composa, en 1530, une petite pièce latine , destinée à être gravée sur une table de cuivre et placée dans la chapelle de maître Loys , à Brou.

Dans cette composition qui se trouve à la suite du Blason de Brou , après avoir énuméré Tune après l'autre chacune des sept merveilles du monde, il annonce que son temps a vu produire la huitième ,

selon lui bien supérieure aux premières; elle est l'œuvre du génie et de la savante exécution de maître Loys qui a laissé loin derrière lui les architectes et les auteurs des sept premières merveilles de l'univers. Les vers de du Saix nous paraissent devoir tenir ici leur place :

Pour graver en une lame de cuivre en la chappeUe de maistre Loys.

Spirat apud Delphos operosi gloria templi , Hancque tibi acceptam , Spinthare , fama refert. Ctesiphon Euxino celebratus ab ode Diano , Et , Ptolemœe , tua Sostratus arce riget De mausolœo Sugillas nomen habebit , Phidiactim passim commemoratur ebur, Solis Clara Rbodos grandi cantata colosso Hinc tua laus , Chares , nescia mortis erit. Goctilis efiertiir Babylonis ad œthera munis ; Pyramides jactat barbara tm*ba suas.

Si tamen bis socles lodoicum , et judice Momo , Aurea quisquiliis lilia junge prius.

Hos posuisse ori)i septem miracula dicunt ^

GlARIUS OCTAVUH TEMPORA IfOSTRA VIDENT ;

Pristina QUiSQUE igiturpotuitspectasse vetustas ;

UnIUS INGENIUH PRESTITIT ATQUE HAMUS.

(Cudebat hoc Antonius de Saxo , prœceptor Anlonianm Burgi , 1530.)

 un témoignage aussi positif rendu par un cou-

temporain , sous les yeux duquel se sont accomplis les travaux d'art et de construction du monument de Brou ne se bornent pas les preuves que nous avons à produire. Les documents que nous avons retrouvés , les registres des délibérations de l'hôtelde-ville de Bourg pendant la période de 1500 à 1540 , tous les monuments manuscrits ou imprimés de l'époque , que personne n'avait jusqu'à ce jour pris la peine d'interroger, assignent unanimement à maître Loys le titre et les fonctions d'architecte en chef de l'édifice , et confirment de tout point les assertions de du Saix. Homme de génie et d'exécution , comme étaient alors les maîtres de l'art , Loys Yan-Boghen a présidé pendant près de trente ans à l'exécution du plan que sa pensée avait conçu ,

INGENIUM ATQUE MANIJS.

Le père Rousselet a avancé , et on a tout récemment encore répété après lui , que maître Loys Van- Boghen , quoique traité avec la considération due à un architecte, était payé par jour comme les ouvriers, sauf qu'il touchait huit sous au lieu de quatre qu'on donnait aux autres ; l'inexactitude de cette assertion est formellement démontrée par un document que nous avons retrouvé dans les papiers provenant des Âugustins de Brou et qui figure dans nos Preuves. On ne peut savoir exactement à quelle somme mon-

20â ÉGUSB m BROU.

taient le^ honoraires de rarchitecte de Brou ; elle devait être considérable ; car Tacte en question , fait par le ministère d'un notaire , énonce que maître Loys Yan-Boghen , maître de Toeuvre de Brou , reconnaît avoir reçu une somme de 1,037 florinâ , à oompte des honoraires qui lui reviennent pour Tannée 1531. Or, cette somme de 1,037 florins représenterait aujourd'hui 10,370 francs de notre monnaie , et cependant elle n'était qu'un à-HX)mpte, in dédudianem êtipendiorum didi magiêtri Lu-^ dapici j prœ^enUê anni 1531 .

M. de Mamix , secrétaire et trésorier g^ral de Marguerite d'Autriche, transmettait de Flandres au trésorier de Bresse les sommes nécessaires pour faire face à toutes les dépenses de la construction. Ce dernier les délivrait à son tour à un comptable ou préposé spécial dont les fonctions consistaient à rég^ les prix faits avec les entrepreneurs, à approvisionner l'architecte des matériaux qu'il demandait , enfin à payer régulièrement , le samedi de chaque semaine , tous les ouvriers et manoeuvres employés mu travaux de l'église et du couvent. Cet emploi fut occupé en 1 506 par un dtoy^i deBourg , nommé Etienne Chevillard , puis en 1513 par un sieur Guillemin de Ma^^in, qui en fut dépossédé en mars 1523 et remplacé par Loys de Gleyrens , alors prieur de

HlflfOlBB. S03

Brou ; ce dernier prit , en succédant à MaxJn , le tibre modeste dî! économe (éUspenêaior). Loys de Gleyrens rendait chaque année ses comptes au con** seil de Bresse. Nous avons retrouvé ceux qu'il pro* duisit pendant les dix années de sa gestion ; mais il est regrettable qu'ils ne fassent mention que du total dépensé chaque semaine , sans désignation des personnes et des objets auxquels ils sont applica* blés (1). Dans le préan^ule de ohaoun de ces

(1) Calculus computi firatris Lodovici de Gleyrens de denariis receptis et Ubratis per eom in operibes ecclesîadeBvou in amis 1523 et aliis seqH^tibus sub doclaratia, ex copunissione per illu»*» D. N. Dominam Margaritam de Austria et Burgundia, sibi focta.

(Ârdihres de FAin).

VAicLTelaft de» dépense» de daqve «muie (de 1$2S à 1532), que

nous avons relevé sur les comptes de firère Loys de Gleyrens :

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