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Lç montant des sonunes qui précèdent s*élève environ à 139,445 florins qui représentent un million trois cent quatre-vingt-quatorze miile francs aetuels. Il résulte de eet aperçu que l'en a démeeurément ^i^egéré les dépenses que Téglise de Brou a coûtées, en les évaluant à vingl-deux millions de notre monnaie. 11 ne faut pas perdre de vue que les comptes dont nous venons d'ofirir le tableau s'appliquent à la période dans laquelle ont été exécutés les iRaraux d'art, seulptwres, boiseries, verrières, etc. , c'est-à-dire les eHYrefes les plua dispcodieux. Or , en estimant la dépense totale faite pour l'église depuis
comptes y figure toujours le nom de maître Loys : il porte dans l'un la qualification de noHliê magister Ludovicus Van^Boghen , architedor ioiius œdificii de Brou ; une autre année , il est désigné par ces mote : nohilis tnagister Ltidomcus y magiêter et rector prœcipuus operum de Brou ; quelquefois on le nonune magister lathomus et architedor de Brou (1).
Les registres des délibérations de la municipalité de Bourg font souvent mention de mattre Loys. L'église paroissiale de Notre-Dame de Bourg s'écroula presque entièrement dans le mois de décembre 1514. Les syndics convoquèrent aussitôt la commune qui nomma des délégués auxquels fut commis le soin de choisir des mattres ouvriers , maçons et charpentiers, capables d'arrêter les progrès du mal. Les délégués s'adressèrent aux principaux maîtres employés à Brou , et les chargèrent de consolider rédifice de façon que la population pût, en toute sécurité, s'y réunir pour entendre le service divin. Maître Loys était alors absent ; chaque année il passait l'hiver en Flandres dans sa famille; il rendait compte alors à Marguerite d'Autriche des travaux
1506 à 1532, nous pensons qu*eUe n'a pts dû excéder le chifll« de trois millions, valeur actuelle.
(1) ÂrchiTcs de l'Ain.
accomplis pendant Tannée et prenait ses ordres pour la campagne suivante. Le conseil de la commune de Bourg donna en tâche les travaux prescrits pour la consolidation provisoire de Téglise, par les maîtres ouvriers de Brou y dont il nous a conservé les noms dans sa délibération, et arrêta que Ton attendrait le retour de maitre Loys^ au jugement duquel on s'en remettrait pour les travaux définitifs de reconstruction (1).
De retour à Bourg , au mois d'avril de Tannée suivante, maître Loys visita Téglise et exposa aux syndics la nécessité de refaire immédiatement les deux piliers qui précèdent le sanctuaire; autrement, disait-il, le clocher tomberait infailliblement sur Téglise et occasionnerait sa ruine totale; mais Targent manquait; les collectes au moyen desquelles se &isaient les travaux étaient improductives. On se borna
(1) Fuit expositum qnomodo , proh dolor ! major pars ecclesise béate Mari» Burgi ceeidit in ruynam, die prima hujus decembris. Communitas fuit congregata quod de garda in garda eligerent trigenta sex Burgenses notabiles qui onns faaberent eligendi idoneos lathomos et earpentatores ad visitandam dictam eeelesiam et reducendam sob tuto accessu ad audiendum di^inum officium , et quo ad residuum expectaretur adréntus magistri Ludovici de Brou et secundum ejus voluntatem et judicium repararetur eeclesia. Elegeruntet nominaverunt pro lathomis magistros Benedictum Casiini , Dionisium Gauyères, Ciaudium Charden, vice gérantes magistri Ludovici apud Brou, et pro carpentatoribus elegerunt et nominaverunt Petram Goddet, Ciaudium Bamassard, Petrum Perret, Guillelmum Bertillod, Anthonium Grospey . (Begistres de rhotelMle-ville dé Bourg, décembre 1 51 %) .
â09 É6U8B BB BROU.
provisoivemeal à placer dœ étaifi (1). Toutofo» les syndics et le consefl , reooimaissante des bons office» de maftre Loys , lui offrirent eb témo^oàge de leur gratitude le vin d'honneur, témoignage de déférence et de respect réservé au& personnes de hànte qua* Uté (untMi p0nsonëm vint clarêii et alii) (2).
Le 35 mai 1518^ la pierre mancjua; on ne pouvait achever les deux piliers placés devant le sanctuaire ; et cependant il y avait urgence de leiaire y car la conservation de l'édifice entier en dépendait. Dans cette extrémité, le& syndics eurent recours à maître Loys de Brou* « Et domini syndici rogave- « nmt magistnuD Ludovicuiù de Brou quod , Dei « amore^etproconstmctioiieeCGlefiiae béate Mariae « Bnrgi, permitteret qnod in altéra perreriarum K Rama88ieextrahatur,per quatuor suQsoperarios, c< de lapidibus, sumptibus villae (3). »> Maitrè Loys
(1) Nuper niagister Lodovicus , qui habet onus «difîeiomm con- T0iitas Angiistîàoniiii de Brou, se presentem feeit in ecelesia beat» llaM Bargi} pro visitando opus ipdus ecclesifiB, et aocepitdlem hanc, hoea meridiana, pro uberius ipsam ecclesiam visitando et pro dieendo sea precipiendo quid sit agendum et edificandaiii in dicta eccleûa. (Begiitrcs de rh6tel-de-ville de Boui«, 15 avril 1515).
(2) Fuit deliberatum quod domini syndici dent unum ponsonem vini clareti et albi magîstro Ludovico, lathomo de Brou, pro psna et labore ejus in ybitando eceksiani beat» Mari» Burgi, et mandatur intrari în computîs ipaoram dominorum syndicoromsine quacumque difBenttake. (Registm de ThMel-d^^Ue de Bourg, 28 aTril 1515).
(3) Registres de rhôtel-de-yiHe de Bourg, 1515.
msTOiRB. S07
hésitait à satirfàire les syndics , lié qu'il était par les termes d'un marché passé Fannée précédente avec deux eiitrq[>reneBrs (voir, auxD^^timento^ len*^ IX,); il céda cepmdant aux instances de Benoit Gariin , mattre maçon employé aux travaux de Bron, et consentit à délivrer de la pierre. Les syndics lui firent savoir que la ville serait reconnaissaaitd d'un m grand service; et, en effet, la municipahté lui fit hommage encore d'un poinson de vin. « Fuit mate gis expositum quod magister Ludovious de Brou « dédit operarios ad extrahendum lapides pro eca clesia beatse Mari» Bm*gi, super quo fuit delibe- « ratum quod iHi detur unam ponsonum vini (1). » Enfin , en 1836, quatre ans après le départ de maître Loys , les chanoines de Notre-Dame, réunis aux syndics et conseillers de la ville , ayant à prendre un parti pour l'emplacemrat et la forme du clocher et du portail de l'église paroissiale, arrêtèrent . qu'on snivndtencda Y ordonnance qu'avait donnée autrefois maître Loys. Voici comment est riqpporté ce fait dans le registre des délibérations municipales de l'année 1536 :
<c xYui d'avril de l'an de grâce courant mil cinq « cent trente««ix,
« Sont estez conigreguez au devant de l'esglise
(1) Ihidem.
208 ÈCUSE M
^ notre Dame de œste cité de bourg pour voir et
« regarder la canprmse da dodiîer et portai que
tf sont a fere en ioelle, le lien et la fdxme jias dî-
< recte, révérends et yeœràtks dianoynes de la
« dicte esgiize (j\u& les syndics et conseillers, (Ans
a douze maistres massons);
<x Lesquenlx, après avoir veheu et regardé la
« place et le lieu et avoir ouy et entendu Toppinion
« des maistres massons , survAirr aussi L'oiDOiaïAHCB
a VERBALE DE MOlfSKIGlIEUR MAISTRE LoTS, JADIS HAISTRE
« DE l'edifrce de Brou, aultrb fots, GomE L'on i< EST REGORS, FAiCTE, ont ordonné et ordonnent que « le dict clochier se fasse sur le portai, au milieu « d'icelluy grand portai et qu'il soyt faict beau et « puyssant , fondé à pleyn et que les pilliers et arcs cr soient de bonne pierre de Cboin , etc. , etc. (1). »
Nous pourrions accumuler les preuves et les té* moignages authentiques renfermés en grand nombre dans les documents de Tépoque , qui tous assignent à maître Loys le rang et les fonctions d'architecte en chef de l'église et du couvent de Brou; mais les faits et les citations qui précèdent nous paraissent suffire à cette démonstration.
Nous trouvons quelques renseignements curieux sur le caractère de ce personnage dans une ordon-
(1) Registres de rhôtel-de-ville de Bourg.
nance rendue au commencement de l'aimée 1 530 par M. de Mamix, ancien secrétaire de Marguerite d'Autriche, et alors trésorier général de ses finances. Cette pièce nous fait connaître que maître Loys se laissait facilement aller à la colère, et que sa parole peu mesurée, sans égard pour la qualité ou le rang, proférait souvent Tinjure ou la menace contre tous , ecclésiastiques et séculiers. Maître Conrard, le consommé tailleur, JC y mages ^ au ciseau duquel nous devons les admirables statues des tombeaux et les délicieuses sculptures qui s'épanouissent en ornements de toute nature dans le sanctuaire de Brou , était plus spécialement l'objet de l'irritation ou même de l'inimitié de maître Loys :
or Pour ce que le dict maistre Loys est assez légier « de parolles et menasses envers l'ung et l'autre tant « ecclésiastiquequeséculier^dontplusieursscandales tf se peuvent susciter, comme de faict désia a esté <sc faict , et , par ce , l'ouvraige de madame retardé, c sera prohibé et défendu très expressément au dict « maistre Loys user désormais de telles menasses et « parolles ; et s'il y veult attenter par voyes de faict, c( madame s'en prendra à sa personne et à ses biens. c( Le semblable sera dict à maistre Gonrard et tous « aultres qu'il appartiendra.
<x Et afin que l'ouvraige que l&dict maistre Gon-
âiO ÉGLISE DE BROU.
c( rard a en main ne soit plus retardé, lui a esté i' commandé et sera encores de parfiadre sa charge « le plus tôt qu^il pourra, et pour ce faict prendra « tels ouvriers que bon luy semblera , sans que maisce tre Loys ait aucune cognoissance sur luy ; et, son « ouvraige parfaict, sera tenu ledélivrer au dict mais- « tre Loys qui le recepvra au dict et jugement de (( deuK maistres non suspects y qui , pour ce , seront « choisis aux fraiz de madame, attendu Tymmitié « estant entre les dictz maistre Loys et Conrard (1). » Etranger à Tanimosité qui divisait les deux artistes, Antoine de Saix a prononcé sur rtiii et l'autre un jugement que l'histoire doit accueillir avec respect. Si ses expressions nous paraissent par trop empreintes d'exagération et d'emphase , ti'oubllons pas que ce défaut était plutôt celui de son époque que le sien propre. Et comment se sewkit-il défendu de l'enthousiasme, cet illustre Bressan, en voyant chaque jour sortir des mains des deux grands maîtres les mer\eille6 inappréciables de ce mohiiunent, orgueil de sa ville natale, que la piété dhïne illustre princesse élervait à la gloire de la teHgion dont il était le ministre !
Que si voulez la plûce somptueuse Pnr le menu (leschifft*er en détail ,
(1 ) Ordonnance de M . île Murnix, seigneur de Tholo^. (Ar. de TAin) .
En y joignant le pulpitre (i) et portail, Où trouvez-vous de si triumphant lustre Taillez en pierre , architraves , balustre , Pente dantique et beaulx soubbassementz , Frise , molleure et amortissementz , Grand cul de lampe et clavettes percées ; Coronementsi , coquilles renversées ?
De veoir cela qui pourroît estre las ? Les bestions , vignettes , entrelas , Et pied extra , candélabres , cornisses , Médailles grands qui ne sont de corps nices , Mais bien formez et au vif si touchantz Qu*ilz ont deceu maintes gentz attouchantz , Les quelz pensoyent que ce fussent statures De corps bvjnains et vives créatiffes ; Qui les a faici? qui h tel en taille heilr? Maistre Conrtird le consommé taiUeuTy Qui a de Dieu telle prérogative Que de nature elle est superlative.
Le ténoioignajge d'Antoine du Saix ne saurait être, on le voit, plus clair ni plus explicite. Les documents authentiques reproduits dans nos pièces justificatives sont en tout conformes aux assertions de cet auteur ; il^ établissent d'une manière nette et précise la posir tion respective des deux artistes célébrés dans le Blason de Brou : le premier, en sa qualité d'architecte , fait les paurtraiciz , c'est»à-dire compose
{|)LejuJ>é.
les plans et dessins des tombeaux et des personnages que le second traduit sur le marbre et Talbàtre. « A «( esté dict et accordé que le dict maistre Conrard se a transportera d'icy en Bresse, au couvent de Brouz, « pour besoignier aux sépultures que ma dicte dame « entend estre faictes en icelle église de Brouz, et
« SELON LE POURTRàIGT POUR CE FAIT PAR LE DICT MAISTRE
<i Lois Y j^'TioGmsa, y> (Documents).
Sept années furent employées par Conrard à l'exécution des statues des deux Marguerite, de Philibert-le-Beau , des Génies qui les environnent. Dans cette période de 1 5S6 à 1 53S, furent aussi confectionnées les verrières et les boiseries du chœur.
Commencée en 1506, Téglisede Brou fut consacrée le 22 mars 1832 par Jean Joly de Fleury, évéque d'Ebron in partons; à partir de cette époque, le service divin y fut régulièrement célébré.
Il ne faut pourtant pas conclure de cette circonstance que tous les travaux étaient entièrement terminés; Corneille Agrippa, qui prononça à Malines le panégyrique de Marguerite d'Autriche, nous apprend qu'à la fin de Tannée 1 530 , époque de la mort de la princesse , 200,000 écus d'or avaient été employés à la construction de l'église et du monastère, et il ajoute qu'il fallait en dépenser encore plus de 20,000 pour achever ce qui restait à faire , « in templi et monas-
« teriiextructione supra ducentaaureorum impendit « et adhuc plus viginti millia pro absolvendo œdi- « ficio impendenda restant (1). i» Cette estimation n'était pas eicagérée ; car Corneille Agrippa ignorait que, si l'architecte maître Loys avait déployé, dans la construction et surtout dans lomementation de Tédifice de Brou, une étonnante richesse d'idées et d'invention, son habileté avait échoué dans le système et les moyens qu'il avait adoptés pour ménager l'écoulement des eaux de la toiture , défectuosité qui appela sur le monument la ruine et la détérioration avant même qu'il fût achevé. Dès 1535, les religieux de Brou exposent , dans un Mémoire adressé aux exécuteurs testamentaires de la princesse, que « sur « toutes choses est souverainement nécessaire f ère (c rabiller les gorgoUes et conduys qui maynent leaux tf sur les voultes des chapelles , les quelles goi^lles « ne tiennent point tellemrat qu'il pleut sur les voul- « tes et piliers de lesglise en plus de xini ou iv lieux, << en façon et manière que les dictz piliers et voultes <c sont en grand dangier de tomber enruyne. » (Voir Documenté.) Cette réparation , d'une si urgente nécessité, traîna en longueur à défaut d'argent. Charles-Qnint ne voulait fiadre aucune avance de fonds, et l'on ne pouvait rien obtenir du duc Charles de
(1) G1LBBRTU8 GoGMATCi.
Savoie, redevable de sommes considérais à la succession de Marguerite d'Autriche. Uévéque d' Arras écrivait déjà, sous la date du 1 7 avril 1534| aux religieux qui demandaient des fonds pour foire face à quelques réparations : « Les dicts sei^ieurs exécu- « teurs désirent scavoir la résolution de monsei- « gneur le duc de Savoye sur les remanences et au- « très deniers que ses ofificiers et subgets ne veulent « rendre, comme scavez, et rempereur a escript a a mon dict seigneur et envoyé expressém^t devers <c luy un grand , affin quil veuille faire payer les dea niers deuz à la dicte exécution; car^ pour vous a parler à la vérité, il mesemble que, sans lerecoiivre- « méat d'iraulx deniers, sera bien diffikâlesafidffaire a à ce que desioez en vostre couvent ; edx Sa Majesté ce ne le veut pas faire de ses propres deniers. » (Documenté.) Les religieux demaiMJliaient encore aux exécuteurs testamentaires de faire .«ebever ou compléter plusieurs parties de l'édifice. Ils réclamaient, en outre, une foule d'objets mobiliers nécessaires aux cérémonies du culte» tels que livres, linges , ornements, et notamment tf deux grands cbsoi- « deniers de cuyvre, pour servir devant le grand «c aultel<) selon la aiode et façson des bonnes égUa ses de Flandres. (Voir aux DaçumenU.) Bien que Marguerite eût, dès Tannée 152i , as-
suré aux Augoetms de Brou une dotation de 1 ,200 florins de revenu, les religieux ne possédaient réellement à sa mort que les deux tiers du capital de cette rente. Ce fut Qwles-Quint , héritier de Marguerite f (]ui le compléta quelques années après.
On sait (jue, depuis la fin du XV* siècle, le prix de Tûr a baissé de près des trois quarts et c^lui de l'argent de près des cinq sixièmes.
Le florin de Savoie contenait 12 gros (1). Or, la journée de l'ouvrier , menuisier , charpentier ou magon, était à Bourg de 3 à 4 gros de Savoie, et le prix moy^i de la coupe de blé était de 3 gros; d'où il suit qu'un ouvrier gagnait au moins dans sa journée une coupe de blé. De nos jours, le prix de la coupe de blé varie de 3 fr. 50 c. à 3 fr. ; ce qui nous autorise à conclure 1^ que le taux de la main d'œuvre était à peu près le même qu'aujourd'hui (2); 2** si 3 gros avaient alors une valeur égale à celle de 2 fr. 50 c,, le florin de Savoie, composé de 12 gros, équivalait à 10 fr., monnaie actuelle. Or, 1 ,200 florins multipliés par
{i) Subdivision du florin : Le florin valait 12 gros-, le gros, 12 dcaif n ; le qvurt, ft demers ; >f fort, % deuiors ; Tobole, demi-deiiicr.
(2) M, le chevalier Gibrario a inséré, à la suite de son intéressant ouvrage intitulé : Economia polilica del média œvo* une suite de tableaux qui démontrent évideininait rcxactitude de re que npus avançons.
40 donnent pour produit 12,000 fr. Ce revenu pouvait rigoureusement suffire à l'entretien et à la subsistance de douze religieux ; mais la princesse n'avait pas prévu la décadence hâtive que devait subir le monument par suite de divers accidents et de la nature des matériaux , principalement de la pierre friable et poreuse de Ramasse, qui ne résiste pas à l'action de la gelée et des pluies si fréquentes au pays de Bresse. Elle avait eu l'intention, comme dans la fondation du monastère de Bruges j de mettre les religieux à l'abri de la mendicité ; mais elle avait voulu éviter, par dessus toute chose, de les enrichir , sachant bien que la richesse excessive des monastères avait été la cause principale du relâche* ment des mœurs et de la discipline qui s'y était introduit. La modicité des revenus du couvent fit qu'on le surnomma tout d'abord \e pauvre magnifique^ et l'église de Brou reçut en même temps la qualification de Belle gueuse (1).
L'acte de fondation du monastère de Brou par Marguerite d'Autriche est du 28 mai 1521 ; nous nous sommes abstenu d'en reproduire le texte dans nos pièces justificatives, parce que la plupart des dispositions qui y sont formulées se trouvent dans le testament de cette princesse que nous aîvons inté-
(1) ¥««. Archives de TAin.
gralemmt reproduit. On trouvera dans les notes les extraits qui nous ont paru offrir de l'intérêt.
Pour composer la rente de 1200 florins, Marguerite d'Autriche avait acheté diverses propriétés, mtreautresdeuxétangSy oeluiditdeChevroux(l)etle grand étang du MontelUer, leurs dépendances (2), des vignes à Jasseron (3), et, enfin, le droit de leyde et de
(1) Unum stagniun vocatum stagnum de Ghevroux, cum omnibus suis pertinentiis, situm in patria Breyssis, per nos redemptum et acquisitum a nobili Jeanne de Monfaut, pretio novem centum et nonaginta septcm scatorum auri Franeorum régis cum sole, cujus sti^i redditus annuus, secundum dictum pretium esUmatus ad rationem de quinque pro centum, valet annuatim centum et septuagenta quatuor florenos et sex grossos monet» predictsB. (Extrait de l'acte de fondation du couvent de Brou).
(2) Item apud M ontislerium , unum stagnum vocatum magnum stagnum Montislerii, cum duobus aliis stagnis quorum unum appellatur Lalende, alterum Rolem, una cum eorumdem stagnonim omnibus juribus et pertinentiis ; item in blado quater vigenti asinatas mensorae de Villariis, anoui et perpetui servidi et redditus. Item etiam in argento sexagenta florenos monetee Sabaudis, similiter annui et perpetui serricii et redditus, debitos annuatim in predicto màn> damento Montislerii. Que bona nuper acquisita fuerunt per nos, seu nomine nostro, ad opus dicti nostri conventus a magnificis et spectabilibus Sebastiano de Montebello, comité Intermontium, et Jacobo et Francisco de Montebello, fratribus suis, dominis ejnsdem loei Montislerii, pretio quatuor milium franeorum, seu duôrum millium scuiorum auri ad solem. (Extrait de l'acte de fondation du couvent de Brou),
(3) Item unam vineam sitam in vinoblio Jasseronis, loco dicto En Flamenê et domum ibidem existentem, necnon quamdam aliam vineam parvam, sitam ibidem loco vocato Jirnmala cum parvo prato... Qus bona nuper per nos acquisita et redcmpta fuerunt a Frederico de Poypone et Claudia , filia defùncti Vaulcherii , qui ipsa bona antea vendiderant sub gratia reachali Andreœ Grillcti de Burgo.
218 ÉGLISB W MOU.
copponage (i), dont le$) it^gieux de Brau ont jom jusqu'en 4790, oialgré toutes les tantetives fiedteB à diverses époques par la Bowucipalité de Bourg pour s'afiraoiobir des ailraves que Texercioe de ce droit apportait au oommerce du blé. (Voir aux Voeipmente le tarif de ce droit , n^ YHI.)- A la dotation de la princesse^ vinrrat s'sgouter un assez; grand nombre de fondations, faites successivement par plusieurs particuliers. Les sommes en provenant furent affectées à l'achat de propriétés. Plusieurs de ces fondations eurent lieu durant la vie de la princesse. Nous avons placé dans nos Documente deux actes de cette nature : la fondation faite par Laurent de Gorrevod et celle de Tabbé de Montent, aumônier de Marguerite, qui l'un et l'autre obtinrent la faveur de donner leur nom à une chapelle de l'église (Voir aux Documenté n^ X et XI.). Le montant de la fondation de Laurent
(1) Item leydam et coponagium oppidi nostri Burgi ciun omnibus juribus suis, existentia ollm de antiquo domanio dominationis Breyssi», quœ per dos redempta et aoquisita fiicrunt de consensu et voluntate illustnssimi firatiis nostri carissimi Caroli, modemi ducis Sabaudie, ab Humberto Gnlleti, pretio trium miUium florenorum pro pretio principali quo leyda et coponagium dudum vendita fiienint Girardo Gnlleti, per bone memorie quondam dominum Philippum de Sabaudia, tum comitem Baugiaci et dominum Breyssise. Quorum leydse et coponagii annuus redditus juxta dictum pretîum estimatur ad dictam rationem de quinque pro centum et valet annuatim centum et quinquagcnta florenos. (Archives de l'Ain).
HISTOIW. 319
de Gorrevod était de 700 écns d'or, qpii toenl employés par les rali^ux à Vachat d'uoi do* «aine aitué à Bizîat. Noble Mim de Qrawuûiit avait fondé, le 23 octobre 1520 ^^ la chi^Mdle des deux sainte Jean, et légué en 1538 un capital de IfOOO floitts aux religieux de Brou^ à la dbaige par eux de dire chaque joiur nae messe de SMtt à son intention. M. de Grammont ayant voulu être inhumé àBrou, Marguerite d'Âutridie y consentit, toutefois sous les conditions snivamtes, que nom extrayons dn titre original :
ce Madame a esté informée que feu noble Jehan « de Grammont^ en son testament, requist esbre K enterré en une cfaapeUe de Téglise, coUatérale de ta la main destre, requerrant estre dedans ycelfe « chapelle dictes les messes par hiiorii^niiée£y quest «c une messe pour chascimg jour. »
A Responce de ma trèa-redoubtée dame.
(1 Madame est de ce contente^ mais elle n'entend Ki que ses armes soyent ez verrières; bien est-eUe « contente que^ en sa seyukure et et omianents^ ou « ez tableaux ses armes soyent apposés^ que les hé' €i ritiers feront fere de ses propres deniers et ar- « gCTit(l).i)
Nous avons dit (pte la fondation faite par M. de
(1) Archives de l'Ain.
220 ÉGLISE DE BBOU.
Grammont était de 1,000 florins; les religieux trouvèrent cette sonune insuffisante (tenais et exigua); ils s'en plaignirent aux héritiers qui leur comptèrrat iOO florins en sus.
M. de Montent, abbé de St-Vincent de Besançon, confesseur de Marguerite d'Autriche et fondateur de la diapeUe de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, céda aux religieux de Brou, par acte du 28 avril 152i, le droit qu'il possédait sur le quart du revenu des fours de la ville, droit que les syndics de Boui^, dans une circonstance nécessiteuse, avaient été contraints d'aliéner. Mais conune cette propriété était sujette à rachat, les syndics remboursèrent jdus tard aux religieux de Brou la sonune de 416 écus d'or que ceux-ci employèrent en acquisitions de biens fonds, ainsi qu'ils y étaient obligés suivant les dispositions de l'acte ci-dessus mentionné. (Voir Documentêj n"* XL) Ce même abbé de Montent donna , en 1330, auxAugustins de Brou une somme de 150 florins, à la charge par eux de réunir treize pauvres dans la chapeUe de Notre*Dame-des- Sept-Douleurs à Brou, le vendredi avant le Dimanche des Rameaux, et de distribuer à chacun d'eux 1^ un pain de la valeur d'un gros , 2"* un gros en argent, 3^ des aliments ou pitance de la valeur de 2 gros, quatn eleemosinam esse vuli prefatus do-
BISTOIRB. 221
minus de nno pane valoriê uniusgrossij monête Sahaudiey de uno gro9êo predietê tnanetej et de duohui j/roêêis pictanHe.
Claude de Rivoire, veuve de Laurent de Gonrevod et sa seconde femme, donna aux religieux de Brou une somme de 1,400 florins, avec laquelle ils achetèrent le domaine de la Bourdonnière, situé à Yillars, et quelques fonds de terre auprès de leur couvent. Cette généreuse dame fit élever en 1533 le mausolée en bronze des Gorrevod que la république a transformé en canons. Elle fit encore don à Téglise de soixante marcs d'ai^nterie, consistant : 1^ en une magnifique custode dont on se servait les jours solennels pour exposer le St-Sacrement ; ce meuble représentait le clocher de Brou, tel qu'il exista jusqu'en 1660; la tour était en cristal de roche, et le couronnement en ai^nt avait la forme du dôme surmonté d'une couronne impériale; 2* un grand crucifix d'argent au pied duquel étaient deux statuettes du même métal , représentant l'une la mère de Dieu, l'autre le disciple saint Jean; 3"* deux candélabres en vermeil; 4* un calice en vermeil avec sa patène, S^ une pale d'ai^ent; Q^ deux aiguières en vermeil ; 7® une boite d'argent propre à renfermer les hosties; 8"* enfin, une sonnette en vermeil pour annoncer l'élévation. Le 18 juin 1571 , Lau-
â22 ÉGLISE DE BftOU.
rent II de Gorrevod et ses deux frères^ Antome et François, angnentfarfait la fondation de leur famille de trente livres toomois de rente «nnurile et perpétuelle qu'ils hypothéqueront sur leur maison de Bourg.
Noble Humbert Grillet, seigneur de la Vemey j le méffle qm, en 1525, s'était chargé de faire venir de Carrare dn marbre dont on a fait les statues des mausolées et auquel Marguerite d'Autriche racheta le droit de leyde et de oo[qponage pour le céder aux religieux de Brou , fonda, en i533, au prix de 300 florins^ y une grand'messe que les religieux B^olër gèrent à câébrer tam les seocmds vendredis de chaque mois. Humbert GriUet fut inhumé à Brou dans la chapellede St-PierreNaux-Liens dont il était le fondateur. On voit, dansTaete de oeOe fondation, qu'il donna mi couvent 80 écus d'or de capital^ plus « ung «ieni pré et une simne terre, contenant ledit « pré troys meanlA ou environ de foyn, et ladite « terre deux meaulx ou environ, situés près ladîcte a ville de Bourg, a{fielé pré de Brou, près lai^ys « de lesglisedu dîcl lieu, jouxte les confins des rea Ugieux.» Cet acte de fondation, que nous avons sous les yeux, porte le témoignage de Vestime et de l'affection cordiale des religieux de Brou pour ce digne- personnage , qui fut leur bienfaiteur du-
HISMIRB. S&3
rautaa vie et voiduk l'être eooore après sa iiKirt(l).
Les legs et les fondailiofls en faveur du coUYont
seraceédèreat juaqa'w 1790 et si^ii^rent à Tin-
suffiBaiK)6dekdotati<mdeto{NriBees8e. Cesstcoars
(1). Voici la liste des principaux bienfaiteulrs de l'ëgUse^ après ceux que nous venons de mentionner :
Jehan Bimet, àe Sl-JvKen^^v-Veyie» Ufpaa enr ISM les biens (ju'il possédait sur le territoire des paroisses de StJuliem et de Biziat» consistant en prés, terres, maisons, en condition que le9 diets prieur f( Tfhgiekx $mr9nt tenuz ds h enu^êlyr en la diHe e$gUm dé Brou et chantet* eoixante petite» me»»e» basse» de Voffice des morst, SMSsi de peyer le médecin, cirurgiens et apot/iicaires pour la poyne et labeur qu'ilz oni pris et pregnmten wa dicte nmkuMe,
Dame Constance-Marie Sforce 14gua au couvent 690 éeus d'or.
Catherine Dcschainps, en 159t, légua 40 livres tournois.
MesairQ Nicolas Forciand) zari à» Vannas» «o 1627, lëgu» MO livres.
Dame Philiberte de Tanay de la Falconnière renonça, en faveur du couvent, aux laods et serws qu'elle percevait sur les biens des religieuK situés à Biziat.
NobLa Antoine Goîifaà.
Noble François Rosaan.
Nable Bcnâ de Ulcin^.
M. Cbavbonnier de Crangeàc.
M, Dugaz.
M. Ravier, 100 I. eupital.
M. Blondel, 500 1.
M»e Bla^ 1, 200 1.
Jatquea Carron» fonds de len«.
M. Merle.
jUf^t ^ aieyzérîa, MO 1.
Le «r CcHMin des Vignes, SOO 1.
M. Duport, avoeat à Bourg, 2,000 1. , ^mme qui fni am|ié6yée à l'achat des vigne» dite» de U Gringaud, située» msr le territoire de JaMRm.
224 ÉGLISE DK BBOU
venakait fort à propos pour aider les Âugustins à entr^enir et à réparer Tédifioe.
En 1539, la gr^e brisa ou mutila en grande partie les vitaranx des chapelles et du chœur, principalement au côté nord. On n'avait pas eu le soin de protéger extérieurement les verrières au moyen de treillis et de grillages en fer; ce ne fot qu'après cet accident déplorable que Ton usa de cette précaution. Deux maîtres verriers de Bourg, Antoine Gonccmi et Jehan Descousse, se chargèrent de la réparation et s'en acquittèrent avec zèle et habileté. Les comptes détaillés des fournitures et de la main d' œuvre font partie des pièces conservées aux Archives de rAin(l).
(1). Au nom de nostre Sdgneur Jésus, Amen.
Aujourdliui xxi de juillet de l'in 1539, nous frère Egide de NoUo, prieur, et frère Loys, yycayre du couvent de saint IfyeokB de ftrooi, et frère Remy, religieux dndit couvent, avons conclu et fiuct marché avec maistre Anthoyne Concom, verrier, bourgeoys de Bourg, à rhabiller les verrières de nostre église de Broui, rompues par grelle et tempeste, k la sorte, mode et condition qui s'ensuyvent, ascavoir : ijue le dict maistre Anthoyne nous doibt faire le pied du verre tout blanc, fournissant verre, plombi et tout ce qui est necessayre, et le rendre pousé aux lieux necessayres, k ses propres coulx ctdespans,pour le pris de troys soubz, monoyede Savoye, le pied.
Item, les dits an et jour, avons convenu et faict marché avec le dit maistre Anthoyne que, quand il ouvrera k journées, il aura cinq soubi de Savoye pour jour. Et quand il fauldra demy jour, Ion lui rabatra demie journée ; et quand il fauldra le tiers, aussy le tiers de la journée ; et ainsi du quart, le quart.
Sensuyt la dépence faicte par moy frère Remy du Dauphiné, à
HISTOIRE. 2â5
On employa à la façon des treillis et grillages 1,319 livres de fer payées à raison de 6 quarts la livre. Le quart représenterait aujourd'hui 30 centimes de notre monnaie; l'ouvrier qui les fit se nommait Benoit Fuma, maître serrailler (serrurier) de Bourg. (Documents inédits, — Archives de l'Ain).
cause de fayre rabiller les verrières de nostre église de Brouz
Et premièrement ay livré le xxiii« jour du moys de juillet, pour de roucaille pour mettre es coleurs du Toyrrc, ff. vi.
Plus le xxini^ d'octobre, livré aux dictz maistre Jehan Descousse et Anthoyne Concom , pour xvi panneaux avec leurs arches de voyrre blanc, plombés et a point de pouser, les queulx panneaux et arches les dictz maistres ont faict et fumy le tout néccssayre aux dicts panneaux et arches a leurs propres ceux et dépans, a rayson de troys soubz le pied ; et ce, pour la fenestrc du portai de leglise du costé de la bise, monte en somme a ff. xxxxvii.... vi gros.
Plus, le ni« jour de descembre, livré aux dicts maistres pour XX liens de voyrre blanc et ung de couleur, a rayson de dix soubz de Savoye le lien du blanc, et xviii soubz le lien de couleur, ff. zvii III gros
Plus, ledict jour , livré aux dits maistres pour les couleurs qu'ib ont mis aux dicts voyrrcs, ff. 1 .
Plus, le dict jour, donné à maistre Jehan Descousse pour rabiller les fenestres ou voirres du chœur... ff
Compte fiiict avec le père prieur frère Egide de Notio, frère Augustin, procureur, le viii^ jour de septembre l'an mil cinq cent trente neuf, de ce que je, frère Remy du Dauphiné, ay prins et receu au déposite du couvent, en plusieurs et diverses foys, en présence de ceulx qui sont escriptz au billet qui est au dict déposite, pour faire rabiller les verrières de Fcsglise ; comme il appert icy dessus en la despence faicte à cause des dictes verrières, ascavoir en somme cent et huictante escuz, et deux escuz que me preyta le procureur frère Augustin.
226 ÉGLISK DE BROU.
Parmi les faits mémorables qui se rattachent à Téglise de Brou, il faut placer la visite qu'y fit François l^ en 1541.
Dans le cours des guerres suscitées par la rivalité des maisons de France et d'Autriche, les états du due Charles de Savoie furent eirvoèis par les armées françaises. Cette invasion occupe une place importante dans notre histoire locale. Charles de Savoie s'était trouvé placé entre deux ennemis puissants et irréconciliables: oncle du roi de France, il avait épousé Béatrix de Portugal, soeur d'Isabelle femme de Charles-Quint. Par suite des liens de famille qui l'attachaient à l'un et à l'autre des deux monarques, il avait fait assister toute sa politique dans un système de neutralité et de ménagement; mais la faiblesse relative et la position de ses états ne lui permettaient pas de maintenir et de faire respecter cette neutralité. Son désir de conserver la paix l'entraîna dans une série de démarches ambiguës et contradictoires, qui provoquèrent la défiance de François 1*'. Plusieurs faveurs signalées que lui conféra l'empereur Charles-Quint, notamment la donation faite par ce dernier à la duchesse Béatrix du comté d'Asti, que revendiquait François 1""' comme héritier des Vîsconti, irritèrent ce monarque ; enfin, Tenvoi dn jeune Emmanuel-Philibert en Espagne, pour y être
élevé avec le fite de l'empereur, et les obstacles apportés à uwe entrevue projetée à Nipe eiUre le pape Clément VII, de la famille des Médicis, et le roi de France, entrevue qui avait pour objet de détaoher le pape des intérêts de l'Empire par l'alliance du dauphin avec Catherine de Médicis, nièce du pontife, mirent le comble h la colère du roi qui donna ordre , en 1S36, au comte de Be^ançois, Philippe de Chabot, amiral de France, de s'emps^er des états du duc de Savoie. Au mois de février , les hérauts du roi de France vinrent sommer la ville de Bourg de se rendre, la défiant â feu et à 9ang , si elle refusait de le faire. L'amiml s'empara presque sans coup férir de la Bresse et du Bugey ; il ne trouva d'autre résistance en Savoie que celle que lui opposé*^ rent les montagnards de la Tarantaise. Depuis cette rapide conquête, la Bresse était unie à la couronne de France.
Le 1" jour d'octobre 1541, Frangois 1*' arrivait à Bourg où ses nouveaux sujets lui avaient préparé une réception brillait. Ce grand prince, on le sait, aimait et protégeait les arts ; il ne pouvait quitter cette ville sans avoir vu l'église de Brou. Guillaume Paradina consigné,, dans sa Chronique de Savoie^ le récit de cette visite royale à notre monument ; p, « Je me souviens aussi, dit ce chroniqueur, avoir veu
228 ÉGUSE DE BROU.
descendre le feu roy François, quand il vint à Bourg, qui après avoir veu cette esglise restoit ravy en admiration, disant n'avoir veu ny savoir temple de telle excellence , pour ce qu'il contenoit. Vray est qu'il se print garde (comme il esttoit prince excédant en bon esprit tous les rois de son temps) que ceste pierre blanche, dont est l'esglise bastie, ne seroit de durée à la gelée, pour estre trop rare et tendre. Et s'est trouvé depuis qu'il disoit vray : car long temps après, tombèrent du quarré du clochier aucuns de ses grans bastions ou gargoles , qui conduisent les eaues sur le couvert de l'esglise, du costé des cloistres, chose qui fit grand donunage aubastiment. » La ville fit, pour l'entrée de François 1*", des dépenses considérables, eu égard à la modicité de ses revenus et aux charges dont elle était grevée ; les syndics espéraient obtenir de la libéralité du roi deux choses qui auraient contribué à la prospérité des habitants, d'abord le privilège de fabriquer et de vendre dans toute l'étendue du royaume des étoffes de soie; on sait qu'en iASO Louis XI fit venir des ouvriers d'Italie pour exercer à Tours cette industrie qui s'établit à Lyon au conmiencement du XVP siècle; les syndics de Bourg demandèrent donc des privilèges analogues à ceux des villes de Tours et de Lyon En second lieu, ils réclamèrent la sup-
pression de la traite foraine^ institution représentée aujourd'hui par la douane, et qui était d'autant plus préjudiciable aux intérêts des habitants de Bourg qu'elle s'exerçait dans un rayon de moins de quatre lieues. Le roi, qui traitait la Bresse en pays conquis, accepta le présent de la ville et ne répondit pas aux demandes des syndics (1).
(1) Les registres de l'hôtel-de-ville renferment les détails de tous les préparatifs que firent les syndics et les habitants pour recevoir le roi de France. Nous transcrivons les extraits qui nous ont paru propres à satisfaire la curiosité du lecteur.
Le comte de Montrevel, gouverneur de Bresse, donna, dès les premiers jours de septembre, avis aux syndics de Farrivéc du roi.
a Sur quoy a esté dict et délibéré que Ion fasse faire ung palioz (dais) de velors vyolet, semé de fleurs de lys, avec ses franges, le plus honnorablement que faire se porra, pour porter sur le dict seigneur Roy a son entrée, et quincontinent on le mande quérir a Lyon et homme exprès pour ce faire. »
« Item, que les enffiins de lescolle, en blanc vestuz, portent les armes du Roy, eslevées en perches , en allant au devant du dict scig*", notre sire, le Roy. »
« Item, que Ion fasse ung présent au Roy de six belles juments des plus belles que Ion pourra trouver.
« Item, que soyent accoustrez les juments présentables au Roy , de drap bleu semé de fleurs de lys.
(( Item, que Ion fasse des arcz triomphans, csquieulz soyent mys les escussons du Roy.
<( Item, ({ue Ion fasse faire municion de fo3m, paille et avoyne.
« A esté dict et délibéré que les compaignons de la ville, en meilleur ordre et le myeulx accoustrez que faire se porra, aillent au devant, et lenseigne de la ville soyt portée par le secrétaire François Bruchet, et soyent retenus les tabourins, Aires, hauboys et aultres semblables pour le jour de la venue du dict seigneur.
Nous avons vu que les appareils destinés à Técoulement des eausc de la toiture étaient insuffisants
« DK LORftltE A LA YgHtH DU RoY.
« Les enibns, vestus de blanc, portanl les anses do R«y, criant vive le Roy, seront mis devant.
« Gens desglize en bon ordre après.
« Pays MM'* de h jiistice,|rays MM. les syndioqnes^ kova§mjs et habitantz ayant chevaulx, à cheval; et en venant auprès de la porte, les syndicques admys a porter le palioz prendront icelluy et le porteront honorablement.
« Des HT8T0IRES ET ESCRIPTAUt.
<( Cest assavoir que sera mys ung escriptau en lettres dor à la porte par la quelle entrera le Roy, disant : Eccs Rbx tits tibi vshit
MA!f8ITETU8.
« Ung aultre, intitulé Breysse, disant : Specioscs forma prjb filii» HOMiNQii, en un arc triomphant.
« Ung aultre escriptau en ung aultre arc triomphant, intitule France, disant : Dilectus mihi est ille qui pascitcr intbr Lilia.
'( Item, ung épitaphe composé par mons^ le recteur de lescoUc en ung huytain, au devant de son logis, du quel la teneur est telle : (( Franc cueur royal, prince prudent et fort, « Magnanime, a tous donnant confort, n Viril pris dhonneur, seul de justice père, « Auteur de paix, d'union et d*accord, « Soys a ton peuple de Bourg miscricord, <c En le gardant de mal et vitupère.
« Pour luy te fait obéissance entière; « Très chrétien Roy, d'icelluy sois record ! « Item, au devant de la mayson de la ville sera mise la pucellc bien accoustrée, jcctant vin.
« Item, et auprès une fonteyne jectant les quatre élémens, assavoir : Feu, eau, terre et aer.
« Item, en la plaee de Laie, du costé du logis du Roy, sera planté uog arc de triumphe auquel seront mys les armes du Roy, de la Royne, du Dauphin et de monseigr d'Orléans.
(( Item, que ion fasse requeste pour obtenir licence du Roy de pouvoir faire en ccste ville draps de soyc et tempturcs, pour iceulx ven-
HISTOIHE. 231
OU en man vais état. En 1548, arriva à Brou Jean de Cormaillon, gentilhomme attaché à la maison de la reine de Hongrie, sœur de Cbarles-Quint et gouvernante des Pays-Bas depuis la mort de Marguerite d' Autriche. Ce Jean de Gormaillon, dont nous avons inséré dans nos Documents plusieurs lettres adressées aux religieux de Brou, avait reçu la mission de venir sur les lieux activer les ouvrages qui restaient à faire. La correspondance des exécuteurs testamentaires de Marguerite d'Autriche avec ces religieux nous apprend que M. de GormaiUon apporta de Flandres le modèle en relief du monument de
dre et trafBqucr, donnant passeport pour tout son royaulme, sans aucun impos, eomme font oeulx de Tiours et daillcurs en son diet royaulme.
«c Item, a esté délibéré que soyent accoustrez six cnfons de la ville, de la livrée d'icelle, lesquieulx mèneront les jumentz par le bridon quand seront présentées au Roy de part la ville ; et ce que costera soit entré par MM. les syndicques en leurs comptes » .
« Est a noter que le jour suyvant, questoit sambedy premier jour doetobre, environ vespres, le Roy nostre sire fist son entrée en ceste ville, et fust porté le palioz par les syndicques, présentées les clés par M. le syndicque Palluat, et faictes les hystoires et es~ criptaux comme dessus a esté délibéré, et furent au devant les enflants, gens desglise, MM. de la justice, syndicques, bourgeois et compaignons de la ville, soubz lenseigne par mons' de Bessey, estant capitaine Guillaume Mouton. »
u Apres ce que hyer premier jour doetobre fut faictlentrée du Roy, le quel a soubjoumé tant seuUement la nuyt passée, et aujottrdfaui de matin sen est allé, tirant contre Montrevel et sainct Trivier. »
« Au quel aussy ont estez présentées les six jumentz accoustreez jouxte les délibérations . n (Registres de l'hôtel-do-ville de Bourg, 1 541 ).
Brou, et se fil accompagner de deux ouvriers flamands, un maçon et un plombier ^ qui remédièrent enfin à l'imperfection des premiers travaux. Ce fut aussi M. de Cormaillon qui donna le prix fait du bénitier en marbre noir que Ton voit, à droite, en entrant dans l'église par le grand portail. Le maître tailleur de pierre qui fut chargé de ce travail était de Bonneville, au pays de Faucigny, et se nommait Nicolas Ducré. Les conventions de ce prix-fait porte que maître Nicolas sera tenu de tailler et copper ung benyU de piet^re de marbre noir, ensemble le pied, jouxte la forme d^ung patron faict et pourtraict en ung folliet de papier ^ réservé la croix du dict benyti; et a esté convenu et accordé que le dict Nicolas Ducré sera tenu de escrypre sur la moleûre du dict benyti les parolles suy vantes^ assavoir: fortiinb