‹ Histoire de l'Eglise de BrouChapitre 13 sur 40 · INFORTUNE FORT UNE · texte numérisé non relu

INFORTUNE FORT UNE

Maître Nicolas Ducré s'engagea à faire ce travail dans l'espace de huit mois et pour le prix de vingt écus d'or. (Voir aux Documents).

L'église de Brou n'eut pas seulement à souffrir des vices de construction et des intempéries; la guerre et les dévastations qu'elle traîne à sa suite lui ont aussi laissé des stygmates ineffaçables.

Emmanuel-Philibert, fils du duc Charles de Sa-

voie, dépossédé par François I^, était entré fort jeune au service de Charles-<2uint. Dès le début de sa carrière militaire, il avait fait preuve de génie et de courage; aussi disait-on de lui que, pour avoir perdu ses iêrres^ il ne conêorvoU que plus de cœur (1). Philippe II, à son avènement au trAne d'Espagne, lui avait confié le gouvernement des Pays-Bas et peu après le commandement d'une armée destinée à agir contre la France. Le lOaoAt 1557, il justifiait sa devise: SpoltaUe arma supersunt^ en remportant sur le connétable de Montmorency la mémorable victoire de St-Quentin. Après cet éclatant succès , il songea plus que jamais à rentrer en possession des états de son père. Il comptait un grand nombre de partisans dans la Bresse; aussi donna-t-il ordre, deux mois après, au baron de Polviliiers, qu'il avait nommé son lieutenant, de lever des troupes et de venir mettre le siège devant Bourg, où des intelligences étaient pratiquées avec plusieurs des principaux habitants.

Le vicomte de Tonnerre exerçait alors, au nom du roi Henri II, les fonctions de gouverneur de Bresse et Bugey , provinces alors réunies au territoire français. Le baron de Digoine-Damas , lieutenant du roi dans ce gouvernement, commandait la place

(1) Brantôme.

234 ÉGLISE DB nou.

de Bourg. Le il octobre, le bruit se répand que le baron de Polvillers était arrivé à TreEfort, suivi de 12,000 hommes tant infanterie que cavalerie, avec l'intenticHi de mettre le siège devant Bourg. Incontinent on se met en mesure de résista* àcette agrès** sîon, et le premier expédient que le baron de K* gome croit devoir user est d'incendier trcns faubourgs, ceux de Brou, de la Halle et de Bonrgmayer, p«r la raison que, placés en ddiors des portes et des fortifications de la viUe, ils pouvment faciliter l'entreprise des assiégeants. Ces trois fauboui^ forent donc réduits en cendres , et de là vient sans doute qu'on ne saurait trouver aujourd'hui dans aucun d'eux une mais(m de oonstructkm savoyarde^ comme on en vœl encore un assez grand nombre dans rintérieur de la ville (1). Après cette équipée,

ii) Du iiége po»é devant cette ville de Bourg.

Icy est 4 noter comme le lundy tinxiesme du présent moys d'octobre mil cinq cent cinquante sept, la plupart des bouigeoys et ha~ bilants de la TÎlle estans encores aux vignes faisans les vins , les Bourguignons, persévérante à leur entreprise d*assieger ceste ville en nombre de douze ou quinze mil hommes tant de pied que de cheval, avec certayne quantité d*artillerie, se vindrent camper a Treffort ; quoy voyant ceulx qui estoient dans la dicte ville, commençarent a mestre le feu es faulbourgs, par sorte et manière que tout le faulbourg de Laiie, jusques oultre la croix Maillivert, le viilaigc de Brou jusques k l'esgUse , tous les peDans et moulins, le laulbouig de fiourgpnayet et jusques à la chapelle sainct Jehan et toutes auttres maysons et granges estaiktz autour de la ville, tant petites que grandes, le tout fuit art et mis en cendre», ianê y rien demoumr fue

IfISTOtRB. 235

le baron de Dîgoine dépêche aux religieux de Brou un commissaii^e nommé Jestn Poignard, avec prière

leê nwraiUea» Puy« le lendemain mardy douziesmc du moys d*ocU). bre, de mad'n, les dicts Bourguignons veinrent poser leur camp au lieu dict de la Sardière pvea de la dieto ville 9 là ont ils demou» rarent dès le dict jour jusques au lendemain matin mescredy quilz se levarent de la et alfarent poser leur campt au lieu de ViUcneufvc la saîDCt Jehn, da covsté de Boiaignaiyel, et ont ib dcnourtrent le diet jour et le jeudy suivant. Durant lequel temps, dung cousté et daullre se donnarent quelques petites escarmouches. Et lors estoit dan» la ville moDuigoeur le bwon de Digoyno, govvameur cl UeiH tenant général pour le Roy es pays de Bresse et Beugey, en labscence du seigneur de la Guyche, avec sa bande de deux enseigner de gens de pied, rarrière ban do Mascoanoys, sept easeigpes de Souysses quil feist demeurer. Et le dict jour, venant sur le tard, arriva en la dicte ville le seigneur de Chosne avec quatre mil gasoetiSf certaymes gens de eheval; au moien do quoy la ville (uat bien renforcée de gens, par sorte que Ion a tenu bon et faict barbe es dictz ennemys contre les quieulx on ne cessoit do cannoner, de sorte quib ne firent semblant aultrement d*approcàer la ville ; mais le dict jour jeudy, quatorziesme du présent moys d'octobre, estant arrivé en la dicte ville monseigneur le duc d*AumaIle en grande diliganoc, soubdainement les dicta Boargnignons ennemys se levarent de la et de faict allarent poser leur dict camp au lieu de Sayzeria en Revcrmont ; là ont ilz demourarent jusqnes le lendemain vondredy tout le jonr, tostani les vîna nouveaulx, et le sambedy suyvant, de bon matin, sans rien faire, se retirarent en Bourgongne, tout ainsy comme itz estoient venuz (loué soit Dieu}. Quoy vouyant les dicta souyases, gascons et aiiUres sen allarent et partirent la dimanche suyvante dix-septiesme. Et fust Ion si tra bien gasconne paitny la ville que rien ny fiut pillé ni êaceagéy sy non ee qu'on né pouvait porter, Pourqnoy je laisse a penser eomme les bourgeoys et habitans de la paovre ville, tant par les amys que ennemys, tant en la ville que dehors, feurent acoustrcz. Je prie a Dieu le créateur qsi hiy plaiae par sa saincie graee noua garder dung tel affaire et de pis , Amen. (Registres de l'hôtel-de-villc de Bourg, 1557).

236 ÉcusE K nou.

ou ordre de remettre à ce demia* tout le ploinb dont ils poayaîeni disposer, attenda que la garnison était dépourvue de balles. Les religieux s'exécutèrent; ils remirent à Poignard neuf quintaux de métal. La garnison était composée en grande partie de soldats gascons, la plupart huguenots. Le hasard voulut qu'un capitaine de ces bandes rapaoes et indisciplinées rencontrât, le jour suivant, un Augustin de Brou dans une rue de la ville. D Faborde avec courtoisie et lui témoigne le désir de visiter Téglise dont il a ouï vanter les merveilles. Le bon religieux s'offre de l'y conduire, et les voilà qui se dirigent ensemble vers le couvent. Chemin faisant, le capitaine fait signe à tous les soldats qu'il rencontre de le suivre. Lorsqu'on fut arrivé à Brou ils étaient près de deux cents. Les portes du monastère étaient étroitement fermées, précaution que les alertes continuelles, au milieu desqueUes on vivait alors, rendaient indispensable. On frappe ; longtemps le portier se refuse à ouvrir ; il le fait enfin, à la demande du religieux qui était venu avec le capitaine. Au même instant les Gascons se précipitent à l'intérieur du monastère, brisent tout ce qui fait obstacle à leur passage ; portes, serrures, fenêtres, meubles volent en éclats; Unge, denrées, vêt^nents, provisions de toute nature, rien n'échappe à leur

déprédation. Ces forcenés montent sur les toits de Téglise et du couvent, rompent et enlèvent tous les chéneaux de plomb qui servaient à l'écoulement des eaux. Un magnifique jeu d'orgue, présent de la princesse Marguerite, est mis en pièces; ils pénè* trent ensuite dans les caves; là, Torgie succède au pillage; après avoir bu, ils défoncent les tonneaux et répandent le vin. Ils s^éloignent enfin , emportant, ainsi qu'il résulte d'une enquête que fi* rent faire les religieux et qui figure au nombre de nos Documents, quarante-sept quintaux de plomb, sans y comprendre les neuf quintaux officieuse^ ment remis au commissaire du baron de Digoine. Cette dévastation déplorable a été la cause des nombreuses dégradations survenues depuis à l'église. Les pluies qui tombèrent en abondance, avant que le mal pût être réparé, sHnfiltrèrent dans les voûtes et les altérèrent à tel point qu'on en a plus d'une fois appréhendé la chute. Dépourvus de ressources, les Augustins de Brou firent, comme nous l'avons dit, constater le dommage et les dégâts que le monument avait éprouvés; ils adressèrent, tant au gouverneur de Bresse qu'au roi de France Henri II, une multitude de supplicpies, dans l'espoir d'obtenir une indemnité pour les pertes qu'ils avaient essuyées durant le siège. Mais le roi de France,

238 ÉGUse K Mior.

prévem ccmlre les habilante de Bourg, qui avaieni châsâé la garnison et tué plusieuiB soldats des troupes royales, voulait faire raser leur vile. Déjà il avait chaigé le duc d'Aumalede celle horrible mission, lorsque M. de Feillois, député au nooi de la ville et de la noMesse de Boui^ parvint à chan^ ger les diq^itions du roi , qui consentit à révoquer les ordres donnés au duc d'Auuiale et accorda le 31 mars i5S8 des lettres de grâce. On conçoit qu'au milieu de pareilles circonstances les demandes des rel^pleux furent sans succès.

Cependant la victoire de St-Quentin avait préparé les voies à une négociation qui aboutit au traité de paix de Cateau-Gambrésis (3 avril 1558). Une des clauses principales de ce traité fut la restitution par le roi de France à Emmanuel-Philibert de tout ce que François P' avait enlevé au duc Charles, son père, ainsi que des conquêtes faites .dans le Piémont par le maréchal de Brissac.

Emmanuel épousa Marguerite de Valois , /sœur du roi Henri H, et la Savoie et la Bresse rentrèrent sous Tautorité de leurs and^is maîtres* Les religieux de Brou obtinrent de la munificence du duc réintégré Texemption de toutes charges ordinaires pour leurs biens d'ancienne fondation et pour ceux mêmes qu'ils pourraient acquérir à l'avenir. Les

HISTOIRE. â89

lettanes^petentes qui leur oonfireal ce prâvilége sont datées de Fossan, le Sft septembre 1S6S. Les ageiite du âae ayant persisté à les iH^Nner aux décûms, ils eurent de novrean recours au duc qui maî»tint leur privilège par de nouvelles lettres-patenles datées d'Âmbronay, le 2S août 15ë4 (i). Quatre

(1) (c Emmanuel Philibert, par la grâce de Dieu due de Savoyc, ChaUays et Aouste, prince et vicsire perpétuel du St-Empire romain, marquis en Italie et prince de Picdnont, comte de Genève et Genevois, Baugé, Montellier et Ast, baron de Vaud et Faucigny, seigneur de Bresse, Vereeil et du marquisat de Srinces ; à nos très chers, bien amez et feaulx conseillers, k» gens tenant nostre chambre des comptes, salut:

« De la part de nos bien amec et devoz oratoilrs les prieurs et relligicux du eouvent de Brou, lez notxe ville de Bour|^ nous a esté exposé que comme jaçoit quils ayent obtenu de nous Icxemption de touttes décimes par nos patentes du troistesme aoustmil cinq cent soixante deux, avec encore plus ample déclaration dicte par noz patentes du 18« may mil cinq cent soixante trois, deument par nous veriffiéc du quinziesmc juin aii dict an.

« Nous requérant quattcndu les notoires et grandes chargea cfne journellement ilz ont et leur survionBent, tant pour le maintien de la somptueuse fabrique de leur eouvent eodesiasiiqne fondé par not très illustres anccstres, qu'aussy pour la grande despenoe de la nourriture de tant de relligieux «i autres dévotes personnes qui journellement abordent au dict lieu.

« Voulant gratifier noz dicts biens amez et devoos relligieux, pour leur donner toigours meilleur cesur de persévérer au service divin et moyen d'entretenir la dicte fabrique et autres charges, avons de notre mouvement, certaine science, pleine puissance et autkorité souveraine, dict, dedaré et ordonné, disons, déclarons et ordannons que ieeuix relligicux Augustins de lesglizc de Brou jouiront paisiblement de la dicte exemption ja a eux coneédéc a la foraïc des dictes lettres, soi pour les biens par eux acquis ou quilz pourroient par cy après acquérir, sans aucune restriction ou limitation,

240 ÉGUSE K BROU.

ans plus tard, il publia en leur faveur de nouvdles lettres par lesquelles il constitua une pension annuelle de cent florins, applicable aux réparations de leur église. Voici les dispositions principales de cette donation:

« Emmanuel Philibert, par la grâce de Dieu, duc de Savoye, Âoust et Genevoys, prince de Piémont,

« Ayant veu que, £Biulte de réparation, Tesglise de Brou, près nostre ville de Bourg en Bresse, sen va en ruyne, et voulant y mettre quelque remède, avons accordé et donné, accordons et donnons par ces présentes, par manière de provision, à noz bien amez orateurs les prieurs et religieulx de la dicte esglise et couvant de Brou la somme de cent florins, monnoye de Savoye, chascune année, pour iceulx

fors qailz seront tenaz le surplus, ou serait de besoin pour leur nourriture ordinaire et aumosnes accoutumées, mettre et employer au maintien de la dicte fabrique, comme de ce ayons en eux nostre confiance.

« Si vous mandons et commandons par ces présentes a tous quil appartiendra que, de noz présentes lettres et ordonnances, fassiez, laissiez et souffiriez les diclz rclligieux présens et advenir pleinement et paisiblement jouir et user, et generallement faire ou permettre estre fait ou donné aucun trouble ou destourbier ; car tel est nostre plaisir, nonobstant vostre dict arrest du huitiesme novembre mil cinq cent soixante trois et toutes clauses à ce contraires, 9UX quelles avons dérogé et dérogeons par ces dictes présentes. Données à Ambronay, le vingt-cinquiesme jour du mois d'aoust lan mil cinq cent soixante quatre. Signé PaiLiBBar, et, plus bas, BoiviN. »

estre employez à la réparation de la dicte esglise et couvent, à la charge qu'ilz appelèrent les juges majes et leurs lieutenants de Bresse pour veoir le besoing de la dicte réparation et rapporteront à iceulx Tattestation comme les dictz deniers seront

estez employez

ce Signé Emmanuel Philibert. »

Dans le dénùment où s'étaient trouvés les religieux, de Brou après le pillage de leur couvent et la dévastation des toitures de leur église, ils avaient substitué aux chéneaux de plomb, enlevés parles Gascons, des conduits en bois revêtus intérieurement de feuilles de fer-blanc ; le bois ne tarda pas à pourrir, le fer-blanc à se corroder, et les eaux s'infiltrèrent de plus en plu? dans la voûte.

Emmanuel-Philibert, ne voulant pas laisser une province aussi riche que la Bresse à la merci de la France qui la convoitait, vint à Bourg en 1569 (1),

(1) Nous trouvons dans les registres de ThôteU de-ville de Bourg de l'année 1569 les détails suivants qui se rapportent an séjour que ce prince fit à Bourg :

« (24 juillet 1569). Les sindieqs ont remontré comme son altesse doibt arriver en la présente ville mcscredy ou jeudi prochain. Le conseil ayant ouy les remonstrances faictes par les sindieqs a délibéré et ordonné que les diets sindieqs, accompagnés des conseillers de céans avec la plus grande partie des notables et plus apparanti de ville , iront au-devant de S. A. à cheval au meilleur équipage que

faire se porra Et en oultre le dici conseil a délibère que si les

pour faire commencer sous ses yeux la citadelle de Bourg, connue sous le nom de fort St-Maurice. Cette citadelle, construite sur le modèle de celle qu'il avait fait élever à Turin en 1566, formait un pentagone régulier.

Ce prince, durant la résidence qu'il fit à Bourg, habita la partie du couvent de Brou connue sous le nom de Logement de la Princesse. Il fallut faire quelques frais pour mettre ce logement à sa convenance, et ces frais, ainsi que nous l'apprennent les registres de la municipalité, furent à la charge de la ville. « Les sindicqs ont remonstre au dict con* seil quilz ont faict quelques fraiz à la dernière venue de son altesse, mesmes à fomir chaulx, briques, areyne (sable), chauz et aultres pour refaction de certaines choses qu'ilz ont faict faire et construire au lieu de Brouz pour la conmiodité de son altesse (1). »

Les syndics et les habitants n'eurent pas lieu de se féliciter de la présence de leur prince; car il voulut les contraindre à fournir chaque jour à leurs frais quarante pionniers pour travailler à la citadelle.

dicts sindicqs trouvent quelques tonneaulx de bon vin exquis, il2 en achepteront pour faire présent, six à son altesse et deux à Monsieur le gouverneur. »

(1) Registres do rhètel-de-villc de Bourg, 1569.

Déjà on leur avait imposé le logement de 150 soldats, plus celui des ingénieurs qui dirigeaient l'exécution des travaux. La ville était d'autant plus accablée parce surcroît de charges que la peste l'avait désolée pendant Tannée 1565 et qu'eUe avait contracté des emprunts considéraMes dont elle n'était pas libérée. Les remontrances et les requêtes des habitants ne furent pas écoutées dans le principe. • M. de Mondragon, gouverneur de la Bresse, alla même jusqu'à faire emprisonner les syndics; enfin, le prince se relâcha un peu de sa sévérité et réduisit à quatorze le nond^re des pioimiers à fidumir par la ville. Enunanuel-Philibert, arrivé à Bourg vers la fin de juillet 1569, en partit au commencement d'octc^re. Les syndics firent, par ses ordres, transporter à leurs frais au port de la Ghanaz les quatre tonneaux de vin qu'ils lui avaient offerts au nom de la ville, et, le 15 octobre, ils entretinrent le Conseil d'une dépense qu'ils avaient faicte pour buyer (lessiver) les linges aymU servi à son altesse (1).

Les Augustins de Brou obtinrent de ce prince , pendant son s^our, deux lettres-patentes datées de Brou, la première du 4 août 1569, et la sec(»ide du 14 septâDobre de la même année ; ces deux lettres ont pour objet de les exempter du don gratuit.

(1) Registres de ThôteUde-ville de Bourg, 1560.

244 ÉGUSB DE BBOT.

Ce fut à la même époqoe qa^îl mutila rinscriptioD tomolaire du seigneur de Cb&teauvieux , que Fou voit dans Téglise de Brou, à droite du jubé ; la qualification de très-haut et très-puissant seigneur, mentionnée dans cette épitapbe, lui parut si présomptueuse que, rayant ces paroles avec la lame de son poignard, il s'écria: « Je ne connais dans mes étals de haut et puissant seigneur que moi. s

Chartes-Emmanuel, qui à l'âge de 18 ans succéda à PhilibertrEnunanuel son père, se montra comme lui animé de dispositions bienveillantes et généreuses envers les Augustins de Brou. Dès son avén«ient à la couronne ducale, il s'empressa de confirmer les donations et exemptions de charges concédées par son père à leur couvent. Nous trouvons sous la date du 22 décembre 1587 une quittance faite par deux maîtres couvreurs de Boui^ , de 532 florins deux sols deux quarts, qui , suivant les termes de l'acte, leur furent payés « pour la tâche a eulx donnée de recofwrir le d-ortuaire^ gallerieSy la chambre et la librairie, ensemble les chambres de son altesse. » Cette somme provenait de la libéralité de Charles-Emmanuel. Les deux maîtres couvreurs, qui furent chargés des réparations dont nous venons de parler, se nommaient Claude Chagniard et Simon Prély ; la quittance notariée qu'ils délivrèrent aux

religieux de Brou contient le détail et le prix des diverses fournitures qu'eDes nécessitèrent :

« Avons employé pour parfaire la dicte tache la « quantité de douze millers et deux centz thioUes « à crochetz a rayson de vingt florins le millier , « en doux à latte jusques à la somme de seize flo- « rins, troys folliers de ferblanc se montant deux ^ florins, et quarante florins douze solz en chaux ; tt et pour Tarayne (sable) qu'avons fait tirer, deux « florins (1). »

La toiture du couvent ne fut pas plus tôt réparée qu'il fallut s'occuper des restaurations indispensables à faire au clocher. Nouvelles suppliques de la part des religieux, adressées cette fois à l'infante Catherine, épouse de Charles-EnunanueL Outre les altérations notables que l'infiltration des eaux avait fait subir aux voûtes de Téglise, voilà que le clocher, construit en mauvais matériaux, menaçait de tomber sur l'église. Il fallait à tout prix conjurer ce malheur auquel la duchesse de Savoie ne resta pas indifférente. Nous avons la lettre qu'elle écrivit à son trésorier-général de là les monts, noble Emmanuel Dian, auquel elle prescrit de compter 400 écus aux religieux de Brou, pour les aider à faire cette urgente réparation.

(1) Archives de l'Ain.

2i6 ÉGLISE DE BROU.

a Ayant été advertye, écrit-elle, que le clocher et couvert de l'église de Notre-Dame de Brou va en ruyne, et même que le dict clocher va peu à peu tombant sur le couvert de la dicte église, en façon que si promptement il n'y est pourveu et remédié il s'en ira en peu de temps en entière ruyne, chose qui nous redonderoit à beaucoup d'éclat, tant pour la mémoire de la princesse qui a faict bastir la dicte église que aussy le debvoir qui nous oblige à la conserver et entretenir. Â cette cause, de nostre propre mouvement^ et pour dignes respects à ce nous mouvants , vous mandons et commandons que de quelconques deniers de vostre recepte, soit ordinaire ou extraordinaire, vous aïez à payer aux prieur et religieux du dict Brou la somme de quatre cens esGuz de soixante scdz Savoye, pour les employer aux réparations nécessaires à la dicte église et clocher selon qu'il sera advisé par eulx

<c Donné à Turin le 20* mars mil cinq cent nonante-quatre.

ce Signé La Infanta Dona Gatalina (!).)>

Les 400 écus donnés par la duchesse de Savoie furent employés aux réparations les plus pressantes; mais les dégradations se manifestaient de toute

(1) Archives do l'Ain,

part. Charles*Emmanuel accorda, en 1598, une somme de 1,500 écus pour y remédier. Il est à remarquer qu'il confia au surintendant des fortifications la charge de faire exécuter les réparations et de disposer des fonds qu'il y avait destinés. Nous ne mentionnerons point les lettres-patentes qu'il publia à cet effet, attendu que les difficultés qui survinrent entre Henri lY et Charles-Emmanuel amenèrent bientôt la cession définitive de la Bresse à la couronne de France; ce qui annula la donation de 1,500 écus faite par le duc de Savoie.

Cependant la détérioration du clocher, de TégUse et du couvent augmentait d'une manière effrayante. Les religieux s'adressèrent à Hemî FV qui prescrivit une visite et reconnaissance des travaux à faire. Les experts chargés de ce travail estimèrent que les réparations essentielles coûteraient au moins dix mille livres tournois. Henri IV fit compter aux moines 300 écus et ne répondit plus depuis à aucune de leurs suppliques. Aussitôt après sa mort , les religieux implorent en ces termes l'assistance de Louis XIII :

« Sire, « Les prieur et religieux du couvent de Nostre- Dame de Brou, près la ville de Bourg en Bresse, de Tordre de St- Augustin de la congrégation de Lom-

bardie, remontrent très-humblement à vostre majesté comme le bastiment du dict couvent, qui est le plus auguste et remarquable de la France, s'en va du tout en ruyne à faulte d'y estre faict les réparations nécessaires, ainsy qu'il appert par la visite et procèsverbal qu'en a esté faict par le s' président de Granet, assisté du procureur de vostre majesté au présidial du dict Bresse; mesme S. A. de Savoye lorsque le païs luy appartenoit, avoit jà octroyé pour les dictes réparations la sonune de quinze centz escuz payables par le receveur des tailles du dict païs, ainsy qu'est justifié par le mandement cy-joint, laquelle sonune n'auroit esté fournie depuis, à cause de la réunion du dict païs à la France bientost après survenue ; c'est pourquoy ils supplient très-humblement vostre majesté vouloir par vostre bonté et piété accoustumée, en considération de ce que ledit couvent est de fondation royale, dans lequel est ensépulturée trèsillustre princesse dame Marguerite de Bourbon, ordonner que les dites réparations seront faites suivant et conformément à la dicte visite, elles deniers y nécessaires fournis par le receveur des tailles du dict pays et des plus clairs deniers de sa recepte de l'année présente, et les suppliants continueront leurs prières pour le salut et prospérité de vostre majesté.

(c Signé: Fra Angelo Gemizio de la Morra, « Priore di deffo convenio (1), »

(tj Archives de l'Ain.

Cette requête, simple en apparence, ne manquait pas d'adresse et d'habileté.

Quoique nominativement adressée à Louis XIII, c'était la régente Marie de Médicis qui devait la lire et statuer sur le fond. Or, personne n'ignorait alors, et les moines moins que les autres, que les faiblesses de Henri IV à l'endroit de ses maîtresses avaient excité au plus haut point la jalousie et l'aversion de la reine; aussi la requête ne fait-elle nulle mention du roi défunt. La réunion de la Bresse au royaume de France a fait perdre aux Âugustins 1,S00 écus qui leur avaient été promis par le duc de Savoie; s'ils ne disent pas cela ouvertement, ils le donnent clairement à entendre. La politique française est hostile à l'Autriche ; les moines se donnent garde de parler de la fondatrice de Brou, fille d'empereur ; mais ils ne manquent pas de mettre en relief un fait qui est tout de saison à savoir que « très-illustre princesse dame Marguerite de Bourbon est ensépulturée dans leur église. » Enfin, comme ils savent par expérience qu'il faut demander beaucoup pour obtenir quelque chose, ils n'hésitent pas à demander que toutes les réparations de leur éghse et de leur couvent soient faites au moyen des plus clairs deniers de la recepte du receveur des failles de Bresse. R. Angelo de la Morra, prieur

de Brou, fit le voyage de Paris et présenta lui-même cette requête à Marie de Médicis qui la renvoya à l'examen du (Conseil d'état.

Le Conseil, avant de formuler un avis, fit dresser sous la présidence de Pierre de Granet, sieur de Costiglioles, lieutenant civil et criminel au bailliage de Bresse, le devis des réparations et des dépenses. Quatre experts, deux maîtres maçons et deux maîtres charpentiers furent désignés à cet effet.

Ce fut le 28 février qu'eut lieu l'inspection des bâtiments et que se fit l'estimation de la dépense. Acte authentique fut dressé du tout; nous avons sous les yeux cette pièce dans laquelle les experts déclarent que le clocher est sur le point de tomber, (( ce qu'advenant ruineroit entièrement la dicte esi< glise et le dict couvent, qui seroit un bien grand « dommage, attendu que la dicte esglise et couvent w de Brou est le plus somptueux, auguste et remar- (( quable bastiment de la France, veoir de l'Europe ; « ont bien veu et recogneu que le dict clocher a « besoing promptement d'estre réparé sans plus lon- « gue retardation et d'y estre refaict tous les fenes- « trages, de pierre dure, et les corniches, depuis « les cloches jusqu'à la gallerie dessus; pour la ré- « fection de quoy, compris tous matériaux, estiment « et sont d'advis que ce qu'il y fauldra employer

HISTOIRB. 25i

<K ooustera bien six mil livres pour le moins, atten- « du la grandeur du dict ouvrage.

« Le grand portail à l'entrée de Tesglise du costé a de la dicte ville de Bourg a bien besoing d'estre « refaict en partie, oomme aussy le grand portail ce du costé de bize appelé St-Augustin avec cinq (c augives ; et l'autre portail appelé Ste-Monique, du « costé du vent, a aussy besoing de refaire avecq fx les augives.

« De plus ont recogneu cinq augives qui ont bef( soing d'estre refaictes en la dicte esglise du costé « du couvent et petit cloistre, et qu'au grand clois- « Ire il y a quatre pilliers à raccoustrer (1). »

Suivent plusieurs autres détails qu'il serait trop long d'énumérer ici; bornons-nous à dire que l'évaluation des travaux de maçonnerie seulement montait à 9,448 livres.

Les mâitrœ charpentiers, à leur tour, visitent scrupuleusement toutes les parties de l'élise et du couvent; ils estiment la dépense à faire pour les réparations urgentes et indispensables à i ,240 livres ; ces deux sommes réunies formaient le total de 10,688 livres.

Le roi de France, après avoir pris communication de l'acte de visite dont nous venons de reproduire

(1) Archives de l'Ain.

la substance et l'analyse, accorde aux religieux de Brou 1,500 livres tournois (1). Ce n'était pas m^e la septième partie de la somme présumée nécessaire. Les Âugustins se mettent nonobstant en mesure de commencer les travaux auxquels sont employées les années 1613 et 1614. Ils réunissent toutes leurs ressources, empruntent, font de fréquents appels à la charité publique, et parviennent, à force d'activité, de patience et de privations, à assurer, du moins provisoirement, la conservation de l'édifice.

Le prix fait de la réparation du clocher fut donné à maître Oddot Mayre, qualifié dans l'acte de maistre Tnasson et architecte^ habitant de la ville de Dole, au comté de Bourgoingne. Le compte de la dépense, rédigé en italien par le prieur du couvent , Angelo de la Morra , nous apprend que la main-d'œuvre coûta 1106 livres. La pierre dont on se servit pour refaire les fenêtres du clocher fut tirée de Ramasse (2), bien que, dans le procès-verbal

(1) Ânno a partu virgineo sexccntesimo duodccimo ultra millesiinum , christianissimus et illustrissimus Ludovicus XIU , Galliarum Navarneque rex potentissimus , quingentas supra mille , pro restauranda turre tympanaria ruinam iDgentem minitante, libras turonenses dedlt munificus {Liber recordatùmum et b'enefcuiiorum. Archives de TAin].

(2) Dato per la conduta dellc piètre che si sono fate portare dalla niontagua di Ramasse e per tutto quello che sia intrato nelle Hnestre de! campanile, ff. 202. {Mss. Archives de l'Ain).

de visite et de reconnaissance , il fùt formellement expliqué que c'était en pierre dure que cette réparation devait être faite. Nous aurons occasion de remarquer bientôt que, pour n'avoir pas observé cette prescription, la ruine et les dégradations du clocher ne tardèrent pas à se reproduire plus menaçantes qu'auparavant.

Dans l'intérieur du second cloître du couvent, à l'angle sud-est, au-dessus d'une porte, on voit une pierre mutilée, sur laqueUe sont gravés en caractères romains les restes d'une inscription destinée à rappeler le souvenir des réparations importantes faites au clocher de Brou, en 1614, par les Augustins de Lombardie. Nous avons cherché, à l'aide des documents dont nous venons de reproduire les prinripaux détails, à rétablir cette inscription, en suppléant aux mots qui ont disparu.

Nous mettons en regard les caractères que porte la pierre, et le complément proposé :

, .ini 1614 fenestras huius Anno Domini 1614 fcnestras hujus

. .s et alias superiorcs Campanilis inferiores et alias superiores

, . dem magnam niinam Ac totiusdem magnam niinam,

.us P. Ângelus de. . . Rcverendiis pater Angélus de la Morra,

. .or presentis conuen. . . Prior praesentis conuentus, fecit

. rari et ad pristinam Reparan et ad pristinam

. ravit formam Restaurarit formam.

. us de Dola faber murari Oddo Mayrus de Dola, faber murarius,

.ectus fîiit huius inst. . . Prefectus fuit huius instaurationis

. pert. . . s. . . Impertitae sibi.

Enfin, le 6 mars 1615, le prix fait fut donné à maître Amand Besson, maître maçon et bourgeois de Bourg, « pour refaire à neuf ung pillier des ar- « cades du premier cloistre du couvent du dict « Brouz, qui est le second du costé du matin à l'en- « droit de la sacristie (1), ensemble Tengive du dict (c pillier, et de raccommoder deux autres engives et « deux autres arcades du dict cloistre du costé du ce soir, le dict pillier de mesme fasson et molleure « qu'il avoit esté basti et construit et comme les ce autres du dict cloistre , et la dicte engive de (c pierre dure du fond jusques au-dessus, conmie a aussy la pierre dessoubs des autres deux et la « couverture de toutes troys.

a C'est moyennant le prix convenu de cent quatre a livres toumoises (2).»

Les efforts et les sacrifices des Augustins de Lombardie ne parvinrent pas à arrêter les ruines et la dégradation qui s'opéraient insensiblement dans toutes les parties de l'édifice. Les ressources leur

(1) On voit sur ce pilier l'inscription suivante :

ANNO DOHINI 1615 RESTAURATA FUIT HifiC COLUMNA DIE VII DËCEMBRIS M. A. B. (Magister AmandusBessou).

(2) Archives de l'Ain.

manquèrent pour aborder les réparations essentielles, celles de la toiture et des conduits pour les eaux. Bientôt leur zèle pour la conservation d'une ^lise et d'un monastère dont les décombres s'accumulaient chaque jour sous leurs yeux se refroidit; ils se laissèrent aller au découragement et à Tinsouciance. Le relâchement pénétra dans leur communauté, et, vers le milieu du XVIP siècle, ils avaient cessé d'exhaler ce parfum A^ antique œnachorUme que Paradin avait respiré cent ans auparavant. Ils s'étaient mis en quête d'acquéreurs et de successeurs pour le monastère de Brou et les biens qui en dépendaient. Déjà ils étaient entrés ouvertement en négociation pour cet objet, d'une part avec les religieux de St-Antoine de Bourg, de l'autre avec les grands Âugustins de Béziers.

U y avait alors, dans le Dauphiné, une congrégation française d' Augustins déchaussés, qui aspirait à la succession des Augustins chaussés de Brou. Ces religieux avaient à la cour de Turin de puissants protecteurs , et de ce nombre était le marquis de Piannezza, premier ministre de S. A. Charles-Emmanuel IL Ils lui firent part secrètement du désir qu'ils avaient d'entrer en possession de Brou, exposèrent l'état déplorable dans lequel se trouvaient l'église et le monastère, et prirent l'engagement de

256 ÉGUSE DE BROU.

faire à leurs frais toutes les réparations nécessaires à l'église et au couvent, s'ils en obtenaient la possession. Le marquis de Pianezza informa le duc de ces propositions, appuya la demande des Augustins déchaussés de tout son pouvoir et obtint en leur faveur des lettres-patentes, datées du 6 août 16S7, portant que les Augustins déchaussés de la congrégation de France seront préférés à tous les autres, et quil leur fait donation en cas de heêoing^ du couvent de St-Nicolas de Tolentin et de toutes ses dépendances et appartenances quelconques. Cette déclaration émanée du duc de Savoie contraignit les Augustins Lombards à traiter avec ceux de France; ils signèrent, en effet, le 29 août 4658, une transaction faite au château de Pianezza en Piémont, dont nous reproduisons ici les dispositions principales que nous avons traduites de l'acte original rédigé en langue italienne :

l"" Les Pères Augustins déchaussés offrent aux Augustins deLombardie 18,000 livres tournois pour la remise qui leur sera faite par ces derniers de l'église, du couvent, des meubles, ustensiles, rentes, biens, et en un mot pour tout ce qui dépend du couvent de Brou ; réservé seulement que l'argenterie de l'église et de la sacristie sera partagée par égale portion entre les deux congrégations.

¥ Les PP. Augustins déchaussés s'obligent à payer comptant, en la ville de Turin, la moitié de la somime de 18,000 livres tournois, le jour même de leur èçtrée en possession du couvent de Brou. L'autre moitié sera payable dans le terme de deux années, à partir de Tépoque du premier paiement, en tenant compte de rintérèt de ladite somme, à raison de cinq pour cent Tan. De plus , ils fourniront une caution bonne et valable pour la garantie du principal et de l'intérêt de ladite somme.

3"" Ceux des Augustins de Lombardie qui, lors de la mise en possession des Augustins déchaussés, voudront rester au couvent de Brou, en auront la faculté, et leur nourriture et vêtement sera à la charge des titulaires. Ils auront de plus voix active et passive dans toutes les délibérations capitulaires.

4"* Toutes les démarches, provisions, expéditions et autres frais tendant à obtenir la ratification des cours de Rome et de Savoie pour le présent traité, demeureront à la charge de la congrégation de France (1).

Ce traité fut signé par les représentants des deux congrégations.

Le consentement donné par les Augustiûs de Lombardie aux conventions qui précèdent ne fut

(1) Archives de TAin.

258 ÈGUSE DE BBOU.

pas volontaire; s'ils cédèrent à une influence supérieure et irré^tible, ce ne fut pas sans réclamations. Les registres du bailliage de Bresse nous apprennent que le père Chambaid, prieur des Augustins de Lombardie, se transporta à Lyon « oo « les cours de France et de Savoye estoient jointes, ce et alla, accompagné de trois religieux, solliciter u de M. le marquis de Pianezza, premier ministre '( d'estat de Savoye, de vouloir par soa autorité faire V révoquer la donation du duc de Savoye ; il lui fut i< répondu que la volonté de son altesse n'estoit pas c( sujette à variation et qu'il ne falioit point attendre cf de révocation (1).

Cette démarche ayant échoué, le père Chambard fit une seconde tentative pour obtenir l'annulation de ce traité; elle n'eut pas plus de succès que la première. Alors les Lombards formulèrent une protestation contre tout ce qui s'était passé , arguant qu'ils n'avaient pu agir librement dans cette suaire et que le consentementqu'ils avaient donné au traité leur avait été extorqué par la violence. Le supérieur général de la congrégation de Lombardie , auquel les Augustins de Brou adressèrent leur protestation, prit fait et cause pour ses subordonnés ; mais Christine de France, duchesse douairière de Savoie et

(1) Archives de l'Ain.

mère du duc régnant Charles-Emmanuel, écrivit à Louis XIV ce qui suit :

« Monsieur monnepveu,

ce Le mauvais estât où se trouve réduit le couvent de Brouy situé auprès de Bourg en Bresse, par la négligence des PP. Augustins de la congrégation de Lombardie, à qui cette maison religieuse, qui est de la fondation des sérénissimes ancestres de monsieur mon fils, avait esté remise et confiée pour y faire le service divin et accomplir les charges de Fesglise, suivant Tintention des fondateurs, ayant convié mon fils de transférer cette donation de ce couvent aux dévots religieux ÂugusUns réformés et déchaussés de la congrégation de France , avec l'agrément de V. M. qui a témoigné par ses lettres le désirer, les dits Augustins de la congrégation de Lombardie, qui sçavent la difficulté qulls ont de remettre cette maison dans son premier estât pour les grands firais qu'il faut aux bastimens qui menassent ruine de tous costés et par le grand éloignement de cette maison de toutes les autres de la dite congrégation, ont, par un traité, consenti à la remission du dit couvent, et il ne reste que le consentement d'un de leurs supérieurs, lequel faisant son séjour en Italie et n'estant pas informé du péril qu'il y a de voir ruiner les dits bastiments en différant d'y apporter les remèdes convenables, pousse cette affaire en longueur sans aucun juste fondement. C'est pourquoy M. mon fils et moy, ne voulant pas laisser périr cette maison pour le caprice du dit religieux, nous supplions très-humblement V. M. de faire mettre en possession les dits religieux réformés de la congrégation de France, affin que sous peu de temps ils puissent remédier à la mine des bastimens et accomplir les charges de la fondation, sans préjudice de l'accomplissement du traité qu'ils ont faict avec les Augustin^ de la congrégation de Lombardie, lorsque ceux-cy auront

rapporté la ratification de leur supérieur. C'est ce que je demande instamment à V. M., et qu'elle me face la grâce de croire que je suis avec toute la passion possible, « Monsieur^

« De vostre Majesté^ « Votre trè&-humble et trèê-^béissatUe tante et servante^

a Signé Ghrestienne.

« De Turin, le l«r oetobrc 1658 (1). »

La duchesse douairière écrivit en même temps au cardinal Mazarin et au chancelier Séguier, pour recommander à ces hauts dignitaires la prompte expédition du brevet qu'elle sollicitait du roi de France. Nous ne reproduirons pas le texte de ces lettres, semblables pour le fond à celle que Ton vient de lire. Nous en avons encore une autre de cette princesse, écrite en italien et adressée au marquis de Borgo, ambassadeur du duc de Savoie à Rome, dans laquelle la duchesse lui prescrit d'intervenir auprès du pape pour qu'il ait à faire cesser l'obstination du supérieur des Augustins.

Sous la date du 14 février 1659, Louis XIY mande à M. Charbonnier de Crangeac, lieutenantgénéral au présidial de Bresse, aux syndics de la ville de Bourg, à l'archevêque de Lyon et au comte de Montrevel, lieutenant-général des provinces de Bour-

(I) Archiyes de l'Ain.

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