FORTUNE. INFORTUNE. FORT. UNE
Et celle-là fut la dernière : elle la conserva toujoui^s. Cette légende énigmatique a été l'objet de diverses interprétations qui auraient dû s'évanouir devant le sens que lui donnent deux auteurs contemporains de Marguerite d'Autriche, Corneille Agrippa, son panégyriste , et Gropheus qui, sous les auspices du eomie de Hoochstraten , chevalier d'honneur de la princesse, composa en 1532 Un poème latin à sa louange. Ils n'ont vu l'un et l'autre d'autre sens à cette devise que le résumé de sa vie, jouet de la fortune, et ils expliquent le mot infortune par la trobième personne du présent indicatif du verbe mforfunerj Fortuna infortttnat fortiter unam. — La fortune m/ôr^nc (éprouve, persécute) /br^ une femme (1).
(1) Voici les vei9 de Cornélius Gropheus, que les amis des études latines ne liront pas sans plaisir ; ils portent pour titre : FÀTA VA-
Guichencm ddopte cette version et dit que la princesse avait composé sa devise « pourmonstrer qu'elle
RJjEQUE FORTUNjE CLARISSIMM OPTIM^QUE PRINCIPIS DIV^ MARGARiTjE, etc., etc. ; Comelio Grophœo authore, 1532. (iH**. de 1» bibliothèque royale de La Haye).
Ergo «bi J«in mtgDum longo wl flamneuf orbem Finitset eursu, ex qao Jtin illa accesaertt oras HtfpaMs, itonun ad patrioa Bowtiaaima Snes S« fleetit rediens, logubri «(ualida ealta, Jam Um lieiM btI, mnon jan nobUM, an««a Bit quinoa nata atqoe noTem ; dolclsaima l«to Aoeapit ptausii tedomtflB patria ahicmam. Hcroes duo erant id tempestatia in orba Hoc EaTop«o,.tion tantam lare Jurais Sed forma cunctis v el pne mortalibas uni inaiKtte*, totl <|««d«m mine«l« wooéo, Ambo dacea per quam Ulastres, virtulibus ambo : Alter eonapicao spectaMlia ote nilippna, Margarita illa bonna frater, dux Ula Philippus ; Aller Sabandia princeps Phillbertus tn oiia. Unie, ut bia denoa atqna unam Margaria annam Tandem ageret, noTa nupta novo eat adjnneta mariio, Pnlcbro iUt polcbra Ula duci, formoaa virago Varmoao h«rfl. Ardebant cancaidia »tro Peotora conaenan. Sed nil eat, prob dolor ! ben nil Est atabile bnmania in rebua ! tantoa amoruro Alltatm ModieoAiiravll tenpora; nanqua Vil ter triticeam Tidemnt borrea messem, En moriMr niflilo mlaera dileetaa aâmra nie beioa, charamque uUa sine proie maritam tMerlt, et Tidno ntraas itaiaemda enbfli Illa manet, multo infelix confecta delore.
Porro «bi se toties delalam eemit, ubi atram
Fortanam tolies tandem est experte, jagalis
fn tfaalaBi veboa, ter Jan apoUaU mariio,
Cnm ne quinqne qnidem tetigiaact loatra, virent i
Integra arihoe «uia M pvolibua apla ereandia»
Tali se deinceps nolens eommittere sorti,
UonatitttH reliqium aocio aine «onjnge Titam
Degere, more olim gemebonda turturis, atque [ |
Fortunam inenaana, iatboc adversna camdam
Elogio semper, gallia aad rocibns, nsa eat :
Foaria Fortvka i.vonivMAT fortitrr v!<am
60 MARGUERITE d'àUTRICHE.
avoit esté fort persécutée de la fortune, ayant esté répudiée par Charles VIII et perdu le prince de Castille et le duc de Savoye, ses deux marys. C'est, ^joute-t-il, le vray sens de cette devise, quoique Ton y ayt voulu donner une autre interprétation, en disant : Fortune, Infortune, Fortune ;
a Fortune d'avoir esté fiancée à un roy de France, infortune d'avoir esté répudiée par luy, et fortune d'avoir épousé un duc de Savoye ; mais cette explication ne convient pas à la devise. »
En effet, elle ne saurait être admissible; car elle suppose la devise composée de trois mots seulement, tandis qu'elle est visiblement, sur le marbre, composée de quatre :