‹ Histoire de l'église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennesChapitre 34 sur 90 · I.XX1X · texte numérisé non relu

I.XX1X

notre plan de donner ici une grammaire détaillée de celte langue, mais comme elle est absolument inconnue en Europe, quelques explications pourront intéresser tous les lecteurs par la nouveauté du sujet, et n’être pas inutiles aux savants de profession.

On verra, dans le cours de notre histoire, que les missionnaires se sont livrés avec ardeur à l’étude du coréen. Mgr Daveluy avait travaillé longtemps à un dictionnaire chinois-coréen-français ; M. Pourthié en avait composé un autre coréen-chinoislatin ; M. Petitnicolas avait fait le dictionnaire latin-coréen qui comprenait plus de trente mille mots latins et près de cent mille mots coréens. Ces divers dictionnaires, ainsi qu’une grammaire composée en commun, étaient achevés, et on travaillait au collège à les copier, afin de conserver dans la mission un exemplaire de chacun, pendant qu’un autre serait envoyé en France pour y être imprimé, lorsque éclata la persécution de 1806. Tout fut saisi et livré aux flammes. Depuis lors, Mgr Ridel, vicaire apostolique de Corée, et ses nouveaux confrères ont refait, en partie, le travail des martyrs leurs prédécesseurs, et préparé, à l'aide de quelques chrétiens indigènes très-instruits, une grammaire et un dictionnaire de la langue coréenne. Ces ouvrages seront publiés prochainement, si les circonstances le permettent.

§. \. — Lettres, écriture, prononciation.

Lettres. — On voit dans le tableau ci-joint (planche II) que l’alphabet coréen se compose de vingt-cinq lettres : onze voyelles et quatorze consonnes.

Des onze voyelles, sept sont simples : a, o, o. ou, eu, i, a ; les quatre autres sont mouillées, c’est-à-dire précédées du son t, lequel se prononce avec la voyelle suivante d’une seule émission de voix : ta, iô, io, iou. Cette modification de son s’indique dans l’écriture en redoublant le signe caractéristique de la voyelle.

Il y a neuf consonnes simples : k, n, t, l, m, p, s, ng, ts, et cinq aspirées : tch , kh, th , ph , h. — Les quatre consonnes /,-, t, s , p , sont quelquefois doublées pour indiquer un son plus sec, plus incisif que celui de la consonne simple.

La composition et la. valeur des diphthongues est indiquée dans le tableau. Nous remarquerons seulement qu’en coréen le son de é (fermé) ou è (ouvert) ne peut s’écrire que par une diphthongue.

Toutes les voyelles ou diphthongues peuvent commencer ou finir une syllabe. Toutes les consonnes, excepté ng, peuvent

ôgalenient commencer une syllabe, mais les huit premières seulement peuvent la terminer, c’est-à-dire que jamais une syllabe ou un mot ne peut finir par ts ou par l’une des lettres aspirées.

Les sons qui manquent en coréen sont : pour les voyelles, I’m français, quoique le son d’une des diplithongues s’en rapproche un peu; pour les consonnes : b, g dur, f, v, j, ch, d , z. Quelquefois k prend le son de g dur, m et p prennent le son de b, mais les Coréens ne peuvent pas prononcer les autres lettres. De même, quoiqu’ils prononcent très-bien r entre deux voyelles , ils ne peuvent prononcer cette lettre, ni au commencement d’un mot, ni quand elle est jointe immédiatement à une autre consonne : pour pra, Ira, etc., ils seront obligés de dire pira, tira.

Écriture. — Les lettres coréennes, comme celles de toutes les langues, ont deux formes : la forme ordinaire que nous avons donnée dans le tableau (pl. II), et qui sert pour les livres imprimés (pl. 111), et la forme cursive ou celle de l’écriture courante (pl. IV). Les livres imprimés étant d’abord écrits à la main, avant d’être décalqués sur une planche, il n’est pas rare d’y rencontrer certaines lettres qui s’éloignent de la première forme et se rapprochent de la seconde.

Chaque ligne s’écrit de haut en bas, syllabe sur syllabe, en colonne perpendiculaire. On commence à droite de la page. La pagination se compte également de droite à gauche, de sorte que la fin d’un livre coréen se trouve là où est pour nous le commencement. Quand une syllabe commence par une voyelle, cette voyelle initiale est toujours précédée du signe o. Les n oyelles de forme verticale se placent sur la même ligne, à droite des consonnes qui les précèdent ; les voyelles de forme horizontale se placent dessous (pl. II). Ainsi on écrira ka, kiô , o {ko), ,ou( kiou ). Si la syllabe se termine par une consonne, cette consonne s'écrit toujours au dessous de la voyelle précédente: % (ap) kk {kak), ** {pat)...

— Le coréen pourrait aussi s’écrire sur une ligne horizontale, de droite à gauche, syllabe par syllabe, comme on le voit, planche I, pour les mots coréens de deux syllabes. Mais ce système n’est jamais employé dans un livre purement coréen. Les missionnaires et les chrétiens, pour correspondre entre eux avec sécurité, s’écrivent en lignes horizontales. Lors même que leurs lettres seraient interceptées, les païens, habitués à lire de haut en bas, n’v verraient qu’une succession de syllabes incohérentes.

Il n’y a pas, en coréen, de signes de ponctuation : virgule, point, deux-points, etc... nous verrons plus loin comment on y supplée.

Le signe abréviatif (pl. II) indique qu’il faut répéter la

syllabe superposée. S’il est écrit deux ou trois fois, c’est qu'il faut répéter les deux ou les trois syllabes précédentes.

Certaines lois euphoniques font modifier le son de telle ou telle finale devant telle ou telle initiale. Le plus souvent on n’écrit pas ces changements. Quelquefois cependant ils passent dans l’écriture. Par exemple: l finale se trouvant presque toujours élidée, dans la prononciation, devant une consonne initiale, il n’est pas rare qu’on se permette de la supprimer en écrivant.

Prononciation. — Nulle règle écrite ne peut enseigner la prononciation exacte d’une langue étrangère. Cet axiome est vrai surtout pour la langue coréenne, à cause des voyelles indéterminées ô, eu , et, qui représentent toutes les nuances de son, depuis notre emuet, en passant par eu fermé (comme dans peu), par eu ouvert (comme dans peur), jusqu’à l’o ouvert (comme dans or). Ces voyelles se prennent aisément, en certains cas, l’une pour l’autre, et les Coréens eux-mêmes s’y trompent.

Il y a des voyelles et des diphthongues brèves et longues. L'usage seul peut les faire reconnaître, car aucun signe particulier ne les distingue dans l’écriture.

La consonne tj ou ts a été quelquefois traduite par dj ou tch. En fait, elle a une valeur mitoyenne entre ces diverses prononciations, et ne peut être représentée exactement par aucune.

Les consonnes désignées dans le tableau sous le nom d’aspirées devraient plutôt s’appeler expirées. Le terme adéquat serait : consonnes crachées, car le son que produit un gosier coréen en les prononçant ressemble à celui de l’expectoration.

Pour plus de détails, voir la planche IL

§ 2. — Grammaire (parties du discours).

Noms, déclinaisons. — 11 y a en coréen un très-grand nombre de substantifs monosyllabiques. Exemple : kho, nez ; ip, bouche ; noun, œil ; ni, dent ; moun, porte ; kat, chapeau ; piôk, mur, etc. La plupart sont de deux syllabes. Exemples : sarâm, homme ; nima, front ; sdtjd, lion ; kitong, colonne, etc. — Ceux de trois syllabes et plus sont presque toujours des noms composés.

Les mots chinois abondent dans la langue coréenne. Le peuple des campagnes s’en sert assez peu, mais les savants, les habitants des villes et surtout ceux de la capitale, les emploient avec profusion. Ces mots suivent les règles ordinaires de la grammaire coréenne.

Les substantifs n’ont pas de genre. On indique la différence

T. I. — L’ÉGLISE DE CORÉE. f

des sexes par des noms différents ; ou bien on met les mots : siou, mâle ; am, femelle, devant le nom de l’espèce. Les petits des animaux se désignent, suivant l’espèce, parles mots sakki, atji , etc., ajoutés au nom ordinaire.

Les noms de métiers, professions, etc. , se forment avec la particule koun qui correspond à la terminaison latine ator. Ex. : il, ouvrage, il-koun, ouvrier; namou , bois ; namou-koun, bûcheron ; tjim , faix, tjim-koun , portefaix ; norom, jeu, norom-koun, joueur.

Le coréen étant une des langues qu’on nomme agglutinatives pour les distinguer des langues à flexions, n’a qu’une seule déclinaison. Elle est formée de neuf cas, ou, si l’on veut, de dix. En effet, par une particularité assez bizarre, le nominatif a une terminaison spéciale qui le distingue du nom pur et simple. Voici les terminaisons des différents cas :

Nominatif :

le, la, quidam.

Instrumental :

ro.

par, quo , quâ.

Génitif :

eüè.

de, du, de la.

Datif :

èkë.

à, au, à la.

Accusatif :

eul ,

le, la.

Vocatif :

Locatif :

en, sur, in, ubi.

Ablatif :

ésiô,

de, ex, ab , unde.

Déterminatif :

eun ,

quant à.

Ces divers cas s'ajoutent au radical suivante :

du nom de la manière

Lorsque le nom se termine par une vovelle, on insère avant la

terminaison de

l’accusatif, la lettre eu

phonique r ; avant celle

du vocatif, la lettre i ; avant celle du déterminatif, la lettre n , et

ce dernier cas s’écrit alors nân au lieu étant presque identiques. Ex. :

sio,

de neun , les deux sons bœuf.

Nominatif :

sio-i ,

le bœuf.

Instrumental :

sio-i'o.

par le bœuf.

Génitif :

sio -eue.

du bœuf.

Datif :

sio-èkè,

au bœuf.

Accusatif :

sio-(r)-eul,

le bœuf.

Vocatif :

sio-{i)-a.

ô bœuf.

Locatif :

sio-é.

dans, sur le bœuf.

Ablatif :

sio -ésiô,

tlu bœuf.

Déterminatif :

sio-{n)-an ,

quant au bœuf.

Nota. — 1° Si la

voyelle (male est / ou l'une des diplithongues formées

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