LXXXVIII
pâtir, dormir, sont des verbes actifs. Les verbes neutres, qui seraient peut-être mieux nommés verbes qualificatifs ou verbes adjectifs, sont ceux qui expriment une qualité ou une manière d’être : être grand, être beau, etc. . .
Il suit de là que les verbes coréens n’ont pas de voix passive. On y supplée par les divers modes du verbe actif, surtout par les participes relatifs, ou bien par une inversion dans la construction de la phrase.
En revanche, les verbes coréens comptent au moins sept voix différentes. Outre la voix active ou verbe affirmatif, il y a le verbe éventuel, le verbe interrogatif, le verbe négatif, le verbe honorifique, le verbe causatif, le verbe motivant, etc...
Comme plusieurs autres langues de la même famille, le coréen a deux verbes substantifs : jt-ta, qui signifie l’existence pure et simple, et il-ta , qui signifie l’essence, la nature du sujet, it-ta veut dire : exister; il-ta veut dire : être telle chose.
Les verbes composés sont excessivement nombreux. Ils se forment par l’union d’un substantif et d’un verbe, ou de deux verbes ensemble. — Tous les noms peuvent devenir des verbes par l’addition du verbe il-ta, être : homme-être, père-être, etc. ; ou du verbe hâ-ta , faire : travail-faire (travailler), joie-faire (se réjouir), etc. — Quand deux verbes se joignent, le premier est au participe passé verbal, ou gérondif passé, et le second seul se conjugue. C’est de cette manière que la langue coréenne supplée à ces prépositions qui jouent un si grand rôle dans les verbes de nos langues. Ex. : apporter se traduira par les verbes prendre et venir : ayant pris, viens (apporte) ; emporter se construira de la même manière : agant pris, va (emporte).
La conjugaison coréenne est d’une simplicité toute primitive. Il n’y a ni nombres, ni personnes. La même expression signifie : je fais, tu fais, il fait, nous faisons, vous faites, ils font. Si le sens de la phrase ne suffit pas pour indiquer le sujet, on fait précéder le verbe d’un pronom personnel. — Les modes sont : l’indicatif, l’impératif, l’infinitif et les participes. Il n’y a pas de subjonctif ou optatif.
Dans chaque forme du verbe, il faut distinguer trois choses : la racine, le signe du temps, la terminaison. — La racine, ou le radical du verbe, indique purement et simplement l'état ou l’action que signifie le verbe. Elle est par conséquent immuable. — Le signe du temps indique si cet état ou cette action a eu lieu auparavant, a lieu maintenant, ou aura lieu plus tard. — La terminaison marque la différence entre les temps principaux
et les temps secondaires. Elle change ordinairement avec les diverses voix des verbes.
Les radicaux coréens sont de deux espèces : ceux qui rendent aspirée la consonne qui les suit immédiatement, et ceux, beaucoup plus nombreux, qui n’exigent pas cette aspiration. La terminaison de l’infinitif, qui est ta dans ces derniers, devient, dans les premiers, tha. Ex. : hâ-ta , faire ; no-tlia , lâcher.
Les signes de temps n’étant autres que les participes verbaux, il importe, avant tout, de bien déterminer ce que sont ces participes, et de les distinguer des participes relatifs. Dans nos langues, le même mot joue les deux rôles; nous disons : dominant sa colère, il garda le silence, et : l'homme dominant ses passions triomphera. Dans le premier exemple, dominant n’est pas un véritable participe puisqu’il ne participe pas de la nature de l’adjectif, ce serait plutôt une espèce de gérondif. Dans le second cas, dominant joue le rôle d’adjectif, et remplace le verbe avec qui relatif. Or il y a, en coréen, deux formes différentes de participes, pour exprimer ces deux sens différents. Les premiers sont les participes verbaux, et les seconds les véritables participes, ou participes relatifs.
Maintenant, comment se forment les participes verbaux? — Le participe futur se forme en ajoutant au radical la particule kè qui dans les verbes en tha devient khè. Ex. : hâ-ta , faire, hâ-lcé, devant faire ; no-tlia, lâcher, no-khé , devant lâcher. — Le participe passé se forme en ajoutant au radical l'une des voyelles a ou ô. Dans les verbes en tha , cette particule devient ha ou hd Ex. : no-tha, lâcher, no-ha , ayant lâché ; no-tlia , placer, no-hd , ayant placé. Dans les verbes en ta, la voyelle a ou ô se joint au radical soit directement, soit à l’aide d’une lettre euphonique. Ex. : hâ-ta, faire, hâ-io, ayant fait ; tso-ta, boiter, tsd-ro, ayant boité; sin-la, chausser, sin-o, ayant chaussé. Les verbes dont le radical est en a , n’ajoutent rien. Ex. : tsa-ta, dormir, tsa, ayant dormi.
Nola. — Les règles euphoniques à observer dans la formation du participe passé verbal, étant assez compliquées, le dictionnaire, tout en donnant les verbes à l’infinitif, indique toujours ce participe.
Il n'y a pas en coréen de participe verbal du présent. C’est le radical pur et simple qui en tient lieu. En effet, dès lors que la manière d’être ou l’action affirmée par le verbe n’est rapportée ni au passé, ni au futur, elle est, par cela même, au présent habituel. Ce présent suffit pour les verbes neutres, puisqu’ils expriment seulement un état, une manière d’être ; il suffit, par
la même raison, pour les deux verbes substantifs ; aussi tous ces verbes n'ont-ils pas d’autre présent de l’indicatif que l’infinitif lui-même. — Mais ce présent habituel, trop vague, est insuffisant pour les verbes actifs, où il est nécessaire de spécifier plus clairement que Faction a lieu au moment même où l’on parle. Le signe du présent se forme alors de la manière suivante. Dans les verbes en ta : si le radical se termine par une consonne autre que /, on ajoute nân ; s'il se termine par une voyelle, on ajoute seulement n ; s'il se termine par la consonne l , on supprime cette lettre et l’on ajoute n à la voyelle qui reste. Ex. : kkak-ta, tailler, radical avec le signe du présent : kkak-nân; hâ-ta, faire, radical et signe du présent : hân ; phoul-ta, vendre : phoun. Dans les verbes en tha : si le radical est terminé par une voyelle, on ajoute non, et comme il n’y a pas de n aspirée dans l’alphabet coréen, on y supplée en intercalant entre le radical et cette particule la lettre t ; si le radical se termine en /, on ajoute nân , ce qui, suivant les règles de prononciation coréenne, donne l-lân. Ex. : nô-tha , placer, radical et signe du présent : no-f-nân; il-tha, perdre: il-nân (pron. il-lün).
Le troisième élément d’une forme verbale est la terminaison qui, avons-nous dit, sert à distinguer les temps principaux des imparfaits. Les Coréens comptent quatre temps principaux, le présent, le parfait, le futur et le futur passé. Ce dernier se forme en surajoutant le signe du futur au signe du passé. Les temps secondaires, que l'on peut regarder comme les imparfaits des précédents, sont : l'imparfait, le plus-que-parfait, le conditionnel, et le conditionnel passé. Dans le verbe ordinaire (voix affirmative), la terminaison des temps principaux est ta , celle des temps secondaires est tôni. Entre les participes verbaux et ces terminaisons on insère un / euphonique.
Le tableau suivant résume toutes les règles que nous venons de donner et en montre l’application.
hà-ta, faire.
hâ-iô, ayant fait.
hà-ké, devant faire.