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Guillaume prononce ensuite de grandes malédictions contre ceui qui voudraient empêcher l'etTet de cette donation* La plupart des clauses insérées dans cette charte sont évidemment des précautions contre les désordres du temps. Le pieux duc ne voulait pas que sa fondation eût le sort de tant d'autres.
L'acte de donation fut dressé à Bourges * et signé du duc Guillaume , de Madalbert , archevêque de Bourges , d'Adalhard , évêque de Clerraont, et d'un autre évêque nommé Atton. Ingelberge et plusieurs seigneurs y apposèrent leur sceau.
Bemon , premier abbé de Cluni , appartenait à une noble famille du comté de Bourgogne. Ayant embrassé la vie monastique, il fonda de ses biens le monastère de Gigni , au diocèse de Lyon , réforma celui de la Baume et les gouvernait l'un et l'autre dès l'an 894. Il ne mit d'abord à Cluni que douze moines , à l'exemple de saint Benoit , qui n'en mettait pas davantage en chaque monastère, et, avec l'aide de son ami Hugues, il y établit la plus parfaile régularité '.
La réputation de Cluni se répandit au loin et l'on s'empressa de mettre d'autres monastères sous la conduite du saint abbé qui le gouvernait avec tant de sagesse. Outre Gigni , La Baume et Cluni , Bemon eut encore sous sa direction le monastère d'Ëthice ' et ceux de Vézelai, Massai en Berri, Deols ou Bourg-Dieu dans la même province.
Les grands monastères , comme Saint-Denis et Fulde , avaient depuis longtemps des prieurés qui reconnaissaient la juridiction de i'abbé de la communauté-mère ; mais ce fut au x* siècle que l'on vit s'établir sur une plus vaste échelle ces agrégations monastiques, ces associations de nombreuses communautés^ recevant l'impulsion d'un abbé unique , et liées entre elles par l'union la plus intime et une même pensée. La congrégation de Cluni fut la première de ce genre en France. Ses premiers abbés semblent avoir voulu appliquer à l'institution monastique les lois féodales alors en vigueur dans la société civile, et rallier à un centre commun les communautés particulières, comme tous les petits fiefs étaient ralliés au
< Cluni fui fondé en 010.
2 Saint Hugues, après avoir Iravnillé avec saint Dornon à la fondalion do Cluni, retourna au nionasière de Saint-Marlln U*Autun, et fui nommé, par Arnoulx,son abbé, prieur d*Anci-lc-Duc. Il y Dioilrutsaintemcnl.
S II n*est resté aucun autre souvenir de cette coiumunauté.
DB l'^glisb db francs. 35
grand et ne faisaient qu'un avec lui. Nous pensons cependant que saint Bernon n'eut pas cette idée , et qu'elle appartient à saint Odon, son successeur. Bernon, en effet, avant de mourir, partagea, dn consentement des moines , ses monastères entre deux de ses disciples, Widon ou Gui, son parent, etOdon. Widon eut Gigni, La Baume, Ethice et la Celle de Saint-Lautein. Odon eut Cluni, Massai et Deols.
Se sentant près de mourir, Bernon pria les évêques voisins de se rendre à Cluni. En leur présence, il se démit de toute supériorité, reconnaissant, les larmes aux yeux, qu'il en avait toujours été indigne , et pria en suite les moines de se choisir un abbé. Ceux-ci , qui connaissaient ses intentions, élurent Odon. L'humble moine, effrayé des devoirs attachés à la charge qu'on voulait lui imposer , refusa d'abord, et pour vaincre sa résistance, les évêques furent obligés de le menacer d'excommunication. Odon reçut la bénédiction abbatiale des mains de Bernwin, archevêque de Besançon, et signa, avec Widon, le testament dans lequel Bernon leur partageait les monastères qu'il avait gouvernés.
Bernon mourut le 43 janvier de l'année suivante ^
Odon, son successeur à Cluni, fut le plus bel ornement de l'Eglise de France au x* siècle, et on l'a toujours regardé, avec raison, comme un des plus illustres restaurateurs de l'institution monastique.
Il naquit dans le Maine '. Son père , Âbbon , était un seigneur de grande piété , qui savait l'histoire et le droit romain , sciences fort rares parmi les nobles qui laissaient d^ordinaire aux clercs le soin d'étudier ' , et qui ne savaient même pas lire. Âbbon passait pour un jurisconsulte si distingué, qu'on le prenait souvent pour arbitre. Il faisait toujours lire l'Evangile pendant ses repas et observait religieusement les vigiles des fêtes.
Ce fut pendant la vigile de Noël qu'il obtint par ses prières d'avoir un fils , quoique sa femme fût déjà avancée en âge. Il le nomma Odon et l'offrit, aussitôt après sa naissance, à saint Martin, pour
* V, Bolland., 13 Jan. ; Hablll. sscul. Bened. et Biblloth. Glaniac
^ L'opinion commune est qu'il naquit à Tours, ce que ne dit aucun de ses lilsloiiens. Son éloge, qui fut composé dès le temps de saint OdIloD, le fait naître dans le Maine. La Tie de saint Odon a été écrite par Jean , son disciple. (Apud Mabiir. saecul. Bened. et in Biblioth. Cluo.)
> Les clercs presque seuls étairot sarants | d'où on appela la scl«nc< ou l'éUide citrgie.
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leqael il avait une dévotion particulière. Odon fut conGé , dès son enfance , à un prêtre qui Tinitia aux éléments des sciences , et passa ensuite au palais de Foulques le Bon , comte d'Angers. Ce seigneur était ami d'Âbbon; comme lui il aimait la science , et comme lui aussi il avait beaucoup de dévotion à saint Martin , en riionneur duquel il composa douze beaux répons aussi remarquables par la beauté du stjle que par Tharmonie du cbant. Odon passa quelque temps à l'école du palais de Foulques, puis, son père le trouvant trop bien fait pour le laisser dans la cléricature , l'envoya au palais de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, pour qu'il s'y formât aux exercices des armes.
Odon se sentait appelé de Dieu à un autre état. La chasse n'était
Sour lui qu'une fatigue, et il ne trouvait aucun plaisir au milieu es divertissements qui charmaient les jeunes nobles , ses compagnons. Il avait près de seize ans , lorsqu'un jour de Noël il fut saisi d'un mal de tête si violent, qu'il se crut à la mort. On le ramena chez son père, et le mal, pendant trois ans, déjoua toutes les ressources de la médecine. Abbon crut alors que saint Martin redemandait son fils. Odon lui-même en fut persuadé, se fit couper les cheveux et se mit au nombre des chanoines de Saint-Martin , à l'âge de dix-neuf ans. Le jour de son admission fut une solennité pour le cloître de Saint-Martin; on y remarqua un grand nombre de seigneurs, entre autres Foulques le Bon, qui donna au nouveau chanoine une maison près de l'église et une pension sur le revenu de l'abbaye.
Odon, devenu chanoine, donna tout son temps à la prière et à l'élude; priant la nuit et lisant presque tout le jour. Il lut d'abord les auteurs profanes et surtout Virgile; mais une vision le dégoûta de cette étude et lui fit préférer celle des Pères et des interprètes de l'Ecriture Sainte. Les autres chanoines blâmaient son amour de l'étude et prétendaient qu'il devait comme eux se contenter de savoir les psaumes par cœur; mais Odon les laissait dire et continuait d'étudier. La règle de saint Benoît était sa lecture de prédilection, et il commença dès-lors à la pratiquer autant que son état le permettait. Une demi-livre de pain avec une poignée de fèves était sa nourriture de chaque jour; il buvait peu, et couchait tout vêtu sur une natte.
Le désir de se perfectionner dans les sciences l'attira à Paris, où Rémi d'Auxerre donnait des leçons publiques. Odon étudia, sous ce fameux docteur, les sept arts libéraux , et surtout la musique, dans
DB l'eOLISB de FRANCE. 37
laquelle il devint très-habile. Revenu à Tours , il reprit Tétude des Pères de TËgUse , et les Morales de saint Grégoire eurent tant d'attrait pour lui , qu'il en fit un abrégé que nous avons encore. On prétend qu'Odon fut chargé de l'école de l'abbaye de Saint-Martin , et Sigebert lui donne le titre de grand-chantre.
La lecture des Pères, et particulièrement de la règle de saint Benoit, avait inspiré à Odon un vif désir de pratiquer la vie monastique. II avait même conçu le projet de l'embrasser, lorsqu'un jeune seigneur, nommé Adhégrin , qui partageait le même désir, vint demeurer avec lui à Tours. Ils visitèrent ensemble tous les lieux de France où avaient existé jadis les monastères les plus célèbres, mais ils n'en trouvèrent point où ils eussent pu vivre avec la régularité parfaite dont ils avaient idée , et revinrent tristes à leurs cellules.
Nous avons dit comment la plupart des monastères avaient été ruinés et ravagés par les barbares.
Odon et Adhégrin ne trouvant point en France de monastère à leur gré , prirent la résolution d'en aller chercher ailleurs. Adhégrin partit pour l'Italie, décidé à aller jusqu'à Rome, s'il ne rencontrait auparavant la communauté régulière qu'il cherchait. En passant en Bourgogne, il visita La Baume que dirigeait l'abbé Bernon. Il y fut reçu dans la maison des hôtes et voulut y demeurer quelque temps pour apprendre les usages et coutumes de ce monastère: On y suivait , dans toute leur sévérité , les institutions de l'abbé Eutychus, c'esl-à-dire, de saint Benoît d'Aniane. Après quelque séjour à La Baume, Adhégrin fut si touché de l'ordre qui régnait dans cet communauté et de la charité avec laquelle Bernon l'avait reçu , qu'il écrivit à Odon qu'il avait trouvé enfin ce qu'ils cherchaient l'un et l'autre avec tant de persévérance. Odon n'hésita pas un instant et partit pour La Baume, n'emportant avec lui que cent volumes qui formaient sa bibliothèque.
Adhégrin, qui avait beaucoup d'attrait pour la vie solitaire, se retira , avec la permission de l'abbé Bernon , dans une grotte située à deux milles du monastère. Il y vécut trente ans, ne venant que le dimanche à La Baume, d'où il emportait un peu de farine et quelques fèves qui étaient toute sa nourriture.
Pour Odon , il fut chargé , en sa qualité de savant, de l'école du monastère. Quelques moines, dont la vie peu fervente contrastait avec celle du reste de la communauté, cherchèrent d'abord à le détacher de l'abbé Bernon. a Vous êtes venu ici pour vous perdre, lui « disaient-ils, et nous cherchons tous à sortir de cette maison pour