IV
48 HitromB
se JQsUficr ea sa préseoee oa de se battre en duel pour proUTer leur inuooenoe; ils ne firenl ni Ton ni l'autre^ et, Bur lenr refus, Seulf les dépouilla de leurs fiefs et les fit jeter en prison. On prétendit que pour obtenir la détention de ces deux seigneurs, 8eulf avait promis à Herbert, comte de Yermandois, de faire élire son fils archevêque de Reims. Il mourut peu de temps après , et Herbert , s'étant aussitôt rendu à Reims , fit élire son fils Hugnes à peine âgé de cinq ans *.
Le savant Flodoard et quelques autres prêtres s'opposèrent courageusement à une élection aussi irréguliëre. Herbert^ pour les punir , les dépouilla de leurs bénéfices et envoya le décret d'élection à Rome par Abbon , év^ue de Soissons (925).
Jean X, élevé sur le siège apostolique par utie courtisanile, étail peu scrupuleux. Il approuva Télection et chargea Abbon du spirituel de rarçhevêché, en attendant que le titulaire fftt en âge d être ordonné. Herbert n'approuva pas cette dernière disposition dn papfe et chargea du spirituel Odalric, évêqued'Acqs, chassé de son siège par les Sarrasins qui ravageaient alors plusieurs provinces de France; et dltalie >.
Herbert tenait tot^ours prisonnier le pauvre KarUle-Simple, et le roi Rodolphe, dans la crainte de le lui voir relâcher, laissait impunis tous les actes coupables de ce comte; mais Karl étant mort en 9^9 , Rodolphe entreprit d'ôter le scandale qu'avait donné Herbert en faisant élire, archevêque de Reims, son fils encore enfant.
Il ordonna d'abord ' aux clercs de cette église de procéder à une autre élection ; mais ceux-ci , dévoués à Herbert ou craignant de s'attirer la haine du terrible comte, répondirent au roi qu'ils ne pou*valent choisir un archevêque du vivant de Hugues qui avait été élu. Sur cette réponse , le roi alla mettre le siège devant Reims qui lui ouvrit ses portes après trois mois de résistance , et fit élire archevêque
* Flodoard. , HIst. eccU Rem. , lib. iv, c. 20; Cliron. ad ann. 095.
s Flod. , HISL ceci. Rcni. , Ub. it, e. 23. — Les l'ongres ravageaient à la même époque la Lorraine, les bords ilu Rliin. la Bourgogne ec une grande iiarlie de l*Aquiuiae. Ce fut alors que fui roart|rriaée sainte Viborade,qiil vivait recluse |irèi du monastère de Salni-Gal. Les Hongres répand ireol une grande frayeur parmi les populations, et on les prit pour Gog et Magog, dont il est parlé dans TËcriture comme devant apparaître à la lin du monde. Un évéque de Verdun ( y, SpIctI. d'Acherl) consulta même à ce sujet un abbé du monastère de Saint-Germalo , qui déploya beaucoup d'érudition pour lui prouver que les Hongres ne pouvaieiit élra Gog et Magog.
* Flod* , UisL ecd. Rem. , lib. iv, c 34 « Gtarwié ad mul 088, 085.
DB l'^GLISB DI VRANCB. ^9
ArtoM, moine de Saint-Remi ^ en présence de plutieurs évéques de France et de Bourgogne. Artold appartenait à une famille pui»* santé, capable de soutenir son élection. Il obtint le pallium du pape Jean XI, et tint, Tan 933, un concile auprès de Château-Thierry ^ tandis que le roi Rodolphe assiégeait cette place. Hildegeaire y fut ordonné évéque de Beanvais. Deux ans après , Artold présida à Pt-< mes un autre concile dans lequel on obligea les usurpateurs des biens ecclésiastiques à faire satisfaction à l'Église.
Rodolphe, pour soutenir Artold , fit la guerre au comte Herbert et s'empara sur lui de ChâteachTliierry , de Noyon et de Laon. La paix entre le roi et le comte ne fut conclue qu'en 936 , par l'entremise du roi de Qermanie.
Cette même année mourut Rodolphe. La plupart des seigneurs, ayant à leur tête Guillaume , duc de Normandie, successeur de Roi» Ion, et Hugues, duc de France, rappelèrent d'Angleterre le fils de KarMe^imple, Hludwig surnommé d'Outre-mer, et le firent roi a
Herbert, Yoyant Tarchevéque Artold privé de son protecteur, lui déclara la guerre et s'empara des fiefs de l'Église de Reims. Ar« told\ ayant pris l'avis de quelques évéques, l'excommunia en présence du roi Hludvrig. Celui-ci avait pris le parti de l'archevêque de Reims à la solUcitation de Hugues, qui était alors brouillé avec Herbert; mais ce dernier parvint, à force d'intrigues, à détacher du parti du roi, Hugues de France, ainsi que Guillaume de Norman<> die, et ces trois seigneurs allèrent ensemble mettre le siège devant Reims. Les hommes de l'archevêque le trahirent et le livrèrent à Herbert, qui le retint prisonnier au monastère de Saint^Remi.
Pendant sa réclusion , Artold fut sollicité de donner sa démis^ sion , et comme il n'avait pas d'autre moyen de recouvrer sa liberté , il la signa à condition qu'on lui laisserait pour sa subsis^ tance les abbayes de Saint-Basle et d'Avenai. Dès qu'il fut libre, il se repentit de ce qu'il avait fiait et se retira auprès du roi Hludwig^ avec plusieurs de ses parents dépouillés par Herbert des biens de i'Ë* glise de Reims qui leur avaient été donnés en fie&. Tous les parti* sans d' Artold furent indignement maltraités par Herbert : Flodoard, qui avait toiqours protesté contre l'élection irrégulière de Hugues, fils d'Herbert, eut beaucoup à souffrir. On lui ôta l'égUse de Cor* micy et un bénéfice dont il avait la jouissance ; il fut même retenu prisonnier pendant cinq mois.
^ Flod. , Hist. eccL Retn. , Itb. it, c 27.
90 RISTOIRB
Herbert , ayaat en main la démission d'Artold, 6t révenir son fib de récoie d'Auzerre où il était élevé. Il n'était encore que diacre et n'avait qae vingt ans environ, ce qui n'empêcha pas Gui de Soissons de lui conférer l'ordination épiscopale. Pour donner à cette ordination une certaine solennité, on assembla à Soissons un concile où se trouvèrent tous les évéques de la province de Reims , le comte Herbert et Hugues de France (940 ).
Le fils d'Herbert s'y rendit accompagné de Plodoard , tiré de sa prison deux jours auparavant. On examina * d'abord si l'on devait procéder à l'ordination du jeune archevêque; à la requête de quelques clercs et laïques de Reims, il fut décidé qu'il ne fallait pas la différer. On apporta pour motifs qu'Artold n'avait jamais été élu canoniquement , qu'il n'était qu'un intrus, et que d'ailleurs il avait donné sa démission. Cependant , afin de conserver en apparence toutes les formes, on députa à Laon où se trouvait Artold, l'évêque Hildegeaire et quelques autres prélats, pour l'inviter à se rendre au concile. Il répondit qu'il ne pouvait aller à Soissons, mais que si on avait quelque chose à lui communiquer, on pouvait lui désigner un lieu sûr et qu'il s*y trouverait pour en conférer avec les évéques. Les députés lui ayant désigné ce lieu, Artold s'y trouva et commença par se prosterner humblement aux pieds des délégués du concile, les conjurant de lui donner un avis salutaire. Ceux-ci le pressèrent de consentir à l'ordination de Hugues, et pour l'y engager, lui promirent plusieurs fiefis de rarebevêché.
Artold espérait autre chose. Voyant que ses prières et son humilité n'avaient pas produit l'effet qu'il en attendait, il se leva et défendit de la part de Dieu, sous peine d'excommunication , aux évéques de sa province, de procéder à l'ordination de Hugues ,. ajoutant que si on l'ordonnait , il en appelait au saint-siége.
Cette déclaration irrita les députés du concile. Artold, craignant de ne pouvoir se tirer de leurs mains, s'adoucit un peu , leur fit espérer qu'il pourrait se désister, quand il aurait consulté la reine Gerberge, et demanda qu'on envoyât seulement avec lui un des députés pour recevoir sa dernière réponse. On nomma pour l'accompagner Dérold, évêque d'Amiens. Lorsqu'ils furent arrivés à Laon , en présence de la reine, Artold fulmina de nouveau son excommu-
« Flod. , HIftt. eccl. Rem. , llb. tv, c SS. Epist. Artold. , apud Labb. , Gooe. , t n , p. 627 , et apud Sirm, , Conc. Gall. , t« m, p. 580.
SB L'iGUSB DB VRAlICB. 21
nication et déclara à Dérold qu'il rexcommuniait lui-même s'il re* fusait de la publier.
Les évéques du concile de Soissons ne tinrent aucun compte de la sentence d'Artold qu'ils né regardaient plus comme leur métropolitain. Après avoir arrêté tout ce qu'ils crurent utile pour assurer le droit de Hugues , ils se transp<xièrent à Reims où ils l'ordonnèrent évéque avec une grande solennité.
C'est ainsi que se forma dans l'Église de Reims un sdiisme funeste qui fut long-temps encore le sujet d'une guerre sanglante.
Herbert y comte de Yermandois, étant mort en 943 ^ Artold crut l'occasion fiivorable pour recouvrer son archevêché ; à sa sollicitation ^ le roi Hludwig alla mettre le siège devant Reims ; mais au bout de quinze jours y il le leva sur la promesse que lui fit l'archevêque Hugues de lui donner toutes les satisfactions qu'il pourrait désirer. Hludwig ne cherchait qu'un prétexte pour terminer une guerre qui l'eût empêché de suivre le projet qu'il avait conçu de se rendre maître de la Normandie. Guillaume venait de mourir, ne laissant qu'un fils en bas-Age nommé Richard. Le roi parvint à onmener à son palais le jeune duc, mais les Nord-mans surent le tirer habilement de ses mains. Hludwig leur déclara la guerre , se laissa tromper, fut pris et retenu prisonnier d'abord par les Nordmans et ensuite par Hugues, duc de France, qui avait pris les intérêts de son neveu Hugues , archevêque de Reims.
Le roi ne ftit délivré de cette captivité qu'en cédant à Hugues la ville de Laon , la seule place forte qu'il eut à sa disposition \
Tous les seigneurs s'étant déclarés propriétaires de leurs fie6, le roi, qui n'en possédait pas, s'était trouvé moins puissant qu'eux, malgré sa souveraineté.
Hludwig, rendu à la liberté (946), appela à son secours Othon, roi de Germanie , firère de sa femme Gerberge, et entra avec lui sur les terres de France ' et de Normandie; mais les deux rois échouèrent contre les vassaux rebelles qu'ils voulaient punir.
Pour s'en consoler , ils allèrent mettre le siège devant Reims '.
* r. Flod.« Ghron.
3 On dédgiiaU alon par ce nom les terres comprises entre les grands flefs de Vermandolfl, de Normandie, de Bretagne, d'Aquitaine, de Bourgogne et de Lorraine. Hugues^ due de France, fut père de Huguee-Capet
* Flod. , HisL eocL Rem. , lil>. iv, c 81 et.a4f GhroOt ad amw 047 et 048.
11 HtSTOItlR
L*andievâque Hugaet , malgré les promeasas qa'fl avait Mtm à Hludwig, s'était déclaré contre lui. Sevoyant vivement pressé, il demanda à entrer en conférence avec qndques seigneurs de Vannée des assiégeants. Ceux-ci lui avouèrent qu'ils n'auraient pas assea de crédit sur les deux rois pour empêcher qu'on ne lui crevât les yeux après la prise de la ville et lui conseillèrent la fuite. Hugues suivit leur avis et se retira à Mouzon, place forte où ilput se niaintenir malgré les rois. Artold fut rétabli à Reims ^ mais Hugues eontinua de faire à Mouton les fonctions d'archevêque et ordonna ^ en^a qualité de métropolitain, Thetbauld^ évéque d'Amiens.
Les rois Hludwig et Othon , désespérant de mettre fin au schisme par la voie des armes , eurent recours aux moyens canoniques et tinrent, auprès de Mouion, une assemblée où setrouvèrent les deux prétendants* Mais il n'y fut rien décidé, et on remit l'examen de l'affaire au eonoile qui fût convoqué à Verdun pour la mi-novembre, Ott liûssa provisoirement Artold à Reims et Hugues à Mouxon* Othon 9 roi de Germanie, voulant que l'autorité du concile ne put être contestée, envoya à Rome Frédéric, évéque de Mayence, sollicitnr pour Rnbert de Trêves une commission spéciale de juger la cause de l'Eglise de Reims. Le pape l'accorda, et le concile se tint à Verdun à l'époque indiquée, Robert de Trêves le présida el sept autres évéques y assistèrent, savoir: Artold de Reims, Odalric d'Acqs, Adalberon de Mets, Goilin de Toul, Hildebald de Munster et Israël 9 évéque breton dont on ne connaît pas le siège. Brunon , abbé de Lauresbeim et frère d'Othon, Agenold de Gorze et plusieurs autres abbéa s'y trouvèrent avec les évéques.
L'archevêque Hugues y fut mandé. On lui envoya même pour l'amener les deux évéques Gozlin et Adalbercm, mais il refusa d'y venir. Alors le concile, k l'unanimité, adjugea l'archevêché de Reims au seigneur Artold et on indiqua un nouveau synode pour le 13 janvier suivant.
a U fut célébré * dans l'église de Saint-Pierre, prèsMouaon, par le seignen? Rpbei't, les autres évéqnes de la province de Trêves et quelques-uns de celle de Reims. L'archevêque Hugues y vint , parla à Robert , mais ne voulut point entrer au synode et se contenta d'envoyer aux évéques, par un de ses clercs, des lettres que lui avaient ^voyées le pape Agapet H. Ces lettres ne contenaient au-
«'VMoard. , Omm, aé aan. 048.
DR l'^GLISS AR tRANCS. 93
otioe aulOMté canonique, dit Plodoard, mais enjoignaient de restituer à Hugues révéché de Reims. Quand les évéqnes en eurent pris oonnaissance, ils tinrent conseil avec les abbés et les hommes doctes qui étaient présents, et décidèrent qu'il n'était ni juste ni convenable que la charge de légat apostolique qu'avait reçue Tarche* véque Robert fût suspendue par des lettres produites par l'ennemi de i archevêque Artold , et qu'on devait terminer canoniquement ce qui avait été commencé régulièrement.
a ËD conséquence, on lut le dix-huitième chapitre du concile de Carthage, touchant l'accusé et l'accusateur, et après cette lecture , on arrêta, suivant la règle du même concile, qu'Artold conserverait 1(8 diocèse de Reims, et que Hugues, qui avait dédaigné de se rendre à deux eonciles, serait eidu du gouvernement du susdit diocèse et de la communion, jusqu'à ce qu'il se fl^t rendu à un concile national qui fut indiqué pour le premierjour d'aoftt(048).
» Les évéques firent écrire en leur présence ce capitnlaire et l'envoyènent à Hugues. Gelui-ei le renvoya le lend^nain à l'archevêque Robert, et lui fit dire qu'il n'obéirait point.
9 Cependant les lettres de convocation du concile national lurent adressées par Artold au seigneur pape Agapet qui envoya son légat Marinua au roi Othon pour le prier de convoquer lui-même le concile; le pape adressa aussi des lettres particulières à quelques évêques de Gaule et de Germanie pour les engager à s'y rendre, n
Ce concile , fixé d'abord au i .*' août , se tint le 7 de juin , dans la vésidence royale d'Ingelheim. On y traita non-seulement l'afiTaire des prétendants Artold et Hugu^, mais celle des dissensions qui «listaient entre le roi Hlud^g et Hugues-le-Grand , duc de France. Ces deux querelles troublaient tout le royaume des Francs. Lorsque Marinus, légat apostolique, fut arrivé, trente évéqnes de Germanie, de France * et de LcHraine prirent séance avec lui.
« Lorsqu'on eut récité les prières prescrites pour la célébration des conciles et que le légat Marinus eut fait un discours , le roi Hludvrig se leva de son siège placé à côté de celui d'Othon , et , avec la permission de ce dernier , exposa à haute vdx ses plaintes $Qi|tre Hugues, duc de France , en présence de Marinus et des autres évêques qui siégeaient avec lui.
, < B n'y «lit de Ptaoee qu'Artold de Ilelins, Rodolphe de Laon , chassé de son siège, etFaU>ert de Cambrai. Hugues-le-Grand empècba les autres évéqoes de s'y reodre.
24 HI8T0IHB
» L'archevêque Ârtold se leva ensuite, exposa , selon l'ordre qu'il avait reçu du pape romain, le commencement et la suite de la dispute qui s'était élevée entre loi et l'évéque Hugues , et lut à cet effet une lettre * qu'il avait écrite à Marinus sur ce sujet et qui fiit interprétée en langue tudesque à cause des deux rois qui ne sa« vaient pas le latin.
» Alors un clerc de Hugues , nommé Sigebold , entra dans le concile et présenta les lettres qu'il avait déjà produites au synode de Mouzon, affirmant qu'elles lui avaient été remises à Rome par Marinus lui-même, qui présidait le concile. Marinus prit les lettres et les fit lire à haute voix devant les Pères du condle. On y disait que Gui de Soissons, HildegeairedeBeauvais, Rodolphe deLaon et les autres évêques de la province de Reims avaient adressé des lettres au siège de Rome pour que Hugues fûlt réinstallé dans Tévêché de Reims et Artold expulsé.
9 Artold , Rodolphe et Fulbert réfutèrent ces lettres, affirmèrent qu'elles étaient mensongères, et que la démarche en question n'avait jamais eu lieu. Le clerc Sigebold n'eut rien à répondre et avoua qu'il avait inventé ce qai était contenu dans la lettre qu il avait apportée au concile. Sur la réquisition du légat Marintts, les évêques ayaut reçu l'aveu public du clerc, se firent lire les capitulaires rêlatifs aux calomniateurs, et jugèrent qu'il devait être dégradé de son Ordre et exilé. Il le fut en effet, après avoir été chassé ignominieusement du concile, d
Hugues n'avait donc à offrir que des faussetés contre son compétiteur. Aussi les évêques ^ , ayant considéré qu'Artold ne s'était jamais refusé à l'examen de sa cause, décidèrent-ils dans la première session qu'il devait être confirmé dans son siège. Os le louèrent même et l'engagèrent publiquement à prendre courage.
a Le lendemain , le concile tint sa deuxième session , que le légat Marinus ouvrit par un discours. Robert, archevêque de Trêves, représenta ensuite que le concile ayant rendu à Artold son évêché de Reims, devait lancer une sentence synodale contre l'usurpateur de ce siège. Le légat Marinus , sur cette proposition , ordonna de proférer la sentence canonique. Après donc qu'on eut lu les passages
* On possède encore cette lettre. — ( Apud Labb. , Conc. , t ix, p. 637 , et apud Slrm., t. m, p. 580.) Elle est tirée de Flodosrd, (HtoL eccl. Rem.,Ub. ir, c 35)*
s Flodoard.,ChroD. ad ann. 048.
Di L'iausi M f RAiicaB. S5
de FEcriture et des lois ecdésiastiqnes qui se rapportaient à ce siqet, les évéques excommunièrent Hugues jusqu'à ce qu'il vint à pénitence et fit une satisfaction convenable.
» Les jours suivants , iqoute Flodoard, le synode fit des règlements nécessaires sur les unions incestueuses et touchant les églises de Germanie que des laïques donnaient et même vendaient illégale* ment et enlevaient injustement 9mx prêtres. On traita aussi de plusieurs autres choses utiles à TEglise de Dieu ^ • »
On y décida en particulier que Hugue8-4oOrand devrait foire satisfaction au roi Hludwig sous peine d'excommunication ^ et avant de se séparer on indiqua un concile à Trêves pour y prononcer la sentence en cas de ré^stance de la part de ce duc.
Aussitôt après le concile d'Ingelhôm y le roi partit pour la France avec le duc de Bourgogne, Conrad. Les évêques de Lorraine, à k tète des hommes de leurs églises , allèrent assiéger Monson , et après en avoir détruit les fortifications , se joignirent à Tannée du roi pour assiéger Laon. Pendant ce siège , les évéques tinrent un concile dans l'église de Saint- Vincent , exconununièrent Thibault qui dé* fendait la ville , et citèrent Hugues-le-Grand de hi part du légat Marinus , à venir faire satis&ction des excès auxquels il s'était Uvré contre le roi et les évéques. Gui de Soissons vint à cette assemblée se réconcilier avec le roi et demander pardon d'avoir conféré à Hugues l'ordination épiscopale.
Hugues-le-Grand, pour punir l'évêque de Soiss<»is de cette démarche, brûla une grande partie de sa ville et ravagea en même temps les terres de l'Eglise de Reims. Mais il fut abandonné par une partie de ses soldats, effrayés de l'excommunication dont il était menacé.
Les sentences ecclésiastiques, méprisées par quelques individus, avaient beaucoup d'influence sur la masse de la population. Huguesle-Grand affecta de ne tenir aucun compte de la citation des eondles d'Ingelbeim et de Laon , c'est pourquoi on procéda à son excommunication formelle au concile de Tràves*
« L'archevêque Artold, dit Flodoard', partit pour le synode de Trêves avec Guide Soissons, Rodolphe de Laon et Wicfrid deTé-
* On possède dix canons de ce concile. — Apnd. Labb. , Conc , t ix , p. 63A «eC apud Sirni., t m , p. 5S5.
s Floftoard. , Gbroo. ad smi. 04S. HM. eccU Rea., lUk if,€. 87.
96 HISTOIM
rouanne. A leor arrivée, ib trouvèrent Marinas qui les attendait avec l'arcbevéque Robert; mais aucun des prélats germains ou lorrains n'y était. Ceux de France prirent cependant séance, et le légat Maiinns leur demanda comment le prince Hugues s'était conduit à leur égard depuis le concile d'fngelheim. Ils rapportèrent ce qui s'était passé. Marinus demanda ensuite si les lettres qu'il avait données pour le citer à comparaître lai avaient été remises. L'archevêque Ârtold lui répondit que plusieurs lui avaient été données ; que d'autres ne l'avaient point été , parce que celui qui les portait avait été arrêté en chemin par les hommes de Hugues ; mais que cependant, sojt par lettres, soit par messages, il avait été cité. On s'informa s'il n'y avait pas quelque part un envoyé du prince Hugues, et comme on n'en trouva point, on décida qu'on attendrait jusqu'au lendemain pour voir s'il n*en aniveralt pas. Il n'en vint point. Alors tous eeui qui étaient présents^ tant clercs que nobles laïques, déclarèrent hauteAient qu'on devait l'excommunier. Mais \sè évéques différèrent jusqu'au troisième jour pour prononcer \a^ sentence. >
Dans l'intervalle, on s'oecdpa des évéques qui avaient soutenu l'usurpateur du siège de Reims , et le troisième jour on excommunia le duc de France et deux évéques ordonnés par Hugues.
Après quelques antres aihires de détail , les évéques se séparèrent et Marinus, après avoir été en Saxe consacrer l'Eglise de Fulde, retourna à Rome rendre compte au pape de sa légation.
Le pape Agapet ^ , dans un synode qu'il présida dans l'église de Saiat-Pierre , confirma la sentence d'excommunication lancée à Ingelheim contre l'archevêque Hugues , et celle du concile de Trêves ' contre Hugues-le-Grand.
Ce due songea enfin à se réconcilier avec le roi et fit une trêve avec lui en 950. L'année suivante, la paix Ait conclue. Artold de- Qieura ainn archevêque de Reims et ne mourut qu'en 9M K
< FIodoard.,Chron. ad ann. OftQ.
' A 9a Dort^ Hugues voulut remonler sur le siège deRdins; maU Bruoon es Cologne s*y opposa , et dans un concHe de treUe évéques des provinces de Sens et de Reims, on élut Odaliic , malgré les Intrigues des partisans de Hugues qui cherchèrent à lui gagner les suffrages
Hugues-le-Grand resu fidèle à Hludwlg. A la mort de ce roi , arrivée eo fi54, U prit le parti de son flls Hlother et mourut en 056. Hugues-le-Grand laissa un flis, Hugues^pet , qai |«l mÊoàÊà ooaat éM de fnt m et panrfm w Mae.
Dl L'iCLIftS DS VRANCB. 17
Cette gra&de querelle sttr la possession de l'Eglise de Rehns peut nous donner une juste idée du désordre qui régnait dans le reste de la France.
Dans toutes les provinces , les ducs ou les comtes les plus puissants Toulaient étendre leur domination Jusques sur les Eglises, les réduire à l'état de fiefe et fliire des évèques leurs vassaux. Ils s'emparaient des églises et des monastères, les eédaient , comme des fieft ordinaires, au plus offrant, et mettaient ainsi leur volonté à la place des lois ecclésiastiques.
Les évéques qui voulaient résister à la violence étaient chassés et quelquefois même cruellement mis à mort. Ainsi Amuste, archevêque de Narbonne , qui se faisait remarquer par son sèle pour la discipline , fut attaqué lorsqu'il se rendait à un concile , et ses meurtriers lui crevèrent les yeux, lui coupèrent la langue, le mutilèrent honteusement et le laissèrent mourant sur le chemin. Bennon , évéque de Metz, prédécesseur d'Adalberon , fut aussi indignement mutilé et eut les yeux crevés.
De telles violences n'étaient point rares, et chaque fois qu'un évéque mourait, ce n'étaient qu'intrigues et désordres dans sa pauvre Eglise , qui avait ainsi trop souvent plutôt un mercenaire qu'un pasteur pour la gouverner.
CMim. — Dlvenct tentatlirct de réfomet cccIMattlqae et meoartlqae. — S. GeraaU ë*âartlU«. ~ t. Sérard de Bivffiie. ~ MMleara aelgneara aldtéâuai 4«l travalUèreac à la réforme. — Adul^ren de Meu. - S. Bernard de Mcntbon. — MM^ntm de Ctmil* — niKolre de Clnnl seutlea abl^ Beroon, Odeo, et Hayeal.
L'Église, dans son pèlerinage à travers les siècles, dut nécessairement avoir ses phases de splendeur et d'obscurité. Les événements qui remuent et changent les formes sociales Tatteignent dans son existence extérieure et rendent nécessaires des modifications, des réformes successives. A part le dépôt divin qu'elle est chargée de conserver intact et pur, l'Église se doit à dl»-mème de mettre ses lois disciplinaires en barmofiie avec le développement de la dété dans laquelle elle vit.
28 BISXOIAI
Lorsqu'on approfondit ses annales, on la trouve toujours à la hauteur de sa mission providentielle ; et si , par T^et des circonstances, la vie semble parfois sur le point de lui échapper , on voit aussitôt surgir de soa sein un principe vivifiant, un élément nouveau qui lui rend toute la splendeur du bien et du t;rat.
Ainsi, dans les premiers siècles, la Providence agrandissait progressivement la puissance sociale de l'Église, à mesure que venaient se juxta-poser dans l'empire romain les masses barbares qu'elle devait civiliser. Ainsi, dans l'Église Franke, au moment o& l'élément barbare menaçait d'absorber l'élément chrétien , grandissait la race karolingiaine qui devait lui rendre la vie. Ainsi encore, au x/ siècle, lorsque de nouveaux barbares apportèrent avec eux l'ignorance et le vice dans l'Église de France, Dieu déposa dans son sein un principe de réforme qui se développa, grandit et enfanta les beaux siècles de la période fiéodale, pendant lesquels l'Église brilla d'un édat d'autant plus vif, qu'il tranchait sur le fond si noir , si triste de la société civile à la même époque.
Après avoir tracé impartialement le tableau des vices qui désolèrent le x.« siècle, notre œil se reposera avec bonheur sur celte réforme naissante dont nous suivrons les développements successife.
Son principal et premier berceau fût l'aUMiye de Quoi.
En dehors de cet illustre monastère, il y avait quelques efforts partiek dont nous parlerons d'abord.
On distingue, parmi les réformateurs, le comte d'Aurillac, Ge^ rauld * , qui comptait parmi ses ancêtres saint Gésaire d'Arles et saint Iriez '. Il fut digne d'eux, et au milieu d'un monde pervers, mit en pratique les conseils mêmes de l'Evangile. Il était jeune encore, lorsqu'il hérita du fief d'Aurillac, qui avait appartenu à son père. Les guerres qu'il dut supporter de la part de seigneurs ambitieux et les tentations inséparables de la nature humaine , lui rendirent le monde odieux, et sans l'évéque deCahors, Gausbert, il eftt embrassé l'état monastique ; mais Gausbert lui fit comprendre qu'il pouvait , dans sa position, être plus utile à l'Église qu'enseveli dans un monastère, et Gerauld se rendit à ce conseil.
Mais, tout en restant dans le monde, il voulut pratiquer, au-
« Oda atiflu, Vit 8. Gerald.
s r. sur ces deux saints le 2.* ^ol. de l'Hisr. m l'Iîousi m Fbargb, p. 16 et suiv. et IfiS.
tant qu'il loi était possible, les observances monastiques. Son habit était modeste ; sa barbe , sans être entièrement rasée comme celle des moines, était plus courte que celle des autres seigneurs. Il se fit même faire sur la tète une petite tonsure qu'il cachait sous ses cheveux.
Afin de pouvoir se dérober quelquefois aux affaires du siècle , Gerauld fonda un monastère auprès d'Aurillac et le peupla de moines fervents. Il eut de la peine à en rencontrer d^aussi parfaits qu'il le désirait , car il avait une si haute idée de la vie monastique , qu'il ne trouvait que la vie des anges qui pût lui être comparée.
Gerauld , avant de mourir, aflVanchit cent esclaves qu'il possédait et légua ses plus belles terres au monastère d'AuriUac. Sa vie fut écrite par saint Odon de Cluni.
Un autre seigneur , nommé Gérard < , contribua plus puissamment à la réforme que le comte Gerauld. Après avoir guerroyé pendant plusieurs années dans l'armée de Béranger, comte de Namur, Gérard eut occasion de venir en France et visita le monastère de Sain't-Denis. Un jour qu'il y assistait aux vêpres, il entendit qu'on y fiiisait mémoire de saint Eugène, et demanda qui était ce saint. On lui répondit que c'était un des compagnons de saint Denis , et Gérard pria instamment les moines de lui donner ses reliques pour les placer dans une nouvelle église qu'il faisait élever dans sa terre de Brogne. On les lai refusa, mais en lui faisant entendre cependant qu'il les obtiendrait s'il se faisait moine à Saint-Denis.
Gérard en conçut aussitôt le désir, et après avoir consulté son oncle Etienne, évêque de Liège, retourna à Saint-Denis, où il reçut l'habit monastique.
Comme tous les seigneurs de l'époque , Gérard ne savait pas lire« Il commença humblement à apprendre l'alphabet comme les enfants , fit des progrès rapides, devint savant et fut ordonné prêtre. Après un séjour de dix ans à Saint-Denis , Gérard retourna à Brogne avec douze moines et les reliques de saint Eugène, et fonda, dans cette terre, un monastère qui devint célèbre par sa régularité.
Gislebert , duc de Lorraine, et Amoul , comte de Flandre, furent si édifiés des vertus qu'on y pratiquait, qu'ils chargèrent Gérard de réformer toutes les abbayes situées sur leurs terres. Gérard entreprit courageusement cette œuvre difficile et vint à bout de mettre la ré-
4 Vit sancti Gérard., apnd. BoHand. , 8 oetob.
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forme dans les monastères de Saint^ulslaîn , de Saint-Pierre et de Saiot-Bavon à Gand; de Saint-Martin à Tournai ; de Marohiennes, d'Hasnon; de Saint-Waast, à Arras; de Saint-Bertin, de Saint-Omer, de Saint-Amand, de Saint- Vulmar, de Saint-Riquier, de Saint-Re» mi de Reims, et de plusieurs autres en France et en Lorraine.
Gérard, après avoir &it le voyage de Rome pour obtenir des privilèges en faveur de son abbaye de Brogne , visita tous les monastères qu'il avait réformés et abdiqua sa charge d'abbé avant de mourin
Guillaume, duc de Normandie et sucoesseur de RoUon, seconda^ à l'exemple de Gislebert de Lorraine et d'Araoul de Flandre y la réforme monastique dans son duché, fit rebâtir la célèbre abbaye de Jumiéges et voulut y embrasser la vie monastique. L'abbé , dont il prit conseil , préférant le bien public à celui de sa communauté , l'en détourna. Gaillaume voulut au moins avoir une eucuUe et une tunique de moine, afin de s'en revêtir au besoin ^
On regardait alors l'haUt monastique comme une sauve-garde contre la colère de Dieu. Richard imita Guillaume son père et réforma l'abbaye de Saint-Michel, où il mit des mmnes à la place des chanoines qui y menaient une vie licencieuse. Geoffroi, comte d'Angers, chassa de môme, du monastère de Sainl-Aobin, les chanoines pour y mettre des moines. Pons Raymond, comte de Toulouse , était aussi très zélé pour la réforme monastique, et fonda en l'honneur de saint Pons une abbaye qui devint plus tard un siège épiscopal ^.
Parmi les évéques , ceux qui se distinguèrent surtout par leurs travaux de réforme, sont Gothescalk, évèque du Puy, réfor* mateur du monastère de Saint-Chaffre; Brunon de Cologne , Béranger de Verdun, fondateur du monastère de Saint*Vanne, qui devint , dans la suite, l'abbaye-mère de la congrégation de ce nom ; Wallher ou Vaultier de Sens, saint GotUn de Toul , et surtout Adat beron, évoque de Metz.
Le célèbre monastère de Gone ' , fondé au vui/ siècle par saint
4 GulUeln. Gernmet.^ IUk w.
> F. Gall. Christ , Prov. Tolos.
* Vit Bk loto. Gort. atnid Bollaiid. , S7 f<b.-^ Le bténheureoi Jean de Gone était renarquable par sa fenseté, et il en donna des preuves panleollèrenent dans une amlMissade dont ii fut chargé par Olhon , roi de Germanie et de Lorraine. Le bienheureux Jean sut faire admirer sa fermeté par Abderame, roi des Sarrasins d'Espagne , vers lequel il était envof^ B dsvlnt abbé ds GorWi
DS liioim DB FRARCK. 31
Ghrodagang , était alors presque ea ruines. Après sa avoir Sût réparer les liâlimeatSy Adalberon s'appliqua à y faire refleurir la discipline. Ajant appris que plusieurs ecclésiastiques de Lorraine avaient résolu de passer en Italie pour y mener une vie plus paiv fÎBute, il leur offrit le monastère deGorae qu'ils acceptèrent. Parmi euX| on distinguait particulièrement Agenold^ qui fut abbé , et Jean, qui fut procureur de la nouvelle communauté. .
Sous leur gouvernement , elle acquit une telle réputation ^ qu'on y accourut de toutes parts pour s'y former aux vertus monastiques et aux sciences.
Guibert * ayant fiût un monastère de sa terre de Gemblours^ située près de Namur, alla à Gone étudier les pratiques de la vie religieuse et y choisit un abbé pour sa communauté. Ce fut Erluin qui transporta à Gemblours les bonnes traditions de Gorze. Pour Guibert, il vécut en simple moine dans ce dernier monastère, et |f mourut en saint.
Adalberon , après avoir rendu au monastère de SaintpChrodegang sa première splendeur, entreprit la réforme des chanoines de Sain^ Arnoul de Metz, qui menaient une vie fort déréglées. Après les avoir exhortés plusieurs fois à abandonner leurs désordres , Adalberon, qui vit ses conseils inutiles, les chassa de leur doitre et étahUt des moines à leur placOé Les chanoines s'en plaignirent à Othon , roi de Germanie et de Lorraine, mais ce fut inutilement, et le m confirma ce que l'évéque avait fait.
Adalberon appela ensuite à Metz saint Kadroé , pour réformer le monastère de Saint-Clément , situé dans cette ville.
Saint Kadroé * était passé d'Irlande en France avec douxe con^pagnons. Après avoir visité le tombeau de saint Fursi , autrefois pèlerin comme eux, ces Irlandais se fixèrent auprès d'un oratoire dédié à saint Michel, et que leur donna une femme pieuse. Le supérieur de la petite communauté, nommé Maccalan, établit à Saint-Michel la réforme de Gorze, et Kadroé, après avoir passé quelque temps à Fleuri-sur-Loire, pour y approfondir la règle de saint Benoît , gouverna le monastère de Vassor.
La sagesse avec laquelle il dirigea cette communauté détermina
* Vit* fi. (ïttllfef aiMid. BollaoA , ts maii
s PracepL Adalber., apud. LabI»., Cooc, t ix, p. S07.
> VIL S. Kadroé» apud. BolUod*» 6 mail.
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Adalberon à lai confier celle de Saint-Clément , où il rétaUit la régularité.
On doit placer an nombre des prindpaux réformateurs du x.* siècle saint Bernard de Men thon , qui se dévoua à l'instruction des pauvres populations des Alpes. Ce saint homme se donna tout entier à la destruction des superstitions et des pratiques idoifttriques encore en usage dans ces lieux à demi-sauvi^es. H abattit les idoles qui étaient encore sur le sommet des plus hautes montagnes et laissa des monuments de sa piété sur celles qu'on nomme encore de son nom, le Grand et le Petit Saint-Bernard.
Mais la grande pépinière des réformateurs fut l'abbaye de Cluni, dont nous devons maintenant commencer l'histoire.
Cluni eut Guillaume-le4*ieux , duc d'Aquitaine, pour fondateur, et Bemon pour premier abbé. Bernon était abbé de La Baume , lorsque plusieurs hommes du duc Guillaume vinrent y demander l'hospitalité. Ils furent si édifiés de la régularité des moines et de la charité du saint abbé, que sur les éloges qu'ils en firent à leur retour , le duc Guillaume conçut le projet de fonder un monastère, et d'en confier le gouvernement à Bernon.
n appela donc le saint abbé à sa terre de Cluni , où il résidait alors, et Bemon s'y rendit avec son ami Hugues , moine de Saint-Martin d'Autan. Le duc les reçut bien, leur fit part de l'intention où il était de bâtir un monastère et leur dit de chercher dans ses terres le lieu qui leur paraîtrait le plus convenable. Bemon et Hugues , séduits par le site de Cluni où ils se trouvaient , répondirent qu'ils ne pourraient trouver ailleurs un lieu plus propre à un établissement religieux. « Il ne faut pas y penser , dit le duc , car
> c'est ici que je loge ma meute pour la chasse. — Eh bien, seî-
> gneur, répondit Bemon, chassez-en les chiens et mettei-y des
> moines. » Le duc y consentit enfin de bonne grâce et fit écrire en bonne forme l'acte de donation. Cette pièce est digne de figurer dans l'histoire, à cause de la célébrité de Cluni et parce qu'elle nous expose clairement le but qu'on se proposait ordinairement dans la fondation des monastères.
Après avoir dit quelques mots sur le bon usage que Ton doit taire des richesses, Guillaume s'exprime ainsi * :
c Voulant employer utilement pour mon ame les biens que Dieu
« Apiid. Labb., Gonc, t n, p. 565, et In BIMiotlu Gianlae., p. 2.
DE L'écLlSB DE FRANCE. 33
« m'a donnés J'ai cru ne pouvoir mieux faire que de m'attirer Taa mitié de ses pauvres; et afin que cette œuvre soit perpétuelle, a entretenir à mes dépens une communauté de moines. Que tous « les fidèles qui sont et qui seront jusqu'à la consommation des sièa clés sachent que, pour Tamour de Dieu et de J.-C. Notre Seia gneur, j'ai donné aux saints apôtres Pierre et Paul la terre de a Cluoi avec ses dépendances, et la chapelle qui y est bâtie en l'hon- « neur de la Sainte Vierge et de saint Pierre; le tout situé dans le a comté de Mâcon ou aux environs. Moi Guillaume et mon épouse a Ingelberge, faisons ce don pour Tâme de mon seigneur le roi a Eudes; pour celles de mon père et de ma mère; pour le salut de a nos âmes et de nos corps; pour l'âme d'Aventina qui m'a légué c cette terre deCluni par testament; pour nos frères et sœurs, « pour nos neveux , tous nos parents et serviteurs, et pour la cona servation de la foi catholique. Enfin , comme la foi et la charité a nous unissent à tous les chrétiens , nous offrons à Dieu cette « terre de Cluni pour tous les fidèles qui ont été, qui sont et qui a seront dans la suite des temps, et nous voulons qu'on y bâtisse, a en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul, un monastère a suivant la règle de saint Benoit.
a Notre Intention est que ce monastère soit à jamais un refuge « pour ceux qui , sortant pauvres du siècle , n'apporteront avec eux a que la bonne volonté. Les moines et les biens seront sous la puisa sance de l'abbé Bernon tant qu'il vivra. Après sa mort , les reli* « gieux auront le pouvoir d'élire un autre abbé de leur Ordre, selon a la règle de saint Benoit , sans qu'aucune puissance ait droit de les « en empêcher. Tous les cinq ans , ils paieront dix sous d'or à Sainta Pierre de Rome, pour le luminaire; ils auront les saints Apôtres « pour protecteurs et le pape pour défenseur. Ils exerceront tous a les jours les œuvres de miséricorde, selon leur pouvoir, envers a les pauvres, les étrangers et les pèlerins. De ce jour, ils ne sea ront soumis ni à nous, ni à nos parents, ni au roi, ni à aucune ce puissance de la terrée Aucun prince séculier, aucun comte, « aucun évéque, aucun pape même, je les en conjure au nom de « Dieu et de ses saints et par le jour du jugement, ne s'emparera des « biens de ces serviteurs de Dieu, ne les vendra, échangera, dimit nucra , ou donnera en fief à personne. »
* Ced doit s'entendre pour le gouvernement Intérieur de la communauté.