‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 13 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

IV

fiO «I8T0IRB

seulement b discipline la plus exacte , mais aussi des écoles o& tous ceux qui voulaient s'instruire , riches ou pauvres, libres ou esclaves> étaient admis , et quelquefois même nounis sur les revenus des monastères.

Grice à ces écoles monastiques, on vit renaître, au commeneement du xi« siècle , Tamour de la science , de la littérature et des arts. L'œuvre de Cbarlemagne était reprise après un siècle d'inter* ruption. C'est aux moines Odon, Mayeul, Guillaume, Odilon, i leurs disciples ou à leurs imitateurs que l'Eglise de France doit d être sortie si brillante des ruines du x« siècle. Que toutes les générations bénissent ces enfants de saint Benoît qui reçurent du ciel une si haute mission civilisatrice !

Guillaume affilia encore à la congrégation de Cluni les monastères de Saint-Faron de Heaux, de Gorze, de Saint-Evre de Toul, de Saint-Arnoul de Metz et plusieurs autres. U gouverna environ quarante-huit monastères, dans lesquels on comptait douze cents moines.

Dans ses voyages, Guillaume fit de nombreuses conquêtes pour sa congrégation. Une des plus avantageuses fut celle d'un chanoine de Saint-Julien de Brioude, nommé Odilon.

Ce fut, dil-on, à la persuasion de Guillaume^ qu'Odilon embrassa la vie monastique à Cluni. Il n'y était que depuis quatre ans, lorscfue s lint Mayeul jeta les yeux sur lui pour en &ire son successeur. Se voyant vieux et chargé d'infirmités, Mayeul voulut imiter ses prédécesseurs et faire élire son successeur de son vivant. aCrsignant , comme il le dit lui-même dans la charte d'élection qui a été conservée, que les infirmités de la vieillesse ne l'empêchassent de maintenir la règle dans toute sa vigueur, » il convoqua la communauté, et fit élire Odilon (99i) qui eut dès lors le titre d'abbé conjointement avec saint Mayeul qui mourut trois ans après.

Mayeul, déchargé du soin de la communauté , ne songea plus qu'à se préparer à la mort. Loin de se relâcher dans sa vieillesse, dit l'auteur de sa Vie ', il s'excitait à servir Dieu avec une nouvelle ferveur. Deux ans avant sa mort, sentant diminuer ses forces , il ne

< Quélquts wUeurt dli«iil ccpcndaoC que ce Ait S. M Sjrélil i}u1 f^agftia h (^lurtl & Odilon « dsnt ua voysgs qu'U fll es Auvtrgiie. & Odlloo éuilt origiaaln de cette proTince. Les anciens seigneurs de Mercœur prétendaient être de la mène famille que S. Odilon.

s Vit, S. Majol., c 19,

DE L'iCLISB 01 f RANCB. Si

voulait plus paraître en public, et se tenait enfermé dans le monastère ou dans quelqu'une des maisons qui en dépendaient. Là, il ne laissait pas de donner aux frères de salutaires avis; mais son occupation principale était la prière ou la lecture; souvent il pleurait au souvenir des hommes spirituels qu'il avait connus, qui fidsaient fleurir la religion et combattaient courageusement pour la défense de TËglise; il gémissait d'être si loin dé ses modèles ^ et désirait ardemment de quitter le monde où il se croyait inutile.

Telles étaient ses dispositions lorsque le roi Hugues le pria de se rendre au monastère de Saint-Denis où la paix avait été troublée. Mayeul se mit en route malgré ses infirmités, mais il tomba malade en arrivant au prieuré de Silviniac (Souvigny), situé à deux lieues de Moulins , et dépendant de sa congrégation. Il connut que sa dernière heure était arrivée, et l'envisagea avec cette douce joie que donne aux saints l'espérance de voir bientôt leurs vertus couronnées. Ses religieux fondant en larmes autour de son lit, il les consolait par ces paroles : a Si vous m'aimez, pourquoi vous affliger » du bonheur dont je vais bientôt jouir? Dieu m'appelle ; après le p combat il me convie à la gloire. » Il leur donna ensuite à tons l'absolution et la bénédiction, après quoi il ne s'entretint plus qu'avec Dieu^ « Seigneur, disait-il, je suis charmé de la beauté de » votre maison] que vos tabernacles sont aimables, ô seigneur des » vertus ! » Puis il priait en silence et formait sur lui le signe de la croix. Il passa ainsi au repos éternel, plein de jours et de mérites, le i J de mai de l'année 994.

Le roi Hugues, ayant appris la mort du saint homme, accourut à Silviniac pour assister à ses funérailles. Begon, évéque de Clermont, consacra un autel sur son tombeau peu de temps après sa mort; et, en 1095, Urbain II leva son corps de terre pour l'exposer à la vénération des fidèles.

A la mort de Mayeul , la congrégation de Cluni avait des ramifications dans toutes les provinces de France. Nous verrons plus tard les nouveaux accroissements que lui donna l'abbé Odilon.

S2 RISTOIKI

«■■•«•T. " Sa ii«lfM»ee. - S«t prcnlèm écadct aà OMnaatèPe «'Aarlllae ~ Set Tayaftt

•n BH>arn« « en Ualle. - Il revient en Pranee avec ParchIdUcre de Relma et devient cImC de Péeele calhMrale de eHte ville. - ■nfelffnement d« 6erbi>rc~ San deaxièinc veyafe cm Ital'e — Sa dlicoMian avec Ocrlk.' L'easpereor Oiban 11 le fuit abbé de Beble.- Dlf* llcnltéa quMI éprouve dani cette abbaye.— 11 revient à Relmi.— Sa candulle dans Paffiilre d'âdalberon.AtcelIn, évéqne de l.aon.— Il m déclare peur le roi Haffuet et contre Charlea de Lerralne. ~ Adalberon 4'Ardenne , arcbevéqne de Relmt , détlfne Gerbert poor Inl imccéder et mearc pen apréa.— On cboUU pour arcbevéqoede Velms Arnulpb an lien de Cerbert.^ Senncat d*Amalpb. - n irabit le roi iinffvea et livre la ville de ftelim à Cbarlen de liorralne. - CendnltCMfe de GerbeH à Pégard d'Amnlpb — Cerbert qnllte Relma. -Set lettres à Amnipb. -Cenelle de Senlls où Arnnlpta reftate de comparaître. -I^trea de Hng«ea et dea évèqnea an pape -Silence dn pape. - Hagnea attaque Laan, et t'en rend bb«1ii« par lea Intrifuea d'Adalberon-Aacelin.— Charle«de l.orralne priionnler avec — fomiilc— €onclle de Relma pour Joger Amnipb.— Détails de la procédure.— Élection de Gerbert à l'archevCcbé de Relmt — Une remarque blalorique.

Si l'impulsion civilisatrice imprimée par Charlemagne à la société ne s'éteignit pas au x* siècle , on le doit surtout aux premiers abbés de Cluni et à Gerbert.

Ce grand bomme fit, pour les écoles ecclésiastiques^ ce que firent pour les écoles monastiques, Odon, Maycul, Odilon et leurs collaborateurs. Les travaux et les disciples de Gerbert eurent une immense influence et préparèrent la renaissance dn xi^ siècle.

Gerbert * naquit dans la première moitié du x* siècle , au milieu des montagnes de TAuvergne, de parents pauvres et d assez basse extraction ; il devint orpbelin dès ses plus tendres années , et fut élevé au monastère d'Aurillac. L'abbé Gérald, Raimond, écolàtre du monastère, les moines Bernard et Airard lui donnèrent des soins paternels.

Après avoir étudié la grammaire à Aunllac, Gerbert, passionné pour la science, sollicita la permission de quitter le monastère pour visiter les écoles les plus célèbres et chercher un nouvel aliment à son génie.

L'Espagne était alors renommée pour la profondeur de ses études. Gerbert prit le chemin de ce pays, muni d'une lettre de recom-

* Chroo. Aureliac. ; Ghron. Virdan. x Adliem. Caban. Chron. ; Rod. Glab., 1. 1, c. h ; Gerbert, eplsu 17 ad Gerald., à5, 01 ad Baloiund. — Nous avons profilé, dans ce chapitre , de l'ouvrage composé par Hock sur la vie de Gerbert ou Sylvestre H. Ce IWre a été traduit par M. Fabbé Axlngor qui Ta enrichi de notes uUles.

DE L B6USB DB VRAMOS. 53

mandation de son abbé Gérald, pour fiorel , duc d'Espagne *. Celui-ci le reçut avec bonté et le confia à Tévéque Uatton sous lequel le jeune moine fit de grands progrès dans les sciences mathémati-» ques. Gerbert, pendant son séjour en Espagne, se mit en relation avec tous les savants du pays, et surtout avec Warin', abbé de Saint-Michel de Cusan, monastère peuplé d'artistes distingués. Plusieurs chroniqueurs prétendent que Gerbert ne s'arrêta pas dans la Marche d'Espagne, et que Tamour de la science le porta à s'avancer jusqu'à Séville et àCordoue, pour s'initier aux sciences cultivées alors par les Arabes.

Il est certain au moins que ce fut en Espagne qu'il acquit ces connaissances mathématiques et astronomiques qui excitèrent l'étonnement de ses contemporains, au point qu'ils le regardèrent comme un magicien. Il fiiit lui-même mention dans ses lettres * du Traité des Nombres de l'Espagnol Joseph , et du Traité d'Astrologie que Lupito traduisit en latin à Barcelone. Borel et l'évéque Hatlon ayant entrepris le voyage de Rome, Gerbert les y accompagna et se fit connaître de l'empereur Olhon qui s'y trouvait alors *. Il en obtint des marques de bienveillance qui l'attachèrent à la maison im^ périale , et eurent ainsi une influence décisive sur son avenir.

Le pape ' ayant remarqué la fodlité merveilleuse de Geri>ert, el ayant appris qu'il était fort habile dans les mathématiques et la musique, sciences fort peu cultivées en Italie, conseilla à l'empereur de le relenir à Home et obtint le consentement de Borel et d'Halton en leur promettant de garder peu de temps leur protégé. Gérard, archidiacre de Reims et docteur très-renommé pour ses connaissances philosophiques, ayant fait quelque temps après un voyagea Rome, Gerbert, qui désirait passionnément étudier la logique, obtint de l'empereur de suivre l'archidiacre à son retour en France. Admis à l'école ecclésiastique de Reims , il s'y fit bientôt remarquer par son étonnante &cilité, et l'archevêque Adalberon d'Ardenne lui confia la direction de son école cathédrale.

« C'esl-à-dirc de la Marche d'Espagne , qui s*clcudait des deux côlés des Pyrénées.

s Gerbert., Epist. A 5.

» tbtd., Epist. 17, 25.

* Sous le pape Jean XIII, Ters l'an 068. Cétalt Tempereur Otbon-le^rand que connut Gerl)ert à sou premier voyage de Rome. » Rlcb., HIst Franc

Page 1