DB L B6US8 D£ FRANCS
la prière da coupable. Hugues lownéme était ému : a Qu'il vive , dit-il y et qu'il deioeure sous notre garde , sans craindre ni le fer ni les chdnes, à moins qu'il ne cherche à s'enfuir. » Les évéques craignirent qu'Arnulpb ne cherchât à se soustraire à la prison qui lui était destinée 9 et qu'il n'encourût ainsi la peine de mort; ils insistèrent donc, et le roi leur promit enfin de ne pas le faire mourir tant qu'il ne commettrait point de crime digne de la peine capitale.
Arnulph se leva après avoir obtenu cette assurance, et attendit en silence les décisions ultérieures du concile. Les évéques lui demandèrent s'il consentait à ce qu'on le déposât avec les solennités prescrites par les canons; il répondit qu'il s'en rapportait à eux. Sur leur conseil , il remit au roi ce qu'il en avait reçu , c'est-à-dire les marques de l'investiture du fief, et déposa devant les évéques les insignes de sa dignité épiscopale. Il lut ensuite, au milieu de l'assemblée, un acte d'abdication semblable à celui qu'avait autrefois donné Ebbon , dans des circonstances analogues. Cet acte portait en substance que, pour les péchés qu'il avait confessés secrètement aux évéques, il se reconnaissait indigne de l'épiscopat, qu'il y renonçait et qu'il consentait à ce qu'un autre fàt ordonné à sa place, renonçant positivement à interjeter appel du jugement rendu contre lui. Cet acte fut souscrit par tous les évéques présents qui , avant d'apposer leur signature , prononçaient celte formule usitée en pareille occasion : a Suivant ton aveu et ta signature , cesse les fonctions du ministère, b Puis Àrnulph délia le clergé et le peuple de Reims de leur serment de fidélité , afin qu'il leur fi^t libre de s'attacher à un autre.
Le prêtre Adelgar fut ensuite déposé, et Arnulph de Reims fut conduit en prison à Orléans.
Les évéques, avant de se séparer, procédèrent à l'élection d'un nouveau métropHtain. Leur choix tomba sur Gerbert.
On doit remarquer que pendant le procès, Gerbert, malgré de nombreux et graves sujets de plainte, n'avait laissé échapper contre Arnulph aucune parole accusatrice. Ce ne fut ni avec plaisir ni avec empressement qu'il accepta la charge épisoopale. Pour l'y décider, les évéques furent même obligés de lui rappeler le^ divisions qui désolaient l'Eglise de Reims et le choix qu'avait fait autrefois de loi son cher Adalberon ^ On possède l'acte d'élection de Gerbert. Les évoques y font le plus bel éloge du nouvel élu.
^ CoDciL Mosomag. , iofrà*
78 Rt9T<H1lt
«t Noos ftvotls choisi pont mtheTèqtie , di9Mit4lê * , Tabbé Gefbert , horitmé d'an ftge mûr, prodent par eafaetère, accessible aut bons conseils , affable et miséricordieni. Notts connaissons sa vie et ses moanrs depuis son enfi&nce , rinsi que son satoir dans les choses divines et humaines, i»
Aussitôt après son élection , Oerbert donna sa profession de fbî que BOUS avons encore ' . Elle est fort détaillée sur les trois principaux mystères de la Trinité , de Flncamation et de la Rédemption. Il adhère ^ dit-il , aux quatre concHes généraux admis par l'Eglise notre mère commune; ce qui prouve qu'à la fin du x* siècle on ne reconnaissait encore en France que les quatre premiers conciles oecuméniques ^.
Nous devons remarquer que le récit que nous venons de fiûre, d'après Gert>ert , de la déposition d'Amulph , se trouve contredit en
Quelque chose par deux chroniqueurs rappt^Khés des temps où cet vénement eut lieu. L*un * prétcfnd queGerbert ne parvint à l'épia Copat que par tes pre^Aiges ; l'autre * dit que le roi tlugues, voulant éxlerminer la race du roi Lothaire , fit dégrader Amulph sous prétexte qu'il était né d'aUe concubine. Il ajoule que Seguin ne voulut consentir ni à la dégradation d'ArUolph ni h l'orfination deGerbert y et qu'au contraire , il les reprocha au roi dont il s'attira l'indignation.
Ces deux assertions du chroniqueur de Fleuri ne nous semblent |>as exactes.
n est certain que Hugues avait pour fldre déposer Amulph pins qu'un prétexte , puisque cet archevêque avait incontestablement ^olé la fidélité qu'il hii avait jurée.
Il n'est pas moins certain que Seguin consentit à la déposition d'Amulph et à l'ordination de Gerbert, puisqu'il fdtun desévéques
* Ap< UbW Conc t* n^ p^ 1S9^ siMtf.
■ Lés «andles de IWeée, dt Cèostamloofils , d'E^HièM et de GlMlcMoine.
* Ghron. Tlrdfiti.| ap. D. Boa<}., t* t, p. 100, MO. — Gè cbrèdKfdeur tftàmt pis GertMrt^ et prétead « aoa-seotemeat qQ'il foi sorder, nnls ancart qm^i fnt clw»é d'AarilUc pour âên insêimctn l^ rapports qu'eut Gurbert, toute sa vie, avec les moines d'Aurlllac, déoieotent cette assertion, que U plupart des historiens oat cependant acceptée. On n*a pas rendu à Gerbèri toute la Justice qu'il mérite.
> Fragment chron., ap. Duch., U iv^ p. 14s. — Cette Chronique est de Hugues, moine de Fleuri , dont était abbé Abbon, qui fut utt des défenseurs d'Amulpb.
DB L'ictlSB M FRARCB. "^9
ée tïïMetttVléé de Chètfed oft t*une et l'autre furent ofBcieliement ratifiées \
fTous croyons doùc le récit âé Gert>ert beaucoup plus véridique ([ne celai des deux ehr6di(|ueurs que nous avons cités.
CBBMn. - êm éfUmmU — iMtrlgvM mrêlm ««llrt tal par te iiijBH to9«li«. -• A^ k#n lia tkriri, éaiitrâfrc A OarMH. - Lettre d« rai Harnec a« mp«< - AMcaMéc àb thmOm. — B ipei Hl aa 4l*Anialph MnAraiéa. — 1« pap« cxfaaiaBBlc 1m «véqacé d« l*a»-
de ClwIlM. — Aaffato CMuvIlc Ccrfeait Mir la ■aBtaate da papa. — Bépama 4a «èfkeH A É«tfelB tf« tarit. ~ Atttrti iMirai da C c r fc e rt A ftolgar, A wridarad, aa p«p« et
— La papa aavéla un léyat aa Fl'aBca. - Arrlvéade Léa»f Mfatda papa, aa Ijarraloa. ~ liée ralf al Ml «V^Ne» dé rMttca diM eaairv^riéa A an «ahcllA. — ttaraaa at Rabert, db-
évAf«a Aa Laan. — Canclla da Maasaa. — Ctarbart aat la laal évéqaa da Prtaca f ai a^ uwm^é. ^ SA AMMMa. -- CarlMH mMmM avec palna A ifaAMetffr da céMbré» lA teaaia Jol-
C»a«M«ellB da»el«a» aà la ddctAii aai i tA u pii . ^ Oa «a ^Aelda rtai #• eatotaa da lat. — î.a rat Aakart caniaal A rétablir AmalpA, niab A caadlUiMi f aa la papa lai d«a- ■■■■ilijaaiA pa«r tMièaMitadvM BaMb./ •« GaAwt, qal ia vaM ëacrMé, i^cMlMt tètrAlaMaat aa AUeaMffsa^ aA l'avaH ap pO i OiImiIII. — Ia raina AMMIda daHt A fiàakait da ravaalr. — UrrCaM ai allaad la déeliiaA aa AllcauirDc — Il mHI Oikaa 111 aa lulla. — Cao- Hlada taiaaA Anmlpli an a4labN« at PaflWi« da anHafi «i R«iaM itfaaMéaw - Abbaa de Plevri cberffé par la pape de U'avalIlerA la léparatlaii daEekaH al da Bertba. — Im pape tmàÊÊÊÊ OaAeH ai ii tîê f iB da Ratema. — La ^cpè eièaaanaola AèbaH et mearc
Kapria. -^ CarbaM papa. — ê^ aailvlié. ^ 8a« i Miot iia a an éalqdta. —ta laitaaA olpA de âeiaia. - Aa lettre A Adalbelren-AtceUa. — Première Idée dai eraUadaa aaacaa par Cerbère. — Lattre ««Ml écrit A IhiaUcre cadMlIqaa law la aaai éà JAnnalêtt. » Carbart. — ••• ApUapha ci tm Alagab
Geiteri QMii sur le siège de RoiiM tit s'élever contre lui «a parti puifiMunti eomposé àt tooi les éiréqvet de Lonraîne, mus d'Arnulph et {lartisans de la vieiUe moa karoIiiigMMie^ représeetée par Chariesy leur doc» U «s paiie aiasi lui-^oiène k ses andens aoûs^ les moines d'ÂuciUac^ dans «ne lettre fu'il leur écriiiit peu de Itii^is après avoir été élevé à Tépiscopat.
c Aa milieu des graves et nombreuses occupations qui m'acca- Mani^ ie«r dil»il ' , je n'ai anoara pu tam apprendre qne j'ai été
* Après cAtit AifenUAe, flApUa f«l effiafS devoir te pape conteDatr ca ^dI y avait été décidé, et eut besoin d*étre ABoouragé par Gerliert, cyil lai écriftt une kttre doot nous parierons bleatflu
> Gerb., Epist 85 â(L 6eMd. — fiuciiéae, édiL 1 part Les letu-es de Cerbert
80 HISTOIBB
fait évéque de Reims , an moment où je venais de m'eofuir de cette ville pour la cause de Dieu. Cette fkveur m'a procuré une foule d'eo vieux ; et comme ils ne peuvent me faire la guerre les armes à la main, ils ont entrepris de se venger au moyen des lois. La lutte à main armée est incontestablement moins terrible que les chicanes des légistes. J'ai cependant vaincu mes ennemis même sur ce terrain ; ce qui du reste ne les a pas £ût renoncer à leur inimitié. Venez donc, révérends Pères, au secours de votre élève en priant pour lui. La victoire du disciple est la gloire du maître; or, j'ai à vous rendre grâces à tous pour mon éducation , mais surtout à mon père Raymond à qui je suis redevable, après Dieu, de ce que je sais. »
Les envieux de Ger^ert Tavaient dénoncé à Rome comme occupant irrégulièrement lesiéf^ed'Amulph qui aurait été, snivant eux, déposé injustement. Tandis qu'ils poursuivaient leurs intrigues, Gerbert ne songeait qu'à s'acquitter des devoirs de son ministère. Nous avons plusieurs lettres de cette époque dans lesquelles il répond k des consultations canoniques; il intervint dans une discussion qui avait éclaté entre les moines de Saint-Denis , et dît à cette occasion cette belle parole à Arnulph d'Orléans * :
a Dieu, mon cher ami, a beaucoup fttit pour l'homme en lui donnant la foi et en ne lui refusant pas la science^ Unissons donc la science et la foi 3 car on ne pent pas dire que les idiots aient nne vraie foi. »
Gerbert assembla , la seconde année de son épiscopat (993), un synode provincial à Reims ' pour condamner Herbert , comte de Yermandois, et plusieurs autres seigneurs qui avaient pillé les terres du diocèse de Reims. Herbert, fort attaché à Arnulph, haïssait personnellement Gerbert , et tint sans doute fort peu de compte des menaces d'excommunication du concile.
Il en fiit probablement de même de Foulques , successenr de Godsman sur le siège d'Amiens. C'était «m jeune homme qui avait
se trouvent dans le deoxtème voIuim de la eollodion des htsloriens de Franee de André Duchéne. Cet érudit les a partagées en deux parties.
On trouve aussi les lettres de Gerbert dans la collecUoD des historiens de Franee de D. Bouqoet, t. x, et dans la BIbHotlièqoe des Pèfes, édit. de Lyon.
< Gerb.,Eplst. 32 ad Arnnlpb., edit. Duch., 2. part.
> Ap. Labb. Conc,, t. ix, p. 740. Gerb. Ç|Ust« 40»43,edit« Ducli., S. pari.
DB l'rGUSB m VRAIICI. 6i
philôt les mœars d'an seigneur laïque que d'un évéque , et qui pillait les biens ecclésiastiques dont ses prêtres avaient Tusufiruit.
Gerbert lui en écrivit avec l'autorité que lui donnait son âge ci son expérience.
c Parmi toutes les affaires auxquelles nous devons donner nos soins y lui dit-ii \ il n'en est pas qui nous soit plus pénible que les excès auxquels vous vous livrez. Chargé de la métropole de Reims, BOUS devons particulièrement veiller sur vous qui faites vmr, par votre jeunesse et par la légèreté de vos mœurs, que vous ne savet pas encore porter le poids de Tépiscopat. »
Gerbert surveillait soigneusement ses suffragants, comme on le voit par plusieurs de ses lettres ^. Il exhorte l'un à renoncer à une coupable partialité et à rétablir dans ses fonctions , après un nouveau jugement , un prêtre qu'il avait déposé, malgré l'appel inter*^ jeté par ce dernier à un tribunal supérieur. Il recommande à un autre de ne pas agir avec trop de sévérité, et à ne pas frapper d'in • terdit certains lieux à cause de quelques méchants qui s'y trouvaient.
La sagesse du savant archevêque de Reims était si bien reconnue , que Tarchevêque de Tours le consulta sur une contestation qui s'était élevée entre lui et les chanoines de Saint-Marlin.
II a'était point r^re de voir de, ces contestations entre les évéques et certaines abbayes qui abusaient souvent , pour se soustraire à l'action légitime du pouvoir épiscopal, des privilèges que Rome leur avait accordés.
Les abbayes avaient alors un éloquent défenseur dans la personne d'Abbon de Fleuri, un des plus savants hommes de Tépo^ que '.
• Ap. Labb., Gonc., f. w, p. 740; Gerb., Eptet. 47 ad FuIcon.,cplscop. Ambfattu, edic Duch., 2.» part.
- Gerb., EpisL 39, 44, cdil. Duch.,2.«parU
> Nous aurons plus lard occasion d« faire connaître plus amplement Abbon de Fleuri ; mais pour le inomeat nous devons faire observer qu'il se trouva plusieurs fois en lulte avec GerlierL
Abbon eut des dirOcultés graves avec Amulpb d'Orléans, et Gerbert prit le parti d'Arnulpb, qui était son intime ami; de là un premier germe de méounteo. tement dans l'ame d'Abbon contre GerberL Dans le différend qui s'éleva entra les moines de Salnl-Marlin, Abbon était pour les moines, tandis que Gerbertétalt pour l'archevêque,
Eolin, dans la fameuse discussion qui eut licU sous le règne de Hugues^pet,
IV
se H»TOmB
Abbon prit la défense des cbanoiaes de Sainl-Bfartin et on fat obligé, pour temniner ce différend, de convoquer un concile qui se tint dans une église dédiée à saint Paul, on ne sait en quel lieu. Gerbert y assista et fut chargé par les autres évoques d'écrire aux chanoines de Saint-Martin de se réconcilier au plus tAl avec leur archevêque, et de se rendre à l'assemblée de Ghelies qui devait se tenir peu de temps après \
Cette assemblée avait été convoquée pour obéir aux instances réitérées du pape qui demandait un examen juridique de la déposition d' Amulph et de l'élection de Gerbert. Le pape Jean cédait anx
au sujet des dîmes, Gerbert et Abbon se trou?èrcnt encore divisés. Les évéqnes, prélcudant que les dîmes appartenaient au clergé séculier, voulurent eo priver les moines et s'assemblèrent, pour décider cette question, au monastère de Saint- Denis. Tandis qu'ils délibéraient , les moines de Snint-Denis et lenrs senfiDenrs tombèrent à main armée sur les ëvéqiies qui se dispersèrent. Segnln de Sens, président du concile, fut frappé et couvert de boue. Les évéques se réunirent 4 Paris et excommunièrent les moines de Saint-Denis. Amulph d*0rléans accusa dV voir excité cette émeute Abbon de Fleuri , qui avait soutenu les prétentions des moines dans le concile de Saint-Denis. Abbon composa son Apoiaçie poar se dis* culper. Il y attaque Amulph d'OrUans sans ménagement. Gerbert prie chaudement parU pour son ami Amulph , comme on le voit dans, une lettre qu'U toi écrivlu (Ëpist. 32, edit. Duch. 2.» part)
Il est donc facile de comprendre , après ces divisions entre Gerbert ejt Abbon de fleuri , pourquoi ce dernier se déclara contre Gerbert comme nous le terrons bientôt, et pourquoi aussi deux écrivains du monasière de Fievri, le chroniqueur Hugues et Almoin , auteur de la vie de saint Abbon , sont peu favorables k Gerbert. Toutefois on doit remarquer que ces deux chroniqueurs se contredisent dans le peu qu'ils nous ont laissé sur Gerbert , et quMIs ont commis les plus grossières bévues. Cependant la plupart des historiens postérieurs les ont pris pour gnides dans leurs récUs et n'ont lenn à peu près ancun compte des autres qui lui sont favorables et qui sont beaucoup plus exacts. A Fleuri même on revint cependant sur le compte de Gerbert Ainsi le moine Helgald , historien du roi Bobert, confirme les louanges que donnaleol à Gerbert DithmaretRaoul-Glabert
La science de Gerbert le fit passer de son temps pour un magicien.
A la fin du xi* siècle , Huges de Flavlgny, dans la Chronique de Verdun, et Sigebert de Gembioux, dans sa Chronique , accueillirent quelque chose des bruits populaires qui étalent méprisés par tous les hommes sérieux contemporains de Gerbert Les chroniqueurs postérieurs accueillirent et embellirent suoceselvement ces contes dont Guillaume de MalmesburI , au milieu du xii* sièele , fit un f éritable roman* Depuis lors, Gerbert fat décidément magicien et vendu an 4liabie. Nous ne perdrons pas notre temps à réfuter de parelHes absurdHis qui n'ont pour nous qu'une raison t le génie et la sotence extraordinaire de Gerhtsu
< Gerb.,Epist 50,ediU Duch., S.« part
DB L SG116B I» PRAHCB. jB3
intrigues des évèques de Lorraine, endeinis de l'illustre archevêque , et le roi Hugues avait cru nécessaire de lui en écrire en ces termes * :
« Votre Sainteté recevra de la part de nos évéques et de la mienne I par l'archidiacre de Reims, des letlres conlenant les détails de l'a&ire d'ArnnIph ; nous vous prions en outre de ne rien décider que de juste à notre égard et à l'égard des nôtres , et de ne pas accepter pour certaines des choses douteuses. Nous n'avons assurément rien fait contre votre autorité apostolique. Si vous n'ajoutez pas foi à cette lettre, nous pourrons traiter de ces choses de vive voix. La ville de Grenoble, située sur les confins de l'Italie et de la France, a , plusieurs fois déjà, été le théâtre des entrevues des pontifes romains et des rois franks. Elle peut le devenir encore , si cela vous est agréable. Si vous préférez nous visiter chez nous, nous vous accueillerons, à votre descente des Alpes , avec de grands honneurs, et nous vous reconduirons avec toutes les marques <Ie respect qui vous sont dues.
» Nous vous parlons ainsi sans hypocrisie, et dans l'intention de vous convaincre que nous ne voulons point nous soustraire à votre jugement. Veuillez donc accueillir avec bienveillance l'archidiacre notre envoyé , el que le succès de sa mission vienne nous combler de joie et accroître notre dévouement pour vous. »
Cette lettre n'eut pas le succès que le roi pouvait en attendre. Les ennemis de Gerbert l'emportèrent dans l'esprit du pape. Ce fut en ces circonstances qu'eut lieu l'assemblée de Chelles. Elle fut présidée par le roi Robert, et on y vit quatre métropolitains: Gerbert de Reims, Seguin de Sens, Archanibauld de Tours et Daïbert de Bourges ^.
Les évéques y décidèrent de former entre eux une ligue fortement unie , afin de lutter avec plus de succès contre les seigneurs laïques qui abusaient de leur puissance féodale , et étaient autant de tyrans pour les Eglises. Puis ils décrétèrent qu'ils regarderaient comme nul tout ce que le pape romain ordonnerait d'opposé aux
* Epist R«g. Hug. ad Joano., pap. ; apudLabb., Conc, U ix, p. 743.
s Rich., HIst. Franc — Richer est le seui historien qui ait donné des détails suffisants sur l'assemblée de Chelles. L'ouvrage de Richer, disciple de Gerbert, était resté maouscrit Jusqu'à nos Jours. Il a été édité par la Société de l'Histoire de France»
84 nisToiRB
décrets des Pères ; eofio ils confirmèrent la déposition d'Amulph et Télection de Gerbert.
Le pape ayant appris ces décisions , condamna les évéques qui les avaient prises et les interdit de la célébration des saints mystères. Cette sentence émut Seguin, archevêque de Sens. Cependant , avant de s'y soumettre y il en écrivit à Gerbert qui lui répondit * :
« Votre sagesse eût dû vous élever au-dessus des intrigues d'hommes artiiicieux, et vous eussiez dû entendre la voix du Seigneur qui vous disait: a Si on vous dit: le Christ est ici, le Christ est là, n'y B allez pas. o On dit que c'est à Rome que se trouve celui qui justifle ce que vous condamnez , et qui condamne ce que vous trouvez juste; et moi je dis qu'il n'appartient qu'à Dieu et non pas à un homme de condamner ce qui paraît juste, et de justifier ce qui semble mauvais. Dieu a dit : a Si ton frère a péché contre toi , va et » reprends-le; s'il ne t'écoute pas, dcnonce-leà l'Eglise; s'il n'é- » coûte pas l'Eglise, regarde-le comme un païen et un publicain. » Comment nos envieux osent-ils donc prétendre que dans la déposition d'Amulph on eût dû attendre le jugement de l'évéque ro* main? Croient-ils donc que le jugement de l'évoque romain est supérieur au jugement de Dieu? Mais le premier évoque des Romains et le prince des apôtres a dit: a II vaut mieux obéir à Dieu D qu'aux hommes. » Je le dis sans hésiter , si l'évéque romain luimême pèche contre son frère, et , si après avoir été souvent averti, il n'écoule pas l'Eglise, il doit être, lui évêque romain, regardé, d'après l'ordre de Dieu , comme un païen et un publicain. Plus la dignité est élevée, plus la chute est grave. Si, à cause de cela, il nous juge indignes de sa communion, il ne pourra pas au moins nous séparer de la communion de Jésus-Christ.
» Vous n'avez pu être interdit de la célébration des saints mystères comme un criminel convaincu et ayant avoué son crime ; vous n'avez pu l'être non plus comme rebelle et transfuge, puisque vous n'avez jamais manqué aux saints conciles, et que d'autre part votre conscience est pure; la sentence portée contre vous n*est donc pas légale et ne peut être portée légalement. Elle n'est pas légale, parce que le pape Grégoire a dit : a Une sentence portée sans écrit ne » mérite pas le nom de sentence. » Elle ne peut être portée conformémenl aux lois, parce que le pape Léon a dit: « Le privilège de
* Eplst. Gcrb. 83 ad. Siguin., cdlL D. Bouquet, HisL Fr&nc. Scripu,t. x.
DB L'iousu M nUNCB. 85
» Pierre ne subsiste plus dès que lejugemeut n'est pas conforme à » l'équité. B Ne donnons pas à nos envieux l'occasion de croire que répiscopat, qui est un comme l'Eglise catholique eslune, soit tellement identifié à un seul homme , que si cet homme était vicieux et corrompu par l'argent, laÊiveur, la crainte ou l'ignorance, il n'y aurait d'évéque que celui qui aurait ces émiuentes qualités. Que la loi commune de l'Eglise soit l'Evangile avec les écrits des apôtres et des prophètes, avec les canons établis par l'esprit de Dieu, consacrés par le respect du monde entier, enfin avec les décrets du siège apostolique non contraires aux canons; que celui qui méprise ces monuments soit jugé et condamné par eux; à celui qui les garde et les observe suivant son pouvoir, la paix continuelle en ce monde et la paix éternelle en l'autre !
» Je désire que vous vous portiez bien. Je vous salue et vous recommande de ne pas vous abstenir de célébrer les saints mystères; car l'accusé qui se tait devant son juge s'avoue par là même coupable, ainsi que celui qui se soumet volontairement à la peine qui lui est infligée.
» Or, l'aveu est salutaire, quand on affirme de soi la vérité; mais cet aveu est mauvais quand on s'accuse ou qu'on se laisse accuser à faux. Il &ut rejeter la &usse accusation intentée contre nous, et mépriser la sentence illégale dont on a voulu nous frapper, de peur d'être coupables en voulant paraître innocents aux yeux de l'Ëglise. b
Seguin et les autres évéques de France ne tinrent point compte de Texcommunicalion lancée contre eux par le pape *,
Il nous reste plusieurs autres lettres qu'écrivit Gerbert vers cette époque pour se défendre, encourager ses amis, les consoler et les soutenir. Telles sont celles qu'il écrivit ' à Notger, évéque de Liège ; à Wilderod, évéque de Strasbourg. Cette dernière est un vrai traité dans lequel il cherche à s'appuyer sur l'autorité de toute la tradition catholique. Il s'adressa au pape lui-même ' :
a J'éprouve une profonde douleur, lui dit-il, de paraître coupable envers votre très sainte Autorité apostolique. Jusqu'ici, ma
< Le successeur de Jean XV, Grégoire V, les cita pour cela au concile de Pavie.
> Epiai. Gerb. ad Notger. et ad Welderod«, apud Ducb. et apnd D. Bouquet. , HIsl. Franc Script.
s Gerb., Eptst 88, edit Ducb.
76 Hiafoiiui
On fit alors ouvrir les portes de l'église, et le peuple y entra en foule. Un profond silence régna tout-à-coup dans Timmense assem* blée y lorsque Taccusé comparut, c Vous voyez tous les regards fixés sur vous, lui dit Araulph d'Orléans, pourquoi ne parles*vous pas?» Le pauvre archevêque, tremblant pour son honneur, sa lib^ié et sa vie, ne put prononcer que quelques mots entrecoupés et inintelligibles, a Êtes- vous encore dans les mêmes dispositions, reprit l'évéque d'Orléans, et renoncez-vous à la dignité épiscopale dk>oi vous avez mal usét — C'est ainsi que vous le dites, répondit l'accusé. — Que signifie cette réponse? demanda le comte Brochard '. Il fout une confession plus claire, afin que l'accusé ne puisse prétendre un jour que les évéques lui ont imposé un crime selon leur volonté. » Alors l'archevêque prononça ces paroles : — «Je déclare et je confesse publiquement que j'ai péché et que j'ai violé la fidélité que je devab an roi. Pour le reste, vous pouvez vous en rapporter au seigneur évêque Amulph. Je le prie de parler pour moi et d'exposer ma cause. — L'archevêque Arnniph est naturellement taciturne , dit l'évêque d'Orléans, et il a honte de déclarer publiquement ce qu'il nous a confessé en secret; qu'il vous suffise de savoir qu'il reconnaît avoir manqué à la fidélité qu*il devait au roi. —Cela ne suffit pas, reprit le comte Brochard, il faut encore qu'il déclare ou qu'il nie publiquement avoir £ût son abdication entre vos mains ^ afin qu'on puisse élire un autre archevêque à sa place. » Amulph d'Orléans dit au comte : — - a Vous n'avez pas ici la même autorité que les évêques et les prêtres; il doit vous suffire de savoir que l'accusé s'est reconnu indigne de l'épiscopat.» Puis, se tournant vers Amulph de Reims, il ajouta : — a Que ditesvous de ce que j'ai répondu pour voust — Je confirme ce que vous avez dit, reprit l'accusé. — Prosteraez-vous donc, répliqua l'évêque d'Orléans, devant les rois vos seigneurs contre lesquels vous vous êtes rendu coupable d'une fiiute irrémissible , et demandez grâce pour votre vie. b
Amulph se jeta à genoux , et , les bras étendus en croix, demanda en sanglottant qu'on lui conservât la vie et l'usage de ses membres. Ce triste spectacle remua tous les cœurs et fit verser des larmes à tous ceux qui en furent témoins. Au nom du concile , Daîbert, archevêque de Bourges, embrassant les genoux des rois, appuyait
< Ou Burchard , peut-être le même que ce comte de Gorbell qui réforma Saint- Uaur-des-Fossés, aîcc l'aide de saint MayeuL
DB L*i6US8 «B FRANCS. 77
la prière do coupable. Hugues lui-même était ému : a Qu'il vive , dit-il y et qu'il demeure sous notre garde ^ sans craindre ni le fer ni les chaînes y à moins qu'il ne cherche à s'enfuir. » Les évéques craignirent qu'Arnulpb ne cherchât à se soustraire à la prison qui lui était destinée y et qu'il n'encourût ainsi la peine de mort; ils insistèrent donc, et le roi leur promit enfin de ne pas le faire mourir tant qu'il ne commettrait point de crime digne de la peine capitale.
Arnulph se leva apràs avoir obtenu cette assurance, et attendit en silence les décisions ultérieures du concile. Les évéques lui demandèrent s'il conseniait à ce qu'on le déposât avec les solennités prescrites par les canons; il répondit qu'il s'en rapportait à eux. Sur leur conseil , il remit au roi ce qu'il en avait reçu , c'est-à-dire les marques de l'investiture du fief, et déposa devant les évéques les insignes de sa dignité épiscopale. Il lut ensuite, au milieu de l'assemblée, un acte d'abdication semblable à celui qu'avait autrefois donné Ebbon , dans des circonstances analogues. Cet acte portait en substance que, pour les péchés qu'il avait confessés secrètement aux évéques, il se reconnaissait indigne de l'épiscopat, qu'il y renonçait et qu'il consentait à ce qu'un autre fût ordonné à sa place, renonçant positivement à interjeter appel du jugement rendu contre lui. Cet acte fut souscrit par tous les évéques présents qui , avant d'apposer leur signature , prononçaient cette fonnule usitée en pareille occasion : a Suivant ton aveu et ta signature , cesse les fonctions du ministère. » Puis Àmulph délia le clergé et le peuple de Reims de leur serment de fidélité, afin qu'il leur tdi libre de s'attacher à un autre.
Le prêtre Adelgar fut ensuite déposé, et Amulph de Reims tai conduit en prison à Orléans.
Les évéques, avant de se séparer, procédèrent à l'élection d'un nouveau métroplitain. Leur choix tomba sur Gerbert.
On doit remarquer que pendant le procès, Gerbert, malgré de nombreux et graves sujets de plainte, n'avait laissé échapper contre Amulph aucune parole accusatrice. Ce ne fut ni avec plaisir ni avec empressement qu'il accepta la charge épiscopale. Pour l'y décider, les évéques furent même obligés de lui rappeler les divisions qui désolaient l'Eglise de Reims et le choix qu'avait fait autrefois de Id son cher Adalberon ^ On possède l'acte d'élection de Gerbert. Les évéques y font le plus bel éloge du nouvel élu.
^ CoDciL Mosomaa. , iofrà.
78 RISTOlflÈ
«t Noos ftvons ehoisi potif fDtherèqtie, di9Mit-ils% l'abbé Gei*bert , homin^ d'an flge mûr, prodent par caractère , accessible aux bons conseils, affable et misérioordieai. Notts connaissons sa vie et ses mœurs depnis son enfonce, lânsi que son satoir dans les choses divines et humaines, i»
Aussitôt après son élection , Oerbert donna sa profession de fbi que BOUS avons encore' . Elle est fort détaillée sur les trois principaux mystères de la Trinité , de l'Incarnation et de la Rédemption. Il adhère^ dit-il, aux quatre condles généraux admis par TEgiise notre mère commune; ce qui prouve qu'à la fin du x* siècle on ne reconnaissait eticore en France que les quatre premiers conciles oecuméniques ^.
Nous devons remarquer que le récit tçit nous venons de faire, d'après Gerbert , de la déposition d*Amulph , se tft)uve contredit en quelque chose par deux chroniqueurs rapprochés des temps où cet événement eut lieu. L^un * prétcfnd que Gerbert ne parvint à l'épiscopat que par ses presftiges ; l'autre * dit que le roi tlugues, voulant exterminer la nlce du roi Lothaire, fit dégrader Amulph sous prétexte qull était né d'une concubine. Il ajoute que Seguin ne voulut consentir ni à la dégradation d'Arnnlph ni k Torfination defierbert , et qu'au contraire , il les reprocha au roi dont il s'attira l'indignation.
Ces deux assertions do chroniqueur de Fleuri ne nous semblent |>as exactes.
n est certain que Hugues avait pour fldre déposer Ahiulph plus qu'un prétexte, puisque cet archevêque avait incontestablement violé la fidélité qu'il lui avait jurée.
Il n'est pas moins certain que Seguin consentit à la déposition d'Arnnlph et à l'ordination de Gerbert, puisqu'il fntun desévéques
« Ap. UbW Conc t. n^ p^ 759^
■ Lés «andles de ]«leés, de CeBSUiitino|>le, d'EtHitue é( de GlMlcêMne.
4 Ghron. Tlrd(in.| ap. D. Bonq., u 4, p. S05, fOO. ^Ge chi^Kpieur nPiiare pAs Gerbert, et prétsad s Boa-seotemeat qo'il fut sorder, nnls encore qalt fitC clweié d'AarilUc pour têm iiuê latct ^ Lee rapports qu'eut Gerbert, toute sa vie , avec les moines d'Aurillac, déoieotent cette assertion, que la plupart des historiens oat cependant acceptée. Ou n*a pas rendu à Gerbèrt toute la JusUce qu'il mérite.
> Fragment chron., ap. Ducb., t. iv, p. 14S. — Gette Chronique est de Hugues, moine de Reurl , dont éuit abbé Abboo, qui fut ml des (Mtosears d'Amtiîpb.
D« L'iGtlSt tt FRANCK. %
de YssMnVlié de Cbelted o& Tune et Tàtifre furent ofBciellement Wfifiêes*.
Ifous cfoyôns doffac lé récit dé Getbert beaucoup plus véridique que cetai des deux ehfôaiqueurë que nous avons cités.
OSABBirr. - Sm éylMt^t. — iMtrisMi mffélm t^un lal p«r kt M«m» ImtaIm. - â^ hên à» fimtrî, èétttralra A Cterbért. - L^tre da rai MûfoM aa pape. — AaMoiMée àm Cheltaa. — BépMlllMi d'AnialM csalraée. — Le pape excenoionle Im évéqnctf de IH»teosMée de CiMile». — fefwla ceaMlle Cer fce rt tar la aciiteace da papei — aépe^e de •è^lieH A êethlm éé terit. ^ AatHa iMtrci «e Gerfecft A ÈMgtr, A wndered, aa pape ec A rilpétf a i rU a AdHi l da i - «friMrt ad léwall paa A fMr« aaMMHtrtta mmHc natM^I. — Le pape envéle an légat ea P^aaei. — Arrivée de Léettf légat da pape, ea Lerratae. — l,eè relfl cl lA êvA^c» de PMace Mat ceairaqtfét A aa èvhcllft. — ttogaet et Bebert, dU. féaiad'akaffd A a»r w iiii, a» Mat eapAiMa par ta ceadafaila* d ^ â d a mi ta A> m ià, évéqae Ae Laea. — Ceaclle de Measea. « Gèrbert eat le leal évéqae de Praace qal 9^ trea véi ^ td diOlita. -- «erUeH caèieal avec peiné A K»aBatedff de céMbi^ la laciw Jo»-
Ïa*a«i ecMlto deftalva, «àta ddcMea cMM^vepée. >- Oa »e A é eM a Hea Aa oaMHa da eioM. — i'9 rel HelMrt cenieat a réiabllr Arnalpb, maU A ceadltiea qae le pape lai deâaaca dlijiiaiÉ paa» i— lAaèilia dvdd Binih. - CeAcM, ^ ée vaM iacHM, i^eUNIt àc^rAleaMai ea AllcaMfae« eà l'avait appelé OilMaHI. ~ lAvalac AfléUlda dcHtAMilw*4a revealr. — llrrftue M aticad la déclàlaA ea Alleaiaf ne — Il Mrtt Oilien III en lulle- — Cea- Allc«iBMa«*Araa|p|iefi HlaM|« et IfaaMredadnHagcdi BetaMil|eatflé«i^AI>bea de Pleari chargé par le pape de travailler A taséparatlea deBekcH al da Bcrtbe. ^ La »ape a u d i i i a flarffcerÉ dr<iét é<aa de Bateaae. — Lé ^ape eièeaiaaanle tabert et a^art
Kaprta. -* Cerbeai papa- -^ ê^ aailvlié' — San l Mt « m a a aa»éa< q da ^ ^ta tandKA ulpA Ae àelaM. - ia lettre A Adalliefea-Aicella. — PreaUère Idée dei cralaadea eaaçae par Gcrkert. — Laure qaMI écrit A l^aalvera cailMllq«e leaa ta aeai éé lérttialéa. - HaH et Ccrkert. ^ Saa^pIttpM d m* étafck
Gerbert mtk sur le siégie4e Heitas tit a'életrer eo&fre lui «h parti puiftsant I composé do toiu les évéqvea de Lonraiiie^ «nm d*Ar» nulpb et partisans de la vieiUe noa àaroUngie— e^ tepriaentéepir Clutflesy leur duc U en paiie aiBsi lui-Hnéne k ses anoîeiiA anii^ les moines d'ÀuriUacj dana une lettre ^a'il leur éorinit peu de ten|>s après avoir été élevé à Tépiscopat.
« Au milieu des graves et nombreuses occupations qui m'acca- Umly lev dît-il * j je n'm OBcire pa mn» ip^iidre que j'ar été
* Après çaMa siieniMéet Ssgiito fut aWHyi da^rtf It pape conilMiMr co Uni y avait été décidé, et eut besoin d'être sncaungé par Gerbert, qyl inl écrivit une lettre dont nous parlerons bfeàtOU
s Gerb., Bpist 35 A(t Gefald. — thichéne, édlL 1 pari. Les lettres de éerbert
80 HtSTOIAB
fait évèque de Reims , au moment où je venais de m'eitfuir de cette ville pour la cause de Dieu. Cette foveur m'a procuré une foule d'envieux ; et comme ils ne peuvent me faire la guerre les armes à la main y ils ont entrepris de se venger au moyen des lois. La lutte à main armée est incontestablement moins terrible que les chicanes des légistes. J'ai cependant vaincu mes ennemis même sur ce terrain ; ce qui du reste ne les a pas fait renoncer à leur inimitié. Venez donc, révérends Pères, au secours de votre élève en priant pour lui. La victoire du disciple est la gloire du mattre; or, j'ai à vous rendre grâces à tous pour mon éducation , mais surtout à mon père Raymond à qui je suis redevable , après DieU| de ce que je sais, s
Les envieux de Ger^ert l'avaient dénoncé à Rome comme occupant irrégulièrement le sié^e d'Amulph qui aurait été, suivant eux , déposé injustement. Tandis qu'ils poursuivaient leurs intrigues, Gerbert ne songeait qu'à s'acquitter des devoirs de son ministère. Nous avons plusieurs lettres de cette époque dans lesquelles il répond à des consultations canoniques; il intervint dans une discussion qui avait éclaté entre les moines de Saint^Denis , et dit à cette oecasion cette belle parole à Arnulph d'Orléans * :
« Dieu, mon cher ami , a beaucoup fkit pour l'homme en lui donnant la foi et en ne lui refusant pas la sckihce* Unissons donc la science et la foi) car on ne pent pas dire que les idiots aient mie vraie foi. »
Gerbert assembla , la seconde année de son épiscopat (993) , un synode provincial à Reims' pour condamner Herbert^ comte de Vermandois, et plusieurs autres seigneurs qui avaient pillé les terres du diocèse de Reims. Herbert , ^rt attaché h Arnulph , baisant perBoanellement Gerbart , et tint sans doute fort peu de compte des menaces d'excommunication du concile.
Il en fut probablement de même de Foulques , successeur de Godsman sqr le siège d'Amiens. C'était un jeune homme qui avait
sa tpottvem dam la dtaxièine vohiiM de la eonodlon des historiens de France de André Duchéne. Cet érudit les a partagées en deux parties.
On trouve aussi les lettres de Gerbert dans la collection des historiens de France de D. fiouqnet, L z, et dans la Bibliothèque des Pères, édlt. de L^on.
< Gerb.,Bplst 82 ad Arnulph., ed1(. Buch., 2. part.
s Ap. I^abb, Gonc^, u ix, p. 740. Gerb» C|iist. èO^è^,, edit* DMch.|S. part.
DB l'rGUSX ra VlAlfGB* 81
plutôt les moears d'un seigneur laïque que d'un évéqiie, et qui pillait ks biens ecclésiastiques dont ses prêtres avaient l'usu*fruit.
Gerbert lui en écrivit avec l'autorité que lui donnait son âge et son expérience.
« Parmi toutes les afiaires auxquelles nous devons donner nos soins, lui dit-ii \ il n'en est pas qui nous soit plus pénible que les excès auxquels vous vous livrez. Chargé de la métropole de Reims , nous devons particulièrement veiller sur vous qui faites vmr, par votre jeunesse et par la légèreté de vos mœurs, que vous ne savex pas encore porter le poids de l'épiscopat. »
Gerbert surveillait soigneusement ses suffraganls, comme on le voit par plusieurs de ses lettres ^. Il exhorte l'un à renoncer à une coupable partialité et à rétablir dans ses fonctions, après un nouveau jugement, un prêtre qu'il avait déposé, malgré l'appel inter« jeté par ce dernier à un tribunal supérieur. Il recommande à un autre de ne pas agir avec trop de sévérité, et à ne pas frapper d'in • terdit certains lieux à cause de quelques méchants qui s'y trouvaient.
L^ sagesse du savant archevêque de Reims était si bien recon* nue , que Tarchevêque de Tours le consulta sur une contestation qui s'était élevée entre liii et les chanoines de Saint-Marlin«
II n'était point rare de voir de. ces contestations entre les évéques et certaines abbayes qui abusaient souvent, pour se soustraire à l'action légitime du pouvoir épiscopal, des privilèges que Rome leur avait accordés.
Les abbayes avaient alors un éloquent défenseur dans la personne d'Abbon de Fleuri , un des plus savants hommes de l'époque '.
« Ap, Labb., Conc., f. ix, p. 740; Gerb., Epist 47 ad Fulcon., eptscop. Ambian., edit. Ducli., 3." part.
2 Gerb., Epist. 39, 44, cdil. Duch.,3.*part.
* Nous aurons plus urd occasion de faire connaître pins amplement Abbon de Fleuri ; mais pour Je moment nous devons faire oboerver qu'il se iroura plusieurs fols en lutte avec Gerbert.
Abbon eut des difficultés graves avec Amulph d'Orléans, et Gerbert prit le paru d'Arnulpb, qui éult son InUme ami ; de là un premier germe de méoonteiw tement dans Tame d'Abbon contre Gerbert Dans le différend qui s'éleva entre les moines de SaInt-UarUu, Abbon était pour les moines, tandis que Gerbertétalt pour l'archevêque.
Enfin, dans la fameuse discussion qui eut tleu sous le règne de Hugues-Gapet,
IV
te Bmonx
Abbon prit la défense des chaooiiies de Saint^Martin et on fot obligé, pour terminer ce différend y de convoquer un concile qui se tint dans une église dédiée à saint Paul, on ne sait en quel lieu. Gerbert y assista et fiit chargé par les autres évoques d'écrire aux chanoines de Saint-Martin de se réconcilier au plus tôt avec leur archevêque y et de se rendre à rassemblée de Chelles qui devait se tenir peu de temps après ^
Cette assemblée avait été convoquée pour obéir aux instances réitérées du pape qui demandait un examen juridique de la déposition d'Amulph et de l'élection de Gerbert. Le pape Jean cédait aux
au si^et des dîmes, Gerbert et Abboi se UvuTèrent encore divisés. Les éTftqoes, prétendant que les dîmes appartenaient au clergé séculier, voulurent en priver les moines et s'assemblèrent, pour décider cette question, au monastère de Salnt- Deoia. Tandis qu'Us déltbér«lent , les moines de Salat-Deais et leurs servkeurs tombèrett à main année sur tes évéquct qui se dispersèrent Begidn de Sens, pr^ sident du concile, fut frappé et couvert de boue. Les évéques se réunirent à Paris et excommunièrent les moines de Saint-Denis. Arnulpb d*0rléans accusa dV voir ezdté cette émeute Abbon de Fleuri , qui avait soutenu les prétentions des moines dans le concile de Saint-Denis. Abbon composa son Apologie pour se disculper. Il y attaque Arnulpb d'Orléans sans ménagement. Gerbert prit cbandenent parti pour son ami Arnulpb , comme on le voit dans une lettre qu'U lai écrlvlL (Ëpist. 33, edit. Duch. 2.» part)
U est donc facile de comprendre , après ces divisions entre Gerbert et Abbon de fleuri , pourquoi ce dernier se déclara contre Gerbert comme nous le verrons Meatdt, et pourquoi ausrf deux écrivains du OMnastère de Fleari, le cbronlqueor Hugues et Almoln, auteur de la vie de saint Abbon , sont peu favorables k Gerbert. Toutefois on doit remarquer que ces deux chroniqueurs se contredisent dans le peu quils nous ont laissé sur Gerbert , et qu'ils ont commis les plus grossières bévues. Cependant la plupart des historiens postérieurs les ont pris pour guides dans leurs récits et n'ont tenu k peu près aucun compte des autres qui lui sont favorables et qui sont beaucoup plus exacts. A Fleuri même on revint cependant sur le compte de Gerbert Ainsi le moine Helgald , historien du roi Botiert, confirme les louanges que donnant à Gerbert Dithmaret Baoul-Glabert
La science de Gerbert le fil passer de son temps pour un magicien.
A la fin du xi* siècle , Huges de Flavlgny, dans la Chronique de Verdun, et Slgebert de Gembloux, dans sa Chronique, accueillirent quelque chose des bruits populalrea qui étalent méprisés par tous ies bomnies eérieuic oontemporafns de Gerbert Les cbroalqueurs poetérieurs accueillirent et embellirent successivement ces contes dont Guillaume de Malmesburl , au milieu du xii* siècle , fit un vértlaMe rouan. Depuis lors, Gerbert fut décidément magiden et vendu au niable. Noua ne perdrons pas notre temps à réfuter de pareilles absurdMs qui n'ont pour nous qu'une ralaon t le génie et la science extraordlnahre de Gerbert*
* Gerb.,Eplst 50,edlU Duclt, 3.« part
DB L BGLI0B DB FRANCB. 63
inlrtgaes des évéques de Lorraine, endeaûs de l'illustre arcb&véque, et le roi Hugues avait cru nécessaire de lui en écrire en ces termes ^ :
« Votre Sainteté recevra de la part de nos évéques et de la mienne ) par l'archidiacre de Reims, des lettres contenant les détails de l'ailiure d'Arnulph } nous vous prions en outre de ne rien décider que de juste à notre égard et à Tégard des nôtres , et de ne pas accepter pour certaines des choses douteuses. Nous n'avons assurément rien fait contre votre autorité apostolique. Si vous n'iyoutez pas foi à cette lettre, nous pourrons traiter de ces choses de vive voix. La ville de Grenoble, située sur les confins de Tltalie et de la France , a , plusieurs fois déjà, été le théâtre des entrevues des pontifes romains et des rois franks. Elle peut le devenir encore, si cela vous est agréable. Si vous préférez nous visiter chez nous, nous vous accueillerons , à votre descente des Alpes , avec de grands honneurs, et nous vous reconduirons avec toutes les marques <le respect qui vous sont dues.
» Nous vous parlons ainsi sans hypocrisie, et dans Tintentlon de vous convaincre que nous ne voulons point nous soustraire à votre jugement. Veuillez donc accueillir avec bienveillance l'archidiacre notre envoyé, et que le succès de sa mission vienne nous combler de joie et accroître notre dévouement pour vous. »
Cette lettre n'eut pas le succès que le roi pouvait en attendre. Les ennemis de Gerbert l'emportèrent dans Tesprit du pape. Ce fut en ces circonstances qu'eut lieu l'assemblée de Chelles. Elle fut présidée par le roi Robert , et on y vit quatre métropolitains: Gerhert de Reims, Seguin de Sens, Arcbambauld de Tours et Daïbert de Bourges ^.
Les évéques y décidèrent de former entre eux une ligue fortement unie , afin de lutter avec plus de succès contre les seigneurs laïques qui abusaient de leur puissance féodale, et étaient autant de tyrans pour les Eglises. Puis ils décrétèrent qu'ils regarderaient comme nul tout ce que le pape romain ordonnerait d'opposé aux
< EpisL Reg. Hug. ad Joano., pap. ; apudLtbb., Conc, t ix, p. 763.
s Ricb., Hist. Franc — RIcher est le seul hlslorien qui ail donné des deuils suffisants sur rassemblée de Chelles. L'ouvrage de Richer, disciple de Gerbert, était resté manuscrit Jusqu'à nos Jours. Il a été édité par la Société de l'Histoire de France.
84 RI8T0IRB
décrets des Pères; enfin ils confirmèrent la déposition d'Arnulph et réleclion de Gerbert.
Le pape ayant appris ces décisions, condamna les évéques qui les avaient prises et les interdit de la célébration des saints mystères. Cette sentence émut Seguin, archevêque de Sens. Cependant , avant de s'y soumettre , il en écrivit à Gerbert qui lui répondit * :
a Votre sagesse eût dû vous élever au-dessus des intrigues d'hom* mes artificieux, et vous eussiez dû entendre la voix du Seigneur qui vous disait: a Si on vous dit: le Christ est ici, le Christ est là, n'y B allez pas. » On dit que c'est à Rome que se trouve celui qui justifie ce que vous condamnez, et qui condamne ce que vous tronvez juste; et moi je dis qu'il n'appartient qu'à Dieu et non pas à un homme de condamner ce qui parait juste, et de justifier ce qui semble mauvais. Dieu a dit : a Si ton frère a péché contre toi, va et » reprends-le; s'il ne t'écoule pas, dcnonce-leà l'Eglise; s'il n'é- B coûte pas l'Eglise, regarde-le comme un païen et un publicain. » Comment nos envieux osent-ils donc prétendre que dans la déposition d'Ârnulph on eût dû attendre le jugement de l'évéque romain? Croient-ils donc que le jugement de l'évéque romain est supérieur au jugement de Dieu? Mais le premier évéque des Romains et le prince des apôtres a dit: a II vaut mieux obéir à Dieu » qu'aux hommes. » Je le dis sans hésiter , si l'évéque romain luimême pèche contre son frère, et , si après avoir été souvent averti, il n'écoute pas l'Eglise, il doit être, lui évéque romain, regardé, d'après l'ordre de Dieu , comme un païen et un publicain. Plus la dignité est élevée, plus la chute est grave. Si, à cause de cela, il nous juge indignes de sa communion, il ne pourra pas au moins nous séparer de la communion de Jésus-Christ.
j> Vous n'avez pu être interdit de la célébration des saints mystères comme un criminel convaincu et ayant avoué son crime; vous n'avez pu l'être non plus comme rebelle et transfuge, puisque vous n'avez jamais manqué aux saints conciles, et que d'autre part votre conscience est pure; la sentence portée contre vous n'est donc pas légale et ne peut être portée légalement. Elle n'est pas légale, parce que le pape Grégoire a dit : a Une sentence portée sans écrit ne B mérite pas le nom de sentence. » Elle ne peut être portée conformément aux lois, parce que le pape Léon a dit: <k Le privilège de
f EpisL Gcrb. 83 ad. SIguIn., ediL D, Bouquet, Hist. Franc. Script., t. x.
DS l'iEgUSB DB FRANCE. 85
» Pierre ne subsiste plus dès que le jugement n'est pas confonne à » l'équité. B Ne donnons pas à nos envieux Toccasion de croire que répiscopat, qui est un comme TEglise catholique eslune, soit tellement identifié à un seul homme , que si cet homme était vicieux et corrompu par l'argent, la&veur, la crainte ou l'ignorance, il n'y aurait d'évéque que celui qui aurait ces éminentes qualités. Que la loi commune de l'Eglise soit l'Evangile avec les écrits des apôtres et des prophètes, avec les canons établis par l'esprit de Dieu, consa-* crés par le respect du monde entier, enfin avec les décrets du siège apostolique non contraires aux canons; que celui qui méprise ces monuments soit jugé et condamné par eux; à celui qui les garde et les observe suivant son pouvoir , la paix continuelle en ce monde et la paix étemelle en l'autre !
» Je désire que vous vous portiez bien. Je vous salue et vous recommande de ne pas vous abstenir de célébrer les saints mystères; car l'accusé qui se tait devant son juge s'avoue par là même coupable, ainsi que celui qui se soumet volontairement à la peine qui lui est infligée.
» Or, l'aveu est salutaire ^ quand on affirme de soi la vérité; mais cet aveu est mauvais quand on s'accuse ou qu'on se laisse accuser à faux. Il faut rejeter la &usse accusation intentée contre nous, et mépriser la sentence illégale dont on a voulu nous frapper, de peur d'être coupables en voulant paraître innocents aux yeux de l'Église. »
Seguin et les autres évêques de France ne tinrent point compte de l'excommunicalion lancée contre eux par le pape ^
Il nous reste plusieurs autres lettres qu'écrivit Gerbert vers cette époque pour se défendre, encourager ses amis, les consoler et les soutenir. Telles sont celles qu'il écrivit ' à Notger, évéque de Liège ; à Wilderod, évéque de Strasbourg. Cette dernière est un vrai traité dans lequel il cherche à s'appuyer sur l'autorité de toute la tradition catholique. Il s'adressa au pape lui-même ' :
a J'éprouve une profonde douleur, lui dit-il, de paraître coupable envers votre très sainte Autorité apostolique. Jusqu'ici, ma
f Le successeur de Jean XV, Grégoire V, les cita pour cela au concile de Pavic.
s Episl. Gerb. ad Notger. et ad Welderod., apud Duch. et apudD. Bouquet., HIst. Franc. ScripU
> Gerb., EpisL 88, edit Duch.
86 HISTOIM
conduite 9 dans l'Église, a été utile à beaucoup et nuisible à per-* sonne. Je n'ai point divulgué les fantes d'Arnulph ; mais quand son crime a été public, je l'ai quitté, non point dans l'espérance d'hériter de ses honneurs, comme le disent mes envieux, j'en prends à témoin Dieu et ceux qui me connaissent ; mais unique* ment pour ne point participer aux fautes d'autrui. »
Gerbert se plaignait en même temps auprès de l'impératrice Adéléïde d'ôtre l'objet de la colère de Rome, et la priait de s'entremettre auprès du pape en sa faveur *.
Mais pendant ce temps-là , les évéques de Lorraine mettaient une telle insistance dans leurs intrigues, que le pape se décida à envoyer un légat en France. Ce fut Léon , abbé du monastère de Saint-< Boniface à Rome. Il avait conimission d'assembler un concile à Aix-la-Chapelle; mais ce lieu n'étant pas situé dans le royaume de Hugues, Gerbert s'y fût trouvé à la merci de ses ennemis, et la passion y eût sans doute présidé plutôt que l'esprit de sagesse.
Gerbert désirait un concile national , et travailla de toutes ses forces à le faire assembler ' avant l'arrivée de Léon, parce qu'il lui semblait contraire aux droits des évéques de laisser la décision au légat du pape '
Il ne put réussir dans ce projet. Les évéques lorrains * reçurent avec grande joie le légat du pape, et envoyèrent des députés à Hugues et à son fils Robert , pour les inviter à se rendre au concile, eux et leurs évoques, et à fixer eux-mêmes le temps et le lieu le plus convenables à cette réunion.
Cette demande avait été bien accueillie, le lieu et l'époque étaient fixés, les envoyés retournaient vers le légat, déjà même plusieurs évéques français s'étaient mis en route, lorsque les rois Hugues et Robert apprirent que sous ces apparences pacifiques se tramait une intrigue qui n'allait à rien moins qu'à mettre à leur place, sur le trône de France , Othon , roi de Germanie , qui était en même temps duc de Lorraine , depuis l'emprisonnement de Charles. Le principal fauteur de cette intrigue était Adalberon , évêque de Laon.
* Gcrb., Epist 45, edlL Ducb. — C'était saiote Âdélélde dont nous avons déji parle. La reine de France portait le môoie nom,
s Epl8t« Gerb. 34 ad Notger., edit. Ducb., 3." paru
S Epist. Gerb. 33 ad ConstanUn. abb. Miciac, ibid,
4 RIcb., Hist. Franc — Les évikiues de Lorraine MSt ippeMs par cet klttoiien
DB L'<6Un DB f RAMCB. 87
Cet ambitieux n'avait pas peu contribué à exciter contre Oeri)ert Vorage qui se préparait* Pour arriver lai-méme au siège de Reims qu'il désirait ardemment , îi avait trouvé tout naturel de perdre Charles de Lorraine qui y eût maintenu Arnulph, et Hugues-Capet qui soutenait Gerbert. Il espérait recevoir d'Othon le titre de métropolitain , comme récompense de ses intrigues.
Les rois de France ayant reçu secrètement avis de la trahison d'Adalberon y firent savoir aux évéques lorrains qu'ils ne pouvaient se rendre au concile, et donnèrent pour prétexte qu'ils n'y seraient pas accompagnés des seigneurs du royaume sans lesquels ils ne pouvaient rien faire.
Adalberon était au palais de Hugues. Ne se doutant pas que sa trahison fftt connue ^ il osa engager les deux rois à se rendre au concile. Hugues, pour toute réponse, lui dit qu'il eût à lui remettre la forteresse de Laon , et le jeune fils de Charles de Lorraine, Louis, qu'il avait confié à sa garde. L'évéque refusa. Alors les hommes du roi lai reprochèrent sa trahison , et lui en donnèrent des preuves si évidentes, qu'il fut obUgé d'en convenir. Il fut 8ur*le^ champ jeté en prison*
Cependant le concile s'était assemblé à Mouson * , dans le diocèse de Reims. Quatre évéques seulement s'y trouvèrent : Liudolf de Trêves, Notger de Liège, Haimon de Verdun et Sutger de Munster. Gorbert fut k seul évéque de France qui s'y rendit, et encore malgré la défense des rois ; il tenait à convaincre ses juges de la pureté de ses intentions , et il préféra s'exposer à perdre l'amitié des rois , plutôt que de paraître vouloir éviter le jugement. Plusieurs abbés recommandables par leur sainteté assistèrent au concile, ainsi que divers seigneurs laïques (99&).
eiparletiotres, évéques de Germanie, ptroe qa*en effet la Lorraine comprenait les Germanies cU-rbénane$, notooiées Austrasie sous les rois de la première race. On se Utimperait si par le mot évéques de Germanie^ on entendait les évéques d'Allemagne, comme Tont fait certains historiens. Cette remarque est importante, en ce qu'elle explique l'inimitié des évéques de Lorraine contre Gerbert. Les évéques de Lorraine étalent dévoués à la race deChariemagne, représentée par Cbar* les leur duc, dont Amulph éuit parent. Gerbert, aa contraire, était déToué A la nouvelle race personnifiée dans l^ugues-Capet et son fils Robert*
* Rlch., Hlsl. Franc, Conc Mosom., apud Labb., Conc , t. ix , p. 7&7. — Les autres évéques d'Allemagne et de Lorraine n'osèrent sans doute pas se rendre à Mouzon, dans la crainte d'y être pris par les rois de France, qui auraient pn vouloir se venger sur eux de la trabison ourdie par Adalberon, «n (tntur de leur nriOUisQ»