‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 17 sur 50 · H18T0IM · texte numérisé non relu

H18T0IM

Le légat prit séance, dans Téglise de la bimiheureuse Marie mère de Dieu, et au milieu des évèques. Gerbert s'assit vis-^-vis d'eux, pour rendre compte de son ordination. Tous ayant fait silence, révéqoe de Verdun, qui savait bien le français, se leva pour exposer le motif de la réunion. Après avoir dit que le pape avait eu intention de faire examiner juridiquement la déposition d'Arnulph et l'élection de Gerbert, d'abord à Aix-la-Chapelle, puis à Rome, et avoir raconté comment il s'était décidé, en voyant ses démarches inutiles, à envoyer son légat Léon, il ouvrit la lettre du pape et en donna publiquement lecture.

Gerbert se leva ensuite et commença sa défense en ces termes :

« Vénérables Pères, toujours j'ai eu devant les yeux, j'ai espéré et désiré ce jour, depuis que, cédant aux exhortations de mes frères, j'ai accepté, non sans danger pour ma vie, le fardeau de l'épiscopat. Mon désir de sauver un peuple malheureux , et mon estime pour l'autorité à l'abri de laquelle je me croyais en sûreté, ont pu seuls me décider à accepter la charge pastorale ; j'étais de plus encouragé par le souvenir de vos bienfaits et de cette douce bien* veillance dont vous m^avez donné tant de preuves; mais toot-à-coup j'appris que vous étiez irrités contre moi et que l'on cherchait à vous faire envisager comme une faute ce que d'autres regardaient comme une preuve de zèle. Je frémis, je vous l'avoue, à cette nouvelle, et je redoutai beaucoup plus votre indignation que les glaives élevés jusqu'alors sur ma tête. Mais , grâce à Dieu ! je suis aujourd'hui en présence de ceux auxquels j'ai toujours confié mon salut, et je dirai quelques mots pour prouver mon innocence.

B Après la mort de l'empereur Othon , je pris la résolution de m'affacher indissolublement à l'archevêque Adalberon. Ce bon père m'avait choisi à mon insu pour lui succéder, et , avant de s'en aller au Seigneur^ il le déclara devant plusieurs illustres personnages ; mais l'hérésie simoniaque me fit préférer Arnulph. Je me suis montré fidèle et obéissant à cet homme, plus peut-être qu'il n'eût tkllu, jusqu'au moment où j'acquis, et par d'autres et par moi , les preuves irrécusables de sa félonie. Je lui adressai alors l'acte de ma séparation, et je l'abandonnai avec ses complices, non pas dans l'espérance d'hériter de ses honneurs, comme mes envieux le supposent, mais épouvanté des œuvres monstrueuses de ce démon incarné. Je l'ai quitté pour ne point encourir cette malédiction prophétique : « Tu prêtes secours à l'impie et tu te lies d'amitié avec mes 9 ennemis, c'est pourquoi tu éprouveras la colère du Seigneur. >

DE l'^GLISB D8 PRAfICE. 89

Enfin Arnulph ayant été condamné, suivant les lois ecclésiastiques et par les rois, comme séditieux et rebelle, mes frères et les grands da royaume m'engagèrent à accepter la place de Tapostat et à prendre soin du troupeau qu'il avait ravagé. Je l'ai refusé longtemps, et je n'ai donné qu'à regret mon consentement, parce que je prévoyais tous les maux qui tomberaient sur moi.

» Voilà la simplicité de mes voies, voilà mon innocence; et devant Dieu et devant vous, prêtres du Seigneur, je le déclare, ma conscience est pure de tout ce qu'on m'a reproché.

» Mais voici que le calomniateur s'élève contre moi et nse d'un langage tout nouveau pour donner plus de poids à ses mensonges : c Tu as livré ton Seigneur^ s'écrie-t-il, tu l'as jeté en prison , tu as n ravi son épouse, tu as volé son siège. » Comment aurais*je pu trahir mon seigneur, dans la personne d'Amulph , puisque jamais je ne fus son serviteur, et qu'aucun serment ne me liait à lui?.... Comment m'accuser de l'avoir jeté en prison, lorsque j'ai supplié , le roi mon seigneur, en présence de témoins dignes de foi , de ne pas le retenir, à cause de moi , en prison un seul instant? J'ai ravi son épouse , dit-on ; l'Église de Reims ne fut jamais son épouse , car il ne porta jamais au doigt l'anneau pastoral; Teùt-elle été, elle aurait cessé de l'être du moment où il l'a livrée à ses brigands. Quant à son siège, comment aurais-jo pu l'envahir de force, moi, pauvre et étranger?

» Mais on nous oppose le siège apostolique , et on prétend que cette grave affaire aurait été terminée sans l'avoir consulté. Une chose certaine , c'est que la relation de tout ce qui s'était fait et devait se faire a été adressée au siège apostolique , et que sa décision a été attendue pendant dix -huit mois K Or, les hommes ne donnant point leur avis, on a dû suivre celui de Dieu qui a dit : « Si Ion » œil te scandalise, arrache-le. » Arnulph a été averti, il a nié*

f Certains historiens contestent cette assertion de Gerbert, dans laquelle Us voient, à tort ou à raison, une attaque à la papauté. Cependant cette assertion est eiacie.

Les ëtréqucs et Hugties aralmt envoyé, dix-liuit mois avant le condle de Salnt- Basle, des lettres au pape, pour lui dire qu'ArnuIpli avait refusé de comparaître pardevant eux, et lui demander ce qu'Hs avalent h faire. Le pape ne répondit pas. Les évéques alors réunis à Saint Basie déposèrent Arnulph, et c'est a'o'S que le pape fit des démarches pour faire annuler cette sentence de déposition. Ces démarches eurent lieu entre les conciles de Saint-Basic et Mouzon, c'est-à-dire d ^ 091 i 905. Mais depuis la lettre des évéques Jusqu'au concile de Saint-Basie, c'est-à-dire de 989 au mois de Juin 991, le pape garda le silence. C'est ainsi que

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prisé les aTertissements} il a do&e dû être regardé comme on ptfen et un publicain. Après sa déposition, j'ai été chargé du fiurdeau de répiscopat par mes frères les évéques des Gaules. Ça été , je le r^ pète, malgré moi, parce que je redoutais les maux que j'ai soufferts et que je souffre encore. Si en tout cela oo a fait quelque chose de contraire aux canons, ce n'a point été par malice, mais bien par l'effet des tristes circonstances où l'on s'est trouvé. En temps de guerre, suitre toutes les formalités du droit , ne serait-ce pas perdre la patrie? Les lois se taisent quand se fait entendre le bruit des armes.

» Vénérables Pères, que votre autorité réponde à l'attente générale, et qu'elle apporte remède aux maux noi>-seulement de l'Eglise de Reims, mais de TËglise de France, désolée tout entière et presque anéantie, n

Gerbert, après avoir prononcé ce discours, le remit par écrit au légat Léon, et reçut en échange les lettres du pape* Les évéques quittèrent l'assemblée et emmenèrent le comte Godfrid pour délibérer avec eux. Us mandèrent Gerbert quelque temps après, et le prièrent de fûre conduire, avec les honneurs convenables, vers le roi Hugues , le moine Jean que Léon avait amené avec lui d'Italie. Gerbert y consentit, et les évéques indiquèrent un nouveau concile à Reims pour le premier juillet.

Celui de Mouzon semblait ainsi être dissous; mais toutr-à»coup les évéques vinrent trouver Gerbert , comme de la part du légat Léon , et lui annoncèrent qu'il eût à s'abstenir de la célébration de Toflice divin jusqu'au prochain concile. Gerbert s'y refusa, et dla trouver Léon pour lui rappeler qu'aucun évéque, même revêtu des titres de patriarche ou de pape , ne pouvait priver de la communion aucun fidèle, à moins qu'il n'eût été jugé ou convaincu ou qu'il refusât de se rendre au concile; qu'il n'était point dans ce cas; qu'il ne s'était point avoué coupable, qu'il n'avait point été convaincu, et que, seul des évéques de France, il se trouvait au concile. Il ajouta

8*accordent parfaitement deux assertions dans lesquelles on a voulu voir une contradiction : celle de Gerbert, qui a donné occasion à cette note, et celle d'Uaimon de Verdun, qui, dans son discours d'ouverture du même concUe de Blouzon, mentionne les démarches faites par le pape. II est donc certain que ce ne fut qu*après avoir attendu dix-huit mois i'avis du pape, que les évéques de France prooédèrent à la déposition d'Arnulph. Ils crurent pouvoir agir sans le pape, puisque le pape refusait de suivre l'affaire. VoiU tout leur crime. Gerbert Texcusc par les circonstances impérieuses où Ton ae trouva. Sa raison n'était certainement pas sans valeur.

enfln qne , sa conscience ne lui reprochant rien, il ne devait pas se condamner lui-même^ en se soumettant à une peine portée contre lui si irrégulièrement.

Ces raisons étaient certainement très fortes et on n'avait à leur opposer que la sentence portée trop précipitamment contre les évéques de rassemblée de Chelies.

Le bon et modeste Liudolf de Trèvea se oontenta d'engager Gerbert à se soumettre, afin de ne point donner ooeasionà ses ennemis de dire qu'il refusait d'obéir an saint-siége. L'archevéqve de Rdms se rendit à cet avis fraternel, et consentit à ne point dire la messe jusqu'au premier juillet.

Avant de se séparer, les Pères du eoncile eurent une dernière séance ^ dans laquelle l'évoque de Verdun , promoteur du oonciley déclara qu'on ne pouvait juger la cause pour laquelle on était réuni y parce que Tune des deux parties avait foit déAiut, et qu'on pronon-* cerait le jueement au synode de Reims qui était convoqué pour le premierjuillet«

Ce synode se tint au lieu et au temps fixés ' ^ mais, malgré toute l'éloquence de Léon *, on se sépara sans avoir rien conclo. Le légat Léon avait à traiter, en même temps que l'afibire de Gerbert, celle de Robert qui venait d'épouser, malgré ses parentn, Berthe, veuve du comte Odon. Comme il avait été parrain d'un enbnt de Berthe^ il avait contracté avec elle une affinité spirituelle qui rendait son mariage invalide. Le pape faisait des difficultés pour aocorder dispense, et il parait * qu'au concile de Reims on promit secrètement au légat de donner satisfaction au pape en lui sacrifiant Gerbert , si, de son côté, il accordait à Robert la dispense qu'il sollicitait.

Gerbert ne voulut point rester à Reims, quoique le concile n'eût rien décidé contre lui ; il connaissait les dispositions du légat et craignait de nouvelles luttes: d'un autre côté, Charles de Lorraiqe était mort; Amulph n'inspirait donc plus aucune crainte, et faisait agir du fond de sa prison tous ceux qui s'intéressaient à son sort^ afin de toucher le roi et de lui faire abandonner son concurrent. Gerbert craignit que, par ses intrigues, Amulph ne parvint à ga-

4 RIch., HIsL Franc.

9 Epfst. Abbon. ad Léon. Dùmnosaoïbos Jimn/j poaltos..... Ap. D. Bouquet, Hisl. Franc Scripu, U x, p. 434.

* Eplsu Gerb. 150 ad Adel. reg., ediL Ducb., !•• paru

gner le roi * ; prenant donc secrèt^nent le chemin de rÂllemagne , il se rendit auprès d'Otbon IIL

Il avait toujours conservé d'étroites relations avec la famille ira* pénale d'Allemagne ^ et pendant qu'il luttait pour son siège de Reims , il avait reçu d'Othon cette lettre flatteuse ' :

a Othon , à Gerbert le plus babile des pbilosopbes, à celui qui a remporté la palme dans les trois parties de la philosopbie :

» Je désire vivement que Votre Excellence, que nous vénérons tous, m'honore de son amitié et m'accorde sa protection ; car, mai* gré mon ignorance, j'ai su apprécier les leçons de Votre Sagesse. J'ai donc pris la résolution de vous écrire cette lettre pour vous témoigner combien je désire que vous veniez auprès de moi , afin de m'instruire par vos écrits et par vos discours, et de me guider dans les afibires du gouvernement. Venez détruire en moi ce qui reste delà rusticité saxonne, et développer ce que je puis avoir de délicatesse grecque , car peut-être se trouverait-il en moi quelque étincelle du génie grec, s'il se trouvait quelqu'un pour la faire jaillir. Nous vous supplions de venir l'enflammer du feu de votre génie. Eveillez en moi, avec le secours de Dieu, le vif esprit des Grecs, et ittstruisez^moi de la science des nombres, afin qu'il me soit possible de comprendre quelque chose à la subtilité des anciens *. Que Votre Paternité ne tarde point de me répondre. Portez-vous bien. »

Gerbert eut bientôt pris sa résolution et répondit à l'empereur ^ :

« Au seigneur et glorieux Othon, césar toujours auguste; Gerbert, par la grâce de Dieu , évéque de Reims; qu'il soit fiùt, à un si grand empereur, selon ses mérites!

» Pour répondre à la haute bienveillance avec laquelle vous daignez m 'attacher pour toujours à votre service, je n'aurai peut-être à vous offrir que ma bonne volonté, au lieu de mérite réel. Si la lumière de la science m'éclaire quelque peu, j'en suis redevable à votre glorieuse iamille, aux bontés de votre père, à la magnificence de votre aïeul. Je ne vous porterai donc point des richesses qui

* Rodolpb., Glab. Hisf., I. f, c. ft ; ap. D. Bouquet., t x, p. S* Coutelier arripiens ad praedictum devenu Othonem.

> Epist. Oth., Inter Gerb. Epist 153, edit Ducb., l.« part.

s Les Otbon, empereurs d'origine saxonne, suivirent les bonnes traditions de Charlemagne, cultivèrent et encouragèrent les Kiences. Le x* siècle fut plus brillant en Allemagne qu'ailleurs.

* Gerb., Epist. 154 ad Otb., itid.

DR L RGLfgR DB FRANCE. 93

m'appartiennent , je ne ferai que tous rendre les trésors qai m'a* Taient été confiés par les vôtres. J'obéirai, César, à votre ordre im^ perlai, en ceci comme en tout ce qu'il plaira à Votre Majesté d ordonner. Nous ne pouvons nous soustraire à votre service, puisque parmi toutes les choses de ce monde, nous ne voyons rien de plus doux que de vous obéir. »

Gerbert , en se retirant à la cour d'Olhon , rraonçait à peu près à l'Église de Reims qui n'avait été pour lui qu'une source de chagrins et d'amertume.

Pendant son absence, un nommé Gibuin ^, qui la ravageait depuis le commencement des dissensions dont elle était l'objet , redoubla ses déprédations aussitôt qu'il la vit abandonnée et sans pasteur. La reine Adéléîde de France écrivit alors à Gerbert pour le supplier de revenir en prendre la défense , mais Gerbert lui répondit ' :

a Le commencement de votre lettre est aimable et contient des conseils affectueux, mais elle se termine mal. Après les témoignages d'affection qu'elle contient, et après le conseil que vous me dooaez de revenir à mon siège, que signifie celte conclusion acerbe qui est ainsi conçue : a Sachez que si vous méprisez mes avis, nous ferons » usage des forces et des conseils des nôtres, sans que vous puis* » siez nous le reprocher? » Lorsque j'étais maître de la ville de Reims, vous aviez sur elle les mêmes droits, vous les avez encore et vous en userez quand vous voudrez. Je ne pense pas qu'ils aient été plus grands lorsque Arnulph la possédait , puisqu'au contraire il vous Tenleva par fraude ; quant à moi, je n ai épargné ni soins ni veilles pour vous la conserver et déjouer les ruses et les fourberies d'une multitude d'ennemis. Il est vraiment étonnant que vous n'aperceviez pas leurs intrigues. Ceux qui cherchent à rétablir Arnulph, afin de mettre le désordre dans votre royaume, ne penseront point avoir complètement réussi, s'ils ne parviennent à me perdre. Nous trouvons cela très- vraisemblable, pour deux raisons : la première c'est que dernièrement, lorsque j'étais en jugement à Reims, vous avez décidé de pardonner à Arnulph afin d'obtenir du pape la confirmation du mariage de mon seigneur roi Robert. »

On voit , par ces paroles, qu'on espérait à la cour de France ob-

* Vcrb. Gerb. in conc. Mosoui.

3 Gerb., EpIsU 150 ad Adeleid. regin., ediC Duch., !•• paru

M lUSTOIftB

tenir da pape ia confirmation du mariage de Robert avec Berthei ei^ sacrifiant Gerbert et en rétablissatit Arnulph. Gerbert avait ignoré ces intrigues lorsqu'il était en France , et ne les avait apprises qu'après son départ pour l'Allemagne ^ par qudqnes habitants de Reims qui loi en avaient écrit ' .

La seconde raison qu'apporte Gerbert pour prouver qu'il était probable que ses ennemis ne seraient satis&its qu'après sa perte, c'est la haine qu'ils lui témoignaient.

a Si Arnulph doit être absous , dit-il, ou bien si Gibuin ou quelque autre devait être mis sur mon siège, qu'arriverait-ii ? Que je ne pourraisalors revenir à Râms sans m'exposeràla mort. Ce serait contre vos intentions, je ne dois pas en douter; je reconnais toutes vos bontés à mon égard , l'affection tendre que vous avez pour moi ; si je ne puis vous en témoigner ma reconnaissance par des actes, je le ferai du moins par les vœux que je forme pour vous.

t Mais, je ne veux plus vous parler de moi ; aussi bien ia divine bonté m'a déUvré de tout péril et m'a mis dans une condition où il ne tient qu'à moi d'être heureux; mais, au nom du Dieu tout-puissant, je vous prie, je vous conjure de taire tout ce qu'il vous sera possible pour secourir cette pauvre Eglise de Reims qui est si désolée. Comme elle est la tête du royaume des Français , si elle périt, les membres auront le même sort. Or, comment ppurra-t-eUe ne pas périr, placée qu'elle est entre Arnulph et moi comme entre le marteau et l'endume? Que sera-ce si un. troisième vient , sans le jugement de l'Eglise, augmenter le nombre des prétendants? Certes je puis prédire sa perte , sans être augure ni devin '. »

Après avoir exposé les persécutions que lui avait suscitées la haine de plusieurs de ses vassaux et de ses cliercs ^ Gerbert continue ainsi :

«Je prie ma Dame toujours auguste, ainsi que mes frères les ^évêques qui ont été frappés d'anathéme, avec ou sans raison, pour la cause d* Arnulph , de me laisser attendre patiemment le jugement de l'Eglise. Car je ne puis abandonner, sans le jugement des évéques, l'EgKse que les évéqucs m'avaient confiée^ je ne suis pas non plus dans la disposition de la garder malgré les évéques , aussir-

f Ut mihi à Remensibus per Utteras Bigntficatum est (Epist. ad Adeleld.)

' Gerbert semble, par ces dernières paroles, faire allusion à la sotte crédulité de certaines gens qui le croyaient sorcier, et ne pouvaient expliquer autrement que par ses rapports avec le démon les oeuvres de son génie et sa science étonnante.

Ut que leur autorité se sera manifestée d'une manière suffisante» En attendant leur jugement , je supporte patiemment, mais non sans un sentiment profond de douleur , un exil que tieaucoup re* gardent comme heureux. Lorsque je me rappelle la figure si aimable de mon seigneur roi Robert , son regard si doux y les paroles si bien*- Teillantes qu'il pue disait souvent, vos discours pleins de sagesse et de gravité, la &veur et Tafiabilité des princes et des évèques dodt j'étais entouré ; quand je réflédtûs que tout cela m'est enlevé , la vie me deviendrait insupportable » si je n'avais pour me oonsirfer le pieux et bon empereur Othon. Ce prince a beaucoup d'afiection pour vous ; nous parlons de vous jour et nuit , et il désire ardemment presser sur son cœur mon seigneur roi Robert qui est de son âge et qui partage les mêmes goûts, a

Getbert finit sa lettre en disant que si le voyage qu'il devait bire à Rome peur assister ^iï concile était retardé, il pourrait aller en. France vers le mois de novembre.

Au mois de septembre * , le légat Léon quitta la France y passa en Allemagne et adressa àOthon, touchant les dissensions d'Arnulph et de Geri>ert y une note qui n'était sans doute pas favorable à cédernier. Gerhert était alors à Soosbach, magnifique résidence que Temr pereur lui avait donnée. Ayant appris la démarche du légat , il écrivit à OthoQ une lettre dans laqudje il lui dit que Léon aura sans doute beaucoup de propositions à lui bire concernaat Arnulph y mais u'il est bien convaincu qu'il saura résister i toutes les tentatives è ce genre.

Léon ne réussit pas en effet à indisposer Othon contre Gerhert* 11 avait été chargé par le pape d'une autre mission plus honorable et plus importante, c'était d'engager l'empereur à se rendre à Rome pour délivrer le souverain pontife dé la tyrannie de Grescentius.

Trois principes se trouvaient en présence à Rome; celui de la pa^ pauté, appuyé sur le droit de propriété du territoire romain que Charlemagne lui avait donné en fief; celui des empereurs qui avaient conservé le droit de suzeraineté, comme successeurs de Charlemagne, et enfin celui du sénat qui persistait à ne voir à Rome qu'une république maîtresse du monde, et qui déléguait son autorité à des consuls.

L'^tQjrité pontificale s'affiiiblit, au x* siècle, dans les mains d'une longue suite de papes indignes; celle de l'empereur avait peu de

* Gerb., Epist 38 ad Otb., «dit. Diieh., !•• pul.

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force , balancée par celle des petits princes ou seigneurs du nord de l'Italie. Le sénat profita de ces circonstances pour reconquérir la sienne. Un bomme bardi et entreprenant, Crescentins, nommé consul , fitrevÎYre pour un temps le pouvoir delà république romaine, et fut réellement le mattre de Rome.

Jean XV avait chargé son légat Léon de prier l'empereur Othon de se rendre en Italie^ pour abaisser la puissance de Crescentins et rétablir l'ancienne autorité du siège apostolique.

Othon partit au printemps de l'année 996. Ayant appris à Ra- Tenne que le pape Jean venait de mourir, il indiqua au choix du clergé et du peuple romain Brunon, son chapelain et son parent , qui partit immédiatement pour Rome, accompagné des deux évéques Willigis de Mayence et Adebald d'Utrech. Brunon fut élu vers le milieu du mois de mai, et prit le nom de Grégoire V. Othon fit son entrée à Rome quelques jours après. Crescentins devait être envoyé en exil ; mais Grégoire, voulant gouverner par des moyens pacifiques et gagner le cœur du peuple, obtint de l'empereur le pardon de Crescentius.

Gerbert avait suivi Othon en Italie. Il ne retourna pas avec lui en Allemagne; son grand âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de faire deux voyages aussi longs et aussi rapprochés, a Mes jours sont passés, écrivait-il alors à l'impératrice Adéléïde ', la vieillesse me menace d'une mort prochaine, je souffire de la poitrine, les oreiUes me tintent ; mes yeux se remplissent d*eau , tout mon corps est comme percé d'aiguillons. J'ai gardé le lit presque toute l'année , et maintenant que je suis à peine levé , je suis tourmenté d'une fièvre tierce. »

Gerbert étant à Rome, assista au concile dans lequel on devait définitivement terminer i'aSaire de l'Eglise de Reims. Hugucs-Capet venait de mourir (23 octobre 996). Robert, comme nous l'avons remarqué , avait sacrifié son ancien maître Gerbert à sa passion pour Berthe, et consentait à rétablir Amulph, pourvu que le pape lui acoordAt les dispenses nécessaires pour légitimer son mariage. Abbon de Fleuri, qui avait toute la confiance de Robert, partit pour Rome , afin de conduire cette affaire. On avait d'abord décidé qu'Arnulph I^ accompagnerait, et Othon, qui l'avait appris de la bouche même du légat, en avait donné avis à Gerbert ^ Mais on changea de résolution.

< Eplst Gerb. 40 ad Adel., ImperaL, edlt Duch., 2." part, s Eptst Oili. ad Gerb.; ap. Bzovium, Vit* Gerb.

Malgré les efforts d'Abbon et les déân bien connus do roi y on décida au concile de Rome qu'Arnulph serait rétabli sur le siège de Reims, et on ajourna la décision relative au mariage de Robert. Il était facile de prévoir que le roi en serait vivement blessé; aussi le pape y qui avait beaucoup de confiance dans Tabbé de Fleuri , le chargea-t-il de lui annoncer avec beaucoup de ménagements ce qu'on avait arrêté. Abbon rendit compte au pape^ par cette lettre , de la mission qu'il lui avait confiée * :

« Une mauvaise interprétation ternit trop souvent l'éclat de la pure vérité. J'y ai avisé , Vénérable Père j et j'ai accepté les pensées de votre esprit fidèlement et simplement comme vous me l'aviez recommandé. Je n'ai point redouté la colère du roi , et je n'ai eu en vue que d'accomplir avec exactitude la promesse que je vous avais iSûte. Je n'ai donc rien lyouté à la mission que vous m'avez confiée, je n*en ai rien retranché; je n'y ai rien changé, je n'en ai rien négligé. L'archevêque Arnulph, maintenant délivré de prison et absous, peut vous en rendre lui-même témoignage. Je lui ai remis votre pallium , en lui fusant connaître les conditions que vous y aviez mises. Je puis aussi en appeler au témoignage de mon seigneur, l'illustre roi Robert, que vous appelez avec raison votre fils spirituel en JésufrClhrist. Il veift vous obéir comme au bienheureux Pierre, prince des apôtres, dont vous tenez la place sur cette terre.

» Maintenant, j'engage Votre Majesté à instruire le susdit archevêque de la manière dont il doit se conduire à l'égard de ses clercs, ainsi que des moyens qu'il devra employer pour ramener les enfants de son Eglise qui se seraient égarés, et faire restituer à l'église cathédrale les biens qui lui ont été ravis; car c'est cette église qui a pajé pour les dissensions d'Arnulph et de Gerbert. Quoique j'aie toujours été et que je sois encore l'ami de l'un et de l'autre, je ne leur ai point caché ce que je trouvais en eux de répréhensible; à vrai dire, je n'ai réellement à leur reprocher que d'avoir, par leurs querelles, désolé et appauvri la plus illustre de toutes les Eglises de France. Usez de votre irréfragable autorité pour Ini venir en aide et contribuer à lui rendre cet état de prospérité où l'avait laissée Adalberon de bienheureuse mémoire. » ^ *

Gerbert se soumit humblement à la décision du concile de Rome, et mérita l'estime du pape Grégoire V, qui lui en donna une preuve

4 Abboii.« EpbU adGreg.}ap.D.£o«qwt, t. x«p. 435, 4Mt

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