IV
M HISTOtftB
en rélevant, l'année «uivanle^ sor le «ége archiépiscopal de Ravenne* Nous avons encore la lettre de son institution; on y lit ces paroles * :
« Grégoire, évéque, serviteur des serviteurs de Dieu, à Gerbert, archevêque de la sainte Eglise de Ravenne et notre fils spirituel :
» Puisque, par un efiét de la bienveillance du siège apostohque, et par respect pour l'ancienne coutume, nous avons élevé Votre Fraternité sur le siège de Ravenne, nous avons jugé convenable de vous accorderles insignes dont lesévéques de cette Ëgliseonttoujours étédéoorés, c'est-ànlire le palHum^ dont vous feres le même usage que vos prédécesseurs. Nous vous avertissons de porter dignement cette distinction honorifique que vous avea reçue de nous avec joie, et de vous efibrcer d'orner le sacerdoce de Jésus-Christ par vos vertus. Afin que vous connaissiez toute l'ardeur de l'amitié que nous avons pour vous, nous vous donnons, à vous et à votre Eglise, tout le district de la ville de Ravenne. a
Puis vient, dans la lettre dn pape, l'énuméralion d'un grand nombre de droits qu'il confère au nouvel archevêque.
Il est probable qu'en âevant Gerbert à la dignité d'archevêque de Ravenne, le pape voulut prouver au monde catholique que, s'il ne le rétablissait pas sur son siège de Reims , c'était uniquement à cause du défaut de forme canonique que l'on pouvait remarquer dans la déposition d'Arnulph. Le siège apostolique, en efiet, n'avait point approuvé cette déposition, et considérait par conséquent l'ordinatkm de Geriiert comme ilUcite.
Avant de se rendre à Ravenne , Gerbert assista au concile de Rome dans lequel le mariage de Rdl>ert avec Berthe (ut définitivement annulé ' •
Gerbert signa immédiatement après le pape les décrets du concile. Il n'avait point à se louer de Robert qui avait lâchement sacrifié son ancien maître et son ami , pour obtenir la ratification de son mariage. 8a honteuse poétique n'eut pas le succès qu'il en avait espéré. Ger^
« E|rfst Grag. ad GerK ; ap. LaMk Gaoc, U ix, p. 7r»a.
s Quelque tenii» avant le concile de Rome , avait eu lieu celui de Pavte auquel avalent été eités les évéques esoMBaianlét pow avoir coopéré k la déposlàon d'Arnulph. Geox-d y envoyèrent un laïque pour présenter leurs esooaes de ce quMls ne s*y étalent pas rendus, et poar Justifier leur conduite.
Les Pères de Pavie n^accuellllrent point celte défense anti-canonique et citèrent les évéques français au concile de Rome. l\ paraît qu'ils donnèrent sadsfaclton, par il ne fut pas quosikm dVvi àce caooUek
bert ne se crut poiDt obligé de prendre , dans le concile ^ la défense de celui qui l'avait abandonné, et paya son ingratitude de la plus complète indifférence.
Les décrets du condle de Rome sont au nombre de huit^ dont six concernent l'Eglise de France , et sont ainsi conçus * :
ff Le roi Robert se séparera au plus tôt de BerthC) sa parente, qu'il a épousée contrairement aux lois de l'Eglise, et il fera pénitence
gmdant sept ans. S'il refuse d'obéir, il sera excommunié, ainsi que erthe.
» No\]s suspendons de la sainte communion Archambaud , arcbe^ yéque de Tours, qui a été le ministre de ce mariage incestueux, ainsi que tous tes évéqnes qui y ont donné leur consentement, Ju»^ qu'à ce qu'ils soient venus à Rome faire satistaction pour leur fautes
B Nous ordonnons que Etienne , évéque dn Pny , soit déposé par l'autorité apostolique pour avoir été choisi par Widon , son oncle et son prédécesseur encore vivant , saos le consentement du clergé et du peuple , et pour avoir été ordonné par deux évéques seulement.
9 Nous suspendons de la communion Dsubert, archevêque de Bourges, et Roclin, évéque de Nevers , jusqu'à ce qu'ils viennent Ikire satisfaction au saint-siége, pour avoir ordonné, contrairement aux canons, évéque du Pny, Etienne, neveu de Widon, dn vivant de son oncle évéque de la même ville.
» Le clergé et le peuple du Puy pourront élire un autre évéque qui sera sacré par le pape.
» Que le roi Robert ne prenne point la défense de cet Etienne, neveu de Widon , qui a été justement condamné et déposé. »
Avant de prononcer ce décret, Grégoire avait employé tous les moyens possibles pour engager Robert à se séparer volontairement de Berthe. Abbon . suivant la commission qu'il en avait reçue du pape, avait constamment travaillé à lui inspirer cette résolution; mais le roi ne pouvait se décider à se séparer d'une femme qu'il aimait. Sur te point de prononcer la sentence, Grégoire avait écrit à Abbon ', pour s'informer des dispositions du roi; mais l'abbé de Fleuri avait été obligé d'avouer que son zèle avait échoué contre la passion du roi.
Ce fut alors que Grégoire lança l'excommunication contre Robert.
< Gonc Rom. ; ap. Labb., t. ix, p. 772.
>> B|»lsL Grtgar. ad AJ>boo, \ aph Bouquet* Hiat, franc, scripu, t s, p. A31.
iOO HISTOIRI
Pierre Damiea ^ nous a fait connaître le terrible ^et que produisit cette sentence. Non-seulement le peuple, mais les seigneurs du palais rompirent tout commerce avec le roi, de peur d'encourir son excommunication, en communiquant avec lui. Il ne lui resta que deux serviteurs pour lui préparer à manger, et encore avaient-ils soin de faire passer par le feu les plats où il mangeait et les vases où il buvait, afin de les purifier.
Robert lutta et contre cet abandon général et contre ses sentiments religieux, jusqu'à Tépoque de Taccouchement de Berthe. comptait sur un fils, et, si nous en croyons Pierre Damien, Dieu ne lui envoya qu'un monstre, pour manifester son horreur de l'union incestueuse qu'il avait contractée. Pour ce motif, ou pour tout autre, Robert consentit enfin à se séparer de Berthe, et épousa Constance, fille de Guillaume , comte d'Arles.
On possède une lettre de Grégoire '^ dans laquelle il loue Cons* tance de sa piété. Le mariage de Robert eut donc lieu au plus tard à la fin de Tannée 998, puisque le pape Grégoire mourut au commencement de l'année 999.
Il eut pour successeur Gerbert , qui prit le nom de Sylvestre II. Pendant son court épiscopat à Ravenne, Gerbert s'était distingué par son zèle pour la discipline ecclésiastique, et avait promulgué d'excellents règlements |dans le synode de Ravenne '. Ses vertus, sa science, l'amitié d'Othon recommandaient l'archevêque de Ra* venue aux suffrages du clergé et du peuple romain * .
Gerbert , aussitôt après son élection, adressa aux évéques un écrit plein d'humilité, de force et d'onction, dans lequel il signale les vices du temps, en termes sévères et pénétrants qui annoncent une expérience consommée et une connaissance parfaite des mœurs. « Ce n'est pas, dit-il ^, en se donnant intérieurement la préférence à lui-même qu'il avertit les évéques ses collègues, ni parce
< Pel. Item., lib. 2, EpisC 15 ad Deaid. Inler opusciU. S4t c 6, edit. CaJeUm,
3 Epist Gregor. ad Constant. ; ap. Labb. Gonc, t. ix, p. 756.
> Ap. Labb. Conc, t. ix, p. 766.
* Gerbert, faisant allusion aux trois sièges épiscopaux qu'ii occupa, Reims, Ra. venue et Rome, dont le nom commence par un n, avait fait, en plaisantant, ce vers :
Transit ab R Gerbertus in R, post papa viget R.
B Gerb., serra, de informat. Episcop. Inter S. Ambrosii opéra. Append., t. ii, p. 357 et seq. ; edit« Bcned.; et ap. Siabill., analect., p. t03, n*n edit. in-fol.
DK L ÉGL181 DK VRANCE. 101
qu'il «e croit parhit, qu'il les exhorte à une vie parfiiite; au contraire^ en s'adressent à eux, il parie aussi pour lui-même. Il prodame la grandeur de leur dignité; Tépiscopat, établi par Jésus- Christ , est un don de Dieu: il est élevé bien au-dessus de la puissance des princes , puisque les rois eux-mêmes abaissent leur firont devant les prêtres et croient affermir par leurs bénédictions les édits et les lois. Mais si la dignité est grande , les mœurs de ceux qui en sont revêtus doivent être en rapport avec elle. »
Sylvestre II part de là pour exposer, d'après saint Paul, les vertus que doit avoir Tévêque, et il recommande surtout que son élection et son investiture soient à l'abri du reproche de simonie. C'est sur ce dernier vice qu'il s'étend, qu'il insiste, qu'il parie avec le plus d'amertume; on voit qu'il y a reconnu la plaie de l'époque. Depuis, en effet, que les titres ecclésiastiques étaient considérés par les rois et les seigneurs comme des bénéfices dont l'investiture leur appartenait au même titre que celle des autres fiefs, les évêchés et les cures étaient au plus offrant, et l'acquéreur cherchait, en vendant le plus cher possible les choses saintes , à se dédommager du prix que son bénéfice lui avait coûté. Déjà la simonie avait ravagé l'Église de France un peu après rétablissement des Franks, et , au VIII* siècle, elle était montée à son comble avec l'ignorance. Charlemagne avait réussi à la détruire en grande partie, mais elle reparut au X* siècle, et se développa progressivement en même temps que le régime féodal qui en était la cause la plus directe. Dès lors, tout Teffort de la papauté et de tout ce que l'Église eut de plus saint et de plus éclairé , fut de combattre ce vice honteux , et l'investiture laïque qui en était la principale cause.
C'est une gloire pour Sylvestre II d'être entré, dès ses premiers pas, comme souverain pontife, dans cette voie où se distinguèrent les plus illustres de ses successeurs. Une démarche qui ne l'honore pas moins c'est la lettre qu'il écrivit à son compétiteur , Amulph de Reims. Si Gerbert n'eût pas été aussi grand par ses sentiments que par son génie, il eût certainement profité du pouvoir qui lui était conféré pour humilier Arnulph et le déposer; il aima mieux lui écrire en ces termes ^ :
4 Epist Gerh. 55 ad Aroulph. ; edit. Ducb., part 2« •
Quekpies auteurs ont voulu contester cette lettre à Gerbert et ont en recours à me fiiute de copiste pour expliquer le nom de Sylvestre II qui aurait remplacé, suivant eux, celui de Gr<!golre V. Leur raison c'est qu'Arnnlpb» ayant été rélaUi
lOS RisToni
« Sylvestre^ évéque, aervitear des tenritepn de Dieu, à son cher fils en JéBUfrChristy Arnulpby archevêque de la sainte Église de Reimi.
B n appartient au siège apostolique, non*sealement de donner conseil aux pécheurs, mais encore de relever ceux qui sont tombés, et de rendre leurs dignités à ceux qui en ont été dépouillés , afin qu'il soit libre à Pierre d'exercer librement le pouvoir de délier qui lui a été confié, et que l'éclat de la dignité du siège de Rome brille de toutes parts.
B C'est pourquoi, Amulph, qui avez été dépouillé de la dignité épiscopale à cause de quelques fitutes, nous sommes venus à votre secours , et comme votre abdication n'a pas reçu l'assentiment de Rome, nous avons voulu prouver que vous pouviez être rétabli par une &veur de la bonté du siège apostolique ; car Pierre possède une puissance que n'égale aucune autre puissance sur la lerre. Ainsi donc, parla teneur de cette ordonnance, et en vous rendant la crosse et l'anneau , nous vous permettons de remplir les fonctions archié^ piscopales et de jouir de toutes les distinctions attachées au siège mé* tropoiitain de la sainte Eglise de Reims; de porter le pallium dans certaines solennités , de sacrer les rois de France et les évéques vos suflragants, de reprendre enfin, en vertu de notre autorité apostolique, l'exercice de tous les droits dont vos prédécesseurs ont joui.
» Nous défendons à tous de vous reprocher l'accusation dont vous avez été l'objet dans le synode qui a déddé votre abdication, et de
avant ïe pontificat de Sylvestre, n'avait pas besoin (fétre réintégré par lui. Ces critiques n'avalent pas réfiéchi qu'Armilph n'avait pas été réintégré en vertu d'un Jugement formel, que sa cause n*avalt pas été examinée et que le SaInt-SIége p'étalt contenté de casser la sentence de déposition dont 11 avait été frappé, à cause d'un défaut de forme. Gerbert pouvait très-bien rétablir Amulph et lui donner toute garantie contre les attaques dont 11 eût pu être l'objet, quoiqu'il eût été Indirectement réintégré par le Jugement qui cassait la sentence de déposition portée oontre lui. On n'a donc aucune raison de refuser à Gerbert une pièce qui lui est attribuée dans tous les manuscrits et qui honore ce grand homme. Par une étrange fatalité, on devait lui contester tout ce qui fait sa gloire, n est bien temps, après neuf siècles, que Justice lui soit rendue. Da reste, des yeux non prévenus aperçoivent sans difficulté, dans la lettre elle-aiéaie, des preuves qu'elle ne peut appartenir à Grégoire V, car ce pape n'eût Jamais dit, par exemple, qu'Amulph avait été privé de la dignité épiscopale pour certains excès commis par hii, puisqu'il considérait la sentence die déposlUon comme absolument nulle et n'ayant pu, par conséquent, avoir l*efl»t de priver réellemeot Amulph de sa dignité. C'est pour cela, sans doute, que Grégoire ne donna pas de kfttn de réiatégralloa à àfnalpb.
DR l'sgusi m ruAiict. 103
prendre deli oocaëlon de toqs dire des paroles outrageantes; qtie notre autorité vons soit partout une sauvegarde, quand bien môme au fond de l'âme vous vous sentiriez coupable.
t En outre, nous vous ooilfinnons dans la possession de Tarchevdché de Reims que nous vous accordons int^ralemenl , avec tous les évéchés suffragants , les monastères, les peuples, les paroisses el chapelles, les fermes, châteaux et villages, et toutes antres choses appartenant à TEglise de Reims , tout l'héritage enfin de saint Rémi , l'apôtre des Pranks.
» Nous défendons à tous nos successeurs sur le siège de Rome et à tous autres, sous peine d'encourir la censure apostolique, l'anathème, et la condamnation de Dieu, d'enfreindre nos ordres à cet égard. Si quelqu'un , ce que nous ne pouvons croire , tentait de violer ce décret du siège de Rome, qu'il soit anathématisé. b
On ignore l'efiet que produisit sur Arnulph la généreuse conduite deGerbert. Mais le jeune archevêque, dont le caractère ne manquait ni de noblesse ni d'élévation, dut être sensible à cet acte de magnanimité. Pendant vingt-cinq ans encore, il administra paisiblement son archevêché. Après sa mort, on l'a loué de n'avoir été inférieur & personne en piété; d'avoir été l'espérance des indigents, le soutien des faibles, le père des moines, le prédicateur de la vérité et le gardien d'une discipline sévère *,
Pour Gerbert, il ne tint que quatre ans le siège apostolique, ef en si peu de temps il sut faire de grandes choses.
Wilgardy écolâtre de Ravenne qui était devenu païen par amour de l'antiquité, fut obligé de venir à Rome rendre compte de sa foi. Le monastère de Vezelai , ati diocèse d'Autun , obtint des privilèges , et saint Odilon , abbé de Gluni , consulta le nouveau pape sur la va<- Udité des ordinations dites , dans son monastère, par un évêque qui s'y était retiré, après avoir donné sa démission. Odilon avait établi (en 998) , à Gluni , la fête des trépassés qu'il avait fixée au deuxième jour de novembre ; Gerbert rendit cette fête universelle ; et c'est aussi à lui qu'on attribue l'établissement du jubilé qui termine chaque siècle. Il l'institua, dit son historien Bzovius', pour remplacer les jeux séculaires que le paganisme avait établis et qui s'étaient perpétués jusqu'à cette époque. Le même historien nous apprend qu'à la sollicitation de Gerbert, OthonlII renouvelâtes privilèges accordés
* B^iiaph. Araolph. ; ap. D. Rivet, Ristolfe Mit <t« Pranse^ t vu, |k lldé
* Bs^vlus, Sylvest n.
104 BisTOiaB
à l'Eglise romaine par Pépin , Charlemagne et Hlad^ig-le-Pienx , et que le grand pontife donna à la répobtiqne d'Orviéto des lois de la plus baute sagesse.
A peine Gerbert était-il assis sur la cbaire de saint Pierre^ qu'il reçut des plaintes du roi Robert et des évéques de France au sujet d'Adalberon-Ascelin. Cet ambitieux évéque, qui avait tour à tour trabi Gerbert et Arnulph, Hugues-Gapet et Cbarles de Lorraine, voulait retenir les tours de la ville de Laon qui appartenaient au roi. Les arcbevéques Amulph de Reims et Archambaud de Tours , avecleurs suffragants, s'assemblèrent à Compiègne* et citèrent l'évéque de Laon à comparaître par devant eux. Il s'y rendit, après avoir exigé un sauf-conduit , fit toutes les promesses qu'on lui demanda et n'en tint aucune. Arnulpb s'élant rendu à Laon pour l'engager à les mettre à exécution, Adalberon essaya de le surprendre et de le faire prisonnier; il ne réussit qu'à donner une nouvelle preuve de sa perfidie. Tel est le sujet des plaintes que le roi et les évèques portèrent au pape contre Adalberon.
Gerbert, qui avait compté Adalberon parmi ses élèves, à l'école de Reims, et ensuite parmi ses suffragants, connaissait bien son génie astucieux et lui avait souvent reproché ses violences. Il lui écrivit' une lettre dans laquelle il lui reproche en termes assez durs les faits que nous avons rapportés, et le cite à comparaître à Rome, dans la semaine de Pâques, pour répondre, dans un concile, aux accusations intentées contre lui. On ne connaît pas la suite de cette afiGûre. On pense qu'Adalberon-Ascelin se reconcilia avec le roi, auquel il dédia un poème satyrique qui existe encore '.
La même année (999), la paix fut troublée dans le diocèse de Sens , à la mort du célèbre archevêque Seguin , l'ami et le défenseur de Gerbert au temps de ses luttes. Léothéric, disciple de Gerbert, fut élu ; mais Fromond, comte de Sens, qui voulait faire évêque son fils Brunon, s'opposa à l'élection de Léothé-
* Gerbert., EpIsU 5ft ad Adalberon Ascelln. ; apud Dticb., 2. parL^Episl. Hi et ap. Labb. Conc, t ii, p. 777.
s ibid.
> Ap. D. Bouquet, HIst. franc script., t. x, p. 65. Ce poème est fait en forma de dialogue entre Tévéque et le roi, et contient 430 vers bexamèires. Adalberon y attaque toutes les classes de la société, et particulièrement les moines de Gnni, et saint Odllon, Icor abbé. Quelques traiu satyriqoes plus dissimulés s*adreisent au roi IttlHDéme, ce qui pourrait faire croire que ce poème appartient au temps où l'érêque de Laon éuit broulUé arec lui. l\ y critique Biéme Gerbert, son
DK l'^glisk dk vhancb. 105
rie *. Celui-ci eut recours à l'autorité de son ancien maître, fit le ▼oyage de Rome et obtint sans peine la confirmation de son élection. Le clergé et le peuple le reçurent avec joie, sur la recommandation dn pape ; on se préparait à l'ordonner, lorsque Fromond s'y opposa de nouveau. Léothéric retourna à Rome, et Gerbert écrivit à tous les soffragants de Sens de s'assembler au plus t6t pour ordonner leur métropolitain. Les évêques-suffragants n'osèrent se réunir à Sens, dans la crainte du comte Fromond, et ordonnèrent Léothéric à Faremoutier.
Au milieu des détails de sa vaste et active administration, Ger* bert, le premier pape français, conçut la grande et magnifique idée des croisades, idée qui reçut alors un commencement d'exécution; que reprit un demi-siècle plus tard Grégoire VII; que devait enfin réaliser un autre pape français , Urbain II.
Gerbert avait vu, l'an mil, les Sarrasins s'emparer de Capoue. Ces barbares commençaient à serrer l'Ëglise de tous cAtés; ils avaient mis le pied en Italie et dominaient en Espagne; ils étaient parvenus aux limites de l'Asie et menaçaient de se replier de ce côté aussi sur l'Europe. Gerbert, en homme de génie, comprit qu'il fallait attaquer l'islamisme au cœur même de sa puissance , dans la Palestine , à Jérusalem , dont le nom réveillait dans les cœurs de si touchants souvenirs. La politique et la religion voulaient que toutes les nations catholiques se levassent en masse pour étouffer la barbarie qui les menaçait. Le grand pontife leur fît un appel généreux, et mit dans la bouche de l'Église de Jérusalem elle-même ces touchantes paroles ^ :
ff L'Église de Jérusalem , à l'Église universelle : x> Epouse immaculée du Seigneur, je suis un de tes membres,
maître, quMI appelle Neptanabus^ à cause de ses connaissances astronomiques et mathématiques.
L'ingratitude dont Adalberon-AsceUn donne des preuves dans ce poSme a fait dire k un autre poète satyrlque du même temps :
Non percipit Adail>ero, Archllopbel cur rideat :
Vulpes portât in pectore, qui suis nesclt parcere. La Tersificatlon d*AdaIberon est asset mauvaise, et son poCme, malgré les travaux de Valois, est fort obscur. Quelques renseignements curieux quMI donne sur l'état de la société au commencement du xi* siècle, le rendent cependant digne d'être lu*
* Cbronic S. PctrI vivl; ap. D. Bouquet, t z, p. 323.
> Inter Epist. Gerb. 38, edit. Ducb., t part.
L'amour de Gerbert pour Jémaalem donna sans doute occasion au conte d«
et comme je te vois vigoureuse et forte, j'ai l'espéraoce de relever enfin ma tête affaissée sous le poids de la douleur. Eh! pourrai-je n'avoir pas confiance en toi , â maîtresse des événements , si ta me reconnais comme tienne? Un seul de tes enfants pourrait-il regarder comme lui étant étranger le malheur qui m'accable, et me mépriser comme trop peu de chose? Il est vrai, aujourd'hui je suis humiliée, mais autrefois je ne fus pas la partie la moins brillante de l'univers. C'est de mon sein que sont sortis les prophètes, les patriarches et les apôtres, astres éclatants du monde; c'est de moi que l'univers a reçu sa foi, c'est en moi qu'il a trouvé son sauveur. Il appartient bien, il est vrai, ce sauveur, à tous les lieux par sa Divinité; mais, comme homme, c'est ici qu'il est né, qu'il a souffert, qu'il a été enseveli; c'est d'ici qu'il s'est élancé vers les deux.
n Or, le prophète a dit : Son tombeau sera glorieux ^ et pourtant le démon cherche à le couvrir d'opprobre, et les païens ont ravagé les saints lieux !
» En avant donc, soldat de J.-C. ! saisis ton enseigne et tes armes! si tu ne peux combattre, donne le secours de tes conseils et de tes richesses! Que donnes-tu? à qui le donnes-tu? On te demande un peu de ce que tu as en abondance, et pour cblui qui t'a tout donné gratuitement; encore, ne le recevra-t-il pas sans te récompenser; il te promet, par ma bouche, de multiplier tes biens en ce monde et de te récompenser dans l'autre ; de te bénir, de te pardonner tes fautes, de te faire vivre et régner avec lui. »
L'appel de Gerbert fut entendu. Les Pisans * armèrent plusieurs vaisseaux pour secourir la Terre-Sainte. Cette expédition fut comme
GulUaume de Bf almesbury qui raconte sérieusement que Gerbert avait fait un pacte avec le démon, que depuis ce pacte toutes choses lui réussirent bien et quMl devint d*une merveilleuse habileté. EnU^ autres choses prodigieuses qu*il fit, Il coula une peUte tête en bronze qui lui prédisait l'avenir. Lui ayant donc demandé s'il vivrait jusqu'à ce qu'il eût dit la messe à Jérusalem, la petite tête lui répondit affirmativement. Mais 11 y a ft Rome une église de ce nom où le pape dit la messe les trois dimanches où II est marqué au Missel : Statio (n Jeru^ êatem. Gerbert, après y avoir dit fa messe, se trouva indisposé et comprit que son heure était arrivée.
4 Moraiori script. liai., U m, p. 400. Après aroir cité la lettre de l'Église de Jérusalem, Muratorl ajoute s «Hueusque Bylvesler BenedicUol ordinlsaquè ac Roman» Ecciesis de€Ui prtrciariuimum ; ut plané primus Inveniatur (loquit cardinalis Baronlus, annal, ad ann. 1003] qui sanct* mllUla classicum occinuerit, quemadmodum et PisanI inventl sunt prlml qui Pontiflcis sancta mllltl* classloo obedlverlnt. »
OK l'egu8B m f rakcb. 107
le premier esmi d'une croisade. La pensée de GeriNtt , déposée dans la société, y fructifia peu à peu; on vit, dans le courant du XI* siècle y des pèlerins armés marcher au secours des saints lieux, et la société se trouta, i la fin du siède, disposée à répondre à la voix d'Uribain II et de Pierre*rHemiite.
Gerbert, avant de mourir, eut la douleur de voir son ami et son protecteur Othon III forcé d'abandonner Rome devant une foule ameutée, et périr quelque temps après, à peine âgé de 33 ans. Quel* que temps auparavant, il avait vu mourir la vénérable impératrice Adél&ie, aïeule du jeune et malbeureux empereur, et avec Iih quelle il avait, tonte sa vie, entrenu les plus douces relations.
Malgré ces malheurs qui durent lui causer une douleur profonde^ malgré ses infirmités qui s'accroissaient avec les années , il conserva jusqu'à la fin de sa vie beaucoup d'activité, et pendant un ponti^ ficat qui ne dura que quatre ans^ trois mois et trois jours, il sut former une génération cléricale à laquelle Grégoire VII se glori** fiait d'appartenir.
Gerbert mourut le 13 mai i003 et fnt enseveli sous le portique de Saint-Jean-de^Latran. Sergius IV, le troisième de ses successeurs, fit mettre sur son tombeau Tépitaphe suivante :
a Quand retentira le son de la trompette annonçant la venue du » Seigneur, cette tombe rendra le corps de saint Sylvestre qui y D est enseveli. Avant que Rome en fît le chef du monde , la science » en avait &it la gloire.
a Gerbert naquit en France, et le premier siège qu^il occupa fnt a celui de Reims, première métropole de sa patrie. Plus tard il » mérita d'être élevé à celui de Ravenne; il l'administra avec sa* » gesse et avec éclat. Un an après, il changea de nom , devint évéa que de Rome et pasteur de l'univers entier.
a Ce fut l'empereur Othon III qui le fil élire, et qui s'associa 9 ainsi , dans le gouvernement , son ami fidèle et dévoué. Tous a deux illustres par leur sagesse, ils faisaient l'ornement du siè^ a cle, ils étaient l'effroi des coupables.
» Comme le prince des apôtres auquel il succédait, il reçut par a trois fois la mission pastorale; lorsqu'il eut rempli la charge du a prince des apôtres pendant un lustre, il mourut.
» Le monde avec lui vit disparaître la paix et fut effrayé; l'Ëa glise trembla en voyant chanceler sa victoire.
a L'évéque Sergius, son successeur, a orné le tombeau de celui a qui fnt son ami. Vous qui jetez les yeux sur cette pierre funèbre,
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» qui que tous soyeE , dites : Seigneur, Dieu Tout-Puissant, ayex ptié » de lui. 9
Il nous suffira d'avoir exposé impartialement les actions de Gerbert, pour venger sa mémoire des attaques absurdes et mensongères dont il a été l'objet. Croirait-on que la plupart des historiens , même catholiques * y aient dénaturé tout ce qu'a fait de grand cet homme illustre, une des plus belles gloires de la France? Presque tous, au lieu d'approfondir sa correspondance, un de nos plus précieux monuments historiques, ont ajouté une foi aveugle aux récits de quelques chroniqueurs obscurs contredits par d'autres chroni*queurs d'une valeur au moins équivalente. Nous renverrons au docte Baronius ' ceux qui voudraient une discussion approfondie des reproches que lui ont fait les hérétiques. Quant aux catholiques, nous trouvons la raison de leurs injustes attaques dans la lutte que soutint Gerbert contre le siège apostolique; mais quand ses paroles, parfois exagérées, ne trouveraient pas leur excuse dans les scandales dont la papauté avait épouvanté le monde catholique dq)uis un siècle, seraient-elles une raison suffisante pour dénier à Gerbert toute justice, et pour fidre d'un homme de génie, qui fut un grand évéque et un grand pape, un vil intrigant?
Gerbert nous a apparu tout autre. Sans approuver tout ce qu'il a dit au milieu de ses luttes , nous n'avons pas donné une portée exagérée à des paroles qui trouvent leur excuse dans les circonstances. Nous l'avons admiré, nous le regardons comme le génie le plus éminent de son époque , comme l'homme qui, par ses ouvrages et ses disciples , a le plus contribué , avec les premiers aU)és de Guni , à la renaissance du xi* siècle.
* Qu'on lise en particulier les pftlev récits du Père Longueml sur Gerbert Voici tou^ ce que cet historien a Jugé à propos de dire sur ses ouf rages : « Outre » un Recueil des lettres de Gerbert, nous avons de lui un Traité de la Sphère, un » Discours pour senir d'instruction aux évéques..... On lui attribue ausd s quelques ouvrages qui ne sont pas imprimés. » Quanta sa personne : «Celait » un moine d'assez basse naissance qui avait beaucoup d'esprit et d'érudition, tt • encore plus d'ambiUoa et d'Intrigue, etc. , etc. »
Rist. de l'Eglise Gallicane, llv. ux, ann. Ml et 1000.
s Baron, annal. Ecd. ad ann. 090.
Dt t'iiuMB n nuHCB. 100