‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 19 sur 50 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

m«uilM«aM êm si« iMcte ^ In f m e > et Cittt rt nv ta raMb«nec êm si* tlècto. -fltt •owraffcs. — Sta dIscIpiM. - L» r*l EobvrC — rolkert 4m ChArlrts M tn «llsclpltt daot ta» Bc«lct de Politan, Tean, Anffcn, Le Mens. — Astres dlidplM de Ce r fc e rt daat ta eterfd. — Vtnr tateeMt enr tae BMtae dptaeepatai. — Dtaelpta* M C«rfecrt deaa POrdre bm- ■aaci^oe — l.«ar InteeiMe eur tai Bceta* de» nMoMlères. — Le B. Bldurd de Saint- Yanne - Bcetat de Satai-YaniM et de Lobbet. ~ Le B Tbterrr et aet Beele» prlnalree. — BMtae de telal^labnrt, de IJdge, de CewJbtoar», de Vmmt, de Setai.Tre«, d*lllMeag«.

loflacnce de Claal sur ta renalwence ûu »• slède — Abbon de Pleorl, eet eovrafce et ■M discipte». — 1^ B. Gaineome de Dljen* » Satat Odltoa, m» eovMfe» et lei dieelptoe*

Pkrtadpasx Bvéi«es qal eeceadèfewt ta aMaveaMat de régdB^mtaa. — talat B nu iea de TeaL — Principatae readattoD» meaagilqaes aa cemmoaceeMBt da %v liècta.

Le préjugé universellement répandu que le monde devait finir avec Tan mil avait glacé les âmes et retenu les masses dans une stagnation, une immobilité étonnantes. Le peuple voyait avec indifférence crouler ses maisons et ses temples, sous l'impression de cette panique générale contre laquelle échouèrent les efforts des hommes éclairés.

Mais la fatale époque passée, Thumanité se rassura* et espéra durer encore un peu. Elle vit comme Ezéchias que le Seigneur voulait bien ajouter à ses jours. Elle se leva de son agonie, se remit à vivre, à travailler, à bâtir; à bâtir d'abord les Eglises de Dieu.

« Trois ans epviron après l'an mil , dit Raoul Glaber \ les Eglises turent renouvelées dans presque tout l'univers ; surtout en Italie et en France, quoique la plupart fussent encore assez belles pour ne point exiger de réparations. Mais les peuples chrétiens semblaient rivaliser entre eux de magnificence pour élever des Eglises plus élégantes les unes que les autres. On eût dit que le monde en:tier , d'un commun accord , avait secoué les haillons de son antiquité pour revêtir la robe blanche des Eglises. Les fidèles, en effet, ne se

* MIchelet, Histoire de Fraoee, 1. 11,11. 144*

s Rodolph. Glab. bisL , llb. 9^c. 4; ap. D. Bouquet Rlst. franf. scHpti 1. 1.

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contentèrent pas de reconstruire presque toutes les Eglises épiscopales ; ils embellirent aussi lous les monastères dédiés à différents saints^ et jusqu'aux chapelles des villages. Le monastère de Saint- Martin de Tours fut un des plus beaux édifices construits à cette époque ^ d

Cette activité que Ton déploya pour la reconstruction et la restauration des édifices religieux donna une forte impulsion aux arts; aussi fut-ce par le progrès dans les arts que se manifesta d'abord la renaissance du xi' siècle, et Ton peut dire que c'est réellement de cette époque que date l'architecture religieuse du moyen-âge '. Dans les monuments antérieurs, on ne faisait gaère que copier avec plus ou moins de perfection les règles de Tart grec ou romain ; mais dès le commencement du xi« siècle, on voit dans les œuvres de l'architecture , de la sculpture et de l'orfèvrerie, une pensée propre , un genre nouveau. Ce ftit une espèce de chaos d'dMrd où les idées mystiques du christianisme se trouvèrent confondues , d'une manière parfois incohérente, avec les réminiscences mythologiques, où les imitations orientales se retrouvèrent mêlées aux imitations grecques et romaines; mais bientôt l'idée chrétienne domina ces éléments divers et en fit surgir cette architecture aux formes gracieuses qui alla se perfectionnant jusqu'au xiii* siècle, époque culminante de la période féodale.

La renaissance scientifique et littéraire suivit de près la renaissance artistique. Gerbert fut sans contredit l'homme qui contribua le plus à l'une et à l'autre par ses ouvrages ' et par ses disciples.

< Il en reste encore quelques débrlik

s Pfûsper Mérimée, Essai sur rarcMtecture reUgieuse au «ioyei»4|e.

> On peut classer ainsi les dlTers ouvrages de Gerbert i«i* Ouvrages tbéolollques t SerwM éê infmmtiHmœ BjHsatpantm ; Jtaité du corfn #< du iong du SH§Hewi JclesducofuiU detUnemie; Diêpule des Chrétiens et des Juift;

T Ouvrages philosophiques : De l'usage de la raison ; et plusieurs autres Traités.

r Outrages nutthésutlquest iy«/f# di €éométriê ; Ituiiè dêia^thère; TfttMs mm Im tMmnMimide tasinUét et du quart de cercle i Traité d'ârithmitiqm; Aèaeusi Règles des diwMouss tdthmomaeMa^ ou des combinaisons des ckifnt\

I* Ouvrages liuéraires : Traité de Bhétorique ; quelques pièces de poésie ; CaniUfue sur le Saint-Esprit ; une Séquence commençant par ces mots t Jd mie' brmrexcœli; 237 lettrm écrites par lui, en son nom propre ou pour d'autres, et parmi lesquelles on en trouve quelques-unes seuleoseat qui lui ont été adressées |»9r d'autres personnages ;

ft* Ouvrages historiques : Bistoire de la dépùsillon d^Amuîpk; JetetduSgnede

M L'tfOlISt M FRANCE. 4 i I

Ce grand homme «emblidt avoir pour but principal de toute son activité la propagation de !a science et du goût littéraire. Dans toutes les circonstances de sa vie ^ au milieu des occupations les plus graves , Q y pense, il le poursuit. C'est surtout dans ses lettres qu'on trouve la preuve de toute sa sollicitude pour le progrès. Tantôt il prie Ec^ bcrt, archevêque de Trêves, d'envoyer des écolâtres en Italie, moins avancée dans les sciences que les régions des bords du Rhin ; tantôt il demande à Adalberon de Reims , son ami , de lui prêter un César pour le copier, lui promettant, en retour, huit volumes de Boêce sur Tastrologie, et d'etcellentes figures de géométrie ^ Au milieu des malheurs qui lui firent abandonner Bobbio, il conseille au moine Airard d'Aurillac de corriger Pline et de copier le's ouvrages qui se trouvaient dans les écoles d'Orbais et de Saint-Basle '. En écrivant & son ami Renaud de Bobbio, pour le consoler de son départ , il lui demande les ouvrages de ManiUus sur l'astrologie, de Yictorin sur la rhétorique, du médecin Démosthènes sur les ophtalmies '. Quand il a reçu ce dernier ouvrage, il l'annonce comme nne bonne nouvelle à l'abbé Giselbert *. A peine est-il arrivé de Bobbio à Reims, qu'il réclame de ses frères d'Aurillac le livre de l'espagnol Joseph sur la multiplication et la division des nombres, et que l'abbé Warin lui avait donné ; il écrit en même temps , en Italie , à son ami Etienne, de lui renvoyer les ouvrages de Suétone et d'Aurelius Victor qu'il avait laissés chez lui *. Il s'adresse même à des personnes trèe-éloignées, à Lupito, abbé à Barcelone, et à Tévêque deGifone, pour leur demander des livres sur l'astrologie et sur l'arithmétique *• Dans sa letlre à Eccard , abbé à Tours, Gerbert nous apprend lui-*méme qu'il possédait une InbHothèque considérable , qn il s'était procqrée avec beaucoup de peine et à grands frais , en Italie, en Allemagne et en Belgique ^.

4$ HMyaik Dl aiTSC, daw r Ultfifrv ttitéttiif éê ftéme, t. ti^ et Hdek, dans son

Histoire de Sylvestre //, donnent d'Intéressants détails sur les ouvrages de Gerbert qui sont encore manuscrits ou répandus dans diverses collections.

4 Gerbert., EplsM3f 8.

> EpisU 7.

•BpIstiSO.

^Eplst. 0.

> Epist. 17, 40 et 72.

* Epfst. S4, S5. On confondait «lors Vastrmumie avec Vastrologie^ ^ EpIst. 44.

112 RurroiRi

Etant éféque, au milieu des lattes qu'il eut à soutenir et de ses occupatioQs pastorales, il trouve encore moyen de s'occuper de science. En invitant l'écolâtre de Mici, Constantin , à venir lui rendre compte des désordres survenus à Fleuri, il le prie de lui apporter des copies du livre de la République de Cicéron , des discours contre Verres et des autres harangues du grand orateur romain *. Dans plusieurs autres de ses lettres, on le voit acheter des manuscrits à l'abbé Arnulph de Sens; charger le moine Dilmar de lui conipléter un passage tronqué du livre de Boêce x^E^^Mut^; s'entretenir avec le moine Rémi de Trêves, des diviseurs des nombres; lui demander une copie de l'Achilléide, promettant de lui faire en retour une sphère céleste '.

Retiré en Allemagne , après le synode de Reims, il profite de ses loisirs pour composer son traité de géométrie etiaire des expériences astronomiques dont parle ainsi un historien contemporain , aussi sage qu'éclairé, Ditmar, évêque de Mersboui^* : « Gerbert connaissait parbitement le cours des astres, et sa science astronomique surpassait de beaucoup celle de ses contemporains* Après avoir été expulsé de son siège, il se retira auprès d'Othon. Etant avec cet empereur, à Magdebourg, il fit une horloge qu'il régla d'une manière fort juste, en considérant l'étoile polaire au moyen d^un tube (fistula). »

Pendant le voyage qu'il fit avec Othon, en Italie, il trouva k temps de résoudre une difficulté proposée par l'empereur sur les rapports de l'attribut et du sujet. Ce fut vers la même époque qu'il acheva et adressa à son vieil ami Constantin son livre sur les nombres *j et qu'il écrivit à Aldebold sa lettre sur les différentes manières de trouver géométriquement et arithmétiquement la surbce du triangle équilatéral *.

Cette activité scientifique porta ses fruits.

Gerbert était bien au-dessus de son siècle par l'étendue de son sa-

« EpisL 87.

s EpisC. 116, 1S3, 134, 148.

s Ditmar., Chron. Ub. h. Quelques auteurs ont conclu, de ce passage de Ditmar, que Gerbert fut Tlnventeur des horloges mécaniques. D'autres prétendent qu'il n'établit à Magdebourg qu'un cadran solaire.

* Epist 180.

> Cette lettre est dans la collection de D. Pex ; Thesaur. uotIss.

tm t'ioum db vr ancb. 413

voir et par l'application qu'il en savait fiûre. Ootre ses connaissances mathématiques et physiques , ses divers ouvrages théologiqnes attestent qu'il possédait bien TEcriture-Sainte et la tradition. Son esprit était lucide et logique , il aimait la philosophie et traitait avec profondeur et solidité les questions les plus ardues. Son traité De ruioge de la Raison et Du corps et du sang du Seigneur sont des preuves irrécusables de la subtilité de sa dialectique, et de sa conception profonde du dogme chrétien. Les questions soulevées au ix* siècle sur la nature du corps eucharistique de J.-G., occupaient en~ eore au dixième les hommes les plus savants y et Gerbert entreprit son traité pour concilier le sentiment de Paschase-Ratbert avec celui de Ratramn et de Raban-Maur *.

Mais la science dans laqudle Gerbert excellait était celle des ma^ thématiques. H fot le premier qui apporta d'Espagne les chiffres arabes, et son fameux ouvrage connu sous le nom à'Àbacus n'est qu'un recueil de tables dans lesquelles sont exposées les différentes combinaisons des chiffres arabes. Cet ouvrage ne fut pas apprécié d'abord , et plusieurs siècles s'écoulèrent avant que l'usage de ces chiffres devint général. Aussi YAbacus ne fut-il pas compris. Il passa même pour un livre magique, car Gerbert eut pendant longtemps la réputation d'un sorcier fort habile. La Géométrie de Gerbert est peat»étre le plus parJEait de ses ouvrages mathématiques, et aujourd'hui même elle mérite d'être lue, à cause de la clarté des démonstrations et de rexcdlence de la méthode. Dans son ouvrage sur la 8|^ère, il indique avec assez d'exactitude la manière de trouver le méridien et la circonférence de la terre , ainsi que les règles à suivre poor construire des sphères célestes et des cadrans solaires^ ses connaissances en musique sont attestées par l'ancien surnom de Musi" eus qu'on lui donna , et par un passage d'une de ses lettres ' où il propose à ceux qui en seraient désireux, de leur enseigner tous les secrets de l'harmonie et la manière déjouer de l'orgue. Non-seulement il savait bien toucher des orgues , mais il était aussi fort habile dans l'art de les construire. Guillaume de Malmesburi lui attribue l'invention de certaines orgues hydrauliques dans lesquelles

. * Cet ouTrage de Gerbert sur rEucharIstie confirme tout ce que nous STons dit, au III* volume de cette Histoire, sur U nalurede la coatroverae qui s*éleTa au ii« siècle sur l'BucharisUe. La présence réelle n'était point en cause, et toute la question, entre Pascbase-Ratbert et Ratramn, roulait sur la manière d'être du corps de J.-C dans rEncbaristle.

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