IV
HA KUTonm
Teatt était l'agent employé pour prodnire les modolatioDa. Enfin Geitot avait étudié la médecine. Il dte dans plosienn de ses oo« vrages les médecins Gclse, Galien et Démosthènes; il mettait même, k Toccasioa) ses connaissances médicales au senrice de ses amis: c'est ainsi qu'il prescrivit à son maître Raimond d'Atirillae des remèdes contre vne maladie de foie y et à l*évèque Adalberon de Verdun un traitement contre la pierre.
Le style de Gerbert ^ dans ses ouvrages sdt scientifiques soit Kttérairesy est concis, plein de nerf, de force et de hanliesse, rarement obscur ou difiiis. Son latin est pur, pour aon lempa; ses connais^ aances en grec étaient fort étendues.
On comprend Tinflaenceque durent avoir les nombreux ouvrages de Gerbert pour le progrès intellectnel ; mais ce grand homme l'accéléra peut-être plus encore par son enseignement oral et par les disciplêi qu'il forma à l'écde de Reims ^
Nous nommerons seulement ceux qui eurent sur le xi« siècle le plus d'influence.
A leur tète, il iaut placer le roi Robert qui fut, dès son en&nce, confié aux soins du célèbre écolâtre de Reims. L'influence scientifique de Robert sur son siècle n'a pas été assez appréciée. Nous n'avons point à nous occuper de ce prince comme politique et comme guerrier, et nous dirons vobntiers, avec le moine Helgald, son historien' : « Quant aux guerres du siècle, aux ennemis vaincus, aux honneurs acquis par le courage, je laisse tout cela aux historiens qui pourront s'en occuper et trouveront , sous ces rapports , le père et ses fils glorieux dans les batailles et tout brillants de leurs exploits. » Ce qui nous frappe le plus dans la physionomie de ce boa roi , c'est son zèle pour répandre dans la société les denx éléments du progrès intellectuel et moral , la religion et la science. Voici le portrait que nous fût de lui le moine Helgald ^ :
s II avait la taille élevée , la chevelure lisse et bien arrangée , les yeux modestes , la bouche agréable et douce , la bart>e assez fournie
« U Père llablllon (Act. 8S. Ord. S. Bened. ; et Annal. Ord. S. Bened.) et les Bénédictins auteurs de VBistoirt littéraire de Franet^ nous ont spécialement ssnri pour composer le taUeau abrégé de la renaissance du xi* sièele. On ne poufait rseueUHr afee phv de aohi que ces labortemt samals, les remarques éparses fà et là daas les aombrsux documents qui apparUennent à cette époque.
) Helgald., Epitom. rit. RotberL Reg. ; ap. 0, Bouquet^ t x, > md.^ Inlt.
DB L'icUSB 0B fRANCI. 115
et les épaaias bAOtes. Il priait Diau fréquemment , pour ainsi dire continuellement, et il faisait souvent la génuflexion. Enfin, pour me sertir des termes d'Aurélius Victor, c'était un homme supérieur par ses mérites en tout genre. Lorsqu'il siégeait au conseil, il écou*tait volontiers les évéques» Jamais une injure reçue ne le porta à la vengeance ; il aimait la simplicité et se plaisait à causer , à faire ses repas et ses promenades avec ses amis. Son application à lire les Saintes-Ecritures étaitsi grande, qu'il ne passait aucun jour sans lire tout le psautier.
» Ce roi, au cœur très-parfait, fut gratifié par Dieu même des dons de la science, et était très-savant dans les lettres humaines. Sa pieuse mère l'envoya aux écoles de Reims , et le confia à maître Gerbert pour être élevé par lui et instruit dans les doctrines libérales. »
Il devint à cette école , comme le dit le même Helgald , a très-remarquable par la connaissance parfiute de toutes les sciences, p Et dans rénamération des bonnes œuvres de son héros, le même hia^ torien n'a pas oublié le soin qu'il donnait à l'instruction du peuple, ff Quel est, dit-il \ l'ignorant qu'il n'a pas rendu savant 1 o
C'était alors par la fondation des monastères que l'on favorisait le progrès intellectuel dans le peuple dont ils étaient les écoles , et où Ton donnait gratuitement l'instruction. Aussi Helgald a-t-il énu* méré scrupuleusement tous les monastères fondés ou reconstruits par Robert^ . Il n'a pas oublié surtout l'église de son monastère de Fleuri, dont il dirigea les travaux. Helgald était artiste en même temps que poète et historien; c'est avec bonheur qu'il compte les beaux monuments élevés de toutes parts par la libéralité du roi ; les vases ciselés , les reliquaires artistement sculptés , les missels d'ar^ gent et d'ivoire, les chapes tissues d'or et d'argent, les croix et les autels enrichis d'or et de pierres précieuses qu'il prodiguait aux différentes églises. Il décrit avec un amour d'artiste une chasuble en or très-pur donnée par Adéléïde . mère de Robert, à saint Martin; on voyait sur cette chasuble , entre les épaules , la majesté du pontife éternel , les chérubins et les séraphins humiliant leurs têtes devant le dominateur de toutes choses; sur la poitrine, l'agneau de Dieu ,
* Hegald., Epitonu vit. Rotbert. Reg., ad fin.
s Vm prioelpaiix tont : eelui de Saint Aignan et quelques autres à Orléans ; ealal de Saint Gasaien à Autan; ceux de Saint Mëdard à Vitry, de Saint Léger dans la forêt Yveline, de Sainte-Marie à Melun , de Saint-Pierre et de Saint- Ricul à SeoUs, ds 8alBte4farle à Etampea, de Saint-Germain à Paris, de ia Sainte- Vierge à Poiflsy.
4 16 RISTOIM
Tictime de notre rédemption, liant les quatre animaux apocalyptiques.
Par ses fondations utiles et par les encouragements qu'il donna aux arts , Robert mérite incontestablement d'être compté parmi ceux qui contribuèrent le plus puissamment à la renaissance artistique et scientifique du xi* siècle ^
A cAté de lui brille un autre disdple de Gerbert , Fulbert de Chartres , surnommé Socrate à cause de la profondeur de sa sagesse. Ce grand homme nous apprend lui-même dans ces vers que sa famille était humble et pauvre' :
Sed recolens quod non opibus, nec sanguine fretus, GonscendI caihedram, pauper de sorde levatus.
Ses étroites liaisons avec Guillaume, duc d'Aquitaine, qu'il nomme son seigneur, porteraient à croire qu'il était originaire des provinces méridionales de France. Après avoir étudié à Reims , sous le savant Gerbert , Fulbert se retira à Chartres où il ouvrit une icole qui devint bientôt célèbre. Le mérite et la science du mattre étaient si généralement reconnus, qu'on accourait à ses leçons des pays les plus éloignés, d'Arles, de Liège, de Cologne, comme des lieux les plus voisins. Les moines et les clercs y allaient à l'envi , et ceux qui ne pouvaient assister aux leçons du grand docteur le consultaient par écrit.
Le concours des étudiants était si grand, que l'école de Chartres mérita la première de porterie titre d'académie. On y enseignait su^ tout la grammaire, la dialectique , la théologie et la musique. Les méthodes scientifiques de Fulbert étaient excellentes. S'il avait à corriger quelqu'un de ses disciples , il avait plus souvent recours à
* Robert était en outre musicien et poète. Il aimait à chanter à Téglise et i composer des répons, des hymnes et de$ séquences qui furent adoptés dans l'office de l*EgIise« On en connaît encore plusieurs, entre autres I*bymne : Chona navœ Jérusalem^ etc. ; la séquence de l'Ascension : Rex omnipotent^ die hodiemâ^ etc. ; les répons : JwUta et Jérusalem ; conxtantia martyrum^ qu'il fit pour satisfaire la reine Constance qui le pressait de chanter ses louanges, et se crut désignée dans le premier mot du répons.
sPulb. Carm.
Fulbert de Chartres, un des plus grands évéques du commencement du u* siècle, reparaîtra dans cette Histoire. On a de lui : l** un recueil de lettres i 2* des sermons; 3* des compositions liturgiques; 4'' un poème sor la >is nastique ; 5* quelques autres ourrages sur différents sujets lui sont attribués.
r. HisL lilt. de France, t. vu.
DB l'^GLISB DB FRANCK. 417
la douceur et à la persuasion qu'à la sévérité , comme l'atteste Adelmanu , un de ses disciples, qui a chanté dans ses vers la douceur et la science de son mcdtre Fulbert: a mon père, dit-il \ honneur de la cité des Camutes, je voudrais te chanter dignement dans mes vers; mais ma parole est impuissante!... Oh! avec quelle dignité, avec quelle gravité , avec quelle douceur , tu nous révélais les secrets de la science la plus profonde! Ce fut, ô maître, grâce à ton influence, qu'on vit en France refleurir les études; tu approfondissais les mystères de Dieu , comme ceux de la nature , et jamais tu ne laissais l'ardeur pour l'étude se refroidir parmi nous. Comme un lac immense qui alimente les petits ruisseaux , comme le soleil qui lance de toutes parts ses rayons, c'est ainsi, vénérable père, que tu as envoyé tes illustres disciples dans toutes les contrées, répandre la science qu'ils avaient reçue de toi. »
Adelmann , dans ses rithmes d'où nous avons extrait ces paroles, nous a fisdt connaître ses principaux condisciples à l'école de Chartres. n met au premier rang Hildier^ originaire du pays de Chartres, homme de beaucoup d'esprit et qui avait spécialement étudié la médecine , la philosophie et la musique ; parfait imitateur de son maître , il copiait môme ses manières, son regard et le ton de sa voix. Sigon, excellent musicien, tenait le second rang parmi les disciples de Fulbert. Après eux, Adelmann compte Lambert et Angelbert qui enseignèrent , l'un à Paris, l'autre à Orléans ; Rainald de Tours, très-fort sur la grammaire et doué d'une facilité étonnante pour parler et écrire; Girard-Gilbert, qui fit le voyage d'Orient ; Regimbald de Cologne, qui acquit une juste célébrité ; enfin Walter de Bourgogne, tellement passionné pour la science, qu'il parcourut presque toute l'Europe pour visiter les écoles les plus célèbres et grossir la somme de ses connaissances. Il arrivait d'Espagne , chargé d'un riche butin scientifique, lorsqu'il mourut, jeune encore, cruellement massacré par les envieux que lui avait suscités sa gloire naissante.
Adelmann ne compte au nombre des plus illustres disciples de Fulbert ni Pierre, chancelier de l'Eglise de Chartres, ni Enguerran qui devint abbé de Centule ou Saint-Riquier ', ni le fameux Béran-
* Adelman. Rlthm. ; ap. Mabill. Ânalcct Adelmann devint éréque de Bresse.
3 On a de Pierre des cominenlaires sur les Psaumes et sur lo livre de Job ; Enguerran mit ^ vers la vie de saint Rfcpiier, et composa plualeurs moroeauz liturgiques.
lis HISTOIRB
ger, depuis écolàtre de Tours et archidiacre d'Angers. Cependant il eut ce dernier pour condisciple , comme il nous l'apprend lui-même dans la lettre qu'il lui adressa pour le ramener à la foi , et dont nous parlerons plus tard. Angelramn, abbé de Saint-Riquier, et le savant Olbert, abbé de Gemblours, portèrent, dans ces deux monastères, les leçons de Fulbert qu'ils suivirent pendant plusieurs années^ Domnus; moine deMont-Majour, après les avoir suivies pendant neuf ans, les porta en Provence. Hildier, le plus savant des disciples de Fulbert, transporta les traditions de son maître à l'école de Saint-Hilaire de Poitiers.
Fulbert avait été nommé trésorier de cette abbaye par Guillaume d'Aquitaine, et avait envoyé Hil<Uer, son disciple, gérer cette charge à sa place.
Pour lui, il fut élevé, vers l'an i007, sur le siège épiscopal de Chartres; le roi Robert, avec lequel il avait étudié à Reims, sous Gerbert, contribua beaucoup à son élévation. Les devoirs de Tépis^ copat n'empêchèrent point Fulbertdecontinuer ses leçons publiques.
L'impulsion que sut imprimer son disciple Hildier au monastère de Saint-Hilaire de Poitiers, se communiqua bientôt à l'école épiscopale de cette viHe. Hilaire, qui en était modérateur, entreprit de rivaliser avec Hildier et parvint à former de doctes élèves; parmi eux, on distingue surtout Raoul- Ardent, qui réunissait toutes les qualité d'un grand orateur; Gilbert de la Poirée, qui fut dans la suite évêque de Poitiers, et l'historien Guillaume, surnommé de Poitiers^ qui vint à l'école d'Hilaire perfectionner ses études.
Déranger, dans le même temps , après avoir étudié sous Fulbert, était devenu écolàtre de Saint-Martin , à Tours. H rendit cette école si florissante, qu'un de ses contemporains, Baudri de Bourgudl, prétend qu'elle avait éclipsé toutes les autres. Il y eut pour disciples Eusèbe Brunon qui devint évêque d'Angers, et Hildebert qui le fut du Mans. Hildebert, plein d'admiration pour son maître, nous en a laissé un pompeux éloge dans lequel nous remarquons ce dystique flatteur:
Quicquid phllosophl, quicquid cecinere poets, logenlo cessit cloquloque soo.
L'école épiscopale d'Angers avait aussi à sa tête un disciple de Fulbert, Bernard, dont il nous reste quelques ouvrages ^ L'école
* Ces mintges sont t uo recueil des nlneteB île flalniei^oi i rhistolra de mmi pèlerinage k Notre-Dame du Puy en Vêlai.
DB L'iGUM M nUlf CB. i 10
de Saial-liauriee, dans la même ville^ rivaHsait cveo cUe^ et Ait illaatrée par Mari)ode et par Guillaume qui donna des leçons à Geoffroi de Veud6me. On distinguait dans le même diocèse l'école do Saint-Florenty qui eut surtout de Tédal sous SigoU^disctple de FuU berty et celle de Bourgueil, fondée à la fin du x« siède^ et qu'illustra Baudri , un des plus grands poètes de l'époque*
Baudri nous a laissé quelques renseignements sur l'éeole du Mans dans laquelle furent élevés : Audebert qui^ selon Baudri^ fidsaii des vers aussi bien qu'Homère et Virgile ; Gervaisde Ghàteau-du^Loif % qui devint archevêque de Reims ^ et le doyen Gttiobier, qui passsil pour avoir beaucoup d'érudition, HUdebert^ après avoir suivi à Tours les leçons de Déranger , fût fiât écolàtre du Mans et en devini évêque. L'éeole du Mans produisit aussi le célèbre Uervéi qui fut ensuite moine de Bourgdieu en Berrf , et un des écrivains les plus laborieux de la fin du xi* siècle.
Cette esquisse ra|Bde des disciples de Fulbert et de leurs nombreux travaux peut nous donner une idée de l'inflneace de ce grand évêque sur le mouvement intellectuel qui se manifesta à cette époque.
D'autres disciples de Gerbert y travaillaient avec non moins de zèle et de succès. Tds étaient Aidebold d'Utreeh que l'on comparait aux plus grands hommes de son temps, comme Fulbert, Hériger et Ab^ bon. Léothéric de Sens, Bmnon àd Langres, Erluin de Cambrai ^ Jean d'Auxerre, puisèrent tous à l'école de Gerbert l'amour de la science } et travaillèrent à la propager dans leurs diocèses. Grâce à leurs efforts, on ipessentit bientôt dans toutes les écoles épiscopales ce mouvement de régénération dont Gerbert était le premier moteur*
De doctes abbés, qui suivirent les leçons de l'école de Heims» l'imprimèrent en même temps aux écoles monastiques: tels étaient Ingon , abbé de Saint-Germain^es-Prés; Herbert, abbé de Latigni; Richer , moine de 8aiot-Rémi , qui dédia è Gerbert, son maître, «es deux livres sur l'histoire des Franks; enfin le bienheureux Richard de Saint-Vanne.
Richard^, élu abbé de Saint-Vanne en iÛ04, y porta les trésors de science qu'il avait puisés dans les doctes leçons de GeriMnrt, et sut
« Sou père était Aimoa^sslfiisar de Gliât«s«i4ii-Ijsir, si U aa^t dans iw château que l'on appela Curta Jimmiê^ d*ea on a tait GoaloMn. Oa a ds Garrals quelques lettres; U en écrivit beaucoup qu! eussent été pleines d'intérêt pour l'histoire et qui sont perdues; on a aussi de lui des chartes et quelques opuscules,
3 Lea Richard composa plusieurs Tlesdesgatatatdss r è itom s at SMenastiqpia»
les communiqner à vingt et on autres monastères dont il eut la direction et parmi lesquels étaient les célèbres abbayes de Lobbes, de Saint- Laurent de Liège, de Saint-Amand, de Saint-Bertin , de Corbie, de Saint-Waast d'Arras, de Saint-Pierre de Chàlons-sur-Mame , de Saint-Vandriile en Normandie, de Saint-Hubert dans les Ardennes.
A peine Richard eut-il commencé ses leçons à Saint-Vanne, qu'on y accourut de toutes parts. Grand nombre de parents, désireux de donnera leurs enfants une instruction solide, s'empressaient de les offrir au saint abbé. Hugues de Flavigny, qui fut offert ainsi dans son en£mce et élevé à Saint- Vanne, manque d'expressions pour expri* mer tout ce qu'il avait à dire du mérite de Richard et de l'activité de ses disciples. Richard avait connu dans un voyage en Orient un savant moine du mont Sinaî, nommé Siméon. Ce moine étant venu en France, fit quelque séjour à Saint-Vanne. Comme il savait le syrien , l'égyptien et l'arabe, on peut croire qu'il inspira aux écoliers de Saint- Vanne du goût pour l'étude des langues orientâtes *.
Richard ayant pris la direction du monastère de Lobbes , y trouva une bonne école formée par Olbert et le docte Hériger ', qui écrivit sur l'Eucharistie, grande question toujours agitée depuis plus d'un sièclèr Richard mit à la tète du monastère de Lobbes , Hugues , ancien condisciple d'Hériger. Sous son impulsion intelligente , l'école prospéra et produisit une brillante lumière, le bienheureux Thierri, qui contribua à en éclairer bien d'autres. Thierri , jeune encore , fut chargé des écoles primaires de Lobbes et s'acquitta dignement de cet emploi. C'était merveille de le voir donner ses soins à de tout petits enfents qu'il initiait en même temps aux éléments de la science et de la vertu. Sa réputation alla jusqu'à Stavelo que gouvernait le saint abbé Poppon , grand amateur de science et de piété. Thierri ne pat résister aux instances de Poppon. Il se rendit à Stavelo et y forma une excellente école. Plusieurs autres abbés voulurent avoir Thierri
* Saint Sioiéon reçut reclus auprès de Trêves, après avoir parcouru une grande partie de la Frsince, et fut canonisé en 1041 par Benoît ix. Ce fut au xi* siècle qoe s'incrodolait la ooattune de fiilre canoniser les saints par le pape seul. Saint Siméon de Trêves est, dit-on, le second qui aurait été canonisé. Le premier serait saint Udalricd'Âugsbourg. Auparavant cliaque évéque canonisait, après une •impie InfoniMUon des vertus et des miracles des saints. Llgnonuwe et la crédunté rendirent nécessaire la nouvelle disdpHne.
9 Hériger composa plusieurs ouvrages historiques et scientifiques. Son ouvrage sur I^ucharistie est perdu. Quelques auteurs lui ont attribué k tort le traité, composé par Gerbert, sur cette maUère.
DB L'iGUSB DB VRANCB. ISl
à lear tour. C'est ainsi qu'il alla successivement former des écoles primaires à Saint-Vanne , à Mouson et dans plusieurs autres monastères. A peine était-il de retour à Loblies , qu'il fut choisi pour aller ressusciter l'école deFulde, qui était bien déchue de l'état florissant où l'avait laissée RabaurMaur ; mais les moines de Saint-Hubert l'ayant alors réclamé pour abbé , il ne partit pas pour TAllemagne.
Le monastère de Saint-Hubert appartenait à la congrégation de Richard. Thierri en fut abbé pendant trente-deux ans et y rendit les études trèft-florissantes. Il y établit, suivantlusage pratiqué alors dans presque tous les monastères , deux écoles: l'une pour les moines , confiée à Baudoin j l'autre pour les élèves du dehors , confiée à Stepelin. Les moines qui avaient fini le cours des études , travaillaient à copier des livres; les copistes de Saint-Hubert furent en réputation et l'on citait surtout parmi eux Gislebert» Etienne, Rémi, Rodulf et Foulques: ce dernier avait un talent particulier pour enluminer et orner les lettres capitales ; il réussissait aussi très-bien dans la sculpture et la ciselure. Le monastère de Saint-Hubert était une des écoles où l'on cultivait les arts avec le plus de succès. On y formait d'excellents musiciens fort habiles à toucher des orgues.
Richard rétablit à Saint-Laurent de Liège l'amour de l'étude en même temps que la régularité.
Dans le même temps , enseignait dans cette ville un autre héritier de la science de Gerbert, Adelmann, ce disciple de Fulbert dont nous avons parlé. Notger *, un des amis de Gerbert et évéque de Liège, aut donner à son école épiscc^le un éclat que ses successeurs ne laissèrent point s'obscurcir et que le célèbre Alger contribua surtout à lui donner. L'école de Saint-Laurent fut dirigée par Lambert. C'était un homme fort instruit qui a laissé quelques ouvrages. Parmi les gloires de cette école, on cite un évéque italien, nommé Jean, peintre distingué.
Les écoles monastiques des provinces septentrionales , qui ne basaient pas partie de la congrégation du bienheureux Richard , se ressentirent cependant de l'impulsion qu'il imprima aux études. Nous citerons principalement Gemblours, Vassor, Saint-Tron et Hirsange.
Gemblours dut sa renaissance à Olbert ^. Ce savant avait, dans sa
' * Notger de Liège écrivit piusiears ries de Saints.
' SIgtberl de GemMoiirs nous apprend qu'OUiert eut beanconp de part I la composlUon du Décret nu Recueil de Canons de BonclMnl, évéque de Wonns,
ISt BISTOIIB
jeanesse^ parcoara 1m plus célébras écoles de France et ttait rap« porté de ses voyages des connaissances variées et de précieuses observations. Après avoir étudié à Lobbes, sous Hériger; à Saint- Germain-des^Prés, sous Ingon, disdple de Gerbert, il suivit à Troyes les leçons de rarchidiacre Aldrade qu'on appelait s la gloire du monde, Thonneur de TEglise et le maître des chrétiens, s II resta trois ans sous ce professeur illustre , passa à Téoole de Fulbert de Chartres et revint enfin à Lobbes. Il y était à peine de retour, que Burchard de Worms l'y alla ch^ cher pour diriger son école épiscopale, et Vaider dans la composition de son grand recueil des canons. Tel était Olbert , lorsqu'il prit le gouvernement de Gemblours. Il s'y appliqua surtout à faire copier des livres, et parvint à réunir aind plus de cent volumes, tant de l'Ëcriture-^aintequedes auteurs ecclésiastiques , et cinquante des auteurs proflines ) c'était une biblio • thèque considérable pour l'époque. La réputation de Gemblours s'étendit au loin. Les Eglises et les monastères avaient une si haute idée des élèves qu'on y formait, qu'ils les demandaient pour maîtres. C'est ainsi que Sigebert, si connu par ses nombreux ouvrages, alla enseigner à Saint- Vincent de Metz , Anselme à Hautvilliers et k Lagni.
Yassor avait aussi une grande célébritéé Erembert, qui y fht élevé et en devint abbé plus tard , se rendit si habile à travailler l'or, l'argent et le cuivre , que ses ouvrages d'orfèvrerie faisaient l'admira-tion des antres artistes. Au douzième siècle , où l'art de la ciselure avait fait de grands progrès ^ on estimait beaucoup deux tables d'argent qu'il avait travaillées. Etant devenu abbé ^ il apporta dans U régime de sa communauté une réforme utile, en transportant à quel* que distance du monastère les écoles des enfiuts qui troublaient la paix et la tranquillité nécessaires aux moines.
Cette remarque et plusieurs autres que l'on trouve épttrses dans les divers documents relatifs aux abbayes , sont de prtdenx renseignements que l'on m doit pas laisser passer inaperçus. Ils contrit bueot à nous donner une idée juste du monastère qui état en même temps une académie de savants occupés à fiure des livres ou à nml* tiplier les manuscrits ; une école secondaire où tous, sans distinotion , venaient puiser des connaissances littéraires et scientifiques fort étendues -, une école d'artistes et de théologiens ; enfin une école
OUMit conpoM de plui des Hss ds Satou et dts moitleMt Htnrflqws qnll sivslt OMttrs en aiusIqiNb
DK l'kgUSK m ffUNGB. 123
primaire où tous les petite en&nte pouvaient recevoir la première éducation.
Toutes ces écoles étaient gratuites, et les élèves pauvres étaient même souvent nourris et entretenus sur les fonds de l'abbaye. Au point de vue intellectuel , Tabbaye était un établissement fort utile. Elle ne Tétait pas moins au point de vue moral, puisqu'elle était une école de vertus, un asile pour les pauvres, une maison d'hospitalité pour le voyageur. Comment s'est-il rencontré tant d'écrivains assez peu clairvoyants pour ne pas apercevoir tout ce qu'avait d'utilité sociale le monastère, pendant cette période féodale oii le régime politique était si défectueux, où le peuple était si indignement traité par la plupart des seigneurs I Le pauvre trouvait au moins dans le monastère du pain et des vêtements, des remèdes et des médecins, des professeurs dévoués à la culture de son intelligence. Pour qui comprend ce qu'étaient les monastères au moyen-âge^ il n'est pas étonnant que leur fondation ait été l'œuvre de prédilection des âmes généreuses et des coupables repentants. Le monastère résumait à lui seul toutes les œuvres de charité.
A Saint-Tron , comme à Vassor, on joignait la culture des beauxarts à celle des sciences. Parmi tes grands hommes qui y furent for^ més, on cite Adalard, très-habile dans la peinture et la sculpture, Lietbert et Steplin qui composèrent un recueil de sentences choisies des Pères et de canons des conciles ; cet ouvrage fraya la route pour leurs grands travaux à Pierre Lombard et Gratien. Ce fut à Saint- Tron que le savant Thiofrid étudia le grec et l'hébreu, ce qui prouve qu'on s'y occupait des langues savantes.
Hirsauge avait la réputation d'une excellente école de mathématiques. C'était la science de prédilection de Tabbé Guillaume, qui fit sur ce sujet plusieurs ouvrages. La musique était, suivant Geribert, une des ailes du mathématicien. L'abbé Guillaume la cultivait, et réforma le chant ecclésiastique *. Ses ouvrages sur les mathématl^ ques, la mécanique et la musique étaient si estimés de son temps, qu'on les préférait à ceux des anciens sur les mêmes matières. Guillaume , comme tous les abbés intelligents , donnait un soin ex-^ tréme à la transcription des manuscrits. Ce Ait peut-être à Hirsauge
* Le cbant ecdésIasUqiie iubit m» réforma radicale pendaot le xi* aiède. Ce fut alors que Gui d'Arezio loTcnu les notes m, rf , mf , etc. ; Il y avait eu. avant loi, des réformes qui lu! préparèrent la vole, comme celle de Gtiillaume et d'autres persomiftges eéMbrei qal euitltaleiii le cliiiic
124 HISTOIRB
que commença ses étadesle docte Manegoid, qui, après avoir enseigné en Alsace^ sa patrie, parcourut les principales villes de France et fonda à Paris une école privée où étudia Guillaume de Champeaux.
Presque toutes les écoles ecclésiastiques et monastiques dont nous avons parlé devaient l'éclat dont elles brillaient à Gert>ert ou à ses disciples.
De son côté, l'illustre abbaye de Cluni poursuivait son œuvre civilisatrice. Saint Odilon, qui avait succédé à saint Mayeul, marchait sur les traces de ses prédécesseurs, et donnait une vaste extension à sa congrégation.
Il fut surtout secondé par deux hommes de haute capacité et d'une admirable vertu, Guillaume de Dijon dont nous avons déjà parié, et Abbon de Fleuri.
L'abbaye de Fleuri, depuis qu'elle avait été réformée par saint Odon, comme nous l'avons rapporté, était devenue un centre lumineux d'où la science s'était répandue sur tout le diocèse d'Or* léans. Parmi les écoles de ce diocèse, on remarquait celle de Hici, dirigée par Constantin, l'ami de Gerbert; celle de Meun où fut élevé Baudri de Bourgueil, et surtout celle de Fleuri, dont Abbon était la gloire.
Abbon fut élevé à Fleuri; mais, comme tous ceux qui aspiraient à agrandir le cercle de leurs connaissances, il visita les écoles les plus célèbres de France, entre autres celle de Reims où il se lia avec Gerbert. Quoique ami de ce grand homme , comme il nous l'apprend lui-même, il prit le parti de son compétiteur Arnulph, et poursuivit auprès de Robert le rétablissement de cet archevêque, d'après les ordres du pape. Ce fut aussi Abbon qui fut chargé par le pape de la mission délicate de vaincre l'obstination du roi Robert qui ne pouvait se décider à renvoyer une épouse illégitime , mais qu'il aimait passionnément.
Malgré les préoccupations que durent lai causer ces affaires importantes qui lui furent confiées, Abbon trouva moyen de travailler beaucoup et pour la science et pour la réforme monastique. Ses ouvrages sont nombreux et variés. On lui attribue une collection de canons, un abrégé de l'histoire des papes, et plusieurs ouvrages sur différents sujets de littérature et sur l'astronomie, science qui avait pour lui beaucoup d'attraits. Son meilleur ouvrage est Y Apologie , qu'il publia lorsqu'il fut accusé par Arnulph d'Orléans d'avoir excité une émeute contre les évéques assemblés à Saint-
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Denis pour décider les questions des dîmes monastiques. Abbon ne se borna pas y dans ce livre, à exposer les motifs de la haine que lui portaient ses ennemis, et les preuves de son innocence; il profita de l'occasion pour critiquer les clercs, et les rabaisser bien au-des* sous des moines. Or, les clercs , suivant Abbon , étaient les évéques, les prêtres et les diacres. Ceux qui n'avaient reçu que les ordres inférieurs n'appartenaient pas, suivant lui, véritablement au clergé. Les prétentions d' Abbon sur la supériorité monastique étaient au moins exagérées, et étaient peu propres à calmer ses adversaires qui appartenaient au clergé. Le célèbre abbé était plus dans le vrai lors* qu'il attaquait la simonie, l'avarice et les distinctions subtiles que bisaient pour s'excuser ceux qui trafiquaient des bénéfices ecclésiastiques. En terminant son Apologie ^ Abbon prie le roi Robert d'engager les évéques à corriger une bute qui s'était glissée dans k symbole de saint Athanase, à travailler à dissiper la fausse opinion qui r^ait avant l'an mil sur la fin du monde, et à établir l'uniformité dans l'observation de TAvent qui ne devait être que de quatre semaines. Dans plusieurs diocèses, l'A vent commençait à la fête de saint Martin.
L* Apologie d'Abbon était donc en même temps une satyre des vices du clei^é et un appel à la réforme. La science et la vertu de Fauteur donnaient du poids à sa parole, et il ofiErait en même temps l'exemple du zèle que tous les évéques et les abbés eussent dû montrer poar réformer les clercs et les moines. Aussi avait-on recours de toutes parts à son expérience, et il apaisa des troubles graves qui s'étaient élevés dans les abbayes de Marmoutier, de Mid et de Saint-Père-de-Chartres , comme on le voit dans plusieurs de ses lettres.
Abbon donna à son école de Fleuri beaucoup de réputation , et y forma des hommes célèbres, tels qu'Aimoin , qui écrivit sa vie et fit plusieurs antres ouvrages *} le chroniqueur Hugues; Helgald, l'historien du roi Robert; GauzeKn -, qui devint archevêque de Bourges; Bernard, saccessivement abbé de Beaulieu en Limousin, et évéque de Cahors ; Gérard ; Thîerri, dont il reste plusieurs ouvrages ' ; Odol-
* Alnioin composa une Histoire des Francs^ suivie d'un poSme sur la translaUoa des Reliques de saint BenoU à Fleuri ; V Histoire des miracles de saint Benoît; V Histoire des Abbés de Fleuri, ouvrage perdu.
' On a de Gauzelln quelques lettres et opuscules.
' On a de Gérard plusieurs poSmes religieux en l'honneur de saint Benon et
116 HisfonB
FiCy abbé de Saint-Martial de Linoges; Barnon, abbé de Richenow ^
Abbon fat martyr de son zèle pour la rétonpe monastique. Il aTait entrepris de réformer Tabbaye de la Réole qui dépendait de Fleuri, et il y fit y dans ce but, plusieurs voyages. Ses efiEorts fiirent inutiles, et les moines restèrent obstinément dans leurs désordres. Le saint abbé fit une dernière tentatiyie, en iOOi. Il y était à peine arrivé, qu'une querelle s'éleva entre les moines rebelles et ceux qui l'ac^ eompagnaient. On en vint aux armes. Abbon voulut séparer les com«* battants, mais il fut tué d'un coup de lance par un Gascon.
Les moines de Fleuri , en apprenant la mort cruelle d' Abbon , écririrent à tous les monastères la lettre-circulaire suivante ' :
« Que raffection de votre fiatemelle cbarité nous vienne en aide, « dans la douleur qui nous accable, et , par vos prières, soulages a de pauvres afflige qui n'ont pour nourriture que le pain d'amer- € tume, et pour breuvage que des larmes. Hélas ! un glaive cruel a a transpercé notre amei Abbon, notre père, n'est plus! l'épée des t Gascons l'a mis au rang des martyrs. Que vos prières efiacent les c taches que son ame aurait contractées! Obtenez de Dieu , par vos a sacrifices, qu'il daigne consoler un troupeau qui a peidu son c pasteur et son chef! a
L'état monastique tout entier, la congrégation de Guni surtout à laquelle il appartenait, pleurèrent avec les moines de Fleuri la mort d' Abbon. La réforme perdait un de ses plus zélés apôtres , et la science un de ses plus dignes représentants.
La congrégation deCluni avait encore un homme de haute célébrité et d'une vaste science, c'était le bienheureux Guillaume de EMjon. Nous avons dit comment il avait été amené d'Italie et établi abbé de Saint-Bénigne de Dijon par saint Mayeul , et avec quel zèle il fondait des écoles gratuites dans toutes les abbayes qu'il réformait. Sa rigidité pour le maintien de la règle était si grande , qu'on l'avait surnommé Guillaume Supraregulam '• Il regardait l'étude comme une condi-
de la Sainte Vierge. Tliierrl, nommé aus^ Diederic, par corruption du mat Thiéderic ou Thierri, composa l'Histoire de ia translation de saint Benoit, de Saint-Aignan d'Orléans à Fleuri, et recueillit les coutumes de ce dernier mo-
aaitlrriL
* Bemon ftit musidêD, lltnrglste et littérateur disttngué. Oa a de loi plusieurs ourrages qui le prouvent.
s Aimoin, Vit. S. Abbon.
* Hua. flaf • Ckron.
Dl L'iGUM VIE VRARCB. IfT
tion nicQstidre de la régniarité. Avcone tdeœe k ms yeux n'était inutile j et il voulait que ses moines fussent iniliéi k toutes les études scientifiques ou littéraires, suif ant leur capacité ; il n'exduait même pas la médecine de son programme d'étudss. U pouvait bien luimême se donner pour modèle à ses disciples par la variété de ses connaissanceSf Une de ses occupations habituelles était de corriger les antiennes, les répons, les hymnes et les autres parties de l'office divin , car il était trèik-bon musicien , et on croit qu*il introduisift dans le chant une méthode différente de celle du chant gvégorien^ Guillaume encourageait, comme tous les savants de l'époque , la transcription des manuscrits, et Gerbert , un de ses moines, y de* vint si habile, qu'on lui donna le surnom de CopUt^ Le saint abbé était non-seulement érudit, mais artiste fort distingué; il dressa et fit exécuter lui-même le plan de la belle église de son monastère de Saipt-Benigne, Ce monument fut regardé comme un des plus beau de l'époque. Guillaume fut secondé dans son œuvre par son disdpk Hunaud , qui se chargea de toutes les sculptures de l'église et de la construction de la chapelle dédiée à saint Jean. Le Copiste Jacques fut chargé de la chapelle dédiée à saint Benoit, et, en outre, de la couverture et du pavage de l'église entière '•
Raoul-Glaber nous a conservé quelques fragments du discours prononcé par Guillaume à la dédicace de cette église. Ces fragments, la charte de la fondation de l'abbaye de Frutare ou Saint-Balain ', et trois lettres qui nous restent du saint abbé, prouvent qu'il était très^bon écrivain.
Une de ces lettres est adressée à saint Odilon, abbé général de toute la congrégation de Cluni. Il lui rend compte du triste état où se trouvait Tabbaye de Vézelai dont il avait entrepris la ré^ forme*
Guillaume, qui avût fortement contribué à gagner Odilon à la congrégation de Cluni, lui fut toujours uni par les sentiments les plus affectueux. Tous deux avaient la même activité, la même sagesse, et contribuèrent puissamment h la renaissance des études et a la reforme des mœurs.
* D, BlabUloQ a donné le pl^n ^ cette MISQ 4ans ses Annales ^ Tprdre de Silnt Benoît, t |V.
> n fonda cette abbaye, de concert avec ses frères, en Italie, dans une terre qui leur appartenait La charte de fondation est, suivant les BénédicUns (HIsL lltt., U m), peni-etre la pièce la mieux écrite que l'on emmalsse en ce genre.
1S8 BisTotra
Odiion \ chargé da soin de toute la congrégation dès l'an 994, régla aussitôt sa ?ie sur celle des moines des premiers dècles chré-tiens. A leur exemple ^ il partagea le temps que lui laissaient les devoirs de sa charge, entre la prière et l'étude. C'est ainâ qu'il acquit cette profonde connaissance de l'Ecriture, cette science ecclésiastique que l'on remarque dans ses écrits. Un homme aussi studieux devait nécessairement encourager la science; aussi prenait-il un sma particulier des études dans tous les monastères de sa congrégation.
La réputation de Cluni , sous son gouvernement, s'accrut encore en France et dans toute l'Europe; le saint abbé se vit entouré de la considération des papes et des évéques , des empereurs , des rois et de tous les seigneurs les plus distingués; tous voulaient l'avoir pour ami et profiter de ses conseils. Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II , lui écrivit une lettre respectueuse que l'on possède encore; Benoit VIII, Benoît IX, Jean XVIII, Jean XIX et Clément II l'honoraient de leur affection , et les évéques Sanche de Pampdume, Gauthier de Mâcon et Letbald, dont on ignore le siège, avaient pour lui tant de vénération , qu'ils se firent moines de Cluni pour vivre sous sa direction. Fulbert de Chartres, que tant d'autres reconnaissaient pour maître, honorait Odiion et le consultait avec humilité et respect.
Les empereurs d'Allemagne s'étudiaient à lui donner des témoignages de leur bienveillance et de leur vénération; l'empereur saint Henri , surtout , le mandait de temps à autre à sa cour, pour jouir de ses pieux entretiens; le comte de Poitiers affiliait à sa congn^tion les monastères de ses Etats; les rois de France, Hugues et Robert, le considéraient comme leur père.
On ne saurait compter tous les monastères qu'Odilon réforma, soit par lui-même, soit par les abbés secondaires qu'il avait sous ses ordres. On remarque que, malgré son amour de la pauvreté et le soin qu'il prenait pour établir solidement cette vertu dans le cœur de ses disciples, il n'épargnait rien dans la construction et romementation des monastères qu'il faisait construire. Il avait surtout grand soin de Uen les pourvoir de livres.
Les monastères, dans l'origine, n'étaient que des retraites exclusivement consacrées à la méditation et à la pratique des conseils de
* Viu OdiL In BibUoUi. auniac
DB L'iGUmt M fRANOE. 429
l'Evangile. Hs étaient devenus , au xi« siècle, de grands établissements sociaax, les asiles de la science et de la civilisation. Ils ne pouvaient donc plus être, comme ils l'étaient primitivement, une réunion de huttes sauvages.
Odiloa comprit par&itement ce que devaient être les monastères de son temps, et la civilisation doit beaucoup à la haute intelligence ei à l'activité qu'il déploya dans leur fondation.
Outre Guillaume de Dijon et Abbon de Fleuri qui le secondèrent avec tant de zèle , il eut plusieurs disciples qui entrèrent par&itement dans ses vues ; tels fareut : Richard , qui devint évéque en Hongrie ; Alfier, abbé de Cave en Italie; Admld, abbé à Brème; Paterne et Gardas, qui contribuèrent plus que tous les autres à répandre en Espagne les institutions de Cluni; saint Hugues, qui fut successeur d'Odilonà Cluni, et Casimir qui devint roi de Pologne. Parmi les disdples d'Odilon qui se distinguèrent par leurs écrits, citons seulementRaoul-Glaber *, Syrus et Aldebald, auteurs de la vie de saint Mayeul ; lotsauld , qui chanta dans ses vers les vertus d'Odilon , son bienheureux père.
Malgré ses visites fréquentes dans les monastères de sa^»>ngrégation et les soins multipliés dcmt il devait être accablé, Odîlou trouva moyen de composer lui-même plusieurs ouvrages: quelques pièces de poésies, des discours, Télege historique de saint Mayeul, son prédécesseur, et des opuscules pieux. Ce fut sous sa direction que Art Ait le cartulaire de Cluni, dans lequel il fit insérer par ordre les chartes et diplômes accordés à son id)baye depuis sa fondation. On doit aussi compter parmi ses écrits le Staiui qu'il fit pour l'établissement de la fête det trépassés. Car ce fut ce saint abbé qui fonda cette fête touchante consacnie au souvenir de tous ceux qui ont quitté la terre. Etablie d'abord dans toute sa congrégation, elle ne tarda pas à être adoptée par l'Eglise universelle.
Nous avons vu, dans ce récit, plusieurs évêques seconder de tout
* Baoul-Claber composa une Histoire que nous aTons plusieurs fols citée , la Vie du B. Guillaume de D^on , et quelques petits poèmes.
RaouMîlaber est un historien de talent et qui peint Uea l'époque qu'il décrit AliBoin, dans son BUtairt âe$ Pnm€$^ et Dndon, doyen de Saint-Quentin, dans son livre : Des Mœurs ei de$ BxpMiM det première ducs de Normandie^ rivalisent avec Raoul-Glaber, leur contemporain, et doivent être distingués de la foule des chroniqueurs qui furent nombreux à la fin du x* siècle ei au xi* siècle.
On doit aussi distinguer de la foule des ebrooiqueurs du xi« siède Adenar, «aoliie dsSaliiUaiisr^AntiNMae^quIfat onlilstiMlen detidentpoarsonépoviis*
IV,
490 fliKr<»iiui
leur poutoir Gerbeil etled chefe de la eoDgrégalioB de CUmi dAfii leur oeuvre civiliaatrke. Il eet juste de dier apécialement Adalberoa de Reims, Ëcbert de Trèveâ^ Notger de Liège, Giaxelin de fiourgesi disciple d'Âbbon; saint Fulchram de Lodève^ qui rebâtit sa eathé* drale et finida le monastère de SainWSauveur ; lebienheureox Adalberon de Meta, qili restaura le monastère de Saiut-Syinphorieii qu'illustrèrent l'abbé Gonstantia et le moine Alpert; Drogoo de Beauvais, qui fonda dans sa ville épiscopale le monastère de Saint- Byrophorien et dont il reste une lettre dogmatique; Hugues de N^ vers, surnommé le Orand, qui î^mi de son temps de la réputation d'uA bon poète } Huguâs de Langres, le premier adversaire de Bérenger; Halinard de Lyon, qui cultiva spédatement la géométrie et la physique; Jourdain de Limoges, que nous verrons prendre part à la bmeuse question de l'apostolat de saint Martial ; Manrille de Rouen, disdple de Gerbert^ Mais parmi les évéquesamis du progrès, nous devons donner une place spédale à Brunon, d'abord évèqoe de Tottl, et qui plus tard gouvernera avec gloire l'ï^;lise univenelle, sous le nom de Léon IX.
Brunon, proche paient de l'emperenr d'Allemagne, passa nue partie de sa jeunesse à l'école du Palaiâ, où il se fit remarquer par sa piété« Etant ensuite entré à l'école épisoopàle de Toul, il fiit élevé aux Ordres. Il était diacre lorsque l'évoque de Toul , Hérîman , le chargea de conduire à l'emperem*, qui faisait la guerre en Itatte, le contingent de troupes qu'il devait à l'armée» comme féudataire de l'empire.
A pdne était-il parti, qu'Hériman mourut, et qu'il fut élu, par le eonsentement unanime du clergé et du peuple, pour lui sucoédor.
Brunon, à cause de sa haute naissance, ne pouvait éviter l'épis^ copat< Il jugea, dans son humilité, qu'il valait mieux accepter le petit siège de Toul que de s'exposer à être promu à un des plus élevés de l'Occident* U partit donc pour sa nouvelle Eglise, et, après quelques difficultés que lui suscita la vanité de Puppon, archevêque de 'Trêves, son métropolitain, il reçut l'ordre de la prêtrise et ensuite l'épiscopat.
Avant même d'être complètement installé sur son siège, Brunon avait entrqnîs la réforme des monastères de son dioeèse. Il devait logiquement commencer par là, pour réussir dans les projets d'amélioration morale qu'il avait formés.
Par le conseil àa bienheureux CmUaume de D^on, il déposa les dtuafabésdeSaint'EvreetâeMansin^fflmltàbMtédeoes dem
DB L*iGMÈ M Vrancb. 4 ai
monastères le prévôt de Saint-Evre^ nommé Vidric, auquel il donna la bénédiction abtMitiale et qui gooverna ces deux communautés sous la direction du bienheureux Guillaume.
Bruaon fit rebâtir le monastère de Smat^Evre^ et plusieurs nm^ gneurs Taidèrent dans cette bonne œuvre ^
Les seigneurs y les rois, les évéques, tous ceut qui en avaient la Faculté, aimaient à concourir à la fondation ou au rétablissement des monastères, comme à l'œuvre la plus agréable k Dieu et la plus utile k la société. Plusieurs même en étaient seuls fondateurs, comme Guillaume Bras*de-Fer et son épouse Emma, qui fondèrent ceux de Maillezais ' et de Bourgueil; Geoffroi de Sablé , celui de Soléme * ; Vautier le Blanc, comte d'Amiens, celui de Saint-Ar- Doux à Crépi ; Eustorge et Amblard de Brezons, celui de Saint- Plour ^ sur le mont Indidae ; Richard II, duc de Normandie, et sa femme Judith, celui de Bernai; Foulque&-Nera, comte d'Angers, <$ettx de BeauMeu en Touraine, de Saint-Nicolas d'Angers et de Roncerai ; Hervée^ le restaurateur de l'abbaye de Saint-Martin, oetui de Beaumont près Tours *,
Tous ces monastères furent fondés dans les premières années du onzième siècle et contribuèrent à l'amélioration intellectuelle et morale de la société.
4 F. vit. S. Branon. ; MabiU., de Re DIpI., llb. S.
Brunoti, ou Léon IX, composa un grand nombre dé bulles ou lettres « des semons et divers oposeulei. Il était fort boa musicien et composa le chant de linéiques répons et plusieurs bymaes.
> Ce monastère devint un siège épiseopai ^1 fot Unnsféré à la Rochelle «n 16&S,
> Soléme ne fut primlUvemcnt qu'un prieuré dépendant de l'abbaye de La Couture du Mans. Il est devenu de nos jours l'abbaye-mère do la nouvelle congrt^tlon des Bénédictins de France, rétablis par D. Guéranger.
4 Le monastère de Saliit-Flour est devenu la ville et le siège éplscopal dé ce nom.
B r. pour toutes les fondations monasdques de cette époque, les Annales de t^érdre de Balnt-Benoic
iSS msTOiu
PMfrêa û» l>Mée dtt Gr»lfaa«« Ugmê» à la dwéllailé par OarbcrL -■ Priaclpan pèlirlM aa CMUBancMMBt da xu siècle. — Oppotllioa des Jatft et leurs soordrs tatrlfnct. — Réaciloo cooire cox. — Aeeeril des deux aaterliés dans ta punllIoD des délturetlfleax. — A|ip«l étmué par BobcH b«x évéf «es, à LëoUiérlc de 8eMs es partlenltar. ~ Brrcvia de Léeihérlc sar rBacbarisile. — Lettres que lai adressent, à ce si^el, Falbert de Chartn» et te rel Reliert. — ▼eyage de Rebert à Rease. ~- A ten rei oor II neoine TlilerrI à IHhrécké d^Ortéans. - Trevbles dans PSffllse d'Ortéam, Tiilerri et Odatrie. — HanlcMens déceaverts à Orléans, tear Jagement et leur supplice. — Mankliérns d*Arras, leiviofe- BMmt, lenr eenversien. -^ Manleliéens de Teuleose ; cenclle de Clurreax.
Le dnc Gninanase travaille à la pals de Dlea. - Rebert l'Ioilte. ~ RMcxiaas aar In gnerres entre les seigneurs — Amaar de Rebert peur la paix* — Enlrevae de Rebert et de l'empereur Henri — But de cette entrevue — Etat de la papauté, avarice de Jean XII. -~ Ses néguclatlons slasonlaqnes avec le patriarcbe de Ceastaatlnople. ^ licttru v^ lui dcrlt le B. Guillaume à ce sujet. — Censolailons du B. Guillaume au rel RolMrt à l*ecc»> sien de la mert de son ils Hugues. — Bebert t»H reuronner rel i«n ils Henri- — Dépit de la reine Canstanee. — Plusieurs évdqjum n'esent, à cause d'elle, assbier au sacre de Henri* — Falbert est du nembre. — Anierlté de ce grand évèqne dans PBglIse de France. — Détails tirés de sa eerrespendanee — Mert de Falbert.
Relations de Fulbert avec salut Oditon de QanL — Odiloa aa cenclle d*Aase eà las prIvU léges de Clunl sent déclarés abusifs. — Odllon nemmé par le pape à TarcbevAcbé de Lyan. ^ Lettre du pape peur vaincre sa résistance. ^ Odilen refViie epiniatrement la dlgnlié épiscepale. ^8en exemple est trop peu suivi. - Divers conciles teaasen France sur la qacBilen de Tapestolst de saint Martial et sur la paix de Dieu. — Troubles dans la famille de RobeH ^ Gnerre eatre lai et sea enCbnCs, oecasioanée par ta raine Canstanee. — Daralèras aciloBS de Rabert. — 8a nMrt et san étofe.
Le géoie de 6eri)ert plane au-dessus de ce mouvement intellectuel dont nous venons d'esquisser le tableau. Dans le même temps que les ouvrages et les disciples de ce grand homme éclairaient le monde j on voyait grandir et se répandre l'idée des croisades qu'il avait léguée à la chrétienté.
La lettre écrite au nom de l'Eglise de Jérusalem par le chef vénéré de l'Eglise universelle avait parcouru le monde. Ce cri de douleur avait éveillé dans les âmes de profondes sympathies , et l'on vit des hommes courageux partir pour l'Orient dans le but de combattre le Sarrasin qui souillait la terre consacrée par les pas de l'homme-dieu. Pendant le x* siècle, de nombreux pèlerins cheminaient tristement vers la Judée pour se rendre au jugement dernier: après l'an mil , ce ne fut plus par le même motif que l'on se mit en route, mais pour aller au secours des saints lieux , et consoler l'Eglise de Jérusalem qui gémissait sous le joug musulman. On voyait, non plus seulement quelques pèlerins isolés, mais des troupes composées de seigneurs, de guerriers, d'évêques^ de moi-
Di h'iaun ra ffRARcx. 433
nes^ quelquefois même de hautes et nobles châtelaines *j Ions ayant à la main le bourdon et l'escarcelle, signes distinctib du pienx pèlerin. Guillanme d'Aquitaine, fils de Guillaume Brca^^Fery se rendait ainsi à Jérusalem tous les deux ans; Foulque-Nera, le fougeux comte d'Anjou , aussi énergique dans sa foi que dans ses violences, y fit plusieurs voyages; on lui donna le surnom de Palmier^ à cause des palmes qu'il rapportait d'Orient. En 4026, le bienheureux Richard de Saint- Vanne partit à la tête de sept cents pèlerins ; ce fut Richard II, duc de Normandie, qui fit tous les firais de cette pieuse expédition.
Les papes et les plus saints personnages encourageaient ces voyages. L« récits que les pèlerins bisaient à leur retour des maux qu'Us avaient soufferts de la part des Sarrasins, des insultes prodiguées par ces peuples à J.-C. et à ses fidèles, de l'oppression sous laquelle gémissait l'Ëglise de Jérusalem ; tout cela propageait dans les masses la haine des musulmans qui menaçaient la chrétienté tout entière. On préparait ainsi les fidèles aux grandes choses qui furent entreprises à la fin de ce siècle.
Les Jui6 ne voyaient pas sans dépit cette ardeur des chrétiens, et ils en donnèrent avis au calife Hakem.
c Gomme un concours prodigieux de fidèles, dit Raool-Glaber ', venait de toutes les parties de l'univers à Jérusalem , pour y voir le monument sacré que le Seigneur avait laissé sur la terre , le diable en conçut de l'envie et résolut d'employer les Juife, sa nation fiivorite, à soufQer le poison de la méchanceté sur les serviteurs de la vraie religion. Il y avait à Orléans, ville royale de France, on nombre considérable de Juife plus jaloux , plus superbes, plus audacieux encore que le reste de leur nation. Après avoir concerté ensemble leur criminel projet, ils gagnèrent, à prix d'argent, un vagabond nommé Robert, esclave fugitif qui se cachait sous un déguisement étranger. Ils l'envoyèrent en secret porter au prince de Babylone une lettre écrite en caractères hébraïques, et qu'ils avaient eu soin de fixer avec de petites pointes dans un bâton creux , de peur qu'elle ne s'égarât par quelque accident*
c Le messager partit et remit la lettre entre les mains du prince.
« Rod. Glab. HisU lib. 4, c S et 7.
s Rod. Glalx ttl>i 9| c 7; Adem. chron. ad aniu IMO; ap. D. BonqMl, t. x, pw 193.
134 «liîOiRt
C'éteit vu chcM'flMme de perfidie et de icâértitesae 2 on y préve^ naît le priaoe que s'il ae ee bâtait de renverser le temple augaatedei cbrétiensy ceoxH^i ne tarderaient pas k s'emparer de son royaume et i le dépouiller de ses honneurs. A cette lecture , le prince de Babylone entra en foreur et envoya à Jérusalem des sddats chargés de détruire le temple de fond en comble. Ses ordres ne furent que trop bien exécutés , et les soldats essayèrent même de briser TintÀrieur du Saint-Sépukre avec des marteaux de £er ; mais tous leurs efforts furent inutiles. Peu de temps après la destruction du temple, on sut, à n^en pouvoir douter, qu'on devait cette caLimité à la méidianceté des Joi6, et quand le fût se trouva connu partout, les ebrétiena décidèrent d'un commun accord qu'ils expulseraient de leurs pays et de leurs villes tous les Juift jusqu'au dernier. lis devinrent donc Tobjet de l'exécration universelle. Les uns furent chasaés, les autres massacrés, ou précipités dans les fleuves, ou livrés h divers supplices; d'autres enfin se tuèrent eux-mêmes, de sorte qu'après la vengeance exercée contre eux , on en comptait à peine quelques-uns en Occident *, Un décret des évèques interdit alors aux chrétiens tout commerce avec les JuiCs; ils n'exceptèrent de cette sentence que ceux d'entre eta qui voudraient se convertir et recevoir le baptême. Plusieurs souscrivirent k cette condition, plutôt par amour de la vie terrestre que de la vie éternelle , et retournèrent à leurs anciennes erreurs quand ils n'eurent plus la mort à eraindre.
a La manière dont on avait traité les Joib n'était pas propre a rassurer leur messager Robert. A son retour en France, il se mita la recherche de ses complices et en retrouva quelques-uns à Orléans. Un étranger qui avait traversé la mer avec lui et auquel il avait parié du but de son voyage , le reconnut dans cette ville et le dénonçât Aobert fut ausMtêt saisi et battu de verges. Il avoua sou orime, et les ministres du roi le firent brûler vif à U vue de tout le peuple.
< Par un effet de la bonté divine, lyaute RaouMSlaber, la mère du prince de Babylone, nommée Marie, femme très-cbréfienne, fit veoanstruire l'église du Saint-Sépulcre, en pierres polies et carrées, l'année même qu'elle avait été détruite par son fils. Alors on vit encore une foule innombrable de fidèles accourir, comme en triomphe,
4 IUMMilFGIal)srt élt 1 te» k msads Homim^ expression reasiqoaMepoar l'époque, et qui prouve qu'on svail encore l'idée de l'empire romain d'QaMsal*
DB L S6LMI m VBANCB. 43S
k iirmàkm , de tous les coins de là terre^ et coDlritmer, par lean oflfoodes y à la reeCauration de b maison de Diea. s
Depuis longtemps il y avait une haine très^rononeée entre les ebrétienset les Jaifs; mais cette haine s'accrut encore au moyenâge. Les Juifs ne purent voir sans jalousie les chrétiens aspirer à posséder laPalestine qu'ils regardaient toqours comme à eux de droit diyin , et dierchèrent à entraver leurs entrq)riBes. 11 ne tsMi pas oublier cette remarque qui nous décoan*e la véritable raison de cette recrudescence de haine dont ils ftirent l'objet. Tandis que le peuple lenr faisait éprouver les terribles effets de sa colère , plu-» sienrs saints évèques cherchaient, mais en vain, aies amener aa christianisme. Parmi ces évèques . on cite principalement Alduin de Limoges ^ qui pendant un mois leur fit faire des conférences par les plus habiles théologiens; il en retira peu de fruits et ne baptisa que trois on quatre de ces malheureux ; il voulut cependant en purger son troupeau , et oMigea tous ceux qui refusèrent d'embras* ser la christianisme à quitter Limoges.
On a Uâmé cette penécntion suscitée contre les Juifs; on n'y a vn que la preuve d'un aveugle fanatisme. Sans approuver les cruautés que l'on exerça contre eux, on peut observer que, d'après le rédt de Raoul-Glaber, les Juifs eux^-mémes y avaient donné occasion* De plus, le zèle religieux du moyen-âge eut pour la société les résultats les plus avantageux. Si le moyen- âge n'eût pas poussé jus** qu'à l'intolérance son amour pour la pureté de la foi, le christianiame ne serait pas venn jusqu'à nous. L'islamisme et les systèmes ridicules des hérétiques de cette époque l'eussent étouffé et avec lui le prindpe de la civilisation. Ne jetons point légèrement le blâme, même sur les faits les plus contraires à nos mœurs actuelles , et sachons an moins excuser une intolérance qui nous a conservé le principe de la liberté et du progrès.
Le roi Robert appuya de son autorité la colère des peuples contra les Juifs, puisqu'il fit brftler vif celui qui avait porté leur lettre à rémir Hakem ; cet homme était coupable an double point de vue religieux et politique.
Depuis laftision des deux poiasanees, les lois du christianisme se
< Adem. Ghron.
Cet éTêque montra beaucoup de zèle pour éloigner de son diocèse la peste connue sous le nom de feu $aeré. Cette peste ravageait la France depuis asseï loDgtaaqM» Apnd D. BoÎNiiiet, t x, p. flS7.
136 Himoiu
confondaient atec celles de l'Etat; le roi et les seigneurs avaient une certaine action dans le domaine extérieur de l'Eglise^ et les évéques étaient en même temps ieigneurê et magistrats ecclésiastiques. Nous verrons souvent, dans le cours de la période féodale, les deux autorités civile et ecclésiastique se confondre, et il ne budrait pas, comme Tout fiedt tant d'historiens, considérer à un point de vue purement religieux les actes communs à ces deox autorités qui n'avaient souvent qu'un motif politique.
Robert se montra toujours disposé à appuyer de son autorité royale cdie des évoques en tout ce qui pouvait être utile au bien de la religion. Il prenait même, autant que possible, leur parti contre les seigneurs qui les persécutaient. C'est ainsi qu'il soutint l'archevéquede Sens Léothéric contre Rainard, comte de cette ville. Bai* nard ' était fils de ce Fromond qui s'était opposé à l'élection de Léothéric. C'était un monstre de cruauté et un persécuteur déclaré de l'Eglise. Il affectait l'impiété, et, comme tous les vrads fidèles détestaient les Juifs, lui se Cdsait gloire de les aimer et voulait que ses vassaux l'appelassent: « Rainard, roi des Jui&. » Cet homme ne traitait pas mieux les pauvres que la religion; c'est pourqum Robert envoya contre loi une armée qui mit la ville de Sens k feu et à sang et en fit la propriété du roi.
Léothéric, archev^ue de Sens, n'avait pas des idées très-catholiques sur l'Eucharistie.
Depuis la publication du traité de Paschase-Ratbert, cetie question avait toujours été agitée entre les théolc^iens. A part Jean Scot, tous avaient été catholiques et ne différaient que par un point accH dentel sur lequel ils s'accordaient dans le fond. Le livre de Jean Scot, qui était tombé dans l'oubli depuis plus de cent ans, obtînt au commencement du XI* siècle une certaine vogue. Comme il était sans doute ' composé avec l'obscurité prétentieuse que l'on remarque dans les autres ouvrages du même auteur, ses nouveaux admira* teurs le vantaient, pour paraître plus pénétrants que les autres, qui s'en tenaient aux livres beaucoup plus simples de Paschase, de Ra* tramn, ou de Gerbert. Le trop fameux Bérenger commençait peutêtre dès lors à dogmatiser dans son écde de Tours. Quoi qu'il en soit, Léothéric n'avait pas, comme dit Helgald ', une saine foi sur le
4 Rodol. Glab. Hist, 11b. 3, c. S.
s Gel ourrage de Jean Scot est pcnlo.
* Helgald. Epliom, vlL Robert Les paroles de cet bislorien sont remarqniUM
DB l'^gusb DB nUMGB. 437
Seigneur, et s'était perdu dans les questions épineuses relatives à la nature corporelle de J.«G.
Fulbert de Chartres, le plus savant docteur de l'Eglise de France depuis la mort de Gerbert son maître, entendit parler des opinions hétérodoxes de Léothéric. Ce grand homme saisissait toutes les occasions de défendre le mystère de TEucharistie et gémissait des in« vestigations indiscrètes dont il était l'objet de la part d'hommes légers qui préféraient interroger leur étroite raison, que la raison divine exprimée dans les Saintes-Écritures. « Plusieurs, disait-il *, considérant ce mystère des yeux de la chur, en croient plus à leurs sens qu'à la révélation de la foi, et se jettent dans l'abtme de l'erreur; ils ne savent comprendre ni la réalité des choses, ni la vertu des sacrements. Ils se séparent ainsi de l'unité de l'Eglise, et, au lien d'être disciples de vérité, ils deviennent maîtres d'erreurs. »
La position de Léothéric, titulaire de l'un des principaux sièges métropolitains de France, rendait plus dangereuses ses opinions erronées.
c Pilote d'un vaisseau royal, lui écrivit Fulbert *, veillez bien, soyez sur vos gardes. Les Ilots commencent à s'enfler, avisez à ne pas former dans votre cœur une double mer d'incertitude et de duplicité. La voie du Seigneur est simple ; celui qui y marche avec simplicité n'a rien à craindre; mais si vous vous écartez de cette voie dans laquelle vous aurez la foi pour guide, vous ferez certainement naufrage, b
Le roi Robert, en homme lettré, en théologien habile, s'occupait des questions agitées entre les savants de son royaume. Fulbert, son ancien condisciple, avait toute sa confiance, et ce fut lui sans doute qui l'avertit des erreurs de Léothéric. Robert écrivit aussitôt à l'archevêque de Sens ': « Tu portes un nom de science, et cependant la lumière de la sagesse ne luit pas en toi ; je demande par quelle audace, pour satisfaire ta mauvaise volonté et ta haine contre les serviteurs de Dieu, tu oses élever des doutes sur le corps et le sang
et prooTent en faTeiir de l'opinloii que nous avons adoptée reUtlTement à la nature de la question eucharistique controversée depuis la flo du ix* siède.
* Fulb. EpisL 1^ BlU. PP. ; edit. Lugd., U xvui, p. 3 et seq.
s Fulb. Epist. 27. On possède plusieurs lettres de Fulbert à Léothéric Ce sont des réponses à des coMoltations.
> Helg. Kpltom, vit. Robert.
4ii Sdgaear. Puiaqo'il est ordonné an pfétr6 qui disiriboe la sacrement de dire: Que lecorpsdeJ.-C. te serve au saltU du corps et de rdme, pourquoi ne erains-to pas de dire, d'une boncbe souillée et téméraire: Reçois-le, si tu en es digne ?Ne sais^ta pas que personne n'en est digne? Pourquoi attribues*-tu à la divinité les misères du corps, aussi bien que les infirmités et les douleurs de la nature bumainet
« J'en jure par la foi do Seigneur^ si tu ne renonees pas à tes er* reurS| tu seras privé des bonneurs du pontificat ; tu seras condamné avec ceux qui ont dit à Dieu: £hignez*vùuê de mus; tu n'auras aucune part avec ceux à qui il est dit: Mpprùchei^'VCiiS de Dtèu, U se rapprochera de vous, b
L'évéqne ignorant, dit Hdgald \ ayant ainsi été si^ement repris par le bon roi et ay^nt oui ces paroles, se tint tranquille, se tut, quitta son opinion perverse qui déjà croissait dans ce siècle.
Nous la verrons bientôt agiter l'Eglise entière.
Quel(|ue temps après avoir écrit cette lettre, Robert fit le voyage de Rome (1046), C'était sans doute un pèlerinage de dévotion ; mais peut-être avait-il aussi la pensée secrète de faire casser la sentence qui l'avait séparé de Berthe, sa première épouse, qu'il aimait toujours avec tendresse. Bertbe le suivit à Rome * ; mais il parait que Benoit VIII, qui alors occupait le siège de saint Pierre, refusa de revenir sur cette affaire.
Saint Odilon, abbé de Cluni, avait prié Robert de s'intéresser aiH près du pape en faveur de son monastère dont les biens étaient envahis par plusieurs seigneurs. Benoit, qui déjà avait reçu d'Odilon une lettre à ce sujet, écrivit en présence du roi une circulaire qu'il adressa à tous les évéques de Bourgogne et d'Aquitaine. Il y excommunie les usurpateurs des biens de Cluni, confirme les exemptions accordées à ce monastère, et donne l'absolution aux seigneurs qui en avaient pris la défense '.
A son retour de Rome, le roi trouva le siège épiscopal d'Orléans vacant par la mort de Foulques. U désigna pour le remplir un clerc de sa chapelle nommé Thierri, parent de Seguin, autrefois archevêque de Sens. Malgré la désignation du roi, il fallait que Tbierri
* Helg. Epitom. vit Robert
> OdonoD. Chron. coDUnutt ad ano. 1031 ; a|ib D. B<HHiiiti U x« pfa liSi
s Ap. Labb. Gouc., t n, p. 810.
DB h'ioUn BB BRAHCS. 189
fM éitt par le dergé «t les fldèkf d'OriéaiM. Un clerc 6ê cette ville, nommé Odalrio, mit tout en œnvre pour flsiire échouer cette élection et M Aiire éKre loi-méme. Il y eut ainsi à Orléans deux partis ad«verses qui n'épargnèrent ni intrigues, ni cabales, et qui même en vinrent plusieurs fois aux mains. Thierri, soutenu de l'autorité du roi, sortit vainqueur de la lutte, et Ton prit jour pour son ordination. Le métropolitain Léothéric de Sens et les évéques comprovin* oiaux y furent invités, conformément à la loi« Fulberi de Ôuirtres s'y rendit comme les autres.
L'artificieux Odalric, qui savait toute la considération dont jouissait ce grand évéque, l'alla trouver à son arrivée à Orléans et lui exposa toutes les causes de nullité qui entachaient, suivant lui, l'élection de son concurrent. Plusieurs méritèrent considération aux yeux de Fulbert, qui écrivit * aussitôt à Thierrl pour lui notifier qu'il n'assisterait pas à son ordination et pour lui exposer les motifs de son refus. Ces motifs étaient: qu'on n'avait encore reçu ni lettres ni députés de la part des évoques comprovindaux dont la présence ou le consentement formel était nécessaire; que le pape avait défendu de procéder à Tordination avant qu'on se fClt informé si Thierri était réellement coupable du crime d'homicide dont il avait été accusé; que les aveux de Thierri sur ce point suffisaient pour l'exclure de l'épiscopat; enfin que son élection n'avait pas été légitime, puisqu'elle n'avait pas été libre, le roi s'étant tellement prononce pour lui, que les évéques, le clergé et le peuple n'avaient pas eu la liberté défaire un autre choix.
a Voilà, ajoute Fulbert dans sa lettre è Thierri. les raisons pour lesquelles je n'ose vous imposer les mains; je craindrais, en le bisaut, de désobéir & la loi et de perdre la puissance d'ordonner. sacrilège impiété ! peu s'en est fallu que je n'aie été mis à mort, dans l'enceinte même de l'église, par des gens de votre faction! Je me trouve si heureux d'avoir eu la vie sauve, que je regrette peu ce qui m'a été pris en cette circonstance. Du reste, je dois vous en avertir, vous vous trompez étrangement si vous prétendez entrer de force dans l'épiscopat. Si l'ambition seule en rend indigne, à plus forte raison quand elle est jointe à la violence. De plus, vou9 oses célébrer la messe dans une église pro&née, çpi n'a pas encore été reconciliée* »
* FulK Eplst 61
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n parattrait, d'après cette lettre, que Fulbert aurait eu beaucoup à souffrir de la part des partisans de Thierri. Celui-ci, qui était vrai» ment digne de Tépiscopat, ne fut sans doute pour rien dans ces mauvais traitements, et il se justifia si complètement des accusations intentées contre lui, que l'évéque de Chartres consentit à assister k son ordination. Elle fut faite par Léothéric, archevêque de Sens, métropolitain de la province. Tandis qu'on y procédait, Odalric entra dans l'église avec une troupe de ses partisans, et chercha à l'em* pécher en excitant un grand tumulte. On acheva cependant la cérémonie. Les partisans d'Odalric en conçurent un si profond dépit, qu'ils formèrent le projet de tuer le nouvel évéque. Ils profitèrent pour cela d'un voyage qu'il fit, l'attendirent sur la route et le frappèrent avec tant de cruauté, qu'ils le laissèrent pour mort sur le chemin. Si nous en croyons le biographe de Thierri *, Dieu fit un miracle en faveur de son serviteur, et, lorsque ses meurtriers se furent retirés, on le trouva sans blessure.
Thierri, qui n'avait point gardé rancune à Fulbert de l'opposition loyale et consciencieuse qu'il avait &ite à son ordination, le consulta sur la manière dont il devait se conduire envers ceux qui avaient attenté à ses jours et lui demanda s'il ne serait pas à propos de les excommunier. Fulbert ' lui consdlla d'agir plutôt avec douceur qu'avec sévérité. Thierri suivit cet avis et traita ses ennemis avec tant de bonté, qu'il les désarma. Odalric lui-même vint se jeter à ses pieds, et le saint évêque, pour lui prouver qu'il lui pardonnait de grand cœur, lui donna la première place dans l'église d'Orléans, afin que si le siège épiscopal venait à vaquer, il pût l'obtenir plus facilement; c'est en effet ce qui arriva.
Thierri étant mort en 1022, eut Odalric pour successeur. L'année même de son ordination ', on découvrit à Orléans une secte infîime qui, après avoir germé dans l'ombre, dit Raoul-Glaber, produisit une ample récolte de perdition.
Ce fut une femme italienne qui apporta en France cette infime
« Vil. s. Tbeod. ; ap. Bollaad. 27 Jan.
s FiUb. Bplst. 63.
s Rodolpb. Glaber. Hist ; llb. 3, c S. — Cet historien dit que ce fut en 1017 que Ton découvrit cette hérésie A Oriéans. 11 se trompe évidemment ; car le coadle où elle fut condamnée se tint sous Odalric qui ne succéda à saint Thierri que Tan 102S. La Chronique d'Auxerre rapporte, en effet, à cette année, 1022, ta punlUon des béréUques d*0rt(!an8.
DE l'^GUSS D« VRANCI. fil
bérésie qai n'était antre qae odle des manidiéens et de» andens gnosliqnes. c Cette femme , dit Raoul Glal>ery était pleine des artifices da démon et savait séduire tous les esprits^ non-senlement cenz des simples et des idiots ^ mais aussi cenx des dercs les plus distingués par leur sdence. Le court séjour qu'elle fit à Oriéans lui suffit pour infecter plusieurs chrétiens de sa pernicieuse doctrine* Bientôt ses prosélytes firent de nouvelles conquêtes* s Le parti avait k sa tète les deux hommes les plus distingués du dergé d'Orléans : Etienne, chef de l'école de l'abbaye de Saint-Pierre *j et Usoie, le plus estimé des chanoines de Sainte-Croix.
Ces deux prêtres étaient aimés du roi et de tous les seigneurs du palais. Etienne était même le confesseur de la rdne Constance. La considération dont ils jouissaient leur donnait une plus grande fitdlité pour répandre leur secte ; ils se firent des adeptes dans les villes voisines d*Orléans, et envoyèrent même à Rouen quelques-uns des leurs pour gagner un prêtre distingué, nommé Herbert , qu'ils avaient connu autrefois aux écoles d'Oirléans où Herbert avait terminé ses études '.
Herbert feignit d'écouter volontiers les messagers de ses anciens amis, qui, le croyant guigné, lui découvrirent tous leurs mystères ; mais à peine avaient-ils quitté Rouen , qu'Herbert fit connaître leur détestable doctrine à un seigneur nommé Aréfiiste, dont il était le clerc. Aré&ste était pieux et plein de foi ; il courut chez son parent, Richard H, duc de Normandie, et le pria de faire connaître an roi Robert la secte dangereuse qui se formait au sein de son royaume. « Le roi, dit Raoul Glaber, conçut, à cette triste nouvelle, une profonde affliction, car c'était un prince sage, un chrétien fidèle; et il craignait tout ensemble la ruine de sa patrie et la perte des âmes. » Il ne se laissa cependant point emporter par son zèle, et tint la chose secrète. Afin de pénétrer complètement tous les mystères de la nouvelle hérésie, il pria Aréfaste de se rendre à Orléans avec le prêtre Herbert, et de chercher partons les moyens à se fiure initier.
* Celte abbaye, habUée d'abord par des religieuses, avait été appelée Saini^ Pierre des Pucelles, C'est aujuurd'liul une église paroissiale qu'on appelle Saint" Fiene-le-PueUier.
' F. Cartular. Carnot S. PeL in Valle, et Bodolpb. Glab., ioc cit. Cet historien commet quelques erreurs de détaU en cet endroit ; nais son rédt complète celui un CartQlalre ct*deisus.
AréfetstA aooepte volouttara cette miwioD e4 piMâ par Gharfrei^ afio de preodre Tayis de Fulbert. Le savaat é^ue venait de partir pour le pèlerioage de Rome* Aréfaste a'adreMa à Ebrard, gairdîell des arcÛfes de Tégliae de Chartres f prêtre fort estimé pour ta aagesae et son éraditioa^ et le pria de lui danoer conseil sur la ma* ilière dont il devait rempUr la mission délicate dont le roi Robert Tavaib chargé. Ebrard hii conseilla d'aller tous les matins faire sa prière à l'église, de recevoir chaque jour le corps et le saûg du Sd-* gneur, de se munir du signe de la croix chaque fois qu'U devrait avoir des rapports avec les hérétiques^ et d'aller après cela, sans crainte, recevoir leurs leçons. « Vous aurez soin, ijouta-i-il, de vous montrer disciple docile, de ne point les contredire et de les écouter avec soumission, s Aréfoste comprit que c'était là en effet rûnique moyen de pouvoir être initié à tous les mystères, et partit de Chartres avec l'intention arrêtée de suivre en tout point les conseill d'Ebrard.
Arrivé à Orléans, il fut admLs aux réunions secrètes, à la recom* mandation d'Herbert que Ton regardait comme un adepte fidèle. Aréfaste , en humble néophyte, ae mit au dernier rang, et le grmndprêtre lui dit avec douceur : a Puisque tu es sorti du monde d'iniquité pour entrer dans la société sainte, on prendra soin de te cultiver comme un arbre nouvellement transplanté) on ne cessera de t'arroser des eaiu de la sagesse, jusqu'à ce que tu aies pris racine, et que le glaive de la sainte parole ait retrânché de ton coMir la hraiiches inutiles, a
Aré&ste se rendit très-régulièrement aux réunions , et se montra si zélé prosélyte , qu^on lui découvrit bientôt les plus profonds secrets. On lui dit donc que J.-G. n'était point né d'une vierge, qu'il là'était point mort pour les hommes , que l'histoire de sa sépulture et de sa résurrection n'était qu'une fiible; que le baptême ne re^ mettait point les péchés ; que le corps et le sang de J.-C, n'étaient pas dans l'Eucharistie -, qu'il était inutile d'invoquer les saints , soit martyrs, soit confesseurs. Aréfaste ne témoignait rien de Thorreur que lui inspirait une si détestable doctrine, il désirait pénétrer plus avant encore dans le secret , et disait à ses initiateurs : a Maîtres , si toutes ces choses ne conduisent pas au salut, apprenez^noi sur quoi je dob appuyer mon espérance. — Frère, répondirent-ik, jusqn^id tu as été dans l'abtme de Terreur; mais te voici bientôt au sommet de la vérité, t'uisque tu as ouvert les yeux à la lumière, nous t*ou* vrirons la porte du salut par l'imposition de nos maina* Alors tn
DB L'ioUM BB fRAHCB. 148
fÈB déKvrt dé tom tes pMifc, l'Esprit remplin ion ame^ et te dé* coutrira lég secrets des Eoritures. Quaod ta taras été nourri do paia céteste, la auras souvent^ oomme noos^ les Tintes des anges qui te transporteront en an instant partout où to voudras aller, s
Voici œ que les mallres entendaient par frisitei dfange» et pam vélêêtex
A certaines époques désignées à Tavance^ tous les initiés se ren^ datent pendant la noit dans quelque maison écartée. Là ^ tenant toua des lampes à ta main , ils récitaient , en forme de litanies ^ les noms des démons on génies dont Us Caisaient des anges. Tout à coup , à un instant donné, un génie, sons une forme quelconqae, appa«raissait^ les lampes s'étaignaient aussitôt, et chacun des adeptes satisfaisait brutalement sa passion sur les femmes initiées qui fid-» salent partie de la société. Une fois Tannée, ik brûlaient nn enbnt né de leur commerce inAme , en recueiilaietit les cendres et en hbsalent prendre à leurs disciples* C'était là ce qu'ils appelaient le paifn ^éUâtê , c'était leur moyen d'imtiation.
Aréfaste, ayant pénétré tous les mystères de la secte, et connata*aant tous les adeptes , en donna avis au roiâ
Robert ^ convoqua aussitôt à Orléans des évéques, des abbés et des laïques religieux, et s'y rendit promptement Im-ciôme avec la reine Constance. Dès le lendemain de son attivée ^ il ât saisir tous les Adeptes dans le Heu même de leur réunion.- Aréfiute Tavait fiât eonnirftre d'avance et se laissa prendre lui^aaéme^ comme on en était convenu avec lui. Il comparai avec les autres devant le concile ipA êe^^unit dans l'église de Sainte^Croii , et, le premier, prit la parole en ces termes :
« âeigneur, dit-il au roi ^ je suis un des hommes de Richard, Yotre comte de Normandie ^ et l'on n'eût pa» dû me faire compa^ rattre id chargé de chaînes comme je le sms. -^ Alors , dit le roi , puisque tn es de Normandie, ^s^nons pourquoi tu as quitté ton pays pour venir en cette ville, aifai que nous jugions ai tu es coupuble ou non^ ^^ J'ai entreptis ce voyage^ répondit Aréfiiste^ pour profiter des Instructionâ de ceux qui partagent ma ciqptivité. La renommée de leur sagesse et de leur piété était venue jusqu'à mol. Que les évéques ici présents disent si en cela j'ai fUt quelque mal.«^ Nous en jugerons , dirent les évéques , lorsque tu nous auras dit ce
4 Rodolpb. Glab. Bist. Ub. S, c 8 1 Garlular. Camot.^ sop. cit. ; Labb. conci t. X| p. 858.
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qu'ils t'ont enseigné. •— Que votre majesté y reprit Arefi^ie , sV dresse plutôt à mes maîtres qu'à nun^ pour connaître leur foi. »
Le roi et les évéques ordonnèrent aux chefs du parti d'expo ser leurs opinions. Ils parlèrent, mais tout autrement qu'ils avaient coutume de le foire avec leurs disciples, et n'épargnèrent ni équivoques ni mensonges, pour échapper aux difficultés de l'interrogatoire qu'ils avaient à subir. Alors Aréfoste, indigné de leur mauvaise Coi, leur adressa ces foudroyantes paroles : « Je vous croyais des apôtres de la vérité et non des docteurs de mensonge. Lorsque vous me donniez vos opinions comme la doctrine du salut , vous m'assuriex que la crainte des supplices, que la mort même ne vous empêcheraient pas de les confesser, et je vois aujourd'hui le contraire. Eh bien , moi , j'obéirai au roi ; je vais révéler vos véritaUes sentiments, et les évoques me diront ce qu'ils ont de contraire à la foi chrétienne. » Puis Aréfoste fit connaître la doctrine des hérétiques tdleque nous l'avons exposée.
n avait fini de parler, et les hérétiques gardaient un morne sh knce.
Warin S évéque de Beauvais, ayant deoMindé à Etienne et à Liaoie si telle était leur doctrine, c II y a bien tongtemps, répondirent->ils que nous la suivons. Nous nous attendions toiiyoïïrs à vous la voir professer comme les autres, et nous en conservons même encore l'espérance, a L'évêque se mit en devoir de réfuter, les unes après les autres , toutes leurs erreurs , et commença par leur prouver que J.-G. était né d'une vierge et qu'il était ressuscité.
« Nous n'y étions pas, répondirent les sectaires , c'est pourquoi nous ne pouvons croire que ce soit vrai. —Croyez vous que vous soyez nés de vos parentsf dit l'évêque. — Oui, r6pondirent-41s. — Cependant, reprit l'évêque, vous ne le savez pas par vous-mêmes ; pourqud donc refuser de croire, sur le témoignage, que lefils de Dieu, engendré de son père de toute éternité, soit né d'une vierge, dans le temps, par la vertu du Saint-Esprit? — Nous refusons de le croire, répondirent les hérétiques, parée que c'est contraire ila nature. •— Yons ne croyez donc pas non plus, ajouta l'évêque, que la puissance de Dieu soit supérieure à tous les effets naturels , et qu'il ait lui-même créé toute la nature par son yert)e ? — Ce sont des contes, répondirent les hérétiques; vous pouvez débiter cela à ceux qui ne goûtent que les choses terrestres, et croient toutes les niai-
* D'où on a fall Guarin ou Guérin.
DK L'iGura m f iuifCB. i4S
séries que des hommes abrutis ont enregistrées sur le parchemio. Mais nous, qui ne croyons qu'à ia loi divine écrite dans Thomme intérieur par l'Esprit-Saint y nous n'admettons que ce que nous révèle le Dieu créateur de toutes choses. Veuillez nous dispenser d'entendre plus longtemps vos sornettes, et faites de nous ce qu'il vous plaira. Notre roi se montre déjà à nous dans sa gloire, il nous appelle à d'éternels triomphes.»
Les évéques s'efforcèrent encore d'éclairer ces fiEuiatiques, et la discussion dura depuis le matin jusqu'à trois heures du soir; elle fut inutile. Alors les évéques firent revêtir des habits sacerdotaux ceux des hérétiques qui étaient dans les ordres sacrés et les dégradèrent; après quoi, on les condamna tous à être brûlés vifs. Ils étaient au nombre de quinze; il n'y eut qu'un clerc et une religieuse qui se rétractèrent; on leur fit à l'un et à l'autre grâce de la vie. Les autres restèrent opiniâtres, et se dirigèrent vers le lieu du supplice.
Au moment où ils sortirent de l'église, le peuple voulait les mettre en pièces. Il fallut que la reine Constance travaillât à l'apaiser. Cependant elle-même partageait l'indignation commune , et elle fut tellement exaspérée de voir Etienne, son ancien confesseur, au nombre des coupables, qu'au moment où il sortait de l'église^ elle le frappa d'un bâton qu'elle tenait à la main et lui creva un œil.
Au milieu des flots du peuple qui les entourait , les malheureux sectaires poussèrent la jactance jusqu'à dire qu'ils ne craignaient rien, et qu'ils sortiraient du feu sans avoir éprouvé de mal. Ils ne répondaient aux bons conseils qu'on leur donnait que par des railleries insultantes. A ia vue du bûcher, ils s'écrièrent que c'était là l'objet de leurs vœux , et se présentèrent d'eux-mêmes aux bourreaux. On en jeta treize dans le feu. A peine avaient-ils senti les premières atteintes des flammes, qu'ils crièrent tous que c'étaient les artifices du démon qui leur avaient inspiré leur coupable doctrine , et ils s'abandonnèrent au plus violent désespoir : a Nous avons blasphémé le souverain Seigneur de toutes choses, disaient-ils; nous sommes perdus pour toujours! La vengeance divine commence pour nous dès cette vie. »
A ces cris déchirants , plusieurs des assistants, émus de compassion, coururent au bûcher pour en arracher ces malheureux; mais il n'était plus temps, et ils ne retirèrent des flammes que des débris informes à demi consumés.