VIII COUP-D*OBIL GÉNÉRAL
cière. C'est ainsi que les bénéGciers ecdésiastiques qui formèrent la partie importante du clergé passèrent de l'influence purement murale à Faction politique régulière et légale.
Nous avons dit comment, par une conséquence de sa nouvelle position , le clergé en France se matérialisa au viii* siècle, et comment la papauté sauva TËglise de France par les premiers Karolingicns.
L'initiative qu'elle prit alors fut pour elle le commencement d'une action plus directe dans le gouvernement des églises particulières ^ A dater de cette époque , on voit cette action se développer progressivement en raison de mille circonstances qui la modifient accidentellement et qui l'accroissent jusqu'à l'établissement définitif de la féodalité. Elle arrive alors à une forme complète et fortement dessinée.
La puissance politique de la papauté eut les mêmes phases que sa puissance religieuse; on la voit s'accroître et se fortifier davantage à mesure que s'opère entre les races le travail de désunion dont nous avons parlé. Ce progrès de la puissance politique de la papauté est d'autant plus remarquable que, pendant le X" siècle et au commencement du xi% époque de formation du nouveau système politique, les papes ne furent ni capables de se mettre à la tète du mouvement social, ni dignes d'occuper le siège apostolique.
Comment cette puissance se forma-t-elle donc, comment put« elle prendre de si étonnantes proportions?
< Nous prions d'observer que nous ne faisons que constater des fain sans nous préoccuper le moins du monde des discussions uUramontalnes ou gallicanes sur les principes»
8UR LA P&IODB fIoDALB, IX
Yoid| selon nous, la solution de ce proU&me:
L'empire karolingien avait été fondé, comme nons Tavons dit, par la papauté qui lui avait donné pour base Vidée chrétienne. Le Bouvd empire ne devait être, dans les vues des fondateurs, qu'un vaste Elat catholique qui réunirait dans son unité toutes les races occidentales. La personnification de cette unité , au point de vue politique, devait être l'empereur, et, an point de vue religienz, le pape.
Cette idée fut le principe constitutif du nouvel empire romûnfrank*
Qu'on lise les capitulaires de Charlemagne , de Hlndwig-le-Pieox, de Karl-le^hauve, partout on la trouvera exprimée; l'em/wre, o'est toujours V Eglise de J,-C'j que l'empereur doit gouverner et défendre sous la surveillance de l'autorité ecdésiastique.
Ne perd^ms pas de vue que cette autorité se concentrait progressivement dans la papauté*
L'organisation politique de l'empire karolingien consacrait donc la supériorité, même dans l'ordre temporel, de la puissance ecclé^ siastique. Lorsque cette organisation se fut brisée en mille parcelles sous l'action dissolvante de l'antagonisme des nationalités et des luttes d'ineptes prétendants; lorsque les royautés et les souverainetés féodales se furent constituées, il ne resta entre elles qu'un lien d'union : la religion, dont l'action extérieure se concentrait dans la papauté. Le pouvoir de la papauté, par sa nature exceptionnelle, avait dominé les événements.
Les membres divisé» de l'empire karolingien se trouvèrent donc groupés autour du siège apostolique, et c'est ainsi que Yemfire de hpapcudé succéda à l'empire de Charlemagne.
Il &ut partir de oe prmd fàii ipi a lu r^ioureate exaotitiide d'un axiome historique ^ pour appcécier les principes conslitutib du nioyen«^ftge; ceuinâ y par exemple :
a La papauté a une prééminence uftivcndle sur tous les royaumes.
ff Les rois 9 en perdant la foi qui est lé principe de Tanité de l'empiré chrétien; perdent le droit de r^ une partie de cet em** pire.
c Les hérétiques doivent être punis comme Mnemis de TËtat, puisqu'on attaquant la foi , ik attaquent dans son principe essentld Tempire catholique*
c Les rois ne sont que les défeneeun extérieurs de TÉglise; s'Us méritent , par leurs crimes, d*éU« séparés de l'Église , ils doivent être privés de leurs oolironnesé a
A l'aidé des principes que nous avons posés et qui nous semblent à l'abri de toute contestation , on comprend ces maximes que tant d'historiens n'ont trouvées extraordinaires que parce qu'ils n'ont pas apprécié avec justesse le régime politique de la période féodale. On les a attribuées à Grégoire VU j et que n'a-t^m pas dit , à ce propos, de son ambition et de son orgueil) Le fait est qu'il les trouva au fond de l'état social ; seulement, doué d'un génie supérieur et d'une âme vigoureuse , il en poursuirit l'application avec une intelligence, un courage et une actirité digaek du chef suprême de l'Église, el d'un vrai réformateur*
La puissance politique de la papauté n'émana point tout fc coup du génie d'un homme, mais se constiUia peu à peu , comme toutes les grandes institutions.
On peut dire que sous la fiSodriité, elle était devenrn uiM nêcm^
soft LA péRIOH véonftS.!. XX
$iié sociale. Il est facile de s'en oonvaiocre un jetant les yeiu sttr (ia chaos féodal où la souveraineté était divisée en mille percellesy où le désordre moral n'était (ms moins grand que le désordre physique, où le droit était la force* a Ak)rS| comme le dit très-bien Voltaire % il n'y avait point de lois en Europe; on n'y connaissait ni droit do naissa:iice ni droit d'élection* L'Europe était un chaos dans lequel le plus fort s'élevait sur les ruin^ du plus fidble pour être ensuite précipité par d'autres. »
Pierre Damien y qui fut témoin de ce désordrei nous l'a peint avec sa mftie énergie : a Où ne voit-on pas y s'écrie«t-il *y régner les ra«* pines et le vol? Qui recule devant les paqures, les itnpudSeités, les plus atroces forfaits! Depuis longtemps d^à nous avons répudié toute vertu y et tous les genres de perversités nous inondent de toutes parts. ... Un mauvais esprit précipite le genre humain dans un abtme d^ forfaits et souffle de tous côtés la haine et la jalousie ^ sources de divisions. Les guerres » les luttes à main armée, se tnill* tiplient à un tel point, que l'épée fidt plus de victimes que toutea les maladies. Le monde est comme une met agitée par la tempête; les dissensions et ies discordes agitent les cœurs comme les flots d'une mer agitée. L'homicide pénètre partout et semble avoir juré la destruction du monde. ... Les églises sont comme cernées par les armées de Babylone et ressemblent à Jérusalem assiégée avec tous ses habitants^ Les laïques s'emparent des droits des églises, saisissent leurs revenus, s'emparent de leurs biens, se parent de la substance des pauvres comme des dépouilles de leurs ennemis. Ils se
* Voit», Essai, etc.
sPeCl>aiii«Episu,llKs,fl( UKiv, O^Hb.!, 15»
XII coupVcul oiniRAi.
pillent en même temps les uns les autres , et, comme s'Os voulaient rester seuls maîtres du monde , cherchent à se supplanter mutuellement. Puis ils Tont incendier les chaumières des villageois, et ne rougissent pas de déverser sur ces malheureux le fiel qu'ils n*ont pu déchai^r sur leurs ennemis. Un brave et généreux guerrier n'attaque pas un homme désarmé et se jette sur un adversaire qu'il voit l'arme à la main ; mais eux, ils attaquent à main armée des hommes sans défense, et frappent lâchement sur eux les coups qu'ils n'ont pu porter à leurs ennemis. Ainsi, de nos jours, le monde n'est qu'intempérance, avarice et libertinage. douleur! il obéit servilement à ces trois vices comme à trois tyrans, o
Au milieu de ces luttes incessantes que suscitaient les vices et l'antagonisme des races, il fallait, pour le bien de la société, un pouvoir assez fort et assez indépendant pour se poser en médiateur, en arbitre souverain des prétentions adverses j un pouvoir qui dominât tous les autres par sa force morale et qui f&t en possession d'une règle fixe et inconlestée.
Aucun pouvoir politique ne pouvait ofinr ces garanties d'ordre et de tranquillité. L'empereur, malgré son titre et ses efforts, n'était plus qu'un roi allemand dont les vassi^ux ne respectaient pas toujours Tautorité. Les autres royautés, indépendantes de l'empereur, étaient dans les mêmes conditions que lui. La papauté seule pouvait être l'arbitre du gouvernement; car seule elle était indépendante et souveraine dans sa sphère spirituelle, seule elle possédait un pouvoir incontesté, et un code divin respecté de tous ; elle était de plus habituée à une initiative politique qui était passée en droit depuis surtout la fondation de l'empire karolingien.
Elle devint donc, par la force même des choses, le poiat central
SUR LA riRiora féodale. xui
dans lequel vinrent s'ttnir les frigments épars de Tempire de Charlemagne; les États qni n'en fiôsaient point partie cherchèrent aossi successivement à se grouper autour d'elle; et c'est là l'explication naturelle de cette tendance qui se manifeste sons la féodalité, dans plusieurs États, à contracter vis à vis du siège apostolique les devoirs de vassalité, à reoonnattre le pape comme suierain.
Mais, que les Etats de l'Europe se fussent on non déclarés fiefi du saint-siége , ils reconnaissaient tous la haute juridiction politique de la papauté* Les avantages qui résultaient pour les États de leur admission dans le OMcert européen étaient sans doute les motifs qui les portaient à se déclarer fiefs du siège apostolique; les papes, de leur côté, secondaient ce mouvement pour accroître les forces de l'empire catholique. Si les princes y trouvaient des avantages, les peuples n'en trouvaient pas de moins grands et avaient ainsi contre le despotisme de sérieuses garanties.
On a reproché à la papauté de s*étre unie aux princes pour opprimer les peuples. C'est le contraire qu'on aurait dû dire, et on la voit dans l'histoire plutôt en lutte avec les rois qu'avec les populations.
On a aussi déclamé avec force contre l'ambition de la papauté. Il est possible que certains papes, en particulier, aient été ambitieux ; mais on a eu tort de donner ce reproche vague comme la raismi du mouvement social qui porta la papauté à la tète de tous les royaumes de l'Europe.
Lorsque la papauté plana ainsi au-dessus de l'autorité politique, elle voulut faire considérer comme un droit émanant de son autorité spirituelle le privilège que les circonstances lui avaient, conféré et exercer envers tous les Etats les droits de la suzeraineië; sous ce double rapport, elle rencontra en France une invincible opposition.
La France, qooiqad morcelée par la féodalité, avait nne royauté plus fortement constituée que leg autres peuples, et qui travailla sans reiâcbe à centraliser autour d'elle toutes les provinces. L'Eglise de France s'unit à elle pour sauvegarder rindépcndance politique du royauœe contre les essais d'empiétement du siège apostolique*
Ce fut ausai en France que la papauté rencontra le jdus d'oppesi^ lion dans les efiforts continuels qu'elle fit pour concentrer en elle le goovemeitient direct de toutes les églises.
La papauté 9 pour opérer ce travail de concentration y qui eut du reste d'excellents Vésiritats pour le bien général de l'Eglise, se trouva conduUe à attaquer les trois institutions ecclésiastiques les plus chères aux églises particulières : les conciles provinciaux, les élections et les formes anciennes des jugements ecclésias* tiques.
Elle dut chercher à Ater aux conciles provinciaux le gouverne* ment immédiat des provinces ecclésiastiques parce que les évéques, souvent peu vertueux, au lieu d'y adopter ses projets de réforme, les eussent combattus dans ce qui aurait pu blesser leurs intérêts ou leurs habitudes peu sacerdotales.
Les élections étaient à peu près annulées par la prépondérance qu'y exerçait l'autorité royale. Souvent les princes n'en souffraient même pas la forme et imposaient des titulaires qui n'avaient d'autres titres que leur servilisme ou leur argent. La papauté ayant déclaré, avec raison , une guerre énergique à cette prépondérance de Tautorité des princes, fbt amenée naturellement à vouloir remplacer, par sa volonté , les élections qu'elle jugeait imposables sous le régime féodal. La défiance qu'inspiraient à la papauté les évéques, dont un grand
sombre étaient, à irfai dire, phitdt seigneurs qtie pasteors de KËglise, Alt sans doute k raison qa\ la détermina à eotnbattre les an* ciennes formes judiciaires en même temps qne les prérogatives des anciens eondles protineianx. On peut croire ^ en effet, que beaucoup d'évéqttes n'auraient pas été assez rigoureux envers leurs confrères ou leurs prêtres coupables de péchés que Ton pouvait leur i!epfoc)ier à eux-mêmes*
Nous comprenons donc l'effort permanent que fit la papauté pour concentrer en elle-même le gouvernement direct de l'Église entière; mais nous comprenons en même temps l'opposition qu'elle rencontra surtout dans l'Église de France qui lutta continuellement pour les institutions consacrées par l'ancien droit canonique. Dès le iz* siècle, et au moment oh le siège apostolique commença à manifester sa tendance vers k centralisation , Agobard et ensuite Hincmar lui résistèrent avec science et énergie; depuis eux jusqu'à GerKMi y tous les grands hommes de l'Égliae de France marchèrent sur la même ligne et protestèrent contre ce qu'ils regardaient comme un empiétement illégal. Les églises, ki chapitres, plusieurs abbayes indépendantes , disputèrent le terrain pied i pied et résistèrent à l'^ivahissement par ions les moyens ; l'Église de France tenait à ses conciles provinciaux ; à ses élections surtout^ qu'elle dut maintenir contre les empiétements de la royauté aussi bien que contre ceux de k papauté ; elk sut les faire reconnaître légalement à plusieurs reprises , jusqu'à l'assemblée de Bourges *y par l'autorité royale.
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zvi qoup^d'oul
Malgré cette opposition , la papauté continua sa lutte qui fut terminée par le compromis ou concordai coaclu en 1516 entre Léon X et le roi François I"^. Le9 élections y furent ofliciellement supprimées au profit de la royauté et de la papauté , qui se réservèrent chacune une part dans le choix des grands béné^ ficiers.
Ce ne fut pas sans douleur que TÉglise de France se vit ainsi placée par le chef même de TÉglise dans les serres de l'absolutisme \
Depuis les premières luttes de la royauté contre la puissance féodale des seigneurs, elle avait marché à grands pas vers l'absolutisme. Au XVI" siècle le servilisn^e avait déjà remplacé ; dans la no-
glstrée, au parlement, le 13 juillet 1430. Elle reconnaissait les élecUons et déclarait qu'elles devaient être laites suivant l'ancien droit ; elle rétablissait aussi les anciennes formes Judiciaires.
* Jusqu'au moment où Richelieu eut mis la dernière main à l'absolutisme royal, les plus grands éTéques de France réclamèrent , même après le concordat de 1516, les élections; témoin ce passage d'un remarquable discours prononcé aux États de Blois , au nom de la chambre ecclésiastique , par messlre Pierre d'Epiuac , archerêque de Lyon, et adressé au roi :
« Pour que l'Eglise , dit-il, soit pourvue de bons et religieux pasteurs , et qui « par la vertu de leur doctrine et l'exemple de leur piélé et intégrité, puissent redresser ce qui est tombé, r'asseurer ce qui est esbranlé et esclayrer ce qui est ob»« curcy ; ceux de ('ordre ecciésiastigue vous supplient très-bumblement que il vaui plaise remettre l'ancienne forme et manière de l'élection aux prilaiures de C Eglise^ §uif¥ant U$ saincts canons et décrété ; qui sera le moyen pour faire que la porte pour entrer aux prélatures eccKsiastiques ne soit plus , comme elle a été iusquet icy , si apertement ouuerte à la faueur^ ambition et symonie que l'on a veu y ré« gner auec une licence si effrénée que le commerce et le trafic en estolt pluvll et pire par aduenlure que des biens temporels mesmes. Ce qui a procédé de ce que lupluspart des biens destines pourleseruice de Dieu sont tenus et principalement occupés, ou manifestement par personne laîg et non ecclésiasUqoe , ou indirectement par certains confidens qui ne sont guèrcs diCTérens d'eux , au grand scan» date et préiudice de la religion et Eglise catholique. « ( r. Gollect. de procès- TcrlK des assembla génér. da clergé deFranee « u i» pièces Justit , p. 98.)
SUB LA PiRIOIS FfonALB. XTIl
blesse, l'indépendance des vieux feodataires. Le amoordat de Léon X vint à propos pour mettre aux mains de la royauté un moyen puissant de rattacher encore davantage la noblesse au trône. On vit donc les rois, à l'exemple des maires du palais mérowlngien, prodiguer aux nobles les biens des églises. Les cadets y privés légalement de l'héritage paternel , se jetèrent sur les évéchés, sur les riches abbayes; leurs quartiers de noblesse leur tinrent lieu de science et de vertus aux yeux de rois complaisants qui s'occupaient plutôt à gagner la bienveillance de la noblesse qu'à faire le bien de TËglise. De là ce clergé aristocratique qui (Uvinisa tautorilé royale; de là ce gallicanisme parlementaire qui tendait sans cesse à accroître l'action de l'autorité royale dans les choses purement spirituelles, au détriment de l'autorité ecclésiastique.
Ce fut le concordat de 1516 qui donna ainsi indirectement naissance à ce gallicanisme servile qu'il ne faut pas confondre avec le gallicanisme que défendirent tous les hommes illustres de l'Eglise de France sous la période féodale ^
* On n'a pas eu jusqu'à présent assez de soin de distinguer le gaUieantsme du wkoytn-âge qui n'ayait pour but que la liberté dêCBgtde , du gallicanisme moderne qui ne tendait qu'à Vasservir,
Il y a dans le gallicanisme en général deux points qu'il faut distinguer 1 1*" la doctrine dogmatique sur la Uiéorie du pouvoir eeciésiasllque ; 3* les luttes contre le siège apostolique.
La doctrine dogmatique que l'assemblée du clergé de France « en 1682 , a Tormulée dans le 2* et le 4* article de sa déclaration , se réduit ft ceci : la plénitude du pouvoir ecclésiastique réside dans le corps entier des pasteurs de l'Eglise et non dans le pape seul. Ge fut le grand scbisme d'Occident et les querelles des divers prétendants à la papauté qui donnèrent lieu à l'examen approfondi de cette question théorique qui ne fut pas résolue généralement au xv* siècle en faveur de la papauté et qui est restée au rang des opinions controversées que l'on peut admettre ou rejeter sans cesser d'appartenir ft l'Eglise. D'autres théologiens prétendirent, contrairement à cette doctrine, que la puissance ecclésiastique réside dans le pape seul comme dans son principe. Les champions des deux opinions
IV
KVNi cocvHD'aui. ointgiàL
Mas n'aiilioi{KNis fMs 8«r des &i4s q«e mnu aurons i racimier plus tard. Nous aTona Toutu aeulement jeter à Tavauce quelques idées y dans le but de nous fiiire bien comprendre lorsqoc nonsan^ rons à parler des kittes q«e soutint l'Eglise <le France pendant la période S&odale.
Après aToir considéré la natuee du pouvoir de la papanté, kl qsM les bits nous le démontreront , nous deiFons examiner qneis en forent les résultats pour TEgiise et pour )a société.
doptradictolcm ont voulu s*«y)payer 9Uf de9 témoignages aotéurieurs au xv* siècles Le fait est que l'on trouve, même dans les lettres des papes, des passages qui peuvent favoriser Tune et l'autre opinion ; oe qql pron ve que ooHe question n'avait pAS été approfondie et qu'on ne doit pas remonter au delà du xV siècle pour trouver des textes ayant une véritable valeur.
Cette doctrine n'entrait réellement pour r|e« 4m» las luttes 4e l'ancien faMcanlsme, quoique l'on trouve dans Agobard, Hlncmar, Gerbert, etc., des passages qui la favorisent. C'est là une première différence entre l'anciengalilcanteme et ie g^tlttcanisaie moderne qnl regarde la 4octiia0 de la dédanslIOD «de i682 comme sa base , ^n principe fondamental.
Quant à l'indépendance du pouvoir temporel , exprimée dans le 1*' article de la déclaration de 1682, on l'adopta en France au mof «h)àge , mais d'uae «uira manière et pour d'autres motifs qu'au xvu* siècle où l'on ne proclama cette indépendance que par une lâche condescendance pour l'absolutisme et pour accroître son action dans le domaine religieux. Au moyen-âge , on prolestait uniquement contre les prétentions de certains papes qui voulaient avoir, en vertn de rjnstitution divine de la papauté , le droit de suzeraineté sur tous les Etats et prétendirent exercer, en France, les mêmes droits que dans les pays qui s'étalent déclarés fiefs du siège apostolique , ce que ne fil jamais la France , comme le reconnaît Innocent 111 : Bex Prancarum in temporalibus superiorem neminem refiognoscit.
C'est là une deuxième différence entre l'ancien gallicanisme et le gallicanisme moderne.
Ce dernier luttait, comme l'ancien , pour la conservation des usages de l'Eglise de France, suivant le S* art de la déclaration de 1683, et parmi ces usages on 4oit reconnaître que plusieurs émanaient directement de l'ancienne luUe pour la liberté de l'Eglise. Mais depuis le concordat de 1516, la royauté s'éuit fait de ces débris autant de moyens d'oppression pour l'Eglise de France ; de sorte que le gallicanisme, en luttant pour ces usages , combattait plutôt pour la servitude
SUR Là P&IOBB VéûBàlM. XIZ
D'abord la papauté a réell«ineat saavé l'EgU«e M combattant avec Tignear les ifwe$titures.
Par iQvegtilure en général, o& entendait: la mise en possession d'un fief donné par un seigneur suzerain à son vassal.
Oa sait que , sous la féodalité, les Eglises , k cause des biens teaiporels qui en dépendaient , étaient, quant aux charges et aux droits politiques, assijuiiées aux antres fiefe. Ainsi, tons les possesseurs des grands fiefe ecclésiastiques que l'on appela depuia bénéfices contiS"
de l'Eglise que pour sa liberté. L'anden gallicanisme , au contraire , en défendant les droits des conciles provinciaux et les élections; en cherchant ft renfermer dans les tM>ro«s<le raocien dr«ii canonique la juridiction oontendeuse^des papes^ combattait réellement pour des institutions libérales^ seules capables de soustraire l*Egllse au despotisme des pouvoirs potltitities , de la constituer dans une Térltable Indépendance.
C'est là une troisième différence entre l'ancien gallicanisme et le gallicanisme moderne.
D'après ces simples observitlonS) oo peut voir clairement combien auraleot tort ceux qui aujourd'hui se déclareraient en faveur du gallicanisme moderne. Nous n'en trouvons pas moins erronées les déclamations de certains itH-dUant iàtréÊMomainê qui , non contents d'exagérer d'une manière absurde le pouvoir politique de la papauté , se sont crus obligés de déverser l'outrage sur les hommes les phis illustres de l'EgKse de France , uniquement parce qu'ils se déclarèrent partisans du gallicanisme moderne.
Il est certain que , d'après le droit canonique existant en vertu du concordat le 1546, le roi STait un pouvoir légal dans les ckoses religieuses. De plus, la religion catholique étant la religion de l'Etatises lois devaient être lois de l'Etat; pour qu* elles le devinssent. Il fallait bien qu'elles fussent conflrmées par le clief l'Eut et enregistrées par le parlement, gardiea des lois de l'Etat; le clergé était corps politique dans l'Etat et s'occupait dans ses assemblées de questions mixtes, politiques et religieuses; à ce double titre II était soumis au roi, seul chef de l'Eut.
Ce régime nous est antipathique aujourd'hui ; mais il était la loi et 11 exisUit en tenu* d'un acte auquel la papauté avait aussi bi^n concouru 4ue (a royauté ^ mat' ipré l'Egliêê de France. On ne peut donc blâmer ceux qui vécurent sous ce régime d'en avoir adopté les conséquences, et, sans excuser leurs faiblesses, nous ne «royons pas qu'il soit permis à certains écrivains de nos Jours d'Insulter à des Jiommes de génie.
XX COUP-d'oBIL GENERAL
toriauXy étaient obligés de fournir à Tarmée un contingent de leurs vassaux, sur la réquisition du chef de l'Etat; et, comme les autres grands feudataires , ils avaient rang dans les assemblées générales du gouvernement.
Le chef de l'Etat avait droit de donner l'investiture du flef ecclé* siastique comme de tout autre; et cet acte n'aurait rien eu que de légitime si le prince n'avait eu en vue que la collation du temporel , et si, du reste, il n'eiit pas gêné les élections établies par l'Eglise, comme le moyen le plus sûr de connaître les sujets dignes et capables de remplir les fonctions ecclésiastiques. Mais il en fut tout autrement. Dans les vues de l'Eglise , l'investiture du prince eût dû se réduire à une simple formalité confirmative de l'élection , comme elle rétait pour les autres fiefs qui se transmettaient par succession. Les princes voulaient^ au contraire, nommer directement aux bénéfices ecclésiastiques , et même conférer, par leur investiture, la juridiction spirituelle à ceux qu'ils avaient choisis.
Les rois de France ne poussèrent pas ordinairement jusque-là leurs prétentions; mais les empereurs d'Allemagne, s'appuyant sur les privilèges accordés autrefois à Charlemagne par la papauté , les convertissant en droits absolus et les étendant même au-delà des justes bornes, s*imaginaient conférer la juridiction spirituelle, en investissant les bénéficiers par la crosse et l'anneau, symboles de la dignité pastorale. Hs s'attribuaient ainsi le droit de déléguer l'autorité spirituelle , et prétendaient en avoir le principe en eux-mêmes, en vertu de leur pouvoir politique. A leurs yeux , l'Eglise n'était qu'un grand fief relevant d'eux seuls, et les pasteurs de l'Eglise n'étaient que les fonctionnaires publics. C'était bien là détruire toute l'économie divine de l'Eglise, et faire de l'institution spirituelle de
SUR UL PiRIODB FEODALE. XXI
J.-C. une institution purement pditique ^ une branche de Tadministration citile.
C'est donc avec une grande légèreté que Voltaire a dit \ en parlant des discassions qui s'élevèrent à propos des investitures, qu'on se battit pour tme cérémonie indifférente. La chose était si peu in* différente y qu'il s'agissait du salut ou de la perte de l'Eglise.
c C'est y dit Hurter ', dans les premières luttes des paqpes , pour conserver leur indépendance dans tout ce qui concerne le gouvernement de l'Eglise y que le christianisme trouva un préservatif contre l'asservissement de la puissance temporelle et le moyen de n'être pas réduit à devenir simple constitution de l'Etat^ comme la religion chez les païens, b
Le simple choix des princes, à part même leur prétention de conférer aux bénéfiders la juridiction spiritueUe, avait pour l'Eglise les plus graves inconvénients.
C'est un fait incontestable que, dans ce choix, les princes avaient moins égard au mérite et à la vertu qu'à l'argent et aux intrigues. L'anneau et le bâton pastoral étaient par eux mis à l'enchère et adjugés au plus offrant. Les bénéfices étaient une marchandise; ceux qui les avaient achetés, au lieu de s'appliquer aux fonctions ecclésiastiques qui y étaient attachées, ne songeaient qu'à piller leurs vassaux et à taxer, au prix le plus élevé possible, toutes les cérémonies religieuses, afin de rentrer dans les fonds qu'ils avaient déboursés ou de leur faire produire de plus gros intérêts. Ces spéculatioiis sacrilèges , désignées sous le nom général de simonie, étaient comme une lèpre qui couvrait le corps entier de l'Eglise.
* Volt., Essai , etc.
3 Hurter, Hist d'Innocent lU.
XXII COVr^OÊO. GBNSftAL
Mais l'arg«Dt , seloft Pierre Baoïien , n'éteii pas la seule moanaie avec laquelle on achetait les bénéfices ; on les payait encore avec Ls servilisme et h flatterie. Les prinees choisissaient leurs amis , ceux qui leur étaient recammandésy ceux qui brûlaient devant leur nia* jesCé un eneens saerilègey ceux qui étaient habiles chasseurs , qui portaient bien le casque ou savaient manier Tépée. La science et la Tertu ne donnaient dvoît à rien, a Qui ne veity s'écriait le saint et savant Aascine \ que les investitures sont la source de la sinoBia et la ruine de toute religtoa? Quand ils espèrent obtenir du prince k dignité épiscopale^ les ckres méprÎMnt leurs évAques et abaoH donnent TEgUse. Les ons répandent beaucoup d'avgent parmi les hommes du palais pour acheter leur recommandation ; ks autres s'imposent d'énormes dépenses pour vivre à la cour dix ans et pltis^ souffrant avec patience k froid et k chaud y k pluie et les autres in^ commodités des voyages. Ils souhaitent k mort de celui dont ik brigfoent la pkce, et sont jakux de ceux qu'ik regardent eomne leurs compétiteurs, a
Ces ckrcs, devenus évéques ou abbés y se regardaient comme des barons spirituels, prenaient pour modèles les seigneurs laïques phitôt que les apôtres , se mélaknt à toutes les guerres^ à toutes les intrigues et ne songeaient point à leurs devoirs spirituels. Il était surtout une obligation qu'ils ne pouvaient accomplir , celle du célibat. Il fiiut lire ks lettres de Pierre Damien et celles de Grégoire VII \ pour se faire une idée du désordre moral qui existait dans k clergé séculier. H n'était point rare, au xi* siècle, de voir des bénéficiera
* AnsGliD. Serm. 3.
' Pet. Dam. Epist et praesertim opuscul. 17, deCœlibat. 8acerd.~Gregor. yii Epist. ; ap. Labb. et Coss,, Conc t x.
SUR LA NRIOM titltkLE. XXIH
ecclédastiques m marier avec l'inteDliofi de tramoMtCre kor fief par succession à kard enfiintSy comme les aatres seigneurs. On en voyait même qui ne se contentaient pas d'une seule femme et vi^ ▼aient pubCquemenfatec des concaUnes; les maisons de la plupart des bénéfiders étaient, on peut le dire sans exagératioDi des Keux de corruption et de Kberthiage.
Tous ces m«ux venaient des investitures , du choix des bénéfiders par les princes. La papauté sauva donc TÉgKse en luttant avec nne admirable énergie contre les investitures, contre loas les emn piétements des rob et des sdgneurs qui menaçaient la liberté de FEglfse.
La papauté ne rendit pas des servker moin» gîands à la sodéti entière qu'à l'Elise.
EUe fit le Men des peopies^ en travaiRant avec sèk à corriges les vices des princes. Un vice que eena-d regwdaieBt presque comme nn de leurs dh>ilSy élaif de violer la sainteté dii mariage^ en contractant des cdfiances adultères; les*Ioie du cbristiattisme devaient ^ ce semble ; s'abaisser devant leur puisfiiance, et ils se croyaient per** mis ce qui ne Tétait pas au serf ou au vyain. La papauté leur fit voir que la loi chrétienne était fiûte pour tous. On connaît ses hittes contre Lothaire, Robert , Philippe l" et Philippe-Auguste. Il ne s'a* gissait là ni d'empiétements, ni de droits fitigieux, mais bien decette grande question : le souverain doit-il être, comme les autres, soumis aux fois du christianismet La papauté n'avait pas à hésiter. Aux yeux de l'Eglise, il n'y a ni rois ni princes, il n'y a que des chrétiens. Or, en mettant un fl-ein aux passions des rois, on ne peut nier que la papauté n'ait rendu service aux peuples qui en sont toujours victimes.
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>f3 FÉODALl. XX?
> différences de mœurs et d'intérêts