‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 3 sur 50 · I. comme autant de membres d'un · texte numérisé non relu

I. comme autant de membres d'un

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Tableau des RévoL du système politique de l'Enrope, 1. 1, Introd.

XXIV GOUP*d'0KIL GàlJRAL

Elle ae combattit pas avec moins de courage la tyrannie.

ce L'intérêt du genre humain, dit Voltaire ^^ demande un frein qui retienne les souverains et qui mette à couvert la vie des peuples. Ce frein de la religion aurait pu être, par une convention universelle, dans les mains des papes. Ces premiers pontifes, en ne se mêlant des querelles temporelles que pour les apaiser, en avertissant les rois et les peuples^ de leurs devoirs, en reprenant leurs crimes, en réservant les excommunications pour les grands attentats, auraient toujours été regardés comme des imites de Dieu sur la terre.»

Ce que Voltaire donne comme une chose désirable fut une réalité ; un auteur protestant le reconnaît :

c Le pouvoir papal , dit Coquerel ', en disposant des couronnes, empêchait le despotisme de devenir atroce; aussi , dans ces temps de ténèbres, ne voyons-nous aucun exemple de tyrannie comparable à celle de Domitien à Rome. Un Tibère était impossible ; Rome l'eût écrasé. Les grands despotismes arrivent quand les rois se persuadent qu'il n'y a rien au-dessus d'eux. »

Ils ne pouvaient avoir cette idée au moyen-âge, grâce à la papauté qui sut faire planer au-dessus de tous les pouvoirs politiques la grande idée de la souveraineté spirituelle. Nous considérons ce magnifique résultat obtenu par la papauté comme le service le plus éminent qu'elle ait rendu à la société féodale.

Nous avons dit comment elle était devenue le point central des royaumes de l'Europe. Son inQuence unitaire vainquit en partie l'antagonisme des nationalités ; aplanit, par la diffusion d'une pensée

< Volt.» Essai, etc.

s Coquerel , Essai sur Tliistoire du christianisme.

sua LA FiuonB v^odalb. xx?

et d'an sentmerU identiques, les différences de mœurs et d'intérêts qui existaient entre elles; en fit comme autant de membres d'un même corps dont elle était l'âme, le principe d'intelligence et d'activité. La papauté fût alors comme le cœur de l'humanité, d'où la lie s'échappait pour animer toutes les races qui en sont les membres. Pour peu que l'on parcoure les magnifiques correspondances des papes, de Grégoire YII surtout et d'Innocent III, on voit clairement que la papauté était le principe de tout le mouvement politique et sodal, au moyen-ftge, et que ce mouvement tendait sans cesse à l'unité.

Tous les historiens indépendants et de quelque valeur ont reconnu les avantages que retira l'Occident de cette union dés nationalités dans la papauté.

«Dans le moyen-ftge, où il n'y avait point d'ordre social , dit Andllon *y la papauté seule sauva peut-être l'Europe d'une entière barbarie. Elle créa des rapports entre les nations les plus éloignées; elle fut un centre commun, un point de ralliement pour les Etats isolés.... C'était un tribunal suprême élevé au milieu de l'anarchie universelle et dont les arrêts furent quelquefois aussi respectables que respectés : elle prévint et arrêta le despotisme des empereurs, remplaça le dé&ut d'équilibre, et diminua les inconvénients du régime féodal. »

Andllon a peu d'enthousiasme, il a peur d'être trop favorable à la papauté, mais la vérité, comme on voit, lui arrache des aveux suffisants. On pourrait dter à sa suite une foule d'écrivains aussi peu suspects. Même les ennemis déclarés de la papauté ne peuvent s^em-

4 Tableau des RévoL du système politique de TEnrope, 1. 1, Introd.

M.VI catsr^ -— '

pécher de reçonaaitre les- services qa'elle rendit à la société, eff sant toutefois leurs réserve» do côté de Tambitioii déiMmirée qu'ik regardent comme la seule raisoa de sa soweraiaeté politique.

Noos eu avons indiqué une autre plus satisiJfiante au poi&l de vue philosophique comme au. point de vue historique..

Ce fut surtout dans la grande lutte contre Tiakmiflme que i'oft sentit toute l'importance politique de Vuaîon des nationalités de rOccident autour du siège apostolique et que Tob vit la force morale que la papauté exerçait dans renq>ire chrétien. Elle planait an^ dessus de cette grande unité , sa voix était vraiment regardée coBUDe réchû de la voix de Dieu^ et son action même pditiqne avait^ aux yeux des peuples , une consécration religieuse* Elle se servit de l'in* fluence que lui donnait cette opinion générale, pour soulever TEu^ rope entière contre l'islamisme et favoriser les expéditions guerrières connues sous le nom de croisades. Les croisades ont été le motif des plus véhémentes déclamations contre la papauté : nous les considérons y. nous, comme un des plus magnifiques résultats de sa politique et comme une des époques le& plus glorieuses pour la France; car ce fut surtout la France qui seconda lea vues profimdes de la papauté..

« Le premier pape français, dit Michelet^, Gerhert, proclame déjà la croisade; sa belle lettre, où il appelle tous les princes au nom de la cité sainte , précède d'un siècle les prédications de Pierre- L'Ermite. Préchée alors par un Français, et sons un pape fran<^ çais Urbain II, exécutée surtout par des Français , la grande entnn prise commune du moyen-âge, elle nous appartiendra, a

Mahomet avait fondé sa religion au vu* siècle. Dès la fin du viu*,

4 Micbelec, mst. de Fianoe, U u, p; f4ie, 1401

sua Là. tÉHQMI SgOMiLB. XITH

seftseelafteats avaient soiwiis Bon-settleHieBt les eentrées orieBlales voisines de l*Anibi0; nais iiê s'étaient vépaadus^ camme les floU d'une mtf foriense , stfr tout le litkMral de l'Afrique , avaient pé^ nétré jnâqa'ea Europe^ pawé les Pyrénées et ea^abi une partie àe k France. D'anges baBde»,. dans le nêinetenij^, attaqpiaieat l'empire giree dans ses possessioas d'Halie, dans les iles de laMé*diterranée et osaient même assiéger Gattstantiaofle. Les vastes régi(Hi8 de l'Asie y la Perse, la Mésapotamie, comme la plupart des provinces de l'Asie miaetire ^ avaiei»! courbé la tête sous leur sabre. Pendant les ix^ et i* siècles les coafuâtes des disciples de Mahanet fiirent moins rapides, nais cepeadant ils attaquaient sans cesse l'empûre grec, l'avaient réduit presque à rien^et ils tenaient l'Eu* rope serrée de tous côtés. Au eomnieBeameiit du ii* siècle , une de ces races asiatiques, comme l'Europe du v* siècle en avait vues , vint mêler son sang, neuf eténarg^que à celui des premiers mabométans qui commençaient à dégénérer. L'Europe dut trembler de»vattt ces Turcomans qui venaient décupler les forces de l'iglafflisme dont ils adoptèrent les dogmes.

La papauté sembla, dès l'origiiie, pressentir tous les nuiux que réservaient les musulmans à l'Eglise et à l'Europe. Les lettres des papes des vu* et viu« siècles sont des cris de douleur, des bunentailions. Ces Jéréraies de la nouvelle Jérusalem pleurent sur la désolation du sanctuaire de Dieu. Karl Martel répondit à leur voix en broyant les Musulmam dans les chansps de Poitiers , et cemmeaisa ttusi la cbaîne des glorieux exploits qui illustrèrent k France pendant la grande lutte de cinq siècles qu'elle souttnl coatre les eimch mis d« cbristianîsme.

Le grand et savant Gerberl avait assisté^ dans» sa jeunesse,, ani

zzvni goup-d'oul cMkal

luttes des chrétieiis contre les mnsolmans. D avait vu son ami le duc Borel cherchant à les arrêter au pied des Pyrénées ^ mais trop faible pour résister longtemps à des flots qui s'amoncelaient sans cesse contre lui. Un génie comme le sien dut comprendre les dangers que courait l'Europe. Devenu pape, sous le nom de Sylvestre n, il convia l'Eglise occidentale à une grande lutte , et^ le premier, conçut ainsi l'idée des croisades.

Cette idée fut comme un germe qui se développa au sein de la société. Graine de sénevé d'abord, elle grandit et devint un arbre immense. Grégoire VU, qui comprenait tout ce qui était grand, suivit la pensée de Gerbert et fit un nouvel appel à la catholicité. Les âmes furent profondément remuées, et le monde était prêt lorsque Urbain II donna mission au pauvre moine Pierre d'aller dire à l'Europe entière de prendre les armes et de partir pour l'Orient afin d'attaquer l'islamisnie au centre même de sa puissance , et de le frapper au cœur.

Nous ne prétendons pas que tous les papes, depuis Gerbert jusqu'à Urbain II , aient été assez profonds politiques pour voir clairement que les croisades sauveraient l'Europe ; mais si l'honneur de cet immense résultat ne peut être attribué à tel ou tel individu , il n'en est pas moins certain qu'il appartient de droit au siège apostolique dont la Providence se servit pour cette grande œuvre. Nous n'irons donc point, comme certains historiens, chercher les causes des croisades dans une foule de circonstances accidentelles; parce que, lorsqu'il s'agit d'événements de cette valeur, il &ut , pour en trouver la raison, considérer les choses d'une manière beaucoup plus large. Quand, élevé sur la hauteur de plusieurs siècles, notre vue plane au-dessus des motifr particuliers et des droonstanoes immé-

8tR LA PiRIODB HùùàLE. XXK

diateSy nous découvrons toujours dans les événements qui touchent à rhumanlté entière une raison supérieure, une force morale qui fait converger toutes les circonstances , même celles qui , en apparence, seraient contradictoires, vers le but où Dieu veut conduire le monde.

Le moyen direct dont se servit la papauté pour arracher l'Europe de ses fondements et la jeter sur l'Asie, fut ¥ enthousiasme rdi^ gieux.

Lorsqu'on examine de près les x* et xi* siècles, on remarque, au milieu des crimes atroces qui désolaient le monde , une foi d'une énergie étonnante. Les seigneurs les plus violents ne reculaient pas devant Y expiation ^ lorsque des circonstances quelconques venaient surexciter leur foi. Or, à dater de cette époque, les évéques * avaient beaucoup de peine à les soumettre aux pénitences canoniques. Les crimes étaient devenus si nombreux, qu'en voulant proportionner les pénitences à leur nombre et à leur énormité, on les avait rendues impraticables; d'où était venu l'usage de les commuer, de mar nière à pouvoir se libérer, par une seule action , de plusieurs années des anciennes pénitences canoniques. Depuis les premiers siècles, ces commutations avaient été faites par l'autorité ecclésiastique, pour des cas particuliers et surtout pour récompenser la ferveur de certains pénitents; on appelait cet adoucissement tndu/gence. Depuis le x« siècle, les pénitences furent bien plus souvent abrégées et commuées en actes pieux auxquels Vindulgence des peines canoniques fut attachée. Parmi ces commutations de pénitences , on fit surtout usage des pèlerinages à Rome , à Jérusalem ou à Saint-Jacques-de-Gompostelle. Voilà ce qui explique pour-

^ Fleury, 6* Discours sur THlst. ecclés.

XXZ 0(M3r-D*fiBL OBNUUL

quoi 9 à {Molir, da x* sièele, les pèteriosges dmttreat phis nombreux et pnreiit an ciractère exfâaioire qu'ik n'avaieiit pas auparaTont»

Les papes secondèreol oette aidenr des pèlerinages, depuis sur* tout q«e S^yesCm I( euit déposé dans le monde l'idée des croisades. Quand le moment fat arrivé de la mettre à exécution, Urbain II, pour exciter renthousiasiiie, attacha an pèlerinage «nné une indulgence , son pas seulement de plnstears années de pénitence imposées pour Texpiation de quelque crime particulier, mais une indul-' gmoe fiénière de toutes les pémienees dnes pour lous les crimes. C'était le premier «xemple de oes indulgences plénièras. Il tmi se vepoiter an si* «èck, pour comprendre Teathousiasme qui dut sai- «r les Ames à cette nouvelle. Les voleurs et les brigands eux-mêmes quittaient leurs retraites, venaient en fonle confesser leurs péchés, «t promettaient, en recevant la croix, d'aller les expier en Terre* Sainte. Les seigneurs s'estimaient henrenx de pouvoir se purifier de leurs crimes, souvent nombreux, en suivant leur passion dominante, odlede fidre la guerre. I^eur désir d'expiation et leur ardeur guerrière trouvaient leur satisfaction dans ces pèlerinages grandioses où la mort, d'après leurs idées, ne pouvait être qu'un martyre qui les conduirait droit au dd.

c On a beaucoup dédamé ' sur cet enthousiasme qui entraînait nos pères dans des expéditions lointaines; mais Ta^t-^on considéré avec des yeux vraiment philosophiques! Il suffit d'avoir nue légère tdnture de l'histoire pour savoir combien sont ordinairement petits, frivoles ou odieux les motifs de presque toutes les guerres. L'ambi'fion , le dépit , l'amour^propre blessé , ont de tout temps fidt couler

* Petitot , Coliect de Hém. relatifs k THIst de France , 1 1 , Notice sur Villehardoin.

SUR M fâuMK liomjs. un

desfloUdett^g. Pnisqu'oo est oonveom de louer, lorsqu'ils réasfiûsent, les «oleon de ces entrepriaes soovent injustes, on a, oe woabhf fnauvajse gRftce i facaiter avec mépris des expéditîoia où les dangers étaient plus grands que la gloire, où, dans les preoûers momenis de £erveur, Tambition a'avait aucune part, où le désintéressement étaii même porté jusqu'à Théroisme, où enfin les bommes, loin d'être, comme d^uis, les instruments aveugles des passions de leurs chefs, ¥oyaient dairemeot le but vers lequel ils aaiduient, et, qroyani être appelés par le ciel à lapins noble des CAaquétes, jouissaient, soit en triomphant, soit en périssant, de toute la liberté de leurs sentiments et de toute la dignité de leur être. »

Quand on rédairait, comme on l'a fiait, les grandes expéditions des croisades aux maigres proportions de la conquête ad'une pointe de iK>cher qui ne valait pas une goutte de sanga \ on ne devrait pas loB blâmer avec plus d'aigreur que la plupart des expéditions guer* lieras; «ai^ lor^u'on les considère de plus haut, lorsqu'on voit en eUesuMn^ucliMHpi^amteoootrerislamismeqi^ parles Pyrénées et par la Hongrie, étendait autour de l'Europe ses deux bras immenses et la tenait dans une lerriUe étreinte, c'est alors qu'on apprécie à leur juste valeur les dédaaaations de certains historiens qui pour la plupart attaquèrent les croisades, uniquement à cauae de leur ca*radère neikâeix.

* F. TalL ém» ses 4fvers iWTrties hlsu^ques et VKatfdopédle de Diderot, art Croisades.^En général les historiens du xviii* siècle , même Fleury dans son Bluotre ecclésiattùfue ^ atuquent les croisades de la manière la plus absurde eC la plus Injuste. M. Michaud, par sa belle Histoire des Croisades ^ a surtout contribué à réhabiliter ces grandes expéditions. Les dédamatlons du vrm* siècle sont aujourd'hui reléguées dans le domaine des tètes d préjugés»

xxxn Gorp-D'om, g^h^ral

Si les papes, depuis Sylvestre H jusqu'à Pic V, n'eussent poursuivi la grande idée de la lutte de l'Ocddent contre l'Orient, l'Europe serait devenue une des provinces de l'empire musulman. Les croisades ont donc sauvé l'Europe.

Outre ce résultat général , elles en eurent de particuliers d'une incontestable valeur, et un historien sérieux * n'a pas craint de dire que ces résultats avaient été a les causes premières des plus grands événements des huit siècles écoulés depuis cette guerre extraordinaire, n Parmi ces événements, il &ut surtout en placer deux qui furent, de l'aveu de tous les historiens, la conséquence immédiate des croisades : la cessation des guerres particulières que se&isaient les sei* gneurs, et l'affaiblissement du régime féodal.

Le pape Urbain II , dans un de ses sermons ', indique la paix comme un des avantages que les croisades devaient apporter à l'Europe. Les croisades conduisirent beaucoup plus vite et plus sûrement à ce résultat que la Paix de Dieu et la Trêve de Dieu , préchées depuis le commencement du xi* siècle ; eUes tournèrent contre des barbares qui préparaient des fers à l'Europe et abhorraient le christianisme, le courage de ces seigneurs indomptés qui ne pouvaient avoir de repos et n'en voulaient pas laisser aux antres; elles épuisèrent, contre la tyrannie ottomane , l'ardeur bouillante de guerriers qui l'eussent déployée contre la liberté et le bonheur des populations européennes. L'ardeur que ces guerriers ressentirent fut si grande et si désintéressée, qu'ils vendaient, pour partir, les droits et privilèges qu'ils avaient usurpés depuis deux siècles. Les villes inféodées profitèrent des circonstances pour recouvrer le régime municipal

4 Lacépède^ HIst. de TEunope.

s Ap. Labb. et Cosaart. Gonc, U x, p. 515.

SUR LA PERIODE FKODAtE. XXXIll

doot elles aTaient joui sous radministraiion romaine. Ce régime s'était conservé jusqu'au xi* siècle dans plusieurs cités qui luttàrest courageusement pour leur indépendance : celles qui succombèrent dans leurs luttes contre les seigneurs rachetèrent, de ceux qui prirent la croix, leur liberté pour quelque somme d'argent) d'autres, qui de pouvaient se racheter, engagèrent des luttes dans lesquelles elles forent soutenues par la royauté qui trouvait dans les villes ou ctm^ tmmei un appui contre les seigneurs : c'est ainsi que commença ce grand mouvement de VaffranchmemerU des communes, qui, après avoir absorbé la féodalité, a renversé la royauté elle-même qui ne l'avait Êivorisé que pour concentrer en elle toute la puissance, pour créer Tabsolutisme \

Après avoir indiqué quelques-uns des résultats généraux des croi'sades , nous ne daignerons pas discuter les déclamations des écrivains qui ont reproché aux croisés d'avoir rapporté d'Orient des reliques apocryphes et n'ont rien dit des manuscrits arabes, grecs et syriaques dont ils ont enrichi les bibliothèques de l'Europe; qui ont scrupuleusement compté le nombre d'hommes qui durent périr dans ces guerres, et n'ont pas fidt mention de ceux qui eussent péri dans les guerres féodales; qui ont relevé des désordres de mœurs et n'ont rien dit des vertus et des glorieux exploits ; qui n'ont vu qu'un insuccès complet et mérité et n'ont mentionné ni les nouvelles relations commerciales qui s'établirent entre l'Orient et l'Occident, ni cet esprit chevaleresque qui naquit alors et remplaça la violence brutale de ces vieux brigands qu'on appelait seigneurs; ni enfin ce caractère nouveau que prirent les sciences, les arts, 1^

* Cet absolutisme de la royauté ne remonte qu*au xvi* siècle. Ce fut Louis XI et après lui Richelieu qui portèrent les derniers coupa an régime féodal , •*•

XïtlV COUP-D'OElL'ciÎNiRAL

philosophie y la littérature^ caraetère trop oriental pour ne pas y reconnaître llnflnence des crmèades.

C'est donc atec justice que nous avons placé ces grandioses expéditions parmi les résultats les plus utiles de la puissance politique de la papauté. Au lieu de les lui reprocher avec amertume , comme on Ta fidt , nous les regardons comme un de ses plus bearix titres de gloire;

Parmi les moyens employés par la papauté , pour produire dans l^Église et dans la société les résultats que nous avons signalés, le principal fht l'institution monastique.

Le detgé séculier lie pouvait seconder ses vues de réftntne. A part de rares et respectables exceptions, les évèqttes et leurs prêtres des paroisses étaient plongés dans les vices et l'apathie. Si Ton parcourt les écrits des hommes les plus remarquables du moyen-4gey de Pierre Damien, de Grégoire VII, de saint Bernard , d'Innocent III, on se convaincra qu'il n'y a rien d'exagéré dans les attaques virulentes dont il a été l'objet. Les ennemis de l'Église , qui n'ont eu pour motif dans leurs invectives que de saUsfoire leur passion antireligieuse , sont même restés bien au-4essous des saints réformateurs de l'Église. L'évêque n'était, très-souvent, qu'un grand sei^ gneur qui ne songeait qu'à rançonner ses prêtres , qu*il considérait comme ses vassaux ; les prêtres bénéfiders ne pensaient guère qu'à inspecter leurs terres, à surveiller leurs fermiers, à recevoir leurs dîmes. Quant aux vertus de leur état , c'était le moindre de leur soud. Ils laissaient paisiblement les sdgneurs raviver leur trenipeau , et, s'ils ne tremblaient pas sous les hautes tours du château féodal, ils croupissaient dans un servilisme abrutissant, et se fiiisaient apanage; chiens muets, comme dit le prophète, ils n|osaient

SUR LA nbuODB fiODÀLB. XXXV

aboyior ooatre le loap, ou j comme dq ^k merceoairds, ils abandoimai^t leur troupeau à tes fiireura.

Il en était tout autrement des Ordres religieux* Là était la trie, ia ^rigueur, le courage , k irertn et la sdence t les écrivains les moins suspects l'ont reconnu.

c Pendant tout le cours du moyen4ge ^ dit Hallam ^ on ne trouvait guère d'hommes de quelque mérite que dahs les chapitres ou dans les couvents... Une salutaire influence , exooée pas l'esprit d'une reUgion plus pure, se déplofait quelquefois au milieu des corruptions de la superstition. Il y atait dans les prineipes qui avaient présidé i l'institution des Ordres monastiques et dans les règles au moins qui devaient les régir, un caraotèse de douceuTt de charité , de désintéressement qui ne pouvait entiètanent s'cfibeer... Le soolagement de l'indigence surtout fut une vertu dans la pratique de laquelle les mmnes se montrèrent en général pénétt^ des vériti^bles sentiments de leur pfofsssieti. Les aneiens tempa n'offrent pas, si je ne me trompe, un seul exemple de oes institutions publiques répandues dans toutes les contrées de l'Europe et deetinées an soolagement des soutTranees humaines. Les vertus des moines prenaient un canctère encpre pins noble lorsqu'ils se oonatituaienl les défenseurs des opprimés, a

C'était une mission qu'ils remplissaient souvent, et tamSs que le riche bénéficier ne songeait qu'à ses dtmes, arrivait à l'improviite un moine du voisinage qui rassemblait les peuples à la maison de Dieu et fusait entendre, même au seigneur, les préceptes et les anaiibêmea de l'Evangile contre le mauvais riche et l'oppresseur du pauvre.

* Hallam, l'Europe au moyen-Age.

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