‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 21 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

IV

Ii6 BiSTomi

Tout ceux f ajoute Raoul Glaber , que l'oa put convaincre des mêmes erreurs subirent la même peine *.

Cette exécutiDn si contraire à nos mœurs est affreuse sans doute, et nous sommes loin de vouloir la justifier en ellennême ; cependant nous n'imiteroué pas les nombreux historiens qui ont saisi cette o&« casion de donner libre carrière aux déclamations les plus énergi-» ques contre un fait que personne aujourd'hui n'est tenté d'excuser. Au lieu de phrases, pathétiques sans doute, mais assez inutiles, l'homme sérieux préfère approfondir les causes de cette législation ii étrange , et qui n'éprouvait aucune répulsion de la part du peuple, des seigneurs et même du clergé, dépositaire des lois si douces de l'Evangile. Nous verrims jusqu'au xvi* siècle des exécutions analogues à celle des hérétiques d'Orléans , mais celle-ci est la première de cette nature que nous offrent les annales de l'Eglise de France. Dans les monuments de la période gallo-romaine, nous n'avons trouvé que bien rarement des appels de la puissance spirituelle à la puissance temporelle pour la punition des hérétiques. A mesure que l'Eglise se coiàbnd avec l'Etat pendant les temps mérowingiens, ces appeb deviennent plus fréquents; nous n'y trouvons pas cependant d'exemple d'exécution sanglante. Mais lorsque, sous les Karolingiens, l'empire fut définitivement identifié avec l'Eglise, lorsque les grands bénéficiers ecclésiastiques furent devenus «eM^itet4r£, et que leur autorité dans l'État n'eut plus seulement une influence morale, mais une action extérieure et légale comme celle des autres feudataires , c'est alors que nous voyons les crimes contre la rdîgion punis au même titre que les crimes commis contre l'Etat. Au fait, les lois religieuses étaient lois de l'Etat et les évéques agissaient autant à titre de seigneurs qu'à titre d'évéques. Seulement, dans les jugements sur la doctrine, ils avaient la plus grande au* torité, parce qu'en effet, c'était principalement à eux de donner leur avis dans ces matières.

Nous regardons comme déplorable cette fusion des deux pouvoirs, ce cahos législatif du moyen-âge, où le spirituel et le temporel étaient confondus; mais c'est un fait, et, comme tel, on doit l'admettre si l'on veut apprécia avec justesse l'actioa des évêques dans

< Ademar, dans sa Chronique, rapporte que sur les 13 qui furent brûlés, il y avait 10 chanoines de Sainte-Croix. Comme on eut des preuves que Théodore, Chantre de la même église, mort trois ans auparavant, avait été afllHé i la seete, l'évéque Odalric flt déterrer et Jeter ses os à la velerlt»

ra L'iGLin ra vranci. 147

une infinité de circonstances. C'est pour les avoir seulement codh sidérés comme évèques, que plusieurs historiens nous ont donné de creuses déclamations au lieu d'explications.

La femme italienne qui avait fondé rassociation manichéenne d'Orléans était accompagnée , à son arrivée en France , d*adeptes qui se répandirent dans plusieurs diocèses. Quelques évéque^ se laissèrent tromper par leurs dehors hypocrites; il s'en rencontra piéme un qui, après avoir examiné leur doctrine^ les renvoya ab-» sous ^ Ces sectaires avaient un talent particulier pour dissimuler leurs opinions ; rien d'étonnant qu'ils soient parvenus à tromper quelques évéques ignorants. Mais tous ne l'étaient pas, et les adeptes qui se dirigèrent sur Arras rencontrèrent là un évéque à la pé* xiétration duquel ils ne purent échapper. C'était Gérard, évéque de Cambrai et d'Ârras^ parent de l'ancien archevêque de Reims Adsi* beron, et disciple de Gerbert.

Gérard 'y s'étant rendu i Arras, apprit qu'il y était venu d'Italie des hommes qui prêchaient une doctrine nouvelle, prétendant que la justice produisait seule la justification, et que TEglise ne possédait aucun sacrement qui fût réellement utile au salut. L'évéque donna aussitôt des ordres pour arrêter les nouveaux sectaires et les lui amener. Ceux-ci en ayant été avertis, prirent la fuite; mais les hommes de l'évéque parvinrent aies arrêter, et les conduisirent au prélat qui leur fit sur-le-champ plusieurs questions, afin de découvrir leurs véritables sentiments. Ils ne répondirent qu'en termes obscurs et ambigus, d'où Gérard conclut, avec raison, quêteurs opinions étaient erronées, puisqu'ils cherchaient à les dissimuler. Il les fit mettre en prison et ordonna, le lendemain, aux clercs et aux moines, de jeûner pour leur conversion. Le troisième jour, qui était un dimanche, Gérard voulut faire subir un examen public à ses prisonniers. Il se rendit à l'église de Notre-Dame, revêtu de ses ornements pontificaux, accompagné de ses archidiacres, des abbés, des prêtres, des moines, précédé delà croix et du livre des Évangiles, et suivi de tout le peuple. On chanta le psaume exurgat DeuSj puis révêque s étant assis avec les abbés et les autres selon leur rang, il fit entrer les prisonniers et adressa au peuple un discours pour expliquer d'une manière générale le but de la réunion.

Se tournant ensuite du côté des accusés , il leur dit : a Quelle est

* EplsU Geratd. inU acU Synod. Atrebat.

s Acu synod. Atrebst. $ap. D. d'Aclierl SpicUes», nov» edlc.| t» i^ p, 6()7 etseq,

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votre doctrine, et quel est votre chef? — Noas sommes , répondis rent-ilsy les disciples d'un Italien nommé Gandulph; il noas a enseigné la vraie doctrine apostolique , telle qu'elle est contenue dans l'Evangile et les autres écrits des apôtres; ce sont là nos seules écritures. Nous cherchons à pratiquer cette doctrine par nos œuvres et à la répandre par nos discours, b

On avait dit à l'évéque que ces hérétiques rejetaient le Baptême , l'Eucharistie, la Pénitence, le Mariage ; qu'ils aflectaient un souverain mépris pour les églises, et qu'ils ne vénéraient comme saints que les apôtres et les martyrs. Il les interrogea donc sur ces divers points.

a Puisque vous acceptez la doctrine évangélique, comment se fiiit-il que vous rejetiez le Baptême? Car il est rapporté dans l'Evangile que J.-G. dit à Nicodéme : Quiconque ne renaitra point par feau et par V Esprit ^ n entrera point dans le royaume des cieux. — La doctrine que nous a enseignée notre maître, répondirent les accusés , est conforme à l'Evangile et aux ordonnances des apôtres : die consiste à fuir le monde, à réprimer la concupiscence, à vivre du travail de ses mains , à ne taire tort à personne et à aimer tendrement ceux qui pensent et vivent comme nous. Nous croyons qu'en agissant suivant cette justice, on n'a pas besoin du Baptême, et que si on ne vit pas de la sorte, le Baptême ne sert de rien pour le salut. Le Baptême est inutile pour trois raisons : parce que ceux qui l'administrent ont une mauvaise vie, et qu'ils ne peuvent, par conséquent, procurer le salut; parce que Ton contracte bientôt après le Baptême de nouveaux péchés en retombant dans les vices auxquels on a renoncé ; enfin parce qu'un enfant qui ne sait pas ce qu'on lui administre ne peut tirer aucun avantage de la volonté et de la foi d'autrui. » L'évéque répondit à ces assertions par un discours dans lequel il s'appuya particulièrement sur des faits rapportés dans l'Evangile et dans les Actes des apôtres. Cette manière de procéder était habile et exceUente devant un auditoire nombreux où la grande majorité n'était guère capable de saisir des arguments métaphysique!».

Après avoir satisfoit aux difficultés des hérétiques sur le Baptême, il passa à l'Eucharistie, dont il exposa le dogme avec une admirable simplicité : o Ce sacrement^ dit-il, est nommé Sacrifice parce qu'il est consacré par la vertu d'une prière mystique en mémoire de la Passion du Seigneur. Les Grecs l'appellent Eucharistie j c'est-à-dire en latin Bona Gratia ; y a-t-il en efiet une meilleure grâce que le corps et le sang de J.-C.f Tandis que le pain et le vin mêlé d'eau

sont consacrés sur Tautel d'une manière ineffable parle signe delà croix et par les paroles du Sauveur, ils deviennent le vrai et le propre corps, le vrai et le propre sang de notre Seigneur Jésus-Christ, quoiqu'ils paraissent autre chose à nos sens , car on ne voit que du pain matériel, et c'est cependant très -véritablement le corps de J.-C, ainsi que la vérité nous en assure en termes formels : Ced est mon corps , etc* b

Gérard prouve ensuite par des faits évangéliques que le corps de J.-C, en vertu de sa puissance divine, peut être en plusieurs lieux à la fois, et termine son discours sur TEucharistie par le récit de quelques faits miraculeux , pour montrer que le pain et le vin sont réellement changés au corps et au sang de J.-C.

En entendant ce discours, les fidèles qui étaient présents fondaient en larmes, et louaient la puissance et la bonté de Dieu.

Gérard, s'adressant aux hérétiques, leur dit : a Parlez sans crainte, si vous avez quelque chose à répondre et si vous pouvez réfuter ce que j'ai dit. d Mais Témotion générale les avait saisis, ils se proster^ nèrent à terre en se frappant la poitrine, avouèrent leurs erreurs et dirent qu'ils n avaient pas un mot à répondre au discours de Tévéque. Cette conversion subite et sincère disposa en leur fiiveur ; on s'empressa de les relever ; pour eux, confiis et repentants, ils ne pouvaient assez admirer la patience de J.-C. qui les avait supportés si longtemps à la honte du nom chrétien, et ne manifestaient qu'une seule crainte, celle de ne pas obtenir de Dieu leur pardon, à cause de l'activité qu'ils avaient déployée pour engager les autres dans leurs erreurs, a Vous auriez raison de le craindre, leur dit l'évéque, d'après les principes que vous enseigniez, puisque, suivant ces principes, le pécheur ne peut retirer aucune utilité de la pénitence. Mais si vous rejetez sincèrement ces erreurs pour embrasser la doctrine catholique, je vous promets sans hésiter votre pardon, de la part de Dieu. 9

Gérard continua ensuite à les instruire sur les points dans lesquels ils avaient erré : d'abord sur les églises matérielles qu'ils ne considéraient que comme des amas de pierres, puis sur les autels, l'encens et les cloches ; il leur expliqua tous les ordres ecclésiastiques depuis les ordres inférieurs jusqu'à l'épiscopat ; car ces hérétiques, ne voulaient aucun culte extérieur, regardaient comme chose complètement indifférente la hiérarchie et estimaient tout autant un bois ou une place publique qu'une église pour leurs réunions religieuses. Ils ne se mettaient point en peine non plus en quel lieu

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on les enterrftt, disant que les ôérémonies des fanérailles n'étaient qu'une invention de l'avarice des prêtres. L'évéque les instraint ensuite sur la pénitence, sur le mariage, sur le culte que Ton devait aussi bien aux saints confesseurs qu'aux apôtres et aux mar* tyrs ; sur la psalmodie, sur la vénération qui est due à la croix et aux images ; enfin il établit la nécessité de la grâce et prouva que la &usse justice qui faisait le dogme fondamental de la nouvelle hérésie n'était pas Tunique moyen de justification et de salut. Sur toutes ces questions, Gérard apporte autant que possible en preuves des faits tirés de l'Evangile, et s'appuie particulièrement sur les discours et les exemples de J.-C. et des apôtres.

Cette instruction de l'évéque Gérard dura jusqu'à la fin du jour. Gomme il vit les hérétiques convaincus, il leur ordonna de condamner formellement leurs erreurs. Lui-même, avec les archidiacres, les abbés et le reste du clergé, prononça à haute voix cette formule de condamnation: « Nous coudamnons et anathématisons cette hérésie suivant laquelle : le baptême ne sert de rien pour etRicer le péché originel et les péchés actuels ; les péchés ne peuvent être remis par la pénitence: l'église, l'autel, le sacrement du corps et du sang de Notre-Seîgneur ne sont autre chose que ce que Ton voit des yeux du corps; nous condamnons cette hérésie et tous ceux qui la soutiennent. » Puis l'évéque et tout le clergé firent une profession de foi diamétralement opposée à toutes ces erreurs.

Cette condamnation et cette profession de foi furent prononcées en latin ; mais comme eux qui avaient professé l'hérésie ne l'entendaient pas bien, on les leur expliqua en langue vulgaire, et ils déclarèrent qu'ils y acquiesçaient en toute sincérité. Ils les souscrivirent même, comme ils purent, c'est-à-dire en fiiisant des croix. Tous les assistants rendirent grâce à Dieu et se retirèrent après avoir reçu la bénédiction de l'évéque.

On découvrit à la même époque plusieurs autres associations manichéennes dans les villes du midi de la France , et particulièrement à Toulouse ^ Guillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, les poursuivit avec zèle, à l'exemple de Robert, et convoqua pour les juger un nombreux concile à Charroux où se trouvèrent tous les évêques et les seigneurs d'Aquitaine \

< Adem. Cbron. sd ann. 1018, 1022 et 1027 ; sp. D. Bouquet, t x.

2 On ne possède pas les actes du concile de Cbarroui.

La sévérité de Guillaume ne détfnisic point la secte des nooTeaux manichésni

DB L'icLMB M FRANCS, 151

Après Tcxamen de la canse des hérétiques, Guiliaume fit jurer la paix aux sdgneors qui se fiiisaient mutaellement la guerre, ei leur rccommaDda de respecter les églises*

Le grand fléau de l'époque était ces guerres particulières des seigneurs qui, ayant fait des âefii leurs propriétés, tendaient sans cesse à en reculer les limites. De là des discussions qui amenaient presque toujours la guerre , et cette guerre n*était qu'un brigandage. C'était toujours Je peuple, rançonné, pillé par le yainqueur,qui payait ces luttes de Tambition et de ravarice. Comme la France entière n'était, au II" siècle, qu'un champ de bataille, on comprend les maux af*freux , la désolation qui pesaient sur les pauvres habitants des campagnes. Souvent , sans avoir d'antre motif que son amour du pillage, un seigneur fusait des courses sur les terres du fief de son voi* sin, ou se mettait en embuscade sur les chemins, pour dépouiller les marchands et les voyageurs.

L'autorité du roi avait peu d'empire sur les grands feudatalres , beaucoup plus puissants que lui, et qui souvent s'entendaient et se prêtaient secours. Les grands feudataires eux-*mémes avaient sous eux des seigneurs qui ne redoutaient pas plus leur puissance qu'euxmêmes ne redoutaient celle du roi.

Un des résultats les plus utiles des croisades fut de faire cesser ces guerres particulières qui ruinaient la France. Vers la même époque la royauté conçut l'idée de s'appuyer sur les villes ou communes pour étendre sa puissance au détriment de celle des seigneurs, et commença contre la féodalité une lutte qui dura quatre cents ans ^ Le onzième siècle, à défaut de ces grands moyens politiques, en employa un moins efficace il est vrai, mais seul possible dans ces cir^ constances, ce fût : la paix de Dieu,

Guillaume d'Aquitaine semble avoir eu le premier l'idée de faire jurer solennellement devant Dieu aux seigneurs de rester en paix. Robert imita Guillaume, et, dans les conciles de Yirdun au diocèse

qui reparurent, au xii* et au xiii* siècles, sous différents noms, en parUculier sous celui d'Albigeois, dans le comté de Toulouse et aux environs.

< Ce fut l40uis-le-Gros qui conçut l'idée de s'appuyer sur les communes pour lutter contre la puissance des seigneurs. Il les aida, en retourna reconquérir les droits municipaux dont elles avaient Joui sous la domination romaine, et que plu^* sieurs avaient perdus. Louis XI et BIclielieu portèrent les derniers coups A la puissance féodale des seigneurs. La révolution de 80 leur enleva les derniers débris de leurs priTilégts.

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de Cbftlon-sur-SaAne , et d'Aire au diocèse d'Auxerre ^, il fit tous ses efforts pour termiDer les différends qu'avaient entre eux les seigneurs et pour leur faire conclure une paix solide.

La paix fut toujours dans les vœux de Robert. Dans ce siècle de luttes et d'antagonisme, il est remarquable qu'il réussit presque toujours, par des moyens pacifiques, à terminer les différends qui s'élevaient entre lui, les rois ses voisins ou les seigneurs. Aussi futil toujours intimement lié avec Alfred, roi d'Angleterre, Sanche-le- Grand, roi des Ëspagnes, et surtout avec Henri, empereur et roi de Lorraine.

Henri était pieux comme Robert, et cette similitude de caractère avait formé entre eux une étroite amitié. Ils s'en donnèrent des preuves touchantes dans l'entrevue ^ qu'ils eurent ensemble sur les bords de la Meuse, l'an 1023. On était convenu que, suivant la coutume, les deux princes s'avanceraient, chacun de son côté, dans un bateau jusqu'au milieu de la rivière, à une distance égale des deux bords: Henri, pour témoigner à Robert toute son estime, partit de son camp, de grand matin, avec quelques seigneurs» passa la rivière et entra dans la tente de Robert, au moment où celui-ci l'attendait le moins. Cette cordialité émut le bon Robert qui se jeta dans les bras de Henri et l'embrassa avec effusion. Les deux rois entendirent ensemble la messe, et prirent ensemble leur repas. Henri ne retourna que le soir à son camp, après avoir reçu de Robert de magnifiques présents. Le lendemain, le roi français se rendit au camp de l'empereur et en reçut de même des présents.

Le but de cette entrevue intéressait l'Eglise. Les deux rois y résolurent de se rendre l'un et l'autre à Pavie pour faire signer, au pape Benoit YUI, certains articles qu'ils arrêtèrent secrètement; mais la mort du pape et celle de l'empereur rompirent cette négociation

Benoît Vin mourut au mob de février 1024. Son frère lui succéda et prit le nom de Jean XIX. Il paya la papauté argent comptant et la posséda pendant neuf ans.

* On ne posside pas les actes de ces conciles; on sait seulement que le roi Bobcrt arall voulu faire transporter au concile d*Aire les reliques de saint Germain d'Auxerre, et que l'évéque Hugues s'y refusa. On avait la coutume de porter beaucoup de reliques dans les conciles, afin d'attirer de nombreux pèlerins an lieu de la réunion et de faire connaître ainsi les décisions A un plus grand nombre.

F. Hlst. Episcop. autessiod. ; et Chronic S. PetrI vivl.

s Rodolpb. Glab. blst., Ub. S, c 2.

DB L'iaUSB DK rRATIGB. 153

A peine était-il sur la chaire de saint Pierre, que le patriarche de Gonstantinople envoya à Rome des députés chargés de grosses sMumes d'argent destinées à lui acheter le titre à'œcumémqne ou à'évêqueuniversel pour l'Eglise orientale. Ce fut toqours Tainbition des patriarches de Gonstantinople d'être regardés comme les papes de l'orient. Le patriarche Eusthate, connaissant l'avarice de la plu* part des pontifes qui occupaient depuis longtemps le saint-siége, crut obtenir par argent ce que ses prédécesseurs n'avaient jamais pu obtenir par tout autre moyen, a L'avarice est la reine du monde, disait alors Hugues de Flavigny * , et elle semble avoir établi à Rome le siège de son empire. » La papauté avait besoin de Gré* goire VII pour la réhabiliter aux yeux du monde et lui faire reprendre l'initiative du bien et des utiles réformes.

Jean XIX entra en négociation avec les députés orientaux; mais ratTaire ne put être traitée si secrètement qu'il n'en transpirât quelque chose au dehors. Le bruit s'en répandit bientôt en Italie, et même en France. Tous les amis de l'Eglise en furent indignés, et le saint collaborateur d'Odilon de Gluni, l'abbé Guillaume de Dijon, en écrivit au pape.

a Le Maître des nations, lui dit-il ^, nous apprend qu'il ne faut pas reprendre durement une personne constituée en dignité ; mais je lis aussi cette parole dans l'Ecriture : Si je suis insensé, cest vous qui m'avez contraint de l'être. L'amour filial que j'ai pour votre paternité, me porte à l'exhorter à imiter le Sauveur et à demander à l'un de ses amis, comme il demanda lui-même à saint Pierre : Qu'est-ce que les hommes disent de moi?

a II se répand un brait fâcheux qui scandalisera tous les serviteurs de Dieu. Vous le savez, quoique l'empire romain soit aujourd'hui partagé en plusieurs royaumes, la puissance de lier et de délier est toujours restée une; il n'y a donc que la vanité qui ait pu porter les Grecs à demander ce que, dit-on, ils ont obtenu de vous. Je souhaite vivement que vous ayez plus de vigueur pour corriger les abus et pour maintenir la discipline ; c'est pour vous un devoir, puisque vous êtes chargé du soin de tout le troupeau. »

L'humilité dont les saints ont, de tout temps, fait profession, ne les a jamais empêchés de reprendre avec vigueur, même les chefs

* Hug. FlaYin. Cbroo.

> Ap» ChroD. Hug. Flafio.; Labb» btblioth., 1. 1, p. 175»

iiè autoiMi

de TE^e, lorsqu'ils les ont vus fidUir aux devoirs attachés à leur dignité. Jean XIX fut effrayé de la lettre du bienheureux Guillaume et du cri de réprobation qui retentit dans toute la chrétienté contre le marché simoniaque qu'il était sur le point de conclure; il n'a&« corda rien aux Grecs et montra dans la suite plus de respect pour les règles canoniques.

Le bienheureux Guillaume, qui reprit si vigoureusement le pape^ savait, dans Toccasion, donner les plus fortes leçons aux seigneurs et aux rois.

Robert ayant perdu son fils atné, nommé Hugues, qu'il avait par avance fait couronner roi, ne pouvait se consoler d'une mort qui l'avait frappé dans ses plus chères affections. Guillaume ' se rendit à la cour et, pour toute consolation, dit au roi et à la reine Constance ces graves paroles : «Vous ne devex pas vous croire malheureux d*avoir perdu un fils si accompli; mais vous devez vous estimer heureux de l'avoir possédé. Pour moi Je le trouve surtout heureux d'être mort avant d'être monté sur le trêne, car je crois qu'il n'y a pas d'état où il soit plus difficile de faire son salut que dans la royauté. Robert et son épouse, étonnés d'un genre de consolation si peu ordinaire, dirent au saint abbé : a Quelle raison avex-vous de parler ainsi? — Vous n'avez donc jamais pensé, répondit Guillaume, à ce que nous apprend l'Ecriture? Sur trente rois qui régnèrent sur le peuple de Dieu, à peine si l'on en trouve trois de bons. Cessez donc de pleurer votre fils, et félicitez-le plutôt d'être entré dans le repos étemel. »

Il restait deux fils au roi, Henri et Robert; la reine Constance n'aimait pas Henri, et voulut, après la mort de Hugues, &ire couronner Robert qui était le plus jeune. Mais le roi refusa de priver Henri d'un privilège auquel lui donnait droit son âge , et le fit couronner à Reims. Plusieurs évéques, invités à assister à cette cérémonie, n'osèrent s'y trouver, de peur de s'attirer le ressentiment de la reine; de ce nombre fut l'évéque de Chartres, Fulbert.

Un des amis de ce grand évéque l'avait averti de se tenir sur ses gardes, parce que la reine s'en prenait surtout à lui de la résolution du roi '. Robert avait en effet la plus entière confiance en Fulbert, et il est probable qu'il l'avait consulté avant de se décider à fiure sacrer son fils aine. Dans la crainte d'exaspérer davantage la reine

4 vit 8. GulIU Dlrloo.

> FuU>. Epist loe.

DB l'^GUBB DB HUNCB. IStt

contre lui, Fulbert n^assista pas au sacre, et allégua pour motif ses infirmités: « Je désirerais bien vivement, dit-il dans une de ses lettres, assister au sacre du prince Henri, mais ma mauvaise santé y met obstacle. Je tâcherais cependant de m'y rendre à petites jour-* nées, si je ne craignais sa mère, qui tient toujours parole quand elle promet de &ire du mal. n

La reine Constance était en effet orgueilleuse et irascible; le bon Robert avait besoin d'être soutenu par des hommes comme Fulbert pour avoir quelquefois raison contre elle.

L'évéque de Chartres n'en imposait pas en parlant de sa mauvaise santé, et il n'avait plus qu'un an à vivre lorsqu'il écrivit la lettre que nous avons citée. La mort de Fulbert priva l'Eglise de France de l'une de ses plus brillantes lumières. La vaste science et la sagesse de l'évéque de Chartres en avaient fait comme l'oracle de l'épiscopat; quelques firagments de sa correspondance donneront une idée de la haute autorité dont il jouissait.

Azelin, évéque de Paris ^ étant tombé malade, avait fait sa con-' fession à son métropolitain Léoifaéric de Sens et à Fulbert, puis avait renoncé à l'épiscopat et engagé le roi de lui donner un succès^ seur. Robert jeta les yeux sur Francon, son chancelier, et doyen de l'Église de Paris , et pria Fulbert de ne point s'opposer à son élec* tion. Fulbert était très-zélé pour l'ancienne discipline; son amitié pour le roi n'était pas capable de lui en faire transgresser les règles; Il lui répondit donc que si Francon avait la science et les vertus né^ cessaires pour être digne de l'épiscopat, et si d'ailleurs il était élu avec le consentement du métropolitain et des autres évéques de la province, il ne s'opposerait pas à son ordination. Le roi demandait plus , et considérait sans doute son choix comme supérieur à l'élection canonique; mais l'évéque de Chartres n'était pas flatteur et s'en tenait strictement à la loi. Francon ftit élu, et comme il avait, du reste, les qualités requises, Fulbert ne fit pas d'opposition.

Cependant Azelin n'étant pas mort de la maladie pendant laquelle il avait renoncé à l'épiscopat, se repentit de son abdication et entreprit de remonter sur son siège. Entre autres moyens qu'il prit, il accusa Léothéric et Fulbert d'avoir violé le secret de la con* fession en révélant qu'il avait abdiqué l'épiscopat. Fulbert , choqué de ce procédé, lui écrivit cette lettre * :

* Folb. EpIsU 8. Vid. Et Epist 88.

1K6 U8T0IRB

c Certainement y mon frère, personne ne croira, quoique vous en disiez, que mon archevêque et moi, ayons révélé votre confession. C'est une calomnie et un outrage que vous nous flEÛtes. Mous n'avons publié que le bien que nous savions de vous, et cela dans le but de confondre ceux qui prétendaient trouver la raison de votre abdication dans l'avance, la négligence, et même dans une passion honteuse qu'on aurait eue à vous reprocher. Si vous nous avex confessé des péchés secrets, nous les avons cachés avec soin; mais si vos péchés étaient publics, vous comprenez que nous n'avons pas pu les rendre secrets : du reste, si vous voulez intenter un procès pour remonter sur votre siège, je ne sais trop qui vous poursuivrez, car personne ne vous en a chassé ; c'est vou&-méme qui avez renoncé à l'épiscopat pour cause de maladie, comme vous disiez. Francon vous a remplacé; il a pour lui l'élection du clergé, le suffrage du peuple, l'agrément du roi et du pape, et l'ordination qu'il a reçue de son métropolitain. On n'a rien fiiit en cela que de conforme aux décrets de saint Grégoire.

a Vous le savez bien , vous êtes indigne de l'épiscopat. Cessez donc de fatiguer les rois et les princes de vos ennuyeux écrits, ne vous mêlez plus du gouvernement de l'Eglise de Paris, car elle ne vous regrette point, et ne s'est jamais réjouie de vous avoir possédé. »

Francon demeura évêque et il eut de graves démêlés avec Lisiard, son archidiacre, qui souleva son peuple contre lui. Francon eut recours à son métropolitain qui lui écrivit, de concert avec Fulbert, une fort belle lettre % dans laquelle il excommunia l'archidiacre.

Il n'était pas rare alors de voir entre les dignitaires ecclésiastiques des querelles intestines, comme entre les seigneurs. Heureusement que l'autorité ecclésiastique jouissait d'une influence incontestée, car le terrible antagonisme qui existait entre tous les possesseurs de fiefis et bénéfices eût encore eu des résultats plus déplorables. Cependant l'autorité ecclésiastique, malgré le respect dont elle était entourée , échouait quelquefois contre la violence, et les évêques, s'ils n'étaient obligés de recourir au pape, devaient souvent s'unir pour effrayer les seigneurs avides des biens des églises et des pauvres. C'est ainsi que Fulbert' prit la défense d'Avesgaud, évêque

* Leolb. Epbt InterFulb. Epist 34.

' Fu]b. EpisU 7.

D8 l' J6IISB Dl FRANCK. i 57

du Manfly persécuté par Herbert, comte de cette ville; il menaça ce comte de l'excommunier, de concert avec ses comprovinciaux , aussitôt que Tévéque du Mans aurait lui-même lancé sa sentence d'excommunication. Il fit la même menace à Foulques , comte d'Angers , s'il ne fiiisait satis&ction à l'église de Tours dont il avait usurpé les biens. Ces biens avaient été ravagés par l'évéque d'Angers luimême, qui avait suivi le comte Foulques à la tête des troupes de son évêché *. On voyait souvent les évêques ou les abbés remplir par eux-mêmes leurs devoirs de vassaux et négliger ceux de leur charge ecclésiastique ; trop souvent aussi « le courage ou la naissance étaient à leurs yeux des recommandations plus puissantes que la science et les vertus, dans la distribution des fiefs dépendants de leurs évêchés ou abbayes. Cependant il y eut toujours de grands évêques qui luttèrent contre ces abus par leurs écrits comme par leur exemple, et Fulbert tient une des premières places parmi ceux du XI* siècle. Il n'avait en effet jamais égard qu'au mérite , pour nommer aux bénéfices de son église. Il en donna une preuve éclatante surtout, lorsque la charge de sous-doyen de son église fut devenue vacante. Radulf , évêque de Senlis, la fit demander pour lui ou pour Gui , son fi-ère. Fulbert répondit qu'il ne donnerait pas le bénéfice vacant à l'évéque de Senlis parce que, étant évêque, il ne pourrait en remplir les obligations, et qu'il ne le donnerait pas à Gui parce qu'il était trop jeune; après quoi il nomma sous-doyen un clerc distingué par sa piété. Quelque temps après, le nouveau bénéficier fut assassiné par des hommes attachés à la &mille de l'évéque de Senlis. Fulbert accusa l'évéque et son frère d'avoir fait commettre ce crime ; écrivit à l'évéque de Laon une lettre pathétique, afin de le prier d'unir son autorité à la sienne pour excommunier les coupables. Il les eût sans doute poursuivis avec vigueur si la mort n'était venue le frapper sur ces entrefaites '.

< Epist Hugon. ad Hubert Andecav. Inter Folb. EpIsU 110.

s Après la mort de Fulbert, Il y eut de grands troubles pour le choix de son successeur. Les chanoines élurent leur doyen ; dont le nom n'est désigné que par l'initiale O. Le roi, à Tinstigation de la reine, nomma un clerc Ignorant appelé Thierri ; les chanoines protestèrent, mais Léothérlc de Sens n'osa résister au roi et ordonna Thierri. Les chauoines en écrivirent à Léothérlc et persistèrent dans leur protesUilon, malgré la retraite de leur doyen, qui se fit moine pour n'être pas une cause de schisme. Hs s'adressèrent aussi à plusieurs évêques et à saint Odllon de Cluni pour Taire Talolr leur droit auprès d'eux ; mais tous leurs efforts échouèrent contre la volonté du roi qui fut plus Torte que le droit.

Y. Inter Fulb. Epist. 131, 132, 133.

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Les ëcriyaiQs du nècle de Fulbert donnent iFenvi les plus grands éloges à la sainteté de sa vie et à sa science merveilleuse; les nom* breux disciples qu'il forma ^ et dont nous avons nommé ailleurs les principaux , rendirent son nom glorieux non-seulement en France, mais en Italie et en Allemagne. Un auteur contemporain du grand évéque va jusqu'à dire, pour exprimer la perte que TEglise deFcance fiten lui : « Que Tamour de la philosophie et la gloire de Tépiscopat semblèrent être ensevelis avec lui dans le tombeau, b Fulbert était en relations avec tous les hommes distingués de son époque : Ro^ bert, roi de France; Canut, roi d'Angleterre; Richard II, duc de Normandie; Foulques d'Anjou, Guillaume d'Aquitaine. On doit déplorer qu'un grand nombre de ses lettres aient été perdues, car ta correspondance renferme les plus précieux documents sur l'his* toire rdigieuse et politique de son temps, il eût été surtout intéressant d'étudier le saint évéque dans sa vie privée, dans les rela* tions intimes qu'il avait avec ses amis. Ces lettres, où son cœur se montre à découvert, sont trop rares dans sa correspondance. Nous regrettons particuUèrement celles qu'il écrivit à Odilon de Quni, si capable de comprendre le saint évéque de Chartres, si digne de son amitié, et l'un de ceux qui contribuèrent le plus, avec lui, au pro* grès des études et à l'amélioration de l'état social.

Il nous reste deux lettres de Fulbert à Odilon. Dans la première, il lui demande conseil sur la pensée qui lui était venue de quitter l'épiscopat; dans la seconde, il réclame de lui les avis qui lui étaient nécessaires pour remplir dignement ses obligations épiscopales, puisqu'il n'en restait chargé que pour lui obéir. Odilon , au lieu de donner des avis à Fulbert, lui prodigua les plus grands éloges; il avait en eCTet pour lui la plus profonde estime, et Fulbert, de son o6té , n'appelait Odilon que V archange des moines ^

Odilon, par ses vertus et par la haute position que lui donnait son titre d'abbé-général de la congrégation de Cluni , était un des personnages les plus influents de l'Eglise de France. Nous le trouvons en 1025, au concile d'Anse, dans lequel on attaqua les privilèges accordés par le siège apostolique à son abbaye. Ce concile * fut préaidé par Burcard, archevêque de Lyon; deux autres archevêques, Borcard de Vienne et Amiron de Tarantaise, s'y trouvèrent avec neuf

• fvàfK et Odlloiu Eplil. In UbUoUi. aimlao., p. 3S0. s Ap. Lsbb» Gonc, t a« p. 8S0.

DB L'BOUil iB IRAIICB. IHO

évéqoea» Après qu'on eut taité, dans ce coDcile, ée plusieurs affaires concernaut le bien de l'ËgUse et du peuple, Gauzdin de Màcon porta plainte contre Buroard de Vienne, qui atait fiût des ordinations au monastère de Cluni situé dans son diocèse. Bnrcard de Vienne * étaii un pieux évéqua^ il répondit avec beaucoup d'huasililé : «Le seigneur abbé Odilon qui est ici présent et qui m'a prié de &ire ces ordinations en prouvera la légitimité. » Alors Odilon se leva avec ceux de $es moines qui assutaient au concile, et montra au concile un privilège accordé par le siège apostolique el en vertu duquel : Cluni était exempt de la juridiction de Fordûiaire, et l'abbé de ce monas*tère pouvait y appeler révéque qu'il lui plaisait, pour faire les ordinations et consécrations.

Ces exemptions, peu communes encore à cette époque, étaient contraires à l'ancienne discipline. Les évéques présents à Anse remontèrent aux canons du concile de Calcédcuneet de plusieurs autres qui composaient l'ancien droit, et ayant vu que les moines devaient être soumis à l'évéque diocésain et qu'il était défendu à tout évéque de fiiire des ordinations dans le diocèse d'un autre, le privilège accordé à Cluni fut déclaré abusif. L'archevêque de Vienne n'insista pas, et s'obligea envers l'évéque de Màcon à lui envoyer tous les ans l'huile d'olive nécessaire à la confection du saint-«hrême, en réparation de la fimte qu'il avait commise.

Burcard de Lyon mourut peu de temps après avoir présidé le concile d'Anse. Ce qu'il fit de mieux pour son troupeau, dit Hugues de Flavigay, ce fut de mourir. C'était, en effet, un évéque grand seigneur, très-fier de sa naissance, et qui eftt dû plutôt en rougir^ car il était fils naturel de Conrad, roi de Bourgogne.

Après sa mort, comme après celle de la plupart des évéques de œtte époque, il y eut de grandes querelles pour le choix de son suoessseur. Lorsqu'un évéque mourait, il se trouvait toujours là quelque ambitieux, soutenu de la &veur d'un srignenr puissant ou du roi, qui voulait s'imposer et annuler le droit d'élection qu'avaient les dercs. A la mort de Burcard, ce fut son neveu qui usurpa le siège de Lyon, qu'il préférait à celui d'Aoste qu'il occupait auparavant. L'empereur ^ l'exila, mais aussitôt le comte Gérard s'empara de la

4 Ce fut en considération de Burcard de Tienne que Rodolphe m , roi de Bourgogne, donna le comté de Vienne aux archevêques de cette tUle. Burcard eut pour successeur Leudgalre, qui composa Thistoire de ses prédécesseurs.

2 Lyon était du royaume de Bourgogne et dépendait alors de l'empereor.

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place vacante pour sod fils, encore enfiuit. « Le pontife romain, dit Raoul-Glaber ^^ fut informé de tous ces événements, et des fidèles lui suggérèrent la pensée d'élire, de sa propre autorité, notre père Odilon, abbé du monastère de Cluni ; car c'était le vœu général da clergé et du peuple qui l'appelaient unanimement au siège de Lyon. Le pape lui envoya aussitôt le palUum et l'anneau, en lui conférant le titre d'archevêque de cette ville. Mais le saint homme, fidèle à son humilité ordinaire, refusa constamment cet honneur. Il consentit seulement à recevoir en dépôt le palUum et l'anneau, pour les remettre à celui que Dieu jugerait digne de rempUr cette place, b

Le pape fit fiûre à Odilon les instances les plus pressantes. L'humble abbé refusa toujours et s'attira cette lettre ' dans laquelle Jean XIX laissa percer sans ménagement le dépit que lui causait un refus aussi obstiné, a Qu'y a-t-il, dit le pape, de plus recommandé à un moine que l'obéissance? Que peut faire un chrétien de plus agréable à Dieu que d'obéir avec humilité? Nous avons ressenti vivement l'outrage que vous avez bit à l'Eglise de Lyon qui vous demandait pour époux; par votre refus, vous lui avez, pour ain» dire, craché au visage. Sans parler du mépris que vous avez eu pour les sollicitations de tant de prélats qui vous pressaient d'accepter ce siège, nous ne pouvons ni ne devons laisser impuni celui que vous avez montré pour l'Eglise romaine. Si vous refusez opiniâtrement de lui obéir, vous éprouverez sa sévérité. L'évéque Geoffroi vous notifiera nos ordres, à vous et à nos frères les évéques. »

Odilon resta impassible devant la menace comme devant les sollidtations, et ne fut pas archevêque de Lyon '. L'Eglise avait besoin de tels exemples pour les opposer à cette ambition qui dévorait les ftmes, qui portait les sujets les plus indignes à employer les moyens les plus bas pour s'élever aux dignités ecclésiastiques , qu'ils adietaient à prix d'argent comme une vile marchandise. C'était la plaie de l'époque, et il faut avouer que le siège apostoUque lui-même, depuis plus d'un siècle, avait donné l'exemple de cet esprit sîmoniaque contre lequel nous le verrons bientôt lutter avec tant d'énergie.

Les évéques de France, au lieu d'attaquer de front ce vice et de

< Rodolpb. Glab. BIst, lib. 5, c 4.

s Ap. Labb. Gonc., t ix, |i. 858.

> On choisit à sa place l'archidiacre de Langres, Odalric, homme pieux et instruit.

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le poursuivre vigoureusement dans leurs conciles , perdaient leur tenops à discuter une question futile qui émut alors l'Eglise de France presque tout entière ; nous voulons parler de la fameuse question de Tapostolatde saint Martial de Limoges *.

La querelle commença entre les moines du monastère de Saint- Martial et le clergé de Limoges. Les moines prétendaient que leur patron devait être placé dans les litanies au rang des apôtres , et Hugues^ abbé du monastère, l'y mit de sa propre autorité. Il semblerait que les deux partis étaient d'accord sur un point historique rejeté aujourd'hui avec raison comme une erreur incontestable^ c'est-à-dire que saint Martial avait été un des soixante-douze disciples de J.-C. La discussion n'existait que sur le titre qui convenait à ce saint. Jourdain, évéque de Limoges ', contrairement à l'opinion des moines, soutint que saint Martial ne devait avoir que le titre de confesseur qu'on lui avait toujours donné dans les litanies, et il désapprouva l'innovation de l'abbé Hugues. Les moines ne cédèrent pas si facilement sur ce qu'ils croyaient l'honneur de leur patron, et comme la querelle s'échauffait entre eux et les clercs, Guillaume, duc d'Aquitaine, fit assembler un concile à Poitiers pour décider la question. Il plaida lui-même la cause de saint Martial, et, pour prouver qu'on devait lui donner le titre d'apôtre , il montra au concile un ancien livre, écrit en lettres d'or, dont Canut, roi d'Angleterre, lui avait fait présent, et où les noms des saints étaient écrits et leurs images peintes. Le duc y fit remarquer celle de saint Martial au rang des apôtres, sur quoi, adressant la parole à l'archevêque de Bordeaux, il dit : <x Ceci doit nous apprendre de quelle autorité est notre saint patron, puisque la tradition qui le met au rang des apôtres a été transmise aux Anglais par saint Grégoire, qui a tant travaillé pour le salut de cette nation. Ce serait une témérité

* F. pour ceUe question les Actes du concile de Bourges et de Limoges dans la collection des PP. Labbe et Cossart, t. ix, p. 863 et seq.

' Jourdain de Limoges fut un des meilleurs évéques de l'époque. Adeniar, dans sa chronique, nous a conservé les détails de son installation par le duc Guillaume. Ces détails sont intéressants et très-curieux. Gauzelin, archevêque de Bourges, n'ayant pas été invité à son ordination, qu'il avait cependant le droit de faire, en sa qualité de métropolitain de Limoges, assembla un concile auquel assista le roi Robert, et jeta un interdit général sur le diocèse de Limoges, exceptant seulement le monastère de Saint-Martial. Jourdain , pour faire satisfaction à Gauxelln,se rendit à Bourges nu-pieds, avec cent personnes, tant clercs que moines, aussi nu-pleds. Gauzelin, édifié de tant d'humi'ité, alla au devant d'eux avec son clergé, et leva l'interdit qu'il atait porté.

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