‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 22 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

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que de révoquer en doute ce qu'un si grand fi^ ^ écrit, p Guil*laume ajputa que^ dans le même livre , on ne donnait pas le titre d'apôtre^ plusiei^ bomnies apostoliques, comme Tbirootbée, Cléophas et Silasy et que cependant ou le donnait à saint Martial, ce qui prouvait la supériorité de ce saint sur les disciples des apûtres.

Le liyre donné à Guillaume par le roi Caput avait sans doute été fait, au X* siècle, dans quelque mopastère du Limousin, et porté en Angleterre par les Normands, qui passaient souvent de France en ces contrées pour y continuer leurs ravages. Guillaume en faisait trop gratuitement un monument de la tradition grégorienne; aussi son argument n'eut-il pas l'avantage de convaincre les évéques* La question fut laissée indécise.

Jourdain, ayant tenu un concile à Limoges le jour de la PentecAte de Tannée 1035, se plaignit de l'innovation que quelques-uns voulaient faire en mettant saint Martial au rang des apôtres. Ragimbald, abbé de Meaubec, prit aussitôt la parole et dit qu'il était surpris qu'on disputât le titre d'apôtre à saint Martial dans l'Église qu'il avait fondée, tandis qu'on le lui ^vait toujours donné dans les monastères des provinces de Tours et de Bourges, où il n'avait fait que passer. Jourdain et ses clercs ne furent point convaincus et s'en tinrent à la vieille tradition de l'Eglise de Limoges.

L'Église de France presque tout entière prit alors part à cette contestation. Le roi Robert fit tenir à ce sujet à Paris une conférence où il appela les hommes les plus savants sur la question. Parmi eui étaient Gauzelin, arcbevêque de Bourges; Hugues, abbé de Saipt* Martial, et le moine Odolric, qui succéda à cet abbé. Plusieurs clercs de Limoges y assistèrent aussi, pour combattre les assertions de cent qui prétendaient donner le titre d apôtre à saint Martial. Malgré leurs efforts, ils virent que le résultat de la conférence ne leur serait pas favorable, et ils s'écrièrent : c Vous autres Français, vous faites mal de placer saint Martial au nombre des apôtres, et nous faisons bien de le mettre au rang des confesseurs ; car, d'après votre opinion, il serait le dernier des apôtres, au lieu que, d'après nous, il tient la première place parmi les confesseurs. »

Gauzelin, archevêque de Bourges, prit alors la parole. C'était, sm> vant lui, faire injure à saint Martial de le mettre au rang des confesr Murs, comme ce serait &ire injure au roi de le mettre parmi les comtes, et l'on ne pouvait, assurait-il, que s'attirer Tindignation de saint Pierre en rabaissant ainsi un de ses collègues, son parent, son fils spiritucli un des discipleis 4^ |I*-G. lui.-ji)éme« $ ^'admettre que

jbnte apAtrips, ^^^^-^îli ^'^^ touiller dai|8 Terrepr d^ (bonites ^

Du reste, nous suivons, en ceci, la traditicm que 9009 ont tr^pswsç nos pères, qui ont établi et discipliné le monastère de Saint-BeDoîtsur-LfOire. Ceux qyi marcheront ftvec nous ne s'éca|rt^ront point da chemin de la vérité. »

Gauzelin avait puisé toutes ces assertions dans un roman pieux, composé à la fin du neuvième ou an commencement du x* sîèel3 sur saint Martial. Nous avons remarqué qu'on en composa ^lors ua grand nombre de cette sorte, dans lesquels on trouve quelques dé-r bris des anciennes traditions confoi^dus avec les &bles les plus invraisemblables.

L'Église de Limoges avait conservé des traditions beaucoup plus pures que le monastère de Saint-Martial, et Jourdain, avec ses clercs, les soutinrent d'abord courageusement contre l'erreur; mais Gau-? fà^n de Bourges prit vivement parti pour les fables dans lesquelles il croyait bonnement l'honneur de saint Martial intéressé.

La conférence de Paris qe niit pas fin à la dispute, et on en ré-r fera au pape Je^ XIX, qui écrivit à ce sujfst upe lettre à Jourdain de Limoges. Le pape, s'appuyant sur la vie apojciryphe de saint Martial, déclare qu'on peut lui donner le titre d'être et fur^son office comme celui d'un apAtre; puis il ajoute : a Pour rendre plus icélèbre, dans tout le monde chrétien, le culte de ce grand apôtre saint Martial, nous avons érigé en son honneur, dans l'Eglise de saint Pierre, un bel autel dont nous ayons &it la consécration le cinquième jour de mai , et où la {mémoire de ce saint est révérée tous les jours, mais spécialement le jour de sa fête, qui est le dernier jour de juin. »

Jourdain ayant reçu cette lettre (1029) , assembla un concile i Limoges pour en donner connaissance. La décision du pape fit beaucoup d'impression sur les assistants. Jourdain déclara abandonner son opposition , leva de terre le corps de saint Martial, le déposa sur un autel, dit la messe en son honneur, et ordonna de célébrer dans tont son diocèse la fête de ce saint comme celle d'un apôtre.

Cependant plusieurs clercs ne regardèrent pas la décision du pape comme un motif suffisant de changer d'opinion ; c'est pourquoi la question fut de nouveau examinée au concile de Bourges qui se tint l'an 1031 . Gauzelin était mort après le concile de Limoges , et ce flit

* Les éblonltes, suivant saint Epiphane, refusaient à saint Paul le titra d'apôtre et le réservaient aux douxe qui avaient été choisis par J.-C lui-même.

son successear Aimon qui convoqua et présida celui de Bourges. Jourdain de Limoges ne put s'y rendre.

Au commencement de la première séance , on lut la lettre du pape Jean XIX sur Tapostolat de saint Martial , puis on rédigea vingt-cinq canons. Le premier porte que, dans toutes les églises de la province de Bourges , le nom de saint Martial, docteur d'Aquitaine, ne sera plus mis parmi ceux des confesseurs , mais parmi ceux des apôtres, comme le Saint-Siège de Rome et plusieurs anciens Pères l'avaient définie

Après le concile, Aimon de Bourges rédigea un décret qui fat signé de ses comprovinciaux et adressé à tous les évèques, abbés et simples fidèles de T Aquitaine, pour leur ordonner de placer saint Martial dans les litanies et dans les autres offices, au rang des apôtres.

Quinze jours environ après le concile de Bourges , les évëques qui y avaient assisté se rendirent à Limoges où se trouvèrent aussi quelques évéques de la seconde Aquitaine et plusieurs abbés. Jourdain ouvrit le concile par un discours sur les nombreux abus qui désolaient l'Eglise, et la nécessité où Ton était de s'entendre pour résister aux envahissements des seigneurs. Lorsqu'il eut fini de parler, Odolrie, abbé du monastère de saint Martial qui était assis auprès de lui et revêtu de ses ornements sacerdotaux , se leva, et , s'adressant à Jourdain : a Je vous en prie, dit-il, vénérable évéque, avant d'entamer toute autre affaire , terminez la question de l'apostolat de saint Martial pour laquelle nous avons principalement procuré, vous et moi, la convocation de ce concile. — L'évéque Jourdain répondit : Cette vérité est déjà appuyée sur l'autorité du pape et sur celle du concile de Bourges; mais comme je n'ai pas assisté à cette

* Voici ce que nous trouvons de plus rcmarquabic dans les \ingt-quatre autres canons : « On renouvellera le corps du Seigneur tous les huit jours dans les églises paroissiales. -—Défense aux clercs majeurs d'avoir chez eux des femmes ou concubines ; défense aux clercs mineurs de se marier à l'avenir. --* Le sous-diacre pro> mettra, à son ordination , de n*avoir ni femme ni coacubiue. -—Il est ordonné à tous les clercs d'avoir la barbe rasée et de porter la couronne ou tonsure snr la tête. ^ Défense d'admettre dans le clergé des fils de prêtres, de diacres ou de sous-diacres. — Défense de marier sa fille à dos prêtres, diacres ou BOUs-diacres, ou à leurs fils. —- Défense de faire payer pour les ordinations, le baptêmCf la pénitence ou les inliumailons. Les oCTrandes devaient être volontaires. »

Ces décisions attaquaient directement les deux vices principaux qui régnaient alors dans le clergé : rincontlnence et la simonie.

réunion y je désire que la question soit maintenant décidée en ma présence, pour en finir avec cette discussion. ^^ Ëngelric, prêtre et chanoine du Puy , regardé comme très-savant , prit la parole en ces termes : Une infinité d'ignorants prétendent que saint Martial ne fut pas apôtre, parce qu'il n'a point été au nombre des douze, mais saint Jérôme dit que tous ceux qui avaient vu le Seigneur en sa chair, et qui prêchèrent ensuite son Evangile, furent nommés apôtres, d

On apporta dans le concile le commentaire de saint Jérôme sur TEpître aux Galates, et on vérifia le passage.

Azenaire, abbé de Massai et de Fleuri , dit qu'à la cour et dans tous les monastères de France, il avait toujours entendu nommer saint Martial parmi les apôtres ; mais que le roi Robert lui ayant donné l'abbaye de Massai en Berri , il y avait trouvé un autre usage et l'avait réformé, a Car ajouta-t-il, allant à Jérusalem et me trouvant à Constantinople, le samedi de la Pentecôte, j'entendis que les Grecs, dans leurs litanies, nommaient saint Martial parmi les apôtres. »

Odolric rapporta ce qui s'était passé à là conférence tenue à Paris en 1025; puis Gerauld, abbé de Solignac, un savant clerc d'Angoulême, un prêtre nommé Pierre, Odolric, et Isembert, évêque de Poitiers , donnèrent successivement leurs raisons en faveur de l'apostolat de saint Martial. L'archevêque Aimon raconta ensuite ce qui s'était passé au concile de Bourges, et Jourdain ce qu'on avait fait au dernier concile de Limoges, après quoi on leva la séance et on alla célébrer la messe à l'église Saint-Sauveur. L'archevêque de Bourges officia , à la prière de Jourdain , et , après la première oraison de la messe , il ajouta celle de saint Martial, apôtre ^

Après l'Evangile, Jourdain fît un discours sur les pillages exercés par les seigneurs contre les églises. Il exhorta les seigneurs qui étaient présents à se trouver au concile le lendemain et le surlendemain , afin de traiter de la paix avec les évoques , les priant de la garder entre eux en venant au concile, pendant leur séjour à Limoges, et après leur retour dans leurs châteaux, c'est-à-dire pendant sept jours. Cette recommandation fait voir combien étaient

i Le pape Jean XIX avait enroyé cette oraison de Rome avec la secrète, la préface et la post-commuaion de la messe du Saint. On nomma pour cela cette oraison Grégorienne^ car on supposait qu3 c'était le grand Uturgiste saint Grégoire qui ratait composée, parce qu'elle venait de Rome.

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fi^quentes les luttes des seigneurs entre eux, et combien il était im-: portant que les évéques travaillassent à établir la paix. Après le distours de Jourdain, le diacre qui avait lu rEvang;ile monta à Tarnbon et prononça, au nom des évéques, cette formule d'excommunication :

a Par Tautorité de Dieu, père, fils et Saint-Esprit; de sainte Marie, mère de Dieu ; de saint Pierre, de saint Martial et des atitres apôtres; nous, évéques assemblés ici au nom de Dieu, nous excommunions les nobles et atitres hommes d'armes dn diocèse de Limoges qui refusent ou qui ont refusé à letlr évéque la paix et la justice qu'il demande. Qu'eux et leurs fiiuteurs soient maudits, que leur detneure soit avec Gain, Judas, Dathan et Abiron, qui ont été engloutis tout vivants dans Tenfër. De même que ces lumières vont s'éteindre à vos yeux, que leur bonheur soit éteint aux yeux des anges; à moins qu'avant la mort ils ne se repentent et ne se soumettent au jugement des évéques. »

Au même instant, les évéques et les prêtres jetèrent à terre les cierges allumés qu'ils tenaient à la main, disant alternativement ces lugubres paroles : a Que leur lumière s'éteigne comme la lumière de ce cierge ! t

La foule était profondement émue, et tous s'écrièrent : « Ainsi Dieu éteigne la joie de ceux qui ne veulent pas donner ou recevoir la paix et la justice ! »

Le concile de Bourges avait , quelques jours auparavant , réussi k faire jurer la paix aux seigneurs ; c'est pourquoi Jourdain, s'adresâant à son peuple , lui dit : « Cette malédiction qui vient d'être prononcée l'a été nagdère au concile de Bourges; puissions-nous voir la paix établie parmi nous, comme elle l'est dans ce diocèse! i Ensuite l'archevêque de Bourges et tous les évéques présents déclarèrent solennellement qu'ils entendaient lier ceux que l'évêque dt Limoges aurait liés, et bénir ceux qu'il aurait bénis.

Le lendemain on tint la seconde session du concile. On confirma ce qui avait été déclaré touchant saint Martial , et l'on prétendit qu'il était apôtre à bien meilleul* titre que les autres apôtres de la Gaule, tels qiiô saint Denis, saint Saturnin , saint Ursin, saint Austremoine, saint Front et saint Julien , en ce qu'il avait été ordonné par J«-G« lai-même ^ L'archevêque voulait prononcer dèsJors l'ex-

< n paraît qu'on n'avait pas encore élevé pour plusieurs de ces saints la même prétention que pour saint MarUaL On les vengea bientôt après.

communicalion contre cent: qtii dàiitésfcfâieîlt dé^orùiais à saiM Martial son titre d'apôtre. Grâce à Jourdain, dont la foi n'était peutêtre pas très-solide , on ajourna la sentence.

Âpres plusieurs affaires particulières % Odoiric rappela les évé-^ ques à la grave question de rétablissement de la paix, a Si les seigneurs du pays de Limoges , dit-il , s'opposent à votre projet d'établir la paix, que ferez- vous? — Les évoques l'ayant prié de leur donner son avis, il ajouta : Vous devrez jeter sur tout le pays uiie excommunication générale, et alors on ne donnera la sépulture à personne , excepté aux clercs, aux pauvres mandiants, aux enfants de deux ans et an-dessous ; l'office divin se fera secrètement dans toutes les églises, on donnera seulement le Baptême à ceux qui le demandefont. Vers l'heure de tierce , on sonnera les cloches dans toutes led églises, et tous se prostertiant, le visage contre terre, prieront pour la paix. On ne donnera la pénitence et le viatique qu'aux mourants. Les autels seront découverts comme au Vendredi-Saint et on voilera les croix et les images des saints. On ne revêtira les autels que pour les messes qui ne seront dites qu'à voix basse et à huis-clos. Pendant tout le temps de l'interdit, personne ne se mariera. On ne se saluera pas, on ne se rasera point, et personne ne mangera d'autres viatides que celles qui sont permises en carême. Tout cela durera jusqu'à ce que les seigneurs se soient soumis au concile, d

Ces interdits généraux furent usités à cette époque. Les peuples et les seigneurs en étaient épouvantés, et rien n'était plus propre à les faire vivre en paix que de lancer contre eux cette peine qui les attaquait dans leurs habitudes religieuses les plus chères, qui pesait 6ur eux à toute heure du jour et dans tous leurs actes. Aussi les plus

* L'archevêque de Bourges fit lire les canons de son dernier condlef qui furent acceptés par l'évoque de Limoges , excepté le second qui obligeait à renouveler les espèces eucharistiques chaque semaine. Jourdain prétendit que c'était assex d'une fois par mois; les moines de Beaulieu demandèrent un abbé régulier qui leur fut accordé ; on traita ensuit* de plusieurs cas rclaUfs aux inhumations en terré sainte* Après avoir traité la quesUon de la Palx^ on décida que l'on pourrait être bapUséf comme par le passé, dans l'abbaye de Saint-MarUal , et que l'on pourrait, en toute église, affranchir les esclates; que les évéques devaient autoriser tous les clercs, qui en étaient capables, à prêcher, afin de répandre l'Instruction ) qu'un homme coupable d'honlcide ne pourrait être ordonné prêtre« BnÉn Im se plaignit de ce que le pape donnait l'absolution à des gens qui avalent été légitimement excommuniés par les évéques. Mais conune on eut la preuve que le pape ne le faisait que parce qu'il Ignorait la cause, on décida qu'on l'averUralt des excommunlcatioos et de leur motif, afin qu'il agit en conséquence.

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grands évéques avaient-ils recours à ce moyen puissant pour fiure respecter leur autorité. Nous trouvons dans la correspondance de Fulbert une lettre dans laquelle il écrit au roi Robert que s'il ne s'oppose pas aux violences de plusieurs seigneurs de son diocèse, il le mettra en interdit. Nous en verrons d'autres exemples.

Les Pères du concile de Limoges adoptèrent le moyen proposé par Odoiric pour obliger les seigneurs à observer la paix de Dieu. Seulement ils décidèrent que si un seigneur en particulier se soumettait, rinterdit serait levé dans ses terres.

Le roi Robert, qui toute sa vie avait secondé les projets pacifiques des évéques, eut la douleur de voir, dans ses derniers jours, la guerre éclater au sein de sa famille. L'injuste prédilection de la reine Constance pour le prince Robert en fut la première cause. Cette femme détestait Henri, le fils aîné du roi, et sa haine s'était accrue surtout depuis que ce jeune prince avait reçu de son père la couronne royale. Le prince Robert était peu sensible à la prédilection de Constance pour lui, et souffrait de l'injustice qu'elle ne cherchait même pas à dissimuler envers son frère; il finit même par se déclarer ouvertement pour Henri, et Constance en fut si outrée, qu'elle les persécuta l'un et l'autre avec violence. Les deux jeunes princes * s'enfuirent du palais, prirent les armes et pillèrent les terres de leur père. Le roi, l'âme navrée de douleur, leva une armée et se dirigea sur la Bourgogne où guerroyait son fils Robert. « S'étant rendu à Dijon, il consulta le vénérable Guillaume, dit Raoul-^rlaber, et même, comme il avait beaucoup de piété et de douceur, il supplia le bon père de le recommander à Dieu, ainsi que ses enfants, dans ses prières. Voici quelle fut la réponse du saint abbé: « Prince, a vous devez vous rappeler tous les outrages que vous avez faits à e votre père et à votre mère. Eh bien! Dieu, ce juge équitable, pera met que vos enfants vous rendent aujourd'hui le mal que vous a avez fait à vos parents. »

Le roi entendit ces paroles avec résignation, reconnut ses fautes et avoua qu'en effet il avait été très-coupable. Après bien des ravages en France et en Botirgogne, la tranquillité fut enfin rétablie, et le roi reprit ses œuvres de piété et de charité.

Pendant le carême de l'an 1031, il se mit en route pour faire plusieurs pèlerinages. Il visita, à Bourges, l'église de Saint-Etienne; à Sauvigny, les reliques de saint Mayeul ; à Brioude, celles de saint

* Rodolph. GlaJ>. Hist. Ilb. 3, c d.

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Julien; à Castres, celles de saint Vincent; à Toulouse, celles de saint Saturnin ; à Pamiers, celles de saint Antonin ; à Saiat-6iUeS| celles de ce grand solitaire; à Aurillac, celles de saint Gerauld. Il retourna ensuite à Bourges, d'où il se rendit à Orléans pour célébrer les fêtes de Pâques.

a Dans tout ce chemin, dit Helgald *, il fit beaucoup d'offrandes aux saints, et sa main ne fut pas vide pour le pauvre. Ce pays ert habité par beaucoup de malades et notamment de lépreux ; mais cet homme de Dieu n'en avait point horreur. Il allait à eux, leur distribuait de l'argent et leur baisait les mains. i>

Robert mourut peu de temps après son retour de ses pieux pèlerinages. (20 juillet 1031.)

a Depuis le jour de saint Pierre, continue Helgald, jusqu'à celui de sa mort, il se passa vingt et un jours pendant lesquels il chantait les psaumes de David, et méditait jour et nuit la loi du Seigneur; de sorte qu'on peut lui attribuer à juste titre ce que l'on disait du patriarche saint Benoît: a Assidu à réciter les psaumes, il ne don* a nait aucun repos à sa langue, et il mourut en chantant les saints a cantiques. »

a Ce bienheureux soldat du Seigneur savait combien est douce la paix qu'il réserve à ses serviteurs ; aussi était-il impatient d'échanger cette triste vie pour le bonheur de la vie éterndîe. Prêt à sortir de ce monde, il invoquait le Seigneur Jésus, priait les anges et les archanges de venir à son secours, et formait sans cesse sur son front, sur ses yeux, ses narines et ses lèvres, sur ses oreilles et sur son sein, le signe de la croix. Il avait eu cette coutume pendant toute sa vie, et se servait, autant que possible, d'eau bénite pour &ire ces signes de croix. Robert voyait avec intrépidité la mort s'approcher de lui, et il demanda lui-même le saint et salutaire viatique du corps vivifiant du Seigneur Jésufr-Christ. Peu de temps après l'avoir reçu, il alla trouver le roi des rois dans le royaume céleste.

a II mourut le mardi, vingtième jour de juillet, au château de Melun , fut porté à Paris et enseveli à Saint-Denis , à cAté de son père.

a Un grand deuil, une immense douleur l'accompagnèrent à sa dernière demeure. Les moines qui s'étaient rendus en foule à ses obsèques pleuraient la perte de leur père; une multitude innom-

* Helgald. EpiL Tit. Rob. —Cet bistorien prétend que Robert guérit plusiears lépreux en Taisant sur eux le algue de la croix*

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brable de paarres clercs déploraient leur malheur A'èXife privés de celui qui soulageait leur misère; des veuves, des orphelins sanà nombre y gémissaient en pensant aUx bienfaits dont il les avait comblés; tous poussaient de grands cris et disaient : «t mon Dieu! a pourquoi nous ôtes-tu la vie, en nous ôtant notre père? » Ils se frappaient la poitrine, allaient au tombeau et en revenaient sans cesse en disant : « Tdnt que Robert a régné et comniiaddé, nous « avons vécu tranquilles et à l'abri de toute crainte. Que l'ame de « ce bon père , de ce père de tout bien , soit à jamais sauvée ! qu'elle « demeure à jamais avec J.->C. , roi des rois ! »

Après^ ce candide et touchant rédt de la mort de Robert, Helgald Eût ainsi le tableau de ses mérites et de se^ vertus :

« Élevé à la première {)lace du royaume, cet humble homme de Dieu rejeta bien loin de lui tout orgueil , et plaça son trésor dans le ciel. La vertu de ce saint roi a été utile à tous , et particulièrement aux clercs et aux moines, qu'il aimait et qui l'aimeront toujours. Le Christ l'avait donné à tous pour père, et il nous fiiut dire en peu dé mots l'immense bonté de cet admirable roi. Qui lui a parlé et n'en a pas été comblé de joie? quel est l'ami de la paix qui n'a pas oublié toute haine en le voyant? qui, en apercevant son visage, n'a pas renoncé à toute dissimulation? quel est le moine qui n'a pas obtenti le calme par ses prières, et n'a pas été aimé, chéri, respecté par hii? quel clerc n'est devenu sélé pour la chasteté par ses saintes exho^ tations? à qui ses aimables paroles n'ont-elles pas servi de remède? quels sont les déréglés pour lesquels sa présence n'a pas été un frein? qui. en voyant ses humbles regards, ne s'est pas senti porté aux choses célestes? quel est le pauvre et l'affamé qui est sorti , sans être rassasié , de sa table? quel est le mort qui n'en a pas reçu le dernier vêtement? quel est l'ignorant qu'il ii'ait pas instruit? Les veuves et les pauvres ne pourraient-ils pas montrer les habits qu'il leur don^ nait? tous les malheureux ne l'appelleut-^ils pas leur père et leur nourricier? quel est celui qui, tombé dans le péché, n'a pas reçu le secodrs de ses consolations? tous ctnix qui ont voulu louer le Seigneur et faire l'aumêne n*ont-ils pas dû le prendre pour modèle?

« Robert ! ê notre amour ! reçois les adieux des moines ^ clercs, veuves et orphelins, de tous les pauvres de J.- G. ! *

Robert est une des personnifications les plus pàrfidtes du roi chrétien. Pieux envers Dieu, ami sincère du pauvre, prodigue de ses richesses envers les malheureux , plcan de tèle pou^ là justice et pour le bien général du peuple ^ il ùiérite d'être plà6é parmi les

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