‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 24 sur 50 · TV · texte numérisé non relu

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cette trèTé durerait quatre jours pir semaine, depuis le mercredi au soir jusqu'au lundi matin* Les peines que l'on porta contre les violateurs de la trêve furent Tamende, l'excommunication et TexiL U n'y eut pas cependant uniformité complète dans toutes les provinces sur le temps que durerait la trêve chaque semaine. Le con-> cile d'Elne décida qu'il n'y aurait obligation de l'observer que le dimanche.

Un grand nombre de seigneurs observèrent la Trêve de Dteu, et les deux saints abbés Richard de Saint-Vanne et Odibn de Cluni travaillèrent y de concert, à la fidre adopter.

Richard de Saint-Vanne exerça son sèle principalement auprès des seigneurs de Normandie (1040). Cette province était alors bien

Robert, qui en était duc, avant de partir pour le pèlerinage dé Jérusalem , fit promettre par serment aux seigneurs de reconnaître pour duc son fils natord, nommé GuiUaume, s'il mourait pendant le voyage. Cette précaution ne ftat pas inutile, car il mourut en effet à Nicée, en Bythinie, à son retour de Jérusalem. Guillaume, surnommé le Bdtortl , lui succéda, mais non sans contradiction de la part des seigneurs qui se divisèrent en plusieurs fkctions à ce sujet et recommencèrent leurs guerres. Ce Ait dans ces drconstances que le bienheureux Richard arriva en Normandie, dans le but d^y publier la Trêve de Dieu. Le succès ne répondit point à son tèle. Cette province foi alors atteinte de la contagion appelée le feu sacré, qui depuis longtemps désolait la France ; on attribua ce fléau au mépris que l'on avait fiiit des exhortations du saint abbé. Ceux qui en étaient frappés avaient donc recours k lui ; il les recevait avec bonté, mais, avant que de leur donner des soins, il exigeait qu'ils jurassent l'observation de la Trêve de Dieu.

La guerre qui eut lieu à la même époque entre le roi Benri et Thibault et Etienne, fils de Eudes, comte de Champagne, retarda dans ces contrées l'établissement de la Trêve de Dieu. Cependant elle fat adoptée dans une grande partie de la France ^ Ce fut un immense service rendu par l'Eglise aux populations. Outre cette institution salutaire, les pèlerinages k Jérusalem, qui devenaient de jour en jour plus fréquents \ contribuaient à arrêter les guerres

4 Rodolpli. Glab. ffist. Ub. 5, c 1 et S.

s Les pèlerins furent même asseï nombreux à cette époque pour Urrer on eoabat aux Sarrwins. — r. Rodolph. Glab. 11b. 6, c 7.

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particulières des seigneurs; car TEglise avait décrété les peines les plus graves contre ceux qui oseraient ravager les terres des pèlerins.

Le bienheureux Richard ', après avoir travaillé avec saint Odilon k établir la Trive de Dieu^ se retira à son abbaye de Saint-^Vanne^ d'où il ne put sortir pendant les dernières années de sa vie. Malgré ses intirmitéS) il continua de veiller au maintien de la discipline dans tous les monastères dont il conserva la direction générale jusqu'au moment où ses forces l'abandonnèrent complètement. II disposa alors en &veur de quatre de ses disciples des abbayes deSaint*-Pierre de Châlons, de Beaulieu, de Saint-Hubert et de Saint-Urbain , ne se réservant que celle de Saint-Vanne.

Sa maladie ayant pris un caractère alarmant et le bruit s'en étant ft*épandu dans la ville de Verdun , Tévéque , les moines et même les religieuses accoururent aussitôt pour le visiter. Les évéques des villes voisines et plusieurs seigneurs se rendirent aussi à Verdun pour assister aux derniers moments de Thomme de Dieu. Après avoir fût sa confession et reçu le saint viatique, Richard se fit mettre sur un cilice devant Tautel de saint Nicolas , et employa le pen de forces qni lui restaient à faire une dernière exhortation à ses moines. Il pria ensuite de lui apporter les reliques que lui avait données le patriarche de Jérusalem lors de son pèlerinage aux lieux saints; il les baisa respectueusement et, en attendant son dernier moment, se fit lire la passion de J.~C. Son neveu Richard, évéqne de Vei^ dun, lui dit, en lui fermant les yeux : a Mon père, si vous allet à Dieu, obtenez que je ne vous survive pas un an. a II fut exaucé et mourut peu de temps après (i046).

Le bienheureux Richard, comme ses amis Guillaume de Dijon el Odilon de Cluni, avait &it élever dans ses monastères de vastes et magnifiques constructions; car, comme eux, il comprenait rim*^ portance sociale du monastère au xi« siècle, et savait qu'il n'eût pa accomplir la mission que lui confiait la Providence s'il fiit resté une agglomération de huttes sauvages, comme il était primitivement* Pierre Damien ' rapporte, dans une de ses lettres, qu'un saint homme eut nne vision dans laquelle Dieu lui fit voir Richard de Saint-Vanne en enfer , condamné à élever de grands échafiiudages et à bâtir des tours, en punition de son amour démesuré des coin^ tractions trop belles et superflues* Malgré le respect que mérite

* Hug. FUtId. Ghron. VirdoD.

, s Peu Dam. EpIsU ad GinUi.;ilb. 8, Epist, 9.

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Pierre Damien, nous croyons que la yîsion du saint homme ne fîit qu'une hallucination de son esprit prévenu contre un zèle qu'il ne comprenait pas. Pour lui, le monastère parfait eût été, sans doute, celui qui se serait le plus rapproché de ceux de la Thébaîde ; pour Richard et les plus illustres directeurs de l'institution monastique, il devait être tout autre dans les circonstances où l'on se trouvait, et nous croyons leur avis préférable à celui du moine visionnaire. Notker-le-Physicien, moine de Saint-Gai, parle, dans sa paraphrase tentonique des Psaumes ^, d'une manière peu avantageuse de Richard, ainsi que de son disciple Poppon, honoré cependant comme saint, a Richard et Poppon, dit -il, se prétendent d'autres Benoît; mais ils n'ont fait que d'en changer la règle , et ils ont ainsi divisé la robe du Seigneur.» Notker représentait la vieille école de Saint-Benoit; Richard, avec Guillaume et Odilon, représentaient l'école réformée et progressive. La seconde finit par annuler la première et se l'assi* miier complètement.

L'institution monastique, dirigée en France par des hommes de génie et d'une vertu extraordinaire, ne pouvait que faire des progrès; aussi trouvons-nous , vers le miUeu du xi* siècle, un grand nombre de fondations remarquables ^.

Robert de Normandie avait rétabli , avant de partir pour la Terre- Sainte, le monastère de Montivilliers qui avait été détruit; Alain Cognard, comte de Cornwailles, fonda celui de Quimperlé; un autre Alain, comte de Rennes, l'abbaye de Saint-Georges; Gotcelin, vircomte de Rouen, ceux de la Sainte-Trinité et de Saint-Amand; Gérard , évéque de Cambrai et d'Arras , celui de Saint- André à Cateau-Gambresis. Gilduin, comte de Breteuil, rétablit dans cette ville un monastère qui avait été ruiné par les Normands. Roger, comte de Saint-Paul, fit rebâtir pour des moines le monastère de Blangi, fondé primitivement pour des religieuses. On doit rapporter au même temps la fondation des monastères de Noyers en Touraine et de Roncerai, par Foulques-Nera. Le fils de ce fameux comte d'Anjou, nommé GeofiTroi-Martel , ayant acquis le comté de Vendôme, fonda dans cette ville la célèbre abbaye de la Trinité. L'église en fut dédiée l'an 1040, en présence d'un grand nombre d'évéques , de seigneurs et d'abbés. Les évéques étaient : Arnoulx de Tours , Thierri deChartres, Gervais du Mans, Hubert d'Angers, Isembert dePoitiers,

* Ap. MablU.

> y, MabiU, Annal ordln. S. Bened.

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Arnoulx de Saintes, Gérard d'Angouléme, et Amelius d'AIbi. Parmi les abbés était celui de Pont-Levoy, nommé Ausbert. L'abbaye de Pont-Levoy avait été fondée cinq ans auparavant par Gilduin , qui avait reçu de Tbibault-le-Tricheur, comte de Chartres, de Blois et de Tours, le fief de Pont-Levoy en récompense de ses exploits contre Foulques-Nera. Ausbert était venu du monastère de Saint-Florent de Saumur. Foulques-Nera, s'étant emparé de cette ville, avait feit cette prière : a Saint Florent, permets que je brûle ta maison, je t'en bâtirai une plus belle à Angers; » puis il avait mis le feu au monastère. Ausbert et plusieurs autres moines , appelés par Gilduin , se rendirent à Pont-Levoy et donnèrent naissance à cette illustre abbaye'.

Guillaume , duc de Normandie , fit achever, dans le même temps, le monastère de Saint-Vigor, dont la reconstruction avait été commencée par son père, Robert. Un seigneur normand , nommé Hunfroi, fonda ceux de Saint-Pierre et de Sainte-Marie de Préaux ; Roger de Montgommeri, ceux de Saint-Martin de Séez et de Saint- Martin de Troarn.

Parmi tous ces monastères, plusieurs devinrent célèbres, mais aucun n'égala en splendeur l'abbaye du Bec^ qui fut fondée à la même époque par Herluin.

Heriuin ' étdt Normand , son père se nommait Ansgot et sa mère Héloïse. Il fut élevé dans la maison de Gislebert , comte de Brionne, et devint un des plus braves chevaliers de Normandie. Il avait trentesept ans lorsque, dégoûté du monde, il résolut de le quitter pour se donner tout à Dieu. Gislebert ayant voulu le charger alors d'affaires importantes, Herluin s'y refusa ; le comte en fut tellement irrité, qu'il confisqua les biens qu'il lui avait donnés en fiefs, a Faites de ces biens ce qu'il vous plaira, dit simplement Herluin à Gislebert; je ne me plaindrai pas d'en être privé; seulement je vous ferai observer qu'ils étaient destinés aux pauvres. Comme ceux-ci n'ont point mérité votre colère, je vous prie de les leur distribuer. »

Gislebert, édifié de cette réponse et connaissant les intentions d'Herluin, lui rendit ses biens, avec autorisation d'en faire ce qu'il voudrait. Herluin jeta aussitôt les fondements d*un monastère dans une de ses terres nommée Bonneville. Quelques compagnons se joi-

* C'est aujourd'hui une école célèbre.

> K Mablll. sacul. 6. Bened. ; et Annal, ord. S. Bened. ; Order. vit* Hist, Hb. 5{ Chrooi Becc ; et vit* Herluin. Inter op. Lanf. append.

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