‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 25 sur 50 · HI8T01R · texte numérisé non relu

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gnirent à loi, et il leur donnait l'exemple de Tamour du travail et de rhumilité, creusant la terre , et portant sur ses épaules les pierres, le sable et la chaui. Lorsque les constructions furent ter* minées, Herluin avait quarante ans. En sa qualité de noble, il ne savait pas lire; mais, devenant moine, il comprit l'importance de rétude, se mit à apprendre à lire, et, au bout de quelque temps, put retenir tout le Psautier par cœur. Il ne fut jamais fort instruit ; cependant la sainteté suppléait en lui à la science et il comprit si bien les Saintes-Ecritures, qu'il étonna plus d'une fois les savants par les explications qu'il en donnait.

Voulant apprendre les règles de la vie monastique, il se rendit à un monastère du voisinage qui jouissait d'une grande réputation. U s'approcha de la porte avec le plus grand respect et après avoir &it une prière, comme si c'eût été la porte du ciel; mais à peioe avait^il fait quelques pas dans l'intérieur, qu'il fut scandalisé de la légèreté des moines. Tandis qu^il avançait lentement, hésitant sur ce qu'il avait à faire, le portier, le prenant pour un voleur, le saisit par les cheveux et le mit à la porte. Herluin ne dit mot et s'en retourna paisiblement. Quelque temps après, il alla à un autre monastère et entra dans l'église. C'était le jour de Noël. A la procession, les moines, au lieu de prier Dieu , &isaient aux séculiers qui assistaient à l'oflicedes signes de connaissance et leur montraient les beaux ornements dont ils étaient revêtus.

Les monastères qui n'avaient pas encore été réformés, étaient presque tous fort peu édifiants.

Herluin ne sortit pas de l'église avec les fidèles, et s'y plaça dans un coin pour y passer la nuit. Il fut bien édifié de la piété d'un moine qui, sans le voir, vint se placer assez près de lui et passa toute la nuit en prières, tantôt humblement prosterné le visage contre terre, tantôt à genoux. Le Seigneur eut toujours de ces âmes d'élite dans les communautés les moins régulières. Le nombre en était trop petit dans le monastère qu'avait visité Herluin pour qu'il s'y fixât. H re^ vint donc à Bonneviile, et Herbert, évêque de Lisieux , ayant consacré l'église de ce monastère, lui donna l'habit monastique. Trois ans après ^ il le fit prêtre et abbé. Cette dignité n'empêcha pas Herluin de donner à ses moines l'exemple des plus humbles travaux; lorsque l'office était fini , il allait le premier aux champs pour labourer ou semer, porter ou Jeter le fumier, ou bien arracher les mauvaises herbes. Tous travaillaient et revenaient à l'Eglise pour toutes les heures de l'office. Leur nourritore était du pain de seigle

DB L'ioun ra francb. i8)

et des légumes cuits à l'eau ei au sel. La pieuse Héloise suiidt son fils dans la retraite, et, malgré son grand âge, s'occupait à later les habits des moines et à leur rendre tous les services dont elle était capable.

Le monastère de Bonneville a^ant brûlé par accident , Herluin en bâtit un autre dans un lien plus agréable et plus commode, sur les bords d'un petit ruisseau nommé le Bee qui donna son nom au nouveau monastère.

Cependant Herluin sentait chaque jour davantage le besoin de posséder un religieux plus capable que lui de diriger ses moines dans les études et dans la pratique des devoirs monastiques. Dieu exauça les désirs de son cœur et lui envoya le célèbre Lanfranc d'une manière presque miraculeuse.

Ce grand homme * , après avoir étudié à Pavie, où il était né, et dans les plus célèbres écoles de l'Italie , passa les Alpes afin de visiter les écoles de France. Il vil à Tours le &meux Béranger, dont l'école était en réputation , et lui proposa une dispute publique sur les points les plus subtils de la dialectique. Béranger accepta et fût vaincu , de sorte que plusieurs de ses meilleurs élèves le quittèrent et suivi-rent Lanfranc en Normandie. Celui-*ci s'arrêta qudque temps à Avranches, où il donna des leçons , et partit ensuite pour Rouen avec un seul ccmpagnon. Comme il passait près d'une forêt, sur la fin du jour, il rencontra des voleurs qui lui Atèrent tout ce qu'il possédait, lui lièrent les mains derrière le dos, lui couvrirent les yeux avec le capuce de sa cape , l'éloignèrent de son chemin , et le laissèrent dans des broussailles épaisses, attaché à un arbre. Son compagnon fut traité de même. Dans ce triste état , Lanfranc, ne sachant que de* venir, s'adressa à Dieu , et essaya de réciter quelqu'une des prières de TEglise f mais il ne put , car il ne les avait point apprises. Confus de cette ignorance, il s'écria: a Ah! Seigneur, j'ai étudié si long-* temps! j'y ai usé mon esprit et mon corps, et je ne sais comment vous prier ! Délivrez^moi du danger où je suis , et , avec votre grâce , je me dévouerai à votre service pour toute ma vie. » Il passa la nuit attaché à son arbre. Au point du jour, ayant entendu des voyageurs qui passaient, il cria au secours. Geux^d eurent peur d'abord; puis, remarquant que c'était la voix d'un homme qu'ils entendaient, ils s'approchèrent de 'lui , le délièrent et le ramenèrent dans le chemin. Lanfrancles priadeluiiudiquerlemonastèreleplus pauvre du pays^ils

« YIU UmC { ap. lUbin, smik 9i SsQsd, I ^t lauvo^ liNii «41^

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lui répondirent : a Nous n'en connaissonspas de plus pauvreqne celui qui vient d'être bâti ici près par un homme de Dieu. » C'était Tabbaye du Bec. Lorsque Lanfranc y arriva , il trouva Herluin occupé à bâtir un four. Celui-ci le salua, et, le reconnaissant pour étranger, lui demanda s'il n'était pas Lombard, a Je le suis, répondit Lanfranc. -^ Que désirez-vous? dit Herluin. -* Je veux être moine , répondit encore Lanfranc. d Alors l'abbé ordonna au moine Roger, qui travaillait avec lui , d'aller chercher le livre de la règle et de le donner à lire au nouveau postulant. Lanfranc lut la règle tout entière et dit qu'avec l'aide de Dieu il l'observerait) puis, ayant bit connaître qui il était et d'où il venait, il fut admis, et, se prosternant devant Herluin, il lui baisa respectueusement les pieds (4041).

Herluin ne douta point que son nouveau disciple ne fût le savant qu'il désirait pour diriger son monastère, et il conçut pour lui la plus vive affection. Lanfranc, de son côté , ne pouvait assez admirer la candide simplicité et la science spirituelle de son abbé; il passa trois ans dans une entière solitude, s'instruisant des devoirs de la vie monastique et des règles de l'office divin. 11 pariait à peu de personnes , et n'était même pas beaucoup connu dans le monastère* Mais la réputation qu'il s'était acquise était trop brillante pour qu'il pût rester plus longtemps oublié. Lorsqu'on apprit qu'il était au Bec , on y accourut de toutes parts; les clercs et même les savants les plus distingués s'y rendirent pour lui demander ses leçons, et plusieurs seigneurs , par considération pour lui , donnèrent des biens au pauvre monastère de Herluin. Les moines du Bec, qui savaient mieux cultiver la terre que la science, ne comprenaient pas la prédilection que l'on montrait pour un confrère qu'ils considéraient comme moindre qu'eux, par la raison qu'il n'était entré qu*après eux dans la vie monastique. Us devinrent jaloux et manifestèrent hautement la crainte de l'avoir nn jour pour supérieur. Lanfranc, s'en étant aperçu, prit la résolution de quitter le monastère et de vivre en ermite; mais Herluin , qui pénétra son dessein , lui fit promettre de ne pas le quitter, le nomma prieur de la communauté et le chargea de l'école.

Par amitié pour le bon Herluin , Lanfranc accepta ces fonctions , et fit , comme nous le verrons dans la suite, de l'école du Bec une des plus célèbres de France.

La Providence, qui voulait renouveler la société par les Ordres monastiques , leur envoyait tout ce que le monde possédait de plus grand par le génie, de plus énergique par la foi.

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Lanfranc était depuis pea de temps au Bec, lorsque le roi de Pologne Casimir se fit moine à Cluni. Ce jeune prince, obligé de fuir devant la faction de quelques seigneurs, renonça généreusement à une couronne qu'avait portée son père; se dirigea vers la France, et, sous le nom de Charles, qu'il prit pour rester inconnu , se présenta , comme postulant, au monastère de Cluni. Saint Odilon le reçut avec bonté et le jugea digne , après ses années de probation, d'être élevé au diaconat.

Les Polonais, las des guerres civiles qui désolaient leur pays et des ravages qu'y causait, à la faveur de leurs divisions, Brétislas, leur ennemi , duc de Bohême, résolurent de rappeler sur le trône Casimir, fils de leur dernier roi ; mais, ne sachant ce qu'il était devenu, ils envoyèrent des députés à Rixa, sa mère, qui vivait retirée en Allemagne. Celle-ci leur apprit que son fils avait fait sa profession monastique à Cluni. Les envoyés se dirigèrent vers cette abbaye et obtinrent d'Odilon la permission de parler à leur ancien roi. Lorsqu'ils furent en sa présence, ils se jetèrent à ses pieds, lui demandèrent pardon de l'ingratitude de la Pologne , et lui dirent : o Nous venons, de la part de toute la noblesse de Pologne, vous prier d'avoir pitié de ce royaume et d'y revenir pour mettre fin à l'anarchie et aux guerres dont il est désolé. — Je ne suis plus à moi , répondit Casimir, et je n'eus même pu vous parler sans la permission de mon abbé; adressez-vous à lui. d Les envoyés polonais allèrent trouver Odilon qui , après avoir pris conseil , leur répondit : qu'il n'était pas en son pouvoir de renvoyer un moine profès et ordonné diacre, et qu'ils devaient s'adresser au pape qui seul avait dans l'Eglise le souverain pouvoir.

Les députés de Pologne se rendirent auprès du pape Benoit IX, lui représentèrent le triste état de leur pays et le besoin qu'ils avaient de Casimir pour la conservation du royaume et de la religion. Le cas était nouveau. Toutefois, après de mûres réflexions, le pape crul^'devoir dispenser Casimir de ses vœux, lui permettre de sortir de son monastère, de rentrer dans le monde et de se marier, à condition toutefois que les nobles de Pologne paieraient tous les ans, au saint-siége, chacun un denier de redevance. Casimir retourna en Pologne où il fut reconnu roi, épousa Marie, fille du prince des Russes, et eut plusieurs enfants.

Peu de temps après son retour en Pologne, il envoya des députés à saint Odilon pour lui demander quelques-uns de ses religieux, capables de £Edre fleurir en Pologne l'institution naonastique suivant la

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réforme de ClunL Odiloo, par affection pour 8on ancien disciple » et pour le bien de son royaume , lui envoya les moines qu'il demandait Casimir les reçut comme d'anciens confrères, et leur bâtit p)u« sieurs monastères à ses frais. C'est ainsi que la congrégation de Cluni eut des affiliations jusque dans les régions septentrionales les plus éloignées.

Cluni devenait ainsi progressivement le chef-lieu d'une agréga** tion monastique puissante y et par le nombre des maisons qui en dépendaient , et par la capacité des moines qui y étaient élevés»

Odilon y qui était le premier abbé de tout ce peuple monastique ^ y entretenait I par ses instructions et par sa vigilance, la ferveur et l'activité. Le courage du saint abbé semblait augmenter, dit son hi»« torien ', à mesure que ses forces diminuaient. Malgré sesinfirmitéi et ses quatre-vingt-cinq ans, il entreprit, l'an 1048, le pèlerinage de Rome , espérant mourir près du tombeau des saints apdtres* H n'eut pas cette consolation. Après être resté languissant à Rome pendant quatre mois , il revint à Cluni où il demeura enviroos un an, s'adonnant au jeûne, à la prière et à l'instruction de ses reli* gieuz, autant que son grand âge pouvait le permettre. Son xèle lui # persuada alors qu'il aurait encore assez de force pour faire la visite de quelques-uns de ses monastères. Il se mit donc en chemin et commença par Souvigny , où son prédécesseur saint Mayeul était mort. Comme Noël approchait, il prêcha publiquement pour disposer les fidèles à célébrer cette fête; mais étant tombé gravement •malade aussitôt après, on dut renoncer à tout espoir de guérisoa. On lui administra les sacrements de TExtréme-onction et de l'En* charistie, et on plaça devant ses yeux un crucifix dont la vue lui inspirait les sentiments de la plus tendre piété* La veille de Noël, il parla à toute la communauté et la consola de sa mort avec tant de grâce et d'éloquence, qu'il sembla à tous les moines n'avoir jamais mieux parié. Le jour de la fête, il se fit porter à l'église et remplit à TofSce toutes les fonctions sacerdotales, donnant les bénédictions et entonnant les antiennes avec une joie intérieure qni rayonnait sur son visage. Il espérait mourir le jour de la Circoncision, comme son cher ami le bienheureux Guillaume. La veille de ce jour, il demanda la sainte Eucharistie, et se fit lire le Symbole, avec l'exposition qu'en a faite saint Augustin. Comme ses disciples le oonsultaient sur celui qui devrait être son successeur, il répondit ; a J'en laisse le choix à

« Vit & OdUoa. la Blbl» CliiiilliB.t Pt W st ssQ.

Dl L B6L19R M ffRANCB. 187

IMeo et à mes frères. » Le soir il Toalut eocore qu'oa h portât à Té-» glise pour assister aax vêpres. Pendant la nuit, on le trouva plus mal. Les frères qui le veillaient le mirent à terre surundlice cou** vert de cendre, et réunirent toute la communauté pour assister à son dernier soupir. Le saint abbé ayant demandé si elle était réunie tout entière , a Oui , lui répondit^on, les moines , et même les enbnts sont tous présents. » Alors , jetant les yeux sur le crucifix qui était devant loi , il expira tranquillement le premier jour de Tannée 1049 , à Tâge de 87 ans. Il avait gouverné environ 56 ans la congrégation de Cluni.

Saint Odilon était doué d'une ame douce et bienveillante. Sa vertu, austère en elle«méme , ne paraissait au dehors que revêtue d'une gracieuse amabilité et d'une pudeur virginale qu'il conserva jus* que dans sa vieillesse \ L'autorité dont il jouit constamment dans sa nombreuse congrégation venait principalement de l'ailection qu'on lui portait ; il préférait se faire aimer que se fisire craindre. Un de ses adages était : a que s'il avait à être condamné, il aimait mieux l'être pour avoir eu trop de bonté que trop de sévérité. » Sa charité pour ses disciples était inépuisable , et il mit réellement en pratique à leur égard cette maxime de l'Evangile ', trop souvent oubliée paf les dépositaires de l'autorité : « Les princes des nations dominent sur elles , et ceux qui sont à la première place exercent sur elles le pouvoir, n n'en sera pas ainsi parmi vous. Quiconque voudra devenir votre supérieur deviendra votre ministre ; celui qui voudra être le premier parmi vous sera votre serviteur, à Texemple du fils de l'homme qui est venu pour servir et non pour être servi, a

Odilon, comme tous les vrais disciples de J.«-G., ne regarda jiHmais son antorité que comme un service qu'il devait rendre à ses frères , et non comme un pouvoir qu'il avait drmt d'exercer sur eux. Aussi sa nombreuse congrégation ne chercha^-t^elle jamais à se r^ Yolter contre sa direction si douce et si chrétienne. Tous ses disci«* pies étaient ses amis, ses enfants.

Odilon était d'une taille médiocre, son visage était gracieux et distingué. Ses cheveux, qui devinrent de bonne heure d'une blancheur parfiitte, encadraient bien sa figure pâle et souffrante. Souvent il versait des larmes, dominé qu'il était par un sentiment profond et continuel des tendresses de Dieu pour l'homme; ses yeux étaient vifs, sa Yoix grave et pénétrante, ses paroles pleines de

< Oo rappelait dans sa vieillesse : la Vierge de cent ans, Tirgo centenariuM.

< Evang. Si Matth. c SO, v. S$ et seq. .

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charme et naturellement éloquentes. Nous avons cru devoir recueillir cette esquisse que nous a conservée le pieux historien du saint abbé de Cluni. Les moindres détails intéressent quand ils nous font connaître plus intimement des hommes qui ont eu, comme Odilon, une part si grande au bien de la société.

Nous avons parié ailleurs de ses ouvrages , et nous avons remar^ que que c'était à lui que Ton devait cette solennité si touchante que l'Eglise célèbre encore chaque année ^ le 2 novembre, en mémoire des fidèles trépassés.

Hugues, prieur de Cluni , fut élu abbé-général à la place d'Odilon, et donna sa place de prieur à Hildebrand, devenu depuis â fameux sous le nom de Grégoire VII. Hugues n'avait que vingt-dnq ans, mais l'affection qu'Odilon avait eue pour lui, son mérite incour testable, et ses talents pour l'administration, firent oublier sa jeunesse. Du reste, il n'était jeune que par les années, et il avait dans ses mœurs la gravité d'un vieillard. Son esprit et son cœur étaient de plus entourés d'un double rempart de vertu et de science qui les mettaient à l'abri des atteintes des passions et de l'orgueil ; il reçut la bénédiction abbatiale des mains de l'archevêque de Besançon. Nous le verrons, dans tons ses actes, digne de ses glorieux prédécesseurs.

Tandis que l'institution monastique arrivait, grâce aux réformateurs de Cluni , à un si haut degré de splendeur, l'institution des clercs réguliers ou chanoines commençait à reprendre un peu de vie. Les chanoines avaient, dans les troubles du x^ siècle , oublié b règle de saint Chrodegang, ou du moins en avaient abandonné la pratique. Leur réforme fut un peu plus tardive que celle des moines, et nous n'en découvrons les commencements que vers le milieu du XI* siècle. Plusieurs clercs vertueux , scandalisés des mœurs de leurs confrères , formèrent alors de petites communautés particulières, et perfectionnèrent même la règle canoniale en y ajoutant l'obligation de ne rien posséder en propre, à l'exemple des moines.

Les premiers clercs réguliers ou chanoines réformés que l'on connaisse sont ceux de Saint-Rufe d'Avignon. Us ne furent d'abord que quatre et s'appelaient : Arnaud, Odilon, Ponce et Durand. Os prièrent Benoît, évéque d'Avignon, de leur donner l'église de Saint-Rufe à desservir, ce que l'évéque leur accorda par un charte que l'on possède encore K

* r. Hist. des ordres monastiques, u n, c 1^

Dt l'^gli 8X DB TKàITCK. 1 89

Dans le mime temps ^ an nommé Sasutalon pria Hugues , évèque de Tournai et de Noyon, de lui permettre d'établir à Faleropin une communauté de pauvres clercs de J.-C, et d'avoir la charité de la doter de biens suffisants pour son existence. Hugues y consentit , à la condition que lui et ses>. successeurs donneraient les pouvoirs à celui qui serait élu prieur de la communauté.

Lesévéques mettaient souvent cette clause dans les fondations , car ils se trouvaient entre deux puissances qui tendaient à soustraire les communautés à leur juridiction : la puissance royale, qui cherchait toujours à étendre son droit d'investiture , et la puissance papale , qui s'efforçait dès-lors de concentrer sur le siège apostolique la direction exclusive des communautés religieuses. Les efforts que fit la papauté, dans ce but, devinrent évidents surtout depuis le pontificat de Léon IX , qui monta sur la chaire de saint Pierre en 1049 , et qui mérite d'être placé à la tète des grands papes réformateurs de la période féodale.

Benoit IX, qui avait commencé à Tâge de dix ans à être pape, fut chassé de Rome à quatorze ans, à cause de ses mauvaises mœurs, en 4038. L'empereur Conrad le rétablit, mais les Romains le chassèrent une seconde fois en 1044 , et élurent à sa place Léon , évéque de Sabine, qui prit le nom de Sylvestre III. Environ trois mois après, les parents et les amis de Benoît prirent les armes, chassèrent Sylvestre de Rome et rétablirent le pape dégradé, dans tous ses honneurs. Il n'en jouit pas longtemps. Voyant qu'il ne pouvait espérer d'apaiser les Romains, il se réserva seulement les villes et les châteaux dépendants du saint-siége et vendit le pontificat à l'archiprétre de Rome, nommé Gratien, qui prit le nom de Grégoire VI.

Il y eut donc, sans compter Benoît, deux papes à la fois , Sylvestre et Grégoire. Ce dernier osa écrire une circulaire à tous les fidèles pour leur demander des aumônes afin de soutenir l'éclat de de la dignité qu'il avait achetée.

Heureusement pour l'Eglise qu'un empereur, zélé pour la religion, prit en main ses intérêts. C'était Henri, surnommé le Noir^ qui entreprit de détruire la simonie, cause de tous les maux de l'Eglise. «Henri, dit Raoul-Glaber \ voyant qu'une simonie criminelle envahissait toute la Gaule et la Germanie, convoqua les arche- -vêques et les évêques de ses Etats et leur tint ce discours : «C'est < avec une profonde douleur que je m'adresse avons qui êtes les re-

* Rodolp^ QUb. Hlit. Ub« 5, c^ i»

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c présentants da Christ dans l'Eglise ; mais il &nt vous rappeler ce c que votre maître disait aux apôtres en les envoyant prêcher c l'Evangile : Donnez graiuiiemerU os que uota avez reçu graiuHec ment» Vous êtes donc maudits , vous tous qui vous laissez cort rompre par l'avarice et la cupidité ^ quand vous ne àemei songer «qu'à répandre vos dons, vous qui iHoies également les saints c canons en recevant comme en ne donnant pas. Je veux que tous « ceux d'entre vous qui se reconnaissent coupables de simonie soient c dépouillés, suivant les lois canoniques, de leur ministère sacré. € Tous les rangs de l'Eglise , depuis le souverain pontife jusqu'au « simple prêtre, sont accablés sous le poids de leur condamnation, c et, pour me servir de la parole même du Seigneur : un hrigan- « dage spirituel s'est emparé de tous les esprits, a

«A ces redoutables paroles, les prélats ne savaient que répondre f^ tremblaient pour leurs évêdiés, car ils les avaient achetés, et toutes les charges ecclésiastiques étaient l'objet d'un trafic, comme les marchandises exposées en plein marché. »

Henri ne poussa pas la rigueur jusqu'à dépouiller de leurs sièges tous ceux qui les avaient acquis illégalement, mais il publia dans tout son empire un édit par lequel il déclarait qu'aucun ministère ecclé* fiastique ne pourrait s'acheter et que tous ceux qui en trafiqueraient aéraient frappés d'anathème.

Après avoir rendu ce décret, Henri alla en Italie pour s'y &ire couronner empereur et mettre fin aux troubles de Rome. Ayant convoqué un concile à Sutrino , il fit déposer ou abdiquer les trois papes Benott, Sylvestre et Grégoire, et fit élire Suidger, évéque deBaUH berg, qui prit le nom de Clément II. C'était un digne pape, mais son pontificat ne dura que neuf mois. Après sa mort , l'inftme Benoit IX s'empara du saint-siége; mais on le força de le céder à Poppon , évêque de Brixen , choisi en Allemagne par Henri , et qui prit le nom de Damase II. Il ne fut pape que vingt-trois jours. Les Romains envoyèrent des députés à Henri pour lui annoncer sa mort et lui demander un autre pape. Henri convoqua à Worms les évêqoes et les seigneurs de son royaume, afin de leur demander avis sur celui qu'il devrait choisir. Les suffrages tombèrent sur Brunon évêque de Toul , qui était connu à Rome dont il faisait chaque aiH H^ le pèlerinage et qui , de plus , était proche parent de l'empereur. Il était âgé de quarante^x ans et avait d^à passé dans l'épiseopit vingt-deux ans qu'il avait dignement employés à réformer les monastères de son diocèse, comme nous l'avoiis dit aiHeurst

DX L'foUtt M njMCM, 191

Braiioii * n'accepta qa'atec pdne là dientté qu'on lui offirait et ne t'y décida qu'après avoir passé trois jours dans la prière, les larmes et le jeûne le plus rigoureux. Il fit ensuite une confession publique de toute sa Tie, croyant par là feire connaître son indignité. Mais son humilité ne servit qu'à édifier les évéques et les seigneurs présents , et il Ait enfin obligé de consentir à son élection. Il retourna à Toul où il célébra les fêtes de Noël avec quatre évéques : Hn-» gttes , italien ^ député des Romains ; Everard , archevêque de Trêves ; Adalberon^ évéqué de Meti, et Thierri de Verdun. Après les fêtes, il partit pour Rome, revêtu de ses habits pontificaux.

Il s'arrêta en route au monastère de Cluni. L'abbé Hugues et le prieur Hildd>rand ayant appris qu'il approchait de l'abbaye , allèrent au-devant de lui et raccueilûrent comme un ami et un des plus fermes soutiens de leur congrégation.

Hildebrand, du fbnd de son monastère de Gluni , avait déjà conçu le vaste plan des réformes qu'il exécuta depuis. Il avait sondé, avec cette indépendance et cette pénétration qui fbnt comme le caractère de son génie , les plaies hideuses de l'Eglise; et il comprit bientAt que le principe du mal était dans l'action prépondérante du pouvoir civil dans le domaine religieux. Plein de ces hautes pensées, il prit à part le nouveau pontife, lui fit comprendre qu'il était illicite de recevoir d'une main laïque le souverain pontificat , et lui persuada d'échanger ses ornements pontificaux pour l'humble habit de pèle^ rin. brunon, naturellement doux et sans orgudl, goûta l'avis du prieur de Gluni , l'emmena avec lui à Rome , continua son voyage ea pèlerin, et, à son arrivée, traversa la ville nu^pieds. Le clergé et le peuple , qui étaient accourus à sa renconti^ , le suivirent jus-

Îu'à I égùse de 8aint**Pierrê , en chantant des hymnes et en poussant es Crisde joie< Après avoir fkit sa prière, Brunon, s'adressant au dergé et au peuple, leur dit : « J'ai été choisi par l^empereur pour occuper le siège apostoHque , mais je veux que ce choix soit ratifié partons. Veuillez donc me déclarer quels sont vos sentiments. J'ai tccepté le pontificat contre mon gré ; aussi suis-je tout disposé à m'en retourner, si vous n'approuvez pas le choix qu'on a fiiit de tttoi. »

* r. vit. Léon. ; ap. Bolland. 10 aprlU ; et ap. Mablll. sacul. e. Bened. ; Otbo. Priflliig. Chroiu; PauL vit. Greg.; ap. Bolland. 26 mail, et ap. MabilL, loc supra dL — Ces divers monumelils Se cèBtrtdlscHt ea qaslqlist détiils de peu d'Importance sur TélecUoD et le voyage de Brunon à Rome. Nous avons cherché dans notre rédacUon k les eotttffler h mieux q«Ml a été possible.

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Le clergé et le peuple lui répondirent par les plus vives aodainations. On fit ensuite Télection suivant l'ancien usage; et Brunon ayant réuni l'unanimité des suffrages, fut intronisé le premier dimanche de Carême ^ 42 février de l'an 1049. Il prit le nom de Léon IX.

Léon 9 plein de confiance en Hildebrand dont il appréciait chaque jour davantage le génie , le nomma cardinal sous-diacre de l'Eglise romaine et lui donna à réformer le monastère de Saint-Paul qui était tombé dans un grand relâchement. Ce fut sans doute par le conseil de ce grand homme, qu'il déclara la guerre à la simonie dès les premiers jours de son pontificat et qu'il convoqua un concile à Rome pour le dimanche dans l'octave de Pâques. Hélinard, archevêque de Lyon, et plusieurs autres évéques de France y assistèrent. Après avoir confirmé d'une manière générale les décrets des quatre premiers conciles généraux et ceux de ses prédécesseurs, le nouveau pape ût des règlements sévères contre la simonie et dépo* sa plusieurs évéques qui furent convaincus de ce crime ^ Aussitôt après ce concile, Léon quitta Rome et tint, vers la Pentecôte, un concile à Pavie où il promulgua les décisions de celui de Rome. Il passa ensuite les Alpes, visita Cluni dont il confirma les privilèges, et alla trouver l'empereur à Cologne où il célébra la fête de saint Pierre. Hérimar , abbé de Saint-Remi de Reims ', l'ayant prié de présider à la dédicace de son église qu'il venait de rebâtir , Léon forma le projet de tenir un grand concile à Reims après la dédicace de cette église. S'étant rendu àToul» son ancienne ville épiscopale, il envoya de là une lettre de convocation aux évéques et aux abbés da France. Hérimar , flatté de ce que le pape consentait à visiter son monastère, alla trouver à Laon le roi Henri et le pria d'assister aussi à la dédicace de son église avec les évéques de son royaume. Henri y consentit d'abord, mais quelques évéques et des seigneurs laïques qui avaient pins d'une raison de redouter le concile projeté par le pape, s'efforcèrent de lui faire changer d'avis. Gebuin, évêque de Laon, et Hugues, comte de Braine, contribuèrent surtout à modifier sa résolution. Ils se rendirent auprès de lui, et lui firent entendre qu'il ne devait pas permettre au pape d'exercer ainsi son autorité en France ; l'honneur du royaume , disaient-ils, y était in-

* Wibert. vit Uoo. ; ap. MibiU. et BoUaud.

s Anselm* Iliaerar. Léon. \ ap. MabUl. saec Bened,

BB L BGU9B DR FBAXCB. 4 03

téressé , et jamais ses prédécesseurs n'avaient aotorisé ane démarche pareiUe à celle que projetait Léon: le concile, absolument parlant, pourrait se tenir en temps de paix ; mais dans les circonstances où se trouvait le royaume, continuellement troublé par les factions des seigneurs, le roi, au lieu de permettre aux évdques et aux abbés d'aller au concile, ferait bien mieux de les obligera combattre les factions, puisqu'ils étaient les plus riches feudataires; il ferait bien surtout d'y obliger cet orgueilleux Hérimar qui , enflé de ses ri--* chesses , avait eu la vanité de faire venir le pape en France pour dédier son église.

Le roi se rendit à ces raisons et envoya au pape, Frolland , évéque de Senlis, pour lui dire que lui, ses évéques et ses abbés étant obligés de partir en campagne pour réprimer des rebelles, ils ne pourraient se rendre à Heims au temps marqué; qu'il priait le pape de différer sa venue en France à un autre temps où il pourrait le recevoir avec les honneurs convenables. Le pape répondit qu'il ne pouvait manquer de parole à saint Rémi , qu'il irait dédier son église, et qu'il tiendrait à Reims le concile qu'il avait indiqué, avec les évéques qui s'y trouveraient. Le roi, mécontent de la résolution du pape, envoya ordre aussitAt i tous les évéques et abbés du royaume de se rendre auprès de lui avec un contingent de leurs vassaux , et il partit brusquement dès qu'il apprit que le pape se di« rigeait sur Reims. L'abbé de Saint-Remi fut obligé, comme les autres feudataires, de se rendre au camp du roi ; il obtint cependant de retourner à Reims, le second jour de marche.

Le pape y arriva le 29 septembre, jour de Saint-Michel. Il était accompagné des trois archevêques de Trêves, de Lyon et de Beuinçon ; de Jean, évéque de Porto, et do diacre Pierre, chancelier de l'Eglise romaine. Les trois évéques de Senlis , d'Angers et de Nevers allèrent au-devant de lui en procession , et le reçurent au monastère de Saint-Remi qui était hors des murs de la ville. A son entrée dans la ville elle-niéme, il fut reçu par Tarchevéque de Reims et son clergé, qui l'accompagnèrent jusqu'à l'église métropolitaine. Après y avoir célébré la messe, le pape se rendit au palais archiépiscopal, où l'archevêque de Reims donna en son honneur un repas splendide.

Une foule immense était accourue non-seulement des villes et des campagnes environnantes ^ mais des provinces les plus éloignées de France, et des pays étrangers, pour voir le pape et assister à la dédicace de Téglise de Saint-Remi. Tous s'empressaient autour du

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