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tombeau de ce saint pour y dépoter leurs offrandes ; ceux qui ne pouvaieat approcher les jetaient de loin, et la plupart, à demi suffoqués , ne parvenaient qu'à grand'peine à fendre la foule pour Te* nir respirer un peu dans le parvis de l'église ; le pape ne pouvait se montrer que des fenêtres de la maison où il était logé, il adressait de là ses exhortations au peuple et lui donnait sa bénédiction. Il ne pouvait sortir que pendant la nuit , tant la foule était empressée pour le voir et lui témoigner son respect. La veille de la cérémonie , on fit sortir tout le monde de l'église, par ordre du pape, pour l'office des vigiles ; mais le peuple passa la nuit auprès de l'église. Le leride^ main matin , on vit arriver les clercs deOompiègne portant la châsse de saint Corneille. Ils venaient implorer la protection du pape contre les persécuteurs de leur Eglise. 8ur les neuf heures, Léon, accompagné seulement de quelques prélat», leva la châsse de saint Rémi et la porta sur l'autel de la Trinité qui avait été dédié préalablement par l'archevéqâe de Trêves. On ouvrit alors les portes de l'église, et quand le peuple eut vénéré les reliques, on les transporta avec pompe du monastère à l'église métropolitaine.
Le deuxième jour d'octobre, on les rapporta au monastère tan-* dis que le pape et les évéques firent la cérémonie de la dédicace. La foule qui suivait la châsse était si grande, que le pape défendit d'ouvrir la porte de l'église avant la fin de la cérémonie, et on introduisit les reliques par une des fenêtres; mais la foule pénétra de force dans l'église. Le pape termina la fête par un discours dans le * quel il annonça que ce jour serait désormais un jour de fête pour le diocèse de Reims. Il donna ensuite l'absolution au peuple, et convoqua les évéques , les abbés et les autres ecclésiastiques présents pour le concile qui devait s'ouvrir le lendemain.
Le concile ^ se réunit dans l'église du monastère de Saint Rémi. Vingt-trois évéques, près de cinquante abbés et un grand nombre de clercs y assistèrent. Après quelques vaines difScuUés sur la préséance entre le clergé de Trêves et celui de Reims, on prit séance. Le pape était au milieu. A sa droite élait l'archevêque de Reims, et à sa gauche celui de Trêves; puis venaient à l'orient: Berold de Soissons, Drogon de Térouanne, Prolland de Sentis et Adalberon de Metz ; au midi : Hélinard de Lyon , Hugues de Langres, Josfroi de Goutances , Yves de Béez , Herbert de Lisieux , Hugues de Bay eux, Hugues d'Avranches, Thierri de Verdun; au nord: Hugues de
< Aasefan^ o|i. dL r. et* LabU H Cossart coact t. ix, p. 1030.
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Bexançon , Hugues de Nevers, Eusèbe d'Angers , Budic de Nantes, Budoc de Bathe, évéqae anglais envoyé au concile par le roi Edouard, et Jean , évéque de Porto, venu d'Italie avec Léon. Les évéques étaient ainsi disposés en cercle devant le pape. Parmi les abbés on distinguait surtout : Hugues de Chini, Hérimar de Saint- Remi , Sigefroi de Gorz3, Foulques de Corbie, et deux abbés anglais envoyés avec Tévèque Budoc.
Le diacre Pierre, chancelier de TEglise romaine, ayant fait faire silence par ordre du pape , proposa Tobjet du concile , savoir : la réforme des abus qui s'étaient établis dans l'Eglise de France, c'est-^ i-dire: la simonie, les usurpations des dignités ecclésiastiques et des Eglises par les laïques; les redevances qu'on exigeait des Eglises; les mariages illicites ; l'apostasie des moines et des clercs; les pillages et vexations dont les pauvres étaient victimes ; la coutume qu'avaient certains clercs de porter des armes et de se mêler aux guerres et autres affaires du monde; la sodomie et autres crimes infâmes, en-* fin les hérésies qui avaient quelques adeptes en France.
Tous ces abus étaient certainement dignes de l'attention d'un pape réformateur, mais la simonie était sans contredit la plaie la plus hideuse qui défigurât l'Eglise de France. Il n'était pas rare d'y rencontrer alors des évéques comme Hugues, Robert et Manger de Rouen , Sigefroi du Mans , Benoît et Orscand de Quimper^ qui con-> aideraient leurs Eglises comme des fiefs, se mariaient publiquement ou vivaient avec des concubines, et s'occupaient, comme les autres seigneurs , de pourvoir leurs enfants de bénéfices ecclésiastiques ou séculiers; d'autres, comme Avesgaud du Mans, s'adonnaient plus à la chasse qu'à l'administration de leurs diocèses; d'autres, enfin, comme Gauthier de Nantes, guerroyaient pour leurs évéchés, comme les seigneurs pour leurs fiefs ; la plupart des bénéficiers achetaient leurs titres soit du roi , soit des seigneurs , et vivaient plutôt en mercenaires qu'en pasteurs ^
Ce fut principalement des bénéficiers simoniaques qu'on s'occupa an concile de Reims.
Le diacre Pierre^, promoteur du concile, après avoir exhorté tons les assistants à donner aide et conseil au pape pour l'extirpa-
4 K HisL arcblcp. Rolii. ; Âet. Eplsc Conom. i GulU. Gemmel. lib. 6« ; et Order. Vit. lib. $; Chron. Namnctens.
s Amelm. Itinerar. I^on. — VId. et. Labbc et Cossart, Gonc t. ix Joo.clt,
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tioQ des vices qu'il avait signalés , s'adressa direclciiient aux évéques et leur dit que, sous peine d'anathéme^ ils devaient déclai*er publiquement si quelqu'un d'eux avait reçu ou donné les ordres sacrés par simonie. Les plus coupables , comme on le pense bien , n'étaient pas au concile.
L'archevêque de Trêves se leva et dit qu'il n'avait rien donné ni promis pour obtenir l'épiscopat, ni vendu les ordres sacrés à personne. Les archevêques de Lyon et de Besançon protestèrent aussi de leur innocence sur ce point. Le diacre Pierre, se tournant vers l'archevêque de Reims , lui demanda ce qu'il avait à dire. L'arche* Têque répondit qu'il voulait parler au pape en particulier et qu'il sollicitait un délai jusqu'au lendemain ; ce qui lui fut accordé. I^s autres évêques, se levant touri tour, se justifièrent du crime de simonie, excepté quatre, savoir: ceux de Langres, de Ne vers, de Coutances et de Nantes. On remit à la prochaine session l'examen de leur cause, et le promoteur, s'adressant aux abbés, leur fit la même admonition qu'aux évêques. L'abbé de Saint-Remi se leva le premier et prouva son innocence; l'abbé de Cluni et plusieurs autres firent de même, mais il s'en trouva qui n'osèrent rien répondre.
L'évêque de Langres se porta accusateur contre l'abbé de Pontières, son diocésain, et dit: qu'il vivait dans l'incontinence, et qu'ayant été excommunié pour n'avoir pas payé le cens annuel qu'il devait i l'Eglise romaine, il n'en avait pas moins dit la messe. L'abbé ne put se justifier et fut déposé.
A la fin de cette première session , on déclara solennellement que le pape était seul chef de l'Eglise universelle, et il fut défendu à tons ceux qui étaient présents au concile de se retirer , aTant le troisième jour, sans permission. On prit cette dernière décision probablement dans la crainte que ceux qui se sentaient coupables ne prissent la fuite. On peut croire que le pape crut utile de faire re* connaître solennellement son autorité , à cause des graves décisions qu'il avait à prendre, ou bien à cause des prétentions du patriarche de Constantinople Michel Celurarius, qui travaillait alors, avec plus d'activité encore que ses prédécesseurs, à se faire reconnaître pour chef de l'Eglise orientale.
Le lendemain, quatrième jour d'octobre, le pape, les évêques, les abbés et les autres clercs se réunirent de nouveau dans l'église de Saint-Remi. Le pape se retira d'abord dans la chapelle de la Sainte Trinité avec quelques prélats. L'archevêque de Reims lui fit sa ton-
DE l'Église db phancs. 197
Cession en particulier , et on parla longtemps des affaires de TËglise ; puis le pape reprit la même place que la veille ^ et l'on commença la seconde session do concile.
Le diacre Pierre, continuant à remplir l'office de promoteur, s'adressa d'abord à l'archevêque de Reims et le somma de se défendre contre l'accusation de simonie pour laquelle il avait obtenu délai. L'archevêque demanda à prendre consdl de quelques-uns de ses confrères^ ce qui lui fut accordé. Après avoir conféré à l'écart avec l'archevêque de Besançon et les évêques de Soissons, d'Angers , de Nevers , de Senlis et de Térouanne , il revint et obtint du pape que l'évêquede Senlis parlerait pour lui. Cet évêque déclara que l'ar^ chevéque de Reims n'était point coupable de simonie; le pape ayant ordonné à l'archevêque de le déclarer lui-même par serment , ce* loi-ci demanda encore un délai , et sa cause fut renvoyée au concile que le pape avait intention de tenir à Rome au mois d'avril de l'année suivante.
Le diacre Pierre cita alors l'évêque de Langres et l'accusa d'avoir obtenu son évêché par simonie, vendu les ordres sacrés, porté les armes, commis des homicides et des crimes infâmes, traité tyran* niquement son clergé. Ces crimes étaient prouvés par plusieurs témoins, parmi lesquels était un clerc qui assura que, lorsqu'il était encore laïque, l'évêque lui avait enlevé sa femme dont il avait fait une religieuse après en avoir abusé. Un prêtre se plaignait ausri d'avoir été tourmenté d'une manière ignominieuse et cruelle par les gens de l'évêque qui avait extorqué de lui une somme d'argent.
Sur ces plaintes, l'évêque de Langres demanda à se consulter, ce qui lui fut accordé. Ayant donc conféré secrètement avec les archevêques de Lyon et de Besançon, il les pria d'être ses avocats. L'archevêque de Besançon voulut commencer sa défense, mais tout à coup il perdit la parole et fit signe à l'archevêque de Lyon de parler à sa place. Cet archevêque déclara que l'évêque de Langres avouait qu'il avait vendu les ordres sacrés et extorqué une somme d'argent au prêtre qui l'en avait accusé, mais qu'il niait tout le reste.
'Toutes ces procédures contre l'archevêque de Reims et l'évêque de Langres avaient duré fort longtemps. La nuit approchait. Le pape fit donc lire seulement les canons des conciles contre les simoniaques, et leva la séance.
La troisième session eut lieu le lendemain. Le diacre Pierre appela par trois fois l'évêque de Langres , qui ne se trouva pas présent. On envoya à son domicile les évêques d'Angers et de Senlis. En atien-
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dant leur retour, le promoteur s'adressa à ceux des évèques qui ne s'étaient pas encore justifiés. L'évéque de Nevers confessa que ses parents lui avaient acheté son évéché, mais à son insu, et que, depuis, il avait commis plusieurs foutes qui lui donnaient lieu de redouter la justice divine. D déposa, en conséquence, son bâton pastoral aux pieds du pape , en le priant de lui permettre de quitter une dignité à laquelle il préférait son ame. Le pape lui demanda s'il pourrait faire serment que ses parents avaient acheté son évêché à son insu. L'évéque en 6t serment. Alors le pape, touché du repentir qu'il avait montré, lui rendit son évéché et loi remit un autre bâton pastoral, en signe de sa nouvelle et légitime institution.
Ceux qui étaient allés au domicile de Tévéque de Langres étant rentrés dans le concile, déclarèrent qu il s'était enfui, dans la crainte de se voir condamner pour les crimes dont il était accusé. Alors le pape, après avoir fait lire préalablement les autorités canoniques , prononça contre le transfuge une sentence d'excommunication. Uarchevéque de Besançon déclara aussitôt après qu'il avait perdu l'usage de la parole, dans la session précédente, par un miracle de saint Rémi qui n'avait pas voulu qu'il défendit une aussi mauvaise cause quecelle de l'évéque de Langres. La déclaration de l'archevêque de Besançon causa à tout le concile une émotion extraordinaire. Le pape ne pot retenir ses larmes et s'écria : c Saint Rémi est toujours vivant! » et se levant avec les membres du concile, ils allèrent tous se prosterner devant la châsse du saint, et chantèrent une antienne en son honneur.
On reprit ensuite la procédure contre les évéques accusés. Josfroi de Coutances avoua qu'un de ses frères avait acheté pour lui son évéché, mais qu'il l'ignorait d'abord; que l'ayant appris, avant son ordination, il avait essayé de s'enfuir pour ne pas recevoir l'épi»eopat d'une manière illégitime, mais que son frère s'était emparé de lui et l'avait &it ordonner de force. Sur la réquisition du pape, il attesta sa déclaration avec serment et fut déclaré non coupable de simonie.
L'évéque de Nantes déclara sincèrement avoir hérité son Eglise de son père qui en avait été aussi évéque, et moyennant une sommé d'argent. On lui ôta son anneau et sa crosse ; mais , en considération de la franchise de sa confession, on lui permit d'exercer les fono** lions sacerdotales.
Le pape exhorta ensuite les archevêques i déclarer publiquement s'ils connaissaient quelqu'un de leurs sufiragants qui tbX coupidde
DB l'bgli$i db vbakcb, IM
de simonie; ils répondireat qu'ils n'en connaissaient aucun. Alors on traita l'affidre des évéqoes qui , ayant été invités au concile , ne s'y étaient pas rendus et n'avaient point envoyé d'excuse. On les excommunia avec tous ceux qui, craignant la venne du pape, avaient suivi le roi à la guerre, et nommément l'archevêque de Sens et les évéques de Beauvais et d'Amiens. On excommunia en* core l'abbé de Saint-Médard qui avait quitté le concile sans permission , et l'archevêque de Compostelle qui prenait le titre àAposlO' lique , réservé jusqu'alors au pape. Cet archevêque s'imaginait sans doute qu'il avait droit à ce titre à cause des reliques de l'apôtre saint Jacques qu'il prétendait posséder dans son Eglise. On cita au concile de Rome, qui devait se tenir à la mi-avril , les évêques bretons qui refusaient toujours à reconnaître l'archevêque de Tours pour métropolitain , on excommunia plusieurs seigneurs qui avaient contracté des mariages illicites , et on renouvela douze canons de l'ancienne législation canonique contre la simonie , les rétributions exigées pour les fonctions sacerdotales , et la promotion des évéques non élus par le clergé et le peuple.
L'Eglise protestait toujours en &veur de cette vieille loi des élections, qui seule eût pu faire son salut et mettre fin à tous les abus qui la déshonoraient.
Après avoir terminé plusieurs autres affaires de peu d'importance, on lança des anathêmes contre les sodomites , contre les hérétiques, leurs fauteurs et leurs protecteurs; puis, le pape donna sa bénédiction à tous ceux qui étaient présents et déclara le concile terminé.
Le lendemain, 6 octobre, il plaça lâchasse de saint Rémi dans le lieu qui lui avait été préparé, embrassa paternellement tous les moines, et leur fit les adieux les plus touchants. Il quitta le monastère au milieu des acclamations du peuple, et se rendit à Verdun, de là à Metz, et ensuite à Mayence, où il tint un nouveau concile. Il y fit pour l'Allemagne ce qu'il avait foit à Reims pour la France. En retournant à Rome, Léon visita la célèbre abbaye de Richenouw et celle de Montier-en-Der, dont il emmena l'abbé, nommé Humbert, qu'il fit cardinal et archevêque. Ce fut un des personnages les plus illustres de l'époque. Ses connaissances théologiques étaient fort étendues, et, comme Hildebrand, il ne pou\ait qu'inspirer au pape des projets utiles au bien de l'Église.
Léon tint un concile à Siponte, au pied du mont Gargan, et y déposa deux archevêques pour crime de simonie. Dès qu'il fut ar-
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rivé à Rome, il écrivit à tous les fidèles de l'Eglise de France une lettre dans laquelle il témoigne de son aifectueuse dévotion pour saint Rémi , et leur recommande d'en célébrer tous les ans la fétc le i«r octobre y qui était le jour où il avait consacré l'Eglise du monastère de ce saint.