‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 30 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

IV

iS6 msTOiai

dos el Von sait seulement que Gérard y fut élu évéqoe de Sisteroo. Cette égfiise n'awt pas d'évéques depuis dix*sepi ans, el les terres en avaient été pitlées et usurpées par les seigneurs des enyîrons. Gérard fut sacré à Rome, et en rapporta une lettre du pape aux fidèles de Sisteron ; mais, malgré les ordres du pape , il ne put entrer dans sa ville épiscopale et se fixa à Forcalquier où FiondoiiiuSf un de ses prédécesseurs, avait autrefois résidé et élaUi une partie de ses chanoines*

On ne sût rien autre chose de la légation de saint Hugues de Gluni en Aquitaine.

Le cardinal Etienne convoqua un concile * à Tours pour le premier mars de Tan 4060.

11 ne s'y trouva que dix archevêques ou évéques , et l'on y fit dix canons contre les abus que la papauté avait entrepris de déraciner, surtout contre le concubinage des clercs el la simonie. Le légat avait cité à ce concile Johanœus ou Junqneneus de Dol , qui se prétendait métropolitain de Bretagne. La vieille querelle des archevêques de Tours et de Dol durait toujours. Johanœus était un prélat scandaleux qui avait puUiqoeraent femme et enfants ; il se souda très-peu sans doute de la citation du légat.

Les résultats de la légation d'Etienne en France ne sont pas plus connus que ceux de la légation de saint Hugues deCluni en Aquitaine.

Le pape Nicolas , qui avait hérité du tèle de ses prédécesseurs pour la réforme de l'Église de France, résohit d'y Tenir travailler lui-même.

Le roi Henri , qui avait déjà entravé les efforts de Léon IX et qui ét<iit fort ombrageux au sujet de son autorité , mit obstacle à ce Toyage. Comme Gervais de Reims avait beaucoup de part a ta confiance du roi , on lui attribua sa mauvaise volonté vis-à-vis du pape. La calomnie trouve toujours moyen de se faire croire. Nicolas écouta les ennemis de Gervais, et, pour le punir des prétendus mauvais conseils qu'il aurait donnés au rot, mit son diocèse en interdit. Gervais qui , en sa conscience , se savait innocent, fit observer rigoureusement l'interdit, et envoya immédiatement an pape des personnes capables de l'éclairer et de le faire revenir sur la décision précipitée qu'il avait prise. Le pape, qui n'avait eu pour motif de sa conduite que l'amour du bien , rendit promptement à Gervais la jus-

* Conc Tur. ; ap. Labb. et Coss. U ix , pw 1108.

DE l'^GLISS DR VRAKCB. 9t7

tice qu'il méritait et prit à tâche, pour ainsi dire, de lui faire oublier ses procédés peu bieaveiUants, par la charité qu'il montra «nvers ses envoyés. L'un d'eux, en effet, éttnl tombé malade à Rome, Nicolas le visita et lui rendit même les derniers devoirs.

Gervais en remercia le pape par une lettre * dans laquelle il se félicita d'avoir recouvré ses bonnes grâces et lui témoigna tout le désir qu'il aurait de le voir en France.

Gervais parlait sincèrement » car toi]^ours il avait invité les papes de la manière la plus pressante à venir travailler eux-mêmes à la réforme de l'Eglise de France qu'ils avaient si glorieusemeni entreprise.

Sur ces entrefaites, mourut le roi Henri I*'. Le trône de France échut à Philippe I", qui n'était âgé que de huit ans. Gervais l'avait sacré ' l'année précédente. La jeunesse du nouveau roi effraya Tarchevêque de Reims, qui écrivit au pape pour le prier de couvrir de son immense autorité le royaume de France, a La. France est votre patrie, lui dit Gervais*, vous vous devez à elle. Vous nous faites honneur par votre prudence et par vos vertus 3 c'est de notre pays que vous êtes sorti pour devenir le chef de Rome et du monde. »

Nicolas II n'eut pas le temps d'être utile à la France, car il mourut Tannée suivante, après un court mais glorieux pontificat. Il eut pour successeur Alexandre II.

* Gervas» eplst ad Rkol* ; ap. Labb. et Cossart. t. ix , p. 10i#7.

* On possède le procès-Terbal du sacre de Philippe , dressd sans doule par Gervais lu^aiéme. Cette pièce est carleuse.

i Kptsi. Gerv. ad NicoL pap.

228 nisToiM

■I«ctl«a da pape Altuairt II. — ScfeluM 4c Gadaiaia » AlaxaMére «ma«aM A Q wwê H éê Belnu U capilvlié de rantlpape — L*CrUw de France pendant le aelilMM.- DitcnatleM mire lea évéqaet M Im abW* an tajec de* privll^fei accerdé» par le Balnt-Sléfe aux •kbajet. — Beben de cet priviléfet. — l^éffailen de Pierre Dnnlen en Prence. — B^. ranfer reieurne à «en erreur après Pavulr apurée à Reme. — l.*évèqne d* Angers, Beaèbe-Bmnen, Tabandenne.— Onvrafe de Dnrand deTrearn centre Bt^-anfcr. — I H e f rw l en de fol touchant l'Eucharistie, faite par Cervalt de Belaa an aoeMni de sn aMrt — Lé^allon d*Kilenne et de Hugues m France- — Instlluiion nenasilque. — Ses prefrès. ' Abbaye dn Itec — lAnfranc , abbé de $nlni.Etlenne de Caen. — Anselme , prieur da Bec ~ infiliuilon des cbanelnes réguliers. — Im's pregrès. > Onci^nca emikca et antrtt salnls —Dernières années du pontificat d'Alexandre II . — Laufranc , archevêque de Cantoebérl. — Sa leliM an papa. — QnlaMid nhiae d^ècre évéqne — Concile de Bonen.- Mort d'Ali'undre II.

(mi-iii3)

Après la mort de Nicolas, Uildebraod voulut appliquer à Féleclion du nouveau pape les règles établies par le concile de Rome. U invita donc, en sa qualité d'archidiacre^ les cardinaux et les membres de la noblesse à se réunir. Dans cette assemblée, on élut, sans avoir eu recours au roi d'Allemagne Henri IV , Anselme évéque de Lucques. Anselme était aimé à la cour d'Allemagne et Ton espérait que, par considération pour lui, Henri ^ fermerait les yeux sur l'atteinte portée aux prérogatives dont ses prédécesseurs avaient joui. Le peuple, qui n'avait pas été appelé à l'élection, se déclara hautement contre les prétentions nouvelles des cardinaux.et des nobles; quelques membres de la noblesse dont Nicolas, par sa sévérité, avait fait les irréconciliables ennemis de la puissance politique du saintsiége, se joignirent au peuple et envoyèrent à Henri des messagers chargés de lui offrir une couronne d'or et le titre de patrioe des Romains.

Les cvéques de Lombardie, dévoués à l'empereur, suivirent ces messagers en Allemagne et assistèrent à un nombreux concile qui se tinta Bâle, en présence de Henri. On y attaqua, comme illégaux et erronés, les règlements promulgués par Nicolas touchant l'élection des souverains pontifes.

Anselme n'avait pas encore pris possession du saint-siége. Hildebrand et les autres cardinaux députèrent à Henri le cardinal Etienne, dans le but de combattre l'influence des messagers du peuple et de défendre les règles suivies pour l'élection d'Anselme.

* Ou , pour parier plus Juste , Agnès, sa mère , qui gouverna en son nom pendant sa Jeunesse*.

DE L EGLISE DE FiU5CB. S39

Etienne se rendit h Bâle, mais il fut obligé de s'en retourner sans avoir obtenu audience du prince, et après avmr essuyé beaucoup d'injures de la part du concile. Tout antre que Hildebrand eût pa s'effrayer et fléchir: mais lui, assemblant de nouveau les cardinaux et les nobles, leur fit confirmer le choix d'Anselme qui prit le nom d'Alexandre IL

Le concile de Bàle Y apprenant cette élection définitive, cria bien haut à l'illégalité, comme si le chef de l'Eglise n'avait pu être élu sans la permission d'un roi, et choisit ponr pape Cadaloûs, évéqué de Parme, qui se fit appeler Honorius IL

Pierre Damien , si dévoué à l'Eglise, épouvanté des scandales qui la désolaient , ne put entrevoir sans effroi ce schisme qui venait s'ajouter à ses maux déjà si nombreux. Ce grand homme , depuis longues années, disait entendre les plus éloquentes, les plus énergiques protestations contre les impuretéset la simoniequi souillaient le sanctuaire, contre les violences et les crimes qui bouleversaient la société. Après de longs et incroyables efforts, il était tombé, affaissé sur lui-même , découragé en voyant ses efforts inutiles, et il soupirait après le moment où il lui serait permis de quitter Rome et son titre épiscopal, pour s'ensevelir dans la solitude et gémir sur des maux qu'il ne pouvait guérir. Mais Hildebrand, qu'Alexandre II venait de faire chancelier de l'Eglise romaine, ne voulut point se priver des lumières d'un cardinal si saint, si dévoué. Une lutte bien étrange s'établit alors entre ces deux hommes , les plus fermes soutiens et la gloire de l'Eglise.

Hildebrand, aussi zélé, aussi vertueux que Pierre Daniien, avait do plus que ce dernier un caractère de fer qui ne savait pas fléchir. Les maux de l'Eglise, en l'aflOligeant profondement, stimulaient son énergie au lieu de raffaibltr; il s'irritait contre les obstacles et son courage grandissait dans la lutte. Pierre Damien ressentit les effets de ce caractère indomptable, et il est curieux de voir par quel mélange d'expressions douces et sévères, il s'efforce de le peindre; Hildebrand, dans les écrits de Pierre, est tour à tour : Velu chéri de l'Eglise romaine et le fléau dAssur; c'est un tyran fUiiteur qui n*a eu pour lui quune amitié de Néron et qui l'a caressé avec des seèTes daigle; cest tm saint détnon. Toutes ces expressions ont été mal comprises par plusieurs historiens, qui ont cru à une mésintelligence réelle entre Hildebrand et Pierre Damien ; elles n'étaient chez ce dernier qu'une manière un peu emphatique de peindra l'obstination que mettait Hildebrand à U retenir au milieu des hon-

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neurs de la cour romaine et de Tépiscopat. Pierre Damien remporta dans cette lutte singulière, insprée par Tamitié et l'humilité; il obtint du pape de redevenir simple moine , et se retira dans la solitude après laquelle il soupirait depuis lonf^temps.

Avant de quitter Rome, il écrivit à Cadaloûs pour le conjura de ne point ajouter un schisme aux malheurs de l'Eglise; mais l'antipape ne vit dans le saint cardinal qu'un partisan de son compétiteur, ne tint point compte de ses éloquentes paroles et marcha sur Tltalie. Il passa les Alpes au printemps de l'année iOôâ, ayant avec loi une forte armée et beaucoup d'argent. Alexandre, de son côté, fit ses préparatifs de défense, et les deux compétiteurs se livrèrent un combat acharné sous les murs de Rome. La victoire resta indécise j Alexandre se retira dans son évèché de Lucques, et Cadaloûs dans son évéché de Parme; ils tinrent chacun un concile et s'ex*oommunièrent mutuellement.

L'Italie, dans le trouble et la confusion, ne savait anquel des deux prétendants se rattacher. Son salut lui vint d'Allemagne.

Cologne possédait alors un saint archevêque nommé Annon. Parmi les prélats de l'Eglise cathotique , il en était peu qui lui fussent comparables en vertus et en lumières. Désolé des maux que le schisme causait à l'Eglise, il se donna des peines infinies pour y mettre fin et tint à Osbor un concile nombreux où furent examina les titres des deux prétendants.

Pierre Damien , que le pape avait tiré de k solitude pour le charger d'une légation importante en France, écrivit, de ce pays, nn plaidoyer curieux entre un avocat du roi Henri et un défôoseur de l'Eglise romaine. Son but, dans cet ouvrage, était de prouver que le roi d'Allemagne ou l'empereur n'avait pas le droit de désigner le pape. Le concile d'Osbor fut du même avis et condamna Cadaloûs, le jour de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude ; il y avait un an , à pareil jour, qu'il avait été élu à Bàle.

Annon , après cette sentence , fit plusieurs voyages en Italie pour mettre fin au schisme. Malgré ses soins et ses peines, Cadaloûs se maintint encore quelque temps, soutenu qu'il était par plusieurs petits princeit du nord de l'Italie ; mais, abandonné des évoques d'Allemagne, son parti ne pouvait que décroître de jour en jour; Pierre Damien parvint même à en détacher Godefiroi de Toscane, qui en était l'âme , et k lui fiiîre accepter l'arbitrage d'nn concile pour la réunion duquel Godefrot offrit sa ville de Mantoue.

Pierre DHmien écrivîi dans le même temps k Henri pour le sop-

plitr dft pacifier entièrement TEflite. Ge prind» b&ûlait à se pro** nenoer ooirerteinent pour Alexandre» En sa qualité de successeur de diariemagne, il ne voulait rair dans le siège apostolique qu*un fief de Tempire, ei dans le pape qu'un taaaai qui devait recevoir de lui l'investiture féodale; mais le temps était venu Où l'idée même de l'empife romain devait s'évanouir devant celle de l'empire chrétien, et où l'empereur ne serait plus qu'un vassal du chef suprême du oliristianisme. Henri voulut lutter encore; mais Annon de Cologne SAleva hardiment le jeune prince à sa mère Agnès » se chargea de sa tuieile et se rendit en Italie pour aviser aux moyens de concilier d'une manière définitive les prérogatives du roi avec la suprématie splritaelie et la liberté du Saiot--Siége II s'avança jusqu'à Rome et se fit l'avocat de son roi ; mab Hildebrand plaida, d'une manière sî solide I pour les droits de l'Eglise et la liberlé des élections pontifia» cales, qu' Annon lui-même n'eut rien à répliquer. Il se eontentn de renvoyer la di^sion définitive de ces questions délicates au concile de Manloue, qu'il supplia le pape d'assembler dans le plus bref délai.

Ce concile le tini en IÛ64« Alexandre y fut reconnu pape légi^ lime. Gadaioûs, condamné tout d'une voix, n'en persévéra pas moins dans ses prétentions;, il chercha même à s'emparer par force du aiégê apostolique, partit pour Rome avec nne troupe de soldats et s'embusqua avec eux dans l'églîse de Saint-Pierre. A celte nouvelle) les habilaols de Rome se portèrent en masse sur l'église; les soldats de Cadaleûs , effrayés, se dispersèrent à la fiiveur des ténè^ bres^ et l'antipape, fait prisonnier, ftK enfermé dans une tour '•

Le pape Alexandre annonça cette heureuse nouvelle à Gervais de Reims* Cet archevêque lui avait écrit pour le iëlidler de son avènement, lui dire k peine que ressentait l'Eglise de France du schisme de Cadaloûs, et l'avertir qu'à k faveur du désordre causé par ce schisme, la simonie , combattue si vigoureusement par ses trois dernière prédécesseurs, faisait de nouveaux progrès*

« Nous avons vu, par votre lettre, lui répondit le pape *, que Votre finternité est vivement émue des maux de sa mère , la Sainte* Eglise Romaine^ et que , si vous le peuvies , vous viendriei k visiter. Je ne doute pas que vous ne prcBiisK paria sa prospérité aussi bien

< n en sortit II la fln de rannée lOSS et s'enfoU en Toscane oA on le lelssa tranquUlcBient faire le pape jasqif à sa mort

s Epist Alexaad. ad GsfVSSk \ sp» Labii et Csss. Gsoe., t n^ p. SUS»

qu'à son adversité; c'est pourquoi noas yoqs apprenons que le malheureux Gadaloûs est tombé aussi bas qu'il avait voulu s'élever haut; car il est prisonnier dans une tour d'où il ne sortira, nous l'espérons, qu'après avoir expié les crimes dont il s'est rendu cou* pable envers saint Pierre. »

Alexandre, après avoir loué Gervais de son xèle, le charge de terminer, de concert avec l'archevêque de Sens, l'affaire de l'évéque d'Orléans Haderic, accusé d'avoir acheté son évéché; ei celle de Rainald, abbé de Saint-Médard de Soissons, qui se maintenait toujours dans son abbaye, malgré sa condamnation au concile de Reims.

Le pape avait beaucoup de confiance dans la sagesse de Gervais; il lui écrivit plusieurs * autres lettres où ii le charge d'afiaires impor* tantes, et lui parle avec affection et confiance; il lui &it part des plaintes qui lui ont été portées contre les évéques de Beauvais et d'Amiens, et lui défend d'ordonner éréque de Soissons un nommé Goslin , qui avait acheté l'arcbidiaconé de Paris et venait de Ikire l'acquisition du siège épiscopal de Soissims; l'évéque de Beauvais avait été accusé, auprès du pape, de dissiper les biens de son église, et l'évéque d'Amiens de vexations envers les moines de Corbie dont il ne voulait pas reconnaître les privilèges.

Le siège apostolique, depuis peu de temps, avait oonstdéraUement multiplié ces privilèges des abbayes. En vertu de ces privilèges, la juridiction de l'évéque était restreinte, et les monastères étaient comme des fiefs ne relevant directement que du siège apostolique. Nous avons indiqué aiHenrs ' la raison de ces privilèges ou exemptions accordés par les papes aux monastères, et il nous semble certain qu'ils n'ont eu en vue que de se former une miKce active, ré* gniière , propre à combattre les vices du dergé séculier et h le 8U(h ptèer auprès des fidèles, presque abandonnés de leurs propres pastenrs, trop souvent même scandalisés par eux.

Mais beaucoup d'évéqoes ne voyaient pas sans dépit h nouvelle coutume introduite par l'Eglise romaine contrairement aux anciens canons.

L«s évéques du concile d'Anse s'appnyant, comme nous l'avons vu , sor l'anden droit, avaient dédaré «busifc les privilèges accordés par les papes au monastère de Cluni , et l'Eglise de France, au

< Ap. Uibb. et GoM. Gonc, t. n, |v 1129 slsef, s r. 1« coop-d'crfl général placé ea téie dt os voIwm,

DE L BGUSS DB rRANCB. 233

commeDcémetit da pontificat d'Alexandre II, était gravement troublée par les querelles élevées entre les évèques et les abbés.

Gui d'Amiens n'étant encore qu'archidiacre de celte église, n*a* vait cessé d'exciter l'évéque Foulques^ son ft*ère, à donner des atteintes aux privilèges de Gorbie. Le pape Léon IX, au concile de Reims , avait déjà été obligé de défendre les moines de ce monastère, et Tévéque Foulques, refusant de conférer la prêtrise à l'abbé de Gorbie y celui-ci avait dû aller recevoir l'ordination à Rome. Ce Ait un nouveau sujet de querelle. L'archidiacre Gui se rendit à Rome^ et accusa l'abbé de plusieurs crimes, particulièrement d'avoir reçu l'ordination d'une manière peu canonique. Léon IX cita les parties à comparaître devant le concile de VerceiL L'abbé de Corbie obéit à la citation ; mais personne ne s'y étant présenté de la part de l'évéqoe d'Amiens, le pape prononça contre lui et chargea l'archevêque de Reims de protéger l'abbé de Corbie.

Foulques d'Amiens respecta les volontés du pape; mais Guy, lui ayant succédé, se remit à combattre plus vivement encore les privilèges de Corbie. Après bien des conférences inutiles, l'abbé essaya d'apaiser l'évéque en lui donnant une somme d'argeot ; Gui prit l'argent et continua la guerre avec une telle activité, que l'abbé fut obligé d'avoir recours au comte Baudoin , régent de France pendant la minorité de Philippe I"'. L'affaire fut portée devant une assemblée nombreuse d'évéques et d'abbés qui donnèrent raison à l'abbé de Gorbie (f063).

Gui ne tint ancnn compte de cette décision , et somma , sous peine d'excommunication, l'abbé Foulques de se rendre, avec le moine Baudoin , à son synode épiscopal qu'il devait tenir le 5 juillet. Foulques était malade ; il envoya ses excuses à Gui y qui répondit sept jours après par une sentence d'^ccommunication. Le métropolitain , à la requête de l'abbé, donna ordre à l'évéque de lever les censures, et celui-ci , au lieu d'obéir, lança une nouvetie sentence. Alors Foulqnes s adressa directement au saint^nége, et envoya an pape Alexandre II une requête dans laquelle sont exposés les ftila que nous avons rapportés *.

Alexandre ayant reçu cette requête, écrivit à Gui une lettre sévère dans laquelle il le menaça de déposition et d'excommunication s'il ne cessait d'inquiéter les moines de Corbie. Il chargea Gervais de Rdms de mettre ses menaces à exécution. Gui s'opiniàtra quelque

4 y bdl. Fttic. aliM. % ap. MabiH.

834 HtSTOUlB

temps I et le pape insista de noaveatt. La paii se cooclul enfin, et l'abbé de Corbie en fut pour une lerre de son abbaye qu'il céda à révéque\

Une querelle non moins vive existait entre Geoffroii évéque de Paris , et Tabbé de Saint-Denis. Les privilèges monastiques en étaient aussi la cause. L'abbé et l'évéque comparurent par-devant le pape^ qui jugea en bveur des moines» Geoffroi dissimula si peu le dépit que lui causait cette sentence* que le pape cbai^ea Tardievéque de Sens, métropolitain de la province, de donner le saint chrême et les ordres sacrés auK moines de Saint-Denis , ou de les leur bire donner par quelqu'un de ses suffragants.

Les évéques avaient ordinairement le droit de foire les ordina» lions dans les monastères exempts de leur juridiction par privilégCi et de leur donner le saint chrême.

Drogon, évéque de Mâcon, fit, dansce temps, une rude guerre aux privil^es de Gluni, et, au lieu d'avoir reoours aux formes légales, employa les armes qui lui semblaient un moyen, beaucoup plus expéditif. Il se rendit à Gluni avec une troupe de gens armés et assiégea l'église où, disait-il , il voulait tenir un synode» Les moines de Gluni soutinrent courageusement l'attaque , et Drogoo fut obligé de se retirer» après toutefois avoir excommunié toute la communauté.

L'abbé Hugues alla aussitôt à Rome porter plainte au pape , et se trouva ainsi à un concile de plus de cent évéques , qu'Alexandre tint en 1063. Hugues obtint du pape que le cardinal Pierre Damien serait envoyé en France pour tenkiiaer le diOërend élevé entre lui et l'évéque de Màcon.

Pierre Damien, par amitié pour l'abbé Hugliea , consentit à quitter sa chère solitude, et le pape le chargea de porter en même temps en Fraoee les canons du dernier concile de Rome»

Gea canons, au nombre de doute, ont surtout pour objet de ré* primer la simonie et rineontinenoe des clercs, les deux grands viees que la papauté avait entrepris de déraciner du champ de l'Eglise. La vie commune y est rendue obligatoire pour les clercs. On reeoDnatt dans cea canons la peâsée do Hildebrand, qui était le oonaelller de tous les papes depuis Léon K.

Le pape, en envoyant Pierre Damien travailler i la réforoM de l'Egliso de France ^ k chargea d'uae lettre adeeseée au& archevêques

* K Epbt AlexamL pip. XIX ad Ger?asLf Ui «p. sopra dit»

DE L EGiI«l DB FRA!(CB. S3S

Gervais de Reins, Richek* de Sens, Barthélemi de Toars, AimcMl de Bourges et GosceUn de Bordeaux.

a Très-chers frères, leur dit le pape \ vcmis n'ignores pas qu'en vertu des prérogatives du siège que nous oceilpons, malgré notre indignité, nous sommes chargé de gouverner TEglise universelle. C'est pourquoi, les affaires de l'Eglise ne nous permettant pas d'ailler nous-méme dans votre pays, nous vous envoyons celui qui ^ après nous, occupe la première place dans l'Eglise de Rome, c'està-dire Pierre Damien , notre œil et le soutien du siège apostolique. Nous lui avons confié tous nos pouvoirs , afin que ce qu'il aura ré^ glé et décidé soit aussi respecté que si nous l'eussions établi nousmême après un mâr examen. Nous vous avertissons en conséquence, et nous vous ordonnons, comme dépositaire de l'autorité apostolique, de le recevoir comme nous-méme et d'obéir à ses ordonnances. D

Pierre Damien, à son arrivée en France, assembla un concile à Châlon-sur-^adne '. Les privilèges de Cluni , appuyés sur l'acte de fondation du monastère et sur les lettres de plusieurs papes, furent reconnus et confirmés. L'évéque de Màcon fut obligé d'avouer qu'il avait péché en les attaquant, et de se soumettre à une pénitence que lui imposa le concile.

L'autorité du siège apostolique grandissait chaque jour, et il y avait loin de la décision de ce concile de Châlon à celle du concile d'Anse relativement au même objet.

Pierre Damien, après avoir jugé plusieurs évéques ou abbés accusés de simonie , quitta Châlon et se rendit à Cluni.

11 y fût reçu par l'abbé Hugues, son ami, qui l'instruisit des usages de sa communauté. Pierre Damien, tout en manifestant son étonnement des richesses immenses du monastère et de l'abondance dans laquelle vivaient les moines, ne put qu'admirer leur ardeur pour le travail et leur régularité. Après avoir quitté Cluni, il écrivit à Hugues plusieurs lettres ' dans l'une desquelles nous remarquons ces paroles: «Quand je me rappelle les observances de votre monastère, je vois clairement qu'elles ne sont point des inventions

* Epist Alexand. XXi ad «rchiopiseo|i. Oall. ; ap. Labb. etGoM. Gonc, t. n. Pi 1131.

> Concll. CabUon. ; ap. Labb. et Coss, Conc, t. ix, p. 1177. — Fid etlam Bibliotli. Cluniac

• Pctt fiftnk episl. ad HngoB. at ad mooaok Clmiiae., lUw B,apiiU 3, 3, 6,S«

236 BlftTOlM

hninaines, mais des inspirations de l'Bsprit-Sainh Les exercices sont tellement multipliés, les offices surtout sont si longs, que les moines ont k peine une demi-heure par jour pour s'entretenir ensemble dans le doitre. On a voulu sans doute, par ces actes fréquents, prémunir les faibles contre leur propre fragilité. Hs n'ont pas, en effet, le temps de pécher, si ce n'est peut-être en pensée, i»

Pierre Damien visita, pendant sa légation en France, Hugues, archevêque de Besançon , et lui écrivit ensuite une lettre * dans laquelle il lui témoigne son estime et lui donne quelques avis.

On ne possède pas d'antres détails sur la légation de Pierre Damien.

Béranger, qui avait quitté Rome en même temps que lui, fut à peine arrivé en France , qu'il publia un ouvrage pour réfuter la profession de foi dressée par le cardinal Humbert et qu'il avait signée en présence de tout le concile.

La mauvaise foi de Béranger se dévoilait par cette démarche indigne, et les insuites qu'il prodiguait dans son ouvrage au savant cardinal Humbert ne servirent qu'à lui fiiire perdre l'affection de ceux qui avaient été jusqu'alors ses plus zélés partisans. L'évêque d'Angers lui-même , Eusèbe-Brunon , l'abandonna et lui écrivît une lettre dans laquelle il lui exposa les motiEs de son changement. «J'ai horreur, lui dit-il *, de ce qui est un sujet de scandale pour toute TEglise , et mon unique souci est d'opérer mon salut et de vivre dans la paix chrétienne, en suivant avec simplicité les paroles de J.-G. Elles suffisent bien pour soutenir notre foi; je le crcMS, du moins, et d'autres plus habiles que moi croient de même. C'est d'après ce principe que la discussion a été terminée à Tours, en présence du légat Gérald ; qu'elle l'a été une seconde fois dans la même ville par le jugement du légat Hildebrand , et une troisième fois à Angers par ordre de notre comte. L'archevêque de Besançon ' et plusieurs sa-

^ Pet. Dam. Opusrul. 30.

2 EpifU Euseb. ad Berengar., ap. de Roye,de Vitâ Hxrcsl cl PcBnlL Berengar.

> Une andciir.a chronique d'Angers (ap. Labb. blbllatli. , 1. 1) imhis apprend que iingiicf , archevêque de Besançon, ae Uonva, Ji Angers, à U dédicace de l*égllse de Sa*nt-Sauveur, qui eut lieu m 1063. Ce fait sert A fixer U date de la lettre d'Eusèbc-Brunon k Béranger : elle dut être écrite postérieurement à \WJ, puisqu'il y est Tait mention du concile où asrisia Hugues. C'est donc avec raison qne niNift U regardom ooMBie éaito l'an isattaprii le releiir dnBémferdtt

DC l'ÉGLISB DR PRANCB. 937

vants qui se trouvèrent k cette dernière assemblée , écrasèrent sous leurs pieds le monstre qui commençait à lever la tête. »

La nouvelle apostasie de Béranger donna occasion à Durand , savant abbé du monastère de Troarn, d'entrer en lutte contre lui et de composer son Traité sur l'Eucharistie ^

Il lit précéder cet ouvrage de neuf cents vers hexamètres. Les vingt-cinq premiers sont comme le prélude du poème et du traité qui le suit. Dans ce préambule, et à la fin de son traité , Durand fait connaître les moiifis qui Tout déterminé à entreprendre son ouvrage. Désolé des progrès de la nouvelle hérésie, il crut de son devoir de recueillir, dans les ouvrages des Pères , ce qu'ils ont écrit de plus solide et de plus propre à établir la foi de l'Eglise touchant le mystère de rEucharistie. Il divisa son livre en neuf parties. Dans la première y il démontre la nécessité de la foi en général et delà ^ à la présence réelle en particulier, et expose en peu de mots l'hérésie de Béranger. «Elle condste, dit-il, à ne voir rien de réel dans le sacrement du Seigneur et à n'y admettre que figure et ressemblance. Les adeptes, pour échapper au soupçon d'hérésie et &ire croire qu'ils n'ont pas d'autre opinion que celle du Seigneur, se déguisent avec art et vont jusqu'à dire que le pain et le vin offerts à l'autel sont, tout en conservant leur nature, le t;rat eor/»et let;ra» sang du Christ, non pas, il est vrai, nalurellementj mais figurativement; d'où ils concluent que les substances offertes sont sujettes au travail de la digestion. »

C'était bien là, en effet, l'opinion de Béranger. Le mot vrai, appliqué par lui au corps eucharistique de J.-C, n'était pas synonyme de rdel; l'hérétique voulait seulement dire , en employant ce mot, que l'Eucharistie était la figtire cTtin corps vrai et non d'un corps fantastique comme celui que les gnostiques attribuaient à J.-G.

Dans la seconde partie de son Traité et dans les suivantes jusqu'à

concile de Rome. On doit remarquer qu*Eusèbc-Brunon mentionne deux conciles de Tours. Gérald, dont 11 parle, était légat en même temps que Hlldebrand.

* Durand. Ub. de corp. et sang. Chrisli ; Inier op. Lanf. append., p. 73 et seq., edit. d'Aclieri. — Ce traité fut composé api es Tan 1050, et au moment où Ton parlait d'une nouvelle apostasie de Béranger, comme on le voit dans la neuvième partie du Traité lui-même. Le P. Mabillon (sxcul. 6. Bened. praef. 2» parL S 50) a*e8t donc trompé en mettant ce traité après ceux de Lanfranc et do Guimond, qui n'écrivirent que sous le ponilûcat de Grégoire VII. Sa véritable date parait bien être lOOft ou 1065. Il a été écrit certainement aTantl078, puisqu'il est dédié à Ansfrol, abbé de Préaux , qui mourut cette année-li.

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la buitième , Durand établit le dogme de la présence rédle par le témoignage des Pères de l'Eglise et surtout de saint Augustin que les béréljques prétendaient leur être favorable.

La neuvième partie est un abrégé de l'histoire de Tbérésie de Bé* ranger jusqu'au concile de Paris que Durand mct^ par erreur*, en i053.

L'érudition de Durand de Troarn ne fit pas revenir Déranger de ses erreurs.

Lanfrane en écrivit au f ape ' Alexandre qui avait cru à la sincérité de Déranger y et lui adressa une lettre' affectueuse pour le conjurer de ne plus troubler l'Eglise. Mais l'hérétique fut insensible à-cette marque de tendresse et osa même répondre au pape qu'il persévérait dans ses anciennes opinions.

Les plus grands évéques de France étaient profondément affligés des progrès de l'hérésie. Gervais de Reims étant tombé malade à cette époque et sentant approcher sa fin, voulut, en mourant, protester contre les opinions hérétiques de Déranger et faire une profession de foi solennelle. Il fit donc assembler les chanoines et les autres clercs de son église, et a en notre présence, dit le prévôt Odalric * qui assista àcette scène touchante , il fit sa profession de foi en bon catholiqjie, nous priant de lui servir de témoins, devant le Seigneur, qu'il croyait recevoir le vrai corps et le vrai sang de

Plusieurs autres saints personnages imitèrent Gervais, àcette époque, et crurent nécessaire, au moment de la mort, de confesser hautement leur foi en présence de témoins; l'hérésie de Déranger leur causait tant d'horreur, qu'ils ne voulaient pas que le plus léger soupçon sur ce point pût ternir leur mémoire.

L'Eglise de France perdit, dans la personne de Gervais, nn évéque vertueux, télé pour la discipline, et ami des lumières. Sous son épiscopat, l'école cathédrale de Reims avait conservé la supé-

* Ce concile se tlot ceruioement en lOSO. U laut que Durand ait éerit plusienis années après l'époque qu'il fixe pour s'être trumpé de (rois ans ; ainsi est déterminée d'une manière très-probable l'époque où U écrivit son Traité. Nous croyons ne pas nous tromper en le fixant ft l'année 1064 ou 1005.

s On a confondu celte lettre de Lanfrane contre Béranger, avec son Traité contre le même, ce qui a été cause de graves erreurs sur la date de Oi Traité. La lettre n'est pas venue Jusqu'à nous.

s Ap. Mabill. saBcuU 0. B^ned. S* part. S t3.

M^rVf.,S30.

0« l'B6LIM( m tRAKCI. 199

riorité que Gerbert lai avait donnée. Genrais l'avail eùB&èe h Brano, un des plus savants hommes de l'époque, et qcu devint si illustre par rinstîlution de l'Ordre des Chartreux. Ce fut à l'école de Bruno, et sous l'arehevéque Gervais, que Ait élevé Odon , successivement prieur de Cluni, évéque d'Ostie et pape sous le nom d'Urbain II. L'Ëglise de Reims dut ressentir la perte deGervais d'une manière d'autant plus vive, qu'elle fut gouvernée, après loi, par Manassès, évéque simoniaque et incontinent. Manassès ^ avait acheté le siège de Reims et trouvait son argent bien placé, car II jonissaîl de trèsgros revenus. Une seule chose le gênait , c'était d'être obligé de rem« ptir quelques fonctiens épiacopales. « Mon évéelié serut très-bon , disait-il, s'il ne fallait pas chanter la messe. »

Gervais venait de mourir lorsque deux nouveaux légats d'Alexandre II, le cardinal Uugues-le-Blanc et le cardinal Etienne, arrivèrent en France. Le siège apostolique poursuivait avec vigueur l'œuvre de la réforme, mais il avait de terribles obstacles à surmonter.

On sait que le cardinal Etienne parvint à réunir un concile à Bordeaux et que le cardinal Hugues en tint deux, l'un à Aucfa , l'autre k Toulouse ; mais il ne nous est rien resté de ces conciles qui mérite d'être enregistré dans l'htsloire. Le clergé séculier était généralement trop corrompu pour ne pas annuler, autant qnll était en lui, l'elèt des mesures qu'auraient pu prendre les légats du saint-siége.

Ce n'était que par les Ordres monastiques que la papanté pouvait parvenir à sauver TEglise , et , avec elle , la civilisation ; aussi cher-' chait*elle à en fiivoriser le développement.

La France s'enrichissait chaque jour de ces utiles institutions. Vers le milieu du xi* siècle , nous voyons s'élever les monastères de Saint-Martin-des-Champs , de Lire, de Cormeille, de Couches, de Saint-Pîerrc-sup-DIve, du Tréport, de la Trinité io Lessai , de Lonlat, de Saint-Étienne-de-Fontenai, de Grestain, de Montebourg, de Saint-Sévère, de Saint-Sauveur-le- Vicomte , de la Charité-sur- Loire, de Saint-Martin de Pontoise, d'Orval et plusieurs autres. Ce fut aussi à la même époque que Ton rétablit le célèbre monastère d'Ouche, plus connu sous le nom de Saint-Evroul qui en avait été le premier fondateur.

La plupart de ces monastères étaient bfttis et dotés par des seigneurs qui croyaient ainsi faire de leurs richesses un usage utile à

4 Gulb. in vita suâ.

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la société et agréable à Dieu. Souvent les papes et lesé^éques inposaient aux coupables pour pénitence la fondation d'un menas» tère: c'est ainsi que Guillaume^ duc de Normandie, pour s'être marié avec Malhilde, sa parente, fut condamné à bâtir deux monastères, l'un pour des moines et l'autre pour des religieuses. Guillaume, en conséquence, fonda à Caen les deux monastères de Saint- Etienne et de la Trinilé.

Le célèbre Lanfranc \ prieur du Bec, fut le premier abbé de Saint- Etienne de Caen. Le vénérable Uerluin ne le céda qu*avec peine , car, outre l'afTection qu'il lui portait, il avait besoin, pour bâtir l'église de son monastère, de l'argent que le savant éocdâtre recevait de ses disciples.

Lanfranc ayant pris possession de son nouveau monastère, en donna avis au pape Alexandre II qui avait été son disciple au Bec. Alexandre lui répondit par une lettre flatteuse ' qui est en même temps un acte de privilège par lequel il prend sous sa protection l'abbaye de Saint-Etienne et la déclare dépendante seulement du saint-siége.

L'école de Lanfranc à Saint-Etienne devint fort célèbre; de nombreux clercs y accoururent de toutes les provinces de France, même de Rome et des autres contrées d'Italie. Parmi ces derniers, on distinguait les pnrents du pape Alexandre II '. Linfranc leur enseignait lui-même les lettres humaines et les sciences ecclésiastiques. De cette école, comme de celle du Bec, sortirent d'illustres personnages qui remplirent avec distinction les plus hautes dignités de l'Eglise *,

Lanfranc fut remplacé, comme prieur et écolàtre du Bec, par Anselme , le plus savant de ses disciples.

Anselme, le plus profond philosophe qu'ait eu l'Eglise de France au moyen-âge, naquit vers l'an 1034 dans la ville d'Aost, sur les confins de la Bourgogne et de la Lombardie '• Ses heureuses dispo* sitions naturelles el les leçons de sa mère Ermengarde lui donnèrent de bonne heure le goût de la vertu , et, à l'âge de quinze ans, il pria l'abbé d'un monastère du voisinage de le recevoir au nombre de ses moines- L'abbé, dans la crainte d'indisposer contre lui Gon«

* vit. Lanf. c. 4.

' V(d. not ad \\u tant. Inler cjus op., p. 27, eJit. d*Acheri, s Lanf. epist 1".

* Chron. Bcccena. InL op. Lanf. appond. , p. ?. ^ ViU S. An&elm. ; ap. Bolland. 11 apriL

DR l'rGUSR DK FRANCE. Sit

dalf, pore d'Anselme, n'osa se rendre anx prières du jeune postu* lant. Anselme, contrarié dans ses désirs, se dégoûta de l'étude qui jusqu'alors avait fait ses déliées, et se laissa même entraîner au milieu des plaisirs du monde. La tendresse qu'il avait pour sa pieuse mère le retint quelque temps sur le bord de l'abîme; mais il la pcr- Ai bientôt et s'abandonna dès lors à ces passions.

Un grave différend qui s'éleva entre son père et lui, le força de quitter sa patrie. Il passa en Bourgogne, puis en Fnmce, et, au bout de trois ans , parvint jusqu'à Avrancke , d'od il se rendit au Bec , attiré par la réputation de Lanfranc. Son séjour dans co lien sévère et paisible eut sur lui une influence salutaire: il sentit renaître son amour pour la vertu et se livra à l'étude avec une telle ardeur, qu'il ne tenait aucun compte du froid, de la faim et des autres privations qu'il s'imposait. Le désir qu'il avait eu autrefois d'embrasser la vie monastique se réveilla. Il en parla à Lanfranc, qui était autant son ami que son maître, a J'hésite entre trois états, lui dit-il; je ne sais si je dois me faire moine, ou ermite, ou vivre dans le moude en n'usant de mes biens que pour être utile aux pauvres; aidez- moi à prendre une détermination, o Lanfranc n'osa pas lui donner de conseil. Anselme s'adressa alors à saint Maurile, archevêque de Rouen , qui se déclara pour la vie monastique.

Anselme n'hésita plus que sur le monastère où il se consacrerait au Seigneur. Son inclination le portait bien à rester au Bec ou à entrera Ciuni, mais, par un reste de vanité, il craignait d'être éclipsé dans ces deux abbayes, les plus illustres de France, a Au Bec, se disait-il à lui-même, je ne pourrai l'emporter sur l'érudition de Lanfranc; à Cluni, je serai vaincu en régularité parlant de moines qui observent une si exacte discipline, o Mais celte inspiration de l'orgueil ne fit qu'efOeurer son cœur, a Quelle étrange illusion ! s*écria-t-il ; est-ce donc être moine que de vouloir l'emporter sur les autres? J'entrerai dans le lieu où je serai le plus méprisé, où je ne serai compté pour rien ; » et il se fixa au Bec. Il y était moine depuis trois ans * lorsqu'il en fut élu prieur. Son élévation lui suscita des envieux parmi les anciens moines qui murmuraient de ce qu'on leur avait préféré un religieux n^ayant que trois ans de profession. Anselme les eut bientôt gagnés par son humilité et sa charité. (}omme l'abbé Herluin était fort âgé et ne pouvait plus diriger son

* Sainl Anselme avait vlngt-sepl ans lorsquMI se fit moine et trente ans environ « en 1004 • lorsqu'il fut élu prieur. Herluin étmt mort en 1078, il fut élu abbé.

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