IV
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dément Tinflaence des Ordres monastiques et les rendre dignes de la mission que leur confiait la Providence.
UOrdre des cliHnoinesréguliers jetait moins d'éclat; cependant, il continuait à faire quelque progrès.
Gui , doyen de Saint-Quentin , ayant été élevé sur le siège de Beau vais en 4067, voulut populariser dans sa nouvelle église le culte de son premier patron ; c'est pourquoi il fit bâtir près de Beau* vais une église dédiée à saint Quentin, et établit, pour y faire Toflice, une communauté de chanoines réguliers. Yves, depuis évoque de Chartres, en fut le premier abbé. Cette communauté devint si florissante , que Philippe, évéque de Troyes, voulant établir des chanoines dans l'église de saint George, les tira de Saint-Quentin de Beauvais qu'il considérait comme la communauté qui honorait le plus la religion par sa régularité. Hugues, évéque de Nevers, fit rebâtir, à la même époque, l'église de Saint-Etienne qui était primitivement un monastère de religieuses fondé par saint Colomban , et la confia à des chanoines réguliers. Il y avait aussi plusieurs maisons de cet institut dans le Limousin , en particulier au Dorât et & l'Esterp, dont était abbé saint Gautier \ célèbre par langueur de sa pénitence. L'auteur de sa Vie rapportequ'àlafin de ses jours, ne pouvant plus se frapper assez fort , il se faisait donner des coups par on robuste chanoine.
Plusieurs saints personnages tombaient alors dans ces excès et ne peuvent être excusés que par Texcellence des motifs qui les faisaient agir. Tel fut surtout saint Thibault de Provins, dont nous devons esquisser la vie aussi sainte qu'extraordinaire. Il fut un des rares ermites qui essayèrent de renouveler au moyen-âge la vie des solitaires de laThébaïde. L'institution monastique était devenue si florissante, que tous ceux qui désiraient s'adonner à la pratique des conseils de l'Evangile entraient dans les abbayes , et l'on ne trouve que de rares exemples de la vie ermitique. Saint Thibault en oflre un des plus remarquables.
Il était né à Provins, de famille noble ' . Son père se nommait AmouletsamèreGisla. Dès ses plus tendres années^ il eut beaucoup de goût pour la piété , et traversa , sans flétrir son innocence , Tépo* que si fragile de la jeunesse. Epris des charmes de la solitude, il prit de bonne heure la résolution de mener la vie solitaire etcom-
* VIL S* Galt. ; ap. Bolland. Omail.
s ViU S. Tbeob. ; ibid. 30 jun.
l'éulise de vhance. 245
muniqua son dessein à un ermile qui demeurait dans une île de la Seine et qui l'encouragea à le mettre à exécution. Thibault trouva à Provins un jeune seigneur , nommé Gauthier , qui partageait ses goûls. Les deux amis quittèrent Provins, suivis de leurs écuycrs, aUn de n'inspirer aucun soupçon ; arrivés à Reims, ils les renvoyèrent , changèrent d'habits avec deux pauvres qu'ils rencontrèrent et allèrent nu-pieds jusqu'au diocèse de Trêves. lisse fixèrent quelque temps dans un lieu désert de cette contrée, s'occupèrent à faire du charl)on, et gagnèrent ainsi un peu d'argent qui leur servit à faire le pèlerinage de saint Jacques en Gulice. Ils firent encore ce long voyage nu-pieds.
Thibault, de retour à Trêves, voulut acquérir un peu d'instruction ; car, en sa qualité de noble, il ne savait rien. Un clerc lui apprit par cœur les septs Psaumes de la Pénitence. Quand il les sut, il désira apprendre les autres, mais il n'avait ni Psautier ni argent pour en acheter un. A la prière de Gauthier, le derc alla à Provins en demander un au père de Thibault.
Le clerc fut bien reçu à Provins, et il apprit à Arnoul et à Gisia la haute sainteté à laquelle leur fils était parvenu. Arnoul voulut suivre le clerc. Thibault avait défendu de faire connaître à son père le lieu de sa retraite, mais le clerc ne crut pas devoir respecter cette défense , emmena Arnoul à Trêves , et lui dit de se trouver le lendemain hors de la ville sous un gros arbre où il avait coutume de donner des leçons à son fils. Arnoul fut exact au rendez-vous; mais Thibault, en l'apercevant, dit au clerc : a Vous m'avez trahi , m et prit aussitôt la fuite. Son père courut après lui , en s'écriant : a mon fils, pourquoi fuis-tu ton père? Je ne viens pas pour te détourner du service de Dieu; je veux seulement avoir la consolation de te parler, afin de pouvoir donner de tes nouvellesà ta mère. — Seigneur, réponditThibault, allez en paix, et laissea^moi servir J.- G. en paix. » Après quoi il reprit de nouveau la fuite, quitta Trêves et ne s'arrêta qu'en Italie.
Il voulait de là passer en Terre-Sainte , mais Gauthier, son fidèle compagnon, l'engagea à se fixer près de Yicenze, dans un lieu nommé Salanigo, dont le site désert et sauvage leur sembla trèspropre à servir de demeure à des solitaires.
Ils y bâtirent, avec l'agrément des seigneurs du lieu , une petite cellule auprès des ruines d'une église, et s'y consacrèrent à toutes les rigueurs de la pénitence. Thibault se priva seulement d'abord de tout aliment gras ; puis sa nourriture fut du pain d orge et de l'eau } enfin, les dernières années de sa vie, il se retrancha le pain
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et toute espèce de boisson , ne vivant que de légumes et de fruits. Son Ut était une planche, une pierre loi servait d'oreiller. Les cinq dernières années de sa vie, il ne se coucha point , et ne prit qu'assis le peu de sommeil qu'il ne pouvait refuser à la nature.
L'évéque de Vicenze appréciant les vertus de Thibault, l'ordonna prêtre, et Pierre, abbé des ermites camaldules de Vingadice, lui donna Thabit monastique } mais l'humUe sditaire ne quitta point sa cellule.
Arnoul et Gisla ayant connu la nouvelle retraite de leur flls et la réputation de sainteté dont il jouissait, entreprirent le voyage d'Italie pour le voir. Thibault les reçut, cette fois, avec tendresse. Sa mère ne put se résoudre à le quitter et se sanctifia, sous sa conduite, dans une ceUule proche de la sienne. Saint Thibault mourut, épuisé d'austérités, douze ans après être sorti de la maison paterudle, en
Un jeune seigneur \ nommé Ebrard, voulut imiter saint Thibault, dont la vie extraordinaire faisait grand bruit en France. Après avoir passé sa jeunesse d'une manière licencieuse, il s'enfuit secrètement et se fit charbonnier , comme Thibault; mais il s'aperçut bientôt que la vie solitaire serait pour lui remplie d'écueils, et il se fit moine à Marmoutier , où il mena une vie très-austère.
Dieu eut toujours des élus dans toutes les conditions sociales , et l'histoire doit enregistrer les noms de sainte Godeliève et de la bienheureuse Ide qui vivaient dans le même temps que les Thibault, les Ebrard et plusieurs autres saints personnages. Godeliève était née à Lodefort, entre Calais et Boulogne. Après quelques années d'un mariage qui ne fut qu'un martyre continuel, elle fut étranglée par ordre de son mari. La bienheureuse Ide fut mère de Godefroi de Bouillon, le héros de la première croisade '.
Ces exemples de vertu étaient malheureusement trop rares nonseulement dans le monde, mais aussi dans le clergé. Le siège apostolique poursuivait cependant toujours avec énergie ses projets de réforme.
Alexandre H ne bornait pas ses eCTorts à la France. Guillaume, duc de Normandie, ayant conquis l'Angleterre (1066), le pape y envoya, l'an 4069, deux légats pour travaillera la réforme des abus qui régnaient dans ce pays comme dans le reste de FEglise. Guil-
«Gulb. devit. 8nâ,lib. 1.
* r. BoHand. 6 Jul. et 13 aprll.
DE l'eGLIM DB rBAKCI. 247
laame secofHla 8es vues^ et , à cet effet, eonçut la penitée de donner les évéchés de son nouveau royaume aux honime$ vertueux et savants dont TablMiye du Bec avait peuplé son duché de Normandie.
Stigaud j archevêque de Cantorbéry , ayant été déposé pour cause de simonie, Guillaume jeta les yeux sur Lanfranc pour remplir ce siège. Lanfranc avait déjà refusé Tarchevéché de Houen après la mort de saint Maurile, arrivée deux ans auparavant; il refusa de même celui de Cantorbéry. Mais Guillaume fit passer en Normandie les deux légats du pape qui, dans une nombreuse assemblée des évéques, des abbés et des seigneurs de la province, ordonnèrent à Lanfranc, en vertu de lautorité apostolique, d'accepter la dignité qui lui était offerte. Herluin, qui vivait encore, joignit ses ordres à ceux des légats* LAufranc n'osa résister : il partit pour TAngle* terre, avec Tespérance toutefois de faire agréer son refus au roi. Ses efforts furent Inutiles. Malgré sa répugnance, il fut obligé de donner son consentement, et en fit part au pape Alexandre II, par cett^ lettre ' :
« Lanfranc, évéque indigne, au pape Alexandre, souverain pas-teur de la sainte Eglise.
Je ne sais à qui je pourrais mieux confier mes malheurs , qu'i vous, mon père, qui en êtes cependant la cause. Tiré de Tabbaye du Bec , où j'embrassai la vie monastique, j'avais été placé parGuil^ kome, prince des Normands, à la tête du monastère de Saint- Etienne de Caen , lorsque , par l'effet de je ne sais qael jugement de Dieu , j'ai été forcé par vous d'accepter la conduite d'un peuple nombreux, moi qui n'étais pas capable de guider quelques moines! J'avais résisté à toutes les sollicitations du roi, lorsque vos deux lé-» gats, Hermanfroi, évéque deSion, et Hubert, cardinal de la sainte Eglise romaine, sont arrivés en Normandie, ont convoqué les évéques, les abbés et les seigneurs, et m'ont ordonné, en leur présence, de prendre le gouvernemmit de l'Eglise de Cantorbéry. Ce fut en vain que je fis valoir ma {aîbiesse, mon indignité , mon ignorance de la langue des peuples barbares auxquels on m'envoyait; tout me fut inutile. Je donnai donc mon consentement , je suis parti et je me suis chargé d'on fiardoau qui n'est pour moi qu'une source de diagrins et d'ennuis, à cause de tous les crimes et de l'endurcis^ sèment dont je suis témoin. J'entends et je vois tant de choses qui
* Lanf. Epist. 1*.
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menacent TEgUse , que la vie m est insupportable et que je déplore d'avoir vécu jusqu'à présent.
« Mais je ne veux point distraire plus longtemps Votre Grandeur de ses nombreuses et graves occupations ; je veux seulement la prier d'user, pour me décharger de répiscopat, de la même autorité qui m'en a chargé, d
Le pape tenait (rop à avoir des ouvriers évangéliques comme Lanfranc, pour accéder h sa demande.
Guillaume voulut, dans le même temps, faire évéqueen Angleterre un autre savant moine de Normandie, nommé Guimond '.
C'était un homme d'une vertu sévère, et d'un caractère plein de loyauté. Il répondit aux avances du roi par une lettre qui fit grand bruit et qui fut blâmée parles courtisans, mauvais juges en fait de franchise. Guimond y traitait d'usurpation la conquête de l'Angleterre.
a Beaucoup de raisons, dit-il au roi , me rendent indigne de Tépiscopat, surtout mes infirmités spirituelles et corporelles. Je ne puis pas me conduire moi-même, comment voulez-vous que je conduise les autres? Et puis, quand j'y regarde de près, je ne vois pas comment il me serait permis de gouverner ceux dont je ne connais ni le langage ni les mœurs, ceux dont vous avez pillé, exilé, tué les pères et les amis. Lisez les Ecritures et dites-moi s'il est permit de donner au troupeau de J.-C. un pasteur choisi par les ennemis de ce troupeau. L'élection, pour être canonique, doit être faite par les inférieurs et confirmée ensuite par les supérieurs. Pensez-vous pouvoir donner sans péché à moi ou à d autres ce que vous avez ravi avec violence et en répandant le sang? Un religieux comme moi doit avoir horreur du vol ; or l'Angleterre n'est qu'un bien que vous avez volé, et je ne voudrais pas plus toucher à ses trésors qu'an feu. »
Guimond accompagnait ces réflexions des plus sages avis sur la fragilité des choses humaines et sur le compte que Guillaume aurait à rendre à Dieu de son gouvernement.
L'indépendance du vertueux moine n'empêcha pas Guillaume d'avoir pour lui ht plus haute estime, et il pensa même depuis à lui pour un autre évêché. Les envieux que lui avait suscités son caraotère un peu trop rude peut-être vinrent à bout d'empêcher ce «dioix en disant bien haut que Guimond était tils de prêtre. Le reprocha
« Orderic. Vital. Hist. ecd., lib. 4.
était vrai; mais ce vice de naissance ne lai Atait rien de son mérite, et plus tard le siège apostolique éleva le savant moine sur le siège épiscopal d'Averse.
Nous le verrons plus tard mettre sa science au service de la saine doctrine et attaquer vigoureusement Béraugcr,
Ce fut en Normandie et parmi les élèves sortis de l'école du Bec que cet hérétique rencontra les plus terribles adversaires. La Nor-» mandie, grâce à cette illustre école , était , au milieu du xi* siècle, la province de France la plus éclairée et la plus zélée pour la discipline.
L'archevêque de Rouen Jean, successeur de saint Maurile, y tint, en 107^, un concile où l'on fit des règlements sévères contre l'incontinence des clercs.
Un canon de ce concile nous semble surtout digne de remarque, c'est le vingtième, où il est dit que six évéques sont nécessaires pour déposer un prêtre, et trois pour déposer un diacre.
On voit par là quelles précautions s'imposaient eux-mêmes les évéques pour éviter les surprises de l'ignorance ou les préventions mai fondées.
L'année qui suivit la tenue de ce concile de Rouen , mourut le grand pape Alexandre IL II venait d'envoyer en France un nouveau légat, Girald, évéque d'Ostie, pour accélérer les progrès de la réforme: il mourut ainsi au milieu des travaux qui l'avaient préoccupé pendant tout son pontificat.
Ilf.
Gr«^r«l>^ VII pap«. — San curftctère. — Idée génértU de M» ponlIScaL — Sn lutte» «vee Philippe iCT, roi d« Vrance, loodiaiit les InveMltarM. — nèrlcnirnis de Gréroire lur le célibat ecclé»liiMlc|tie. — Mfttlon de Hafvet de Die, charfé de Mre ndepter ces rèfle» inrnts en France. — DIvi'fs conciles tenus en France à ce ftiij«4. — l.ttltet de plosirurs évéques et prêtres sinioulaqaes on coneublnalres. — l<a coBtrovene eucliarlalqae en Franc, soos Gréffoire VK. — Suit* île lliiatelre de Béraorw- — Onvrefes de 6alaiead« de Laiirrane et du moine Aoaslase contre loU — Mort de Bérangcr. — Mort de Qrém
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