‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 32 sur 50 · I9SS · texte numérisé non relu

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Aussitôt après la mort du pape Alexandre II , Hildebrand , en sa qua* lité d'archidiacre de l'Eglise romaine^ indiqua un jeûne de trois jours '

< Gregor. Ej)bu 1> ad Desid. et 3* ad GuU>erL ; ap. Labb. et Gossart conc»

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pour implorer les lumières de VEsprii -Saint et connaître le choix de Dieu. Pour ooYrir ce temps de pénitence et assister aux funérailles d'Alexandre, les cardinaux, les évéques, les abbés, les prêtres, les diacres , les moines et tous les clercs qui étaient à Rome , se rendirent processionnellement à Téglise de Saint-Pierre. Une foule invmense remplissait déjà Tenceinte de la basilique. A peine Hildebrand est-il entré au milieu des autres cardinaux , qu'une grande agitation se manifeste dans le peuple et dans le clergé. Soudain tous s'écrient : a C'est Tarchidiacre Hildebrand que saint Pierre a choisi pour lui succéder. » Puis ils se jettent sur lui , comme des hommes hors de raison, suivant Texpression de Grégoire lui même ' ; c'est en vain qu'il essaye de les calmer et de leur faire abandonner leur projet : tous répondent à ses instances par ces paroles : « Nous vous choisissons pour pasteur et pour souverain pontife. » Le cardinal Hugues-le-Blanc , voyant que la foule persistait dans son choix, se leva et dit : a Vous savez bien que depuis le pontiticat de Léon, notre archidiacre, homme sage et énergique, a élevé la sainte Eglise romaine à un très-haut degré de prospérité , et qu'il a délivré notre ville de bien des dangers qui la menaçaient. Nous ne trouvons personne plus capable que lui de gouverner l'Eglise et de défendre notre ville; c'est pourquoi, nous tous, évèques et cardinaux, nous le choisissons d'une voix unanime avec vous pour souverain pasteur de vos âmes. »

A ces mots , le peuple s'écrie de nouveau : a Saint Pierre nous a choisi Hildebrand pour seigneur et pour père, n Aussitôt on revêtit Hildebrand, suivant l'usage, de la robe de pourpre et de la tiare, puis on le plaça sur la chaire de saint Pierre. Alors les cardinaux et les évéques dirent au peuple : a L'archidiacre Hildebrand est le pape que nous avons élu ; il sera notre seigneur et portera le nom de Gnégoire : nous le voulons et le choisissons. Vous convient-il? — Il nous convient, répondit la foule. — Le voulez-vous? reprirent les cardinaux, approuvez-vous ce choix? — Nous le voulons, répondit la foule , nous approuvons ce choix. »

t. X, p. 6 et 7. Tout le monde connaît l'ouTrage de Volgt , ministre protestant, rar Grégoire VII et sur son siècle. Nous avons consulté avec avantage cet excellent travail, traduit en français par M» l'abbé Jager.

* Gregor. Eplst. 1* ad Desid. et 3> ad Gulbcrt. ; ap. Labb. et GossarL conc, t x, p. 6 et 7. — rid, etiam Paul. Bem. viu S. Grcg. et Baron. Annal, ccd. ad 9Bii« 1073. Grégoire arait «çlxauiie ans lonqv'U fut élu.

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Chacun, après l'élection d'un si digne pape, te retira joyeux. Grégoire seul était triste * ; c'est qu'il connaissait trop clairement les rudes travaux que lui imposait sa nouvelle dignité.

Depuis vingt ans au moins qu'il prenait une part active aux af-* faires les plus importantes de la catholicité, il avait eu le temps et les moyens de connaître exactement les maux affreux qui désolaient l'Eglise.

Deux vices surtout, comme deux cancers, la rongeaient delà manière la plus horrible : Tincontinence du clergé et la prépondérance de l'autorité civile dans le choix des bénéfiders. Malgré le9 continuelles et énergiques protestations de l'Ëglise, le mariage des prêtres était à peu près passé en usage ; les membres du clergé qui ne se mariaient pas vivaient publiquement avec des concubines, el Ton rencontrait fort peu de prêtres observant la continence , surtout en Angleterre et en Allemagne \ Les papes eux-mêmes , au x' siècle surtout, donnaient l'exemple des mauvaises mœurs, beaucoup d'évéques les avaient imités, et la grande majorité des prêtres avait suivi la même voie.

Hildebrand , encore simple moine , avait formé , dana la solitude du cloître, les plus vastes projets pour l'amélioratioa morale du clergé , et ne voyait pas d'autre moyen de lui rendre l'énergie et l'initiative puissante avec lesquelles il avait jadis dirigé la société, qu'en le rappelant à l'antique usage de la continence absolue. Léon , Victor, Etienne, Nicolas et Alexandre avaient successivement poursuivi celte œuvre avec ardeur, sous l'inspiration de leur archidiacre Hildebrand; mais leurs eSbrts, entravés par ceux qui eussent dû les seconder, c'est-à-dire par la plupart des évéques, n'avaient pas obtenu des succès brillants. Cependant l'iniluence du siège apostolique, qui grandissait chaque jour, avait déterminé le choix de quelques bons évéques et commencé à se créer, dans les ordres monastiques, une armée dérouée et active.

* Vid, Epist. sttpra dt

> En Angleterre les prêtres mariés étalent si nombreux, que Lanfranc fut obligé de permeure aux prêtres des campagnes de consenrer leurs femmes et de ne dé* fendre qu'aux chanoines tfen avoir. (ConciL WInton. ; ap. Labb. , L x, p. 8St.) — En Allemagne , ies prêtres se révoltèrent eontre Sigefrol « arclievêquo de Mayence, qui , au synode de llayence, voulait appliquer les règlements sévères de Grégoire VII sur le célibat , et dirent bardîment qu'ils garderaient leurs femmes. {V, Eplst. Greg. ad Sigef., lib. 3, episr. 4, Lambert. Cbron. ; Labb. Conc, t. X, p. 345.}

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Au moment oà Grégoire VU s'assit sur la chaire de Saint-Pierre, Tétat politique de TEurope n'était pas plus florissant que son état religieux. L'idée de l'empire romain avait disparu; l'empereur, malgré son titre, n'était qu'un roi de Germanie; les royautés s'étaient constituées d'une manière indépendante * ; les seigneurs cherchaient à rompre jusqu'au dernier des liens qui les rattachaient aux royautés ; et l'Europe entière se trouvait fractionnée en mille parcelles, en mille petites souverainetés jalouses, toujours en guerre les unes contre les autres. Au milieu de ce fractionnement général qui laissait l'Europe, ou, comme on disait alors, l'Ëgtise d'Occident sans union et sans puissance, on commençait à sentir le besoin d'un centre commua où pussent converger les forces des différentes souverainetés, et à placer ce centre à Rome. Mais cette idée n'était encore dans les esprits qu'à un état vague et indéterminé lorsque Grégoire fut élu» A lui était réservée la rade tâdie de la réaliser, de constituer l'empire chrétien , de faire de Rome chrétienne le centre d'un empire catholique.

Dans les vues de Grégoire , Rome chrétienne devait être la capitale d'un empire chrétien, de même que Rome païenne avait été la capitale d'un empire païen. Tous les royaumes soumis à la foi du Christ ne devaient être que des provinces de cet empire , ou des fiefe, comme on disait alors; le pontife souverain du christianisme devait remplacer les vieux empereurs et ne voir dans les rois que des vassaux , comme les empereurs ne voyaient en eux que des patrices et des consuls.

C'était une idée sublime, nous ne craignons pas de le dire, de réunir , de concentrer ainsi tous les royaumes , toutes les seigneuries sous la haute direction du siège apostolique, d'où, comme d'une source pure, eussent découlé sur les souverains et sur les peuples les principes civilisateurs de l'Evangile. L'homme qui trouva cette idée, à l'état latent, dans les profondeurs de la société, qui la mit en lumière, qui déploya un invincible courage et une grande habileté pour l'appliquer, la faire vivre, cet homrne est un génie.

Or cet homme c'est Grégoire VII.

On comprend au premier coup-d'œil quelles luttes il dut avoir à soutenir. Mais Grégoire était fait pour ces luttes. Autant son corfis était faible et chétif , autant son âme était vigoureuse et forte. Rien n'était capable de dompter son courage; Tadvcrsité et la prospérilé

i Ce qui n'arriva qu'au i* siècle.

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le trouvaient le même : calme , sévère, toujours vcrtueax et pur. Parfois il se trompa en voulant appuyer sur les prérogatives de son pouvoir spirituel la puissance que les besoins du temps lui donnaient dans le domaine temporel; mais quel homme fut jamais parfait et à l'abri de Terreur? Nous ne ferons pas un crime à Grégoire d'une opinion qu'il eut sans doute de bonne foi. Quelques nuages n'obscurciront pas à nos yeux l'auréole éclatante qui environne ce front sublime où furent conçus de si admirables projets d'amélioration sociale.

Grégoire n'était pas homme à s'arrêter à la superficie des choses et à prendre des demi*mesures. Zélé contre l'incontinence duclergé, il rechercha la cause de ce vice déplorable et la trouva aisément dans la prépondérance des rois et des seigneurs sur le choix des dignitaires ecclésiastiques. Ces rois et seigneurs ne considérant , pour la plupart y que leur intérêt; ne voyant dans les bénéfices ecclésiastiques que de simples fiefs, les vendaient au plus offrant. De là de mauvais choix , de là tous ces évéques, tons ces prêtres qui n'avaient nul souci de leurs devoirs, qui ne vivaient même pas en bons laïques , qui pillaient et scandalisaient les peuples. Les rois et seigneurs considéraient si bien les églises comme de simples fiefs dépendants uniquement de leur autorité, qu'ils se croyaient en droit de conférer môme les pouvoirs ecclésiastiques. Non contents de donner l'investiture civile, ils prétendaient donc investir du titre ecclésiastique^ et donnaient aux évêques, en les instituant, l'anneau et la crosse ou bâton pastoral , signes de leur dignité ecclésiastique.' Ce qu'ils faisaient pour les évêques, sans respect aucun pour les canons et pour les droits des métropolitains ou des papes, ils le faisaient pour les curés, sans respect pour les droite des évêques; rien de plus commun, dans les canons des conciles de la période féodale, que la défense faite aux laïques d'instituer des prêtres dans les paroisses, sans le consentement des évêques.

Quand Grégoire aurait poursuivi courageusement la réforme du clergé, il n'eût pu réussir, s*il n'eût coupé dans sa racine le principe des vices. Il avait trop de pénétration pour agir d'une manière aussi imparfaite, et les investitures Idiques furent attaquées par lui avec un courage, une persévérance dignes des plus gi*ands éloges.

Mais , tout en combattant l'investiture du titre ecclésiastiqne , il respecta l'investiture civile appuyée sur l'usage et sur les lois.

Grégoire VH, aussitôt après son élection, nomma Hugnes-le-

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Blanc lëgtt en France et en rappela Girald ^ évéqae d'Ostie, qu'| avait envoyé Alexandre peu de temps avant de monrir.

Girald y pendant sa courte légation, avait tenu plusieurs con* ciles * : à Chftlon-sur 8aôneoù forent déposés plusieurs évéqaes , à Saint-Maixent, près Poitiers^ oii fut cité Béranger qui y soutint opiniâtrement sa doctrine.

L'état de l'Eglise de France s'était fort peu amélioré, malgré les efforts que faisait la papauté depuis plus de vingt ans pour en réfor^ mer les abus. Grégoire devait y apporter une attention spéciale. Philippe !«', qui régnait en France depuis treize ans et qui n'en avait encore que vingt, était un prince très-jaloux de son autorité, déréglé dans ses mœurs et peu scrupuleux dans la collation des bénéfices ecclésiastiques dont il faisait un trafic honteux. Grégoire, la première année de son pontificat, chargea Roclin, évêque de Chalon-sur-Saône, d'aller trouver Philippe sur lequel il avait de l'influence , et de lui faire des remontrances sur son usurpation des droits de l'Eglise. Voici la lettre qu^il écrivit à cet évêque* :

« Entre les princes de notre temps qui désolent l'Eglise de Dieu par leur avarice et leurs trafics sacrilèges , qui humilient leur mère, à laquelle ils devraient honneur et respect, et en font une esclave, Philippe, roi de France, se distingue d'une manière particulière; nous savons de bonne source qu'il opprime les églises de France et que ses excès sont montés à leur comble. Nous en sommes d'autant plus afQigés, que, jusqu'à présent, la France a été le royaume le plus distingué par sa sagesse, son esprit religieux, ses forces et son dévouement envers l'Eglise romaine. La dévastation de tant d'églises a éveillé si vivement notre sollicitude, que nous étions décidés à agir sévèrement contre les audacieux excès auxquels on se livre envers elles.

«Mais comme ce prince vient de nous donner, par son envoyé Albéric, l'assurance qu'il voulait diriger sa vie et se conduire, par rapport aux églises, suivant nos avis, nous avons ajourné les rigueurs que les canons nous font un devoir d'exercer envers lui. »

< Grc& Epist. 6 ad GenUd. lib. 1. Hugues le Blaac ne fit que traverser les provinces méridionales el se rendit en Espagne.

a Ap. Labb. et Gossarl. Conc, U x, p. 345. -* Y. et. EpUt. 16 Greg. ad Girald., lib. 1.

s Greg. Epblé 3S ad Rocton., lib» l«

DB L*KGU8B Vïï FRANCE. 25î>

t Grégoire dit etisoite à RoeKn qu'il veut d*àbord éprouirer l'obéir sance du roi dans l'affaire de Vévéque de Mâcon.

Landriy archidiacre d'Auttin, avait été élu évéque de cette ville, et son élection avait méoie été confirmée par Philippe. Mais il s'était sans doute présenté quelque clerc assez peu délicat pour offrir un prix considérable de cet évéché y et Philippe n'avait pas hésité à revenir sur sa parole et à s'opposer à l'ordination de Landri.

c S'il continue à s'y opposer, écrit le pape à RocHn , il saura Inentôt que nous ne sommes point disposé à tolérer plus longtem|is la ruine de cette Eglise, et nous répondrons à son opiniâtreté en ' lui appliquant les canons dans toute leur sévérité, en vertu de Tau*torité apostolique dont nous sommes revêtu* Il fimt que le roi renonce aux trafics honteux et simoniaques^ ou les Français, frappés d'anathéme, cesseront de lui obéir, à moins qu'ils n'aiment mieux renoncer à la foi chrétienne^ Ainsi, très-cher frère, voyez le roi, exhortez-le^ priez*le, décidez*le, par tous les moyens possibles, à laisser l'église de Mâcon el toutes les autres se gouverner suivant les lois. »

Grégoire écrivit * le même jour à Hnmbert , archevêque de Lyon , d'ordonner Landri, évêque de Màcon, quand bien même le roi n'y consentirait pas; de forcer Landri lui-même à accepter l'ordination, s'il prenait le parti de se désister. Il était hors de doute que Landri n'en eût agi ainsi que par crainte du roi. Philippe persista dans son opposition à l'ordination de Landri , et Humbert n'osa pas suivre les ordres du pape< Grégoire alors manda Landri à Home , l'ordonna évêque et le renvoya à son métropolitain avec une lettre qui en tgi^ sait foi '.

Philippe prit le parti de dissimuler, laissa Laildri prendre possession de son siège et envoya même des ambassadeurs ( i074) à Rome pour assurer Grégoire de ses bons sentiments. Le pape lui répondit ' en ces termes ;

« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu , à Philippe , roi des Français, salut et bénédiction apostolique.

c Vous nous avez notifié, par votre lettre et par vos ambassadeurs, que vous vouliez obéir avec piété, et comme il convient, an bienheureux Pierre^ prince des apôtres ^ écouter et suivre nos avis

* Grcg. Epist. se ad Humb., tib. U ' md.y Epist. 7C.

S Wid.^ EpisU 75

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dans toal ce qui regarde les choses eccIésiasKques. Si vous avez réellemcnt ces sentiments, nous ne pouvons qne nous réjouir de voir ainsi Votre Eminence portée à respecter les choses saintes et à s'oc* cnper sérieusement des devoirs que lui impose sa dignité royale. Nous avertissons Votre noblesse, de la part de saint Pierre, nous la prions, avec toute la charité dont nous sommes capables, de se rendre Dieu propice , et pour cela de réparer tous les torts que vous avez faits, particulièrement à l'église de Beauvais; il est de votre honneur d'en agir ainsi. Considérez avec nous, et voyez comme vos prédécesseurs ont été chéris du siège apostolique ; comme ils ont été glorieux et illustres dans presque tout l'univers, lorsqu'ils s'appliquèrent pieusement à protéger et à défendre les églises. Les rois postérieurs, ayant bouleversé les droits divins et humains, perdirent peu à peu leur puissance; la gloire et l'honneur de tout le royaume se sont changés avec les mauvaises mœurs; la réputation si brillante de la France a disparu , sa stabilité même a été menacée. Notre charge nous fait un devoir de vous dire ces choses ou autres semblables, très-souvent et même, s'il le faut, en termes durs. Il ne nous est jamais ni libre ni permis de dissimuler la vérité à personne ; mais c'est principalement à ceux qui sont pUis élevés que nous devons parler haut et ferme, pour les rappeler à la justice. Le Seigneur, en effet, nous dit : Criôj ne cesse pas ^ que ta voix résonne comme une trompette, »

C'était chez Grégoire une idée fermement arrêtée de rappeler courageusement aux princes leurs devoirs. Il savait qu'en agissant ainsi, il s'attirerait des contradictions et des luttes, et voilà pourquoi, malgré son énergie, il n'accepta qu'avec répugnance le souverain pontificat. Il était convaincu que la plupart des souverains manquaient à leurs devoirs envers TEglise et envers li^s peuples. Il faut l'entendre, lui-même, confier au duc Godefroi de Lorraine ses tristes pensées à ce sujet.

« Notre élévation, lui dit-il *, vous a fait plaisir à vous et i d'autres pieux fidèles, à cause de la bonne opinion que vous avez de ma personne; mais, pour moi, cette élévation n'est qu'une source de poignantes douleurs , d'anxiétés, d'amertume. Nous voyons toute l'étendue de la sollicitude que nous devons avoir, nous sentons la pesanteur du fardeau sous lequel notre conscience tremble, et nous aimerions bien mieux aller nous reposer en J.-C. que de continuer

< Greg. Eptst «d Goutfred., Ilb. 1.

Dl L RCLtSK DIT FRANCS. ^>7

i Tivre aa milieii de tant de dangers.... Le inonde entier est enseveli dans sa malice ; tons , et principalement ceux qui sont placés au premier rang dans l'Eglise, s'efforcent plutôt de la troubler que de la protéger et de la défendre : ils ne songent qu'à satisfaire leur avarice et leur ambition ; ils s'opposent, en ennemis, à tout ce qui regarde la religion el la justice. Et nous ne gémirions pas amèrement, nous qui sommes chargés du gouvernement de toute rÉ*glise, en voyant que nous ne pouvons ni l'administrer comme il fendrait, ni l'abandonner! »

En considérant attentivement l'état de l'Église à l'avènement de Grégoire Vil, on comprend tout ce que son âme si vertueuse dut concevoir de peine, tout ce que son courage dut lui inspirer d'énergie.

Le roi Philippe ne tint point la promesse qu'il avait faite au pape, et, malgré ses protestations de piété et d'amour de la justice, continua son commerce des églises et ses injustices. Grégoire s'en prit aux évéques qui n'osaient pas élever la voix et leur écrivit celte lettre ♦ :

« Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu, aux archevêques Manassès de Reims, Richer de Sens , Richard de Bourges , à Adrald^ évéque de Chartres , et à tous les autres évéques de France, salut et bénédiction apostolique.

Depuis longtemps, déjà, le royaume de France, autrefois si illustre, si puissant, a commencé à décheoir de sa gloire, à perdre toutes vertus, à se laisser absorber par les mauvaises mœurs. Aujourd'hui sou honneur et sa beauté ont disparu , les lois y sont méprisées, la justice est foulée aux pieds; tout ce qu'il y a de cruel, de honteux, de déplorable, d'intolérable, tout cela se commet impunément; la licence est passée en coutume. Il y a quelques années, lorsque le pouvoir royal était affaibli ^j on vil les Français se jeter en ennemis les uns sur les autres, assembler des troupes, se combattre et se venger eux-mêmes des injures qui leur étaient faites, sans être réprimés ni par les lois ni par le pouvoir. Ces troubles, qui ont causé dans la patrie tant de meurtres et d'incendie, qui ont amené tous les iléaux qu'enfante inévitablement la guerre, on doit les déplorer, quoiqu'il n'y ait pas lieu de s'en étonner. Mais main-

< GrcsE. EpisU 5 ad Eplscop. franc, Ub. 3.

s Pendant la minorité de Plillippe I*'.

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