‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 34 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

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sulter, et peu s'en est fallu qu'ils n'aient entraîné à gauche ceux que je vojais auparavant à droite. L'archevêque de Tours ^ la peste et la honte de la sainte Eglise, et avec lui Tévéque de Rennes, rivalisèrent d'orgueil et de perversité et causèrent beaucoup de trouble dans le concile, L'évéque de Rennes fut trouvé coupable , et Ton prouva qu'il avait été ordonné évoque avant que d'avoir été ordonné clerc; que l'évéque d'Angers avait promis et donné pour cela une cape, mais à l'insu de l'évéque de Rennes ; que ce dernier, avant son épiscopat, avait jeté un cavalier, son ennemi, à bas de son cheval, lequel cavalier avait ensuite été frappé parle compagnon de Tévéque de Rennes, avec tant de violence, qu'il en était mort. Cependant, touché des prières qui nous ont été faites par un grand nombre de personnes, en sa faveur, nous ne l'avons pas déposé, mais seulement suspendu, et nous l'abandonnons à votre bonté et à votre justice.

« L'archevêque de Tours a été convaincu d'avoir acheté un doyenné avant son épiscopat, et lorsqu'il n'était pas même encore prêtre , ce qui est contraire à l'usage de cette église. Cet archevêque n'a pas été élu canoniquement , et, de plus, n'a pu obtenir l'agrément du roi pour son institution qu'après que son neveu eut acheté le doyenné en question. Il serait trop long, très-saint Père, de vous énumérer les oppositions que nous fit, en toutes circonstances, cet archevêque de Tours. 11 ne cessait point de parler tantôt pour lui, tantôt pour l'évéque de Rennes : ses clercs étaient aussi impudents et aussi audacieux que lui; ce n'était, de leur part, que clameurs et discours dépourvus de sens. Ils avaient presque gagné à leur cause l'archevêque de Lyon qui commençait à prier pour eux, lorsque leurs gens , brisant les portes de l'église à coups de hache, entrèrent dans le concile, les armes à la main. Au milieu du tumulte, l'archevêque de Tours sortit avec ses suffragants.

a Le lendemain , nous nous assemblâmes dans l'église de Saint- Hilaîre. L'archevêque de Tours ne daigna pas s'excuser de l'injure qui nous avait été faite. Au contraire, il recommença à s'élever contre nous avec une espèce de rage. Je ne pus l'entendre plus longtemps, et, dégainant le glaive de l'Esprit qui est la parole de Dieu^ nous en avons frappé cet orgueilleux et l'avons suspendu des fonctions épiscopales.

«L'abbé de Bergue, en Flandre, a été convaincu de simonie et déposé. L'archevêque de Besançon ne s'est présenté ni au concile d'Autun ni à celui de Poitiers et n'a même pas envoyé d'excuse«

DB l'bglisb db FRANCB. 275

Nous renvoyons à voire tribunal Tévôque de Bcauvais , accusé d'avoir vendu des prébendes depuis la publication de votre décret. Je vous renvoie également les évêques de Noyon , d'Amiens , de Laon , de Soissons et de Sentis.

« J'ai examiné, selon vos ordres, la cause du comte d'Angers. Il m'a presque persuadé qu'il avait raison ; je n'ai pas osé cependant l'absoudre et nous avons réservé cette décision à Votre Sainteté. Votre fils Taizon vous apprendra ce que nous avons arrêté touchant les évêques de Térouanne et de Poitiers,

a Que votre Sainteté ne nous expose pas à recevoir des affronts de la part des simoniaques ou autres coupables que nous avons déposés, suspendus ou condamnés; ils sont partis pour Rome et se flattent d'y obtenir plus facilement leur absolution, lorsqu'ils devraient au contraire y être traités plus rigoureusement; les absoudre, serait le moyen de les rendre bien pires qu'ils ne sont.

et Priez, très-saint Père, pour le serviteur inutile de votre Sainteté. »

Cette lettre fait voir combien le clergé séculier de France était opposé aux réformes. ^

Malgré la recommandation de son légat , le pape reçut avec bonté les coupables qui avaient été déposés ou suspendus de leurs foncr tions, et donna le rescrit suivant *, pour faire reviser leurs causes :

a Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu.

«Comme la sainte Eglise romaine, dont nous sommes, par la grâce de Dieu, le serviteur quoique indigne, a coutume de tolérer ou d'adoucir certaines choses, nous avons cru devoir nous relâcher un peu de la rigueur des canons, après la révision pénible que nous avons faite des causes des évêques de France et de Bourgogne qui ont été suspendus ou condamnés par notre légat Hugues de Die.

« Quoique l'accusation portée contre Manassès de Reims soit trèsgrave, et qu'il se soit refusé à se rendre au concile où il avait été cité par notre légat Hugues de Die; la sentancc portée contre lui ne l'ayant pas été avec toute la maturité et la douceur ordinaire à l'Eglise romaine, nous l'avons rétabli dans sa dignité, à condition qu'il ferait le serment suivant sur le corps de saint Pierre :

a Moi, ManassèS; archevêque de Reims, j'atteste que ce n'est a point par orgueil que j'ai refusé de me rendre au concile d'Aulun « où Tévêque de Die m'avait cité. Si je suis appelé par lettre ou par

1 înter Epts\ Greg. 17, lib. 5.

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« envoyé pour subir le jugement du sainl-siége, je n'userai ni a d'artilice ni de mauvais vouloir pour m'y soustraire, et je m'y «t soumettrai humblement. S'il plaît au pape Grégoire ou à son suc- « cesseur que je me soumette au jugement de son légat, j obéirai a sans arrière-pensée. Je n'emploierai les trésors et les ornements c de l'église de Reims confiée à mes soins que pour l'honneur de «t cette église ; je ne les aliénerai jamais pour résister à la justice. •

« Quant à Hugues , archevêque de Besançon , déposé dans le concile d'Autun , les lettres qui l'invitaient à se rendre au synode ayant été retenues par ses clercs qui ne lui en donnèrent pas connaissance , nous l'avons rétabli dans sa charge épiscopale , à condition qu'il se présentera devant notre légat pour répondre à l'accusation élevée contre lui. Il pourra, s'il le veut, se faire accompagner de ses suffragants et de ses confrères voisins.

a Nous avons aussi rendu à Richer, archevêque de Sens, l'exercice des fonctions épiscopales dont il avait été interdit, parce qu'il nous a promis d'aller lui-même, ou du moins d'envoyer quelqu'un foire connaître à notre légat les raisons pour lesquelles il n'avait pas assisté à son concile, et que, de plus, il s'est engagé à soutenir le même légat dans toutes les affaires ecclésiastiques et à ne rien omettre pour gagner ses bonnes grâces.

tt Pour Godefroi , évêque de Chartres , il a été rétabli par nous dans sa charge épiscopale parce qu'il a été jugé en son absence et sans avoir été appelé en jugement *. Mais il portera sa cause devant notre légat pour être examinée et jugée.

a Richard de Bourges n'a quitté son église que d'après l'inspiration d^un mouvement d'irritation , et non d'après un jugement synodal; nous lui avons rendu la crosse et l'anneau , après qu'il nous eut promis de se présenter devant le légat pour lui faire satis&ction.

cr Nous avons rétabli Rodulphe , archevêque de Tours, dans ses fonctions, parce que ses accusateurs n'avaient pas les qualités requises par les lois et que les évêques qui l'avaient accusé se sont désistés. D'ailleurs celte cause ayant été jugée par notre prédécesseur Alexandre, d'heureuse mémoire, nous n'avons pas dû en faire un nouvel examen sur des données vagues et incertaines. Nous avons cependant jugé à propos d'envoyer à Tours un légat spécial qni devra s'entendre avec un envoyé de l'évêquc de Die pour assembler

< C'éull un évâquc scandaleux qui Tut obligé de quitler une seconde ToU Tépiscop.it.

DB L ËGLtôB DK FRANCE. 277

les cvdques de la province, ainsi que le peuple et le clergé delà ville , afin de prendre auprès d'eux des renseignements exacts sur la manière dont l'archevêque a été élu et ordonné. Si , d'après celle enquête, son innocence est constatée, il ne devra plus êlre question de celle affaire ; si , au contraire, on acquiert contre lui des preuves positives, on rendra une sentence canonique. »

Le légat, pour terminer toutes les affaires dont le pape l'avait chargé , et particulièrement celle de Manassès de Reims , se rendit à Lyon; après avoir accommodé un différend qui eistail entre l'archevêque de T^yon et l'abbé de CIuni,il tint un concile où Manassès fut cité ^ Le légat avait d'abord eu la pensée de le tenir à Troyes , mais on lui fit observer qu'on n'y serait pas en sûreté, car Manassès était puissant en France, et le roi Philippe le soutenait; il valait mieux se réunir en Bourgogne , dont le duc était bien disposé en fiiveur du légat.

Manassès eût bien désiré éviter toute espèce de procédure, car il savait, en sa conscience, qu'il ne pourrait en sortir justifié. Croyant que le légat partageait son amour pour l'argent, il lui envoya offrir une très-forte somme s'il voulait lui permettre de se purger par un •triple serment, sans prendre d'information sur sa conduite. Il lui fit même espérer que s'il voulait se conlenler d'un serment fait par lui seul , et non avec six évêques , comme le pape l'avait ordonné dans le cas où ce serment serait exigé, il lui donnerait des sommes immenses et garderait toute sa vie le secret le plus profond sur ce marché fait entre eux. Ces ouvertures ne séduisirent point le légat et ne servirent qu'à lui démontrer encore plus clairement la culpabililé de l'archevêque de Reims.

Manassès n'osa se rendre au concile de Lyon ^ et adressa seulement au légat un mémoire où , sans entrer dans la discussion des accusations intentées contre lui, il s'efforçait d'attaquer les formes de la procédure et de prouver qu'il n'était pas obligé de comparaître devant le concile de Lyon. Le pape lui avait promis, disnit-il, qu'il serait jugé par l'abbé de Cluni , et il ne voyait pas le nom de cet ablH3 dans les sommations qui lui avaient été faites; eu outre, les guerres qui désolaient le pays d'Auxerre et de Nevers l'empêchaient de se rendre à Lyon ; et, de plus, cette ville était dans une province où la justice ne serait pas libre et où déjà il avait été condamné in-

^ Chron. VIrdun. ; Apolog. Manass. , ap. Mabill. Mus. liai., t« i, p. 110. s Chron. Virdun. ; cl ap. Labb.ct Cossart. Conc, t. x, p. 390.

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justement. C'était une allusion au concile d'Autun. Manassès dit ensuite beaucoup de mal de ses accusateurs , parmi lesquels était cependant le pieux et savant Bruno qui avait quitté son école de Reims à cause des scandales de Manassès et s^otait fait chanoine à Cologne. Il offre ensuite au légat d'obtenir du roi Philippe la permission de tenir le concile à Reims, à Soissons, à Compiègne ou à Senlis. On comprend pourquoi Manassès désirait voir le concile assemblé en France et non en Bourgogne , oii il se serait trouvé en présence d'accusateurs et déjuges intègres et Ubres. Il finit son mémoire en disant que si le légat le condamne , il ne tiendra aucun compte de sa sentence.

L'archevêque de Reims écrivit en même temps au pape, pour lui exposer les raisons qu'il avait pour ne pas comparaître devant le concile de Lyon ; mais Grégoire lui répondit * que ses raisons n'étaient pas suffisantes vX qu'il dcvail obéir à la citation.

Manassès persista dans son refus. Le légat n'en procéda pas moins à l'examen de sa cause et le déposa de l'épiscopat(i080).

Les chanoineh de Noyon prirent sa défense. Ces chanoines avaient été consultés par ceux de Cambrai touchant les nouveaux règlements que la papauté voulait imposer à tous les clercs majeurs pour leur faire observer une continence absolue et exclure leurs enfants des dignités et bénéfices ecclésiastiques. Si l'on rapproche cette consultation de la lettre écrite par les mêmes chanoines de Cambrai à ceux de Reims , on saisira quelques-uns des fils d'une vaste conspiration tramée par le clergé contre les décrets réformateurs du saint-siége.

Les chanoines ^ de Noyon furent de l'avis de ceux de Cambrai, et leur répondirent que, pour lutter contre les charges insupportables dont on voulait les accabler, ils trouveraient des armes dans les saintes Ecritures. Ils terminent leur lettre en protestant contre Tex* communication de l'archevêque Manassès, cette sentence, suivant eux , étant plutôt un effet de l'envie que de la justice. Les éloges des chanoines concubinaires de Noyon ne pouvaient servir beaucoup la cause de l'archevêque de Reims.

Il avait écrit au pape, aussitôt après son excommunication, pour 80 plaindre de sa déposition et le disposer en sa faveur; cependant

4 Greg. EpisU 13, lib. 7.

3 Ap. HabiU. Muse Italie, U u, p. 128, 2*parU

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