LIVRE QUATRIEME
PMitlfleal et VIctw m. — totriffoct de Hafaei U Ljwi et de Elckvd , abbé de VerwIBe, centre lai. — Blectlen de Urbain 11 — Fendatlon de qnatre neavellet cenfréfatiena rellfflraaaa en France à ta fln da xv alAcle. — Saint KeberC de IfeleiBM, n^ndatcnr de Citean — Saint Btlenne fbndaïaar de Grandment — Saint BniM flbndatenr de la Chartrevie. — Le B. Bebcrt d*Arbrlnel fondatenr de Pentevrand. - Qaelqara anf rea fonda, tiena menaitlqnca melna Imperuntea. — État de llnatttat dca chanelnee réfollera à la fln d« XI* siècle.
Didier, abbé da Mont-Cassin. ua des trois désignés par Grégoire YII comme les plus dignes du souverain pontificat , fut élu pour lui succéder. Il fut intronisé malgré lui et malgré les cabales de l'antipape Guibert que soutenait l'empereur Henri IV : on lui donna le nom de Victor III.
Hugues *, archevêque de Lyon , fut jaloux de l'élévation de Didier et s'entendit avec le cardinal Richard de Marseille pour faire de l'opposition au nouveau pape. Il ambitionnait le siège de Rome dont Grégoire l'avait trouvé digne, mais dont il se montra indigne par l'ambition et la basse jalousie dont il donna alors des prenves. Il chercha même à prévenir contre Victor la comtesse Mathilde qui avait été, pendant le pontificat de Grégoire VII , le plus ferme soutien du siège apostolique. Les choses allèrent si loin que Victor l'excommunia, ainsi que Richard de Marseille, dans un concile qu'il tint à Bénévent peu après son exaltation.
« Vous connaissez, dit le pape aux Pères du concile \ les intrigues ourdies contre moi par Hugues, archevêque de Lyon, et Richard , abbé de Marseille , qui sont devenus schismatiques en voyant qu'ils ne pouvaient réussir dans le désir secret qu'ils avaient de monter sur le saint-siège. Richard nous avait élu à Rome avec les autres cardinaux et les évêques; Hugues était venu peu de temps après se jeter à nos pieds et nous rendre, malgré nous, les honneurs dus au
< Ghron. Vlrdun. ; ap. Labb. blblioth., 1 1.
s Gondl. Benevenf. ; «p. l.abb. et Gossart. Conc, t. x, p. hi9.
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souverain pontife ; il nous avait demandé et avait reçu la légation de France, n
Hugues était sans doute sincère dans ses démonstrations respectueuses, et Ton peut croire qu'U ne songea à ambitionner le saintsiége qu'en voyant les hésitations de Victor qui fut un an avant de se décider à accepter officiellement.
Le pape ajouta, en présence des Pères du concile de Bénévent , en parlant de Hugues et de Richard :
« Lorsque nous résistions à Télection qui avait été bits de nous et qu'ils avaient approuvée, ils nous pressaient d'accepter le souve* rain pontificat; mais lorsqu'ils virent que nous nous étions laissé fléchir, ils ne purent retenir plus longtemps l'ambition qui dévorait leur cœur. Témoins de l'unanimité des suffrages qui nous portaient au siège apostolique, ils se séparèrent de la communion de leurs frères et de la nôtre. Ainsi , nous vous ordonnons , en vertu de l'autorité apostolique, de vous abstenir de communiquer avec eux, puisqu'ils se sont séparés, de leur plein gré, de l'Eglise romaine; car, suivant saint Ambroise, celui qui abandonne l'Eglise romaine doit être regardé comme hérétique. »
Victor in mourut l'année même du condie de Bénévent ( 1087), et eut pour successeur Otton , évéque d'Ostie, qui prit le nom d'Urbain IL
Ce pape, que Grégoire VII avait jugé le plus digne, avec Didier et Hugues, d'occuper après lui le siège de saint Pierre, était né en France, à Châtilion-sur-Marne. Il avait été chanoine de Reims, puis moine de Gluni, et enfin évéque d'Ostie, d'où il passa au siège de Rome. Dès le commencement de son pontificat, il réconcilia Hugues de Lyon, qu'il fit même son légat en France. Urbain prit Grégoire VII pour modèle ; son pontificat fut brillant et utile à l'Eglise, particulièrement à l'Eglise de France. Nous raconterons ce qu'il entreprit pour elle, lorsque nous aurons tracé le tableau des progrès que firent, à la fin du xi^" siècle, les institutions des moines et des chanoines réguliers.
L'institut monastique grandissait chaque jour en influence et répondait dignement aux vues de la providence qui lui avait confié la réforme de l'Eglise et la civilisation de la société. Il s'enrichit, dans les dernières années du xi* siècle , de quatre congrégations nouvelles : celles de Citeaux, de Grandmont, de la Chartreuse et de Fontevraud.
Citeaux eut pour fondateur saint Robert de Molesme. Robert na-
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quit * en Champagoey ver^ Vm i034- A Tftge de quinze ans , il quitta le monde et se retira dans l'abbaye de Moutier-la-Celle, dont il fut élu prieur, étant encore fort jeune. Quelques années après, on l'élut abbé de Saint-Michel de Tonnerre. Il s'appliqua avec ardeur à laréforoie de ce monastère, mais, ne trouvant ^ans ses religieux
Sue des cœurs endurcis et rebelles, il prit la résolution de les abanonner.
Il y avait dans le voisinage de Tonnerre un lieu solitaire nommé Golan ^ sept anacl^orf^tes s'y ét^ent retirés pour y vivre dans les exercices de la co|ltemplatio^ et de la pénitence. Ces pieux personnages, instruits dç la sainteté de l'abbé Robert, le conjurèrent de se charger de leur coaduite. Après quelques difficultés qui furent en- Qfi levées, Robert se rendit à leurs instances et se retira à Golan. Ce désert était fort inalsfÛA^ c'est pourquoi Robert et ses nouveaux disciples l'abandonnèrent biieptât e( s'établirent dans la forêt de Molestée, au dipcèsede Langres, sur les contins de la Champagne et de la Pourgogne. Us s'y construisirent de petites cellules avec deç branches d'arbres et bâtirent un oratoire dédié à la Saint^Trinité, l'an i075. Leurs pénitences et leurs austérités devinrent bientôt célèbres. Leur pauvreté était si grande , qu'ils manquaient souvent des choses les plus nécessaires à la yie* Plusieurs personnes des environs et l'évoque de Troyes s'empressèrent de subvenir à leurs besoins. Les secours qu'ils reçurent devinrent même considérables en peu de temps; mais l'abondance fit disparaître la mortification et introduisit le relâchement; ce fut en vain que Robert voulut en ar^ rêter les progrès, le mal ne faisait qu'augmenter chaque jour.
Le saint abbé, désespérant de ramener ses religieux à Tobservation de la règle, les quitta et se retira dans la solitude de Hanz, auprès des moines qui y vivaient avec ferveur et régularité. Il les édifia tellement par son application à la prière et au travail , qu'ils l'élurent pour abbé. Les moines de Molesme l'ayant appris , rougirent d'avoir forcé un si saint homme de chercher un asile ailleurs que dans leur monastère et prièrent le pape et l'évêque de Langres de lui ordonner de revenir parmi eux. Ils firent à Robert les plus belles promesses pour l'avenir, mais se mirent très-peu en peine d'y être fidèles.
Cependant tous les religieux de Molesme n'étaient pas tombés dans le relâchement, et plusieurs gémissaient intérieurement de se trou*
« Vit 8. Ro))$rL s ip, BolUpd, S9 sprll» ; HjHQiri» <ks Ordres rpUgteWb
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ver 4aQ4 une comaïunauté où ils ne pouvaient , malgré leurs désirs^ oibserver ûdèlemeot la règle de saiat Benoit, Ils résolurent de la quit* ter et demandèrent à leur abbé la permission de se retirer en quelque lieu solitaire, pour observer la règle dans toute sa pureté. Robert loua leur dessein et leur promit non-seulement de leur venir eo aide poqr le mettre à exécution, mais encore de se joindre à eux. Il prit donc avec lui six des religieux les plus zélés et se rendit à Lyon pour conférer avec Tarchevéque Hugues, légat du saint-siége, touchant le projet qu'ils avaient conçu, et lui demander sa protection. Hugues autorisa Robert à quitter Molesme et lui donna, à lui et à /ses compagnons, des lettres pour les encourager officiellement, au i|ûm du pape, à persévérer dans leur pieuse résolution. Les six religieux qui accompagnèrent Robert dans son voyage à Lyon étaient : Alberic, Odon, Jean^ Etienne, Létalde et Pierre.
Lorsque Robert fut de retour à Molesme, tous les religieux fervents se joigoirent à lui. Ils partirent au nombre de vingt et un et allèrent s'établir dans un lieu nommé en latin Cisterdum et en fran^ çais Citeaux, situé à cinq lieues de Dijon et dans le diocèse de Cbâ* lon-sur-Saône. C'était un lieu solitaire couvert de bois et de broussailles. Ils en défrichèrent une certaine étendue, et construisirent de petites cellules, avec le consentement de Gautier, évêquc de Châlon, et de Renaud, vicomte de Beauqe, à qui cette terre appartenait.
Le nouvel établissement fut définitivement constitué le 21 mars 1098, jour de la fête de saint Benoit, et c'est de là que Ton date l'prigine de la congrégation de Citeaux.
Hugues, archevêque de Lyon, s'intéressait vivement à la nouvelle fondation monastique. Considérant qu'elle ne pourrait subsister si elle n'était soutenue par quelque puissant personnage, il écrivit en sa faveur à Eudes, duc de Bourgogi^e. Ce prince se déclara protecteur de Citeaux, fournit pendant longtemps aux moines tout ce qui leur fut nécessaire, fit achever k ses frais les bâtiments commencés par les religieux, et leur assigna enfin des revenus fixes et assez considérables. L'évéque de Cbâlon érigea le nouveau monastère en abbaye et en confia solennellement la direction à Robert.
Les moines de Molesme réclamèrent encore une fois leur abbé Robert, qui fut obligé de quitter Citeaux et de retourner dans son ancienne abbaye.
Il laissa pour abbé , à Citeaux, Albéric qui en était prieur, et qu|
dirigea son abbaye avec beaucoup de sagesse. Les moines de Citeaux tirent bientôt Tadmiration de TEglise entière. Leur vie était d*une régularité parfaite et leur mortification extraordinaire. Ils ne dormaient chaque nuit que quatre heures, et en employaient quatre à chanter les louanges de Dieu. Dans la matinée , ils travaillaient pendant quatre heures , puis étudiaient jusqu'à trois heures du soir, où commençait l'office. Des herbes et des racines faisaient toute leur nourriture.
La congrégation de Citeaux fll des progrès rapides, devînt l'émule de Cluni, et surpassa môme en influence et en célébrité celte illustre abbaye.
Tandis que saint Robert de Molesme travaillait ainsi à la fondation d'un ordre dont il ne pouvait prévoir la prodigieuse influence, saint Etienne de Muret fondait celui de Grandmont *.
Il était fils du vicomte de Thiers en Auvergne, et n'avait que douze ans lorsque son père le mena avec lui en pèlerinage en Italie. H tomba malade à Bénévent et son père le laissa auprès de l'archevêque Milon qu'il connaissait intimement. Milon n'étant encore que doyen de l'église de Paris, avait pris soin delà première éducation d'Etienne. Il le retint auprès de lui à Bénévent et se chargea de le former à la piété et aux sciences ecclésiastiques. Après la mort de Milon , Etienne alla terminer ses études à Rome où il demeura quatre ans. Après ce temps, il obtint du pape Grégoire VII la permission d'établir en France une congrégation pareille à celle qu'il avait vue en Calabre et dont la régularité l'avait fort édifié.
Il revint donc en France, s'arrêta quelque temps en Auvergne chez ses parents, s'enfuit ensuite secrètement, et, de solitude en solitude, parvint à la montagne de Muret, située à quatre lieues de Limoges. C'était un lieu habité seulement, jusque alors, par des animaux sauvages, et il y régnait un froid excessif. Etienne le choisit pour sa demeure, s'y fit une espèce de cabane avec des branches d'arbre entrelacées et y vécut quarante-six ans, dans les exercices de la prière et de la pénitence.
Les austérités qu'il pratiquait étaient extraordinaires. Il ne se nourrissait d'abord que d^herbes et de racines; mais des bergers qui le découvrirent la seconde année de sa retraite , eurent la charité de lui apporter du pain de temps en temps. Les habitants des environs
* vu. s. Sleph. ; ap. Boliaod. 8 feb. ; MabiU. saecul. vi Bencd. prsrat. 2 parL, S 82 et seq.
M l'jgusb db francs. 297
imitèrent les bergers et rendirent le même service an pieux solitaire tant qu'il vécut. Non content d'affaiblir son corps par une abstinence rigoureuse y Etienne portait sur sa cbair une haire de mailles de fer recouverte d'une étoffe grossière qui était son seul vêtement pour l'hiver comme pour Tété. Lorsqu'il était forcé de prendre quelque repos, il se couchait sur des planches nues, arrangées en forme de cercueil. 11 partageait son temps entre le travail el la prière.
Quelques fidèles, désireux de leur perfection, se rendirent à Muret pour y vivre sous la conduite d'un si saint homme. Il leur donna une règle sévère dans laquelle il leur défendait l'usage des viandes, même pendant les maladies, et tout rapport avec les femmes; il les obligeait en outre à la pauvreté absolue. Sa communauté fit peu à peu des progrès, et, dans le pays, on appelait les nouveaux reii* gieux : les bons hommes.
Après la mort d'Etienne (8 fév. iiU). ses disciples furent obligés de quitter Muret et s'établirent dans une autre solitude nommée Grandmont, située à une lieue de leur première demeure. Grandmont devint une abbaye célèbre et le chef-lieu de la congrégation des Grandmontains.
Ces religieux furent utiles à l'Église, mais n'obtinrent jamais la célébrité des Cisterciens et des Chartreux qui naquirent à la même époque.
La congrégation des Chartreux ne fut fondée que neuf ans après celle de Grandmont, c'est-à-dire l'an i084. Leur premier instituteur fut Bruno que nous avons eu déjà occasion de nommer.
Bruno * naquit à Cologne, et fit ses premières études à l'école de saint Cunibert. Il quitta Cologne étant encore fort jeune et se rendit à Reims, attiré sans doute par la réputation de l'école de cette ville qui passait pour une des plus savantes depuis Gerbert. Bruno y fut accueilli avec empressement et y fit de rapides progrès dans les sciences, surtout dans la philosophie et la théologie. Hérimann, chef de l'école, ayant embrassé la vie monastique, l'archevêque Gervais ne crut pas pouvoir mieux remplir la place vacante qu'en y plaçant Bruno qui devint ainsi le modérateur des hautes études , suivant l'expression alors en usage. Bruno acquit par son enseignement une très-grande réputation : on le regardait comme la gloire
* F, Bolland. GommeiiL et Vit. S. Brun. Soctob. n'tf.etiam Guib. Invita suâ; AnoaL CarUms. i de Tracy, Vie de saiol Bruno.