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sonnes ci-dessus désignées , et y d'accord avec ses clercs ^ cède tous les droits qu'il pourrait avoir sur le même ermitage. »
Suivent les signatures des témoins.
a La présente charte a été lue à Grenoble, dans l'église de la bienheureuse et toujours vierge Marie, à la férié quatrième de la seconde semaine de l'Avent^ en présence du seigneur Hugues , évoque de Grenoble, de ses chanoines, et de beaucoup d'autres prêtres ou clercs, réunis pour le saint synode, le cinquième des ides de décembre, x»
Cette confirmation solennelle ne fut donnée par saint Hugues que l'an i086^
Saint Hugues encouragea de tout son pouvoir la nouvelle fondation , bâtit l'église à ses frais et fit construire un grand nombre de cellules de bois.
Guibert de Nogent ', qui visita ia Chartreuse peu de temps après sa fondation , décrit ainsi ce monastère et les mœurs de ceux qui l'habitaient :
a Leur église est bâtie près du sommet de la montagne; ils ne demeurent pas ensemble, comme les autres moines , mais chacun a sa cellule autour du cloître; ils y travaillent , y prennent leur sommeil et leurs repas. Le dimanche , ils reçoivent de l'économe du pain et des légumes pour leur semaine , et font cuire eux-mêmes ces légumes ; c'est leur seule nourriture. Ils ont dans leurs cellules de l'eau qui y vient par des conduits différents et leur sert pour boire et pour les autres usages. Hs peuvent, les dimanches et les jours de fête, manger du fromage et du poisson , si on leur en donne; mais ils n'en achètent point. Ils n'accepteraient ni or ni argent, ni ornements précieux , môme pour leur église ; le calice seul est en argent. Ce n'est pas leur habitude de se rendre à l'église à toutes les heures de l'office, comme nous qui suivons la règle de saint Benoît, et, si je ne me trompe^ ils n'entendent la messe que les dimanches et les fêtes.
a Ils ne parlent presque jamais et se servent de signes pour se faire comprendre. Leur vin , quand ils en boivent, est si détrempé d*eau qu'il n'a presque pas plus de goût que de Teau pure. Leurs vêtements sont légers et ils portent le cilice sur la chair. Ils n'ont
* Les Dollandlstcs remarquent que le 5* des ides de décembre tomba en effet, cette année 1086 , à la 4* férié ou mercredi de ia seconde semaine de I*Avent«
3 Guib. in vitâ sua.
DB l'église DB FRANCE. 301
qu'an prieur pour les gouverner ; Tévéque de Grenoble y qui est trèspieux , leur sert d'abbé et d'économe.
a Le lieu qu'habitent ces solitaires s'appelle la Chartreuse; ils y cultivent peu le blé, mais ils ont des troupeaux dont ils vendent les toisons pour acheter les choses qui leur sont nécessaires. H y a an bas de la montagne une maison habitée par vingt frères laïques qui cultivent avec soin les terres qui leur sont confiées.
a Les ermites de la Chartreuse sont très-fervents , très-unis à Dieu et bien fidèles à leur règlement. Quoique pauvres , ils ont une riche bibliothèque. Le comte de Nevers étant allé les visiter par dévotion, eut compassion de leur pauvreté et leur fit parvenir, à son retour, de l'argenterie d'un grand prix; ils la lui renvoyèrent, et le comte, édifié de ce refus, leur fit remettre des cuirs et des parchemins qu'il savait leur être nécessaires pour transcrire des livres. »
La Chartreuse fut donc, dès l'origine, une école savante et laborieuse, comme elle le fut toujours dans la suite.
A ce tableau de la vie des premiers chartreux tracé par Guibert de Nogent, nous joindrons,' pour le parfaire, celui-ci que nous a transmis Pierre-le-Vénérable *, autre contemporain illustre et digne de foi :
cr Ils ne mangent jamais de viande , même pendant les maladies ; un pain grossier leur sert de nourriture, et leur vin est à peu près comme de l'eau. Rarement ils mangent du poisson, n'en achètent jamais et n'en font usage que si on leur en donne. Les dimanches et jours de fête, il leur est permis de manger des œufs et du fromage. Le mardi et le samedi, ils mangent des légumes cuits; le lundi, le mercredi et le vendredi leur nourriture consiste en un peu de pain et d'eau. Ils ne font qu'un seul repas par jour, excepté pendant les octaves de Noël, de l'Epiphanie, de Pâque et de la Pentecôte, et quelques autres fêtes; alors ils mangent ensemble au réfectoire deux fois par jour.
a Leurs vêtements courts , étroits , grossiers et hérissés de poils, leur donnent une physionomie qui fait peine; leur but, en se vêtissant de cette manière^ est d'éloigner d'eux toute occasion de vaine gloire. Ils portent, pour mortifier leur corps, de durs et rudes cilices.
« Ils chantent l'ofBce entier, les jours de fêtes solennelles ; mais, aux autres fêtes, ils ne se réunissentau chœurquepour matineset pour
1 Peu Tcncrab. deMIracul., 11b. 2,c. 28; In blbliotb. ClnnlaCt p. 1329.
302 HisToms
vêpres, èi disent les autres heures de l^oflice dansleu^s cellules , au son de la cloche. Leur recueillement, pendant Toffîce, est admirable et leurs cœurs adorent leSeigneur tandis que leurs langues le louent.
a Ils poussent si loin le désintéressement, qu'en dehors de leur et'mitage ils ne voudraient pas posséder aussi large de terrain que peut en couvrir le pied. Ils nourrissent des boeufs, des chèvres et des brebis pour subvenir à leurs besoins ; dans la crainte de voir trop augmenter leurs richesses , le nombre des bestiaux qu'ils peuvent posséder est déterminé.
a II n'y a ^ la Chartreuse que douze moines et un prieur, dixhùit convers et quelques domestiques pour les ouvrages les plus humbles. Les religieux s'appliquent en silence, dans leurs cellules, à la lecture, à la prière et au travail des mains; leur principal travail est de copier des livres. A Texemple des anciens solitaires, ib n'assistent à la messe que les dimanches et les fêtes, pour ne pas se distraire de leurs exercices ordinaires, o
Bruno dirigeait depuis six ans sa communauté lorsqu'il fut appelé en Italie parle pape. Urbain II avait suivi à l'école de Reims les savantes leçons du pieux ermite; lorsqu'il fut élevé sur le siège apostolique , il voulut s'aider des lumières de celui qu41 aimait à appeler son cher mcdire^ et le manda à Rome. Bruno nomma pour le remplacer, comme prieur de la Chartreuse, Landvin, l'un des six compagnons qui s'étaient, dès le commencement, associés à lui, et se disposa à partir. Mais ses religieux ne purent supporter la pensée de vivre éloignés de lui, et, de son consentement, l'accompagnèrent à Rome. Ils ne tardèrent pas à regretter leur ermitage, et Bruno obtint pour eux, du pape, la permission d'y retourner.
De son côté , Bruno déplorait au fond de son âme d'être obligé de vivre au milieu du tumulte du monde; l'amitié d'Urbain ne pouvait lui faire oublier la joie qu'il avait goûtée dans la solitude. Il obtint enfin du pape la permission de se retirer dans un ermitage du diocèse de Squillacio en Calabre. Quelques-uns de ses disciples l'y suivirent, et il fonda un monastère dans lequel il passa le reste de ses jours , obligé parfois de retourner à Rome , pour obéir au pape , mais s'enfuyant toujours , aussitôt qu'il lui était possible, dans la solitude, qui faisait ses délices ^
'f andis que Bruno fondait ainsi en Italie le monastère qui fut )a
1 On a de saint Bruno deux lettres , des commentaires sur les Psamnes et une élégie en 4uattff<e ver^ Il savait le grec et Thébreù et passait pour un des proies-
DE l'^GLISB Dît FRAKCS. .103
t^femière afllliatiott ie sod Ordre , la Chartreuse, rélabiie par le prieur Ldtidvih , devenait de jour en jour plus florissante.
Le saint évêque Hugues de Grenoble contribuait beaucoup k sË prospérité; aussi les Chartreux le rangent-ils^ et avec raison, parhii les principaux fondateurs de leur congrégation. Hugues était un de ces évéques^ trop rares encore à la fin du xi* siècle, qui rachetaietit, par leurs tertus et leurs pieux exemples, les vices et les scandales de la plupart des membres du clergé séculier.
Hugues * aiiHait à aller à la Chartreuse rafraîchir son Ame, iîliiguée du contact d'un monde dont la corruption lé disait tristement gémir. Dans ces visites , il était pour les religieux un exemple de l'humilité la plus profonde, delà piété la plus fervente. Il lui arriva plusieurs ion de s'oublier tellement dans la méditation des choses divines et les humbles exercices de la vie monastique, que Bruno était obligé de l'avertir de quitter sa modeste cellule et de retourner à son église* « Aliec à vos brebis, lui disait Bfuno, elles ont besoin de vous. Rendez-leiir ce que vous leur devez. » Hugues obéissait et retournait à son troupeau qu'il édifiait pah sa sainte vie , qu'il viidtait souvent , qu'il instruisait par des discours d'une éloquence simple et douce qui remuait les cœurs et les amenait à Died.
En sa qualité d'évéque, Hugues était souvent appelé à rendre la justice j et son biographe rerin&rqué qu'il la rendait avec une équité, une droiture qui contfastaietit bien avec la conduite de tant d'autres jliges qui faisaient céder les règles de la justice aux exigences dé certaitles positions et au caprice. Ceux que l'Église a canonisée et qui ont^ paf leurs âctibnft, exprimé sa vraie doctrine^ ont toujours été fidèles hfOit règles de l'équité^ niême dans ces temps de désolation où la violence tenait liéû de justice.
A côté des Ordres de Citeàux , de Grandriiont et de la Chartreuse , il faut placer celui de Fontevraud qui eut pour fondateur le bienheureux Robert d'Arbrissel.
Aucune vie, mieux que celle de Robert d'Arbrissel^ ne rappelle cette pensée de l'Ecriture, que les saints se sont faits insensés pour J.-'-Ci, insensés selon le monde dont les maximes sont si souvent en contradictioil avec celles de l'Evangile.
éhHH les pltt^ étants âé sbn te0(>ii. t\ ii*écrlrlt {tas sa réglé ; Gutgae^ , 5* |irlèui- Ito la Chartreitêe , écHvIt, en 1338, ttû abrégé des usages du monastère, et ptuktenrs chapitres générant y ajoutèrent, depuis de nouveaux statuts. Saint Bruno fnottfut eii 1101.
* vit & Hugon. ; apud BoUand., 1 april.
Né * en Bretagne de parents pauvres , il montra dès sa jeunesse beaucoup de capacité , fit ses études à Paris avec distinction et fujt rappelé en Bretagne par Tévéque de Rennes Sylvestre de la Guerche qui le fit son archiprétre. Cette position donna à Robert l'occasion d'exercer son zèle contre les clercs concubinaires et simoniaques qu'il poursuivit avec une vigueur qui lui fit beaucoup d'ennemis.
Marbode ayant succédé à Sylvestre, désavoua les actes de Robert qui abandonna sa charge d'archiprêtre et se retira dans la forêt de Graon pour y vivre en ermite. Plusieurs disciples accoururent à lui : il leur bâtit un monastère , grâce aux libéralités du seigneur de Graon , puis il s'en alla nu-pieds prêcher de province en province. Son éloquence vive, passionnée, populaire, lui attirait une foule innombrable d'auditeurs , et il n'était bruit que des discours du nouvel apôtre.
Urbain II, qui arriva en France alors, pour prêcher la première croisade , lui donna la mission spéciale de parcourir la France entière pour y disposer les peuples à la pénitence. Fort de cet appui, Robert redoubla de zèle ; il appela à son aide les disciples qu'il avait laissés dans la forêt de Graon. Geux-ci se répandirent en plusieurs provinces, prêchant les peuples et fondant des monastères '•
Pour Robert, nu-pieds, les épaules couvertes d'un sac, et toujours suivi d'une foule innombrable , il prêchait la pénitence. Parmi ceux qui le suivaient , il y avait des laïques et des clercs , des femmes mariées, des veuves et des jeunes filles; des gens de tout âge et de toute condition. Robert craignit qu'entre tant de personnes il ne se commît quelque scandale; c'est pourquoi il résolut d'établir deux communautés où pourraient se fixer ceux qui voudraient vivre sous sa direction. Il trouva sur les confins de l'Anjou et du Poitou un lieu solitaire qu'il jugea très-propre au dessein qu'il se proposait; ce
* vu. B. Rob. ; »p. Bolland., 25 april. — Robert naquU à Arbiissel , village appelé ai^ourd* but Àràrt$ec, C*est de là que lui vint son suniom.
< Le monastère de la fordt de Graon 8*appe1alt l*abbaye de Roer, en latin , de Mùia. Lesprindpattx disciples de Robert étalent Vital de Mortain qoi fonda Vabbaye de Savigny en Normandie; Raoul de la Fusteale, fondateur de Saint-Sulpice de Rennes; Alteaume, qui rétablit l'abbaye d'Estival dans le Maine; Pierre de TEtoile, qui fonda celle de Fontgombaud, et Bernard, fondateur de celle de TyroD. On compte aussi parmi les disciples de Robert d*Arbrissel le B. Renaud qui mena ta vie érémitiquc daus la forêt de Melinais où Henri II , roi d'Angleterre et comte d'Anjou, fonda une abbaye de chanoines réguliers qui fut réunie dans la suite à l'abbaye de la Flèche.
DB L'ibGLISS DS VRAIfCB. 305
Ken s'appelait Fontevraud; il était couvert de broussailles et tout à fait inculte. Robert, aidé de ses disciples, y bâtit des cellules et un oratoire. Les cellules habitées par les femmes furent séparées de celles des hommes par une forte clôture. Les clercs qui se trouvèrent parmi ses disciples furent chargés de chanter l'ofQce, les laïques de défricher le terrain et de le cultiver pour nourrir la communauté. Les femmes furent de même partagées en deux catégories : les plus délicates chantèrent TofSce et s'adonnèrent aux exercices de piété, les plus fortes s'occupèrent des travaux de la maison propres à leur sexe.
Cette fondation fit grand bruit et attira à Fontevraud des personnes de toute condition, même des femmes de mauvaise vie qui voulaient foire pénitence. Robert recevait tout le monde. Les aumônes qu'on lui envoyait croissaient avec le nombre de ses disciples. Il put même entreprendre la construction de deux grands monastères, l'un pour les femmes et l'autre pour les hommes. Le monastère des femmes fut divisé en deux bâtiments: dans l'un, Robert mit trois cents religieuses, et dans l'autre cent vingt femmes de mauvaise vie qui étaient dans la résolution de faire pénitence. Ce second bâthnent fut appelé la Magdeleine, le premier fut dédié à la Sainte- Vierge.
Le monastère des hommes fut aussi composé de deux bâtiments séparés : celui des religieux proprement dits , dédié à saint Jean- Baptiste, et un autre appelé Saint- Lazare y dans lequel il mit des lépreux. Les voyages d'Orient, qui se multipliaient chaque jour davantage, avaient augmenté beaucoup en France le nombre de ces malheureux. Ils faisaient horreur et étaient obligés de vivre isolés et sans consolation. Robert d'Arbrissel recueillit, avec charité, ceux qui se présentèrent à son monastère et fut ainsi un des premiers fondateurs de ces hospices ou maladreries qui s'élevèrent depuis sur tous les points de la France, sous le vocable de saint Lazare.
L'institut de Fontevraud fit de rapides progrès, et Robert se vit en peu de temps à la tête de trois mille religieux et religieuses. Il les distribuait, comme à Fontevraud, en deux monastères distincts, mais assez rapprochés, et donnait toujours la supériorité aux religieuses. Dans sa pensée, les religieuses représentaient la sainte Vierge, et les religieux saint Jean l'Evangéliste; or, comme saint Jean avait reçu de J.-C. mourant sa sainte mère pour qu'il en prît soin, de même les religieux ne devaient se considérer que comme les serviteurs des religieuses. Robert poussa si loin cette idée origi-