‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 43 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

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Gommedes frères , répétaient en chœur ie vœu da pèlerinage et se rendaient aax églises pour recevoir la croix. Dans tous les diocèses ^ dans toutes les paroisses , les éyéques ou les prêtres ne cessaient de bénir des croix et de les distribuer à ceux qui s'enrôlaient dans Tarmée sainte. L'Eglise a conservé les formules de prières récitées dans cette cérémonie ^

L'évéque suppliait le Dieu Tout-Puissant qui a racheté le monde parla croix, d'attacher à celle du pèlerin une grâce spéciale qui garantit son âme du péché et son corps du péril des combats $ puis il bénissait le pèlerin lui-même et le recommandait au Seigneur J.-G. qui est la voie, la vérité et la vie, et qui a dit à ses fidèles de marcher à sa suite en portant la croix.

c Seigneur, ajoutait-il, envoie-lui ton ange Raphaël qui accompagna Tobie dans son voyage; qu'il soit son défenseur pendant son pèlerinage , et qu'il lui tienne ouverts les yeux du corps et de l'âme afin qu'il évite toutes les embûches spirituelles et corporelles, i»

Enfin l'évèque attachait la croix sur l'épaule ou la poitrine du pèlerin , en lui adressant ces paroles :

c Reçois le signe de la croix , au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. Qu'il te rappelle la croix, la passion et la mort du Christ, et qu'il te serve de défense pour ton corps et ton âme; puisses-tu, par la grâce de la divine bonté , revenir de ton voyage parmi les tiens tain et sauf et purifié; par le Christ Notre Seigneur. »

Le pèlerin répondait Amen , baisait la main du pontife et partait.

Le concile de Clermont avait fixé le départ des croisés à la fête de l'Assomption 1096. Jusqu'à cette époque on ne s'occupa de toutes parts que des préparatib du voyage. On eût voulu voir le pape luimême à la tête de l'expédition, mais de graves intérêts le retenaient en Europe et il choisit, pour le remplacer, Adhémar de Monteil, le premier des croisés.

Pendant l'hiver, on ne voyait dans toutes les provinces que des troupes de pèlerins, se rendant aux églises pour faire bénir leurs armes et leurs drapeaux et se dirigeant vers les lieux désignés comme centres de réunion. Le plus grand nombre allait à pied '; quelques cavaliers paraissaient au miUeu de ht multitude; plusieurs voyageaient montés sur des chars tratnés par des bœufs ferrés; d'autres côtoyaient la mer ou descendaient les fleuves dans des

* Pontifical, roman. 2 part. daBened. et impoalt. cruels proficlacent , etc., etc. S Michaud , HIst. des Croisades , L i « liv. !•'.

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barques. Ik étaient vétas diversement, armés de lances, d'épées, de javelots, de massues de fer, etc. La fonle des croisés ofiTrait un mélange bizarre et confus de toutes les conditions et de tous les rangs: des femmes paraissaient en armes au milieu des guerriers^ la prostitution et les joies profisnes se montraient au milieu des austérités de la pénitence. On voyait la vieillesse à côté de Ten&ncei Topulence près delà misère; le casque était confiDudu avec le firoc, la mitre avec Tépée, le seigneur avec les ser&, le maître avec ses serviteurs. Près des villes ou des châteaux, dans les plaines et sur ks montagnes, s'élevaient des tentes, des pavillons pour les che* valiers, des autels dressés à la hâte pour l'office divin; partout se déployait un appareil de guerre et de fête solennelle. D'un côté un chevalier exerçait ses soldats au maniement des armes; de l'autre, un prédicateur prêchait an peuple les vérités de l'Évangile : ici on entendait le bruit des trompettes , plus loin on chantait des psaumes et des cantiques. Dans toute l'Europe on ne rencontrait que des troupes d'hommes, de femmes et d'enfants, la croix sur l'épaule, jurant d'exterminer les Sarrasins et célébrant à l'avance leurs cour* quêtes. De toutes parts retentissait le cri de guerre : Dieu le veut! Dieu le veut \

Des femilles, des villages entiers partaient pour la Palestine, chacun emportant ses meubles, ses provisions, ses ustensUes, comme pour un voyage de courte durée. Les plus pauvres n'emportaient rien, ne pouvant croire que celui qui nourrit les oiseaux du ciel pût laisser mourir de bim le pèlerin marqué de sa croix. Leur ignorance leur faisait croire sans cesse qu'ils touchaient an terme de lear voyage. Les enbnts, en apercevant dans le lointain une ville ou un château , demandaient : Est-ce là Jérusalem? Beaucoup de seigneurs qui avaient passé leur vie dans leurs donjons n'en sa* valent guère plus que les enbnts; ils marchaient le faucon sur le poing, et précédés de leur meute, espérant atteindre en peu de temps Jérusalem et se livrer bientôt au plaisir de la chasse.

Pierre l'Ermite, après le concile deClermont, avait recommencé ses prédications dans toute la France. Une foule nombreuse se mit à sa suite. Impatiente de devancer tous les autres croisés , elle choisit pour général celui qu'elle regardait comme un apôtre envoyé dn eiel. L'Ermite, trompé par son sèle et son courage, crut que Penthousiasme pourrait remplacer la prudence et le génie militaire. H partit des bords de la Meuse couvert de son manteau de laine, la tête couverte de son froc, et monté sur la mule qui l'avait porté à

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travers tant de contrées. La troupe qui le suivait se grossit en chemin d'une foule de pèlerins deChampagne^deBourgogne et des provinces voisines. Bientôt il se vit à la tète de quatre-vingt ou cent mille personnes : hommes, femmes, en&nts, vieillards, pèlerins de toute sorte.

Pierre divisa son armée en deux corps et confia le premier à un gentilhomme nommé Gauthier et surnommé San^avetr, c'est-à-dire sans avoir. Cette avant-garde n'avait que huit chevaliers ; le reste allait à la conquête de Jérusalem en demandant l'aumône. Tant qu'ils furent sur le territoire français, la charité des fidèles pourvut à leurs besoins; même en Allemagne, ils furent bien reçus et leur exemple échauffa le zèle des peuples auxquels la croisade n'avait pas encore été préchée. Mais de redoutables ennemis les attendaient sur les rives de la Morava et du Danube.

Les Hongrois et les Bulgares, quoique chrétiens, ne partageaient pas la ferveur des croisés. Ils connaissaient les Musulmans et ne comprenaient pas qu'on pût ainsi les aller attaquer en désordre. Gauthier Sans avoir essuya quelques avanies en traversant le pays des Hongrois. Il les supporta patiemment et arriva en Bulgarie 'devant Belgrade, demandant des vivres pour ses troupes. Le gouverneur en refusa. Alors les croisés se répandirent dans le pays, enlevant les troupeaux, brûlant les maisons, massacrant les habitants qui voulaient fsdrela plus petite résistance. Les Bulgares, irrités, tombèrent sur eux et en tuèrent un grand nombre; Gauthier s'enfuit avec les débris de son armée et arriva devant Nissa. Le gouverneur de cette ville, touché de leur misère, leur donna des vivres , des armes et des vêtements.

Les soldats de Gauthier, persuadés que leurs revers n'avaient été qu'une punition de Dieu qui n'avait pu voir leurs désordres qu'avec horreur, observèrent une discipline plus exacte. Ils passèrent le mont Hémus , traversèrent PhilippopoUs et Ândrinople sans commettre de désordres et sans éprouver de nouveaux malheurs. Après deux mois de fatigues et de misères, ils arrivèrent sous les murs de Constantinople où l'empereur Alexis leur permit d'attendre l'armée commandée par Pierre l'Ermite.

Cette armée , après avoir traversé la Bavière et l'Autriche , entra en Hongrie; elle vit les Ueux où plusieurs des soldais de Gauthier avaient été massacrés, et des bruits sinistres lui persuadèrent qu'un vaste complot de destruction était organisé contre elle. Pierre crot lui-même à ce complot et n'hésita pas à enflammer la colère de sa troupe qui se mit à tout piller sur sa route, à massacrer^ à commettre

les plus faorribles forfaits. Les armes et les dépouilles de seize compagnons de Gauthier étaient restées suspendues aux portes deSemlin; à cette vue, Pierre ne put retenir son indignation et donna le signal du combat. Au son des trompettes , les croisés se jettent dans la ville, pillent toutes les maisons et poursuivent les habitants jusque sur une colline où ils s'étaient réfugiés. Les cadavres de 4,000 de ces malheureux , jetés dans le Danube , allèrent annoncer à Belgrade cette horrible victoire.

Le roi des Hongrois accourut, avec une nombreuse armée, pour venger le désastre de Semlin. Les croisés s'enfuirent à son approche et se hâtèrent de passer la Morava qui séparait la Hongrie du pays des Bulgares. Ces peuples avaient abandonné leurs villages, leurs villes, leur capitale elle-même, effrayés qu'ils étaient des cruautés exercées en Hongrie par Tarmée de Pierre ; c'est à peine si les croisés purent trouver des guides pour les conduire jusqu'à Nissa, ville forte où les troupes des Bulgares s'étaient enfermées. Pierre avait traité avec le gouverneur, et poursuivait son chemin, lorsque cent Allemands de l'arrière -garde mirent le feu à des moulins situes près de la ville. A la vue de l'incendie, les Bulgares sortirent des retranchements , tombèrent sur les croisés et massacrèrent tous ceux qu'ils purent atteindre. Pierre, averti de cette attaque, retourna sur ses pas. Ses soldats , rencontrant sur le chemin les cadavres de leurs camarades, entrèrent dans une telle foreur, qu'ils se jetèrent en désespérés sur la ville, malgré les supplications de Pierre qui voulait négocier avec le gouverneur. Les Bulgares les re. poussèrent et en laissèrent dix mille sur la place.

Cette défaite rendit les croisés plus réservés : ils cessèrent leurs brigandages, et les peuples dont ils traversèrent les provinces eurent pitié d'eux. Comme ils entraient sur le territoire de Thrace, l'empereur Alexis leur envoya des députés pour se plaindre des désordres dont ils s'étaient rendus coupables , mais en même temps pour les assurer de sa clémence et de sa protection. Pierre , qui craignait de nouveaux désastres, pleura de joie à cette nouvelle. Ses soldats prirent, en signe de paix , des palmes dans leurs mains, et ils arrivèrent sans obstacle sous les murs de Constantinople ^

* Après le passage de Pierre et de Gauthier Sans avoir, on vit dans la Hongrie une troupe d'Allemands recrutée par un fanatique, nommé Gothscalk, et qui commit les plus affreux ravages. Les Hongrois la détruisirent. Une autre troupe, recrutée sur les bords du Aliin et de ia Meuse, se mit sous les ordres du prêtre Volkmar et d'EmIcan, massacra les Juifs et partit précédée d'une cfaèvre et d'une

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Vers le même temps arrivèrent aussi àConstailtitiopIedesPisatifl et des Génois qui avaient pris la voie de mer.

L'empereur Alexis avait d'abord engagé les bandes de Gauthier et de Pierre l'Ermite à attendre l'arrivée des guerrriers qui préparaient une véritable expédition ; mais, voyant que sa capitale avait beaucoup à souffrir du voisinage de cette foule indisciplinée , il la fit transporter au-delà du Bosphore. Gauthier Sans at7otr, qui prit le commandement de toute l'armée , se trouva à la tête d'environ cent mille individus de toute espèce qui se répandirent comme un torrent dans les vastes plaines de l'Asie. La division se mit entre eux. Les Italiens et les Allemands, assez nombreux dans la troupe, se choisirent un chef particulier, nommé Renaud, et allèrent, sous sa conduite, se faire massacrer près de Nicée. Les Français forcèrent Gauthier à marcher sur Nicée pour les venger. Les Turcs les attaquèrent à l'improviste et en firent un si horrible carnage, qu'il h'en resta que trois mille. Les ossements des morts entassés fortuèrent comme une montagne, triste monuinent qui devait indiquer aux croisés futurs le chemin de la Terre-Sainte.

Pierre TErmite avait quitté l'armée avant cette bataille et était revenu à Gonstantinople où il ne cessait de tonner contre l'indocilité et l'orgueil de ses anciens soldats que Dieu jugeait indignes de voir le tombeau de son fils. Le mauvais succès de son expédition lui fit perdre en grande partie sa magique influence, et il ne joua plus qu'un rôle ordinaire dans cette première croisade qui pourtant était son ouvrage.

La première croisade ne commença réellement qu'au départ des giierriers qui organisèrent une véritable expédition militaire.

Les chefs de cette armée étaient déjà célèbres par leurs exploits et leur courage. A leur tête, il faut placer Godefroy de Bouillon^ duc de la Basse-Lorraine. Il tenait, par son origine, à la racekarotingienne. Sa bravoure, sa force, sa simplicité de mœurs en faisaient un de ces héros à physionomie antique, en même temps que sa foi et sa piété en faisaient un chrétien doux et modeste. Plusieurs chevaliers de France et de Lorraine se mirent sous sa conduite.

Parmi ces chevaUers, plusieurs vendaient leurs droits féodaux

Ole, auxquels elle attribuait quelque chose de surnaturel. Cette troupe pénétra aussi jusqu'en Hongrie et y fut à peu près exterminée. On pense que les dlTeraes bandes qui précédèrent la vraie armée des croisés pouvaient bien former ensemble trois cent mille individus.

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00 l6urs propriétés pour se mettre en état de faire partie de l'expédition. De nombreuses cités se rachetèrent et s'affranchirent. Les barons sans avoir * imploraient la charité des fidèles qui ne prenaient pas la croix; quelques-uns même, comme Guillaume , vicomte de Melun , pillèrent les bourgs et les villages pour avoir de quoi se mettre en route , et se faisaient ainsi , comme dit l'historien Guibert, un viatique criminel avec la substance des pauvres. Godefroy lui-même ahéna ses domaines, vendit aux habitants de Metz ses droits sur leur ville, vendit la principauté de Stenay à Tévéque de Verdun , et ses droits sur la principauté de Bouillon à l'évéque de Liège. « Ainsi ' les princes séculiers se ruinaient pour la cause de J.-G. , tandis que les princes de l'Église profitaient de la ferveur des chrétiens pour s'enrichir, d

La plupart des chevaliers firent comme Godefroy, et les plus grands sacrifices ne pouvaient refroidir leur enthousiasme.

Godefroy eut sous ses drapeaux quatre-vingt mille hommes de pied et dix mille chevaux» Parmi ses chevaliers étaient : ses deux frères, Eustache de Boulogne et Baudoin, son cousin Baudoin du Bourg, Dudon, Renaud, Pierre de Toul. Godefroy conduisit son armée à travers la Hongrie et la Bulgarie; mais comme il faisait observer la plus exacte discipline , il ne trouva que des amis où les premiers croisés n'avaient rencontré que des ennemis. Ce bon guerrier déplorait le sort de ceux qui l'avaient précédé et dont on voyait ça et là les cadavres sur les chemins; mais il ne se crut pas, et avec raison, obligé de les venger.

Tandis qu'il se dirigeait ainsi vers Constantinople, d'autres armées se préparaient au départ.

Hugues-le-<jrand, comte de Yermandois et frère du roi de France; Robert Courte-Heuze , duc de Normandie; Robert, comte de Flandre; Etienne, comte de Blois et de Chartres , partirent pour la Terre-Sainte, chacun avec une armée composée de leurs vassaux et de chevaliers qui les prenaient pour chefs. Ces croisés traversèrent les Alpes et se dirigèrent vers les côtes méridionales de l'Italie avec le dessein de s'embarquer pour la Grèce. Le pape Urbain les rencontra à Luques , les bénit et loua leur courage. Ils visitèrent Rome et attendirent à Bari le temps favorable pour s'embarquer.

* Gauthier n*étatt pas le seul qui eût ce surnom qui était, selon toute pfoliabl* lité , commun à tous les nobles sans propriété.

> P. Blalmbourg , HIst des croisades»

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Leur passage à travers l'Italie éveilla le zèle des peuples de ces contrées. Bahémond, prince de Tarente, fils do fameux Robert Guiscard, conquérant de la Fouille, se décida le premier à partir. Il était pauvre et se fit prédicateur de la croisade pour se former une armée. Son éloquence enthousiaste eut de brillants succès , et il sévit bientôt à la tête d^un corps d'armée composé de vingt mille hommes de pied et dix mille chevaux. Le brave Tancrède fut un des chevaliers qui le choisirent pour chef.

Les croisés des provinces méridionales de France se mirent en marche sous la conduite de Raymond, comte de Toulouse, d'Âdhémar, de Monteil, évéque du Puy, chef spirituel de toute la croisade.

Adhémar, revêtu des insignes du pontificat et de Tarmure, était aussi bon évéque que brave guerrier. Le pape Urbain lui avait donné le titre de légat et des pouvoirs très-étendus. Raymond, comte de Toulouse, s'était déjà illustré par ses exploits en combattant, à côté du Cid, les Sarrasins d'Espagne. Le pape donnait à Raymond de Toulouse le nom de Josué, et à Adhémar celui de Moïse. Les évéques d'Apt, de Lodève et d'Orange, ainsi que rarchevéque de Tolède , se mirent à leur suite avec leurs vassaux ; leur armée se trouva ainsi forte de cent mille hommes. Elle passa le Rhône à Lyon, traversa les Alpes , la Lombardie, le Frioul , et se dirigea sur l'empire grec à travers les montagnes de la Dalmatie.

Le rendez-vous général était Constantinople. Anne Commène, qui vit arriver les croisés, les compare aux grains de sable des bords de la mer, aux étoiles du firmament, à des torrents qui se réunissaient, de tous côtés, pour former un grand Ueuve. a Les portes des Latins furent ouvertes, dit un historien d'Arménie ^, et les Occidentaux virent sortir de leur pays de formidables armées et des soldats aussi nombreux que les sauterelles et que les grains de sable de la mer. o

L'empereur Alexis, qui avait appelé l'Occident à son secours, fut effrayé du résultat de sa démarche. Il eût pu s'unir aux croisés et, avec leur secours, reconquérir tout son empire et même l'Asie entière; mais, quoique habile, il n'avait pas l'intelligence assez élevée pour concevoir un si grand projet. Il craignit que ses nouveaux alliés ne lui enlevassent le misérable débris d'empire qu'il ne pouvait plus défendre contre les Turcs , et épuisa toutes les ressources de

< Cité par IL Hiduud, Hlst des croisades, 1 1.

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son astucieuse politique à prendre contre les croisés des mesures de précaution qui enbntèrent mille querelles. Il ne nous appartient pas de raconter en détail tous ces débats où les Grecs montrèrent peu de franchise et les croisés peu de modération. L'empereur Alexis ne se crut tranquille qu'après avoir fieut transporter au-delà du Bosphore les années qui arrivaient successivement sous les murs de sa capitale (4097).

Les croisés, jetés ainsi en Asie, s'avançaient à travers les plaines de la Bythinie , lorsqu'ils virent accourir à eux les débris de l'armée de Pierre l'Ermite. Ces malheureux , échappés au carnage , avaient vécu cachés dans les montagnes, les forêts, à peu près nus, couverts de blessures, exténués par la faim , disputant les restes d'une vie misérable à la rigueur de la saison et à la barbarie des Turcs. L'aspect de ces infortunés, le récit qu'ils firent de leurs misères jetèrent le deuil dans le cœur des guerriers. Des larmes coulèrent de tous les yeux lorsqu'ils racontèrent les désastres affreux des premiers croisés. L'armée s'avança en silence sur le théâtre de la dernière bataille, rencontrant partout des ossements, des lances brisées, des armes couvertes de terre et de rouille; les croisés ne purent voir surtout sans frémir le camp où Gauthier avait laissé les femmes, les enfants, les vieillards et les malades. On voyait encore la trace des fossés qui environnaient ce camp , la pierre sur laquelle on célébrait la messe au moment de la bataille, les ossements des malheureux qu'on avait massacrés et laissés sans sépulture. A la vue de ce triste lieu , l'armée entière tomba à genoux et fit retentir les airs des hymnes funèbres de l'Eglise.

Le désastre de l'armée de Gauthier fit comprendre aux nouveaux croisés la nécessité d'une discipline sévère ; et ils reprirent leur route , animés d'un nouveau courage et du désir de venger leurs frères si horriblement massacrés. Quatre mille ouvriers munis de pioches et de pelles précédaient l'armée, lui facilitaient le chemin par leurs travaux , et plantaient de distance en distance des croix de bois ou de fer pour marquer la route qu'elle devait suivre. Elle arriva ainsi jusqu'à Nieée , capitale de la Bythinie.

Cette ville était défendue à l'occident par de hautes montagnes ; au midi, le lac Ascanins baignait ses remparts et lui rendait &cile la communication avec la mer; de larges fossés remplis d'eau l'environnaient; enfin 370 tours, bâties en briques et en pierres , protégeaient la double enceinte de ses murailles sur lesquelles on eût

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