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pa faire rouler an char *. L'élite des guerriers turcs composait la garnison de la ville , et sur les montagnes voisines campait , avec cent mille hommes , le sultan David , surnommé Kilig-Àniany c'està-dire répéc du Lion.
Du haut de ces montagnes , les Turcs virent avec efiOroi Tannée des six cent mille croisés dérouler ses immenses anneaui dans la plaine de Nicée. Ces guerriers appartenant à dix-neuf races différentes f chargés de leurs casques brillants, de leurs boucliers peints et de leurs cottes-d'arme ornées d'écharpes de diverses couleurs; armés d'épées, de massues, d'arcs et de lances surmontées de longues banderoHes marquées de la croix , produisirent un effet terrible sur les (roupes asiatiques. Cependant Kilig-Âmlan n'hésita pas à engager le combat , et tomba avec ses cent mille hommes , du haut des montagnes, comme une avalanche, sur l'armée chrétienne. Il vit bientôt qu'il n'avait plus affaire aux troupes indisciplinées de Gauthier ou de Pierre l'Ermite. La bataille dura du matin au soir. Les Turcs laissèrent quatre mille des leurs sur le terrain. La perte des croisés fut moins grande de moitié. A l'exemple de leurs ennemis, les guerriers chrétiens coupèrent les tètes des morts et les attachèrent à la selle de leurs chevaux. Ils en jetèrent un mîUe dans la ville et en envoyèrent un autre mille à l'empereur Alexis.
Après un siège où les croisés montrèrent un courage étonnant, Nicée était sur le point de se rendre, lorsque^ tout à coup, on vit l'étendard d'Alexis flotter sur les tours. Cet empereur suivait les guerriers chrétiens, comme l'oiseau de proie qui cherche sa pâture sur les traces du lion ; il les suivait de loin cependant, pour ne pas s'exposer, et ne songeait qu'à s'attribuer le fruit de leurs victoires. C'est ainsi que, pendant le siège de Nicée, il traita secrètement avec les assiégés qui lui livrèrent leur ville au heu de la remettre aux vainqueurs. Alexis chercha, en louant le courage des croisés et en leur distribuant des trésors , à leur foire oublier l'injure qu'il venait de leur bire ; mais ceux-ci ne purent la lui pardonner et surent désormais à quoi s'en tenir sur la politique tortueuse et hypocrite de l'empereur de Constantinople.
Un an s'était écoulé depuis le départ des croisés jusqu'au si^e de Nicée. Ces guerriers généreux , laissant à l'empereur la ville qo'ils avaient conquise, ne songèrent qu'à poursuivre leur entreprise, après s'être reposés quelque temps* Toutes les provinces qu'ils
* GviU Tyr. de DeUo sao liU 0l
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avaient à traverser étaient occupées par les Turcs, et l'on ne saurait dire les fatigues , les dangers qu'ils eurent à essuyer dans ces régions couvertes y non-seulement d'ennemis implacables et irrités, mais encore de montagnes ^ de défilés, de torrents, de plaines incultes et arides qui ne pouvaient leur fournir les vivres nécessaires.
Nous n'avons à retracer, dans cette histoire, ni ces dangers continuels, ni la terrible bataille de Dogorganhi, ni l'expédition de Baudoin au pays d'Ëdesse, ni la prise de Tarse par Tancrède, ni les dissensions qui s'élevèrent trop souvent entre les chefs de l'armée, ni enfin le difQcile passage des monts Taurus et Amanus.
Après avoir surmonté des fatigues incroyables, les croisés entrèrent enfin dans la Syrie qui renfermait dans son territoire la Palestine, objet de leurs vœux et but de leurs travaux. Après avoir battu plusieurs fois les Turos, ils arrivèrent devant Antiocbe, capitale de la Syrie.
La vue de cette ville si célèbre dans les annales du christianisme , ranima l'enthousiasme religieux des croisés. C'était dans les murs d'Antioche que les disciples du Christ avaient pris , pour la première fois, le nom de chrétiens; saint Pierre en avait été évoque avant de se fixer à Home; aucune ville ne pouvait prétendre à une place plus glorieuse dans l'histoire de l'Église. Les croisés en formèrent immé* diatement le siège. Il s'y trouvait une forte garnison commandée par rémir Akhy-Syan que les chroniqueurs occidentaux nomment Accien. Il opposa une vive résistance aux efforts de l'armée chrétienne, mais ses efforts lui furent beaucoup moins funestes que les bords enchantés de l'Oronte. Ces régions , si célèbres dans l'antiquité païenne par le culte de Vénus et d'Adonis , firent bientôt oublier aux croisés le but et Tesprit de leur expédition. Ils s'abandonnèrent à une licence effrénée, et ne déployèrent aucun courage dans leurs attaques contre la ville. Les Turcs, au contraire, firent des sorties vigoureuses, et l'hiver surprit l'armée chrétienne qui bientôt ressentit les rigueurs de la famine et de la saison. Ces malheurs furent si grands , que beaucoup de croisés abandonnèrent le camp. Pierre l'Ermite les y ramena, et on leur fit jurer sur les saints Évangiles de ne le plus quitter. L'évoque Adhémar et les clercs les plus vertueux profilèrent des malheureuses circonstances où se trouvait l'armée chrétienne pour prêcher la réforme des mœurs; en même temps, ils faisaient ensemencer les terres des environs pour rassurer les guerriers contre la famine et faire croire aux Turcs que rien ne pourrait lasser leur courage et leur patience.
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Avec la belle saison (1098), Taboûdance revint dans le camp. L'espérance et Tenthousiasme reparurent, les mœurs étaient devenues plus pures. On reçut alors des ambassadeurs du calife d'Egypte qui sollicitait l'alliance des croisés * ; on battit une armée de Turcs qui était venue à la défense d'Antioche et l'on poussa plus vigoureusement que jamais les travaux du siège.
Accien , pressé de toutes parts, se montra plein de cruauté contre les chrétiens qui habitaient la ville. Le vénérable patriarche grec fut traîné sur les murailles, le corps meurtri de coups, et fut montré aux assiégeants comme une victime dévouée à la mort. C'était surtout contre les prisonniers que s'exerçait la fureur d' Accien. Il fit conduire un jour sur les remparts un brave chevalier, nommé Raymond Porcher, et les Turcs qui Ventouraient le menacèrent de la mort s'il n'exhortait ses compagnons à le racheter moyennant une somme d'argent. Celui-ci, feignant d'obéir, dit aux assiégeants, dans sa langue que les Turcs n'entendaient pas : a Regardes-moi comme un homme mort et ne fiâtes aucun sacrifice pour ma liberté. Tout ce que je vous demande, ô mes frères! c'est que vous poursuiviez vos attaques contre cette ville infidèle qui ne peut résister longtemps et que vous restiez fermes dans la fui de J.-C. Dieu est avec vous et y sera toujours, b
Accien, s'étant fiedt expliquer le sens de ces paroles, devint furieux et ne laissa à Raymond que le choix entre l'islamisme et la mort. Le pieux chevalier, se mettant sur-le-champ à genoux , pria Dieu de lui venir en aide et de recevoir son âme. Accien, plus irrité encore par cette prière, fit couper la tête au bon chevalier et ordonna d'allumer un immense bûcher où furent brûlés tous les autres prisonniers.
Les croisés étaient parfois cruels^ mais les Turcs allaient jusqu'à Tatrocité.
Antioche, assiégée depuis sept mois, eût pu déjouer longtemps encore les efforts de l'armée chrétienne. La ruse vint au secours du courage.
Bohémond , qui ne s'était croisé que dans Tespcrance de se former une principauté en Asie, ne songeait qu'aux moyens de réaliser ses projets. L'exemple de Baudoin, qui était devenu prince d'Ëdesse, avait éveillé sa jalousie, et Antioche lui semblait bien propre à foire
^ Il considérait les croisés comme IMustrtiment dont la providence se servait pour punir les sectateurs d*AIi qui occupaient l*Asle et ne voulaient pas reconnaître le calife d'Egypte comme le vrai successeur de Blabomet.
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la capitale da royaume qu'il ambitionnait. Il ne songeait donc qu'aux moyens de s'en rendre possesseur. Les circonstances le servirent à souhait.
Il y avait à Ântioche un apostat nommé Féir ^ C'était un homme dévoré d'ambition et d'avarice. Pour avancer sa fortune , il avait renoncé au christianisme et embrassé la religion de Mahomet. Accien l'aimait et lui avait confié les trois principales tours d' Antioche , pendant le siège. Féir se trouva ainsi en position de livrer la ville , et il en conçut l'idée dans l'espérance d'obtenir des chrétiens, pour ce service, de grands trésors. 11 trouva moyen de faire connaître son projet à Bohémond. Les deux intrigants se virent , ourdirent ensemble leur complot , et , quand tout fut convenu , Bohémond avertit les chefs de l'armée chrétienne qu'il avait trouvé un moyen de s emparer sûrement de la ville.
Les principaux che& refusèrent d'abord de favoriser l'intrigue, mais Tastucieux prince de Tarente profita habilement d'une nouvelle qui se répandit dans le camp. On disait que Kerboga, prince de Mossoul, arrivait pour défendre Antioche avec une armée de 200,000 hommes. « Il ne &ut donc point hésiter , dit Bohémond ; on doit s'emparer de la ville au plus vite, d Sous l'impression de la terreur que produisait l'arrivée de Kerboga, les chefs de la croisade promirent à Bohémond de seconder le plan qu'il avait combiné avec Feîr et de lui laisser la souveraineté d'Antioche.
L'armée entière est mise aussitôt sous les armes et on feint de la conduire, enseignes déployées, au devant de Kerboga qui avait £ût annoncer son arrivée à Accien. Les assiégés la voient partir du haut de leurs remparts et ne doutent pas qu'elle n'aille livrer une grande bataille. Arrivée dans un vallon, Bohémond la fait arrêter. Lorsque la nuit est venue , il la fait approcher d'Antioche en silence; des ténèbres épaisses et un orage affreux qui éclate favorisent son projet. De nombreux croisés s'approchent de l'une des tours confiées à Féir, on y trouve une échelle de cuir. Bohémond y monte le premier; plusieurs le suivent. Le traître Feir leur indique une porte secrète qu'ils enfoncent et par laquelle les croisés entrent en foule dans la ville. Godefroy, Raymond, Robert de Normandie, à la tête de leurs soldats , s'emparent des points les plus importants; au signal donné, les trompettes sonnent toutes à la fois et le cri terrible : Dieu le v€ut\ retentit aussitôt sur les quatre collines sur lesquelles la ville
< On a latinisé son nom dont on a fait Pliirous et même Pyrrhus.
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était bâtie. Les habitants reconnaissent le cri de ralliement des croisés; ils se précipitent en fouie hors de la ville; ceux qui ne peuvent fuir tombent sous Tépée des vainqueurs; les chrétiens seuls sont épargnés; tous ceux qui n'invoquent pas le nom du Christ, qui ne se font pas reconnaître pour chrétiens en faisant le signe de la croix, sont massacrés impitoyablement. Les places publiques furent jon« chées de cadavres ; le sang ruissela dans les rues. Plus de dix mille hommes périrent dans une seule nuit. Accien s'enfuit à travers les forêts. Des bûcherons qui le reconnurent le tuèrent et apportèrent sa tête aux croisés. Péir fut largement payé de sa trahison , redevint chrétien et suivit les croisés à Jérusalem. Deux ans après la prise de cette ville, il retourna à l'islamisme et mourut abhorré des chrétiens et des musulmans.
Les croisés, maîtres d'Antioche, se contentèrent d'entourer la citadelle qui refusait de se rendre , et se répandirent dans la ville, se livrant au pillage et à la débauche la plus effrénée. Leur joie se changea bientôt en terreur. Trois jours s'étaient écoulés depuis la prise d' Antioche , lorsqu'on aperçut les premiers guerriers de Ténorme armée de Rerboga. Les croisés n'osèrent aller à sa rencontre et se laissèrent assiéger dans Ântioche où ils eurent à supporter toutes les horreurs d'une affreuse famine. Plusieurs abandonnèrent alors l'expédition; on cite surtout, parmi eux, Etienne, comte de Blois. L*empereur Alexis, qui suivait toujours de loin l'armée chrétienne, s'enfuit lâchement à Constantinople , en apprenant ses malheurs et l'arrivée de Kerboga.
La foi seule pouvait ranimer le courage, ressusciter l'enthousiasme de Tarmée chrétienne; et, dans ces temps de candide simplicité, Ton ne pouvait exciter la foi que par le récit des prodiges. On eut recours à ce moyen. Bientôt l'on ne parla plus que d'apparitions extraordinaires , de promesses de victoire fiiites par Dieu ou les saints ; on fit grand bruit d'une lance qui fut découverte sous un autel et qui passa pour être celle avec laquelle on avait percé le côté de J.-C. sur la croix ^ Les prodiges se multiplièrent après cette découverte, avec eux l'enthousiasme religieux se réveilla; les soldats affamés, à demi morts, ne respiraient plus que les batailles ; Pierrel'Ermite fut envoyé à Kerboga pour lui proposer un combat singulier ou une bataille générale.
1 n fut prouvé, peu de temps après, que la découverte de cette lance n'avait été qu*un moyen d*exciter l'enthousiasme des croisés.
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L'Ermite retrouya sa yieille ardear et dit avec fierté au goerrier muBulman qu'on ne lui donnait que trois jours pour aviser à ce qu*il aurait à faire. Kerboga répondit avec insolence; et comme Pierre voulait répliquer , il mit la main à son cimeterre : Que Pan chasse ce mendiant I s'écria-t-il. Pierre fut chassé, en effet , et courut plus d'une fois le danger de perdre la vie , en traver9ant le camp ennemi. La réponse de Kerboga indigna les croisés, et les hérauts d'armes annoncèrent pour le lendemain la bataille générale. L'année chrétienne ne comptait plus que cent mille gberriers. Ils passèrent le reste de la journée et la nuit à se disposer au combat par la con* fession et la communion.
Dès le matin , les portes de la ville s'ouvrirent et l'armée se rangea en bataille , partagée en douze cohortes , en l'honneur des douze apôtres. Les prêtres parcouraient les rangs. Âdhémar, revêtu de sa cuirasse par-dessus ses ornements pontificaux, animait les guerriers par ses discours. Un chœur de clercs suivait l'évéque du Puy en chantant l'hymne des batailles: Exurgai Deus. Les prêtres, qui étaient restés dans la villç, bénissaient les troupes du haut des remparts, et levaient les mains au ciel, comme Moïse lorsque Josué combattait les Amalédtes. L'armée chrétienne n'avait plus cet éclat qui éblouissait les Musulmans pendant le siège de Nicée : les barons eux-mêmes combattaient à pied, car tous les chevaux avaient été tués pendant la disette. La plupart des guerriers étaient malades et afiaiblis par la faim ; les armes étaient en mauvais état. L'ardeur guerrière suppléa à tout, et, au moment où l'armée s'ébranla, les rives de l'Oronte retentirent du cri redoutable Dieu le veut\ poussé par cent mille voix et répété par les échos.
Kerboga ne croyait pas à une bataille. Lorsqu'il apprit que les croisés sortaient do la ville, il pensa qu'ils venaient faire leur soumission et continua à jouer paisiblement aux échecs dans sa tente. Mais on vint lui annoncer que ses amis de la citadelle avaient arboré le drapeau noir qui était le signe d'une attaque, et que deux mille hommes de son armée, qui gardaient le pont de l'Oronte, étaient dispersés. Il se hâta alors de monter sur une colUne pour être témoin par lui-même de ce qui se passait. Il vit l'armée chrétienne passer le fleuve et se placer fièrement dans une vaste plaine, devant son camp , enseignes déployées et l'épée à la main. U fut bien obligé alors de croire à une bataille et fit sortir toute son armée.
Les croisés se jetèrent comme des lions courageux sur les Musulmans. Ceux-ci ne purent soutenir un choc aussi terriUe; ils se dis-
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persèrent et s'enfuirent de tous côtés, abandonnant leur camp. Les croisés y trouvèrent beaucoup de chevaux, les montèrent aussitôt, poursuivirent les ennemis Tépée dans les reins et en firent une épouvantable boucherie. On porte à cent mille le nombre des Musulmans qui restèrent sur le champ de bataille. Les chrétiens ne perdirent que quatre mille des leurs. Kerboga s'enfuit en toute hâte aux rives de TEuphrate.
Cette victoire ranima le courage des croisés et leur procura des vivres en abondance. Ils trouvèrent dans le camp tout ce qui leur était nécessaire pour continuer la guerre. Les Musulmans de la citadelle d'Antiocbe se rendirent , et plusieurs abandonnèrent la religion de Mahomet qui n'avait pas su défendre ses disciples contre ceux du Christ.
Après la victoire d'Antioche , l'armée presque tout entière voulait marcher immédiatement sur Jérusalem. Les chef^ furent d'un avis différent et résolurent de séjourner quelque temps encore à Antioche. Ds envoyèrent en Europe des députés qui durent faire connaître leurs succès et demander des secours ; ils rappelèrent à l'empereur Alexis qu'il avait autrefois promis d'envoyer une armée à Jérusalem.
L'ambition et la volupté étaient pour beaucoup dans la détermination des chefs; ils voulaient, comme Baudoin etBohémond, se créer des principautés en Asie, et déjà ils avaient prouvé qu'ils n'étaient point insensibles à l'influence corruptrice des rivages de l'Oronte. Dieu les punit de leurs débauches en leur envoyant une peste qui enleva cinquante mille hommes à l'armée. On compte Adhé« mar, évéque du Puy, au nombre des victimes. Ce fut une grande perte pour l'armée dont il était le père et le plus sage conseiller. Les chefs annoncèrent sa mort au pape et le prièrent de venir lui-même se mettre à la tête de l'expédition. Ils eussent eu besoin d'un guide aussi sage pour apaiser les discordes qui s'élevaient souvent entre eux; mais Urbain ne pouvait quitter l'Occident.
Tandis que la peste sévissait, et en attendant le départ pour Jérusalem , les che& conduisirent leurs bandes à des expéditions partielles , dans lesquelles ils pillèrent le pays et se distinguèrent par de hauts faits d'armes. Bohémond fit des conquêtes importantes en Cilicie et agrandit sa principauté d'Antioche; la prise de Marra fut un sujet de querelle entre lui et Raymond qui voulait aussi se former une principauté en Asie. Tandis qu'ils se disputaient, les mahométans d'Egypte s'emparèrent de Jérusalem et en chassèrent les par-
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tUans d'Ali. Les malheurs des croisés leur avaient fait croire qu'ils n'avaient pins à les craindre et qu'ils pouvaient impunément attaquer les musulmans d'Asie refoulés par l'armée chrétienne. La prise de Jérusalem causa presque un soulèvement contre les chefs de la croisade qui songeaient beaucoup plus à leurs intérêts qu'à la délivrance du tombeau de J.-C. Le dergé éleva sa voix si puissante sur les niasses, et il fut décidé qu'on se mettrait en marche pour Jérusalem au mois de mars.
C'est ce qui eut lieu en effet. Arrivés àLaodicée, les croisés reçurent de nouveaux renforts d'Europe et des contrées de l'Asie soumises aux chrétiens. Bohémond ne suivit l'armée que jusqu'à Laodicée et retourna à Antioche qu'il craignait de se voir enlever. Après plusieurs combats, les croisés assiégèrent Archas. Comme ils étaient devant cette ville, des députés du calife d'Egypte vinrent leur annoncer que les portes de Jérusalem ne seraient ouvertes qu'aux pèlerins sans armes. A ces paroles, l'armée chrétienne quitta le siège d'Archas et marcha droit sur Jérusalem (1099). Elle n'était composée que de cinquante mille hommes : la peste, la famine et les combats l'avaient décimée , sans parler des désertions nombreuses qui l'avaient successivement affaiblie. A mesure qu'elle apapprocbait de Jérusalem, elle semblait se recueillir, se pénétrer davantage des idées religieuses qu'elle avait trop oubliées depuis son départ et à travers les accidents variés de son long pèlerinage. Elle côtoyait la mer, laissant derrière elle les cités qui se rendaient et demandaient alliance.
Tandis qu'elle s'avançait ainsi à travers les montagnes de la Judée, les habitants des rives du Jourdain accouraient à Jérusalem, les uns pour la défendre, les autres pour y chercher asile avec leurs familles et leurs troupeaux. Sur leur passage, ils déchargaient leur fureur contre les chrétiens du pays , pillaient et brûlaient les églises. Les contrées voisines de Jérusalem étaient désolées, les campagnes comme les cité» retentissaient de menaces et de cris guerriers. Lorsque les croisés furent arrivés à Emmaûs (Nicopolis), les chrétiens de Bethléem vinrent implorer leur secours. Tancrède partit la nuit avec une petite troupe de guerriers et planta le drapeau des croisés sttr les murs de la ville oii J.-C. avait pris naissance.
Pendant toute cette nuit , personne ne dormit dans l'armée chrétienne. Jérusalem était si près! On attendait avec impatience les premiers rayons du soleil , chacun voulait le premier apercevoir les tours si désirées de la ville sainte. A peine les ténèbres commen-