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interne, détournant les ouailles de leurs bergeries, les aliènent de leurs pasteurs, et par un art, non pas de Thessalie, mais de persuasion, font passer dans leur champ la moisson d'autruy... Je veux que le directeur particulier ne lie poi^t à soi les âmes qu'il conduit. Qui ne voit le détour de Tamour-propre, lorsqu'il les entretient dans une excessive estime de l'état cénobitique en général?... Quand il viendra à son Ordre particulier, que ne dira sa bouche de l'abondance de son cœur ? C'est un lieu commun dont on ne peut sortir quand on y est une fois entré. Tout ce qu'il y a de saint, tout ce qu'U y a de pur, tout ce qu*il y a d'éminent, tout ce qu'il y a de bonne odeur en l'Église de Dieu y est ramassé. II n'est que d'en être, ou au moins d'y être associé, d'en avoir des lettres de filiation, de participer à tant de jeûnes, de disciplines, de veilles, de prières, de mortifications, d'études, de chants, de prédications, de pèlerinages, de soufErances, et semblables œuvres que l'on y exerce et qui s'y pratiquent. quel bonheur d'avoir liaison avec tout cela! De là pour attirer à cette cordelle, tant de cordons grands et petits, tant de ceintures, tant de scapulaires, de rosaires, tant de tertiaires ou de tiercelets, tant de confréries, de congrégations qui sont autant de petits surgeons de l'empire des Ordres qui étendent leurs pampres jusques à la mer du siècle et leurs provins jusques aux fleuves des familles séculières.
» Mais quoi ? il semble ^ que vous blâmiez tant de saintes con* firéries établies pour le salut de tant d'âmes, approuvées par \t Saint-Siège, et qui font un si notable fruit par toute la chrétienlé?... Ah! Dieu me préserve d'une si criminelle et odieuse pensée ! Non, certes je n'en reprends pas la chose ni le bon visage ; mais seulement l'hameçon impérieux caché sous ces belles appa* rences, car qui ne voit que c'est amener Tânon à Tânesse?...
» Ici nous ne parlerons que de l'abus qui rend, par cette industrieuse piété, chefs et gouverneurs des peuples, ceux qui, par leur condition, renoncent à cette charge, et qui néanmoins, en étant sortis par la grande porte, y rentrent par ces petites, et soustraient le gouvernement des âmes à ceux qui, par leurs offices, en sont chargés. •• de ceci je ne parle point par cœur ; car, dans la propre bergerie oii j'ai été mis en sentinelle, j'ai autrefois découvert des tiercelets, comme oiseaux de passage, venant de fort loin, faisant leurs rondes et leurs visites, exerçant en des familles laïques et
* Le Directeur spiritiiel désintéressé, t* p«tti«, eh. 6.
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puremeiit léculières^ sou? le manteau de ce« filiations^ des actes de juridiction spirituelle S faisant rendre compte des actions^ faire des coulpes qu'ils appeUent ^ ordonnant y commandant y enjoi* gnant des pénitences extérieures^ faisant mettre à genoux et demander pardon^ en la même façon que s'ils eussent exercé une (deîne autorité cénobitique; si cela n'est pas aUer au-delà de la pantoufle^ je ne sais ce que c'est,...
» De là tant d'observances qui sont certes très saintes en la dévotion claustrale^ mais qui souvent sont fort ineptes en la civile^ et qui apportent beaucoup de murmures et de désordres dans les ménages ; j'en dis assez pour être entendu de ceux qui me doivent entendit : il ne faut pas tant moucher^ qu'enfin au lieu de pitrger le cerveau^ il en sorte du sang. »
Pierre Camus est aussi juste et vrai que malin lorsqu'il traite de la jalousie des moines contre le clergé.
« Il est à désirer^ dit-il^ que les cénobites rendent l'honneur à qui l'honneur est dû^ déferans aux pasteurs^ tant diocésains que subalternes^ tant aux prêtres comme aux autres ecclésiastiques du clergé; les respects que leur rang mérite, sans donner, par des termes de mépris ou de peu d'estime, sujet d'offense aux uns et de scandale aux esprits faibles. Qu'ils parent de tant d'éloges qu'ils voudront la vie cénobitique, dont il y a de gros volumes qui en mettent l'excellence, la dignité. Futilité, la gloire, l'éminence, la perfection au-dessus de tout ce qui est en la terre, jusque sur la dignité des rois et des pontifes, qu'ils la haussent, si bon leur semble, paiwlessus les anges; qu'ils produisent leurs apocalypses et qu'ils nous fassent voir un de leurs patriarches avec le monde sous ses pieds, avec toutes ses couronnes, thiares et mitres ; un autre avec des croix, des crosses et des enseignes pastorales pour son escabeau ; un autre tenant le bras de Dieu comme un autre Moyse, et Fempéchant de darder sur le monde les flèches ardentes de son conrroux par les trois fléaux qui le dépeuplent ; un autre soutenant de ses épaules l'église de Saint-Jean de Latran, mère et matrice
de toutes les autres, prenant coup à sa ruine Qu'ils se disent
le sel et la lumière de la terre, la plus illustre portion du troupeau de Jésus-Christ, les apôtres du vieux et du nouveau monde ; que le ciel fondroit, que la terre abimeroit, que toute la masse de l'univers retoumeroit en son premier chaos, sans la science, la cons-
^ Le Directeur spiritu^drfsiiitâressé, a» partie» oh. 13.
cience^ les easeignements, les travaux^ les austérités, les prières les mérites des cénobites ; nous en voulons encore croire pins qu'ils n'en sauroient dire. On les laissera volontiers dans cette brave estime ; mais^ du moins^ que cette exaltation ne vienne pas à déprimer un Ordre que Jésus-Christ a non approuvé par son vicaire général, mais établi lui-même et où lui-même s'est rangé, puisqu'il s'est fait prêtre éUrnely ptunce des prieurs ei ëvêque de nos dmes
» C'est une triste façon de s'avancer vers la gloire en noircis^ sant celle d'autrui, comme si on ne se pouvoit élever qu'en faisant
marche-pied des autres Appeler les pasteurs des chiens muets ;
des mers sans eaux, balottées des vents ; des arbres infructueux, deux fois morts ; des écumes de mer } des étoiles errantes ; se repaissant eux-mêmes ; et autres semblables caresses tirées de saint Jude, et sinistrement appliquées ; cela est un peu contraire à la modestie. Dire qu'ils ont réveillé les gardes et sentinelles de l'Église à la vue de l'hérésie, tandis que les chiens dormoient, et se comparer aux oisons du Capitole, c'est faips comme le vin nouveau, qui saUt son vaisseau en se purgeant par son écume. »
On a souvent considéré le Directeur désiniéresêé comme dirigé seulement contre les moines. C'est une erreur. Pierre Camus attaque aussi bien les abus du clergé séculier dans la directioft des âmes. Son livre, spirituel et malin, est rempli des plus hautes considérations, des exhortations les plus pathétiques à la pratique des vertus religieuses et sacerdotales. Il n'est pas une satyre injuste, mais une critique vraie et impartiale des abus déplorables qui existaient de son temps. On ne doit donc point s'étonner que le clergé de France l'ait pris si hautement sous sa protection.
L'assemblée de 1635 se déclara aussi en faveur d'un ouvrage qui a été, comme le Directeur désintéressé^ l'objet des plus vives attaques de la part des religieux et surtout des Jésuites. Nous vouions parler de l'ouvrage publié sous le titre de Petrus AurelitiSy par Du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Avant de faire connaître ce livre et le jugement qu'en porta l'assemblée de 1635, nous devons esquisser la vie de l'auteur, qui joua un rôle important dans l'Église.
Jean Du Verger de Hauranne ^ naquit à Rayonne en 1581 ; sui-
^ Mémoires de Laneelot, Mémoires de Fontaine; D. Clemencet, Hist. génër, de Port-Royal ; Mémoires mss. de Hermant, sur THist ceci, du xvii.« siècle, liv. l;Hist. mss. do Jansénisme, parle P. Aapin, Jésuite, Bibl. Ars., théol., 56.
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Tant le conseil de l'évéque de cette ^ille^ Bertrand d'Eschaux^ il alla faire ses études à Louvain. 11 étudia la théologie sous Stapleton> au collège des Jésuites ^^ et, le 26 avril 1604^ il soutint une thèse qui lui attira les éloges les plus flatteurs ; Juste-Iipse^ qui y assista, complimenta le jeune théologien non-seulement de vive voix, mais par écrit. Voici les paroles de Fillustre savant * :
a Comme on ne sauroit aimer la vertu sans la connoître, on ne sauroit aussi la connoître sans avoir beaucoup de passion de procurer aux autres le même bonheur et sans être touché d'une joie sensible lorsqu'on voit augmenter le nombre de ses amateurs. C'est la raison qui m'engage à estimer autant que je le fais le naturel heureux et porté aux grandes choses de Jean Du Verger de Hauranne, originaire de Bayonne. Je l'ai vu, depuis quatre ans envi-ron, dans l'Université de cette ville, s'appliquer avec assiduité à l'étude des bonnes lettres, et principalement de la théologie, à laquelle, comme à la reine des sciences, il a consacré toute l'étendue et la subtilité de son génie (ingenii ignem.) Il nous en a donné des preuves admirables en une infinité de rencontres, et entre autres, le 26 du mois d'avril dernier, dans une dispute solennelle, où il répondit publiquement, sur toutes les matières de la théologie, avec tant de vivacité, de délicatesse et de force, qu'il ravit en même temps l'esprit et le cœur de tous ceux qui furent témoins de cette action. C*est de quoi nous portons vta témoignage très sincère. Je prie Dieu de perfectionner de plus en plus ce génie sublime qu'il n'a mis au monde, autant que nous pouvons le prévoir, que pour en tirer sa gloire et pour le bien et l'utilité de toute la république chrétienne.
(c A Louvain, le 12 mai 1604.
» Signé : Juste-Lipse, professeur » et historiographe. »
Après avoir soutenu cette thèse solennelle. Du Verger quitta Louvain et rentra en France '. A la même époque, Jansenius se
^ D. Clfimeiicet remarque que Du Pin, Leydecker et Abelly se sont trompés en disant que Du Verger se lia à Louvain avec Jansenius ; ils ne se connurent qu'à Paris, après leurs études.
> Just. Lips. Épist. 41, Centur. 5.
* Du Pin (Ilist. eccl. du xvii.c siècle) prétend qu'avant de rentrer en France, il étudia avec Jansenius sous Fromond. C'est une erreur, comme Ta très bien remarqué D. Clemencet ; car Frumond, ami de Jansenius, était beaucoup plus \ 12
rendait à Paris^ d'après le conseil des médecins, qui hii araleal conseillé de changer d'air pour rétablir sa santé altérée par sel études. Du Yerg^ connut Jansenius à Paris, et l'emmena aTec lui en 1611 à Bayonne. L'évéque de cette viOe donna au premier un canonicat dans son Église, et mit Jansenius à la télé d'un collégt qu'il venait de fonder. Les deux amis passèrent à Bayonne cinq années, pendant lesquelles ils s'appliquèrent à l'étude des Pères et principalement de saint Augustin, leur docteur de prédilection, l!^ 1616, Bertrand d'Eschaux fut transféré sur le siège archiépi»copal de Tours. Du Verger le sui^iit, et Jansenius retourna à Lonvain. Du Verger ne resta pas long-temps à Tours. L'évéque de Poitiers, Louis Chateignier ou Gastagnier de la Rochepozay, l'ayant demandé pour grand vicaire, il se rendit auprès de lui, avec le consentement de Bertrand d'Ëschauz ^ En 1620, l'évéque de Poitiers se démit en faveur de son grand vicaire de l'abbaye de Saint-Cyran, d'où lui vint le nom d'abbé de Saint-Cyran, qu'on lui donne ordinairement dans l'histoire.
Ce fut vers le mois d'août de cette année 1620, que l'abbé de Saint-Cyran fit la connaissance de Arnauld d'Andilly, et par lui de toute la famille Arnauld. D'Andilly, attaché alors à Schomberg,
jeune que lui et que Du Verger de Hauranne, et il ne faisait quMtuâier la philosophie lorsque Du Verger terminait ses études tfaéologiques.
* Ce fut pendant son séjour à Poitiers que Bu Verger de Hauranne publia un (^usoule sous le titre de : Apologie pour Vévéque de Foîtiert. Son bot était de défendre Henri de La Roobepezay, qui avait combattu, les armes à la main, les Protestants de Poitiers, qui avaient excité du tumulte dans la ville. Quelques années auparavant, il avait publié, sous le titre de Question royale, un opuscule, dont Pierre de TEstoile parie ainsi (Registre-joomal de Henri IV» août 1609) : « On m*a donné, ce jour, une vraie bagatelle nouveQement imprimée par Toussaint de Bray , intitulée : Question roiale, et a esté Tournai qui m*en a fait le présent, qui n'est pas grand, o L'occasion de cet opuscule fut cette question, adressée par Henri IV aux seigneurs de sa Cour : Si, en certaines circonstances, un sujet peut se donner la mort pour sou roi. Du Verger se prononce pour l'affirmative. Son opuscule était plutôt un jeu d'esprit qu'une œuvre sérieuse. Il est devenu fort rare. EUies Du Pin ne put s'en procurer un seul exemplaire. Le P. d'Avrigny, Jésuite, en cite quelques passages, qu'il assure lui avoir été communiqués par une personne d qui ton avait confié le livre. Cinq pages après, le P. d'Avrigny, oubliant ce qu'il venait d'assurer, parle de Yexemplaire qu'il a lu, et donne beaucoup d'importance h une note manuscrite, écrite sur le premier feuillet blanc par un adversaire de Port- Royal. (F. d'Avrigny, Mém. chronol. ad. aun. 1688.) Les Jésuites, et d'après eux M. Rhorbacber, ont voulu faire passer la Question royale pour une apologie du suicide. ( V. l'Histoire de l'Église de M. Rhorfoaeher, Uv. 97, § 5.)
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fiirmte&daxit des finances, passa à Poitiers, et saisit èette occasion pour entrer en relations avec un personnage dont Tévéque d'Aire ^ lui avait beaucoup parlé auparavant. Il conçut pour lui la plus haute estime, et le mit en relations avec la mère Angélique, de Port-RoyaL Le 7 janvier 1621, la mère Angélique écrivait à son frère Arnauld d'AndiUy * : « J'ai reçu la lettre de M. de Saini4]yran avec une satisfaction qui ne se peut dire. Je vous remercie de tout mon cœur de m'avoir procm^ le bonheur d'une si sainte amitié. Je lui écris un mot que vyus lui ferez tenir, si vous ne l'en jugez pas trop indigne. »
Depuis cette époque jusqu'en 1625^ l'abbé de Saint-Cyran fut tantôt à Paris et tantôt à Aire, auprès de l'évéque, qui l'avait prié de l'aider k porter le poids de l'épiscopat. L'évéque d'Aire étant mort, l'abbé de Saint-Cyran s'établit définitivement à Paris.
A la même époque (1625), les religieuses de Port-Royal s'y fixèrent au fauboui^ Saint-vlacques *. Leur ancienne demeure conserva le nom de Port-Royal-des-âiamps, et fut habitée, pendant leur absence, par les pieux solitaires dont nous parlerons bientôt. Les relations de la mère Angélique et de l'abbé de Saint-Cyran devinrent alors plus fréquentes. Un peu avant son départ de Port-Royal, il l'avait visitée, et cette pieuse femme écrivait * à d'Andiliy : a Nous avons eu le bonheur de voir M. de Saint-Cyran ; je le trouve toujours plus excellent, et je vous souhaite avec passion le loisir de l'entretenir. C'est un esprit rare, qui a une science admirable, une vertu et une dévotion singulière, et qui est un ami incomparable.»
Malgré l'estime de la mère Angélique pour l'abbé de Saint-Cyran, celui-ci ne prit que dix ans après la direction de sa communauté, a Je révérois dès-lors ce saint homme comme très savant.
^ Cet ëvêque se nommait De Bouthillier, et était oncle de l'abbé de Raooé. réformateur de la Trappe. V, Mémoires de Arnauld d'Andiliy, l.re partie.
* r. Lettres de la mère Angélique, lettre 5.e.
* Port-Royal, situé au fond d'un vallon, était une habitation malsaine. De plus, la mère Angélique avait amené avec elle de (laubuisson, après avoir réformé cette maison, un grand nombre de religieuses paurres, et l'abbaye était devenue trop petite pour loger tant de monde. Le P. Binet, Jésuite, et Zametf évéque de Langres, qui dirigeaient alors les religieuses de Port- Royal, leur conseillèrent de s'établir à Paris, dans la maison à laquelle on donna •ussi le nom de Port-Reyal.
* V, Lettres de la mère Angélique, lettre 11.*.