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vrages ^ l'avaient mis au rang des iittératears les plas distingués de son époque. Doué d'une extraordinaire faciUté pour écrire, il en^ fauta une quantité prodigieuse d'ouvrages qui ne se distinguent ni par la profondeur de la science, ni par le génie, mais où Ton ren^ contre une grande facilité de composition. Il publia beaucoup de romans religieux, qui obtinrent un étonnant succès, et qui contri* buèrent puissamment à faire tomber les romans de chevalerie*
Mais ses pamphlets contre les mauvais moines Tavaient signalé comme un des prélats les plus redoutables pour certains Ordres religieux qui ne voulaient vivre que d'abus. On aurait tort de considérer Pierre Camus comme ennemi des Ordres religieux en général; il était au contraire enthousiaste de ceux où les vertus étaient en honneur; on en trouve mille preuves dans ses livres; mais quant aux moines qui ne remplissaient pas les devoirs de leur vocation (et ceux-là étaient les plus nombreux au commencement du xvn,® siècle), ils n'avaient pas de plus terrible ennemi que l'évêque de Belley. C'est pour les humilier et les livrer au mépris qu'ils méritaient^ qu'il a composé le Rabat-joie du triomphe monacal; La désappropriation claustrale; le Iraité de Vouvrage des moines; Les deux ermites; Le reclus et VinstaUe; V antimoine bien pré' paré ; Uantimonie ; Le directeur spirituel désintéressé.
Ce dernier ouvrage ayant été dénoncé à Rome par les moines, l'assemblée de 1635 en prit la défense, et nous lisons à ce propos dans le p; ^cès-verbal de cette assemblée *:
a Monseigneur du Mans dit qu'étant à Rome il avoit appris qu'on procédoit à l'examen du Directeur désintéressé j composé par Monseigneur l'ancien évéque de Belley •, et que la censure devoit bientôt en être faite; que cela l'obligea à voir Monseigneur le car-
* Nicërou (Mémoires, t. xxxvi, p. 105-138) compte plus de deux cents ouvrages composés par Camus.
* Proeèft-Tcrbal de rassemblée de 1636 , t. u de la Coltection générale, p. 774, édit. ia-foU»; Mémoires mas. de Herpiant sur TBist» eocL da xva.« siècle, Ut. 1.
< A cette époque, Camus araît quitté son évêché de Belley et s*était retiré en Normandie en qualité d*abbé d^Aeonay. L^archerôque de Rouen, qui oonmtont son zèle, Vavait prié de sa obarger de son dloeèee areo la qotlHtf éé vicaire-général. Il reprit ainsi les fonetioas épiaoepales avee le lèie, la obaritè et la piété qui Tavaient distingué à Belley. Après plusieurs années de traranx, il sentit renaître en lui le goût de la retraite et se retira à la maison des Incurables de Paris. Le nn le força d'accepter réréiM d*Arr«; et Use dHsposâil
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dinal Barberin^ lui en faire plainte et lui représenter que cette en* treprise touchoit tout le clergé de France^ qui seroit extrêmement offensé par la censure du livre d'un évéque françois que Ton touloit déclarer hérétique^ quoique son livre ne traitât d'aucun point de la foi, et offrir de le faire voir; que Monseigneur le cardinal Barberin rapporta sa plainte au pape^ qui ordonna que le P. Mon&tro^ mattre du sacré Palais, et les généraux des Ordres, conféreroient avec lui sur ce livre ; qu'il étoit entré avec eux en cette conférence, à laquelle lesdits généraux avoient chacun apporté ledit livre, marqué en divers endroits qu'ils vouloient faire servir de fondement à la censure qu'ils projetoient, et qui n'étoient que des passages de l'Écriture sainte qu'ils prétendoiént être ou tronqués, ou mal appliqués; mais qu'après l'avoir oui, ils étoient demeurés d'accord que Monseigneur de Belley n'écriroit plus sur de semblables matières, ni les religieux aussi; lesdits généraux des Ordres s'étant obligés de faire les défenses nécessaires et d'enjoindre aux Provinciaux de tenir la main à l'observation d'icelles, et que l'on ne passeroit pas plus avant au fait de ladite censure ; que le pape ayant approuvé leur accommodement, la chose étoit demeurée en ces termes ; mais qu'il a eu avis que depuis son départ on a repris cet examen, et
à partir pour son nouveau diocèse, lofsqu*il mourut, le 26 avril 1652, ftgé de 70 ans. '
Camus était fort spirituel, et on cite de lui une foule d*aoeodotes assez plaisantes. Le cardinal de Bichelieu lui reprochant un jour d*attaquer trop vio* lemment les moines : a Je ne vous connais, lui dit-il, d'autre défaut que cet acharnement contre les moines ; et, sans cela, je vous canoniserais. Plût à Dieu ! lui répondit Camus avec vivacité ; nous aurions Tun et Tautre ce que nous sonhaitona : vous seriez pape et moi saint. »
Camus avait refusé des évèchés beaucoup plus considérables que Belley; U donnait plaisamment cette raison de son refus : a La petite femme que j'ai épousée, disait-il, est assez belle pour un Camus, o Prêchant un jour devant Gaston d'Orléans qui était placé à Téglise entre d'Ëmery et de Bnllioa , intendants des finances, il laissa échapper cette exclamation, comme s*i] se fût adressé à Jésus-Christ : « Ah I mon seigneur I quand je voua vois entre ces deux larrons! » L'assemblée comprit et se mit à rire. Richelieu lui ayant demandé ce qu'il pensait du prince de Balzac et du ministre de Silhon, il lui fit une réponse hardie : m Le prince ne vaut guère, et le ministre ne vaut rien. » Prêchant un jour aux Cordeliers, il dit : « Mes frères, adnUrez la grandeur de votre saint ! ses miracles passent ceux du fils de Dieu. Jésus-Christ, avec cinq pains et deux poissons, ne nourrit que cinq mille hommes une fois dans sa vie, et saint François, avec une aune de toile (allusion au sac des Fran-^ ciscains), nourrit tous les jours, par un miracle perpétuel, quarante mille fainéants. »
que s'il n'y est pourvu^ la censure suivra bientôt ; qu il estime que si la Compagnie fait quelque instance sur ce sujets elle obtiendra aisément de Sa Sainteté ce qu'elle désirera.
» Après plusieurs entretiens graves et importants sur ce sujet, il fui résolu que Monseigneur de Limoges et trois autres députés verroient messeigneurs les nonces sur le fait de la censure du livre de Monseigneur de Belley, leur représenteroient ce que Sa Sainteté en avoit ordonné , Tintérétque le clergé de FVance prend en cette occasion^ et le préjudice qu'il en recevroit, et les supplieroient d'en écrire à Sa Sainteté, à ce qu'il lui plaise d'arrêter celte poursuite.
» Le 20 novembre. Monseigneur de Limoges dit qu'ils avoient vu Monseigneur le nonce sur l'avis de la poursuite que l'on reuouveUoit à Rome contre le livre de Monseigneur de Belley; que Monseigneur le nonce les avoit reçus avec très grande courtoisie et témoignage d'estime de la Compagnie ; qu'il avoit trouvé les raisons, qu'elle a de supplier Sa Sainteté d'arrêter cetle procédure, très justes^ et promis d'en écrire à Sa Sainteté dès aujourd'hui. i>
L'évéque d'Albi, qui était à Rome^ fut en outre ofticiellement chargé par l'assemblée de faire toutes les démarches nécessaires pour arrêter le jugement du livre de l'évéque de Belley; il ne sera pas hors de propos de faire connaître ce livre auquel le clergé de France s'intéressait si vivement :
Le directeur spirituel désintéressé était, d'après Pierre Camus, composé sel4m V Esprit du bienheureux François de Sales.
« Je touche ici, dit l'auteur *, plusieurs cordes délicates et chatouilleuses; il en sera de révènemeut comme il plaira à la Providence, je n'en suis pas garant, seulement je puis assurer ici, en paroles de vérité et d'une charité non feinte, que mon intention a été sincère et sans passion en traçant cet ouvrage, et que j'ai plutôt pensé à servir Dieu dans 1q prochain qu'à préjudicier à personne. Ce n'est ici que comme un commentaire du troisième chapitre de la première partie de la Philothée * de mon bienheureux P. François de Sales^ évêque de Genève, et quoique je donne une assez large carrière à mon esprit, le laissant aller en la chrétienne liberté de ses pensées, je crois pourtant ne m'étre point écarté des
1 L« Directeur spirituel déiinléreï^ïè, etc., advis au lecteur. 5 On nommait ainsi VliitroducUon « (a vie dévote, jar saint Frunçuis de Sales.
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sentiments de ce saint prélat^ de la bouche de qui j'ai ouï autrefois des choses qui avoient bien autant de pointe et de vigueur^ (que je ne die de rigueur) que celles que j'avance ici, quoiqu'il eût le lait et le miel sous la langue et que ses paroles aussi bien que ses mœurs fussent détrempées dans une douceur incomparable ^ »
Après avoir exposé son but, en écrivant cet ouvrage, Pierre Camus fait le tableau des vertus et qualités d'un bon directeur, et il fait aussi ressortir les vices et les défauts des mauvais; or, comme, parmi les Moines et surtout parmi les Mendiants, il se trouvait plus de mauvais directeurs que de bons, l'auteur se trouve naturellement porté à les critiquer.
« Si les pasteurs, dit-il *, ne sont pas excusables, qui tiennent leurs ouailles sujettes et renfermées dans leurs parcs, qu'ils ne leur donnent pas la liberté de se repaître quelques fois en des pâturages de piété, où elles se peuvent nourrir et engraisser par une saine doctrine et un bon exemple, qualités qui se troment aux Églises des Communautés bien reformées, de quelle sorte pourra-t-on couvrir la pratique de ceux qui, par un petit empire d'autant plus fort qu'il est moins apparent, et d'autant plus serrant qu'il est plus
^ Ces paroles sont très explicites sur les entretien? particuliers de saint François de Sales. Il ne sera pas inutile de rapprocher de ce témoignage celui de la mère Angélique de Port-Boyal, que saint François de Sales honorait de Sii conGance et de son affection, comme nous TaTons rapporté ailleurs :
« Il est certain que saint François de Sales avait beaucoup plus de lumières qu*on ne pensait pour la conduite et la discipline de TEglise. Cétait un œil qui voyait tous les maux et tous les désordres que le reiflchemeut a causés dans les mœurs des ecclésiastiques et des moines. Mais il cachait tout dans le silence et couvrait tout de la charité et de Thumilité. Il gémissait, comme M. de Bérulle, des désordres de la cour de Rome, et nie les marquait en particulier ; puis il me disait : « Ma fille, voilà des sujets de larmes, car d*en » parler au monde dans Tétat oiï il est, c>st causer du scandale inutilement.
» Ces malades aiment leurs maux et ne veulent point guérir Il faut pleurer
» et prier en secret que Dieu mette la main où les hommes ne sauraient la j» mettre ; et nous devons nous humilier sous les puissances ecclésiastiques » auxquelles il nous a soumis, et lui demander cependant qu*il les humilie et » les convertisse par la toute puissance de son esprit, et qu*il réforme les abus j» qui se sont glissés dans la conduite des ministres de TÉglise et lui envoie » de saints pasteurs animés du zèle de saint Charles, qui servent à la puri- » fier par le feu de leur zèle et de leur science, et à la rendre s»ns tache et » sans rides pour la discipline, comme elle Test pour la foi et la doctrine. »
(llémoires pour servir à Thistoire de Port-Royal, 2« partie, Ire relation.)
< Le Directeur spirituel désintéressé, 2* partie» ch. 5.