‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 13 sur 26 · HI8T0IM · texte numérisé non relu

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moigner qu'elle ne désire rien tant que d'obéir anx ordres do Saint-Siège^ dont on vient de Tinstruire^ fait défense à Zegers de poursuivre l'impression du troisième tome de VAugmiinus de iansenius jusqu'à ce que^ en ayant communiqué à rintemonce, il n'en soit autrement ordomié. o

Zegers demanda à être entendu avant de se soumettre à un arrêt qui lui était préjudiciable, ce qui lui fut accordé. De son côté la Faculté de théologie écrivit à l'intemonce pour dégager sa responsabilité dans l'affaire de VAugustinus. Pendant que ces formalités s'accomplissaient, Zegers redoublait d'activité, et, avant qu'aucun décret fût publié officiellement, il mit en vente VAugusUnus. Le livre était dédié au cardinal Infant, gouverneur des Pays-Bas, r^ vêtu des privilèges du roi catholique, du conseil de Brabant et de l'empereur, et enrichi de l'approbation des censeurs Henri Galenus et Jacques Pontanus, qui recommandaient l'ouvrage comme ?expression exacte et fidèle des sentiments de saint Augustin.

Le recteur de l'Université, irrité de voir le livre publié malgré fet décision qu'il avait fait prendre, résolut de saisir l'édition. Zegers présenta une requête si fortement motivée, qu'après en avoir déKbéré en assemblée générale, l'Université jugea qu'on n'avait rien à décréter ni contre le livre de Jansenius, ni contre rimprimeur. Elle envoya même trois députés à l'internonce pour lui exposer les inconvénients qu'il y aurait à supprimer un livre estimable, qu'on avait pu imprimer sans désobéir au Saint-Siège, dont on ne con^ naissait pas alors les décrets. « Du reste, ajoutèrent les députés, si Sa Sainteté veut qu'on supprime non seulement le livre de Jansenius, mais aussi tous les autres qui ont paru sur la matière de la Grâce, depuis les défenses faites par le Saint-Siège, toute l'Université est prête à obéir. » Cette soumission satisfit l'intemonce, qui promit d'en écrire à Rome.

Il le fit en efiet. Le pape répondit : l^ qu'il louait le respect et la soumission de l'Université de Louvain pour le Saint-Siège; 2<* qu'il suffisait que les décrets apostoliques eussent été publié» à Rome pour que tous les chrétiens fussent obligés de les observer; i^ que la défense de publier certains livres n'est pas injurieuse aux auteurs, et qu'elle n'est faite que pour maintenir la paix dans l'Église; i9 qu'il n'a pas seulement le dessein de proscrire le livre de Jansenius, mais tous ceux où l'on traite de la Grâce, et qui ont été mprimés sans la permission du Saint-Siège, depuis la défense qui

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en a été faite ; 5* qu'il vent et entend que le décret de Paul V et le gien, sur cet article, soient inviolablement observés.

L'Université trouva fort extraordinaire que le pape donnât comme obligatoires des décrets publiés seulement à Rome, et qui n'étaient pas promulgués sur les lieux, suivant Tusage reçu de temps immémorial. EUe en fît des observations à Tintemonce, qui s'étonna que rUniversité ne fût pas assez soumise au pape pour ne faire aucune observation sur la réponse qu'il avait bien voulu faire.

Au commencement de TannéeTlftil, Fintemonce Paul Stravius renouvela ses instances auprès de l'Université de Louvain. Cette docte société lui répondit qu'elle ne pouvait condamner un ouvrage qui venait de paraître à Paris avec la recommandation de savants docteurs de Sorbonne ; qu'elle le priait d'obtenir du pape qu'elle fût dispensée de condamner un livre que les Jésuites n'attaqueraient pas aussi vivement, si Jansenius n'y avait pas réfuté les théologiens de leur Société.

Les Jésuites, voyant qu'ils n'obtenaient rien par l'internonce et l'Université de Louvain, entreprirent de dénoncer YAugustinui an cardinal Infant, qui l'avait pris sous son patronage et à l'Inquisition de Rome. Le P. Yivero se chargea des dénonciations. II composa en conséquence deux mémoires, l'un pour engager le cardinal Infant à abandonner le patronage du livre de Jansenius ; il envoya l'autre au cardinal de la Cueva, qui devait dénoncer le livre à l'Inquisition. Tandis que l'on poursuivait cette censure à Rome, les Jésuites de Louvain s'efforcèrent de venger ceux de leurs docteurs auxquels Jansenius avait reproché des erreurs semi-pélagiennes. Les Pères Ignace Derkennis et Jean de Jonghe entreprirent cette tâche, et prétendirent en même temps prouver que Jansenius avait emprunté toute sa doctrine à Calvin et à ses disciples. Une vive discussion s'éleva entre les Jésuites d'une part, et de l'autre plusieurs théologiens de l'Université de Louvain, et entre autres, les Frères Mineurs, qui ne craignirent pas de prendre ouvertement la défense de Jansenius, et de traiter de calomnies les reproches adressés par les Jésuites au livre de cet évéque.

Nous ne devons pas entrer dans les détails de cette polémique* Nous dirons seulement que les Jésuites, tout en discutant avec leurs adversaires , usèrent de toute leur influence à Rome pour hâter le décret de l'Inquisition contre VAugusiinus. Ce tribunal^ cédant aux instances du cardinal de la Cueva, prohiba ce livre non

pas comme contenant des erreurs, mais comme ayant été publié malgré la défense du Sainl-Siége. Les ouvrages des Jésuites pour l'attaquer et ceux des docteurs de Louvaln pour le défendre étant dans le même cas, furent tous condamnés au même titre.

Ce décret donna lieu à de nombreuses réclamations. Les Jésuites eux-mêmes n'en étaient pas satisfaits ; d'abord, parce qu'ils y étaient atteints, et de plus, parce qu'ils auraient voulu que Ton condamnât la doctrine de YAuguslinus. Ils entreprirent d'obtenir de Rome cette censure.

Le principal moyen qulls employèrent fut de donner de la doctrine de Jansenius l'idée la plus désavantageuse, en ajoutant que, par son style élégant et son ton plein de piété, il pouvait séduire beaucoup de monde *. Au lieu d'interpréter charitablement des propositions susceptibles d'un double sens et de leur attribuer le plus orthodoxe comme plus conforme aux sentiments d'un évêque qui, toute sa vie, avait joui d'une grande réputation de science et de vertu, ils préféraient toujours le sens le plus hétérodoxe et donnaient aux propositions des interprétations forcées. Leurs attaques furent vivement repoussées, surtout par Libert-Fromond et Cale^ nus.

Ces théologiens, le 16 juin 1641, écrivirent aux Jésuites de Louvain pour leur proposer de s'en rapporter aux savants pour savoir si Jansenius avait réellement enseigné dans son livre la doctrine que les Jésuites lui imputaient, et de laisser au Saint-Siège à décider si la doctrine incontestable de Jansenius était ou non catholique. Les Jésuites répondirent à ces propositions d'un air si lier, qu'on vit bien qu'il n'y avait ni paix ni accommodement à faire avec eux. Ils comptaient avec raison sur leur influence à Rome. Ils parvinrent en effet à faire censurer d'une manière générale la doctrine de Jansenius dans une bulle qui fut expédiée par

1 Extrait mss. du P. Rapin, p. *29. On dit, dans la nouvelle Histoire de la Compagnie de Jésus, t. iv, p. 4, publiée par M. Crétineau-Joly, que VÀuguslinus <c n'est qu'un commenlnire aride de saint Augustin, une thèse sur to GrAce et la prédestination^ thèse raille fois agitée, mille fois résolue, « Nous ne connaissons pas ces mille solutions de deuK mystères impénétrables.

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qui y règne, en font un des plus beaux ouvrages (littérairement parlant) de la théologie catholique.

DE l'êgliss db faancb. 233

Urbain YIll, le 6 mars 1642 S et qui commence par ces mots :

In EtnifiênH.

Dès que ces disputes avaient commencé à agiter la Belgique^ le

nonce Grimaldi avait reçu de Rome la mission d'avoir Vœil sur ce

qui se pa^t en France à ce sujets et d'empêcher la Sorbonne de

prendre parti dans la querelle.

Le 9 mai 1641^ il écrivit à Rome *, au cardinal François Barbe-

rin, neveu du pape :

(( Autant que m'a permis le peu de temps que j'ai eu^ j'ai traité avec les principaux docteurs de Sorbonne sur le livré de Jansenius et les thèses de Louvain ^, en représentant les défenses des papes et le mal que pouvoit porter à l'Église cette dispute^ qui croit de jour en jour ; et je trouve que la meilleure partie de ces docteurs concourent à estimer qu'il n'est pas expédient de rien faire, ni pour ni contre, leur semblant qu'on ne peut approuver ou réfuter cet ouvrage ex toto. Il y en a six toutefois qui l'ont approuvé, et leurs écoliers, qui sont ardents et ont de l'esprit, auroient de la peine à se tenir d'écrire pour le défendre. Le cardinal de Richelieu montre un grand désir de faire de son côté pour que la Sorbonne le censure; mais jusques à présent, il n'a pas trouvé de disposition à cela en leurs esprits^ la plus grande partie étant disposée à le dé fendre y disant que c'est peu de chose et se peut soutenir comme doctrine de saint Augustin et des autres Pères, comme on m'a fait entendre. Il seroit à propos de quelque délibération et résolution du Saint-Siège sur cela. Je ne laisserai pas de presser le cardinal de Richelieu à agir, et de pénétrer ses pensées sur cela, et suivre celles de Votre Éminence d'empêcher qu'il ne s'écrive rien de part et d'autre. »

Le cardinal François Barberin ^ pensait qu'il fallait assoupir la discussion en imposant silence, comme après les Congrégations de auxiliis; Richelieu, au contraire, était d'avis que Rome devait agir et censurer sans retard VAugustinus.

La Congrégation de l'Inquisition eût pensé comme lui si elle n'eût pas craint que la Sorbonne n'imitât là Faculté de Louvain.

^ Cette bulle ne fut affichée à Rome que le 19 juin de Tannée suivante, 1643.

* Extraits mss. du P. Rapin, p. 11.

> Thèses des Jésuites, imprimées pour combattre YAuguslinus à son apparition.

* Extrai! mss. du P. Rapin, p. 12 et 13.

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Désespérant d'en faire une aimllaire des Jésuites^ elle se contenta de s'adresser à Richelieu^ pour le prier d'empêcher que la Sorbonne ne se mélat de défendre Jansenius ou d'écrire pour lui.

Richelieu^ flatté de ce que la Congrégation lui avait demandé son appuis <r dit au nonce que le livre de Jansenius non-seulement était blâmable parce qu'il traite de auxiliiê, mais pour plusieurs autres raisons^ pour lesquelles il méritait d'être condamné ; et fit paraître bien de la disposition (è gran prontexza) à vouloir expédier cette affaire efficacement, d C'est ce qu'écrivait le nonce au cardinal F. Barberin, te 27 juillet 1641. Malgré cette disposition où était le puissant ministre^ la Sorbonne ne censura ^%VAugust%nus; seulement, pendant qu'il vécut, on parla peu en France du livre de Jansenius, et l'on n'osa pas le défendre; mais dès qu'il fut mort, les choses changèrent de face.

Le 24 avril 1643 S le nonce Grimaldi écrivait à Rome : a Depuis la mort du cardinal de Richelieu, on commence à parler, dans les écoles et dans les chaires, de la doctrine de Jansenius. Quelqueâ^ns s*émancipen$ déjà à la condamner f hérétique^ el entre autres les Pères JésuiieSy et il y a d'autres réguliers et sécu^ liers qui la défendent comme conforme à celle de saint Augustin. C'est pourquoi il seroit bon d'y apporter remède ; car les raisons et les persuasions ne peuvent apaiser les contestes. J'ai fait instance auprès de monsieur l'archevêque d'y employer son autorité, et j'ai obtenu que le chancelier fasse ordonner, de la part du roi, pour qu'on ne parle ni dans les chaires ni d'autre manière de cette question ; ce qui s'est exécuté. Mais l'archevêque, quoiqu'il fasse profession d'obéir au Saint-Siège, et qu'il ait fait publier par les prédicateurs ce décret fait à Rome * à mon instance, a, depuis, considéré que son commandement étoit trop rigoureux, sous peine de censure, de traiter de ces matières, que ce décret pourroit irriter les esprits, parce que le décret de Rome ne défend que l'impression, m'a, depuis, fait proposer deux choses : la première, que tout ce qui s'ordonne en ces matières, s'il ne conste qu'il vient de Rome ou du nonce, devient odieux au peuple^ qui croit que cela

< Extrait mss. du P. Rapin, p. 30. Le P. Rapin met cette lettre, par erreur, à rannée 1642, et aussi, par erreur, il fait mourir Richelieu le 2 février 1612. n ne mourut que le 4 décembre de cette amiée. La lettre de Grimaldi ne peut donc être que du 21 avril 1643.

Le décret qui prescrivait le tilenee sur les questions de la Grâce.

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vient de son caprice^ et qu'ainsi, Texécirtion en est vaine; la deuxième, qne la sainte Congrégation de l'Inquisition, n'ayant point d'autorité en France, ainsi que Ton prétend, au lieu d'obliger les peuples à ses décisions, les fera mépriser. Pour remédier h ces inconvénients, j'estime qu'il est nécessaire que notre Saint- Père défende ce livre par un bref exprès qui, sans doute, sera reçu avec respect et la révérence qu'il convient ; mais encore que la défense faite par le chancelier ait arrêté les disputes des écoles et les invectives des prédicateurs sur cette matière ; toutefois, les esprits brouillons ont quasi déjà formé une faction et ont poussé les choses si avant, que, jusques aux dames, parlent avec passion de l'un et de l'autre parti. Quelques docteurs, qui craignent qu'on ne puisse aisément réprimer l'animosité de ces parties déjà échauffées, m'ont dit qu'il seroit bon que, pour apaiser ces désordres. Sa Sainteté montrât, en quelque manière, vouloir prendre résolution sur cette question, et appeler, pour cet effet, des théologiens à Rome, de toutes les nations catholiques. »

Le 20 mai, on répondit au nonce qu'on pensait, à Rome, à une bulle contre Jansenius et qu'il devait préparer les esprits à la recevoir avec respect et obéissance ^ En effet, Urbain VIII donna, pea de temps après, sa bulle in Eminenti.

Cette bulle ayant été publiée à Rome, on l'imprima en Flandres, et ce fut de ce pays que les premiers exemplaires arrivèrent en France. Le nonce écrivit aussitôt au cardinal F. Barberin * :

or Ces jours passés, le bruit s'est répandu ici que la doctrine de Jansenius avoit été condamnée par une bulle expresse de Rome, on en a vu quelques copies imprimées en Flandre, et, comme elle n'est pas venue directement de Rome, les ennemis des Jésuites font courir le bruit qu'ils l'ont fait imprimer en France et l'ont supposée. Ceux du parti ont fait un écrit à't^sêrvaHans pour en mon* trer h nullité, qu'ils ont fait imprimer. »

Le nonce renouvela alors ', auprès de la régente, les instances qu'il avait faites auprès de Richelieu, afin d'obliger la Sorbonne à garder le silence sur les questions agitées.

La bulle ayant été envoyée directement au nonce^ celui-ci ren-

> Extrait mss. da P. fiaplD» p. 30.

• iMcL, p. aa.

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dit compte * de la manière dont elle avait été reçue. Quelques évéques n'approuvèrent pas la clause qui défendait à touSy sous peine d'excommunication de garder VAtigusiintM. On répondit de Rome que cette clause ne regardait ni les évéques, ni les docteurs. La régente se montra disposée à obéir à la buUe^ mais plusieurs membres du conseil firent observer qu'il était nécessaire que le roi donnât des lettres-patentes pour sa publication. Le nonce prétendit que ces lettres étaient nécessaires pour un décret de Rome concernant la discipline et la juridiction, mais qu'il était non^aetilemerU indécent, mais insupportable d'exiger cette formalité pour une bulle qui n'avait rapport qu'à une question de foi.

La question resta indécise^ et la bulle ne fut pas publiée avec les formalités d'usage. Seulement quelques évéques^ qui connaissaient les intentions de la régente, la publièrent dans leurs diocèses. Parmi eux fut l'arcbevêque de Paris '. Il publia, à ce sujet, deux mandements, le premier en latin, dans lequel il renouvela son ordonnance touchant le silence sur les matières de la Grâce, et parla de certaines propositions condamnées dans le livre de Jansenius ; le second en français, sous la même date du 11 novembre 1643. Dans ce dernier mandement, il ne parle point de son ordonnance du silence, et il dit seulement que le livre de Jansenius était proscrit, sans parler de la doctrine. Il était plus exact que le mandement latin ; car, dans la bulle in Eminentiy le livre de Jansenius était proscrit d'une manière générale, sans que la doctrine fût déterminée. L'archevêque de Besançon montra beaucoup de zèle pour publier la bulle de Urbain VIII et rédigea une espèce de formulaire, dont il imposa la signature plusieurs années après '. Quelques autres évêques publièrent des mandements pour promulguer la bulle in Eminenti; mais le seul qui nous soit par\'enu est celui de l'archevêque de Paris.

François de Gondi, si nous en croyons son neveu *, <!r avoit dé-

* Extrait mss. du P. Rapin, p. 35.

* Le nonce n*en fit pas moins tous ses efforts pour faire promulguer la bulle selon les usages de TÉglise de France ; il rencontra beaucoup d'opposition. Urbain YIII étant mort, il crut devoir cesser ses instances ; on lui écrivit de Rome de les continuer. F. Extrait mss. du P. Rapiu, p. 55| 5 nov. 16I4.

* F. Statuta Synodalia Eccl. Biz., 26 maii 1648.

^ Mémoires du cardinal de Retz.— Les Gondi de Retz occupèrent le siège de Paris pendant près d*un siècle. Pierre de Gondi, qui fut élevé au cardinalat par Sixte Y, Toccupa le premier. Son ne^eu, le cardinal Henri de Gondi, lui

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gradé son archevêché, h l'égard du inonde, par ses bassesses, et 1 avoit désolé, à l'égard de Dieu, par sa négligence et son incapacité. » Sa vie était peu réglée, et il n'aurait pas même eu l'esprit de dissimuler ses désordres. Avec cela, il était le plus glorieux des hommes et affectoit des airs de grand seigneur. Il aurait vivement désiré être cardinal, comme les deux Gondi ses prédécesseurs. Il crut gagner le chapeau ^ en accordant au nonce la promulgation de la bulle in Eminenti; mais la plus grande partie du clergé ne considéra pas cette promulgation comme légitime. Les adversaires de Jansenius y trouvèrent, de leur côté, un motif pour attaquer la doctrine de cet évéque i de là une polémique, dont nous parlerons après avoir fait connaître ceux qui prirent à la lutte une part plus active.

Depuis 1638, l'abbaye de Port-Royal-des-Champs, abandonnée par les religieuses, était occupée par de pieux solitaires * qui avaient pris à tâche de retracer la vie studieuse et pénitente des anciens Cénobites. Le premier qui embrassa cette vie et que Ton considère comme le chef des solitaires de Port-Royal, fut l'avocat Le Maistre. L'abbé de Saint-Cyran l'arracha au monde^ lorsque tout concourait à l'y attacher. Depuis l'âge de vingt-un ans qu'il plaidai t, il s'était acquis une si grande réputatiou d'éloquence que, les jours où il plaidait, les prédicateurs les plus distingués étaient obligés de descendre de chaire faute d'auditeurs, qui abandonnaient, ces jours-là, Téglise pour le palais. A vingt-sept ans. Le Maistre fut nommé conseiller d'État; on le considérait dès lors comme l'oracle du barreau. Il avait trente ans lorsqu'il renonça à la gloire pour embrasser les humiliations de Jésus-Christ. Madame d'Andilly étant au lit de la mort, l'abbé de Saint-Cyran fut appelé pour lui adoucir, par ses exhortations, le triste passage du temps à l'éternité. Le Maistre ' écouta, avec l'émotion la plus vive, les paroles du pieux

succéda ; il mourut ea 1622, et eut pour successeur Jean-François de Gondi, qui mourut en 1654. C*est de lui que le cardinal de Retz, son neveu et successeur, noiiS fait uu si triste tableau. Feller ne dit qu*un mot de lui : Prélai vertueux. Le cardinal de Retz le connaissait mieux que le biographe jésuite.

1 Les Jésuites obtinrent de lui. en 1643, la censure de la Théologie familière de Tabbé de Saint-Cyran. Ils lui reprochaient une morale trop parfaite, et élevaient des chicanes sur quelques mots susceptibles d*une bonne comme d*une mauvaise interprétation. (F. d*Avrigny, Mém. Chronol. ann. 1643.)

* Mémoires de Lancelot; Mém. de Fontaine; Mém. de Dufossé.

s Madame Le Maistre» obligée de vivre séparée de son mari, dont la con-

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