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abbé 9 et il était surpris luinnéme de rimprefision profonde qu'etles produisaient sur son cœur. Après avoir entendu les prières sublimes de Tagonie^ il fut obligé de sortir pour laisser un libre cours à ses larmes, et il prit dès lors la résolution de se donner tout entier à Dieu \
L'abbé de Saint-Cyran, qu'il consulta, lui conseilla de ne rien précipiter. Il resta donc quelque temps encore dans le monde, plaida cooune à Tordinaire, et laissa coumiencer les vacances du Parlement sans s'ouvrir de son dessein. Ces vacances iinies, il écrivit au chancelier, au mois de janvier 163^ :
a Monseigneur, Dieu m'ayant touché depuis quelques mois et fait résoudre à changer de vie, j'ai cru que je manquerois au respect que je vous dois et que je serois coupable d'ingratitude, si, après avoir reçu de vous tant de faveurs extraordinaires, j'exécutois une résolution de telle importance sans vous rendre compte de mon changement. Je quitte. Monseigneur, non-seulement ma profession, que vous m'avez rendue si avantageuse, mais aussi tout ce que je pouvois espérer ou désirer dans le monde, et je me retire dans une solitude pour faire pénitence et servir Dieu le reste de mes jours, après avoir employé dix ans à servir les hommes.
j» Je ne crois pas être obligé à me justifier de cette action puis^ qu'elleest bonne en soi et nécessaire à un pécheur tel que je suis. Mais je pense qu'atin de vous éclaircir entièrement sur tous les bruits qui pourront courir de moi, je dois vous découvrir mes plus secrètes intentions et vous dire que je renonce aussi absolument à toutes charges ecclésiastiques comme aux civiles; que je ne veux pas seulement changer d'ambition, mais n'en avoir point du tout; que je suis encore plus éloigné de recevoir les Ordres de la prêtrise et des bénéfices, que de reprendre la condition que j'ai quittée, et que je me tiendrois indigne de la miséricorde de Dieu, si, après tant d'in&délités que j'ai conmiises contre lui, j'imitois un sujet
duite était fort immorale, habitait, avec ses enfants, chez Arnauld d*Andilly» son frère. Cest ainsi que Le Maistre assista aux derniers moments de madame d'AndUly.
^ Les Jésuites, qui s'appliquent dans leurs écrils à diffamer tout oe qui tient à Port-Royal, prétendent que ce fut un dépit amoureux qui fit abandonner to monde à Le Maistre. Ils s'appuient sur une lettre où la mère Angélique engage son neveu à renoncer à une alliance illustre qui se présentait pour lui, afin de se donner à Dieu. Le Jtfaistre fit le sacrifice avec une grandeur d*âme que Ton doit admirer. Les Jésuites ont trouvé moyen de défigurer œlle aetion.
rebelle; qui, au lieu de fléchir son prince par ses soumissions et ses larmes^ seroit assez présomptueux pour s'élever de lui-même aux premières charges du royaume
» Je sais bieu^ Monseigueur, que^ dans le cours du siècle où nous sonuneS; on croira me traiter avec faveur que de m'accuser d'être scrupuleux ; mais j'espère que ce qui paroîtra une folie devant les hommes ne le sera pas devant Dieu^ et que ce me sera une consolation à la mort d'avoir suivi les règles les plus pures de rËglise et la pratique de tant de siècles.
D Que si cette pensée me vient de ce que j'ai moins de lumières^ ou plus de timidité que les autres^ j'aime mieux cette ignorance craintive et respectueuse^ qui a été embrassée par les plus grands hommes du christianisme^ qu'une science plus hardie et qui me seroit plus périlleuse.
B Quoi qu'il en soit^ Monseigneur^ je ne demande à Dieu autre chose que de vivre et de mourir en son service^ de n'avoir plus de commerce, ni de bouche, ni par écrit avec le monde, qui m'a pensé perdre, et de passer ma vie dans la solitude, comme si j'étoii dans un monastère.
» Voilà, Monseigneur, une déclaration toute entière de la vérité de mes sentiments. Les extrêmes obligations dont je vous suis redevable ne me permettoient pas de vous en faire une moins expresse et moins hdèle; et l'honneur d'une bienveillance aussi particulière que celle que vous m'avez témoignée m'engageoit à vous assurer que je ne prétendois plus de fortune que dans l'autre monde, qui dure toujours, atin que votre afiection pour moi ne vous porte plus à m'en procurer dans celui-ci, dont la tigure passe si têt. Mais, quelque soli|aire que je sois, je conserverai toujours le souvenir de vos faveurs, et je ne serai pas moins dans le désert que j'ai été dans le monde, votre, etc. »
Le Maistre se retira d*abord dans une petite maison que sa mère lui fit bâtir près le monastère de Port-Koyal de Paris. Un de ses frères, surnommé de Séricourt, se joignit bientôt à lui, et Lancelot vint peu après augmenter la communauté, qui s'adonnait aux pratiques de la piété, sous la direction de l'abbé Singiin, qui en taisait partie. Ces pieux solitaires furent obligés de quitter leur mai^n de Paris, lorsque l'abbé de Saint-Cyran fut enfermé à Vincennes. Us se retirèrent alors à Port-Royal-des- Champs, abandonné, depuis 1635, par les religieuses. Plusieurs hommes distingués vinrent partager leur solitude ; parmi eux nous nommerons
seulement Arnauld d'Andilly et le docteur Antoine Arnauld^ oncles de Le Maistre^ et Le Maistre de Sacy, son frère. A ces premiers solitaires se joignirent successivement Pascal, Nicole^ Hamon, Dufossé^ Fontaine, Tillemont et plusieurs autres, également distingués par leur piété et leur science. Le docteur Antoine Arnauld joua, pendant cinquante ans, un si grand rôle dans les affaires ecclésiastiques^ que nous devons nous étendre sur certaines circonstances de sa vie, et le faire connaître plus intimement.
Antoine Arnauld était le vingtième et dernier enfant de ce fameux Arnauld qui avait plaidé contre les Jésuites en faveur de l'Université, et adressé à Henri IV le franc et véritable discours contre le rétablissement de ces religieux en France. Les Jésuites n'avaient point oublié ces harangues et s'étaient habitués à regarder les Arnauld comme leurs ennemis. Antoine naquit le 8 février 1612; il avait donc sept ans lorsque saint François de Salles le bé^ nit, avec tous les enfants et petits-enfants d'Arnauld, au château d*Andilly, en 1619. Dès sa plus tendre jeunesse, Arnauld montra beaucoup de facilité pour le travail et une pénétration étonnante ; la douceur de son caractère le faisait aimer, et la gravité précoce de ses mœurs lui conciliait Testime de tous ^. Son goût pour la piété était si grand, qu'il quittait souvent les jeux pour aller prier dans quelque lieu où il ne pouvait être vu de ses jeunes amis. Ces vertus naissantes étaient le fruit des soins et des exhortations de sa vertueuse mère et de sa sœur Angélique. Les connaissances qu'ac^ quit le jeune Arnauld, pendant ses études, furent aussi variées que solides. A seize ans, il avait lu les meilleurs auteurs de l'antiquité. Il étudia la théologie sous le docteur Lescot^ mais l'abbé de Saint- Cyran, par ses conseils^ lui était plus utile que son professeur^ dont les leçons étaient trop peu élevées pour répondre aux besoins d'une intelligence aussi profonde que celle d' Arnauld. Dans la thèse qu'il soutint pour recevoir le grade de bachelier % et que l'on appelait tentative, il exposa la doctrine de saint Augustin sur la Grâce et s'appliqua à réfuter les leçons de son professeur sur cette matière. Cette thèse fut dédiée au clergé de France, qui, alors assemblé à Paris (1635)^ décernait à Petrus Aurelius les éloges les
< M. Crétineau-Joly est obligé d^avouer dans son Histoire de la Compagnie de Jésus, t. nr, p. 25, que la vie privée d' Arnauld ne fUi qu'un acte de bonté continu,
* OGuvres d*Àmauld, t. x.
DB l'églisr de fbancb. 241
plus flatteurs. Le livre de Jansenius n'avait pas encore paru^ et l'on n'avait pas encore répandu, touchant le dogme de la Grâce, les préjugés qui sont devenus depuis si communs. La thèse d'Arnauld fut fort applaudie ; trois ans après, il soutint sa thèse appelée Sorbonnigue. Avant d'être reçu licencié, il fut obligé de recevoir le sous-diaconat, suivant les règlements de la Sorbonne. Malgré la préparation qu'il apporta à cet Ordre, il craignit de s'y être engagé précipitamment, et fit part de ses scrupules à l'abbé de Saint- Cyran, alors prisonnier à Vincennes; il en reçut les avis les plus sages, continua ses études, et reçut, en 1640, le grade de licencié. En septembre 1641, il fut ordonné prêtre. Au mois de décembre de la même année, il soutint sa thèse de Vesperies et reçut le bonnet de docteur. Cette thèse lui fit quelques adversaires, parce qu'il y attaquait Je relâchement des casuistes.
On voit qu'Amauld, dès le début de sa carrière, s'engageait dans cette route où U marcha toute sa vie et où il rencontra tant de tribulations.
Les thèses qu'il soutint pour obtenir ses grades ne sont pas la seule preuve de son ardeur pour le travail. Il était dès lors occupé de la composition de plusieurs ouvrages, qui ne parurent que longtemps après. Les Traités de la Nécessité de la foi en Jésus-Christ ^ et de la Fréquente communion^ étaient achevés lorsqu'il fut reçu docteur. Nous parlerons bientôt de ce dernier ouvrage, qui fit tant de bruit lorsqu'il parut. Il travailla aussi alors à l'Apologie de l'abbé de Saint-Gyran * et attaqua plusieurs opinions théologiques du P. Jacques Sirmond, Jésuite.
^ Le Traité ée la nécessité de la Foi se trouve au tome x de la Golleetion des œuvres d*ArnauId.
* Dans cet ouvrage, il vengea ]*abbë de Saint-Gyran de toutes les calomnies dont il avait été Tobjet, et le fit avec un calme qui trancbe singullèremeut avec les diatribes passionnées des Jésuites. Ces religieux furent accablés de cette apologie, et, pendant vingt ans, ils n*08èrent plus attaquer ouvertement Tabbé de Saint-Gyran. Après vingt ans de silence, ils crurent pouvoir renouveler leurs attaques par Torgane de deux de leurs Pères et d*Abelly, comme nous Tavons dit ailleurs.
Nous revenons souvent sur les ouvrages des Jésuites, parce que nous savons qu'ils sont imposés aujourd'hui au jeune clergé comme la règle de la vérité. Nous avons été nous-méme élevé dans ces préjugés coaune tant d'autres ; mais, lorsque nous avons abordé la lecture des admirables ouvrages que Port-Royal nous a laissés, nous avons été forcé d'abjurer la plus grande partie des idées qui nous avaient été données , parce que nous en avons reconnu la fausseté,
N'étiarit encore que âioiple ôlerc^ Artfaufd avaff été Aotntté cAsk- Qoine, puis chaAtre de Péglise de Tei^dun. En itSfly ft se défkift de ses bénéfices et ne se réserva inéme que Fustffmit de ^ biénâ^pairimoniaux; dont il abàndoùna le fonosaumoûastërcf de Port-Rojdh n résigna son bénéfice de la chanferle de Verdun en faveur du doûteur Bourgeois, son ami, qui fut depuis (fépufé à Rome pouf défendre le livre de la Fréquente cùtnmuniori. Aprè^ sotf élévâtïotf àû sacerdoce, il se jbigni! à la coiïiniunaulé des solitaires de Port-Ro^àl' dés Champs. L abbé de Sàirif-Cyraù, ayant été mis en fibetté, te visita souvent, aiâsî que les âùtires solitaires, et s'appltqua aies former à ïa pratique des plus sublimés vertus. On voit par lerégfemeirt* qu'ils suivaient, avec quel soin îTs s'appliquaient à la prière, à l'étude et au travail. Ils communiaient, suivant l'avis delectr confesseur , les uns tous les quinze jourâ^ d'autres tons les huit jonrs ; d^aù-» très enfin fes dimancbes et fêtes ; ceul qui étaient préIres, comme âinglin et Amauld, célébraient chaque jottr la messe ; on disait ell commun l'office de l'Église; plusieurs travaillaient des main^*, comme les anciens anachorètes ; tous faisaient pénheniee et se dévouaient aux œuvres de charité.
L'abbé de Saint-Gyran les dirigea jnsqu'àtl mois (focto&re'lâ49, qu^ mourut, à Paris. On lit^ à propos de la mort de ce girimd homme, dans la Gazette de f tance ' du 17 octobre 16tô :
UMstolM dMT <fn.« ci t^m».» ^M^f ëoril» MM rittipiratiOB dstf Mnitetf ou d*après leurs ouvrages, n*a été qu*une;con^iirallQn éomUire Ut véritém Nous faisons cette déclaration avec autant d'impartialité que nous en eussions fait une toute contraire si nous avions trouvé la vérité dans les écrits des Jésuites. Nous avons lu ces ouvrages avec autant d'indépendance que ceux de Port- Hoyal, e< c'est pkmr attester la vériCé que nous disonsque Aoutf avoas trouvé dans ces derniers autant de logique et de vérité que de pr^ugés et de pMSiOD dus «murdM JéBuites^ OUdron-éliidle avee]k>nn0 foi les prouves sur lesquelles noQB appuyoncl nos réeKs^ et Vcm sera de notre opinion. H ne faol pas se pMiiiader que l'on répond aux écrits de For^Royal en appelant les anleur» hMliqnes, schismatiquoB, opiniAtres, Jansénistes, etc. : ils n'ont p» répond» am Jésuites en disant simptoment qu'ils étaient JémUe$, hypocrites, eCo<
^ €e règlement répond à fontes tes calomnies élevées par les Jésnites contrv les solitaires de Port-Royal. Ils se sont bien donné de garde d'en parier.
*Les Jésuites (ronyaieiit très spirituel d'appeler «a&ofien les solitaires, parce qu'ils faisaient des chanssures. On connaît la réponse que fit le chanoine Boileau, frère du satyriqne, h un Jésuite qui soutenait que Pascal avait ftjt des socdiers. « Je ne sais pas, répondit Tabfoé Boileau, s'il a fait des souliers; mais convenez, mon révérend Père, qu'il vous a porté de fameuses bùUet. »
* Noua citons oe recueil impartial pour répondre aur calonmies répandnes
DB L'AaLMR m FMANCl. SIS
a L'ondème de ce mois, f abbé 4e fiaSnt-^lyfsii^ «iBlade éefiâà quelques jours^ mourut ici d'une apoplexie^ qui lui survint inecm» dneat» apré« gtfil eut reçu te saint viatique avec une piété digne de son éminente vertu; teUe^ que les prélats qcA se trouvèreivt lors ea cette ViBe^ ayant voulu rendre un témoignage public de t'^stine qu'ils feisoieni d'un si grand personnage^ reconnu de temt le mo$td$ pour un des plus savants hœnmes qui fût dans rÉfiisey l'évèque d'Amiens fit l'office à ses funérailles^ danis l'église de S«iDt4acque»du-Haut-Pas du f airi)ourg Saint-Jacques^ où assistèrent l'arobevèque de Bordeaux^ les évéques de Valence^ de Galcéd<Hne^ d'Aire;^ le coadjuteur de Montauban^ diverses personnes de grande oendi- 6ou^ €ft autres de toute qualité en grand nombre. » • ISaint lacent de Pam^ qui était allé un des premiers tëààtef l'abbé de Saint-Cyran de sa délivrance^ fut aussi un des premien à àOer jeter de l'eau bénite sur sa dépoiïille mortelle ; û conserva pour Pàbbé de Barcos l'affection qu'a avait eue pour l'abbé de-Saint-Cyran, et, comme il était du conseil de conscience de la régente^ il contribua plus que tout autre à faire donner à Barcos l'abbaye qu'avait possédée son oncle *.
Après la mort de l'abbé de Saint-Cyran^ Singlin fut le dipecteur des solitaires et des religieuses de Port-Royal; mais le docteiu» Arnauld fut réellement le chef de ces pieuses associations. Sa vaste intelligence et sa science profonde le mettaient à une place qu'il n'ambitionnait pas et qu'iln'a jamais recherchée.
n fût le premier à entrer en lutte contre la buDe dTJrbain Vlfl ; il ne voulut pas la croire émanée du Saim-Siége et l'attaqua comme, remplie de faussetés^ nulle et condamnant la véritable doctrine de
lAT les Jésuites, qui prétendirent qae Saint-Cyran était mort sans avoir reçu les Sacrements. JLe curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas attesta lui avoir administré le Saint-Viatiqae. Les Jésuites, oonvainous de faux sur ne point, direnH qa*il Tavait reçu sans s'être confessé. Savaient-ils s*il avait besoin de se confesser au moment de recevoir le Viatique, et 8*il n*avait pas rempli ce devoir peu auparavant? L*abbé Singlin attesta de plus que lui-même avait confessé Tabbé de Saint-Cyran pour le disposer aux derniers Sacrements. L^abbé Rborbâcher (Uv. 87, § 5) a osé dire : « Ses amis ne songèrent à lui faire administrer les Sacrements que quand ils le virent tomber en apoplexie ; il expira aux premières onctions. » Citer de pareilles assertions, c'est les flétrir, oomme elles lenidfiteBt.
« F. Défense de feu 11. Vinoent contre les calomnies d*Abelly, par l*abbé de Bareos.
214 HI8T0IRB
TÉglise^ si doctement soutenue par saint Augustin contre les Pelagiens^
Les Observationê d'Amauld produisirent une forte impression. Isaac Habert crut devoir, du haut de la chaire, se porter pour défenseur de la doctrine contenue dans la bulle, et attaquer violemment YAugtistinniS. Amauld lui répondit par sa première Apologie de Jansenius, qui fut dès lors fort connue, quoiqu'elle n'ait été imprimée qu'un an après. Ce fut pour étouffer cette discussion, qui ne tournait pas à l'avantage des défenseurs de la bulle, que l'archevêque de Paris renouvela son ordonnance portant défense de remuer les questions controversées, soit dans les sermons, soit dans les catéchismes. Mais la polémique ne fut pas pour cela assoupie, et plusieurs écrivains entrèrent en lice pour défendre la bulle et attaquer la doctrine contenue dans VAiigustinm.
Un des premiers fut un FeuUlant nommé Pierre de Saint-Joseph. Il fit un ouvrage ' pour prouver que, dans son AuguslinuSy l'évéque d'Ypres s'était écarté de la véritable doctrine de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin, qu'il prétendait avoir pris pour guides. Un docteur de Sorbonne ayant demandé à la Faculté permission d'examiner ce livre et de lui donner son approbation s'il n'y trou^ vait rien de contraire à la doctrine de l'Église, on lui refusa cette permission, et l'on fit en même temps un décret par lequel la Faculté défendait à tous les théologiens de Paris de donner leur approbation à aucun livre écrit pour ou contre Jansenius. Mais, malgré cette décision et la résolution prise par la Faculté de rester neutre sur les questions agitées, elle fut bientôt obligée par les circonstances d'entrer dans la lutte. Les adversaires de Jansenius s'efforcèrent de l'entraîner de leur côté, et, pour y parvenir, ils s'appliquèrent à faire voir l'identité qui existait, selon eux, entre la doctrine de Baîus, condamnée par les papes Pie V et Grégoire XIII, et celle de Jansenius; ils ressuscitèrent en même temps une censure qu'ils disaient avoir été portée en 1560 par la Faculté de théologie
^ Il publia, à cet effet, les ObservalionSy qui furent adressées à Rome par le nonce Grinialdi, comme nous l'avons rapporté. Llnquisition ayant répondu à cet écrit, pelon la demande de Grimaldi, Arnauld publia : Secondée Oburvalions sur la fausse bulle, elc. Ces opuscules se trouvent au t. xvi de U Collection générale des Œuvres d' Arnauld.
• Cet ouvrage, écrit en latin, était intitulé : J)éfens€ de saint Augusliny évéque (THippone, contre V Augustin d'Ypres^ touchant la Grâce et la liberté de l'homme, avec une Défense de saint Thomas dAquin.
DB l'ÉGLISB de FRANCE. 245
de Pariscontre dix-huit propositions attribuées a Baïus et dénoncées à la Faculté par deux Cordeliers des Pays-Bas ; la Faculté était donc, selon eux, engagée, par ses précédents, à censurer Jansenius.
La censure, dite de 1560, fut publiée en 1643, par Aniiot, lecteur de Sorbonne, qui l'accompagna d'une longue préface, laquelle provoqua aussitôt une réfutation.
L'archevêque de Sens, Octave de Bellegarde, entra alors dans la lutte, et, comme on disputait principalement pour savoir quelle avait été la vraie doctrine de saint Augustin, il pensa que le meiUeur moyen d'éclaircir la question était de faire imprimer un recueil des principaux passages de ce saint docteur sur les questions agitées ^
Le P. J. Sirmond, Jésuite, publia, dans le même temps, un manuscrit qu'il tira de la bibliothèque un peu suspecte du cardinal François Barberin , et qu'il intitula Prœdestinaitis. Le but du P. Sirmond, en publiant son manuscrit, était de prouver qu'il y avait eu, du vivant même de saint Augustin, des disciples exagérés de ce docteur qui soutenaient des erreurs très graves touchant le libre-arbitre et la prédestination, lesquelles erreurs étaient soutenues par Jansenius et ses partisans, qui renouvelaient, disait-il, l'ancienne hérésie des Prédesiinaliens.
Avant de tirer cette conclusion, il aurait fallu démontrer que les Jansénistes soutenaient les erreurs attribuées à ceux qu'il appelait Prédestinatiens, ce qu'il n'eût pas été facile d'établir; mais la polémique ne porta pas sur ce point important, sur lequel le P. J. Sirmond n'avait fait qu'émettre des insinuations; les adversaires qu'il avait eus en vue en publiant son manuscrit s'attachèrent surtout à lui prouver que le Prœdestinaius était l'œuvre d'un Pélagien, qui avait malicieusement dénaturé les opinions des disciples de saint Augustin *. On aUa même jusqu'à soutenir que l'hérésie des Prédestinatiens n'avait jamais existé, et que ceux que l'on appelait'ainsi n'étaient autres que les disciples de saint Augustin, dont le's'Pélagiens ou les semi-Pélagiens afiectaient de défigurer la doctrine, pour la réfuter plus facilement. On pouvait admettre, sinon comme certaine, au moins comme possible, Thérésie prédestinatienne, car quelle erreur et même quelle ineptie n'a pas eu des partisans au
^ Ce recueil est intitulé : AviQUitin enseignant par luirméme (es catholiques et réfutant par lui-fnéme les Pélagiens.
* V. Censure (fun livre que le P. J. Sirmond a fait imprimer y ete,y par Aufray, docteur en théologie.
al6 Hwroiu
sein de la pauTre humaùité? Le P. Sirmond visait pli» haut que cette concession ; mais il faut atouer qu'il lui était bien plus facile de publier quelques vieux manuscrits que de prouver l'identité de la doctrine de Port-Royal avec celle qu'il attribuait aux Prédestinatiens du V.* siàcle ou du n.* ^«
Pendant que cette polémique avait lieu^ les adversaires de Jansenius faisaient les plus grands efforts pour décider la Sorbonne à recevoir solennellement la bulle d'Urbain VIII. Quelques religieux^ ou mal informés ou peu sinnères^ écrivirent même aux Pays-Bas qu'elle l'avait été et que la Sorbonne était disposée à condamner certaines propositions tirées de l'ouvrage de l'évdque dTpres. Cette nouvelle émut l'Université de Louvahi, qui soutenait avec la plus grande énergie le livre de Jansenius et refusait de recevoir la bulle ffi EminêfUi. Pour s'assurer de la vérité de la nouvelle que l'on avait répandue^ elle écrivit^ le 16 mars 1644^ à l'Université de Paris^ une lettre dans laquelle on remarque ce qui suit :
a Quoi 1 faudra-t-il donc que la doctrine céleste de saint Augus« tiui qui a soutenu autrefois tant de combats et remporté tant de victoires^ succombe enfin et soit accablée ; et que celle qui n'a pu être abattue quand on l'a assaillie se trouve renversée par des impostures et des fourberies! A Dieu ne plaise que l'héritage du Verbe incamé et le patrimoine de Jésus crucifié soit ainsi profané et dissipé ! Pour nous^ nous n'avons point vu cette bulle, et les oo&* seils de Sa Majesté ont ordonné, avec le gouverneur de oes proviil* ces, que cette affaire seroit retenue et différée jusqu'à ce qu'on ait autrement et mieux informé Sa Sainteté. En tout ce que les en* nemis de Monsieur d'Ypres mettent en usage contre lui et ^ toutes les fausses intei^rétations qu'ils donnent à la buUe de Pie V^ tout leur dessein est de frapper saint Augustin, en portant le coi^ à Jansenius. La créance et la doctrine humiliante de oe grand saint, touchant la Orâce du Sauveur, a déplu à la Société dès qu'on 4 commencé à y raisonner en philosophes sur les mystères de notrt religion, et l'on n'y a pas cesné ou de l'attaquer otivertement, ou de la renverser par de secrètes pratiques* Comme toutes oes oboses vous sont connues, nous ne saurions croire que k Sorbonne, cette sage et fameuse école, le plus fort rempart de TÉglise, après le
« Le bat qaVait eu le P. J. Sinnond en publiant le PrmdêtiimMiuê loi fit aussi publier les OBuvrea d*Hiiicmar, de Reims, et les divwaas pièoea qai ae rapportent à Thistoire obsoure du moine Gothescalk.
DE L'ioUSB DB nuoiGB. 247
S^int-Sjiégey ait été si facilement portée à prononcer Avec précipitation sur une affaire si douteuse et si délicate^ ou qu'elles se soi| laissé tromper si grossièrement par des e^nemis dont elle ^ si souvent découvert les artifices par sa pru4ence et rompu les desseins par son x^ourage et par sa force. Ils vous chanteront peut-être qu'on n'en veut pas k l'Augustin d'Hippone^ mais seuieipent à celui d'Ypres. Mais ceux qui voudront marcher sur les traces de votre très ifiustre archevêque de Sens^ dont le saint 4uyu$tin enr ceignant par soi-même a été reçu avec joie de tous les savants et est venu Jusqu'à aous^ et qui se donneront la peine de confronter avec application un Augustin avec Tajutre^ s'appercevront bientôt de Tartifice et de la fourberie^ et ils confesseront que nulle copiç n'iest plus semblable à son original^ que rAugustin dnTpr^s ne Test à TAugustin d'Hippone. Il ne faut pas non plus qu'ils vous vi^enncnt dire qu'il ne s'agit que de rejetter et de condamner certaines petites questions de saint Augustin (comme celles qui regardent l'état de pure nature)^ qui n'avoient pas encore été clairement ni expressérment définies. Car toutes les vérités que ce saint a enseignées^ touchant cette matière^ sont tellement liées et enchaînées qu'on n'en peut détacher une sans délier toutes les autres^ et l'on sait^ dit votre Prosper, que le measonge et l'ierreur, que ces vérités ont rpinés^ met toute son adresse à tâcher qu'on lui accorde la moindre chose pour se rétablir entièrement. Donnez-leur seulement le premier aQneau de cette chaîne^ et il leur sera aisé de l'attirer toute à eux par une suitç nécessaire.
» Vous savez mieux que nous toutes ces choses et plusieurs autres. C'est pourquoi nous ne croirons jamais^ si vous ne le 4éclai«z vous-même, que )es tristes nouvelles qui ,se débitent ici soient véritables..»».
B De pluS; si l'on pouvoit faire grâce à quelques ennemis de l'un et de l'autre Augustin , ce ne devroit pas être à ces ennemis communs, qui ne pensent qu'à nous perdra et à réduir^e, s'ils pouvoient, votre Université «t la nôtre à l'état déplorable auquel ils ont réduit celles d'Allemagne, dont ils se sont rendus les mattres, et oii les écoles sont désertes, et l'amour des sciences est éteint. Dès que ceux de la Société sont établis en quelque lieu, ils com^ mencent par inquiéter et troubler les autres, et par leur susciter des affaires. Puis ils les «earteat peu à peu par leurs intrigues ; et, enfin, ils tes chassent par Tautorité des puissances, comme si c'étoit d'eux qu'il fât dit : a Israël habitera sur la terre en pleine jussurance
g|jO HitToaui
per cette dernière assertion ; ce travail était imprima en n^^ lor^ue Isaac Habert fut nommé évéque de Vabree. Ârnauld, par respeet pour le caractère de son antagoniste^ ne continu^ pas so^ livre. Du reste, Habert n'avait pas encore répondq à la secoi|4e Apologie dirigée contre sa Défen$e.
En outre, une discussion plus grave était commencée alorsj re-^ lativemeut au livre de la Fréquenk communion, qui avait été publié au commencement de Tannée 1643. 11 avait été composé deux ans auparavant, et voici quelle en avait été l'occasion ^ La princesse de Rohan-Guémené, dont la vie avait été d'abord pei| chrétienne, quoiqu'elle eût pour confesseur le ?• de Sesmaisons, Jésuite, renonça aux plaisirs du monde dans le courant de l'aii* née 1639, et se mit sous la conduite de l'abbé de Saint-Cyran.
Arnauld d'Andllly avait surtout contribué à cette conversion, qui fit alors beaucoup de bruit. Le cardinal de Retz, qui avait eu pour maîtresse la princesse de Robau, dit dans ses Mémoires que Ar* nauld d'AndUly était fort attaché à (a princesse de Rohan^iuémené; mais que cette affection était aussi pure que la sienne était criminelle, et que d'Andilly poursuivait sans reliche le dessein qu'il avait conçu de la ramener à DieUr U y réussit enfin, du moiiys pour uo temps, et ce fut alors qu'il confia cette nouvelle Magdeleine à l'abbé de Saint-Cyran.
La vie plus que légère de la princesse de Rohan-Guémené n'empêchait pas le p. de Sesmaisons de l'admettre aux sacrements; mais l'abbé de Saint-Cyran avait des principes de morale plus sévères. U interdit à sa nouvelle pépitente tous les spectacles et tous les plaisirs du monde qui pouvaient être pour elle des occasions 4e péché. Un jour qu'elle avait communié, elle refusa de la manière la plus positive d'assister à un bal, et ne dissimula p^s qu'elle ne faisait que suivre en cela la règle de conduite que l'abbé de Sajn^ Cyran lui avait tracée. La personne qui reçut cette confidence en fit part au P. de Sesmaisons, qui en parla aux Pères Bauni et Rabardeau, ses confrères. Tous trois dressèrent de concert un petit écni destiné k rendre suspects les principes de l'abbé de Saint-Cy-
^ Arnauld, Averiisêemeni de la 2* édition du livre de la fM{0«iiiiU mmions Bernant, Hém. msa. sur THût. EccL du xvn.» s&Ms, Uv. 3 at 4; D. Clmaaaet, mtU de PoiMtograi, Uv. 7( mes Pi» Kn, BiaL ML du %fn^ aièale, t. «. Oo peut ? ov la plppait des pièces mlativae ^ TaM» du livre de la Fréquente oommunion au t. xxvni de la GoUectioa fMralp des oMiTres d^Amauld.
DE L*iGU«B DB FIANCK. 251
m CE le firent lemettre ea manuscrit à la prineâise de Rohan- Guémené. La morale en était digne du Père Bauni^ et on if soutenait en particulier cea maiumes : a Plus on est dénué de Grâce^ plus on doit hardiment approcher de Jésus-Christ dans TEucbaristie ; ceux qai sont remplis de Famour d'eux-mêmes et si attachés an monde que de merveille font très bien de communier très souvent. »
La princesse de Guémené ne put lire sans indignation l'écrit des Jésuites^ et le remit à Tabbé de Saint-Cyran^ qui chargea Ârnauld de le réfuter. Ce fut pour obéir à ce désir que le jeune théologien composa S dans le courant de Tannée 16&>1^ le livre de la Fréquente communion, qui fut imprimé deux ans après.
Dans cet ouvrage^ l'auteur s'attache à prouver, par la tradition catholique^ depuis les premiers siècles jusqu'à son temps, qu'il est utile de difiérer l'absolution en plusieurs circonstances^ que c'est nne obligation de la refuser aux pénitents qui sont dans l'habitude du péché mortel ou qui s'exposent aux occasions prochaines du péché; il y fait voir quelle était l'ancienne pratique de l'Église dans Tadministration de la Pénitence; il prouve que cette discipline était fondée sur des principes invariables, et établit que, si on ne peut suivre à la lettre les anciens canons pénitentiaux, il faut au moins en conserver l'esprit et suppléer, par des moyens accommodés aux circonstances, à la pénitence publique, qui était en usage dans les plus beanx siècles de l'Église.
L'ouvrage est divisé en trois parties ; dans la première, Arnauld examine quelques passages des Pères allégués dans l'écrit des Jésuites; démontre qu'on ne les a pas entendus dans leur véritable sens et accable ses adversaires sous le poids de toute la tradition catholique. Il entre ensuite dans la discussion des conditions requises pour la communion fréquente, et, comme on doit principalement suivre sur ce point l'avis d'un directeur éclairé, il expose les qualités que doit avoir un bon directeur, et il prouve que l'on ne doit pas permettre indlfféremmaat la conununion hebdomadaire à toute sorte de personnes, comme les Jésuites le prétendaient dans knr écrit.
La sMonde partie de To^vra^ est consacrée à l'examen 4e cette
^ L*sbM de Saint-Gyran, dansons lettre écrite «nmojs de septombra 1611» parle du livre de la FtitipimU comtnimioti comme d'un puvriige terminé.
question : a Est-il meilleur ou plus utile aux àmes^ qui se sentent coupables de péchés mortels^ de communier aussitôt qu'elles se sont confessées^ ou de prendre quelque temps pour se purifier par Texercice de la pénitence avant de se présenter à Fautel? »
Arnauld soutient qu'il vaut mieux s'abstenir quefapie temps^ et appuie son sentiment sur les ouvrages des Pères de l'Église et des plus sages théologiens^ sur les conciles généraux et provinciaux et sur les exemples des saints.
Dans la troisième partie^ Arnauld passe en revue certaines questions de détail^ relatives aux dispositions qu'il est nécessaire d'avoir pour conmiunier souvent.
Arnauld avait donné une grande preuve de modération en ne désignant pas même indirectement les Jésuites^ dont il combattait les principes relâchés ; il adressa son livre en manuscrit à un grand nombre de prélats^ en les priant de l'examiner et de l'approuver s'ils le trouvaient digne de leurs encouragements. Quatre archevèques; douze évéques et vingt docteurs en théologie l'approuvèrent de la manière la plus flatteuse^ et lui donnèrent tous les éloge^ qu'il était possible à l'auteur d'ambitionner. L'archevêque de Tours fit rédiger son approbation ^ par un Jésuite^ le P. Nouet, qui joua bientôt après un triste rôle.
Des suffrages si honorables ne mirent ni l'auteur ni l'ouvrage à couvert de la haine des Jésuites. Ils publièrent un grand nombre de libelles dans lesquels ils soutenaient les plus noires calomnies et élevaient contre la doctrine d' Arnauld les récriminations les moins fondées. Le savant docteur les avait réfutées d'avance dans la belle préface qu'il avait mise en tête de son livre. Nous en citerons quelques passages^ afin de répondre aux accusations répétées si aveuglément jusqu'à ce jour.
Après avoir parlé du relâchement de ceux qui se contentaient d'un certain respect extérieur^ pour permettre la communion fréquente^ Arnauld s'exprime ainsi * :
a Qui n'approuvera et n'estimera le zèle de ces personnes qui, pensant sérieusement à se convertir à Dieu et étant touchées de douleur et de regret d'avoir profané tant de fois le gage si saint et si inviolable de son amour^ se préparent quelque temps, par l'humilité et par la pénitence^ pour approcher ensuite de cette table
* F. la relation du docteur Bourgeois au t. xxviii des œuvres d*Areauld.
* Delà fYéfuenle communion. Préface, § 6, 7.
DB L'teLÛB.DI FRANCK. 952
sainte avec plus de pureté et plus de respect selon l'avis et le précepte de tous les Pères?...*
» Qui peut trouver mauvais qu'il imite^ en quelque partie, cette pénitence si sainte et- si autorisée par tous les conciles (celle des premiers siècles) en se dispensant en même temps d'une inâm'té de choses qui ont été pratiquées dans TEgUse durant tant.de siècles? Qu'il fasse en secret ce que les autres faisoient en public; qu'il fasse^ durant quelques mais, ce que les autres faisoient durant beaucoup d'années ; qu'il fasse^ en demeurant dans son emploi ordinaire^ ce que les autres faisoient souvent en quittant les fonctions de leurs charges ; qu'il fasse, dans le monde^ ce que plusieurs faisoient en sortant du monde.
» Lorsque je parle de se séparer ainsi quelque temps du corps du Fils de Dieu, pour se disposer à le mieux recevoir, je ne prétends pas autoriser la négligence criminelle de ceux qui seroient bien aises d'avoir un prétexte de piété pour s'exempter de communier souvent ; et qui feroient , par une tiédeur que l'Écriture menace d'un 8) grand supplice, ce que les autres font par une humilité profonde et par une affection envers Jésus-Christ également ardente et respectueuse. "•
t> Comme il y avoit autrefois une manière de différer longtemps le baptême^ qui étoil approuvée par l'Église lorsqu'on le faisoit pour s'y préparer par toutes sortes de bonnes œuvres } et une autre que l'Église condamnoit lorsque les hommes s'en séparoient pour mener cependant une vie séculière et licencieuse, qu'ils savoient ne pouvoir mener après le baptême : il y a aussi une manière de différer la communion que l'Église approuve, lorsqu'on s'en retire pour s'y disposer par les fruits d'une véritable pénitence ; et une autre que l'Église rejette et qu'elle condamne, lorsqu'on le fait par une indifférence et une insensibilité envers les choses saintes qui est si redoutable dans les âmes, qu'il n'y a rien que l'Église ne fasse pour s'y opposer, parce qu'elle les mène à l'impiété et à l'irréligion. »
Le livre entier de la Fréquente communion atteste, comme ces passages, qu'Amauld ne s'opposait point à ce que l'on communiât fréquemment^ pourvu que l'op eût les dispositions requises; il soutient que, pour savoir quelles doivent être ces dispositions, il faUait étudier les Pères de l'Église et les décrets des conciles plutôt que les livres des nouveaux casuistes ; mais U n'en admettait pas moins que les règles tracées par les Pères et les conciles devaient être ac-
commodëes aux cireonsUiices ; senlemQttt il ne tombe pts rezagération des casuistes qfjij sous prétexte descnreoiiBlaiieet^ éé^ troisent radicalement ce que les règles ttiscipluiafres oat de plus respectable. D distingue donc l'esprit qui a dicM ces règle», qm ifesl antre qne Tesprit chrétien, et les prncqseB fondttMataux de la (ËscipKne, qui ont toujours été les mânes ^am tovs les stèdes, des détails accessoires qui accompagnent rappliealiolL de eea priaopes ; ces détails drivent être subordonnés aux dfconjBtances di* ^rses de mœurs, de temps, de personnes ; mais les principes fi»* dametftaux de la discipline doivent être respectés, parce qu% ne BOnt que Texpression pure de Fesprit chrétien et de la «orale évangéllque.
I^B Jésuites, tout en admettant celte doctrine en «pécôlation, l'abandonnaient dans la pratique ; ils s'élevèrent donc oonltre le Bvre de la FréquetOe communion avec d'autant phis de vivacité, que cet ouvrage avait plus de valeur scientifique, qu'A battait «a brèche leurs règles de diredion, et qu'il avait eu pour but de réfàler un écrit coniposé par plusieurs membres de laOomp^^fde. Os auraient dft, ce semble, par respect pour Fautoritë épiscopale, qifi s'était si hautement prononcée en faveur du livre d'AmaûSd, suspendre leurs attaques et se contenter de dénoncer le livre au Saint- Siège s'fls le croyaient répréhensible ; mais ils s'appliquèrent an contraire à déverser les injures les plus grossières, aussi bien contre les évéques qui avaient approuvé le livre, que contre l'ouvrage hii-môme et son auteur. Le P. Nouet fut lancé dans l'arène. Ce Jésuite prêchait les Dominicales dans l'église de la maison professe de la Société K Le dernier dimanche du mois d'août 1643, quelques semaines seulement après la publication du livre de la Fréquente communion, il annonça, pour le dimanche suivant, un sermon dans lequel il traiterait une matière nouvelle, curieuse et importante. 11 se procura ainsi un auditoire nombreux et brillant. la matière qu'H avait annoncée n'était autre que le livre de la fréquente communion. Il ne tint pas à lui que tous ses auditeurs ne fussent persuadés que l'auteur était « un nouveau réformateur, falsificateur des Pères, ignorant, imaginatîf, fantastique, méhncolique, Itmatique, aveugle, malicieux, furieux ; serpent ayant une hngue à trois pointes, armées de passion, de médisance et d'im-
^ CM si^^rardthttl'IMgllse Bddt-PauHSttiiM^Lvvis, rue Baiill4hiilotoe.
rËdUse coioamè Ludier et Calvin^ fions prétexte ût la réfonnet. % Le P. Nouet ajoutait qui! &i dirait davaûta^ sll ne ^éteit ^tts kn^ posé l'obligation d^ètre icharitable. Les éTfitpies approb&tetirs du livre d^Àrnauld n^étaient guère mieux traités que l'autbur; Le P. Nouet déclandt ^û^Us n'étaient (pïe dès aveûgle^^ et qu'ih n'appartenaient pas à la partie saine de TéptsËOpat. Les anditeuf^ ne fvh rent pas peu su^ris d'entendre de pareilles invecUveis ^u lieu d\ai sermon, a II taut^ dît le maréchal de Vitri ^ en ^sortant de l^église^ qu'il y ait quelque ûhosè là-dessous ; les Jésuites ne témoignent pas tant de 2èle quand il ne s'agit que de la gloire de Ueu. » L'Vir^ chevêque de Tours, un des approbateurs du livre d'Amadd, assistait au sermon. Eii sortant de t'Ëglise, d alla à la dhambre idn P. Nouet, et lui demanda avec indignation comment il 'accordait ses déclamations avec les éloges qu'il avait prodigués i l'ouvrage, dans Tapprobation qu'il aviait composée pour lui. Le P. Nouet lui répondit froidement qu'il aVaît parlé dans l'approbation suîvtmft ^ conscience, et dans Son sermon suivant ceÏÏe de ses «apérieidrs, dont U exécutait les ordres.
Pendant plusieurs dimanciies consécutif, le P. Nouet continua ses déclamations. Une assemUée de vingt-huit éVéques, qui se te^ nait alors chez le tardinal Ma^rin, ne crut pas devoir les tolérer. Le P. IVouet fut obligé de %e présenter devant elle, ticconipagné de quatre de ses si:4>érieurs, et de demander pardon, tête nue et à genoux, de l'insulte qu'il a:vait faite à l'épiscopat dans ses sermons contre le livre de la Fféqtiefae comfimnion. Quelques évèques étaient d'avis de se déclarer solenînellement en cette occaision en faveur du livre d*Arnauld, et de condamner les maximes qni 7 étaient opposées^ ; les archevêques de Bouen et de Bordeaux, tes évèques d'Orléans et de Saint-Mdo présentèrent à l'assemblée des projets en ce sens.La mjjjorité crut devoir écarter la question doctrinale et se contenter de la 43atisfaction faite à Tépiscopat.
L'humiliation du SP. Nouet n'empêcha pas ses confrères de continuer à déclamer centre le livre de la Fréqttente communiofiy et à faire envisager cet ^ouvrage comme très propre à renverser la religion. Leurs régent» dans les classes, leurs prédicateurs dans les chaires de pirovince, et leurs écrivains dans leurs libelles, entas-
« Mémoires ^ie Dafossé/
saient injures sur injures contre les Cyraniites et les AmauUkiies. (Le titre de Janséniste n'était pas encore en usage.) Les Pères Caussin, Seguin^ Pinthereau et Lombard étaient les auteurs des libelles anonymes dirigés contre Arnauld. Le P. Seguin^ dans son pamphlet intitulé : Sommaire de la Théologie de Vabbé de SairU-Cyran et du Heur Amaudd, ne demandait rien moins que la vie de se adversaires : a L'Eglise est attaquée dans le cœur^ disait-il^ il faut joindre Vépée royale à celle de l'Eglise^ pour exterminer ce monstre de nos jours. x> Il s'appliquait à les faire considérer comme des pestes d'Etat et de religion. Le P. Petau lui-même sacrifia sa science à l'esprit de corps le plus aveugle^ et^ dans son livre de la Pénitence publique , il imita l'emportement de ses confrères ; il appliqua à Arnauld cette parole d'un ancien qui disait d'un auteur : a II n'auroit dû publier son livre que la corde au cou^ avec un nœud coulant^ afin qu'il ne fût besoin que de tirer s'il étoit désapprouvé. D II feignait de craindre « le renversement de la monarchie par l'efiet des maximes du livre de la Fréquente communion. » L'esprit de parti a le triste privilège d'aveugler les hommes les plus doctes et les plus clairvoyants.
Arnauld^ pour toute réponse aux déclamations des Jésuites^ publia une seconde édition avec un Avertissement plein de modération^ et qui mettait à néant les fausses allégations répandues contre sa doctrine par ses adversaires^ qu'il marqua au front du stigmate de la calomnie. Les Jésuites ne s'en tinrent pas aux déclamations^ t ils essayèrent de faire mettre Arnauld à la Bastille. N'ayant pu réussir dans ce projet, ils résolurent de porter la cause du livre de la Fréquente communion par devant l'Inquisition de Rome, et de forcer l'auteur à se rendre en cette ville pour y défendre sa'docrine. Le nonce Grimaldi proposa ce moyen à M azarin, qui, au début d son ministère^ craignait de mécontenter la cour de Rome, qui ne lui avait jamais été très favorable. La reine régente, qui suivait aveuglément l'avis de son ministre, déclara solennellement qu'elle voulait étouffer ces discussions et donna ordre à Arnauld de se rendre à Rome pour le jugement de son livre. L'abbé de Barcos, neveu de Saint-Cyran, reçut la même injonction. L'intention de la régente était de les mettre en prison, s'ils n'obéissaient pas, comme l'écrivit le nonce Grimaldi au cardinal F, Barberin *.
Lettre de Grimaldi, du 11 mars 16i4, dans TExtrait mss. da P. Rapin, p. 39.
Dl l'églmb di pbangb. iS7
' Les ordres de la régente furent signifiés à Amauld^ par le cbancelier Seguier^ en présence de Arnauld d^Andilly. Ce dernier fit les observations les plus justes, mais Arnauld gardait le plus profond silence, a — Que répondrai-je à la reine ? lui dit alors le chancelier. — Vous lui répondrez, dit enfin Arnauld, que je ne suis S oint cité à Rome juridiquement; qu'une pareille citation seroit 'ailleurs contraire aux lois de TEglise de France, qui veulent que les causes nées dans son sein y soient jugées par eUe; et à ceUes du royaume, qui ne permettent pas qu'un sujet soit justiciable d'un tribunal étranger. »
Le chancelier n'insista pas; il laissa à Arnauld huit jours pour réfléchir et se préparer au voyage. Les amis du docteur furent d'abord assez partagés sur le parti qu'il avait à prendre. La duchesse de Longueville, de Chavigny, surintendant des finances, etBignon, avocat-général, pensaient que le voyage d' Arnauld à Rome pourrait être utile à la vérité. Arnauld lui-même était de cet avis ; mais d'autres n'espéraient aucun résultat avantageux de cette démarche^ et ne dissimulaient pas la crainte qu'ils avaient de voir leur ami condamné sans forme de procès et' enfermé dans les prisons de l'Inquisition. Ils pensaient aussi que, même pour obtenir un bon résultat, il ne fallait pas blesser les lois et les usages de l'Eglise de France. L'Université toute entière ^ se prononça ouvertement en ce sens. A peine eut-elle connaissance de l'ordre intimé à Arnauld qu'elle s'assembla et alla en corps faire des remontrances à la régente. Elle ne fut point écoulée. Deux jours après, la Sorbonne adopta une résolution en ces termes * :
a La Maison de Sorbonne s'étant assemblée extraordinairement, le 14 mars 1644, pour délibérer sur ce qu'elle pourroit faire pour secourir de toutes ses forces M. Arnauld, et le garantir des calomnies de ses ennemis, qui, cherchant à le perdre, lui suscitent toutes sortes de traverses, il a été arrêté que toute la Maison iroit en corps et en grand nombre trouver les principaux de l'Etat, le duc d'Orléans, le prince de Condé, le cardinal Mazarin, le chancelier de France, et que le Senieur de Sorbonne, au nom de tous les autres, les supplieroit très himiblement de ne pas permettre que
^ L*(JDiversité 8*était engagée à défendre à perpétuité les descendants de Anuiuld Tavocat, par reconnaissance pour le plaidoyer qu*il avait fait pour «Ue eoBtre les iéndtes.
* Gansa Amaldina, pref.
H8 Huronuc
M. ArnauldfÙteavoyé à Rome, au lieu de lui douiiçr mofen de ae défendre et d'être entendu, et leur représenleroit que la Sorbonae, qui prend la défenfie d'un membre de sa Maison, méritoit bien qu'ils favorisassent la Compagnie dans cette afiaire, loin d'appuyer de leur faveur la fureur de ses ennemis qui, comme le bruit en court, lui préparent encore à Rome d'autres traverses. »
Le 18 mars, la Sorbonne se présenta en corps à la Cour pour faire des remontrances à la régente elle-même. Elle reçut un accueil plus favorable que l'Université; ses remontrances furent écoutées, et la régente, sans se prononcer ouvertement, suspendit ks ordres qu'elle avait donnés, et promit de faire connaître à la Sorbonne sa dernière résolution, après en avoir délibéré avec son conseil. Le Parlement ^ devait se réunir le même jour que la Sorhonne pour délibâ'er, uon-^seulement sur la cause du docteur Amauld, mais aussi sur la morale des Jésuites dénoncée de nouveau à la justice par l'Université. Le 17 mars, veille du jour où cette assemblée importante devait avoir lieu, le premier président et quave présidents à mortier furent mandés par la régente, qui leur défendit 4'assembler les chambres pour délibérer sur les deux a£Eûres proposées. Le chancelier, qui était présent à Taudience de la régente, et le prince de Condé voulurent justifier la résolution que l'on avait prise d'envoyer ArnauldàRome, et prétendirent que c'était l'unique moyen de prévenir les troubles dont son livre avait été et pourrait être encore l'occasion; mais le premier président et le président de Mesme s'élevèrent avec énergie contre l'ordre domié à Amauld, prouvèrent qu'il était illégal; qu'il était contraire aux libertés de TËglise gallicane : a Si M. Arnauld est coupable, ajoutèrent-Us, si sa doctrine est répréhensible, qu'on le cite par-devant son archevêque, qui est son juge naturel; dans le cas d'appel à Rome, le pape devroit nommer des juges irançois pour décider esi dernier ressort; car aucun François ne peut être jugé que dans le royaume et non par des juges étrangers, o Telle était, en efiet, la législation ecclésiastique de France, reconnue par la Cour de Aome elle-même.
Le chancelier cherchait à éluder la force des raisonnements des magistrats, en disant que la régente pouvait, de sa propre autorité, envoyer un de ses sujets à Rome pour y être jugé ; qu'un jugement
« Mémoires (i*Omer Talon, ann. 1644; F. Lettre de OrûBildi an cndÉMl Barberin, du l.«r avril lOM, dans FExtrait mss. da F. Ea^ ¥^*^^
qui |U]|*«jt U^ en vertu de la citation d'un tribunal étranger serait gipul contraire aux loU du royaume. Les magistrats n'avaient pas ^ peine à prouver que rexception était injuste^ et que la régente ioe pouvait^ sans blesser les lois^ soustraire un sujet à ses juges naturels. Mazarin, dont toute la politique consistait à prendre des moyens détournés^ prit entin la parole :
a M. Aroanld^ dit-il, n'est pas un accusé que la reine envoie à Rome pour se justifier, car personne n'a rien à reprendre, ni dans MOL conduite, ni dans sa doctrine ; c'est un homme de grande capacité, sur lequel la reine jette les yeux pour le charger d'une affaire importante auprès du pape. Ce docteur étant plus instruit que tout outre sur la matière qui est agitée, on ne doit concevoir aucune crainte en le voyant partir pour Rome, où il ira comme chaîné par la Cour d'une commission honorable, et nullement comme ayant à se purger d'une accusation personnelle. »
Ces artifices d'Italien ne tirent pas illusion aux magistrats, qui maintinrent leurs conclusions. Les évêques approbateurs du livre de la Fréquente communion joignirent leurs réclamations à celles du Parlement, de la Sorbonne et de l'Université ; la Chambre des comptes était disposée à en faire autant. On prévoyait que tout le clergé et la magistrature entière allaient adresser des remontrances semblables. La régente n'osa pas aflronter une telle opposition; elle permit de ne pas exécuter son ordre, sans toutefois le révoquer ouvertement.
Arnauld, comprenant que ses ennemis ne cesseraient de le poursuivre de leur haine aveugle, et que la cour ferait tôt ou tard retomber sur lui l'opposition qu'eUe rencontrait en de telles circonstances, avait pris le sage parti de se cacher. Il l'écrivit à la régente le 18 mars, en lui faisant connaître les motifs de la réso» solution qu'il prenait, et en la priant de le protéger contre ses ennemis. La retraite de l'illustre docteur dura vingt-cinq ans. Il n'eut, pendant ce temps-là, de communications qu'avec ses parents et ses plus intimes amis, ne s'appUquant qu'à l'étude et aux exercices de la piété chrétienne.
Le premier fruit de sa retraite fut le livre De la tradition de fÉgliee sur la péniience, qui n'est qu'une défense du Uvre de la Fréquente communion. Il le dédia à la régente elle-même, qu avait accueilli si facilement les accusations de ses ennemis ; dans son Épitre dédicatoire, il repousse avec fermeté les calonmies abinrdeft que ses ennemis avaient répandues contre lui, et dont le P.
S60 aiSTOULB
Petau s'était fait Torgaae trop servile. La préface seule est raisonnée dans le livre de la Tradition. Le reste de Touvrage n'est qu'un tissîi de passages choisis des saints Pères et des conciles touchant la pénitence. II est impossible de ne pas voir que les principes émis dans ces vénérables monuments des plus beaux siècles chrétiens sont conformes à ceux du savant docteur dans le livre de la Fré^ quente communion. L'ouvrage de la Pénitence ût sensation dans le monde savant^ comme celui de la Fréquente communion,
Balzac^ qui était alors le grand littérateur^ en écrivait ainsi à Chapelain : « Je n'ai jamais rien lu de plus éloquent ni de plus docte. le grand personnage que ce cher ami! (Amauld) que l'Église recevra de services de cette plume ! ce sera le bâton de sa vieillesse. Ce sera peut-être son dernier appui. S'il y a quelque hérésie à venir^ qu'elle se hâte de paraître^ et que tous les monstres se déclarent^ afin que cette fatale plume les extermine.»
Les Jésuites, n'ayant pu réussir à faire partir Amauld pourRome, dénoncèrent son livre à l'Inquisition ; les Pères Brisacier et Benoise furent députés par la Compagnie afin de poursuivre, auprès de ce tribunal, la condamnation d'Arnauld. Les Jésuites avaient pour eux Albizzi, assesseur de l'Inquisition, et le cardinal François Barberin, neveu du pape. L'évêque de Senlis écrivit à Urbain contre le livre d'Arnauld, et pour lui dénoncer un grand parti composé des adeptes de Jausenius, de Saint-Cyran et d'Arnauld. Peu de temps après, Raconis, évéque de Lavaur, écrivit au pape dans le même sens ^ Les Jésuites ne purent alors trouver d'autres appuis dans le clergé de France. Amauld avait pour protecteur à Rome le cardinal Bentivoglio ', qui avait conservé d'intimes relations avec plusieurs membres de sa famille depuis le séjour que ce prélat avait fait en France en qualité de nonce. Bentivoglio avait lu avec admiration le livre de la Fréquente communion; Amauld d'Andilly lui écrivit pour réclamer ses bons offices dans une occasion où la gloire de DieUy disait-il, le touchait incomparablement plus que celle de son frère. Il joignit à sa lettre un mémoire qu'il le priait de communiquer au marquis de Fontenai, ambassadeur de France à Rome. Celui-ci se montra favorable, et déclara même avoir reçu de la
Cour l'ordre d'agir efficacement en ce sens; mais il fut alors rem-
^ Extrait mss. du P. Rapin, p. 61, 65.
* F. la Gorrespondaoce du G. Bentivoglio et d*Ârnauld d^Andillf , et la Relation du doeleur Bourgeois au t. xxvin des Œuvres complètes d'Amnild.
DK L BAL1W m PEANCB. 261
placé par le marquis de S. Chamont^ plus disposé en faveur des Jésuites que Fontenai. Bentivoglio fit cependant auprès de lui les démarches les plus actives, comme on le voit par sa correspondance avec Arnauld d'Andilly. Mais le prince de Gondé s'était rendu dénonciateur d'Amauld à Rome, et avait même envoyé à Tlnquisition un petit livre dans lequel il osait s'attaquer à ce grand théologien.
Sur ces entrefaites, les évéques approbateurs du livre de la Fréguenie communion écrivirent au pape pour en prendre la défense. Leur lettre est du 5 avril 1644. Le nonce refusa d'être l'intermédiaire des évéques auprès du pape, parce que leur lettre n'élaUpas conçue comme il l'aurait souhaité, et aussi à cause du bruit qu'avaient répandu les Jàsuites que le Ûyre serait certainement censuré. Il en envoya cependant une copie avec une lettre particulière, dans laquelle il faisait observer que les évéques approbateurs du livre étaient bien affectionnés au Saint-Siège y et de réputation de piété très grande; que vingt docteurs de Sorbonne étaient engagés dans cette affaire, et qu'on ne devrait rien conclure sans en avoir donné avis au2 évéques signataires de la lettre ^
Voici quelques passages de la lettre des évéques * :
a Très Saint Père, 9 Si jamais il a été nécessaire de renouveler l'ancienne et louable coutume de nos pères, qui informaient par leurs lettres le Saint- Siège apostolique des choses les plus difficiles qui arrivaient dans leurs Églises particulières, sachant que c'est à lui à qui appartient le soin général de toutes les Églises du monde, nous pouvons dire que c'est en ce temps que cette nécessité est plus grande : car, encore qu'il n'y ait aucune partie de notre vie, laquelle est un perpétuel combat sur la terre, qui puisse être ejempte des soins auxquels nous oblige notre dignité épiscopale, et que, selon le précepte de l'apôtre, nous devions toujours veiller sur nous, et sur tout notre troupeau ; néanmoins, il n'est jamais plus besoin de recourir au vicaire de Jésus-Christ que lorsque l'on blesse, par les nouveautés profanes de quelques maximes inouïes et étrangères, non seulement les moins nobles de son corps, mais aussi les plus illustres^ et qu'on
^ F. cette lettre dans TExtrait mss. du P. Rapin, p. 41.
* Cette lettre, avec les autres pièces relatives au livre de la Fréquente cornnumion, se trouvent au t. xxviii des Œuvres complètes d*Arnauld. F. U. Ellies Du Pin, Htst. Ecd. du xvii.e siècle ; D. aemencet, Hist. de Port-Rojral, liv. 7; Hermant, Hém. nus. sur THist. Eod. du xvu.« siècle, liv. 4.
262 HfflToiu
n'épargne pas même sa tête sacrée. Ainsi nous ne pourrons lui di^ simuler ce que nous voyons et ce que nous éprouvons tous les joitfSj que quelques personnes veulent établir parmi nous des maximes dangereuses*, qui n'affaiblissent pas seulement^ mais qui détrui* sent la suprême autorité de Votre Sainteté, par la propre confession d'elle-même, selon qu'elle l'a déclaré publiquement ; qui blessent tout le corps de la hiérarchie ecclésiastique et principalement l'ordre épiscopal ; qui changent très souvent l'usage des sacrements, qoi doit toujours être très saint et très salutaire, en un abus pernicieux et déplorable, lequel fait gémir tous les gens de bien; et qui ne procurent pas des remèdes utiles pour purifier les mœurs des hommes dépravés et corrompus, mais introdmseni des fltUUrien ei palliations avec lesquelles ils les couvrent , ainsi que leurs propres maximes tirées de leurs livres peuvent en convaincre très clairement tous les hommes *.
B Lorsque nous avons voulu travailler autant qu'il nous a été possible, selon le devoir de la charité épiscopak, pour arrêter le cours de ce mal, ils ont eu la hardiesse de ^élever contre noire auh toritê par des sermons insolents, d'exciter des troubles et d^employer tout leur pouvoir pour opposer une rébellion opiniâtre à la puissance ecclésiastique; mais leurs violences et leurs entreprises, peu dignes de l'esprit du christianisme, ont paru principalement lorque le livre de la Fréquente communion, composé par Maitre Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne, et autorisé par l'approbation de seize tant évêques qu'archevêques, et de vingt docteurs de la Faculté de théologie de Paris, a été mis en lumière. Car, n'ayant pu supporter avec patience que Fécrit d'un d'entre eux fût réfuté en ce livre par des témoignages des saints Pères très clairs et très convaincants, ils ont commencé à rechercher toutes sortes de moyens pour pouvoir ruiner l'autorité de notre jugement, décrier cette doctrine et rendre odieux V auteur qui l* avait écrite ', ou plutôt qui
> Les évégnes font ici aUusioii aux attaquoa dirigées par les Jésoites oontn les évêques, dans la discussion sur la hiérarchie.
* On voit que ce n*est pas d*aujourd*hui que Ton reproche aux Jésuites leur facilité dans Tusage des Sacrements; et que les évoques avaient reproché aux Jésuites leur morale relâchée avant Pascal. Nous aurons, du reste, bien des preuves à donner que le clergé de France fut oonstamment dansées sentiments à leur égard.
> Tous les livres des Jésuites, sans exception, parlaient du beau livre de la Fréquente conmunUm comme d*un livre hérétique, et de Fauteur, comme
DB L'iaUSK DB FKAMCB. 268
avait transcrit la tradition de TÉglise^ que les Pères nous ont
laissée.
» Maïs nous espérons, Très Saint Père, que Votre Sainteté verra facilement combien leur procédé a été injuste, lorsqu'elle aura pesé dans la balance si équitable de son jugement les raisons qui nous ont portés à approuver ce livre et à le souscrire.
» Car, premièrement, si on regarde le dessein de Fauteur, qui ne parle pas de sa propre bouche, mais par celle des saints Pères, il est certain qu'il n'a eu autre intention dans l'esprit, et qu'il n'a fait autre chose dans son livre, que de proposer et de louer la doctrine perpétuelle et constante des saints docteurs de l'Église, des papes et des conciles touchant la Pénitence et l'Eucharistie, et cette coutume canonique et très sainte, qui a été si religieusement observée dans l'bgUse durant plusieurs siècles; qui a été encore désirée et louée dans ces derniers temps; qui a été conservée, autant que le refroidissement de la charité des hommes le pouvait permettre, et rétablie en ses principales parties par le soin et la piété si recommandable des papes et des plus illustres cardinaux de l'Église romaine, du cardinal Gropper et de saint Charles Borromée, et aussi de Marianus Yictorius, évoque d'Âmelia, en Italie, que les papes ont toujours honoré de leur amitié et de leur estime, comme très afiectionné au Saint-Siège, et très intelligent dans les vérités dé r%lise. i>
Les évéques, parlant ensuite des fruits qu'on pouvait attendre de l'ouvrage d'Amauld, s'expriment ainsi :
<x Nous avons eu tout sujet d'espérer que nous en pourrions tirer de grands avantages pour arrêter, avec le secours de la miséricorde de Dieu, le débordement des mœurs corrompues et de cette licence effrénée de toutes sortes de vices, qui ne fut jamais si grande, et qui augmente de jours en jours par les nouvelles inveniùms de quelques auteurs de cas de conscience^ desquels Votre Sainteté a condamné plusieurs livres par une censure très juste et très équi-
<fim ennemi de FÉglise. Qti*on rspproche les faits de ees spiiiMstions. M. Rhorbacher (liv, 87, g 5.), marchant sar lem^ traces, 8*est cm obligé de dire, après eax, que le livre édifiant d* Amauld fut composé pour détourner de la GommAmion. Cette assertion,- répétée par on grand nombre dréatralBS,est une calomnie qae rhistorien impartiti doit fléirir.
Â64 HIBTOWE
table, et dont les censures ont été publiées par le clergé de Fronce dans toutes les provinces du royaume ^ »
Les évéques prennent ensuite la défense d'ArnauId contre les calomnies que ses adversaires avaient cherché à propager :
a Non-seulement disent-ils, il ne combat pas la participation très fréquente de la sainte Eucharistie, mais il y exhorte les fidèles, et n'en reprend que le mauvais usage ; il soutient qu'on peut différer quelquefois l'absolution, mais non pas qu'on doive la différer toujours ; il enseigne qu'elle ne déclare pas seulement que le péché est remis, mais qu'elle opère aussi la rémission du péché et qu'elle confère la Grâce ; son dessein n'est pas de rétablir la pénitence ancienne et publique, mais il montre que ceux qui se portent volontairement, avec la grâce de Dieu, à en pratiquer quelque partie, sont plus digues de louange que de blâme, d
Us ajoutent que la doctrine d'Amauld n'est autre que celle du concile de Trente et de saint Charles Borromée, qui a été l'interprète le plus certain et le plus tidèle de ce concile.
> « Quant à l'auteur de cet ouvrage, continuent-ils, nous le recommandons d'autant plus volontiers à Votre Sainteté que nous savons qu'il n'a pas une affection moins ardente pour Vunité et pour la paix de V Eglise, que pour la vérité ; que nous l'assurons qu'il a le même sentiment que nous dans tout ce que avons exprimé et exposé fidèlement en cette lettre, et qu'i7 a soumis son ouvrage au jugement de Votre Sainteté^ avec la révérence qu'il lui doit, par une déclaration qu'il a donnée volontairement et de lui-même, i>
Les évéques terminent leur lettre en priant le pape d'imposer silence aux ennemis du docteur, qui étaient en même temps ceux de la hiérarchie a et de maintenir, disent-ils, d'autant plus l'honneur et la dignité épiscopale que les exemples de nos jours ont fait voir i tout le monde qu'il est aisé de passer du mépris de Tautorité des évéques au violement de la révérence due au Saint-Siège apostolique, a
La lettre que nous venons de faire connaître étàat signée des archevêques de Sens, Toulouse, Bordeaux et Tours; des évéques d'Amiens,'Lescar, Marseille, Aire, Madaure {in part. tniîdW.) Orléans, Saint-Mâlo, Bazas, Montauban, Saint-Papoul, Ghâh>n8, Saint-Brieuc.
L arcfaevéque de Sens écrivit en leur nom une lettre au cardinal
> Les év^ues font allusioD à la déoision de r«fseinblée de 1041, qui adopta la oeDfure de Rome contre les livrée du lé j«ite Bauni.
DK L*66Un 1» FftANCB. 985
F. Barberin pour réclamer ses bons offices en fav.eur du liv^ d'Amauld.
La déclaration de ce docteur S do°^ parlent les évéques dans leur lettre au pape^ était ainsi conçue :
a Comme je puis jurer solennellement devant Dieu^ qui est la vérité méme^ que je n'ai composé le livre de la Fréquente com^ muniofiy que par le seul amour de la vérité et le désir du salut des âmes, je puis protester aussi^ devant sa Divine Majesté^ par le seul mouvement libre et volontaire de ma conscience^ que je le soumets du fond de mon âme, ainsi que je l'ai toujours soumis :
» Au jugement de l'Eglise romaine ;
» De notre Saint-Père le pape, que je révère, avec tous les fidèles, comme le souverain vicaire de Jésus-Christ en terre, et auquel, en cette qualité, je remets de tout mon cœur, et ce qui concerne ma personne, et ce qui regarde mes sentiments ;
» De Monseigneur l'iUustrissime archevêque de Paris, à qui je rendrai toujours, en toutes choses, l'obéissance que je lui ai vouée publiquement ;
» De la Faculté de théologie, que j'honore comme ma mère, et pour qui j'aurai toute ma vie un très humble respect et une très ardente afiection.
» Et, comme j'espère, avec la Grâce de Dieu, que ni le désir des biens, ni la crainte des maux temporels, ne m'empêcheront jamais de défendre la vérité ; aussi l'amour opiniâtre de mes propres sentiments ne me fera jamais oublier ou blesser en la moindre chose l'obéissance et la soumission parfaite que je dois et que je veux toujours rendre à l'Eglise, dont je reconnois, révère la puissance et l'autorité, qui est celle de Jésus-Christ même, comme étant une et également inviolable dans la succession de tous ses pasteurs et de tous ses conciles, depuis le premier siècle jusqu'au siècle pré* sent, et depuis aujourd'hui jusques à la fin du monde.
» Fait à Paris, le 14^ jour de mars 1644.
» Antoine Arnacld. d
Le& docteurs qui s'étaient déclarés en faveur du livre d'Arnaùld avaient écrit à Rome en même temps que les évêques. La Cour avait approuvé ces lettres. Le cardinal Bentivoglio, qui en eut commu-
1 O^avres d*Àniauld, t. xxtiii; Extrait isbs. du P. Rapin, p. 43 ; Ellies Da Pin, Hisl. Eccl. du xvii.« siècle; D. Glemencet, Uist. de Porl-RoyaU liv. 7.
nicaiion^ eooçnt les meiUeun espérances et les faisait partager à Amauld d'AndiUy *.
Les Jésuites^ comme nous l'avons rapporté, avaient envoyé à Rome les Pères Brisacier et Benoise afin de poursuivre le livre d'Ârnauld devant Flnquisition, et ils comptaient principalement sur Albizzi, assesseur de ce tribunal, et sur le cardinal F. Barberin, neveu du pape '.
Ayant eu connaissance de tout ce qu'on faisait en faveur de leur adversaire, ils redoublèrent d'ardeur, et, ne reculant même pas devant la calomnie la plus absurde, ils cherchèrent à rendre Amauld suspect de Calvinisme '. Pour cela, ils fabriquèrent une lettre d'un certain ministre^ qui lui parlait comme s'il eût eu avec lui des intelligences secrètes, et ils s'efforcèrent de lui faire porter la responsabilité d'un ouvrage composé alors sur la Pénitence, par un nommé La Milletière, semi-Protestant, qui composait'des ouvrages dans le but de travailler à la réunion des diverses Eglises chrétiennes, en leur proposant des concessions mutuelles.
Dès que l'ouvrage de La Milletière avait paru, Arnauld, daosune lettre auz évéques approbateurs de son ouvrage S l'avait dénoncé comme erroné à la Sorbonpe, qui le censura très sévèrement. Les Jésuites, sans tenir compte de cette lettre, l'accusèrent de partager leS opinions de La Milletière, et appuyèrent cette calomnie sur une preuve fort singulière. Un des docteurs qui avaient approuvé le livre de la Fréquente communion avait accordé la même faveur à l'ou* vrage de La Milletière. De là, les Jésuites concluaient qu' Amauld avait les mêmes opinions que ce dernier auteur. Cette accusation, quoiqu'absurde, avait été accueillie à Rome assez favorablement, pour qu'Amauld se crût obligé d'y envoyer la lettre dans laquelle il dénonçait comme erronées les opinions qu'on lui imputait. Le cardinal Bentivoglio, muni de cette pièce, se mit à combattre les calomniateurs ; mais il mourut sur ces entrefaites, et Amauld fut ainsi privé de son plus puissant protecteur. Lutti, secrétaire de Ben-
^ F. les Lettres da cardinal BentiToglio à Amauld d'AndiUy» au t. zxvm des Œuvres d'Amauld*
* F. RelatioQ du docteur Bourgeois, au I. xxvm des Œuvres d*Amauld.
* On n*a pas reculé devant cette absurdité d*aocuser de Calvinisme des hommes qui, toute leur vie, ont été les plus ardents adversaires des doctrines protestantes.
* F. cette Lettre au t. xxviii de la Collection générale dee OEuvres d'Ar^ nauld. On peut consulter sur La Milletidre le Menwrt ftançoU, t. xm ad /In.
DB L*feLIflK DB r&ÂNCB. S67
tirogliOy plusieurs antres amis du cardinal défunt et les diéologiens les plus estimés de Rome^ continuèrent à défendre Amauld et son livre contre les Jésuites; mais Lultl écrivit à Amauld d'Andilly qu'il était important d'avoir un cardinal pour défenseur; U lui conseilla^ de plus^ d'envoyer à Rome un docte théologien^ capable de défendre la cause et de faire travailler à une traduction latine du livre de la Fréquente ecmmunion; car les consulteurs n'avaient qu'une connaissance fort imparfaite de la langue française^ et les Jésuites profitaient de leur ignorance de cette langue pour appuyer leurs secrètes manœuvres pas des interprétations erronées.
La lettre de Lutti fit aussitôt prendre le parti d'envoyer à Rome le docteur Bourgeois^ théologien fort savant et ami zélé du docteur Amauld. Bourgeois ne put partir qu'au mois d'avril 1645 ; deux ecclésiastiques, qui l'avaient précédé à Rome, le pressaient cepen* dant de hâter son départ, et l'avertissaient que les poursuites des ennemis du livre étaient tellement actives^ que l'on avait tout Ueu de craindre une censure précipitée.
Leurs craintes n'étaient pas sans fondement ; car déjà on avait rédigé une censure particulière contre une proposition delà préface, où Fon disait de saint Pierre et de saint Paul : Qu'iU étaient deux chefs qui fCen font quun. C'était l'abbé de Barcos qui avait mis ces mots dans le travail d'Araauld. On avait en outre extrait du livre trente propositions dont les Jésuites poursuivaient la censure avec la plus grande ardeur. Les choses en étaient là, lorsque le docteur Bourgeois arriva à Rome ^ Il demanda communication des accusations élevées contre le livre d' Amauld ; après bien des démarches, il l'obtint, à titre d'approbateur du livre, qualité qui l'autorisait à le défendre. Dans le même temps, les évéques et les docteurs qui. l'avaient aussi approuvé écrivirent à Innocent, qui venait de succéder * à Urbain VIII (1645), pour s'en déclarer les défenseurs, et envoyèrent à Bourgeois une procuration pour l'au* toriser à agir en leur nom.
^ Relation da docteur Bourgeois, au t. xxvui des Œuvres complètes d'ArnauTd.
* Peu de temps après son exaltation, Innocent se prononça contre tes Barberin, neveux d'Urbain YIII* Ceux-ci s'enfuirent en France, où ils furent bien reçus. Innocent voiilut se venger de leur fuite, par une bulle contre les cardinaux qui sortiraient de Rome sans sa permission. Tout cela excita quelques troubles, et le Parlement se prononça vigoureusement contre la bulle. On peut voir à ce sujet les Mémoires ^Omer Takm, aon. 1640.
Nous devons donner quelques passages de la lettre des évéques au pape Innocent X.
Après avoir rappelé leur lettre à Urbain VIII, ils ajoutent :
<r Si^ en écrivant à votre saint prédécesseur, nous avons cm devoir relever le mérite de cet ouvrage (le livre de la Fréquente communion), nous estimons avoir sujet, aujourd'hui, de le recommander à Votre Sainteté avec encore plus de zèle et de confiance, puisque nous voyons les heureux effets des espérances certaines que nous en avions conçues, et que le fruit et l'avantage que tous les fidèles en reçoivent s'augmente tous les jours de plus en plus. »
Suivant les évéques signataires de cette lettre, le livre de la Fréquente communion avait produit d'heureuxfruits, non-seulement parmi les fidèles, mais aussi parmi les hérétiques.
« Nous ne doutons point. Très Saint-Père, continuent-ils, que cette qualité de père commun de tous les fidèles, qui vous donne tant d'amour et de tendresse pour le salut de vos enfants, ne porte votre singulière piété à entendre avec grande Satisfaction ce que nous venons de lui dire; nous estimons aussi qu'elle ne saurait apprendre, sans quelque mouvement d'indignation, avec quels artifices les ennemis de ce livre et de son auteur^ également recommandable par sa vertu et par sa science^ se sont élevés contre une doctrine si sainte et qui a été consacrée par tant d'oracles de Dieu même, des souverains pontifes et des conciles. Car il m voit , par leurs libelles, quils n^ont travaillé qu'à donner une mauvaise interprétatùm aux pensées les plus véritables et les mieux fondées; qu'à obscurcir les endroits que la suite du discours rend les plus clairs et les plus faciles à entendre ; quà tourner en un autre sens et même en un sens tout contraire, les choses les plus constantes et les plus indubitables: qu'à tirer ^ par des arguments sophis-tiques, des conséquences tris fausses et qu'à ajouter à ces excès l'aigreur inouïe de tant d'injures, qu'il semble qu'il est arrivé, par un juste jugement de Dieu, qu'ils ont prostitué leur propre réputation, en voulant, avec tant d'injustice, attaquer celle dautrui. i>
On ne pouvait caractériser avec plus de vérité et d'énergie les pamphlets écrits par les Jésuites connue Arnauld et son livre ^
' Ces Pamphlets n'en ont pas moins servi de guide aux Jésuites et à leurs amis, qui ont répété en chœur, jusqu'à nos jours, les injures et les ealomnied de leurs premiers éorivains. Nous avons trouvé, du re^te, la môme pasdoo
DB L*ÉaU8B OB FBAlfCB. 989
Les évéques prient ensuite le pape de les informer de ce que les ennemis d'Arnauld pourraient lui dire pour le tromper.
a Que si^ après avoir vu^ disent-ils^ en France toutes leurs espérances perdues et totts leurs efforts absolument inutiles^ ils les portent en Italie^ et jusques à Home méme^ afin d'y renouveler, par de fausses versions de ce livre ou des déguisements artificieux, ces accusations déjà ruinées, et qui d'elles-mêmes sont si faibles et si vaines, et s'efforcent ainsi de surprendre cette profonde sagesse de Votre Sainteté, qui gouverne toutes les provinces chrétiennes soumises à sa puissance, nous supplions Votre Sainteté de nous faire la faveur de nous informer du chef de leurs plaintes, et nous lui promettons, avec une entière assurance, de satisfaire pleinement à sa charité pontificale et apostolique. »
Les évoques, en finissant leur lettre, recommandent au pape le docteur Bourgeois, qu*Us avaient chaîné de leur procuration pour agir, en leur nom, auprès de lui.
Cette lettre fut signée parles même évéques que celle adressée à Urbain VIll, excepté Tarchevéque de Bordeaux et les évéques de Madaure et de Bazas, qui étaient morts dans le courant de Tannée.
Le docteur Bourgeois, ayant reçu la lettre et la procuration des évoques, demanda au pape une audience, qui lui fut accordée sans difficulté; il fut reçu très honorablement ; Innocent lui promit de suivre avec le plus grand soin l'affaire qui était agitée, et témoigna la plus haute estime pour le docteur Arnauld, les évoques qui avaient approuvé son livre, et le docteur Bourgeois lui-même, auquel il promît d'accorder toutes les audiences qu'il pourrait désirer.
Après avoir vu le pape. Bourgeois rendit visite au cardinal secrétaire d'État et à tous les prélats sur Tappui desquels il pensait pouvoir compter. Depuis qu'il avait reçu communication des accusations élevées contre le livre de la Fréquente communion, il s'était occupé à les réfuter. Au bout de quelques semaines, il présenta son travail à la congrégation du Saint-Office et demanda au pape une seconde audience, qui lui fut accordée. Innocent lui fit les mêmes protestations que dans la première et lui promit de prendre par lui-même connaissance de sa défense. Au bout de trois semaines, il obtint une troisième audience dans laquelle il donna
dans tout ce qu*il8 ont écrit relativement à Port-Eoyal et au Jansénisme. La colère les suffoque chaque fois qi*ils traitent ce sujet : ce n*e8t pas le moyen ée parler avec Térité.
IniHEoéme au pape connaissance de tout ca qui pondait le mettre au courant de Taffaire. Le mémoire qu'il lui présenta parut tellement convaincant y que le livre fut pleinement justifié à ses yeux. La congrégation du Saint-Of&ce en porta le même jugement et Innocent le déclara lui-même au docteur Bourgeois^ daias une audience qu'il lui accorda quelques jours après, a La plus grande joie^ lui dit-il; que j'aie ressentie durant mon pontificat^ est le rapport qui m'a été fait jeudi dernier^ par tous les cardinaux de l'Inquisition, en faveur du livre de la Fréquente communion. Depuis longtemps, on n'avait pas vu un consentement si unanime de tous les cardinaux et consuUeurs pour aucun livre. Je vous diarge de témoigner aux évéques approbateurs et à M. Arnauld^ auteur du livre, la part que j'ai prise à cette affaire, dont j'ai voulu moi-même prendre connaissance, et la joie que j'ai du bon succès qu'elle a obtenu. Aseures-Ies que si l'occasion se présentait de leur faire plaisir, je la saisirais avec beaucoup de joie. »
Le docteur Bourgeois aurait vivement désiré que le jugement porté par le pape et la congrégation du Saint-Office lui fût délivré jen forme autiientique; mais on lui répondit que les règles invariables de la congrégation ne permettaient pas de faire droit à sa demande. U sollicita alors une bulle du pape adressée à tous les évêques approbateurs du livre de la Fréquente communion. Les formes s'opposaient encore à cette demande, et il ne put obtenir qu'un bref à l'archevêque de Sens, chef des évêques approbateurs. Ce bref est daté du 22 octobre 1645. On y remarque ^ une grande bienveillance, et pour l'archevêque et pour ceux qui avaient approuvé le livre, pour le docteur Bourgeois, qui avait rends la lettre, enfin, pour Amauld, dont le pape loua le zèle et dont il avait, dit-il, reçu volontiers le lif>re.
Les Jésuites, désespérant d'obtenir la censure du Uvre d'Amauld, entreprirent de faire publier celle qui avait été rédigée contre la proposition de la préface dont nous avons parlé, et qui était entièrement indépendante , par sa nature même , du reste du Uvre. Gomme les Ultramoutains sont excessivement ombrageux sur tout ce qui touche à TauCorité du pape, on mît tout en œuvre pour émouvoir leur susceptibilité et donner à la proposition de l'abbé de Barcos un sens qu'elle n'avait pas. L'Église de Rome
^ F* ce bref aa t. xxvm des OEavres d'Amauld.
VE L'isUfl M FlàNGI* (RU
n'a¥»it ^ réalité aucun intérêt & s'étever coptre cette propoâtioii, car^ en dmnX que les apôtres Pierre et Paul ne faisaient qu'un chef, c'était dire que leurs successeurs réunissaient en leur personne l'autorité des deux. L'abbé de Barcos, auteur de la proposition, la justifia pleinement dans les divers écrits qu'il composa sur ce sujet, et il cita plusieurs Pères qui avaient parlé comme lui. On regretta à Rome la censure qui avait été rédjgée , et on ne l'eût pas rendue publique sans les intrigues dont nous parlerons bientôt.
Les Jéjsuites, en poursuivant ces intrigues, s'attachaient à pallier leur dé&ite touchant le livre de la Fréquente communion, fis répandirent le bruit que, si cet ouvrage n'avait pas été condamné, il le serait bientôt, et qu'on ne l'avait épargné jusqu'alors que par ménagement pour les évéques approbateurs. L'évéque de Lavaur, Raconis, publia, dans le même temps, qu'il avait reçu du pape un bref fort honorable et fit imprimer une lettre dans laquelle il décriait le livre d'Arnauld, l'auteur et les évéques qui l'avaient approuvé. Ces derniers en prirent occasion d'écrire à lonocent X une nouvelle lettre, pour lui demander la publication du jugement qui avait été porté à Rome sur ce livre :
a Très Saint-Père, lui disent-ils, ayant su par les lettres de M. Jean Bourgeois, docteur de la Faculté de Paris, à qui nous avons donné charge de poursuivre cette affaire en notre nom auprès de Votre Sainteté, que les accusations des ennemis de ce livre ont été entièrement détruites par une ample réponse qu'il y a faite, et par laquelle, en rapportant les propres paroles de l'auteur, a montré, à tous ceux qui ont des yeux qu'on ne k combat que par de pures calomnies, par la falsification des passages les plus dairs, par des déguisements malicieux et par d'autres semblables impostures; votre bonté et votre amour pour le salut des fidèles vous fera sans doute. Très Saint-Père, souffrir volontiers que nous vous représentions nos sentiments sur ce sujet, dans la liberté de l'esprit, ainsi que parle lapôtre, et dans la sincérité de Dieu.
» Nous ne saurions n'être point touchés de déplaisir d'apprendre, par le rapport de quelques personues, qu'au lieu d'avancer et de terminer cette affaire, il semble que l'on en diffère le jugement et que l'on veuille toujours le différer à l'avenir. Cependwt les ennemis de ce livre se prévalent de ces retardements et de ces longueurs pour déshonorer non-seulement la digmté épiscopale, mais aussi celle du Saint-Siège, en s'efforçant, par les faussetés qu'ils répandent^ de diminuer la juste aversion que l'on a conçue
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d'une cause aussi odieuse et aussi déplorée qu'est la leur en ce royaume. De là sont nés ces discours frivoles et ces faussetés qu'on invente et qu'on débite, que ce livre approuvé en France par Testime et le consentement universel, non-seulement de tous les savants, mais aussi presque de tous les fidèles, est tous les jours sur le point d'être condamné par Votre Sainteté, ou que, si elle ne le condamne pas, ce sera seulement pour épargner la réputation des évéques et pour les traiter favorablement et avec quelque indulgence. Mais quant à nous. Très Saint-Père, nous ne demandons point qu'on nous fasse aucune faveur en cette affaire, mais seulement qu'on nous rende justice, ù
Les évêques insistent sur la nécessité de la publication du jugement, surtout à cause des calomnies des Jésuites et de l'évéque de Lavaur qui, après s'être vanté d'avoir reçu un bref flatteur, portait atteinte à celui qu'avait reçu l'archevêque de Sens, déclamait avec violence contre le livre d'Amauld, disait hardiment qu'il était hérétique et n'était capable que de corrompre tout le corps de l'Egiiëe catholique y se donnait lui, évêque de Lavaur, pour Tunique soutien de l'Église catholique, contre de prétendus ennemis de cette Église, qui n'avaient d'autre but, selon lui, que de renverser tout ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré dans toute la religion.
11 était assez singulier de voir Raconis se poser ainsi en dompteur des hérésies; se donner comme la règle de la vigilance pasUh raie, et une source inépuisable délivres et de volumes^ lui qui ne jouissait auparavant que de la réputation d'avoir été le bouffon du cardinal de Richelieu et d'avoir eu le talent de faire rire cette Éminence ^ Aussi l'assemiblée du clergé, qui se tenait alors (1645), témoigna-t-eUe son indignation du libeUe de Raconis, comme nous le verrons bientôt.
Les évêques n'obtinrent point que l'inquisition dérogeât à ses usages, et l'affaire du livre de la Fréquente communion n'eut pas d'autres suites à Rome.
Il n'en fut pas de même de la fameuse proposition des deux^chefs qui n^en font qu^un. Les écrits de l'abbé de Barcos avaient fait tant d'impresâion à Rome, que le docteur Bourgeois était persuadé qu'on n'oserait pas publier la censure qu'on avait rédigée contre cette proposition. Il l'avait dit au docteur de Saint-Amour, qui était allé à Rome dans ce temps-^là, et il écrivait à ses amis de Paris qu'on
^ V. MémoIreB d'Àmelot de U Houssaie.
DE l'églub ok fhânci. 273
pouvait être tranquiDe sur ce point. Il fut bientdt détrompé^ et il découvrit toutes les intrigues que les Jésuites ourdissaient en secret pour faire publier cette censure. Ils n'oubliaient rien pour exciter les préjugés des Romains^ et allaient jusqu'à dire que la proposition avait été avancée en faveur du projet schismatique que Ton avait attribué au cardinal de Richelieu. Le nonce ^ par des détours dignes d'un Italien^ amena la Faculté de Paris élie-méme à déclarer d'une manière générale qu'elle n'avait autorisé personne à défendre à Rome un Uvre dans lequel on soutenait que TËglise pouvait avoir deux chefs. Ce fut en vain que le docteur de Saint-Amour exposa à la Faculté qu'elle nuirait^ contre son intention^ à la préface du livre de la Fréquente communion. On ne voulut pas croire à tant de perfidie^ dans la persuasion que le nonce n'avait point en vue le docteur Bourgeois. A Rome^ on abusa de cette décision de a Faculté pour poursuivre la proposition de l'abbé de Barcos, et faire publier la censure. Bourgeois demanda alors communication des motifs sur lesquels cette censure avait été appuyée ; mais on craignit de mettre à sa disposition un moyen qui lui avait si bien réussi pour le livre d'Amauld. On refusa de lui donner les moyens de défendre la proposition. Albizzi^ assesseur du Saint-OfSce^ voulait évidemment donner quelque satisfaction aux Jésuites, ses amis, et les consoler de l'échec qu'ils avaient éprouvé. La censure, rédigée en i6h&y fut donc publiée en 1647, et la proposition fut condamnée dans le sens où elle établirait une entière égalité entre eaint Pierre et saint Paul. Cette modification mettait à couvert la proposition elle-même et les livres de l'abbé de Barcos* dans le^ quels on lui donnait un tout autre sens ; c'était donc une bien petite victoire que les Jésuites avaient obtenue. Ils en firent cependant beaucoup de bruit. Le nonce ' publia en France la censure, accomp«^ée d'un mandement, sans aucun respect pour les formes usitées et consacrées par les lois. L'avocat-général Omer Talon attaqua la publication de cette censure dans un discours très solide ; le Parlement la supprima, et il ne fut plus question de cette discussion frivole.
Le livre de la Fréquente comnmnion, sorti victorieux des accu-
< Journal de Saint-Amour, !.*• partie, eh. 1.
* M. Tabbé Rhorbacher n*en affirme pas moins qae Tabbë de Barcos sontlnt VkérMe des deux chefs qui n'en font qu'un. (Lir. 87, ft 5.)
* lonmai de Saint-Amour, l.t« partie; Mémoires d*0m6r Talon, ann. 1647^v
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flations dont i) avait été Pobjet^ acquit en France une importance extraordinaire^ et le clergé de France en consacra les principes en plusieurs circonstances. En revanche, Claude d'Achey, archevêque de Besançon, défendit, le 26 mai 4648, de lire le beau livre d'Arnauld. C'est l'unique condamnation^ qui ait frappé cet ouvrage en France. L'évéqpie de Malines, en Belgique, le défendit aussi depuis dans son diocèse, Ces censures isolées sont peu importantes, après la victoire remportée à Rome, et lorsqu'on connaît ceux de qui elles émanèrent.
D est certain que le livre d'Amauld ne coudent, sur les sacrements de Pénitence et dTSucharistie, que la doctrine la plus pure des premiers siècles, consacrée de nouveau parle concile de Trente, et enseignée par saint Chartes Borromée, le plus saint interprète de cette assemblée. Amauld s'appuie surtout, dans son livre, sur l'autorité de ce grand évéque.
Pour se venger de Téchec quTls avaient éprouvé au sujet du Uvre de la Fréquente communion^ les Jésuites et leurs ^mls reprirent l'affaire de la bùUe d'UAain VIII, et firent les plus vives instances pour engager Innocent X à presser sa réception en France et dans les Pays-Bas.
Innocent n'osa s'adresser au roi de France, m an Pariement, ni aux évéques, et se contenta d'expédier pour la Faculté de théologie un bref dans lequel il ordonnait de publier et d'observer la buBe de son prédécesseur contre Jansenius. Le nonce* communiqua â la Faculté de théologie le bref du pape, et obtint du roi une lettre de cachet * pour hii enjoindre de s'y conformer. Son auditeur se
* Le F. ^Xtrigaff qai ne dit tien dw poanuitti iSdtas à Boni ooAtM U Itrôde la F^réquèkit eam m wÊkm, à randroH 4e ses némoim, où U Mir«itd4 en parler, y reviebt sous TanDée 160S. H en fait un récit fort incomplet, puis il s'attache à prouver que la doctrine du livre a été condamnée indirectement par Aleiandre YII. Bl. Tabbé Rfaorbacher fait grand brait de la censure des dwx piëlftts cBoemis» et pvétend a»ai qa'AltsandM Yli noMiaiODa quelqies propositions du livre. Cette dernière assertion est fausse. M. RiM>rlMidi«r 9 imité le P. d*Avrigny, et s*est bien gardé de raconter ce qui s'est passé à Rome relativement au livre de la Fréquente communion. 11 voulait se réserver la faculté de dire beaucoup de mal du livre et de Fauteur, ce qui ne lui eût pas été possible devant les faits clairement exposée. (F. Bborbaiober, liv. 87, ft &)
* Extrait mss. du P. Aapin» p. 62» 66.
' V. cette lettre da cachet dans un rocoeil mm. lédigé par mkmamiém
Jansénistes, et qui se Uouve à la Bibligtlièqas ds FAmiMl, Ibéob firws., ii0 *--
DE L'tetM M FBANCB* BTS
présenta mécie en son nom à l'assemblée* On Técouta avec red* pect; on délibéra gravement sur ce que l'on avait à faife> et Ift résolution fut qu'on s'abstiendrait, en défendant toutefois à tous docteurs et bacheliers d'agiter les questions controversées *. Charles Hersent, qui s'était retiré à Rome depuis qu'il avait publié VOpta^ EUS gallu» contre Richelieu, osa prendre ouvertement la défense de YAuguêtinus contre la bulle, et adressa au pape hii-méme tin Mé*' tnorial dans lequel il faisait des observations avec tout le respect qu'il professait pour le Saint-Siège*. Afin d'engager la Faculté de théologie à obéir au bref d'Innocent, le Jésuite Etienne Deschamps, sons le pseudonyme d'Antoine Richard, avait essayé de lui persuader que ses antécédents l'obligeaient à se prononcer contre Jansenius, en faisant imprimer sa Défense ' de la censure de la Faculté de 1560, publiée depuis deux ans par Amiot* Dans le tnéme but, Habert, après avoir établi le Molinlsme comme la doctrine de YÈr' glîse, prétendit prouver que les Pères grecs * s'accordaient sur ce point avec les Pères latins, et que la Sorbonne n'avait jamais pro^ fessé d'autre doctrine ^.
Tandis que cette polémique avait lieu dans les livres, le nonce s'appliquait à détourner les prédicateurs de traiter en chaire lee questions controversées. L'archevêque de Paris et son coadjutenry qui fut depuis le cardinal de Retz, entrèrent dans ses vues *. Les Jésuites ne respectaient pas beaucoup leurs dâfenses ; Singlin et lé P. Des Mares, qui jouissaient alors d'une très grande réputation comme prédicateurs, luttèrent contre eux et se prononcèrent contre le Molinisme. Le P. Des Marea fut interdit de la chaire par la ré-
*■ F* mss. «upra ciL, et TExtrait mss. du P. Rapiiii Ioe« ctl.
* Saper Bull., Urban. VIII, etc., auct. Ch. Hersent. Ce docteur prêcha ou^ vertement à Saint-Louis-des-Français en faveur de Jansenius. L*lnquiâition voulait le faire arrêter, mais il 8*évada ci rentra en France. ( V» Extrait lass. du P. Rapin, p. 105, 106, et le Journal de Saint-Amour.
* Defensio Censure sacras facultatis, etc., auct. Anton. Biebardo» Iheol.
* Yindiciœ Grœcorum Patnim, etc., auct. Isaaco Habert.
* On déféra dès lora h Rome huU propositions, que Ton préwntait comme le résumé exact de la doctrine de Jansenius, et qui sont différentes des eifif dont nous parlerons bientôt. On atlrilma les huit propositions à Habert. On peut lesToir dans rjERsKHr^ du Jaruénisme, dn F. Gerberon, t« i, ann. 1546. D*aatreB prétendirent faussement que les Jansénistes eux-mêmes les araient ffldEHrlquées. F. TExtrait mss. du P. Rapin, p. 62.
* Extrait mss. du P. Rapin, p. 94.
S76 Bi8Tonut
geote ^ Quant à Singlin^ Tarchevôque lui défendit de prêche^ et de confesser les religieuses de Port«Royal depuis le 26 août 1649 jusqu'à la fin de l'année. Les explications qu'il donna en chaire devant Farcheyêque^ le premier jour de Tannée 1650^ firent lever cet interdit*.
Avant de poursuivre l'histoire des discussions élevées à l'occasion du livre de Jansenius^ nous devons présenter le résumé des travaux d'une assemblée fort célèbre du clergé de France^ qui eut lieu lorsque les difficultés touchant la bulle d'Urbain VIII étaient dans toute leur vivacité. Le nonce comptait beaucoup sur cette assemblée * pour obtenir une promulgation solennelle ; mais ses espérances furent trompées.
Cette assemblée ' s'ouvrit à Paris le 29 mai 164'5. L'archevêque de Paris y fut invité en qualité d'évéque diocésain ; s'étant excusé sur sa faible santé^ son neveu, qui était depuis peu son coadjuteur^ y fut invité à sa place et s'y rendit ^. C'était la première fois que le fameux Jean-François-Paul de Gondi^ depuis cardinal de Retz^ pa raissait dans les aflaires en qualité d'évéque. Sa vie dissolue n'était pas un mystère; cependant l'assemblée le reçut avec de grands honneurs^ et le cardinal de Lyon^ frère de Richelieu, qui pr^idait, l'assura qu'on faisait beaucoup d^ estime de sa personne.
L'assemblée s'occupa d'abord de ce qui avait été fait quatre ans auparavant à Mantes. L'archevêque de Toulouse en fit un récit fort
* Extrait mss. du P. Rapin, p. 91; Gerberon, Hist da Jansénisme, ann. 1W8.
* Exbiiit mss. du P. Rapin, p. 94.
* Procès-verbal de rassemblée de 1615, t. m de la Collection générale.
^ Jean-François-Paul de Gondi naquit en 1614. Il eut pour précepteur saint Vincent de Paul. Il fit ses études avec succès, et reçut, en 1613, le bonnet de docteur en théologie. Cette même année, il fut nommé coadjuteur de son oncle, ayeo le titre d^archevéque de Gorinlhe in partibus. Il eut la principale part aux troubles de la Fronde; ce qui ne Tempécha pas d'obtenir, en 1651, le chapeau de cardinal. Ayant continué ses intrigues politiques, il Ait mis à Yinoennes, d*où on le conduisit au ch&teau de Nantes. Il 8*échappa de la prison et erra en Angleterre, en Flandre, en Hollande et en Italie jusqu'en 1661 qu'il rentra en France. Il fit la paix avec la Cour en se démettant de son archevêché. Il obtint, en dédommagement, Tabbaye de Saint-Denis. Il se réserva 20,000 livres de rente, et employa le reste de ses revenus à payer ses dettes qui s'élevaient à plus d'un miiUon. Il mourut en 1679. Dans ses Mémoires^ ne dissimule pas ses vices, et ce que nous dirons de lui dans le cours de n(Ân récit, nous le dirons d'après lui-même.
DE l'Agum de fbancb. 277
détaillé. La conduite des évêqiies chassés de Mantes fut approuvée ; ceux d'entre eux qui se trouvèrent à Paris furent invités à la nouvelle assemblée^ et Ton déclara nul tout ce qui avait été fait à Mantes depuis le 15 mai jusqu'à la dernière séance^ excepté ce qui avait été accordé au roi. Léonor d'Étampes^ qui, de Tévéché de Chairtres^ était monté sur le siège archiépiscopal de Reims^ n'avait pas été élu député^ ^t ne fut pas témoin des justes et vigoureuses attaques dont son œuvre fut l'objet.
L'assemblée^ après bien des conférences et des discussions^ accorda au roi les quatre millions qu'il lui demandait. D'Hemeri^ un des commissaires royaux chargés d'appuyer la demande du roi dans l'assemblée, émit^ dans un de ses discours^ l'opinion que le roi pouvait lever des impôts sur les biens ecclésiastiques sans le consentement du clergé ; il s'appuyait sur ce principe de Richelieu : Que les biens de main-morte' appartenaient au roi et qu'il en pouvait par conséquent disposer. On lui répondit : a Que le clergé ne pouvait demeurer d'accord de la maxime que les commissaires du roi semblaient avoir posée ; qu'elle était contre les saints canons^ contre les conciles et contre la doctrine de l'Église ; et que pareille question^ il y a soixante ans et plus^ ayant été agitée entre un grand chancelier de France et un grand archevêque^ la difficulté demeura tacitement vidée ^ puisque lors et depuis ledit temps ^ nos rois n'ont jamais entrepris de faire aucune levée de deniers sur le clergé f sans son consentement^ et l'autorité du Saint-Siège^ lorsqu'Q a été question d'aliénation du fonds ^ et toujours selon les formes des saints conciles et des canons, d
Presque toutes les assemblées du clergé recevaient des plaintes des provinces touchant les entreprises des Protestants, qui rétablissaient çà et là des prêches^ tenaient des assemblées, s'efforçaient de rentrer dans certaines charges qui leur étaient interdites, publiaient des livres ponr établir leur doctrine. L'assemblée de 1645 reçut un grand nombre de ces plaintes. Nous remarquons surtout celle de Filleau ^, procureur du roi à Poitiers^ qui dénonça à l'assemblée
* Filleau fut rinyeuteur du complot de Bourg-Fontaine. Il prétendit que les che& du parti janséniste se seraient réunis vers 1020 à Bourg-Fontaine , pour y organiser un plan d'attaque contre TÉglise. Ce fut en 1654 que Filleau émit cette idée. Plus d'un siècle après, en 1758, le Jésuite PatouiUet (d'autres disent le Jésuite Sauvage) publia un livre sous ce titre : RéaHié du projet de Bourg-Fontaine. Ce livre ne renferme ni faits ni témoignages authentiques; il a été si fortement réfuté, que le complot àe Bourg-Fontaine doit nécessai-
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plusieurs Protestants qui tentaient de s'introduire parmi les juges au pr^sidial de Poitiers, Les livres de Blondel et celui de Saumaise : De la primauté du Pape, attirèrent surtout Tattention de Tassem-^ blée, qui chargea Hallier et Le Maître de les réfuter; eUe fit en outre appel à tous les théologiens capables de défendre l'ÉgUse.
Les Protestants avaient repris un peu de vie depuis deuz ans^quo leurs causes , en vertu d'un édit , devaient ôtre jugées par les cham-' bres mi-parties , comme avant les dernières guerres.
L'assemblée fit instance auprès de la Cour pour obtenir la répression de leurs entreprises; elle pria aussi Mazarin et la régente de protéger Tautorité épiscopale contre les parlements, et de ne pas donner suite à un projet que Ton avait conçu, d'étendre la Bégaie * à tous les bénéfices du royaume.
Panai les affaires particulières dont s'occupa l'assemblée, nous remarquons particulièrement les plaintes de plusieurs évéques contre des religieux. Jésuites, Récollets et Capucins, qui voulaient exercer le saint ministère sans leur approbation. L'évêque d'Amiens surtout se plaignit très vivement des Jésuites '. Dans le courant de l'année 1644, ces religieux avaient distribué à Paris et ailleurs un écrit contenant quatorze propositions hérétiques qu'ils disaient avoir été soutenues par des prédicateurs, au nom et du consentement de cet évéque. Celui-ci répondit à cet écrit , et fit voir qu'il ne contenait que des calomnies ; les Jésuites répliquèrent par un libelle dans lequel ils adressaient à Tévéque les plus grossières injures. L'official, saisi de cette affaire, entendit plus de cinquante témoins qui déposèrent que le libelle avait été publié Qt distribué par les Jouîtes ; en conséquence, il cita à comparaître pardevant lui le Pt Feuqulères, recteur du collège des Jésuites, et le
rement être placé au rang des fables les plus absurdes. Le livre du P. 1^ toiiiUet ou Sauvage est la grande autorité de M. Tahbé Rhorbacber eontio le Jansénisme.
^ Nous avons déjà fait remarquer que, par ce mot, on entendait le droit que s*attribuait le roi de jouir des revenus des bénéfices vacants. Nous aurons bientôt à raconter de vives discussions entre Louis XIY et la cour de Rome, touchant la Régale.
* Ces religieux, ne voulant vivre que de privilèges, prétendaient n*étre pas obligés à payer les impôts du clergé, pour les bénéfices qu'ils possédaient Ils avaient môme obtenu de la Cour des lettres-patentes qui les déchargeaient de tous impôts extraordinaires. L'assemblée de Iftfô décida qu'ils seraient soumis au droit commun, et demanda à la Cour la révocation des lettreft-patenlss accordées À ces religieux.
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P« Le Juge, prédicateur de la même Compagnie, pour répondre aux charges résultant de ces informations. Ces religieux ne tinrent aucun compte de la citation de Fofficial, interjetèrent appel comme de juge incompétent, et se pourvurent au conseil pour y faire dé» clarer nulles et injurieuses les procédures commencées contre eux. Ils obtinrent , dans cette -afEBÔre purement ecclésiastique , un arrêt au conseil des finances^ par lequel il fut ordonné que les Pères in*culpés se pourvoieraient, dans le délai de quatre mois, par-deTant la Saint-Siège , et défense fut faite à FofBdal d'Amiens de passer outre en son jugement, ni de rien attenter contre les privilèges des Jésuites.
Ces religieux n'avaient été autorisés à s'établir en France qu'à la condition de se soumettre au droitcommun ; ils avaient accepté cette condition, mais ils avaient toujours cherché à s'y soustraire.
Les Pères Feuquières et Le Juge s'étant pourvus à Rome, obtinrent un bref qui constituait l'évéque de Senlis juge de leur ap-> pel. Cet évéque, dont le dévouement pour les Jésuites était connu, cita l'official d'Amiens à comparaître par-devant lui ; mais ceiui*ci interjeta appel comme d'abus, au parlement, de l'exécution du bref du pape qui avait été donné contre toute la législation civile et canonique de France. Les Jésuites obtinrent des lettres d'évocation, et l'évéque d'Amiens en référa à l'assemblée du clergé, qui em* brassa sa cause avec zèle, et fit toutes les instances possibles auprès du chancelier et du cardmal Mazarin pour faire rendre justice & l'évéque. Mazarin promit enfin un arrêt du grand conseil qui annulerait celui du conseil des finances avec tout ce qui en avait été la suite, et remettrait les parties dans l'état où eUes étaient à l'époque de la citation de i'official.
Les Jésuites de Bordeaux, dans le même temps, avaient obtenu du pape un bref qui les autorisait à confesser, même pendant le temps Pascal, sans l'approbation de l'Ordinaire, et annulait une ordonnance de l'archevêque de Bordeaux qui leur défendait de confesser sans cette approbation.*
L'assemblée écrivit au pape une lettre respectueuse et énergique pour se plaindre de son bref, dont l'exécution fut interdite en France ; elle lui écrivit aussi au sujet d'ordinations faites in forma graciosâ. C'était l'usage à Rome de conférer ainsi les Ordres, par faveur et sans soumettre les sujets aux épreuves exigées par les canons. Il suivait de là, que ceux qui ne pouvaient se faire ordonner en France faisaient un voyage à Rome, et revenaient avec lea
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Ordres qu'ils ambitionnaient ^ mais aussi dépourvus qu'auparavant des qualités nécessaires pour les exercer dignement. Le clergé de France écrivit au pape pour lui faire comprendre combien un tel abus était préjudiciable à la discipline ecclésiastique.
Le 4 août^ l'assemblée* s'occupa de nouveau du fameux livre de Petrus Aurelitu, si hautement loué par les assemblées de 1635 et de 1641 , et imprimé aux frais du clergé par ordre de cette dernière assemblée^ L'abbé de la Feuillade^ un des promoteurs de l'assemblée, après avoir rapporté le décret qui chargeait Vitré de cette impression , avertit l'assemblée que cet imprimeur, pour avoir exécuté les ordres qui lui avaient été donnés, avait été arrêté par le lieutenant criminel; que les exemplaires du livre de Peirus Aure^ Uuê avaient été saisis chez lui par ordre du roi % aussitôt après l'impression, et transportés chez le chancelier.
Le promoteur fit un éloquent discours pour prouver combien cette conduite du lieutenant criminel était injurieuse à un auteur respectable et au clergé tout entier, puisque, par cette démarche, il se substituait à l'autorité épiscopale , et se mettait même au-dessus d'elle dans le jugement des livres qui avaient été regardés comme orthodoxes. Après ce discours :
a II requit qu'il plût à l'assemblée députer au plus tôt vers Monsieur le chancelier, à l'effet que les exemplaires saisis du livre duàïi Petnu Aurelitu fussent remis ès-mains dudit Vitré; qu'il lui fût permis de les débiter publiquement comme les autres livres approuvés, et qu'un exemplaire fût distribué à chacun de Messeigneurs les députés du premier et du second ordre qui composent cette assemblée.
A Sur quoi la Compagnie ayant considéré qu'il ne se pouvoit présenter aucune occasion où l'honneur, le pouvoir et la dignité du clergé fussent plus avant intéressés ; que les livres écrits pour le soutien de ses droits sont étouffés et traités injurieusement^ pendant que ceux qui sont publiés pour les détruire courent partout avec impunité ; qu'en ces rencontres, les évoques sont réduits à devenir parties, eux qui devraient être les juges, et fait là-dessus toutes les remarques que son zèle et sa prudence lui ont suggérées; l'assemblée, par délibération des provinces, a arrêté que Messeigneurs les
^ On avait saisi chez Titré quarante exemplaires du Petrus AureUus; les autres avalent été distribués ou vendus ; quelques-uns restèrent chez lui, n^aranl pas été trouvés par la poliee. .
évéqueg de Séez et de Oraese^ et les mvtn grand vicaire de Pontoise et prévôt de Toulon^ iront au premier jour trouver M. le chancelier pour lui faire plainte , wee des paroles les plus expresses et les plus efficaces gt^U se pourra , du tort qui a été fait au clergé dans la saisie et enlèvement fait des livres imprimés dtulit Petrus Aurelius ,• etc. »
Les députés eurent ordre d'aller trouver le cardinal Mazarin^ si le chancelier faisait des difficultés ; et quelques exemplaires qui étaient restés chez Yitré furent distribués aux membres de rassemblée.
Le 21 août^ l'évéque de Séez rendit compte de ce qu'il avait fait avec ses co-députés. Le chancelier leur avait répondu qu'il n'avait pas les exiemplaires qu'on lui réclamait^ et que^ quand il les aurait^ il ne pourrait s'en dessaisir, parce qu'il avait reçu Tordre du feu roi de les faire supprimer.
a Le 2 décembre , lit-on dans le procès-verbal , la proposition qui fut faite sur l'impression des livres de doctrine approuvés par les assemblées générales du clergé, donna sujet à Messeigneurs d'ei^trer en divers discours dignes de leur zèle , et de remarquer particulièrement que, depuis plusieurs siècles, il ne s'étoitpoint fait tant d'entreprises contre l'épiscopat que depuis quelques années ; qu'il semble que l'ancien ennemi de l'Église, après avoir attaqué par diverses hérésies sa doctrine , a dessein en ce temps de la saper par le fondement ^ minant V autorité des pasteurs^ sur laquelle le fils de Dieu Fa établie; qu'il a commencé par les méchants livres qui sont sortis d'Angleterre sous des noms supposés, lesquels furent censurés, quand ils parurent, par Messeigneurs les prélats qui se trouvèrent à Paris , et par la Faculté de théologie , sans qu'on connût les auteurs ; mais que, depuis, ils ont été reconnus sous leimt vrais noms dans la bibliothèque du P, Alegambe, Jésuite, en des termes qui offensent sensiblement les évêques de France ; que Pe~ trus Aurelius y avait répondu avec une éminente doctrine, une éloquence admirable , et une force de raisons qui devait fermer la bouche aux adversaires de la hiérarchie;.,, que néanmoins le livre de Pe&us Aurelius demeuroit comme noté par la saisie, tandis que celui de Cellot ^ se vendoit publiquement et avec privilège ;
1 Le proeès-verbal remarqoe que Hallter et Petrus AureUus étaient iodignement traités dans le livre de Gellot, et que ce Jésuite avait été ebligé de leconnattra ses enraurs en présence de plusieurs doeteors de Sorbonne) parmi
283 HifTooui
I» L'assemblée a ordonné que les oeuvres de Peirui Aureimi se^ roient imprimées de nouveau^ en grand Tolurae^ par Vitré, aux frais et dépens du clergé, pour ne pas laisser perdre des ouyragei où Tautorité épiscopale est si vigoureusement défendue, et qu'il sera mis au commencement un éloge latin pour servir d'un témoignage solennel à la postérité de Tapprobation et de l'estime qu'en fait le clergé ;«.. et pour faire ledit éloge a été nommé Monseigneur de Grasse ; il a été pareillement arrêté que nouvelle instance sera faite à M, le chancelier pour la restitution desdits exemplaires de Petrus Aurelitis, et ensuite à Monseigneur le cardinal Mazarin, et à la reine, si besoin est ^ x>
Les Évéques de Séez, de Grasse et de Chartres, 'firent auprès de Mazarin les démarches décidées par rassemblée ; ce ministre promit de faire tout ce qui était en lui pour que le clergé eût satisfaction. Lescot et La Feuillade revirent le cardinal sans obtenir beaucoup de résultats.
Le 24 janvier 16W, Tarcbevêque de Toulouse revint sur cette affaire. Enfin le chancelier, mis en demeure de domier satisfaction à la juste demande du clergé, avoua que les quarante exemplaires saisis chez Vitré avaient été mis dans son grenier, où ils avaient mouillé et pourri; qu'il ne pouvait, en conséquence, les rendre, mais qu'il donnait parole que la nouvelle édition ordonnée par le clergé ne serait pas saisie *. D pria seulement de ne pas 7 insérer
lesquels se trouvait Lescot, qui venait de remplaoer Léonor d'Etampes sur le siëge de Chartres. Quoiqu'il eût reconuu ses erreurs,- Cellot vendait sou livre, tandis que Pelrus Aurélius était saisi. G*est que Cellot était Jésuite, tandis que Petrus Àfsrélius attaquait la fameuse Compagnie qui commandait à la Cour, par Tentremise des coniesseurs du roi et des princes, qui lui appartenaieat
^ L'assemblée décida aussi qu'on ferait de nouvelles démarohes pour ooor naître Tauteur des livres signés de Petrus Aurélius^ afin de lui offrir les gratifications qui avaient été résolues par rassemblée de 1635; ce qui prouve que rabbé de Saint-Cyran avait voulu emporter son secret dans la tombe. Cet humble abbé cherchait même, pendant sa vie, à faire entendre qu'il n'était pas l'auteur des livres qui avaient mérité de si grands éloges de la part do clergé de France. Il croyait pouvoir dire qu'il n'en était pas l'auteur, parce que d'autres y avaient travaillé avec lui, entre autres, son neveu, l'abbé de Barcos.
* Il n'est pas inutile de rapprocher, des faits que nous avons rapportés, touchant Petrus Aurélius, ce passage de la nouvelle Histoire de la Compagwie de Jésus de M. Crétineau-Joly : (T. nr, p. 10.)
« Son ouvrage (de l'abbé de Saint-Cyran), intitulé Peêrus AureUus, parut en 1(06, imprimé aux frais du deigé 4e Franoe. M oiDs d^BBe amée après, le
OB L*feLUB DB FIANCB. 283
une lettre d'un père Gappcinqui se trouvait dans l'édition de 1642, ni la collection des injures que les Jésuites prétendaient leur avoir été dites par Pelrus Aureïius. Il paraîtrait que les réponses de Tabbé de Saint-Cyran leur semblaient fâcheuses. Le chancelier avoua que les exemplaires avaient été saisis par ordre du feu roi^ peiU-étre à cause que son confesseur était repris dans ce livre^ qui réfutait une opinion nouvelle qu'il avait publiée touchant la chrismation. Ce confesseur était le P. Jacques Sirmond, Jésuite, Nous avons vu les démarches qu'il &t auprès de la Cour pour empêcher Tabbé de Saint-Cyran de le réfuter; n'ayant pu y parvenir, il aurait voulu anéantir son livre. Ces procédés étaient peu dignes d'un homme comme le P. J. Sirmond.
Le 26 mars, l'évéque de Grasse lut à Rassemblée l'éloquent éloge qu'il avait composé par son ordre pour mettre en tête de la nouvelle édition de Petrus Aurelitis *. L'assemblée l'approuva solen-
13 septembre 1637, ce même clergé voyait se dissiper son illusion, et il revo* nait de son premier jugement. > U fallait dire, pour ôtre exact :
L*ouvrage de rab|)é de Saint-Cyran, intitulé Pelrus Aureïius parut en 1632; en 1635, le clergé de France l'approuva ; en 1641, le même clergé le fit imprimer à ses frais; en 1645, ce môme clergé protesta contre la saisie de quarante exemplaires, exécutée à la sollicitation des Jésuites, et le fit réimprimer une seconde fois, en mettant en tète un éloge pompeux du livre* Que Ton rapproche ces faits du passage cité, et J*on verra la bonne foi des Jésuites, qui ont dirigé, comme tout le monde le sait aujourd'hui, la publication de M« Crétineau Joly.
1 Voici réloge de Pelrus Àureltus, composée par Téféque de Grasse, ( F. Collection générale des prooèft-yerbaux du clergé de France, t. m. Pièces Justificatives, ou Tédition de 1646 des (ouvres de Pelrus Aureïius) :
« Les Pères de rassemblée générale du clergé de France, assemblés Tan de Jésus-Christ 1646, ont dédié cet éloge à PETRUS AUREUUS , THEO- LOGIEN , ami très ardent de la vérité, très juste vengeur de la hiérarchie, tr^ invincible défenseur des évêques :
» Tous les gens de bien gémirent lorsqu'on vit passer d'Angleterre en France des livres pernicieux, par lesquels on dédarait la guerre à la hiérarchie, on foulait aux pieds Tautorité épisoopale, sous le prétexté d^une feimte toumisiion au SaitU-Siége apeslohque; et, ce qui passe toute créance, on •'efforçait de détruire la vertu du sacrement auguste de la Confirmatioo, parce qu'il ne peut être administré que par les évêques. Mais tout le monde généralement fut saisi d'horreur, lorsque ces livres détestables ayant été oon* damnés par des censures très-justes et très légitimes de la sacrée Faculté de Paris, de monseigneur l'illustrissime archevêque de la même viUe, et d'une très cîélèbre assemblée des prélats de France, il se trouva des écrivains, qui, étant devenus encore phis insolents et plus furieux par cette condamnation, non-eeulefflent entreprirent de les défendre, mais eurent même la banlieeie
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nellement, ce qui excita contre elle et contre Tévèque de Grasse la bile des Pères Jésuites. Dans leur premier libelle, intitulé Paulm
de composer et de publier des libelles diffamatoires, infectés de nouvelles erreurs, contre Thonneur des juges qui avaient censuré leurs premiers livres. » Ge fut alors que, par la Providence de Celui dont la bonté est aussi infinie
2ue la puissance, et qui ne souffre jamais que ron outrage impunément son Iglise, on vit paraître soudain un généreux défenseur de la hiérarchie, sous le nom de Petrw AureliuSf théologien si connu de tout le monde et si inconnu à tout le monde. Cet homme aussi éloigné de toute ambition, que rempli d*amour pour Tordre ecclésiastique, et nourri dans le sein de la véritable et ancienne théologie, attaqua ces monstres d'erreur et ces prodiges de rébellion et dMnsolence, et les terrassa glorieusement par des livres admirables, qu'il mit au jour. L'Église gallicane a été comblée de satisfaction et de joie, lorsqu'elle a vu que, par une défense si excellente, la dignité de ses Pères est rétablie, les erreurs de ses adversaires sont réfutées, leurs calomnies détruites, leurs mensonges découverts, et qu'on a répondu aux fous selon leur folie, comme l'urdonne l'Écriture. Elle ne sait ce qu'elle doit admirer davantage dans ce grand homme qui l'a si puissamment défendue : ou son érudition dans les matières ecclésiastiques, et sa connaissance des Pères et des conciles; on la majesté de son style et son éloquence si propre pour cet illustre combat ; ou l'adresse de son esprit, lorsqu'il découvre les artifices des ennemis ; ou le poids de ses raisons lorsqu'il réfute leurs erreurs; ou la candeur de son Ame lorsqu'il rétablit la vérité ; ou les heureuses expressions de ses sublimes pensées lorsqu'il explique les mystères les^ plus cachés et les plus divins ; ou la vive ardeur de son amour envers l'Épouse de Jésus-€hrist; ou la sincère humilité de son cœur et la noble gravité de son génie.
» Mais parmi tant de sujets de consolation et de joie, elle n'a que ce regret de n'avoir pu encore découvrir quelle est la main qui a lancé tant de traits si puissants sur ses ennemis, et qui l'a fait triompher d'eux avec tant de gloire. Elle n'a lien oublié de tout ce qui pouvait dépendre d'elle, pour témoigner sa gratitude envers ce grand personnage, qui a rendu de si grands senices à la hiérarchie, et pour le porter à sortir de l'obscurité où il s'était renfermé lui-même, et à se produire dans la lumière publique. Mais, ni l'éclat d'une députation très honorable, que l'assemblée du clergé de France ordonna, dès 1635, lui être faite en quelque lieu qu'il se pût trouver, ni l'attrait des récompeases qu'elle lui offrit, ne le purent jamais engager à souffrir qu'on levât le voile dont il s'était couvert, par une modération si louable et si extraordinaire.
» Il s'est estimé assez heureux d'avoir travaillé courageusement pour TËglise, à qui il avait consacré toutes les afifections de son cœur, ayant combattu en secret, et pour Dieu seul, il n'a désiré de n'ôtre couronné qu'en secret par le souverain distributeur des solides et véritables couronnes; il n'a point eu dessein d'acquérir de la réputation, de l'honneur et de la gloire, ni dériré que tes illustres travaux rendissent son nom célèbre dans toute la terre. C'est une merveille rare d'avoir produit tant d'ouvrages, d'avoir remporté tant de célèbres victoires, et d'avoir réduit à un si profond silence de si opiniAtres enne* mis de la vérité ; mais c'en est une, sans comparaison plus rare, de ne vouloir pas jouir de la réputation qu'on a acquise.
DB l'égusb de fbanci. 285
Ramanus, ils ne ménagèrent pas plus l'assemblée entière que TEvéque de Grasse. Le procureur du roi, à l'instance des agents du
» Qui que tous soyez donc, Àurélius , puisqu^après toutes les obligations que TOUS a tout Tordre ecclésiastique, pour tant de signalés senrices que tous lui aTez rendus, Totre modestie nous ôte le moyen de reconnaître le mérite de Tos travaux par des récompenses qui en soient dignes, receTez au moins de nous, sous le nom étranger que vous aTez emprunté, ce témoignage public d^affection, de gratitude et d*honneur.
9 Si TOUS êtes encore TiTant, comme nous le souhaitons, sortez enfin de Totre retraite et découTrez aux yeux de tous ce visage que nous désirons de voir aTec tant de passion ; tous aTez donné assez de preuTes de TOtre insigne modestie; n*envlez plus le bonheur de jouir de TOtre présence à ceux qui jouissent du fruit de tos Teilles; et no souffrez pas que la joie d*un triomphe si durable, soit plus longtemps diminué par Tabsence du Tîctorieux.
• Que si, après aToir combattu si généreusement pour l^Église, tous avec reçu des mains du juste Juge la couronne de justice, obtenez de Dieu qu'il s'élève de tos cendres un Tengeur illustre qui défende à Tavenir, contre tous les efforts de la calomnie, le nom célèbre é'Àurelius, si saint et si vénérable à toutes les personnes de piété, et qui, entrant dans la carrière où vous aTez abattu les ennemis de la hiérarchie; ait assez de force pour vous suÎTre, et pour marcher sur tos traces. Que la louable émulation de ce grand exemple fasse naître des imitateurs de TOtre zèle et des héritiers de TOtre gloire ; aSOn que. Si la majesté de TÉglise, dont Tamour brûlait dans TOtre cœur, Tient un jour à être Tiolée par de nouveaux attentats, elle trouve toujours de nouveaux défenseurs qui la soutiennent et qui la rétablissent dans sa première splendeur.
» Enfin, nous voulons que toute la postérité sache que FÉglise gallicane, se reconnaissant très redoTable à Aureliuêf a touIu foire tout ce qu'elle a pu pour s'acquitter euTers lui de ce qu'elle lui deTait ; que, s'il est TiTant, elle i honoré son mérite en lui offrant des récompenses aTantageases ; et, s'il est mort, elle a honoré sa mémoire en lui rendant des honneurs publics : et que, lorsqu'elle lui « élcTé ce monument si glorieux, et qui lui était si justement dû, elle s'est efforcée d'exciter tout ce que la France peut aToir de personnes éminentes en piété et en doctrine, à contribuer de toutes leurs forces au soutien et à la défense de l'Église qui est aujourd'hui attaquée de toutes parts, et à témoigner en de semblables occasions, la même générosité, la môme constance et le même zèle. »
A ces éloges les Jésuites ont opposé des compliments qui sont ainsi copiés, d'après Feller (v.o Verger), par M. Henrion, dans une note soi-disant bibliographique que nous trouTons au t. vui de son édition de l'Histoire Ecclésiastique dn Jésuite Berault-Bercastel,p. 617 : « On le traita moins (l'abbé de Saint-Gyran) en sectaire qu'en cerveau blesii..,. aTec un esprit f&rt éloigné du sens commun ei approchant du délire^ il aTait au degré suprême le génie de tinirigue ei de la téduelUm... Son principal ouTrage est un gros in-folio intitulé PeifUê Aurélius, et qu'on réduirait au plus petit liTre si l'on en retranchait toutes les injures qu'il adresse aux Jésuites. (PreuTe : les prétendues injures extraites par les Jésuites et les réponses de l'abbé de Saint^yran forment guelquee pages à la fin du gros inrfoUo.) Il eui aaex d^inirigue pour le faire im-
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clergé, et par ordre de Mazarin, poursuivit ce libeUe, ainsi qu'un autre qui parut peu de temps après, et qui était intitulé Theologia Pétri AureliL Ces deux productions calomnieuses furent lacérées par la main au bourreau ^ L'évoque de Grasse fut personnellement attaqué par le P. Vavasseur dans des pamphlets intitulés : Godeau est-il poète * ? Godeau est-il un écrivain capable dans son éloge d'Aurélius ? Le pamphlétaire ne lui trouve aucune capacité ; mais les œuvres du savant évoque répondent plus que sufiOsamment aux dégoûtantes injures dont les Jésuites l'ont accablé.
Godeau ' fut nommé évéque de Grasse, en 1636. U fut sacré à Paris par Léonor d'Étampes, et, aussitôt après cette cérémonie, il se retira dans son diocèse, où il se dévoua avec le plus grand zèle aux fonctions épiscopales. Il tint plusieurs synodes, travailla avec activité à l'instruction de son peuple et à la réforme de son clergé. Il
primtraux dépens du cUrgé de Fraficel!!.,. mais trop peu pour empêcher la Cour de le supprimer. 8a Qœstion royale, apologie formelle du suicide et de rhomicidfi, £N BlEiN D£S CAS 1 1 1 mérite à peine attention, tant U a •u rassembler de principes encore plus répréhensihleSj de maximes et de dogmes PAi£NS, d'extravagances en tous gmre. Son Apologie ^ ses LETTRES, eic.» portent également la marque dune suffisance inepte, a part le fond corrompu des choses. Mais le ridicule y est si frappant^ qu'il peut
tout seul en faire Tantidote, etc » Les Lettres de Saint-Oyran, publiées par
Arnauld d*AndiUy, furent approuvées par dix-huit évoques, comme un des meilleurs ouvrages qui eût paru depuis longtemps.
Que Ton rapproche des aménités des Jésuiied les faits rapportés par nous, d*aprèB les documents authentiques, et i*on aura une nouvelle preuve de la bonne foi de ces religieux, dont M. iienrion n'est que le copiste*
Quant aux iigures dont les Jésuites se plaignent, il n'y en a pas dans k gros it^fotio de Tabbé de Saint-dyran, la millième partie de ce que Ton ea rencontre dans um de leurs plus mmoes pamphlets contre leurs adversaires.
Le Jésuite Bérault, diaprés le Jésuite d'Avrigny, prétend que Saint-Gyrao s^avouait auteur de Pelrus Aurelius et diiiait modestement que c'était le w^eiUeur livre qui eût paru depuis 600 ans. Double mensonge 1 1
*■ Les prélats qui se trouvaient, à la fin de Tannée 1646, à Paris, s'assemblèrent chez le coadjuteur, pour aviser aux moyens de poursuivre le libelle PcMlus Romanus. On possède le procès- verbal de cette réunion. F. n«o 16 des Pièces justificatives de rassemblée de 16fô, t. m de la Gollect. générale.
* Godellus utrum Pœta? Gôdellus utrum Elogii AureHani seriptor idoneus? Le P. d'Avrigny (Mém. Chronol., ann. 16^)6) reconnaît pour tout mérite h Godeau de tourner assez bien un vers, sans avoir néanmoins le génie qui fait les poètes.
^ Gallia, Christian. Sanmarth., t. ni. Le Jésuite Feller, malgré sa partialité, fend hommage à la v^tt et âi la science de Godeau.
DB L*klLl6K DV VRANGB. 287
donna)! InKméme l'exemple de toutes les vertus qn'U prêchait aux autres. Innocent X lui accorda les bulles d'union des diocèses de Vence et de Grasse. Il mourut à Vence, en 1672, âgé de soixantesept ans. Godeau écrivait avec facilité en prose et envers. Ses principaux ouvrages sont : une Histoire ecclésiastique des neuf premiers siècles, que celle de Fleuri a fait oublier, et qui ne mérite pas de Pêtre; des Paraphrases sur les Épttres de saint Paul et des autres Apôtres; un Traité de morale chrétienne, qu'il fit pour iilstruire les curés de son diocèse et pour les prévenir contre la morale relâchée des casuistes; une Traduction du Nouveau-Testament, accompagnée d'explications; les Psaumes, traduits en vers français; enfin plusieurs Discours et ouvrages moins importants.
Godeau s'était attiré la haine des Jésuites, non seulement par son éloge de Petrus Aurelius, mais par la dénonciation qu'il fit d'une iHfre aupape^ répandue sous le nom de Raconis, évoque d Lavaur, et dans laquelle on traitait de la manière la plus scandaleuse les évoques qui avaient approuvé le livre du docteur Amauld sur la Fréquente communion. L'assemblée se plaignit vivement de cette lettre au nonce^ qui la flétrit, et promit d'écrire le jour même au pape qu'elle ne contenait que des calomnies. L'évèque de Cbâlons fut chargé d'écrire à Raconis pour savoir s'il avouait la lettre qui se colportait sous son nom. Cet évêque ne trouva pas d'autre moyen que de la désavouer pour éviter la flétrissure qu'il méritait. L'assemblée n'en décida pas moins d'écrire au pape une lettre pour réfuter les calomnies qu'on lui avait adressées. Cette lettre fut rédigée par le coadjuteur de Sens et par l'évéque de Grasse. I^Parmi les autres affaires dont s'occupa l'assemblée, nous devons mentionner la censure du livre que le P. Rabardeau avait fait contre VOptatus gallus ^, et la discussion qui s'éleva à propos d'un livre du Jésuite Annat, intitulé de la Science moyenne ". L'Université de Toulouse ayant censuré ce livre, les Jésuites en avaient appelé au conseil du roi, selon leur coutume, lequel conseil avait cité le doyen de Toulouse à comparaître pour défendre la censure. Le docteur Hallier, un des promoteurs de l'assemblée, fit remarquer combien la conduite des Jésuites était contraire aux vrais principes, puisqu'ils en appelaient, dans une question doctrinale, à un tribunal
^ n y soutenait la légitimité d'un patriarchat en France. * F. sur cette affaire, diverses pièces anz Archivée nationales, deot. hist. L.10.
SBB H18T0IRB
séculier^ au lieu d'en appeler à TOrdînaire, auquel il appartenait de valider ou d'invalider le jugement de l'Université. L'assemblée en* tière^ conformément aux réquisitions de HaUier^ résolut de soutenir les droits de l'archevêque de Toulouse.
Les Jésuites furent effrayés de cette détermination aussi juste que légale; ils s'adressèrent à la Cour^ et le chancelier se hâta de déclarer que cette affaire n'irait pas plus avant^ et qu'il ne serait rien ordonné contre les professeurs qui avaient fait la censure du livre du P. Annat. Ce Jésuite prit beaucoup de part aux discussions du temps ; il devint quelque temps après fort influent à la Cour par sa qualité de confesseur du roi^ et il était à Rome^ auprès du général^ lorsqu'on y porta la fameuse question des cinq propositions.
L'assemblée du clergé fut terminée le 28 juillet 1646 ^
> L*a886mblée de 1615-46, agréa la dédicace dn Rallia ChritîioMt des ftères de Sainte-Karthe, et leur accorda une forte gratificatioD, pour le fairo imprimer. Dans une des assemblées précédentes, Claude Bobert, qui avait fait en un volume in-folio un ouvrage sous le même titre, reçut aussi les encouragements du clergé.
Ces deux ouvrages ont servi de base à celai auquel les Bénédictins ont conservé avec raison le même titre, et qui, malheureusement, est resté inachevé jusqu'à présent.
L'assemblée jugea digne, plutôt de mépris que de censure, un ouvrage intitulé AmplUudo BénefMariaf dans lequel l'auteur égalait l'autorité du pape à celle de Dieu.
Dl L'ÉaUSI DB FBAIICB. 389
AflRiire des cinq propositloDS. — La Sorbonne mise en demeure de se prononcer sur les discussions touchant VAufftuHnus, — Réflexions générales sur la nature des œuvres de Port-Royal et des Jésuites, et la querelle touchant la Grftce. — Sept propositions dénoncées à la Sorbonne par le docteur Cornet, syndic- Discussion touchant les propositions. — Jansenius hors de cause. — Censure faussement attribuée A la Sorbonne. — Discussions sur cette censure.— La cause portée au Parlement. — Cette censure est désavouée.— Elle est envoyée à Rome comme l'œuvre de la Sorbonne. — Division qu'elle occasionne dans le Sacré Collège. — La censure n'est pas admise A Rome. — On provoque une démonar tration épiscopale contre les cinq propositions. — L'affaire n'est pas portée à l'assemblée générale. — Lettre de l'évéque de Yabres contre les cinq propositions. — Adhésions à cette lettre sollicitées secrètement — Elle est envoyée secrètement A Rome. — Protestations contre cette lettre.— Lettres de onze évéques au pape contre la lettre de l'évéque de Yabres. — Détails de l'assemblée du clergé de 1651. — Députés des onze évéques envoyés à Rome. — Dans quel but. — Calomnies contre le docteur de Saint-.\mour et contre les religieuses de Port-Royal, confondues. — Députés des autres évoques. — Examen des cinq propositions A Rome. — Bulle Cùm oceeuianê. — Retour de tous les députés en France. — Calomnies répandues contre ceux des onze évéques. — Conseils de Hallier au cardinal Mazarin. — Réception de la bulle d'Innocent X en France.— Sentiments du pape et du cardinal de Lugo sur ce point. — Opposition A la bulle. — Mandements de l'archevêque de Sens et de l'évéque d'Angers.— Troubles A propos de ces mandements. — La bulle d'Innocent X expliquée par l'assemblée du Louvre. — Ces explications sont envoyées au pape , qui les approuve dans un bref. — Calomnies répandues contre les solitaires de Porf- Royal À la Cour. — Us sont exilés de leu" solitude.- Us sont autorisés, un mois après, A y retourner. — Hort d'Innocent X. — Alexandre YII pape.
1647— IfôS.
Pendant Tannée 1647, la Faculté de théologie fut mise en demeure de prendre un parti dans les querelles sur la Grâce, malg;ré la résolution qu'elle avait prise, à la sollicitation de la cour de Rome, de garder la neutralité. Véron, ancien Jésuite et curé de Charenton, connu par ses livres de controverse contre les Protestants, publia, en lft47, un ouvrage intitulé le Baillan des Jansénistes. Ce livre * ayant paru sans approbation et sans permission, le débit en fiit arrêté par ordre du lieutenant civil de Paris ; l'auteur, pour vaincre cette difficulté, obtint l'approbation de deux docteurs Cordeliers, et fit paraître de nouveau son livre ; le docteur Guillebert le déféra à
* Journal de Satnt-Amour, !.'« partie, ch. 3; Ellies Du Pin, Hist. Eocl. du nvii.e siècle, t. ii ; Gerberon, Hist. du Jansénisme, ann. 1648.
290 Hitrom
la Faculté^ demandant qu'il fût examiné et que les deux Cordélien fussent cités pour rendre compte de leur approbation. On fit droit à sa réquisition; Guillebert fit en outre une liste des erreurs qu'il avait découvertes dans le livre de Véron, et les dénonça à la Faculté. Nicolas Cornet^ qui avait été Jésuite et qui était alors syndic de la Faculté^ demanda que^ si l'on soumettait à l'examen le livre de Véron^ on examinât aussi les propositions de Jansenius réfutées dans ce livre. La Faculté décida alors que^ conformément aux intentions des papes^ on n'agiterait pas ces questions^ et qu'on ne parlerait ni des propositions de Véron ni de celles de Jansenius.
Les choses en restèrent là pendant deux ans ; mais si la Faculté ne prit pendant ce temps aucune résolution^ les Molinistes publièrent une foule d'ouvrages afin de persuader qu'une nouvelle hérésie était née dans l'Église ^ De son côté^ le docteur Le Moine traita la question de la Grâce dans son cours à la Faculté. U se fit un système particulier^ qui tenait comme le milieu entre le sentiment des Augustinîens et des Thomistes^ qui croient la Grâce efficace par elle-même^ et celui des Molinistes, qui soutiennent qu'elle ne devient efficace que par suite d'un acte de notre volonté. Selon le docteur Le Moine, il y avait deux espèces de Grâce : la Grâce efficace, qui est nécessaire à l'homme pour faire une bonne action, et qui obtient toujours son effet; et la Grâce suffisante, qui inspire seulement des commencements de bonne volonté et dont l'effet dépend entièrement de la volonté de l'homme. Le Moine fit imprimer plusieurs ouvrages pour soutenir ce système.
Tandis que les Jésuites et leurs partisans publiaient tant de livres et de pamphlets, Ârnauld et ses amis gardaient le silence sur les questions controversées, selon les intentions du pape. Depuis la victoire remportée par le livre de la Fréquente communion, Arnauld n'avait publié que la traduction du traité de saint Augustin, de la Vérité de la Religion, et celle du Manuel du même saint. Le reste
^ Les principaux ouvrages publiés pendaot les aonëes 1647 et 1648 fureol ceux de Tex^Jésuite VércMi. Le Jésuite Petau publia son livre dt la Foi et de la Grâce; Réuti Maupeou, président en la Cour des aides, entra aussi eu lice. D. Pierre de Saint-Joseph, Feuillant, prit lu défense u*Habeit. Le Jésuite faeque^» Sirmoud publia quelques fragments pour Thistoire de Gothescalk. Le P. Pinthereau, sous le pseudonyme du sieur de Préville, publia les lettres de Jansenius ù Tabbé de Salnt-Gyran, avec un commentaire, sous le titre de : la ?iaUsance du Jansénisme (Ucouverte.
DV L*£flU8B M FEANCB. SM
dn temfM^ il avait étudié la aouyelle |Aik)8q)hie contenue dans les
Méditations de Descartes et l'avait attaquée avec autant de profondeur que de logique. Ces études et ce calme philosophique^ ^u milieu du bruit que faisaient les adversaires de Jansenius, ne peuvent surprendre que ceux qui ne jugent Arnauld et ses amis que par les diatribes injustes dont ils furent l'objet. Si Ton examine les grandes œuvres que l'école de Port-Royal a produites^ on sera convaincu qu'elle n'entra dans les luttes sur la Grâce que pour répondre aux provocations de ses adversaires, et qu'elle avait dans ses travaux un but plus élevé qu'elle poursuivait avec autant de science que d'énergie, dès qu'on lui laissait quelque repos. Les Objections d' Arnauld contre Descartes, la Perpétuité de la Foi; les Pensées de Pascal ; les Principes de la Foi chrétienne, et tant d'autres livres moins célèbres, dans lesquels sont établies les vérités fondamentales du christianisme, attestent que l'école de Port-Royal avait entrepris la guerre la plus active contre le rationalisme qui menaçait d'envahir la société, depuis le xvi.* siècle.
Les discussions qui avaient si profondément remué le monde à cette époque avaient laissé dans lés âmes un sentiment vague de doute universel, qui dégénérait, dans le nionde lettré, en rationalisme, et parfois même en un scepticisme absolu. L'étude passionnée de l'antiquité payenne avait fait oublier à un grand nombre de chrétiens les Saintes Écritures et les ouvrages des Pères de TÉ-
Slise; FÉcriture et la tradition étant elles-mêmes l'objet permanent es discussions les plus vives parmi les ecclésiastiques; l'écho qui s'en faisait entendre dans le reste de la société fortifiait la tendance générale, qui était de mettre la raison à la place de la foi ; le Protestantisme secondait ce mouvement en substituant la raison individuelle à l'autorité traditionnelle, pour l'interprétation des Écritures et la détermination du dogme chrétien; des pliilosophes, saus être Protestants, appliquaient les mêmes principes dans le domaine purement rationnel ; or, quoique les deux domaines de la raison et de la foi soient parfaitement distincts, on ne peut nier qu'ils ne se touchent de toutes parts; et que^ dans la pratique, il ne soit impossible de se tenir dans une pure abstraction ; les philosophes rationalistes en philosophie étaient portés à l'être , et l'étaient pour la plupart dans leur foi.
La morale était en rapport avec la doctrine ; le paganisme et le nationalisme ne pouvaient enfanter qu^une morale corrompue;* aussi le xvi.« siècle fut-il, par excellence, l'époque de l'immoralité.
29SI «STOIRS
dans toutes les conditions sociales, depuis les papes jusqu'aux moines; depuis les rois jusqu'aux artisans.
Les Jésuites, sans se rendre compte sans doute de leurs actes, encourageaient les tendances rationalistes et l'immoralité. Pour la plupart, ils ne connaissaient pas la tradition chrétienne; et les efforts qu'ils faisaient pour se créer de l'influence dans la société les obligeaient à rechercher tous les moyens d'accommoder les règles évangéliques aux mœurs de ceux qu'ils voulaient s'attacher, et de donner aux dogmes les plus impénétrables de la foi catholique une certaine apparence raisonnable, dont les hommes superficiels pouvaient s'accommoder.
Voilà ce qui inspira la théorie de Molina sur la grâce, la religion naturelle, le probabilisme, les distinctions des casuistes, et tant d'autres inventions philosophico-théologiques trop favorable» à la tendance générale, qui portait les peuples à mettre le raisonnement à la place de la foi.
Le système philosophique de Descartes * ne fut pas non plus sans influence sur les progrès du rationalisme. Nous n'élèverons
*■ René Descartes naquit à La Haie, en Touraine, le 30 mars 1506. Il fît sas premières études au collège de La Flèche, chez les Jésuites. Après plusieurs voyages en Allemagne et en Italie, il revint en France en 1625, et se retira peu après en Hollande, où il pensait jouir de plus de liberté pour écrire. H publia d'abord son Traité du Monde et ses Principes de Philosophie; en 1641 parurent ses premières Méditations, Une vive poli^mique sMleva touchant cet écrit, qui fut attaqué principalement par le P. Marsenne, Gassendi et Arnauld. Persécuté par les ministres protestants de Hollande, Descartes se retira en Suède, auprès de la reine Christine, qui le demandait avec instance. Il j demeura jusqu'à sa murt, qui arriva le 21 février 1650. Descartes fut maUi^ maticien aussi savant que profond philosophe. 11 mourut en chrétien comme il avait vécu. Ses œuvres complètes ont été publiées, en 1824, par M. Victor Cousin. L'Inquisition de Rome ayant condamné et emprisonné Galilée, parce que ce savant admettait le mouvement de la terre autour du soleil. Descartes, qui admettait ce môme système, prit des précautions pour éviter les censures de Rome. Ce fut en vain. La plupart de ses ouvrages furent mis à Tlndex des livres défendus. Cette censure ne fit pas plus d'honneur à la Congrégation romaine que celte de Galilée et tant d'autres plus ou moins méritées. On peut consulter, sur Descartes, sa vie écrite par Baillet, ou sa vie religieuse par Tabbé Émery. M. Rhorbacher, au livre 87, § 5 de son Histoire UniversellB de V Église catholique, fait très longuement l'apologie des ouvrages de Desoartes, au point de vue catholique ; nous sommes loin de l'en blftmer ; mais il est bon de constater que les Ûltramontains les plus exagérés savent bien, à Toccasion, ne pas trop se préoccuper des censures de Rome, et être GalUcant en pratique.
DB L*A0L16S DE PEANGB. S93
pas contre ce philosophe^ un des plus grands génies dont s'honore la France^ des accusations dont l'exagération était le moindre defaut; Descartes était chrétien et catholique soumis à l'Église; jamais son but ne fut de propager ]e rationalisme ; cependant son système philosophique y conduisait naturellement ceux qui l'acceptaient d'une manière absolue et sans le restreindre aux choses qui sont du domaine de la raison. Aussi Bossuet ^ disait-il^ dès 1687, avec un accent presque prophétique : a Je vois un grand combat se préparer contre l'Égh'se, sous le nom de philosophie Cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, à mon avis, mal entendus, plus d'une hérésie. De ces mêmes principes mal entendus, un autre inconvénient terrible gagne sensiblement les esprits; car, sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clairement, ce qui, réduit en certaines bornes, est très véritable, chacun se donne la liberté de dire : a J'entends ceci et je ii n'entends pas cela ; et, sur ce seul fondement, on approuve et on B rejette tout ce qu'on veut, o II s'introduit, sous ce prétexte, une liberté de juger qui fait que, sans égard à la (radiiion, on avance témérairement tout ce qu'on pense. »
Le rationalisme, que nous voyons naître et grandir au xvi.* siè- ' cle devait, au xvm.*, se formuler en France de la manière la plus exph'cite, dans le Philosophisme, que nous aurons plus tard à étudier. L'Angleterre devança la France d'un siècle dans cette route anti-catholique ; le clergé anglican n'était pas un obstacle sérieux pour ce développement d'un principe si profondément inculqué au monde ; en France, au xvu.® siècle, il y eut, pour le rationalisme, comme un moment d'arpét, et nous n'hésitons pas à dire qu'on le dut principalement à l'école de Port-Royal.
Lorsqu'on lit avec soin les doctes et éloquents ouvrages de cette école, on est surpris de la profondeur des aperçus qu'on y rencontre à chaque page, sur l'état et les tendances des esprits. L'abbé de Saint-Cyran et Amauld surtout avaient admirablement compris que le rationalisme était pour l'Église comme un cancer secret qui la rongeait intérieurement, et la source première de l'immoralité. Le mal une fois découvert, il était facile d'en trouver le remède, qui n'était autre que la tradition. Tous les efforts des solitaires de Port-Royal et de leurs amis furent dirigés en conséquence vers ce but : de faire comprendre que le dogme catholique n'avait pas sa
1 Lettre du 21 mai 1887 à un disciple de Mallebranche.
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raison dang Tesprit huiiiaiii; qu'il n'ëtait qu'un témoignage dirin, que^ pour connaître ce témoignage^ le seul moyen était Faccord unanime dans la croyance^ depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours ; accord qui se révèle par les monuments écrits dans les diverses contrées et dans tous les temps et qui se formule par la définition de l'autorité établie de Dieu pour le gouvernement de son Église. De là l'application des solitaires à lire l'Écriture et les Pères de l'Église, à les traduire, à les commenter, pour en répandre la connaissance dans la société, et attaquer ainsi directement 1« principe anti-chrétien, qui épuisait en elle la sève évangélique.
Port-Royal poursuivit, pour la morale et la discipline, le même but que pour le dogme et par les mêmes moyens. De ménle qti'il voulait établir le dogme sur sa véritable base, en l'appuyant sur h tradition permanente de l'Église, de même il soumettait lès règles de la morale et de la discipline au contrôle des monuments qu) nous ont conservé, dans to^te leur pureté, lés principes de l'Étangile. Us ne tombèrent pas, sous ce rapport, dans les exagérations qu'on leur a reprochées ; et l'on trouve dans leurs ouvrages deê preuves incontestables qu'ils tenaient compte de là diversité de^ temps et qu'ils tie rêvaient point, pour leur siècle, une discipline qui ne poutait convenir qu'à d'autres époques 5 il est vrai cependant que, sous prétexte de changements nécessaires dans la discipline, ils n'allaient pas jusqu'à ébranler des règles de morale quJ^ n'étant que l'expression du bien^ sont pour tous les hommes^ comme pour tous les temps et tous les lieux. Or, c'est dans les monuments de la traditioti que les solitaires de Port-Royal allaient chercher les véritables interprétations des règles morales et deft conseils de l'Évangile ; voilà pourquoi leurs livres de piété et dé morale ne sont que le reflet des canons des conciles et deé ouvrages des Pères de l'Église.
Port-Royal appliqua surtout sa hiéthode traditionnelle dans la guerre qu'il déclara aux Jésuites, considérés par lui comme les corrupteurs les plus dangereux du dogme et de la morale de /
l'Église.
Le système du P. Molina sur la Grâce, adopté par toute la Société, à peu près, devait principalement attirer l'attention de Port- Royal. Il secondait d'autant plus le mouvement des esprits vers le rationalisme, qu'il rendait moins nécessaire la rédemption de l'humanité et, par conséquent, l'incarnation du Verbe. Il ôlait, en effet, à la corruption native tout ce qu'il poiitait lui Mer, s&ils
DE L'feLISE DB FlàMCS. 395
tomber dans un Pélagianisme évident ; mais, malgré tous ces efforts pour éviter cet abîme, la logique Ty entraînait, et ses disciples les plus conséquents, comme les cardinaux Bfondrat et Gabrieli, ne dififSl^eilt de Pelage que par certaines expressions qu'il faut inter^ prêter avec bienveillance pour ne pas leur attribuer une hérésie formelle *.
Molina lui-même ne pourrait être excusé de Pélagianisme si on ^interprétait avec tant soit peu de sévérité. 11 est nécessaire d'établir ce fait important sur une autorité dont on ne puisse contester la valeur :
« J'avoue, dit le savant cardinal Baronius^ que je n*ai pu lire sans indignation les livres de Molina ; car on dirait qu'il n'a pour but que de condamner saint Augustin, de lui reprocher sa négligence et de faire voir que, sur ces questions de la Grâce, il a bien d'autres lumières que celles de ce grand évêqUe, auquel il affeetê de ne donner jamais le nom de saint '. Peut-on voir sans dégoù une pareille ostentation ? // se glisse comme un serpent et échappe aux mains qui voudraient le serrer, de sorte qu'il est plus facile de prouver sa témérité que de le convaincre d'hérésie. Cependant /y ai trouvé plus de cinqtMnte propositions ou expressions qui touchent aux erreurs des Pélagiens ou des semi-^Pélagiens. Tous ceux qui le liront sans prévention seront de mon avis... J'ai averti les Révérends Pères Jésuites que, sans hasarder leur réputation^ ils ne peuvent défendre cet ouvrage, a
Les Jésuites ne profitèrent pas des avertissements du docte car^ dinal, et ils soutinrent le système de Molina avec tant d'unanimité que ceux d'entre eux qui (en très petit nombre) ne l'adoptèrent pas sont regardés cooune faisant exception.
^ Nous aurons occasion plus tard de prouyer ce que nous avançons sur les cardinaux Sfondrat et Gabrieli ; Bossuet nous fournira surtout des témoignages accablants.
* Lettre du cardinal Baronius à Pierre de Yillars, archevêque de Vienne, en date du 15 mars 1603.
s Baronius constate» dans cette même lettre, que le Saint-Siège n'ayait jamais eu d*autre doctrine que celle de saint Augustin, touchant la Gr&ce. Molina ne pouvait donc attaquer la doctrine de ce grand évoque sans attaquer celle du Saint-Siëge. M. Tahbë Rhorbacher prétend (liv. 87, § 3) qu'on ne peut, sans injustice^ accuser le système de Molina de Pélagianisme, ou de semi-Pélagia* ntsme. L'autorité du cardinal Baronius vaut bien celle de M. Rborbaoher au moins. Bossuet, qui ne manque pas non plus d'autorité en ces matières, était de Topinion du cardinal Baronius, comme nous le verrons plus tard.
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Malgré les efforts de Moliiia pour échapper, comme un serperUy aux mains qui voulaient le saisir , les solitaires de Port-Royal n'en virent pas moins parfaitement tout le venin de sa doctrine, et ils lui déclarèrent la guerre au nom de toute la trstdition catholique, et surtout de saint Augustin, dont Tautorilé était si grande en ces matières. Ont-ik été trop loin dans cette guerre ? Ont-ils trop ôté au libre-arbitre de l'homme par zèle pour la grâce de Dieu ? Ou bien quelques-unes des expressions dont ils se sont servies ont-elles été mal interprétées par leurs adversaires î Quoi qu'il en soit, il est certain que les solitaires de Port-Roi/al ont prolesté contre les mauvaises interprétations que l'on donnait à certaines de leurs expressions ; qu'ils ont fait voir ces expressions dans l'Ecriture-Sainte ou dans les Saints-Pères ; qu'ils ont affirmé qu'ils les entendaient comme les Pères eux-mêmes les avaient entendues. En historien, nous devons constater ces faits , et nous le pouvons sans porter la taoindre atteinte à des décisions dans lesquelles on n'a pas eu d'autre but que de combattre l'erreur. Certaines phrases des écrivains de Port-Royal peuvent être interprétées dans le sens d'une grâce nécessitante, comme un nombre considérable de propositions d'écrivains Jésuites peuvent l'être d'une manière pélagienne. Si ces derniers réclament une interprétation charitable , pourquoi la refuser aux autres ? S'ils avaient suivi cette règle, ils n'auraient pas si activement travaillé à donner de leurs adversaires une mauvaise opinion , et ils n'auraient pas abusé de leur influence pour provoquer des bulles contre une doctrine désavouée par c^ux qu'ils avaient l'intention de frapper. Sans manquer de respect aux papes, et en leur tenant compte de l'intention qu'ils avaient de condamner une nouvelle doctrine, on doit croire des hommes vertueux, qui affirment n'avoir jamais eu les opinions perverses que des adversaires leur ont attribuées. Le Jansénisme , tel qu'il est exposé par les Jésuites, est une doctrine aussi absurde quliérélique ; les papes l'ont justement condamnée; mais les solitaires de Port-Royal et leurs amis admettaient-ils cette doctrine? nous ne le cro^fons pas. Les Jésuites n'ont pu la leur attribuer qu'en interprétant à leur manière des expressions qu'on peut entendre autrement qu'eux; et ils ont mis trop de passion dans leur lutte contre Port-Royal, pour qu'on puisse accepter leurs interprétations comme désintéressées et exemptes d'esprit de parti.
VAuguiiintu de l'évéque dTpres ayant été publié par l'abbé de Saint-Cyran et ses amis, les Jésuites s'attachèrent à ce livre> et
DE L*i»blBB J» PBANCB. 397
prirent à tâche d'en faire considérer la doctrine comme hérétique. Dans ce but^ le docteur Nicolas Cornet dénonça à la Faculté de théologie les fameuses propositions qui furent l'occasion de tant de troubles et de débats; mais on doit remarquer qu'on dénonça d'abord ces propositions d'une manière générale et sans les attribuer à Jansenius.
Le l«r juillet 1649, Cornet ^ remontra à l'assemblée qu'étant obligé par sa charge de signer les thèses des bacheliers , on lui en présentait où il y avait des propositions qui lui faisaient de la peine^ et qu'il n'osait pas néanmoins refuser de signer ; que la Faculté pourrait remédier à cet inconvénient en donnant son avis sur sept propositions auxquelles on pouvait rapporter la doctrine suspecte qui était émise dans les thèses. Les sept propositions dénoncées par Cornet étaient ainsi conçues :
a l.o Quelques commandements de Dieu sont impossibles à des hommes justes qui veulent les observer, et font pour cela tous leurs efforts selon les forces qu'ils ont dans l'état présent : il leur manque aussi la Grâce qui les rendrait possibles.
I» 2.® Dans l'état de nature déchue, on ne résiste jamais à une Grâce intérieure.
» Z.^ Dans l'état de nature déchue, l'honune n'a pas besoin, pour mériter ou pour démériter, d'une liberté exempte de nécessité; il lui suftit d'une liberté exempte de cantraifUe.
» 4.^' Les semi-Pélagiens admettoient la nécessité d'une Grâce prévenante intérieure pour tous les actes, même pour le commencement de la foi, et ils étoient hérétiques, en ce qu'ils vouloient que cette Grâce fût telle que la volonté humaine pût lui résister ou lui obéir.
n 5.^ C'est une erreur semi-pélagienne de dire que le Christ est mort ou a répandu son sang absolument pour tous les hommes. » 6.^ Les actions des infidèles sont des péchés. D 7.^ L'Église a pensé autrefois que la pénitence sacramentelle secrète ne sufitisoit pas pour les péchés secrets, jd
Les avis se trouvèrent fort partagés entre les docteurs touchant la proposition du docteur Cornet. Les uns ne voulaient point qu'on exa-
^ Journal de Saint-Amour, l.re partiu, ch. 6 et suiv. ; Du Mas, Hist. des cinq propositions, liy. 1; Gerberon, Hist. du Jansénisme, ann. 1649; Ellies Du Pin, Hist. Eccl. du xvii.« siècle, t. ii; d'Avrigny,, Mémoires chronol., ann. Ifôl et 1653; Hermant, Mémoires mss. sur THistoire Eccl. du xvu.« siècle, liv. 5.
mlnftt des phrases Tagues qae Fon n'attribaait à aticun auteur ; les autres prétendaient que Cornet ù'avait pour but que d'attaquer le litre de Jansenius et d'agiter les questions de la Grâce^ contraire^ ment à la défense des papes^ qiii tenaient à ce que la Faculté restât; sur ces questions^ dans la neutralité et le silence* domet déclara solennellement qu'il ne s'agissait pas de Jansenius^; on décida en conséquence qu'on procéderait à l'examen des propositions^ et l'on nomma une commission de huit docteurs pour les examiner : le docteur de Sainte-Beuve demanda qu'on soumit aussi à l'examen de la commission plusieurs propositions soutenues par les Jésuites, et entre autres celle-ci : LaUrition naturelle mffii pour le iacre* ihent de pénitence. On l'adjoignit aux sept autres; mais elle passa inaperçue, aussi bien que la sixième et la septième de Cornet, et toute l'attention se fixa sur les cinq premières, que les Molinisteft regardaient comme le résumé de tout le système de Jansenius.
Il est certain que, malgré sa déclaratioti, Cornet et les Jésuites, dont il était l'instrument et l'ami •, n'avaient d'autre but, en faisant censurer les cinq propositions qu'ils dénonçaient à la Faculté, que de faire condamner Jansenius. L'échec qu'ils avaient subi dans .l'Université de Louvain leur faisait ardemment désirer d'opposer la Sorbonne aux docteurs belges. Ils savaient que, s'ils réussissaient, ils ne seraient pas désavoués à Rome, où l'on ne tenait au silence des docteurs de Paris que dans la crainte de les voir faire caUôé commune avec ceux de Louvain •. Mais ils voulurent d'abord, dans la crainte d'un échec, déguiser leurs vues; c'est pourquoi Cornet déclara si positivement que Jansenius était hors de cause. Mais personne ne fut dupe de cette déclaration, et Amauld quitta ses profondes études philosophiques pour accabler le pauvre syndie sous le poids d'un opuscule aussi modéré que logique, intitulé :
^ I^on agitur de Jdnsenio; plus tard, on parla plus ouvertement, et Ton fit une obligation de foi de croire que ces proposiUons étaient de lanseniiM.
* On peut consulter, sur les relations de Cornet et des Jésuites, une lettre éerite par Filesac au cardinal de Richelieu, en 1631. Lorsque Cornet ftit choià pour syndic, cinquante docteurs votèrent. Sur vingt-six docteurs qui le choisirent pour syndic, dix-huit étaient religieux mendiants pra/{^« par le nonce, et, sur ces dix-huit, il y en avait deux d'interdits par la Faculté. Le but de Cornet et des Jésuite?, comme Tatteste Filesac, était de détruire la Sorboone. F. la lettre de Filesac dans le Journal de Saini-Amourf 1.'* part., eh. h»
' F. les diverses lettres du nonce en France, aux cardinaux Barberin et Pa mphile, dans VExIrait mes. du P. Rapin, Jésuite.
C&miiéraUôn» mt PmtrBprise faUe par maître Nicoloê Cornet % ëi il Y prctuva qne le syndic avait été contre les usages de la Faeultéi en dénonçant des |tropo((itJ(ms sans nommer Tauteur qoi les avait âoutennes^ ni le livre d'où il les avait extraites; que les propositions dént^cées étaient équivoques et susceptibles de plusieurs sens; qtie lé dessein de ceux qui les avaient déférées était de condamner la doctrine de saint Augustin. Dent autres auteurs entrèrent en lice contré le docteur Cornet ; l'abbé de Bourzeys ■ exposa les divers sens des propositions , rejeta celui qui favorisait les erreurs calvinistes m prédestinatiennes^ et adopta celui qui était conforme à la doctrine de saint Augustin et de Jansenius. Un anonyme' reprocha énergiquement à Cornet d'avoir dénoncé à la Sorbonne des propositions équivoques, afin d'envelopper la doctrine de saint Augustin dans la censure générale qu'il demandait; il fit de cette doctrine de saint Augustin, avec celle de Molina, un parallèle dont la conclusion était que saint Augustin était aussi pur et catholique que Molina était profane et corrompu.
Soixante-dix docteurs avaient été d'avis de ne pas examiner les propositions de Cornet ; mais les Molinistes avalent eu soin de faire venir à l'assemblée un grand nombre de religieux, suriout des Carmes et des FeuUlants qui, peu auparavant, avaient adopté solennellement dans leurs chapitres généraux la bulle In Eminenti^ èX s'étaient prononcés ouvertement contre le livre de Jansenius *. On leur persuada que Jansenius était en cause par les cinq propositions, et c'était bien l'évêque d'Yptes qu'ils venaient mettre en jugement, dans la séance où le docteur Cornet déclarait qu'il ne s'agissait pas de lui.
Nous avons dit ailleurs que la Faculté était divisée touchant les religieux docteurs. Les uns voulaient que, selon l'usage, chaque couvent ne fût représenté, aux assemblées de la Faculté, que par deux religieux; le Parlement avait consacré cet usage par des décisions expresses et solennelles; mais le conseil du roi, sous Louis XIII, avait rendu des édits peu clairs, sur lesquels se fon-
* Œuvres complètes d*Amaulii, t. xix.
* Son ouvrage est intitulé : Propontiones de GrtUià in Sorhonœ faculkUe exatnitiandœ, etc.
s L*ouvrage anonyme est intitulé : Molinœ eollatorumque adversus docitinam S, ÂngusUni apparaius, etc.
^D*Avrigny, Uém. chronol., ann. 1G46; Gerberon, Hist. du Jansénisme, ann. 1649.
daient^ en certaines circonetanees, ceox qui voulaient se former une majorité à Taide des religieux. Ce fut au moyen de ce procédé que les Molinistes firent adopter l'examen des propositions de Cornet. Le docteur de Saint-Amour ^ s'opposa inutilement à une délibération qu'il considérait comme illégale; la Faculté ayant passé outre^ il protesta contre la décision et rédigea une requête au Parlement^ dans laquelle soixante docteurs demandèrent a à être reçus appelants comme d'abus de la conclusion du i^ juillet, et que la cour ordonnât que les parties viendroient plaider, avec défense de passer outre jusqu'à ce que la cour en eût ordonné. »
Malgré cette requête, les Molinistes s'attendaient bien à faire adopter la censure dans l'assemblée du 2 août. Mais le docteur Loysel, curé de Sa1ntKJean-en--Grève et chancelier de Notre-Dame, se présenta à l'assemblée pour la présider, comme il en avait le droit; le doyen réclama la préséance, et le débat qui s'éleva entre eux fut cause qu'on leva la séance sans avoir parlé des proportions.
La requête des soixante docteurs ayant été portée au Parlement, par le conseiller Broussel, on y répondit, le 12 août, d'une manière favorable, conformément aux conclusions du procureur--généraI. Peu de joiurs après, Broussel voulut faire le rapport de l'affaire au Parlement, mais le premier président Mole l'arrêta, sous prétexte que les parties pourraient s'accommoder, et, qu'en conséquence, il fallait laisser les choses pendant trois ou quatre mois dans l'état où elles étaient La délibération du Parlement fut donc ajournée. Le 21.* jour d'août, le docteur Chastelain, au nom des soixante appelants, donna parole que l'on respecterait, pendant le temps fixé, la résolution adoptée par le Parlement, et le premier président luimême donna parole au nom des Molinistes. Mais ceux-ci ne furent pas très délicats sur leur promesse. Dès le 1.®' septembre, le docteur Amiot voulut renouveler la querelle sous prétexte qu'on avait promis seulement de ne rien faire et non pas de ne rien dire. On trouva cet expédient digne d'être sifflé. Les Molinistes eurent alors recours à un autre moyen, et, vers le 15 septembre, on fit courir dans Paris des copies d'une censure des propositions dénoncées par
1 F. Journal de Saint-Amour, l.r« partie, ch. 9 et. suiv.; Extrait mss. du P. Rapin ; Bu Mas, Uist. des cinq propositions, Uv. 1 ; Mémoires mas. de Hermant ^ur THist. Eocl. du xvii.e siècle, liv. 5.
DB l'Aglui db nuifCB. SOI
le docteur Cornet, sous le titre de Fr^^witiani des Bacheliers^, et on mit sur le pamphlet la signature des docteurs Hennequin^ Pereyret, Morel, Cornet^ Gauguelin^ Bail, Nicolaî^ Grandin, qui ne réclamèrent pas.
Les docteurs Chappelas et Pignay^ qui faisaient partie de la commission^ n'y étaient pas nommés ; ils avaient été indignés de la manière dont leurs confrères procédaient à l'examen des propositions^ et s'étaient retirés de la commission ; le docteur Gauguelin fut mis à tort parmi les signataires de la censure^ puisqu'il n'avait assisté qu'à la première séance de la commission^ et s'était abstenu d'y paraître ensuite pour le même motif que Chappelas et Pignay.
Quoique la pièce colportée dans Paris n'eût aucun caractère officiel, on s'en émut, et les docteurs appelants présentèrent, vers la fin de septembre, une seconde requête au Parlement, à laquelle Us joignirent une copie de la censure. Après avoir rapporté ce qui s'était passé et les promesses qui avaient été faites de part et d'autre, ils demandaient qu'on leur fît droit sur leur première requête, et que les docteurs, dont les noms avaient été mis au bas de la censure, que Ton avait illégalement publiée, fussent assignés à la cour pour dire s'ils avouaient ou non l'œuvre qui leur était attribuée.
Broussel ' ayant fait au Parlement le rapport des deux requêtes, les parties furent assignées et se présentèrent le 5 octobre. Le président Le Coigneux, après avoir entendu Cornet et Pereyret, représentants des censeurs, dit à de Mince et à de Saint-Amour, qui se présentaient au nom des appelants, a que leurs parties déclaroient : n'avoir chargé personne de publier la censure dont ils se plaignoient, n'en avoir donné copie à personne, et désavouer ceux qui, contre eur gré, l'a voient publiée; il leur demanda ensuite s'ils désiroienl une plus ample satisfaction, et s'ils ne vouloient pas vivre à l'avenir en bonne intelligence avec leurs adversaires. » De Mince et de Saint-Amour représentèrent que les pratiques secrètes et les intrigues de ces adversaires ne leur pouvaient donner une assurance positive de leur bonne foi. Alors, Le Coigneux s'adressant à Cornet : a Ne voulez-vous pas, leur dit-il, promettre de bonne foi à la Compagnie de demeurer en repos et de ne rien entreprendre davantage? — Monsieur, répondit Cornet, nous promettons de
1 V. cette pièce dans YHisMre au Jansénisme du P. Gerberon, ann. 1619, on duos le Journal de Saint-Amour, l.r« partie, ch. 11. * Journal de Saint-Amour, I.n partie, ch. iSL
tenir tout ce que nous avons promis à Monsieur le premier président. — Monsieur, répliqua vivement Le Coigneux, parlez français : ces paroles vagues et ces promesses générales ne sont point des discours à tenir dans cette Compagnie-ci : la Sorbonne n'est point en réputation d'user d'équivoques. » Cornet n'en voulut pas dire davantage^ et le président, voyant qu'il ne pouvait y avoir d'accommodement eutre les parties, leur dit que la cour leur ferait justice.
Comme ils se retiraient, Pereyret ne put s'empêcher de découvrir le dessein qu'avaient formé ses amis d'envoyer leur censure à Rome, où les Jésuites se chargeaient de la faire approuver. S'adressant à Saint- Amour, i\ lui dit en colère : « Voulez-vous lier les mains au pape? — Non, répondit ce docteur, mon dessein n'est
Sas de lier les mains au pape, mais de vous empêcher, si je puis, e le surprendre.» Quand ils furent retirés, la cour rendit un arrêt par lequel elle ordonnait que : « les parties auraient audience le premier jour d'après la Saint-Martin, avec défense de publier ladite censure, et d'agiter les propositions qui y sont contenues, jusqu'à ce qu'il en f&t autrement ordonné. »
Quelques jours après cette sentence. Cornet ayant fini son syndicat, fil nommer Hallier à sa place * ; Saint- Amour et sept autres docteurs s'opposèrent à ce choix, parce que Hallier avait implicitement approuvé la doctrine du Jésuite SantarelK, condamnée par la Faculté, en donnant son approbation au commentaire du Jésuite Cornélius a lapide suf les Epîtres canoniques *. Appel fut interjeté au Parlement, qui, le 27 octobre, rendit un arrêt défendant à Hallier de faire aucunes fonctions du syndicat. Par le même arrêt, il fut ordonné à la Faculté de respecter les anciennes ordonnances qui défendaient d'admettre à ses assemblées plus de deux moines docteurs pour chaque couvent de Mendiants. Nous avons remarqué que c'était au moyen des moines que les Molinistes se formaient une majorité dans les réunions. Hallier et les Mendiants ne déférèrent point à l'arrêt du Parlement. Hallier s'était distingué jusqu'alors par son zèle contre la fausse doctrine des Jésuites. Ik les avaient combattus sur la hiérarcjiie, et il avait publié contre eux la Théologie morale des Jésuites ; son traité des Élections et des
* Journal de Saint-Ànioiir, 4.^ partie, oh. 18 et suiv.
* V. Pièces instrucllves sur Tappel oomrae d'abus de Téleolioii prélendiie de M« François Hallier, par le doèleur de ^aiiU-/
DB L*i»UMI M FIAMOI. 9M
&rd%naHonê êoeréêi atteste son éniditieD. Mail les Jésuites étaient parvenus A s'attacher ce docteur, et Sdnt-Amour considérail son élection au syndicat comme très préjudiciable à la Faculté. L'ojhposition qu'il fit i cette élection avec les docteurs ses amis inspira à Hallier des projets de rengeance, et Ton parla bientôt d'examiner de nouveau les proportions dénoncées par le docteur Cornet^ et de provoquer une bulle contre elles.
L'airét du Parlement touchant les propositions, ayant été notifié à la Faculté, dans sa séance du 1.*' d^mbre (1649), Gopptn profita de cette circonstance pour lui présenter, au nom de plusieurs doeteurs, un écrit qui fut imprimé peu après, et qui était intitulé : Cùndiiians pour examiner la doctrine de la Grâce. On y faisait observer : l.*' Que les propositions dénoncées par le docteur Cornet étaient* conçues en termes équivoques et qu'elles avai^t divers sens, dont les uns étaient faux et les autres vrais; qu'on devait, par conséquent, pour procéda à un examen sérieux, distinguer ces divers sens et déterminer celui qui paraîtrait repréhensible ; 2® Que les propositions dénoncées ne se trouvaient dans aucun auteur avec le sens que les paroles présentaient, dans leur acception la plus naturelle ; S^' Que l'on ne consentirait jamais qu'on procédât à l'examen de ces propositions, si Ton ne voulait aussi en examiner sept autres, extraites de Mc^na, injurieuses à saint Augustin et contraires à la Grâce efficace, avec une proposition du docteur Pereyret, qui soutenait que le pape Pie Y avait condamné plusieurs propositions de saint Augustin, et dans le sens de ce grand évéque ; 4<> Enfin, que les questions agitées étaient si graves que, pour les décider, il faudrait au moins les deux tiers des suffrages pour que la censure fût adoptée.
Cet écrit, fort logique et très sage, disposa la majorité des docteurs à entrer dans les vues du Pariement. On nomma des députés pour rechercher les moyens de rétablir la paix dans la Faculté, et l'on décida que l'on tiendrait une séance le 7 pour entendre leur rapport. Chastelain, docteur aussi pacifique que savant, et l'un des commissaires, émit cette opinion : «Si Ton m'en croit, dît-il, la Faculté ne passera point outre à l'examen des propositions ; on a assez pourvu à ces matières par les ordonnances ecclésiastiques et par les anciens décrets de la Faculté ; il sufRroit que le syndic prit le soin de les faire exécuter. » Tous les commissaires furent de cet avis, et prièrent Chastelain d'en faire lui-même le rapport à la Faculté dans la séance du 7 ; il le fit^ et ^on opinion parut si sage,
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qu'elle fat adoptée unanimement. Les docteurs eux-mêmes^ qui avaient souleyé cette afiaire au sein de la Faculté ne crurent pas pouvoir défendre leur œuvre. Ils disent^ dans leur histoire S que ce fut pour éviter de plus grands troubles et de plus grandes agitations. Cet amour de la paix ne les empêcha pas de a prendre la résolution de chercher un moyen plus sûr pour appaiser les différends, ù Ce moyen était tout trouvé^ et avait été fort bien indiqué par le docteur Chastelain ; mais Cornet et ses anus ne voulaient pas véritablement la paix ; leur but était non de pacifier les esprits, mais de faire condamner leurs adversaires; le moyen qu'ils prirent fiit d'envoyer à Rome la censure irrégulière qu'ils avaient désavouée devant le Parlement Elle fut présentée % au commencement de Tannée 1650^ au pape Innocent X, qui nomma aussitôt quatre consulteurs pour l'examiner. Il leur fut enjoint de donner leur opinion, touchant cette pièce, en des bulletins signés et fermés, contrairement à Fusage suivi en ces matières. Trois des consulteurs approuvèrent la censure, et les cardinaux de la congrégation de l'Inquisition auraient confirmé leur jugement si le cardinal de Saint-Clément, Dominicain qui avait été maître du sacré Palais, ne s'y fût opposé. Les Dominicains de Rome commencèrent à craindre que la guerre faite à Jansenius, par les Jésuites, ne fût qu'un moyen détourné de combattre, en faveur du P. MolLia, contre saint Augustin, saint Thomas et la Grâce efficace, dont ces grands docteurs étaient les défenseurs. Le P. Nicolai, leur confrère, qui avait été un des signataires de la censure, essaya de leur persuader qu'on n'en voulait point à la doctrine des Thomistes, mais uniquement à la doctrine de Calvin, sur la nécessité que la Grâce imposait à la volonté, et que l'on n'avait même pas censuré les cinq propositions, par rapport au livre de Jansenius. Si le P. Nicolaî parlait avec franchise, il faut en conclure qu'il avait été trompé par les Molinistes; car leur but était bien de faire condamner le livre de l'évêque d'Ypres; on doit seulement remarquer qu'ils n'osaient encore le dire ouvertement et qu'ils affirmaient même le contraire au besoin, dans la crainte qu'on ne s'aperçût que leurs propositions n'étaient réellement pas dans l'ouvrage d'où Us prétendaient les avoir tirées.
^ Histoire des cinq propositions. Ut. 1. Cette Histoire, publiée par le dooteur Du Mas, est considérée avec raison comme rœuvre de tout le parti et surtout des Jésuites.
* Journal de Sainfr-Amour, 2.e partie, ch. 4; EUies Du Pin, Hist. Eool. dn xvn • siècle, t. n; Qerberon, Hist. du lans^nisme, ann. 1060.
DE L*ÉGLISB DE FBANCE. 305
La lettre du P. Nicolaï ne put persuader ses confrères de Rome de l'exactitude de ses sentiments. Le cardinal de Saint-Clément soutint que les cinq propositions dénoncées pouvaient être entendues dans le sens de la Grâce efficace ; que ce sens ne pouvait être condamné que par des hérétiques^ et que la censure générale qui en avait été faite à Paris^ sans les distinctions qu'il était nécessaire d'y établir^ devait plutôt être considérée comme hérétique que les propositions dénoncées. Le pape^ entendant le cardinal parler d'une manière si positive^ en manifesta quelque mécontentement^ et dit ^ : « Voilà que le cardinal de Saint-Clément va faire de nos consulteurs des hérétiques. » Très Saint Père^ répliqua le cardinal^ que • Votre Sainteté me pardonne ! A Dieu ne plaise que j'aie une pareille opinion; je ne. dis point que les consulteurs soient hérétiques; j'affirme seulement que leurs censures le sont, et qu'ils le seraient eux-mêmes s'ils les soutenaient opiniâtrement.
La censure de Paris ne fut alors ni approuvée ni condamnée à Rome; c'était un échec bien évident que cette neutralité que l'on gardait, échec bien sensible après ceux qu'on venait d'éprouver par devant le Parlement et au sein de la Faculté de théologie.
Il ne restait d'autre moyeu que d'exercer une forte pression sur la cour de Rome, pour la décider à se prononcer. Les Jésuites se mirent à l'œuvre. Leurs confrères de Rome et surtout le P. Annat, assistant du général, leur avaient écrit qu'on obtiendrait facilement la censure si on la faisait demander par le clergé de France. Ce clergé était alors réuni en assemblée générale. Il eût été d'autant plus facile de porter la question devant cette assemblée que Louis Dinet, évêque de Mâcon, un des présidents, était cousin du P. Dinet, lequel passait avec raison comme le chef de ceux qui voulaient faire condamner les cinq propositions*. Le P. Dinet confia son projet à l'évêque de Mâcon et à Habcrt, évêque de Vabres. Ils eussent bien désiré amener l'assemblée à demander au pape la censure des propositions, mais ils ne crurent pas devoir se flatter de réussir, et jugèrent plus prudent de rédiger une demande secrète et de gagner en particulier le plus d'évêques qu'il serait possible à la cause. L'évêque de Mâcon, qui aimait son cousin le P. Dinet, promit d'engager ses amis à signer ; ce Jésuite lui-même avait de l'influence sur un grand • nombre d'évêqties; car, en sa qualité de confesseur de Louis XIII,
> Joumol de Saint-Amour, 2.e part., ch. 5« * Extrait mss. du P. Rapin, p. lli.
306 HISTOIRB
il avait eu à sa disposition la feuille des bénéfices. Léonor d'Étantpes^ archevêque de Reims ^ prélat instruit^ mais ambitieux^ se joignit auxDinet et à l'évéque de Vabres, qui fut chargé de rédiger la lettre au pape.
Le P. Dinet mit en oeuvre tous ceux qu'il considérait comme utiles à son projet. 11 parvint à faire croire en particulier à Vincent de Paul qu'il s'agissait de faire condanmer une hérésie monstrueuse. Le bon et pieux Vincent, qui avait connu Dinet à la cour de Louis XllI, et qui s'occupait plus d'actes de charité que de chicanes théologiques, crut le Jésuite sur parole, et se chargea d'adresser à plusieurs évéques des exemplaires de la lettre rédigée par Habert.
Lorsqu'il eut accompli la commission qui lui avait été donnée, Vincent rendit compte au P. Dinet du succès qu'il avait obtenu, par une lettre ^ dans laquelle il lui disait que les évéques auxquels il s'était adressé avaient généralement adhéré à la lettre de l'évéque de Vabres; mais que plusieurs, cependant, n'avaient pas jugé à propos de donner leurs signatures. Le P. Dinet fournit alors à Vincent de longues dissertations théologiques que celui-ci adressa à ces derniers évéques, et dans lesquelles on ne reconnaît ni son style, ni son caractère *.
La lettre de Habert, dans laquelle on demandait la censure des cinq propositions, était ainsi conçue ' :
« Très Saint Père,
o La foi de Pierre, laquelle ne peut jamais manquer, demande avec grande raison que, suivant la coutume reçue et autorisée dans l'Église, Von rapporte les causes majeures au Saint-Siège Apostolique, Pour obéir à une loi si équitable, nous avons estimé qu'il était nécessaire d'écrire à Votre Sainteté touchant une affaire très importante qui regarde la religion. Il y a dix ans que nous voyons avec grande douleur la France agitée de troubles très violents, k cause du livre posthume de M. Cornélius Jansenius, évoque d'Ypres, et de la doctrine qui y est contenue. Ces mouvements devaient être
* Extrait mss. du P. Rapin, p. 113.
* M. Tabbé Rhorbacher tient à mettre toutes les intrigues des Jésuites dans rafTaire di s cinq propositions, sous le patronage de saint Vincent do Paul. It lui décerne le titre de Père de VEgHse à cause des dissertations qui lui étaient fournies. Il aurait mieux fdit de laisser à saint Vincent de Paul son admirable charité, et aux Jésuites leurs intrigues.
> Du Mas, Hist. des Cinq Propositions, Ut. J ; Ellies du Pin, Hist* Eccl. du xvu,« siècle, t, ii.
DE L*6gL1SB de FRANCE. 307
appaisés tant par Taulorilé du concile de Trente qwe par celle de la bulle d'Urbain VIll d'heureuse mémoire, par laquelle il a prononcé contre les dogmes de Jansenius et a confirmé les décrets de Pîe V et de Grégoire Xlll contre Baïus Votre Sainteté a établi par un nouveau décret la vérité et la force de cette bulle ; mais parce que chaque proposition en particulier n'a pas été notée d'une censure spéciale, quelques-uns ont cru qu'il y avait encore lieu à leurs chicanes e* à leurs fuites. Nous espérons que tous moyens leur en seront ôtés s'il plaît à Votre Sainteté, comme nous l'en supplions très humblement, de définir clairement et distinctement quel sentiment il faut avoir en cette matière. C'est pourquoi, nous la conjurons de vouloir faire l'examen et porter un jugement clair et certain de chacune des propositions qui suivent, sur lesquelles la dispute est plus dangereuse et la contestation plus échauffée. »
Suivent dans cette lettre les cinq propositions que nous avons citées ailleurs.
<c Votre Sainteté, continue l'évc^que de Vabres, a depuis peu éprouvé combien l'autorité du Saint-Siège Apostolique a eu de pouvoir pour abattre l'erreur du double chef de l'Église. La tempête a été aussitôt appaîsée : la mer et les vents ont obéi à la voix et au commandement de Jésus-Christ. Ce qui fait que nous vous supplions. Très Saint Père, de prononcer sur le sens de ces propositions un jugement clair et décisif, auquel M. Jansenius, proche de sa mort, a soumis son ouvrage : de dissiper toute obscurité, de rassurer les esprits chancelants, d'empêcher les divisions, et de redonner à l'Lglise sa tranquillité et son éclat. Pendant que nous jouissons de cette espérance, nous portons nos souhaits et nos vœux à Dieu, afin que ce Roi immortel des siècles comble Votre Sainteté de longues et heureuses années, et, après un siècle de vie, d'une très heureuse éternité. »
Cette lettre provoqua des récqiminations nombreuses.
On trouvait étrange * d'abord qu'on l'eût donnée comme adressée par le clergé de France, lorsqu'on avait craint de la soumettre aux délibérations de l'assemblée générale. En outre, plusieurs évêques pensaient qu'il ne s'agissait pas d'une de ces causes majeures qu'il était d'usage de porter au Saint-Siège, sans avoir été préalablement discutée et jugée sur les lieux ; ils prétendaient même que le
^ F. Considérations sur )a Lettre de M« de Vabres au pape, parmi les OEa«yre9 complètes d*Arnauld, t. xix; Herm., Mém. mas., liv. 5.
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droit comme le devoir des évoques, juges de la foi, était de formuler d'abord leur jugement doctrinal, sauf à le porter ensuite au centre de Tûnité catholique, pour qu'il y reçût la consécration du chef de l'Église, et par lui, des autres Églises catholiques. Si la France, ajoutent-ils, a été troublée depuis plusieurs années par de vives discussions touchant le livre de Jansenius, il faut plutôt attribuer ce malheur aux Molinistes qu^aux partisans de cet évéque.
En efiet, les premiers faisaient beaucoup de bruit ej les autres ne demandaient qu'à garder le silence sur les graves questions de la Grâce, conformément aux intentions et aux ordres formels du Saint-Siège.
Quant à la bulle d'Urbain VIII, son but principal était de renouveler la défense faite par Pie V et par Grégoire XIII, d'agiter le» questions obscures de la Grâce, éi en confondant^ sous une censure générale, les opinions de Jansenius avec celles de Baïus, elle laissait évidemment la faculté de les adopter à ceux qui ne confondaieat pas la doctrine de l'évêque d'Ypres avec celle qu'avaient condamnée Pie V et Grégoire XIIl. On pouvait, en efiet, interpréter Jansenius dans le sens de la Grâce efficace, qui était la doctrine de l'Église romaine, et dans le sens de la Grâce nécessitante, que l'on reprochait à Baïus comme à Calvin. On se demandait quel mal il y avai t d'attribuer un sens orthodoxe au livre d'un pieux et docte évéque, mort dans le sein de l'Église, et quelle nécessité il y avait de décider que sa doctrine était hérétique, puisqu'il était possible de l'entendre autrement.
Ce ne sont pas là, disait-on, des chicanes au des fuites, comme disait l'évêque de Vabres, dans sa lettre, mais des rétlexions justes et équitables. On trouvait surtout fort singulier l'emphase avec laquelle cet évoque parlait de la victoire remportée par le Saint— Siège contre l'erreur du double chef de l'Église. Nous avons dît comment on avait censuré la proposition des deux chefs insérée^ par l'abbé de Barcos, dans la préface du livre de la Fréquente communion. Cette censure fut évidemment une consolation accordée aux Jésuites qui avaient échoué contre le livre lui-même, et, de plus, elle n'avait été condamnée que dans un sens désavoué hautement par l'abbé de Barcos lui-même. L'erreur du double chef n'ayant pas eu de partisans, il n'y avait pas eu de tempête, et l'évêque de Vabres ne pouvait en parler que par une flatterie indigne de son caractère et de la dignité de celui auquel il s'adressait. Du reste, en disant emphatiquement que la mer et hs vents
avaient obéi à la voix et au Cûminandeinent de Jésus-Christ ^ il faisait; sans le vouloir, Téloge de la soumission de ceux qu'il entreprenait de présenter comme fauteurs de trouble et d'hérésie, et Ton trouvait que parler ainsi c'était passer les bornes de la flatterie, puisqu'il identifiait le Fils de Dieu avec l'homme qu'il avait institué son premier vicaire sur la terre. Enfin, il semblait extraordinaire que Pévêque de Vabres donnât, comme la doctrine de Jansenius, cinq propositions générales, conçues en termes amphibologiques et après que le docteur Cornet avait déclaré à la Faculté qu'il ne s'agissait pas de Jansenius, lorsqu'il avait proposé la censure de ces mêmes propositions.
Il est à remarquer cependant que, tout en laissant entendre que les propositions renfermaient la doctrine de Jansenius, Tévéque de Vabres ne les lui attribuait pas d'une manière formelle.
Afin de comprendre la discussion que suscita à Rome la lettre de l'évêque de Vabres, il est essentiel d'avoir des notions exactes sur la question qui était agitée.
On sait que les deux écoles de saint Augustin et de saint Thomas sont en opposition avec celle de Molina sur la nature de la Grâce. Les Thomistes font dépendre son efficacité de circonstances extérieures qu'ils désignent sous le nom général de prémotion physique ; mais ils admettent que la Grâce obtient infailliblement son effet par elle-même, c'est-à-^ire sans avoir besoin que l'homme la rende efficace par la libre adhésion de sa volonté. L'action de la Grâce est telle cependant, dans ce système, que la volonté y adhère sans contrainte et que le libre-arbitre de l'homme n'est point violenté.
Les Augustiniens s'accordent avec les Thomistes, avec cette différence qu'au lieu de la prémotion physique, ils admettent une prémotion morale ou intérieure, à laquelle ils attribuent les mêmes effets qu'au moyen préconisé par les Thomistes.
Outre la Grâce efficace, c'est-à-dire qui obtient infailliblement son effet, les Augustiniens, comme les Thomistes, reconnaissent une autre Grâce actuelle et intérieure, à laquelle l'homme ne correspond pas toujours ; les Thomistes l'appellent suffisante ; les Augustiniens, d'après saint Augustin, leur chef, Y h^^eA^nX excitante y ne trouvant pas juste l'expression des Thomistes, qui ne peuvent, disent-ils, appeler, sans contradiction. Suffisante une Grâce qui ne suffit pas pour déterminer la volonté de l'homme d'une manière infaillible ; mais, sous des noms différents, les deux écoles admettent la même chose.