HIST0IR
Le Jésuite Molina entreprit de remplacer les deux systèmes des Thomistes et des Augustiniens par une théorie nouvelle^ qui, de son nom, a été appelée Molinisme.
Selon ce théologien, Thommc, dans Tétai de nature réparée, est dans les mêmes conditions, quant au libre-arbitre, qu'il était avant le péché originel. Il a un pouvoir égal pour se déterminer lui-même entre la Grâce qui l'excite au bien, et la concupiscence qui le provoque au mal. S'il donne son adhésion à la Grâce, cette Grâce devient efficace, tandis que, s'il écoute la concupiscence, la Grâce est simplement suffisante. On voit que, tout en se servant du mot efficace, Molina rejetait positivement l'espèce de Grâce qu^admeitaient sous ce nom les Thomistes et les Augustiniens, et qu'ils n'admettait en réalité que celle que ces deux écoles nommaient suffisante ou excitante. Or, la doctrine de la Grâce efficace, au sens de saint Augustin et de saint Thomas, avait toujours été celle de l'Église romaine, et les papes, même en faisant des concessions aux Jésuites, n'ont jamais abandonné la doctrine traditionnelle de l'Église ro* niaine.
Nous remarquerons en effet que les bulles Cùm occasiane et Unigenitus ont été sollicitées et obtenues par les Jésuites dans l'intention de faire enseigner le Molinisme par le Saint-Siège comme la vraie doctrine de l'Église; mais que, dans leurs bulles, les papes, tout en faisant, en apparence, les concessions les plus larges à leurs hiiluents solliciteurs, n'ont pas voulu abandonner la doctrine de la Grâce efficace toujours enseignée par TÉglise romaine ; cependant, en respectant cette doctrine, ils frappèrent ceux qui la soutenaient et favorisèrent ses adversaires, par un malentendu étrange, qui doit être attribué aux Jésuites. Ces religieux, en efiet, mirent tout en œuvre pour dissimuler, à force d'équivoques leur vraie doctrine; et pour donner de celle de leurs adversaires l'idée la plus fausse. On aurait pu, grâce à des explications catégoriques, voir clairement la vérité; mais les Jésuites furent encore assez puissants pour empêcher les papes de donner ces explications, et pour leur faire envelopper dans une condamnation générale des propositions qui pouvaient être interprétées de différentes manières. Les Jésuites n'obtinrent pas de victoire au point de vue de la doctrine ; mais en réalité, ils étaient victorieux, parce qu'ils abusaient des décisions en les appliquant à ime doctrine qu'ils détestaient et en empêchant, par des moyens plus ou moins légitimes, toutes explications qui eussent pu mettre la vérité dans tout son ^our.