HISTOIBB
Le docteur de Saint-Amour se trouvait à Rome, pendant qu'en France on mettait tout en oeuvre pour obtenir des adhésions à la lettre de Tévéque de Vabres. Ses amis * lui écrivirent d'observer soigneusement ce qui s'y passerait à l'arrivée de cette lettre^ et de les renseigiier sur l'efiTet qu'elle y produirait. Saint-Amour vit le cardinal Barberin^ plusieurs autres prélats et personnages importantS; et parvint enfin à découvrir que les Jésuites abusaient de leur influence pour faire censurer les propositions dénoncées par l'évéque de Yabres^ tout en cherchant à envelopper leurs intrigues dans l'ombre et dans le plus profond secret. On hésitait à envoyer à Rome une lettre contraire à celle de J'évéque de Vabres^ et une députation pour contrebalancer l'influence des Jésuites; Saint- Amour lui-même ne savait d'abord quel conseil donner sur ce point; mais enfin^ les intrigues des Jésuites devinrent si pressantes qu*U fallut se déterminer.
Tandis que Saint-Amour et ses amis correspondaient ainsi sur les moyens qu'ils avaient à prendre pour détourner le coup dont on voulait les frapper^ on s'agitait à Paris d'une manière étrange pour obtenir des adhésions à la lettre de l'évoque de Vabres^ et des déclarations contre les cinq propositions. Plusieurs personnes parcouraient les monastères pour faire signer ces déclarations^ qui étaient ensuite soigneusement envoyées à Rome. On alla même jusqu'à en faire signer une à quelques pauvres prêtres et étudiants irlandais. Le recteur de l'Université condamna cette conduite comme contraire aux règlements du corps enseignant^ ce qui lui attira la haine de Cornet et de ses amis, et suscita dans l'Université des troubles qui ne méritent pas d'être racontés en détail. Les moyens employés pour obtenir la signature des évêques attirèrent l'attention de plusieurs prélats, qui en portèrent plainte au nonce^ le ffî février 1651. L'archevêque d'Embrun*, un des présidents de l'a^emblée, et les évêques de Châlons, de Valence, d'Agen, de Comminges et d'Orléans, lui déclarèrent positivement que l'on ne devait point regarder la lettre de l'évéque de Vabres comme écrite et envoyée au nom du clergé de France, malgré les signatures qu'on y avait apposées, «r Le clergé de France, ajoutèrent-ils, improuve et blâme cette conduite, parce qu'on ne peut recourir
1 Journal de Saint-Amour, 2.epart., ch. 9 et sulv.
* Lettre de rëvéque de Valence à Tarchevéque de Toulouse, dans le Journal de Saint-Ajnour, 2.« part., ch. 9; Hermant, Mém. tas»., Ijv. 6.
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immédiatement au pape dans les choses qui regardent la foi^ sans faire une grave injure aux évéques^ qui ont le droit de connaître des contestations qui s'élèvent dans leurs diocèses^ de les examiner^ et d'en porter leur jugement avant que Rome en prenne connaissance. D Ils représentèrent ensuite au nonce de quelle importance il était de ne rien précipiter dans une affaire aussi grave ; qu'il était nécessaire d'entendre les parties avant de porter un jugement; de distinguer clairement les divers sens des propositions^ afin de ne pas s'exposer^ par une censure générale^ à faire croire que l'on donnait atteinte à la doctrine de saint Augustin, qui était celle de l'Église romaine et de toute l'Église catholique ; ils prièrent enfin le nonce de faire connaître à Sa Sainteté ce qu'ils venaient de lui dire. Le nonce le leur promit.
Huit jours après, l'archevêque de Sens, accompagné d'un autre évéque, alla faire au nonce une semblable déclaration.
Les mêmes évêques résolurent de s'adresser directement a^ pape ; ils lui écrivirent donc la lettre suivante * : (f Très saint Père,
» Nous avons appris que quelques-uns de messieurs nos confrères ont écrit à Votre Sainteté touchant une affaire très importante et très dîfdcile, et qu'ils la supplient par leur lettre de vouloir décider clairement et nettement quelques propositions qui excitèrent, l'année dernière, un grand trouble, sans aucun fruit, dans la Faculté de théologie de Paris, ce qui ne pouvait réussir d'une autre sorte, puisque ayant été faites à plaisir et composées en des termes ambigus^ elles ne pouvaient produire d'elles-mêmes que des disputes pleines de chaleur, dans la diversité des interprétations qu'on y peut donner, comme il arrive toujours idans les propositions équivoques.
» Ainsi, Messieurs nos confrères nous permettront, s'il leur plaît, de dire que nous ne saurions approuver leur dessein en cette rencontre. Car, outre que les questions de la Grâce et de la prédestination divine sont pleines de difficultés, et qu'elles ne s'agitent d'ordinaire qu'avec de violentes contestations, il y a encore d'autres raisons très considérables qui nous donnent sujet de croire que le temps où nous sommes n'est pas propre pour terminer un différend de cette importance ; si ce n'est que Votre Sainteté veuille, pour en
1 Journal de Saint-Àmour, 3.e part., ch. 1 ; Bu Mas, Hist. des Cinq Propositions, iv. 1; Elliesdu Pin, Uist. Eccl. du tvij.« siècle, t. ii.
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porter un Jugement solennel (ce qui ne semble pas être leur inten* ^*on)^ y procéder selon les fonnes pratiquées par nos pères, re* prendre l'affaire dès son origine, et Vezaipiner tout entière et de nouveau, en appelant et entendant les parties, comme le firent, il n'y a pas longtemps, les papes Clément YiU et Paul Y, de saintQ mémoire S car si Votre Sainteté n'en usait pas de la sorte, ceux qui seraient condamnés se plaindraient avee justice de l'avoir été par les calomnies et les artifices de leurs adversaires, sans avoir été entendus en leurs raisons. A quoi ils ajouteraient peut-être que cette cause aurait été portée à Votre Sainteté avant qm d'avoir été jugée dan» un concile é^évéques ; et pour fortifier la justice de leurs plaintes par des exemples de l'ancienne discipline de TËglise, ils allégueraient le concile d'Alexandrie contre Arius, celui de Constantioople contre Ëutychès, ceux de Carthage et de Milève contre Pelage, ceux de Valence et de Langres, tenus en notre France pour la même matière dont il s'agit, et d'autres conciles contre d'autres hérétiques. Et certes, très Saint Père, s'il était à propos d'examiner et de décider ces propositions, l'ordre légitime desjugemeni» de l* Église univereeile, joint à la coutume observée dans V Église gallicane, veut que les plus grandes et les plus difficiles questions qui naissent en ce royaume soient d'abord ea^aminées par nous 'y ce qui étant, l'équité nous obligerait de considérer mùr rement si ces propositions, dont on se plaint à Votre Sainteté, oni éêé faites à plaisir pour rendre odieuses quelques personnes, el pour ewciter quelque trouble ; en quels lieux, par quels auteurs et en quel sens elles ont été avancées et soutenues ; d'entendre sur cela, de part et d'autre» ceux qui contestent ^ de voir tous les ou* vrages faits de deçà touchant ces propositions; d'eu distinguer lea sens véritables d'avec les faux et ambigus ; de nous informer aveo soin de tout ce qui s'est passé sur ce sujet depuis que l'on cornmmce d'en disputer ; et après cela, de faire entendre au Saini- Sttége tout ce que nous aurions fait et (»^onné dans cette affaire, ou U s'agit de la foi ; aiin que tout ce que nous aurions prononcé avec justice sur cette matière îiA confirmé par votre autorité apostolique*. Mais en s'adressant, comme l'on fait, à Votre Sainteté, sans que nous ayons auparavant examiné et jugé la cause, par combien
* Allusion aux CongrégaUons De AuxiJi^.
* La forme des jugements iodiqaée ici était oeUe qui avait été aidTie ^ans tous les siècles, niéme pendant le moyen-4ge, et jnsqu'au eoacile de Tieala.
DB l'ÉGLUH PB FBANCB. 9|(|
d'artitices la vérité ue peut-elle point être opprimée 1 Par combien de calomnies la réputation des prélats et des docteurs ne peut-^e point être noircie? et par combien de tromperies Votre Sainteté ne peut-elle point être surprise dans cette grande afiaire qui regarde des points de foi ? Car, d'un côté, Ton voit ceux en faveur desquels messieurs nos confrères ont écrit à Votre Sainteté, soutenir fermement et opiniâtrement que le plus grand nombre des nou- • veaux scholastiques est de leur opinion, et que leur doctrine est la plus conforme à la bonté de Dieu et à Téquité de la raison naturelle.
» D'autre part, ceux qui s'attachent entièrement à saint Augustin déclarent, non en secret mais en public, que les questions dont il s'agit ne sont plus douteuses et problématiques, mais que c'est une affaire finie et terminée il y a longtemps; que ce sont les décisions constantes des anciens conciles et des papes ; que leurs décrets sur cette matière sont très évidents, et principalement ceux du concile de Trente , qu'ils soutiennent être presque entièrement composés des paroles et des maximes de saint Augustin, comme le sont ceux du concile d'Orange. Ainsi ils témoignent qu'au Heu d'appréhender notre jugement et le vôtre, ils ont plutôt raison de le désirer; ayant tout sujet de se promettre de Votre Sainteté, qu'étant assistée de l'inspiration du Saint-Esprit, qui daigne la conduire lorsqu'elle le prie, elle ne se départira point, en la moindre chose, de ce qui a été ordonné par les saints Pères ; afin qu'il n'arrive pas, ce que Dieu ne veuille pas permettre, que la ré* putation du Saint-Siège apostolique et de l'Église romaine tombent dans le mépris des hérétiques, qui observent de près jusqu'aux moindres de ses actions et de ses paroles. Mais nous avons sujet d'espérer que cela n'arrivera jamais, principalement si, pour r»* trancher à l'avenir toute contestation, il plaît à Votre Sainteté, en marchant par les mêmes traces de vos prédécesseurs, d'examiner a fond cette affaire, et d'entendre, selon la coutume, les défenses et les raisons des parties. Ayez donc agréable, très Saint Père, ou de permettre que cette dispute si importante, qui dure depuis plur sieurs siècles sans que l'unité catholique en ait été altérée, continue encore un peu de temps, ou de décider toutes ees questions en y observant les formes légitimes des jugements ecclésiastiques; et que Votre Sainteté emploie, s'il lui plaît, tous ses soins et tout son zèle pour faire que les intérêts de l'Église qui a été confiée à sa condjiite ne soient blessés en aucune sorte dans cette rencontre. Dieu
veuille, durant plusieurs années, combler Votre Sainteté de toute prospérité et de tout bonlieur.
)) Nous sommes, etc., etc. »
Cette lettre était signée de Louis de Gondrin, archevêque de Sens, et des évéques d'Agen, de Commingés, de Valence, d'Orléans, de Saint-Papoul, de Lescar, de Châlons.
Godeau, évêque de Vence, et de Montchal, archevêque de Toulouse, les évéques d'Amiens, d'Angers et de Beauvais, écrivirent • au pape chacun une lettre particulière dans le même sens.
Saint-Amour était parti de Rome lorsque cette lettre y arriva. On lui avait donné * l'avis officieux que l'on songeait à l'enfermer dans les prisons de l'Inquisition, pour avoir pris trop ouvertement la défense de Jansenius. Il se hâta donc de partir, et il était à Gênes, lorsqu'il reçut des onze évéques l'ordre formel de retourner . à Home en qualité de leur mandataire. Saint-Amour ne crut pas devoir leur désobéir, malgré la résolution qu'il avait prise de ne plus retourner à Rome, et il y arriva le 15 juin (1651). On chercha de nouveau à TefiTrayer en lui parlant des prisons de l'Inquisition '. Mais son titre d'envoyé des évéques le rassura, et, le 11 juillet, il obtint du pape une audience dans laquelle il lui remit la lettre des onze évéques. Innocent X reçut le docteur avec bonté et lui promit d'être en garde contre toutes les calomnies que ses adversaires pourraient faire parvenir jusqu'à lui.
Avant de continuer le récit de ce qui se passa à Rome, touchant les cinq propositions, nous devons faire connaître plusieurs affaires importantes qui furent traitées dans l'assemblée générale tenue par le clergé, en 1650.
Nous avons dit que le P. Dinet et ses amis n'avaient pas osé soumettre aux délibérations de cette assemblée la lettre de l'évêque de Vabres. C'était cependant le moyen le plus facile de connaître les véritables sentiments du clergé ; mais les Jésuites n'osèrent pas s'adresser à une assemblée qui prit contre eux, d'une manière fort énergique, le parti de l'archevêque de Sens, avec lequel ils avaient de graves discussions, touchant le pouvoir d'exercer le saint ministère.
Nous ne pouvons mieux les faire connaître, ainsi que les sentiments de l'assemblée, qu'en donnant quelques extraits de la circulaire
1 Journal de Saint-Amour, 2.^ partie.
tàid, 3* part., ch. 2 et suiv.
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qu'adressa l'assemblée à tous les évéques, en leur envoyant un formulaire qu'elle avait adopté pour l'approbation des religieux ^
a Les assemblées du clergé qui ont précédé la nôtre^ dit-elle, ayant employé tous leurs soins principaux à chercher les moyens de redonner à la discipline de l'Église cette ancienne pureté et cette ancienne vigueur qui rendoient ses ministres si redoutables aux puissances qui la vouloient attaquer, et si «vénérables aux gens de bien, nous avons cru ne pouvoir rien faire de plus utile à la religion, ni de plus digne de notre ministère, que de maintenir ces excellents règlements qu'elles ont si saintement et si judicieusement établis, et nous opposer fortement aux entreprises qu'on pourroit faire pour les affaiblir ou les détruire.
» Et, comme nous étions sérieusement appliqués à ces pensées, Monseigneur l'archevêque de Sens nous a fait connoltre une contravention des Jésuites sur un des principaux points desdits règlements, de laquelle, certe», noiK n'a\ons pu ouïr parler sans une très grande amertume de cœur, et que vous n'apprendrez pas, sans doute, sans entrer dans une sainte indignation. L'Église, la mère commune de tous les fidèles, ne les peut voir dans la division sans verser des larmes, d'autant que, portant toujours les chrétiens dans ses entrailles, et par quelque rapport à Dieu, dont elle est l'épouse sacrée, les engendrant continuellement, en formant en eux Jésus^ Christ, aux termes de l'Apôtre, par la distribution de ses sacrements et de ses instructions, comme le Père Éternel, son Fils par sa parole, elle ne peut qu'elle ne souffre beaucoup quand ils sont émus les uns contre les autres... mais quand ils se révoltent contre elle-même et qu'elle leur peut faire ce reproche : Filios enuirivi, ipsi autem spreverunt me, c'est alors qu'il n'y a plus de bornes à sa douleur et que son affliction est sans mesure ; et c'est. Monsieur, ce que nous avons trouvé dans le procédé des Jésuites, duquel nous avons cru vous devoir faire part, afin que, comme il blesse l'autorité de l'Église, vous vous armiez de votre zèle pour arrêter le cours de leurs injustes prétentions.
» Il est certain que l'Église n'est mère que parce qu'elle engendre les fidèles par notre ministère, et que sa fécondité consiste dans la puissance que nous avons reçue de Jésus-Christ, de sorte que ceux qui s'élèvent contre nous lui font immédiatement la guerre, et doi-
* F. Procès-Verbal de rAssemblée de 1650, et les Piêeeg JwHfieailvet, (no 14) de ce procès-verbal, au lome m de la Collection générale.
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vent être considérés comme des enfants rebelles^ qui méritent l'exhérédation et la privation du partage promis aux véritables enfants de Dieu, qui ne peuvent être autres que ceux-mémes de l'Église.
Les Jésuites^ Monsieur, n'entrant point dans cette maxime^ et se persuadant faussement pouvoir être dans l'Église sans se soumettre à Tautorité de ceux qui en sont les Pères, et qui sont constî^ tués de droit divin pour la régir, depuis cinq mois sont sous la désobéissance formelle aux ordres de mondit sieur Tarchevéque de 9ens, sur le sujet de Tadmimstration du sacrement de Pénitence, d
Après avoir rapporté le sixième article du règlement pour les réguliers^ l'assemblée continue ainsi :
et Monseigneur l'archevêque de Sens, voulant observer religieusement oe règlement, qpmme il u'avoit ni examiné ni approuvé les Jésuites du collège de Sens, et voyant que la fête de Pâques approchoit, auquel temps tous les fidèles sont obligés de se rendre à leurs paroisses pour y recevoir les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, ordonna à un 4e ses vicaires généraux de faire savoir à tous* le réguliers qu'ils s'abstinssent de l'administration desdits sacrements pendant la quinzaine et de faire connottre nommément
aux Jésuites sa volonté sur ce sujet, non seulement par la raison générale, mais particulièrement à cause qu'ils n'avoient reçu de lui aucune approbation, ni juridiction : de quoi ne se mettant pas fort en peine, ils ne laissèrent pas de continuer; et afin de donner devant le peuple quelque couleur à leur désobéissance, et faire croire qu'ils étoient bien fondés à s'ingérer en l'administration des sacrements, nonobstant les défenses de leur prélat, et la sentence ensuite juridiquement rendue contre eux par son officiai, allèrent faire serment devant le juge séculier qu'ils avoient été approuvés verbalement par mondit sieur l'archevêque, et après publièrent un libelle sous le titre de Théotime, par lequel ils prétendoient prouver qu'il étoit inutile d'avoir approbation par écrit, et que, l'ayant une fois reçue de parole ou autrement, elle nc'peut être révoquée, sinon pour crime public et scandaleux : a L'approbation, disent- » ils, n'étant qu'un simple témoignage de la capacité de celui lequel est approuvé. »
L'assemblée rapporte enstiite ce fait :
« Les Jésuites entoyèrent un des leurs avec deux notaires à V9> chevêque de Sens pour lui demander l'approbation ; ce prélat indiqua, pour toute réponse à cette singulière démarche, des prières publiques, «fin que Dieu éclairât ceux q{]i s'en étoient rendus
D« L'KGLIf^E DE FRANCE. Sl$
coupables. » Après des considérations fort justes sur l'état ireligieux en général et la nature des rapports des réguliers avec les évéques^ rassemblée rappelle aux Jésuites quils n^ont été admis en France qu'à la condition de se soumettre aux Ordinaires et au droit commun. La circulaire se termine ainsi :
et Nous avons estimé que nous devons vous conjurer dé ne pas permettre aux réguliers^ particulièrement aux Jésuites^ Tadministràtion des sacrements ni de la parole de Dieu, sans avoir été examinés, et reçu une approbation par écrit, signée de vous ou de votre vicaire-général, que vous limiterez, s'il vous plaît, à un temps certain, après lequel ils soient obligés d'en prendre une nouveUe conforme à celle que nous vous envoyons, laquelle nous vous conjurons d'agréer... S'ils n'obéissent à cette loi, nous sommes résolus de leur retrancher, dans l'étendue de noire juridiction, le pouvoir de faire aucune fonction ecclésiastique, étant indignes d'entrer en part de la puissance de laquelle le Fils de Dieu nous a fait dépositaires^ s'ils ne veulent suivre l'ordre quMl a établi dans son Eglise, o
Cette lettre était signée de Léonor d'Ëtampes, archevêque de Reims, en qualité de président, et contresignée par Tubeuf, secrétaire de l'assemblée.
Dans la formule d'approbation proposée, on avait principalement eu soin de spécifier clairement que la juridiction et le pouvoir d'exercer les fonctions ecclésiastiques émanaient de l'évéque approbateur.
Les évoques de Castres, de Grasse, d'Oléron et de Châlons envoyèrent des réponses fort explicites à l'assemblée, contre les entreprises injustes des Jésuites '. L'évéque de Châlons, Félix Vialard, renommé par ses vertus et sa capacité, s'exprime ainsi dans sa lettre :
« Je crois, Messeigneurs, qu'il y a grand sujet de douter que leur soumission (des réguliers) soit véritable et de durée, particulièrement celle des Jésuites, et il est aisé de juger, par leurs discours et leur procédé, qu'ils n'ont pas voulu s'attirer le mécontentement général de tous les évoques de France, et qu'ils ont dessein de s'attacher à l'affaire qu'ils ont entreprise contre Monseigneur l'archevêque de Sens, pour s'en prévaloir ensuite dans les autres diocèses. »
1 V. ces Lettres au tome m de la GoUcet. des Procès-Verbaux, Pièces Jus^ Hfieativet,
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Les Jésuites^ en effet, eurent recours à leur grand moyen ; ils en appelèrent au pape de la sentence de Tofficial de Sens. Le pape nomma des commissaires pour juger leur différend. Parmi eux était l'évoque de Senlis, qui avait reçu, cinq ans auparavant, nue semblable mission, lors de l'opposition faite à l'évéque d'Amiens par les Jésuites. La commission, instituée par le pape, était contraire au droit civil ecclésiastique de France, aussi l'official de Sens en appela-t-il au Parlement. Les Jésuites, qui étaient puissants à la Cour, obtinrent l'évocation de leur cause au Conseil. L'assemblée se sépara sur ces entrefaites, mais laissa l'ordre, aux agents du clergé, de soutenir l'archevêque de Sens.
Les Jésuites furent obligés de céder devant l'énergie de l'épiscopat.
Il est certain que les réguliers, et surtout les Jésuites, avaient formé le dessein de se soustraire entièrement à l'autorité épiscopale. Sous le pontificat d'Urbain YIII, ils avaient eu l'adresse d'obtenir^ des offîciers de la cour romaine, une bulle, sous l'autorité de laquelle ils firent imprimer le Pontifical romain, en retranchant tout ce qui avait rapport à la soumission qu'ils devaient aux évéques. Ils voulaient, en outre, avoir les communautés de femmes à leur disposition ; c'est pourquoi, dans le même Pontifical, ils , avaient remplacé la formule de serment prêté par les abbesses à l'évéque, par une formule de soumission aux supérieurs de leur Ordre, sans faire aucune mention de l'évéque. L'archevêque de Reims en écrivit des lettres fort énergiques au pape Innocent X et aux évéques de France, au nom de l'assemblée de 1650 ^
L'assemblée de 1650 approuva la conduite des agents du clergé qui avaient fait condamner à être lacérés par la main du bourreau deux libelles publiés contre la doctrine de l'abbé de Saint -Cyran. L'un était intitulé Paulus Romanus, et l'autre Theologia Pétri Aurelii. Elle donna en outre des encouragements au Gallia christiana des Frères de Sainte-Marthe, qui avaient inséré dans leur ouvrage un pompeux éloge de l'abbé de Saint-Cyran *.
^ On peut voir ces Lettres dass les Pièces Juslifiealives de cette assembléei tome III de la Collection générale.
* L*Assemblée de 1650 prit le parti de Godeati, évéque de Grasse, et de Yence contre le nonce de Turin, qui voulait exercer contre lui des droits non reconnus dans le droit civil-ecclésiastique de France ; elle en éerivit an pape avec autant de fermeté que de respect. Elle lui écrivit aussi une lettre très forte Contre le bref de 1632, qui instituait une commission de Quatre évéques pour