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On conçoit, d'après de tels faits, que le P. Dinet et ses amis n'aient pas voulu s'adresser à cette assemblée générale, et qu'ils aient préféré demander secrètement les adhésions des évéques pour leur lettre au pape.
L'assemblée de 1650 infligea un blâme public au duc d'Épemon qui, non content de ses violences contre l'archevêque de Bordeaux, persécutait encore les autres évéques de Guyenne.Comme d'Ëpernon était le protecteur avoué des Jésuites, on trouvait une coïncidence singulière entre sa manière d'agir à l'égard de l'épiscopat et celle de ces religieux.
La même assemblée sollicita la canonisation de saint François de Sales et celle de madame Acarie, connue en religion sous le nom de Marie de rincarnation.,
Elle écrivit aussi au pape en faveur de TÉglise de Portugal, qui n'avait plus qu'un seul évéque légitimement institué. Urbain VIII et Innocent X, n'ayant pas voulu reconnaître les droits du duc de Bragance au trône de ce pays, avaient refusé l'institution canonique aux évéques qui lui étaient présentés par lui. Le clergé de France avertit le pape des dangers que cette conduite faisait courir à l'Ëglise de Portugal.
Enfin l'assemblée s'occupa, comme plusieurs de celles qui l'avaient précédée, de l'affaire de la Régale, dont nous aurons occasion plus tard de parler avec quelque étendue.
Reprenons l'histoire des cinq propositions. Le docteur de Saint- Amour ^, étant de retour à Rome, vit plusieurs fois le pape et visita quelques cardinaux et personnages influents, afin de plaider la cause dont il était chargé. Les évéques opposés à la lettre de l'évéque de Vabres lui avaient ordonné de solliciter des conférences où les théologiens des deux partis seraient entendus, et où Ton fixerait avec précision le sens dans lequel les cinq propositions dénoncées étaient condamnables. Mais les Jésuites qui se souvenaient de Téchec qu'ils avaient éprouvé autrefois dans les congrégations de Atiâ^i/m, ne voulaient pas de ces conférences et mettaient tout en œuvre pour faire condamner les cinq propositions d'une manière générale. Il semblait,
juger eeux du Languedoc qui avaient pris le parti de Gaston. Elle démontre que cette commission, instiluée à la demande de Richelieu, Tavait été contre tout droit. La cause de ces évéques n*était pas encore alors terminée, comme nous l'avons dit ailleurs. K« page 162 du présent volume.
^ Journal de Saint-Amour, 3«« part., eto ; Ext. m.88 de Rapin, p. 248 etsuiv.
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cependant, que, si Ton avait élé guidé par le simple amour de la vérité, on n'aurait pas hésité un seul instant à distinguer dans les propositions les divers sens que présentaient les mots équivoques dont elles étaient composées. On eût ainsi précisé la portée de la censure. Mais les Jésuites comprenaient que Rome^ disposée à condamner le Prédeslinalianisme, qu'ils attribuaient à Jansenius, n'aurait voulu ni censurer la doctrine de la Grâce efficace qui avait toujours été la sienne, ni consacrer le Molinisme. La condamnation des cinq propositions restreinte officiellement et clairement au sens prédestination n'eût pas été une victoire pour eux, et ils savaient bien que ceux qu'ils appelaient Jansénistes auraient plutôt abandonné Jansenius que de professer la doctrine absurde du Prédestinatianisme, condamnée par le bon sens aussi bien que par l'Ëglifie. Afin de pouvoir se vanter d'avoir vaincu leurs adversaires, donner à la censure la portée qu'ils voudraient, et dire bien haut que le système de Molina avait l'assentiment du Saint-Siège, il leur fallait une censure générale. Celle explication était nécessaire pour faire comprendre l'intérêt qu'avait le docteur de Saint- Amour àdemander des conférences pour fixer le sens condamnable des propositions, et celui qu'avaient les Jésuites de s'opposer à la tenue de ces conférences.
Le 5 décembre 1661, arrivèrent à Rome trois nouveaux députés des évoques opposés à la lettre de l'évéque de Vabres ; ils venaient s'adjoindre au docteur de Sainl^-Amour afin de résister aux intrigues de leurs adversaires. Ces trois nouveaux députés étalent : Brousse, chanoine de Saint-Honoré et docteur de Paris; de La Lanne, abbé de Valcroissant et docteur de Paris ; Angran , licencié en théologie.
Depuis que la fausse censure de la Faculté avait été envoyée à Rome, il y avait dans cette ville un ex-capucIn nommé Mulard, qui avait apostasie et s'était marié à Montpellier avec une protestante, lequel se donnait comme député de la Faculté de Paris, envoyé par Hallier, syndic de cette Faculté, et chargé de pour8ui\Te à Rome l'approbation de cette censure irrégulière envoyée au pape comme l'œuvre de la Faculté de théologie de Paris. Mulard portait l'habit de Cordelier et était en correspondance avec Hallier. Le docteur de Saint-Amour ayant découvert la supercherie et prouvé que la Faculté n'avait envoyé à Rome aucun député pour soutenir une censure qui n'était pas son oeuvre, Mulard fut obligé de quitter Rome. Mais, par «ne fourberie insigne, on e?saya,|à Paris,
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de faire croire que le docteur de Saiat-Amour s'était donné luimême à Rome comme député de la Faculté.
Le nonce^ en conséquence^ avait mandé; le 4 novembre^ le docteur Mcssier^ sous-doyen j et le docteur Grandin^ qui venait de remplacer Hailier en qualité de syndic. 11 leur dit qu'il était chargé de tes avertir que M. de Saint-Amand (il voulait dire de Saint-Amour, et le dit en effet, sur l'observation que lui en fit Grandin) s'était donné à Rome comme député de la Faculté, et de les prier d'obtenir de la Faculté qu'elle déclarât si elle avait donné cette qualité au docteur de Saint-Amour.
Grandin n'aimait pas ce docteur ; il fit à la Faculté la motion dont le nonce l'avait chargé, et sollicita une réponse précise. Mais ll)is* toire de Mulard était connue de la plupart des docteurs. Son nom fut prononcé. Ceux qui l'avaient mis en œuvre s'efforçaient de retenir la question dans les termes généraux proposés par Grandin, afin d'infliger à Saint-Amour une note défavorable, et de lui faire porter la honte de la supercherie qu'il avait découverte; mais ce fut en vain. La Faculté ne voulut point flétrir un innocent. Elle fit répondre au nonce que la Faculté n'avaU député personne à Rame, et qu'il était constant que Saint-Amour n'avait point pris à Rome la qualité de député de la Faculté. La première partie de la réponse était un désaveu clair et mérité du P. Mulard ; ainsi l'iniquité se mentit à elle-même, et s'attira une flétrissure qu'elle voulait infliger à un innocent.
Tandis que Saint-Amour et ses collègues sollicitaient à Rome des conférences pour éclaircir les difticultés, le P. Annat, qui était assistant du général, cherchait à envenimer la question par un livre contre les cinq propositions dont le jugement était déféré au pape ^ Le P. Brisacier publiait en même temps à Paris, sous ce titre : Le Jansénisme confondu, un des plus dégoûtants pamphlets qui aient vu le jour dans ces circonstances déplorables *. Cet homme s'abaissa jusqu'aux plus honteuses calomnies contre les religieuses de Port- Royal.
Ces pieusesfilles jouissaient à juste titre d'une grande réputation
^ Journal de Sainl-Àmour, 3.« partie, eh. 14.
* Le P. Brisacier était r^ent du collège de Blois. Il avait at^aquc^, en chnire, le docteur CaUaghoo, curé de Gour-Chevemy, près Blois, quUÎ voulait Caire passer pour hérétique, parce qu'il n'aimait ni les Jésuites ni leur doctrine. Un ami lie Port-Royal défendit le curé contre le sermon du P. Bri «varier, lequel lui oppos) son Ja/Méni$me confondu.
pour leurs vertus et leur régularité. Leur communauté étant devenue fort nombreuse ^ une parde des religieuses étaient retournées, en i6\8j à Port-Royal-des-Champs^ sous la conduite de la mère Angélique. Les solitaires, qui habitaient cette abbaye depuis 1637, s'étaient alors retirés dans une maison des environs appelée le$ Granges, où ils continuèrent leur vie édifiante et studieuse ^.
Comme les solitaires de Port-Royal étaient détestés des Jésuites, ces Pères firent retomber sur les religieuses elles-mêmes la haine dont ils poursuivaient leurs directeurs. On connaissait leurs sentiments, aussi ne fut-on pas étonné des calomnies honteuses du P. Brisacier. Ce Jésuite les appela non-seulement filles impénitenies, désespérées y asacramentaires , incommunianies ^ phantasiiques, vierges-foltes^ etc., mais il ne craignit pas de s'attaquer à leurs mœurs, dont tout le monde connaissait la pureté.
L'archevêque de Paris condamna, le 29 décembre 1651, le libelle de Brisacier comme calomnieux, rempli de mensonges et d'impostures, et rendit hautement témoignage à l'intégrité de la foi et des mœurs des religieuses de Port-Royal.
Le P. Brisacier, ainsi Oétri par un jugement solennel, fut nommé recteur du collège de Rouen, et peu après supérieur de la maison-professe de Pari.s. Dans le catalogue que les Jésuites ont publié des ouvrages de leurs écrivains, ils citent avec éloge le libelle de Brisacier ; un autre de leurs Pères, nommé Meynier, publia dans le même temps, un pamphlet rempli des plue indignes mensonges, sur V Intelligence de Port-Royal avec Genève contre le Saint-Sacrement de l'autel. Les Jésuites allaient jusqu'à attaquer leurs adversaires du haut de la chaire elle-même, et essayaient de donner de leurs meilleures actions l'idée la plus désavantageuse.
^ Pendant les guerres do la Fronde, en 1652, les religieuses de Port-Royâldes-Ghamps relournèrcnt à Paris pour se soustraire aux insultes des soldats qui parcouraient les campagnes. La guerre finie (1653)» elles retournèrent à l*abbaye des Champs. Plusieurs personnes distinguées par leur noblesse vinrent alors se fixer sur les terres de Tabbaye ou dans les environs ; nous nommerons seulement parmi elles le duc et la duchesse de Liancourt, la princesse de Hohan-Guemené, la marquise de Sablé, la duchesse de LongueviUe. Plusieurs de ceux qui aimaient Port-Royal ne persévérèrent pas toujours dans la pratique de la vertu, ou se trouvèrent mêlés aux troubles de la Fronde. De là, les Jésuites ont conclu que Port -Royal fut partisan des Frondeurs, et encensa le vice dans ses amis. Cette conséquence est absurde; mais elle n*en a pas moins été copiée par tous ceux qui ont écrit sons Tiofluenoe des Jésuites.
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Quelques amis de Port-Royal *, ayant fait une collecte entre eux pour secourir les pauvres de la Champagne et de la Picardie pendant la famine de 1652^ le P. d'Anjou osa dire en pleine chaire, dans la paroisse Saint-Benoît, que les Jansénistes, sous prétexte d'assister les pauvres, amassaient de l'argent pour soutenir la guerre civile ; et il assura le savoir de source certaine. Le curé de Saint- Benoît se crut obligé, le lendemain, de démentir cette assertion, et Mademoiselle Viole, entre les mains de laquelle on avait mis les aumônes, alla trouver saint Vincent de Paul à qui elle les avait remises, et qui attesta les avoir reçues.
Mais Dieu sembla prendre la défense de Port-Royal contre ses ennemis. Dans une pieuse cérémonie où les religieuses de Port- Royal et leurs pensionnaires vénéraient une des épines de la couronne de Jésus-Christ, la nièce de Pascal, Mademoiselle Périer, fut subitement guérie d'une fistule lacrymale dont elle était tourmentée depuis plus de trois ans ; les os du nez et du palais s'étaient cariés par suite de cette maladie, et elle était tellement défigurée qu'on ne pouvait la regarder sans horreur. La maîtresse des pensionnaires la voyant aller vénérer la relique, lui dit : « Recommandez-vous à Dieu^ ma fille, et faites toucher votre œil malade h la sainte épine. » La pieuse enfant obéit avec foi, et fut guérie sur-lechamp d'une manière si parfaite , qu'on n'apercevait pas sur son visage la plus légère cicatrice.
Ce miracle fit grand bruit, tous ceux qui connaissaient la malade voulurent s'assurer par eux-mêmes de la guérison ; la reine-mère elle-même fit vérifier le fait par Félix, premier chirurgien du roi, qui déclara qu'une telle guérison ne pouvait être que l'œuvre de Dieu. Les vicaires-généraux de Paris*, en l'absence de l'arche-
* Hist. de Port-Royal; Racine, Hist. Eccl. du xvii.e siècle, art. vni.
* L'archeréque de Paris était Jean-François de Gondi, qui avait pour coadjuteur le fameux Paul de Gondi, connu sous le nom de cardinal de Retz. Ce prélat prit une part très active aux troubles de la Fronde. Après ces troubles, it se réconcilia en apparence avec la Cour, et obtint le cardinalat en 1652. Le nouveau cardinal de Retz ayant continué à cabaler contre Mazarin, qu'il détestait, fut enlevé et conduit à Yincennes. Son oncle étant mort sur ces entre^ faites, il lui succéda de plein droit dans Tarchevéché de Pari$. On négocia avec lui pour lui faire renoncer à son archevêché , moyennant douze belles abbayes et avec la pennission de se retirer à Rome. Retz signa, et fut transféra au château de Nantes, eu attendant le consentement du pape pour la transaction qui avait eu lieu. Hais Retz s'échappa de Nantes et révoqua la cession qu'on l'avait forcé de signer à Yincennes. Il erra dans plusieurs contrées de