‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 19 sur 26 · SS6 HI6T0US · texte numérisé non relu

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vaque ^ après les plus miautieuses ioformations^ déclarèrent le miracle authentique^ et le pape Benoit XIII Ta cité dans ses homélies^ comme une preuve que les miracles n'ont point cessé dans l'Église. On peut donc dire que Dieu lui-même prenait soin de venger les religieuses de Port -Royal des calomnies des Jésuites*.

Ces calomnies^ ils les répandaient surtout à Romei où ils étaient tout puissants. Le docteur de Saint -Amour elles autres députés qui lui avaient été adjoints^ faisaienttous leurs efforts pour déjouer leurs intrigues". Ils composèrent contre le livre quepubliaitle P. Annat un mémoire si solide, que Albizzi, assesseur du Saint-Office, fut obligé d'en arrêter l'impression, malgré son dévoùment pour la Compagnie de Jésus. Le 24 mai (1652), Hallicr arriva à Rome pour contrebalancer Tinfluence de Saint-Amour et de ses co-dépûtes, il était accompagné des docteurs Lagault et Joysel. Dès que Saint-Amour eut appris leur arrivée, il se hâta d'aller leur faire visite ; mais ses avances fort polies furent mal accueillies des autres docteurs, qui arrivaient à Rome avec des projets belliqueux et une foule de libelles contre leurs adversaires. Le 30 mai, ils dînèrent ensemble chez l'ambassadeur de France, qui était alors le bailli de Yalençay. Hallier, poussé par les questions de Saint- Amour et de La Lanne, avoua qu'il ne venait à Rome que pour solliciter une décision, et qu'il s'opposerait à l'établissement de la congrégation que ses adversaires étaient chargés de solliciter, pour déterminer les divers sens des propositions.

Pendant ce même diner, l'ambassadeur fit un aveu très-important. « Il faut, dit-*il^ abréger la matière le plus qu'on pourra; le

ITurope jusqu*eu 1861 qu*il se réconcHlia avec la Cour, en cédant son archevêché, qui fut donné à de Maroa, qui était auparavant archevêque de Toulouse. Pendant la longue absence de Retz, ses grands-vicaires gouvernèrent le diocèse.

& F* le tome m des Homélies du pape Benoit XIII sur VExode.

* Un Jésuite publia un livre intitulé : Rabat-Joie des Jans(nis(e§, etc., contre le miracle que nous avons rapporté. Il essaye dVn contester Tauthen- Ueité; mais, comprenant la faiblesse de ses preuves, il s*î)pplique surtout à dire que Dieu a iait ce miracle dans une maison d^hérétiques pour prouver que J.-C est mort pour tous les hommes. Il est difficile de pouser plus loin Tabsurdité. On attribua ce livre au P. Aunat, qui revint de Borne en France à la lia de Tajince 1652, en qualité de Provincial. En 1653, le P. Annat fut nommé confesseur du roi.

> Journal de Saint-Àmour, 4.« partie.

DE L'ÉGMti M rRA!iiCE. ^7

roi, qui jusqu'ici a été petit, commence à croître î il veut Gnir ces disputes et y remédier tout à fait. » La Cour avait en effet donné des ordres en ce sens à son ambassadeur, et avait envoyé au pape des lettres pour hâter sa décision. En présence d'un pareil adversaire, les demandes les plus légitimes des députés des onze évéques devaient être d'autant moins écoutées que le pape était flatté de voir une grande partie des évéques de France, et la Cour, lui demander humblement une défmition dogmatique, et reconnaître ainsi implicitement son infaillibilité.

Cependant la demande des députés des onze évoques était si raisonnable, qu'on n'osa pas la refuser ouvertement. Le 11 juillet S le cardinal Roma les avertit que le pape avait établi la congrégation qu'ils avaient sollicitée. Les députés, fort joyeux de ce premier succès, en écrivirent aussitôt aux évéques qui les avaient envoyés, et firent des visites aux membres de cette congrégation. Elle était composée des cardinaux Roma, Spada, Glnetti, Cechini et Gbiggi, mais ils eurent bientôt occasion de s'apercevoir que leurs adversaires mettaient tout en œuvre pour rendre inutile cette congrégation et empêcher qu'on écoutât les deux parties en présence l'tme de l'autre. Le prétexte que Hallier et ses amis mettaient en avant, était qu'il ne fidlait pas renouveler des contestations qui ne pouvaient que retarder la conclusion de la paix, au lieu de l'accélérer. Saint-Amour prétendait que le vrai moyen d'obtenir la paix était de solliciter une décision qui, par sa clarté, mit fin à toute dispute, ce qui ne serait pas, si l'on ne distinguait pas les sens divers qu'offraient les termes ambigus des propositions. La congrégation des cardinaux était formée depuis un mois, et n'avait encore rien fait ; les consulteurs, qui devaient y assister, n'étaient même pas encore désignés officiellement, lorsque le cardinal Roma avertit Saint-Amour, le 15 août, que, dans le délai de quinze jours, il devait présenter tous les écrits qu'il jugerait utiles à sa cause. 11 se mit aussitôt à l'œuvre avec l'abbé de Valcroissant, et, le 28 du même mois, ils portèrent deux premiers écrits chez le cardinal Roma. Le premier contenait l'historique de ce qui s'était passé dans l'affaire des cinq propositions, et le second traitait de Tautorilé de saint Augustin. Le cardinal Roma mourut dans le courant du mois de septembre. Spada lui succéda comme président de la congrégation, qui commença à tenir des séances

> Journal de Saint-Amour, 5.<^ partie.

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secrètes. Saint-Amour et de La Lanne demandèrent inutilement que leurs écrits et ceux de leurs adversaires fussent communiqués mutuellement^ afin que la congrégation fût véritablement éclairée en confrontant les raisons des deux partis. Pendant les mois de novembre et de décembre, ils firent tous leurs efforts pour obtenir du pape une audience, afin de lui demander la communication mutuelle qu'ils sollicitaient et lui présenter des mémoires sur les intrigues que faisaient les Jésuites pour entraver le légitime examen de la question. N'ayant pu obtenir d'audience, ils furent obligés de profiter d'une promenade que fit le pape, pour lui présenter leurs écrits et leurs mémoires. Dans le but d'éclaircir leur doctrine, Saint-Amour et de La Lanne demandèrent la permission de faire imprimer plusieurs opuscules de saint Augustin sur la Grâce. On le leur permit, mais, comme ils y avaient ajouté plusieurs Apostilles de l'édition faite à Louvain et qui renversaient de fond en comble la doctrine de Molina, Albizzi arrêta l'impression. On entra en longs pourparlers; Albizzi voulait ou que les ouvrages de saint Augustin fussent imprimés sans commentaires ou avec certaines AposiilleSy qui lui étaient communiquées par les Jésuites. Saint-Amour et La Lanne préférèrent 4onner le texte seul de saint Augustin que de se soumettre à cette condition ; c'est ce qui eut lieu. Ils distribuèrent ces traités aux personnes les plus distinguées de Rome ^ Au commencement de 1653 *, Saint- Amour et de La Lanne renouvelèrent leur demande de la communication mutuelle des écrits; et ils s'adressèrent pour cela à l'ambassadeur de France et au cardinal Spada. Ce prélat leur offrit, vers la fin de janvier, de les entendre dans la congrégation. Ils répondirent qu'ils étaient tout disposés à y comparaître, pourvu qu'on leur fît justice sur les conditions qu'ils avaient demandées. Saint-Amour en écrivit aux évéques dont il était le mandataire. On voit par cette lettre qu'il demandait que leurs adversaires et les Jésuites comparussent en même temps qu'eux devant la congrégation, afin d'élucider par une discussion sérieuse certains points en litige. Ils récusaient, en outre, le P. Pallavicini. Jésuite, et le P. Modeste, procureur des Cordeliers conventuels, qui faisaient partie des consulteurs de la congrégation, et qui, s'étant déclarés ouvertement leurs ennemis, ne pouvaient être leurs

1 Journal de Saint-Amour, 4.e partie, ch. 7, et, 5.» partie, ch. 3. * ibid, 6.e partie.

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juges; ils demandaient en outre qu'Albizzi^ dont le dévouement aux Jésuites était connu de tout le monde, ne fût pas secrétaire de la congrégation. On ne jugea pas a propos d'accéder à ces demandes; de leur côté. Saint- Amour et ses collègues ne crurent pas devoir se présenter devant la congrégation.

Les séances de cette congrégation s'étaient tenues^ jusqu'au 10 mars (1653), chez le cardinal Spada. Ce jour-là, on en tint une en présence du pape, qui l'ouvrit par un petit discours dans lequel il déclara que tout ce qu'on pourrait décider par la suite sur les questions controversées ne porterait aucun préjudice à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. On tint devant le pape plusieurs congrégations et l'on semblait vouloir terminer raffaire sans entendre Saint- Amour et ses collègues ; ceux-ci désiraient vivement plaider leur cause devant le pape ; ils allèrent trouver l'ambassadeur, qui leur assura qu'ils seraient entendus, et qu'il connaissait, sur ce point, les intentions du pape. Sur ces entrefaites, arrivèrent à Rome le P. Des Mares et le docteur Manessier, que les onze évéques envoyaient pour seconder Saint-Amour et ses collègues. Us furent reçus en audience par le pape, le 4 mai et lui demandèrent de nouveau d'être entendus contradictoirement avec leurs adversaires ; le pape n'accéda point à cette demande, et leur offrit seulement de Jes entendre séparément, autant qu'ils le voudraient, dans la congrégation. Les députés, ne pouvant obtenir davantage, consentirent enfin à se présenter sans leurs adversaires. Cette séance solennelle fut fixée au 19 mai. De La Lanne adressa d'abord au pape une harangue grave, savante et pleine de modestie. Après cette harangue préparée, il discuta les opinions des Jésuites touchant la Grâce, et fît voir, par des propositions fidèlement extraites de leurs livres, qu'ils attaquaient ouvertement et de la manière la plus inconvenante la doctrine et la personne de saint Augustin. Enfin il s'étendit sur la nécessité de distinguer les divers sens des propositions, pour ne pas s'exposer , par une condamnation générale, à donner aux adversaires du saint docteur un prétexte pour dire que sa doctrine était condamnée. 11 lut un écrit à trois colonnes dans lequel étaient clairement exposés : dans la première colonne, le sens cidviniste et condamnable de chaque proposition ; dans la seconde, le sens augustinien et orthodoxe que chacune pouvait avoir; dans la troisième, les sentiments de l'école de Molina ou des Jésuites touchant les matières traitées dans les cinq propositions.

Lorsque de La Lanne eut fini de parler, le P. Des Mares conti-

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niia la discussion. Cet Oratorien était^ sans contredit, le premier prédicateur de son temps. Il ne fut jamais plus éloquent que dans cette circonstance^ et il plaida la cause de la Grâce efficace avec une vigueur qui impressionna visiblement l'assemblée. Il parla jusqu'à la nuit et fut obligé de s'arrêter avant d'avoir épuisé la matière, parce qu'il ne voyait plus assez clair pour lire les passages de saint Augustin qu'il prenait pour base de tout ce qu'il disait.

Le lendemain, les députés des onze évéques rendirent visite à tous les cardinaux qui avaient assisté à la séance solennelle de la veille et leur remirent à cbacun un exemplaire de l'écrit à trois colonnes, sur les cinq propositions. Ils reçurent des prélats un accueil flatteur, et le cardinal Barberini leur dit qu'ils avaient parlé hardimetiij modestement, doctement et pieusement,

Hallier et ses collègues, qui s'étaient présentés devant la congrégation^ chez le cardinal Spada, ne demandèrent pas à comparaître devant le pape.

Saintp-Amour et ses collègues, qui considéraient la séance où ils avaient été entendus comme le commencement d'une discussion approfondie, s'attendaient à voir leurs adversaires entrer en lice, et à comparaître de nouveau devant le pape pour répondre à leurs discours; ils demandèrent en conséquence la permission de faire imprimer les harangues qu'ils avaient prononcées et les écrits dont ils avaient donné lecture. On ne répondit point à cette demande, et, le 9 juin, sur les huit heures du soir, on vint les avertir qu'on avait affiché une bulle portant condamnation des cinq propositions; ils sortirent aussitôt avec des flambeaux, pour s'en assurer et en prendre copie ; elle était déjà déchirée à la Chancellerie, et ils trouvèrent, à la porte de l'église Saint-Pierre, un sbirre et un notaire du Saint- Office, qui la faisaient disparaître. Les députés rentrèrent chez eux sans avoir pu prendre copie de la bulle, mais convaincus qu'elle avait été réellement affichée. Us prirent dès lors le parti de quitter Home. Le pape leur acorda pour le 13 leur audience de congé. Avant de s'y présenter, ils rédif^'èrcnt un écrit qu'ils devaient présenter au pape, dans le cas où il les obligerait à souscrire à la condamnation des cinq propositions. Dans cet écrit, ils adhéraient à la condamnation, mais en mettant à couvert la doctrine de saint Augustin. La précaution qu'ils avaient prise fut inutile : le pape ne leur demanda aucune signature; il les verni avec la plus grande bonté; adressa des paroles flaiU^usos à rlc La Lanne et au P. Des Marei". sur leur érudition et leur éloquenre, et déclara que, par s;»

DE L'itatWB D« P&ANCB. 331

bulle, il n'avait voulu porter aucune atteinte à la doctrine de saint Augustin. Après avoir reçu des indulgences et la bénédiction du pape, les députés se retirèrent ^

Ils partirent de Rome le 17 et rentrèrent en France après avoir viûlé Venise et la Suisse.

La bulle d'Innocent X commence par ces mots : Cum occasione. Le pape y condamne les cinq propositions dénoncées dans la lettre de révéque de Yabres. Il les attribue indirectement à Jansenius et termine sa constitution par ces paroles : a Nous n'avons pas rintention, par cette déclaration et définition faite sur les cinq propositions susdites, d'approuver, en aucune manière, les autres opinions qui sont contenues dans le susdit livre de Cornélius Jansenius. »

HaHier et ses co^députés partirent de Rome le 6 septembre, après avoir aussi reçu du pape une audience de congé très flatteuse. Hallier reçut en outre les provisions du prieuré de Rieux, en Bretagne, et sa nomination à Tévécbé de TouL Cette nomination ne fut pas ratifiée en France, et Hallier ne fut nommé évéque de Gavaillon qu'en 1656.

Il n'était pas encore arrivé en France que déjà il y avait fait circuler, par des lettres, des calomnies contre ses adversaires. Joysel, un de ses co-députés, écrivit * que Saint-Amour et ceux qui étaient avec lui avaient fraternisé, dans un banquet, avec les Protestants, leurs amis. Tout ce qu'il y avait de vrai, c'est que Saint-Amour, en passant à Râle, avait rendu visite au célèbre hébraïsant Buxtorf, tandis que ses compagnons visitaient la ville'. On avait aussi fait courir le bruit qu'en passant à Venise, ils avaient fait imprimer un libelle contre la bulle du pape. Le docteur Saint-Amour repousse avec indignation, dans son Journal^ ces imputations aussi fausses que perfides, et toutes les autres calomnies dont Hallier se Ht le propagateur à son arrivée à Paris. Ce docteur et ses compa-

1 Lf^s (i^tailâ de cette auiicnce, rapport^fs au chapitre 2Sde la 0.« partie du Journal de Saint-Amour, sont conformes à ceux qui sont contenus dans une IcUre écrite, le 16 juin l(fô3, par le bailli deValencay, ambasiadcur à Rumc, au comte de Brienne, secrétuiro d*État.

* Extrait mss. du P. Bapin, Jésuite, p. 139.

> Journal de Saint- Amour, 7.« partie, ch. 4.

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gnons se hâtèrent, en arrivant dans cette ville, d'aller trouver Mazarin, et lui dirent *:

a Que les Jansénistes continuaient à répandre leur poison par le royaume. — Il leur répondit : qu'il ne croyait plus qu'il y en eût après la bulle ; et Joysel lui dit qu'il paraissait le contraire de leurs discours, de leurs sermons et de leurs écrits et des lettres de M. de Comminges, M. d'Angers et M. de Sens. Il avoua qu'ils avaient fait paraître, à la vérité, peu de respect au Saint-Siège -, M. Joysel ajouta que les assemblées du Port-Royal le faisaient voir dans ce lieu qui était la citadelle du parti ; il ajouta des plaintes contre un livre fait par un nommé Holden, approuvé par les Jansénistes, oii l'auteur disait des choses injurieuses à la religion et à l'Ëtat, voulant introduire les maximes de Gromwel et les erreurs qui avaient cours en Angleterre, dans le royaume. Lorsqu'il parlait de cela, le chancelier et le procureur-général du Parlement entrèrent chez le cardinal, qui se plaignit au chancelier avec eux du livre d'Holden. Le chancelier avoua qu'il n'avait pas lu de livre plus injurieux à la religion et à l'État que celui-là et parla de l'arrêter, et le cardinal ordonna au procureur-général de faire une visite à Port-Royal et aux autres lieux où il apprendrait que les Jansénistes s'assemblaient pour en informer et faire donner un arrêt au Parlement pour les défendre; et ces deux docteurs lui donnèrent des mémoires des lieux où se faisaient les conciliabules. »

Les ennemis de Port-Royal firent un grand usage des calomnies de Joysel. Ils s'appliquèrent à transformer en assemblées inquiétantes pour l'État les réunions de quelques hommes vertueux, préoccupés de la seule pensée de défendre la religion et de faire leur salut. Le procureur-général se transporta à Port-Royal et ne trouva rien de ce qu'avaient inventé de lâches délateurs. Les solitaires et les religieuses de Port-Royal furent donc encore paisibles quelques années.

Le pape ayant publié sa bulle Cum occasioncy envoya un grand nombre de brefs au roi, à la régente, à Mazarin, aux évêques, aux Ordres religieux pour en prescrire l'observation, a Le nonce * reçut de Rome l'ordre d'aller rendre compte au roi, à la régente et au

^ Extrait mss. du P. Rapin, p. 141. F. Gerberon, Hist. du Jansénisme, ann. 1653.

* Extrait mss. du P. Rapin, p. 120. Ce nonce s*appelait Bagny et était archevêque d* Athènes in parlibui.

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cardinal Mazarin de la manière dont Sa Sainteté s'était comportée en l'information des cinq propositions et en leur condamnation. Le roi, la reine et le cardinal louèrent fort la manière dont l'affaire avait été conduite par la prudence et la fermeté de Sa Sainteté dans une affaire si importante à la religion et à la paix de l'Église. Le roi, recevant le bref de Sa Sainteté, dit au nonce de la remercier et d'assurer Sa Sainteté de toute son autorité pour faire exécuter la bulle, et de son respect au Saint-Siège et de son zèle pour défendre toujours les intérêts de la religion. La reine dit au nonce qu'elle avait toujours désiré très fort cette décision et qu'elle avait bien eu de la joie de l'apprendre. Le nonce la pria d'employer son autorité auprès du roi, pour que ceux de la cour et du Parlement qui pourraient favoriser cette secte en fussent empêchés par son autorité, mdis surtout de faire empêcher dans la Sorbonne qu'on rCy souffrit plus de sectateurs de cette doctrine, après que Rome avait parlé, où le nonce avait appris qu'on commençait à y remuer pourmettre opposition à la bulle, aussi bien qu'en quelques autres lieux du pays où se pratiquaient des intrigues par les Jansénistes pour cela, et que quelques curés de cette ville, avec des évéques, étaient de cette intrigue. »

Ces paroles du P. Rapin sont remarquables en ce qu'on y avoue que le nonce se crut obligé d'avoir recours à l'autorité civile pour faire obéir, par force, à une bulle purement dogmatique. Cette manière d'agir était conforme aux lois alors en vigueur, et les Jésuites eux-mêmes avaient recours au conseil d'État et au Parlement lorsqu'ils pensaient en être écoutés; mais alors, pourquoi s'élèventils avec tant de véhémence contre les gaUicans qui en agissaient de même en pareille circonstance ?

Le duc de Ventadour *, chanoine de Notre-Dame, se trouva chez le roi lorsque le nonce fit appel à son autorité en faveur de la bulle. Il prit la parole et prétendit que le Chapitre de Notre-Dame dépendait immédiatement du Saint-Siège, à cause que Paris était la carpitaledu royaume; il demandait, en conséquence, que le pape fît un bref pour commander à ce chapitre de chasser ceux qui étaient Jansénistes en leur corps, et il promettait de le faire exécuter. Le zèle du noble chanoine n'était peut-être pas plus pur que sa naissance ; sa science canonique ne semble pas non plus avoir été fort

< Extrait mss. du P. Rapin» p. 120, 121.

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remarquable^ et le nonce ne jugea pas à propos d'acoepter ses offres.

Le 4 juillet S le roi fit expédier une déclaration, dans laquelle il dit aux évoques que, ayant reçu du pape une bulle, après avoir été souventes fois requis par lui de la publier, et que le sieur Bagny rayant requis, de la part du pape, d'employer son autorité potw la publication et l'exécution de ladite bulle, il les exhorte et admoneste de la faire publier et exécuter en sa forme et teneur.

Au lieu de exhorter et admonester y on avait mis d'abord le mot enjoignons dans cette déclaration . Les agents du clergé auxquels elle fut remise en firent des plaintes et le mot fut réformé. Ces agents convoquèrent alors les prélats qui se trouvaient à Paris, afin de recevoir la bulle selon les intentions du roi (1653). L'assemblée se trouva composée de vingt-huit évéques, parmi lesquels étaient ceux de Valence, de Châlons et de Grasse qui n'avaient point approuvé la lettre de l'évêque de Vâbres. Lorsqu'ils furent réunis, on leur remit un bref du pape pour l'assemblée du clergé. Le cardinal Mazarin les fit prier de ne pas ouvrir ce bref, sans l'avoir averti', parce qu'il désirait assister à cette cérémonie. Le 11 juillet, ils s'assemblèrent au Lou^Te pour ne pas donner la peine au cardinal d'aller au lieu où l'assemblée se tenait. Quelques évéques manifestèrent de l'opposition à la bulle, mais le roi se déclara si hautement, que personne n'osa remuer. On doit déplorer que des évéques aient poussé jusqu'à ce point la soumission pour un roi de quinze ans, auquel on ne pouvait évidenmient accorder l'infaillibilité en matière de doctrine.

Le bref du pape ayant été lu dans l'assemblée, le cardinal Maza^ rin prit la parole et dit ' : « que dans le bref que Sa Sainteté avait envoyé au roi, il l'assure qu'il avait pris la résolution de faire la déclaration des propositions aux instances que Sa Majesté lui en avait fait faire par son ambassadeur, et qu'il avait aussi eu grand égard aux instances des évéques du royaume, et qu'ainsi il était à propos que non-seulement Sa Majesté mai3 encore l'assemblée fit un

* V, Procès-verbaux des assemblées du Clergé de France, Pièces Juslifica' tives du t. IV ; Elites Du Pin, Ilist. Eccl. du xvii.« siècle, t. ii ; D*AvrigDy, Mém. chronol., ann. 1653; Gerberon, Hist. du Jans^igme, ann. 1663; Hé* moirf^s mss. de Hermant, sur THist. Eccl. du xvii.« siècle.

* Entrait mss. du P. Rapio, p. 121.

3 Ihid.

DB l'kGLISE de FRANCE. 335

remercimen à Sa Sainteté d'un si grarid bien fait à toute TÉglise. »

Malgré cette déclaration de Mazarin^ la bulle rencontra de Topposition ,- mais dans la crainte de déplaire au roi qui avait surtout contribué à l'obtenir, on l'accepta en séance solennelle; et quelques évoques seulement osèrent émettre des opinions contraires à celle du ministre^ qui les rendit inutiles en imposant à l'assemblée sa volonté, et en mettant toujours en avant l'autorité du roi.

L'assemblée, ayant reçu la bulle d'Innocent X, écrivit au pape une lettre pour le remercier de l'avoir publiée et l'assurer de sa soumission. Elle adressa aussi une circulaire à tous lee évéques de France, avec la formule du mandement qu'ils devaient donner eu publiant la bulle.

Du Bosquet, évéque de Lodève, fut chargé d'aller à Rome porter au pape la décision de l'assemblée. Le roi adressa en même temps à Innocent X une lettre très soumise en réponse au bref qu'il en avait reçu.

Innocent X en témoigna la joie la plus vive dans un consistoire qu'il tint le 22 septembre, et s'adressa en ces termes aux cardinaux* :

« Vous avez su les désordres qu'a causés en Flandre et puis en France l'impression du livre de Jansenius, évéque d'Ypres, que les troubles croissent tous les* jours en France à cause des cinq propositions, et que quatre-vingts évéques et plus, s'abstenant d'en porter jugement eux-mêmes, se sont adressés à nous par lettres pour le respect qu'ils portent au Saint-Siège et demander notre décision ^ que nous avons apporté toutes les diligences possibles pour le faire. Vous savez avec quel applaudissement notre constitution a été reçue partout, particulièrement en France ; comme les évéques, dans leur assemblée, l'ont reçue avec soumission et prolesté tous ouvertement d'y obéir, et par les lettres qu'ils nous ont adressées ont reconnu l'infaillible jugement du pontife romain dans la déOnition des choses de la foi % ce que nous attendions des autres royaumes et provinces. »

Le cardinal Jésuite de Lugo répondit au pape en ces termes:

<i De jour en jour, le Saint-Siège eût couru de plus grands périk si le Seigneur n'eût ouvert la bouche du souverain prêtre à qui il a été dit, dans la personne de Pierre : Et toi^ affermis tes frères.

1 Extrait mss. du P. Rnpin, p. 132.

' Uecognoverunt infalliHle jndicium Romani Pontificis in]rebuê fidei definiendis.

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