‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 20 sur 26 · HI8T0WE · texte numérisé non relu

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Vous nous avez affermi, très saint Père, et vous nous avez rendu la liberté que Dieu nous a donnée et que quelques-uns s'efforçaient, à l'aide de paroles spécieuses, de. réduire en servitude et de détruire. Vous avez donc bien mérité de nous, vous qui nous avez restitué tous nos mérites et qui pourrez être appelé, par la postérité, le vengeur et le rédempteur de notre liberté. Vous avez bien mérité d'Augustin, vous qui avez découvert les fraudes de ceux qui opprimaient la liberté en abusant du nom d'Augustin ; enfin, vous avez bien mérité du sang de Jésus-Christ, vous qui n'avez pas voulu que le prix de ce sang fût seulement appliqué aux élus, mais qui avez fermé la bouche des méchants et les avez empêchés d'opposer une vaine excuse à leur perte étemelle, comme si Jésus-Ghrisl n'avait eu aucun souci de leur salut. »

Après ces paroles, où l'adulation est poussée jusqu'au sacrilège, De Lugo félicita la France d'avoir reconnu rinfaillibilité du Siège de Rome.

L'assemblée du Louvre n'avait pas eu l'intention que lui prêtaient le pape et De Lugo ; mais il n'en est pas moins vrai que sa complaisance pour le roi et celle du roi pour son confesseur Jésuite leur avaient fait reconnaître en pratique l'opinion ultramontaine, qu'ils rejelaient tous en théorie et qu'ils condamnaient en toute circonstance.

Nous avons vu que l'assemblée du Louvre avait envoyé une formule de mandement à tous les évéquesde France pour la réception . de la bulle. Plusieurs ne jugèrent pas à propos de s'en servir, tou en recevant cette bulle avec soumission.

On a dit que ceux qui avaient demandé au pape des éclaircisse* ments sur les divers sens que présentaient les cinq propositions, ne s'étaient pas soumis. C'est une erreur, comme cela résulte de ces paroles remarquables d'Arnauld * :

i( Il n'y a aucune contestation touchant les propositions condamnées par la bulle du pape. Tout le monde l'a reçue avec soumission et respect ; et ceux qu'on accusait faussement de n'y être pas soumis avaient déjà déclaré et déclairent encore, par cet écrit, qu'ils ne soutenaient ni ne soutiendront jamais les propositions condamnées, sous prétexte de quelque sens et de quelque explication que ce soit. »

Mais tout en acquiesçant h la condamnation des cinq propositions, les évêques, qui se proclamaient disciples de saint Augustin

< OEuvres d*Ani«ald, édit. in«4«o, t. xix, p. 1W«

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sur les matières de la Grâce^ jugèrent qu'il était nécessaire de dire, dans leurs mandements^ que la doctrine de ce saint docteur n'était en rien attaquée par la bulle. Ils le pouvaient d'autant mieux que le pape l'avait formellement déclaré et que la doctrine de saint Augustin avait toujours été celle de l'Église romaine. Ils croyaient même que c'était pour eux un devoir de le dire, à cause de l'abus qu'ils prévoyaient bien que les Jésuites chercheraient à faire de la bulle. Les évéques qui donnèrent les explications les plus précises étaient de Buzenval, évêque de Beauvais, d'Elbène, évéque d'Orléans, de Choiseul, évéque de Gomminges, Henri Amauld, évéque d'Angers et surtout Henri de Gondrin, archevêque de Sens*. Ce deriuer s'étendit sur l'autorité de saint Augustin et inséra, dans son mandement, la doctrine contenue dans la lettre des onze évéques au pape touchant le droit qu'avaient les évéques de France de juger les questions doctrinales en premier ressort. Il n'en ordonna pas moins de recevoir la bulle avec soumission.

Le mandement de l'archevêque de Sens fut envoyé à Rome avec celui de l'évéque d'Angers, par le nonce du pape •. Ce dernier ne pouvait être répréhensible que pour la phrase où il disait que les cinq propositions étaient attribuées à Jansenius ; car, pour le reste, il était écrit avec autant de modestie que de piété; maïs les Jésuites voyaient déjà une hérésie dans l'opinion de ceux qui pensaient que le pape n'avait pas voulu, en parlant de Jansenius, décider d'une manière solennelle et comme un point de foi que cet évéque avait enseigné réellement la doctrine condamnée des cinq propositions. Us allaient, en cela, plus loin que le pape lui-même ; car, dans son bref à l'évéque de Tulle ' en date du 21 mars 1654, Innocent X dit, en parlant des cinq propositions : qu* elles semblaient être tirées des livres de Cornélius Jansenius,

Quant au mandement de l'archevêque de Sens, il contenait une doctrine qui devait nécessairement déplaire à la Cour de Rome ; aussi l'orage éclata-l-U principalement contre cet archevêque. Mazarin, dont l'orgueil avait été blessé par Gondrin, voyait avec

' On peut voir ces mandements dans le recueil de Ellies Du Pin, intitulé : Histoire ecclésiastique du xvii.« siècle, f. ii.

* Extrait mss. du P. Rapin, p. 137 et suiv.

* Voici le passage textuel de ce bref : Dedil Dominus verba tua in

are nosiro, ul de quinque eontroversis propositioniintë quœ ex Comelii Jànsenii lUbris ^xcevlvtje vioebautvr pateret fidelium animis, etc„.,r

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bonheur Torage se former contre ce prélat*. Le pape fut »i irrité de sou mandement qu'il dressa un projet d'exoooimuukatioa contre lui ^ 11 revint ensuite, à des sentin^ents un peu plus modérés et nomma seulement quelques évéques français pour connaître de cette affaire en son nom.

Le nonce^ ayant reçu la coùimission du pape^ en forme de bref, la communiqua àMai^arin et àMarca, archevêque nommé de Tou«« louse. Ce dernier éprouvait alors des difQculléa en cour de Rome pour obtenir ses bulles^ peut-*étre à cause d'un ouvrage gallican^ qu'il avait composé sous le titre de Concorde du Sacerdoce ei de l'Empire ', On l'avait en outre accusé à Rome d'être Janséniste \ Il n'oublia rien pour donner de lui une opinion toute contraire^ et^ comme le dit le P. Rapin, Jésuite S il fai$Q\t deg merveillee pwir la bonne cause, de concert avec le Jésuite qui avait le titre de confet* seur de la reine. De Marca se montra d'une complaisance saos bornes pour le nonce ; et il était Tbomme de IVIazarin ; chargé pai ce ministre d'accommoder le différend du pape et de l'archevêque de Sens, il eût voulu persuader à ce dernier de désavouer sa doctrine; mais il échoua et ne put obtenir de lui qu'une déclaration dans laquelle Gondrin disait qu'il n avait point eu l'intention de blesser le pape, et qu'il était disposé à désavouer ce qu'on lui prouverait être erroné dans son mandement.

Cette déclaration ne fut pas jugée suffisante. De Marca obtint que Gondrin écrirait une lettre fort soumise au pape ; mais comme il voulut insinuer dans cette lettre que les cinq propositions étaient condanmées dans le sens de Jansenius, Gondrin refusa de recon-^ naître ce point et les négociations furent interrompues quelque temps.

La Sorbonne ^ avait accepté la bulle dès le i^ août 16&3. Quel-*

* £xtr«U insB» du P. Rapiiiy p. 144.

* iM., p. i37. i39, 140$ Prooèft-v«fbauK du Gkrgé ^e France; fiWm Du Pin, Hist. Pool, Uu xvii.e siède, t. Il; Hcrm^Mi ¥<^m. mss. sur ruist. Ec 1. du YVii.e sièclo.

* La Coneorde du Scteerdoce et de tJEmpire est un IraUé des libertés de rÉglii-e gallicane. Cet ouvrage est divisé en huit livres, dans lesquels Harca a pour bui d'appuyer sur les manuinents do lu tradition les principes connus sQUâ Jo nom da liberléi de l^ÉgUse galUcaoe. Cet ouvrage fut pub'ié, «près la mort de Fauteur, par Baluze.

^ Baluzp, de Yilik Pétri Marcœ.

* Extrait mss. du P. R^ipin, p. 1V|.

* Extrait mss. du P. Rspin, p. iJA; BUies Du Pin, ep* ni.; ûarboion, lliiit. du Hi\Êèmaoê, ànn. Ifi{î3. -

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