DE LÉQUW BB FRANCE
qucs jours auparavant ^ le roi lui ovait envoyé une lettre de cactiet pour Texhorter et lui mjoindre ds iwir la nurin k ee que rien, dans les thèses et dans les cours de théologie, ne fût contraire à la doctrine exposée dans cette bulle. Henri de la Mothe Houdancourt, évéque de Rennes, et premier aumônier du roi, porta cette lettre à la Sorbonne, qui la reçut ^ et accepta la bulle sans aucune opposition ; toutes les universités et communautés de France rimilèrent, et l'on aurait pu croire qu'enfin la paix allait être solidement établie.
Ceux que Ton considérait comme les plus intrépides défenseurs de Jansenius gardèrent le plus profond silence après avoir accepté la bulle d'Innocent X. Ce fut alors qn'Arnauld pubÙa UiConeanianoi évangélique, et sa Préface de f Office du Saini'^Saeremeni, qui fut comme la première assise du grand monument qu'il éleva depuis à la gloire de rEucharistie sous le titre de Perpétuité de la Foi. Tandb qu'il se livrait à ces édifiants travaux, les Jésuites publiaient une foule de libelles passioun&i, dans lesquels ils s'appUquaient à dire que Jansenius et les Jansénistes avaient, sur la Grâce et la liberté, les opinions de Calvin. Ces assertions étaient pleines de mauvaise foi ; car il était évident, par l'écrit à trois colonnes présenté au pape, et publié depuis en France, que ceux que Ton désignait sous le nom de Jansénistes condamnaient avec toute l'Eglise les opinions protestantes exposées dans la première colonne.
Le Père Annat, qui était devenu Provincial de son Ordre en France et confesseur du roi, souleva une autre question, en 1654, par son livre intitulé : Cavilli Jansenianorum ^ Cet ouvrage était dirigé contre les évéques qui, dans leurs mandements, avaient dit que les cinq propositions étaient attribuées à Jansenius, sans décider la question si elles lui étaient attribuées à tort ou à raison. Le Père Ânnat prétendait qu'on ne pouvait pas douter que ces propositions ne fussent dans lAuffustinui. Amauld rentra dans la lice, et fit trois ouvrages pour établir que les cinq propositions n'étaient
1 Dans ce môme temps, le P, Deschamps publU son livre de Bœresi ^ansenianà; le P. Adim, le Tombeau du Jansénisme; le P. Philippe Labbc. la Bibliotkktue anti-Jansétiienne, Les Jésuites publièrent en outre, pour accréditer leur idée de la grande hérésie, leur fameux almanach en estampes, qu*ils intitulèrent : la Déroute et la ConfMen des Jansénistes* On y avait repréimié l«a«emui m habits d'évâqua et avec de» ailes de diable, suivi de ses tf^etaleur^, chassés par k pape et le roi, et se réftigiaot dans les bias des Protestants. G*est contre ces estampes que Sacy publia son carieax e| spirituel ouvrage, intitulé : Les Enluminures.
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pas réellement dans Jansenius; que l'é\éqae d'Ypres avait des opi nions contraires ; que les Jésuites^ en affirmant que cet évéque avait soutenu les erreurs condamnées^ n'avaient pas d'autre but que de flétrir la doctrine de saint Augustin^ doutTévéque dTpres était le fidèle interprèle *,
Ces Mémoires d'Arnauld furent présentés à une assemblée d'évéques convoqués par le cardinal Mazarin ^ pour le 9 mars i^&k *. Mazarin et de Marca voulaient y faire décider que le pape avait eu rintention de dire, dans sabuUe^ non-seule ment que la doctrine des cinq propositions était hérétique, mais qu'elle Tétait entendue dans le sens de Jansenius. Les plaintes continuelles du nonce contre les Jansénistes avaient décidé Mazarin à prendre cette résolution '. Les Jésuites présentèrent à cette assemblée des propositions tirées de VAuguslinuSf et qu'ils soutenaient être conformes aux cinq propositions condamnées. On nomma huit commissaires pour exami* ner les Mémoires d'Arnauld et des Jésuites, ainsi que le livre de Jansenius. Ces commissaires tinrent six séances, du 10 au 17 mars, et firent leur rapport à l'assemblée le 26. En voici l'abrégé :
a Toute la question consiste à savoir si les cinq propositions que le pape Innocent X a condanmées comme hérétiques sont de Jansenius, évéque d'Ypres, et si elles ont été déclarées hérétiques au sens de cet évéque ; il est certain que ces propositions sont de Jansenius, et qu'elles ont été condamnées comme hérétiques au sens de cet auteur; il est certain que ces cinq propositions sont une con-^ séquence nécessaire de l'opinion qui ne reconnaît point d'autre grâce qui donne le pouvoir de faire le bien que celle qui est efficace par elle-même ; or, cette dernière opinion est celle de Jansenius, et c'est là ce que doit décider la présente assemblée pour le faire savoir au pape et aux autres é véques. d
Une discussion fort vive s'engagea touchant ce rapport. L'archevêque de Sens, les évêques de Beauvais et de Gomminge prétendirent que les propositions n'étaient point dans Jansenius, et que l'assemblée avait tort de vouloir donner à la bulJe du pape plus d'extension qu'elle n'en avait réeUement.
^ Ces ouvrages d*Arnauld sont au t. xix de ses Œuvres complètes.
s Collection des Procès-verbaux du Clergé de France, Piéeeê jusUfieaiivet du t. IV ; EUies Du Pin, Hist. EocU du ivii.e siècle, t. ii; Du Mas, Hist. des cinq propositioDS, liv. 1 et a.
* Extrait mas. du P. Rapin, p. 144.
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11 est à remarquer que^ par ses délibérations mémes^ l'assemblée avouait que, d'après la bulle d'Iunocent X, on n'était pas obligé positivement de croire que les cinq propositions étaient dans Jansenius, quoiqu'il y fût dit que les discussions s'étaient élevées à l'occasion du livre de cet évéque. Il es( certain qu'au moment même où cette question était agitée en France, le pape lui-même écrivait à l'évêque de Tulle que les propositions semblaient être tirées des livres de Cornélius Jansenius. Nous verrons tout-àl'beure la déclaration de l'évêque de Lodève sur ce point. Malgré l'opposition des trois évêques, l'assemblée adopta, le 28 mars, une écision conforme au rapport. Les trois opposants signèrent la déclaration pour le bien de la paix, mais en faisant des réserves dont on leur donna acte. L'archevêque de Sens fut trouvé trop rigoureux dans ses réserves; on négocia de nouveau avec lui , et il finit par déclarer de la manière la plus explicite qu'il admettait la constitution du pape, et qu'il n'avait point l'intention de faire de l'opposition au Saint-Siège; mais fl garda le silence touchant le sens de Jansenius,
La décision de l'assemblée fut adressée à Rome, à Du Bosquet, évéque de Lodève, qui avait été chargé par l'assemblée précédente d'aller porter au pape son acceptation de la bulle. Cet cvêque remit à Innocent X la seconde déclaration, qu'il approuva par un bref en date du 29 septembre 165i II déclarait dans ce bref qu'il avait condamné par sa bulle a la doctrine de Cornélius Jansenius contenue dans son livre intitulé Augustinus, » Le pape fut amené à cette décision, pressé, comme dit le P. Rapin % de divers côtés pour déclarer s'il n'avait point condamné les cinq propositions dans le sens de Jansenius, 11 avait évité de le dire pour ne point exciter de troubles *, mais les zélés, qui ne craignaient rien tant que la paix, l'obligèrent par leurs instances à sortir de la réserve qu'il avait crue nécessaire.
Outre cette décision, le bref contenait une vive recommandation d'obéir à un décret du Saint-Office du 23 avril précédent, par lequel les ouvrages faits pour la défense de Jansenius, tant aux Pays- Bas qu'en France, étaient supprimés.
Les Jésuites désiraient ardemment que ce bref, ainsi que la bulle
1 Extrait mss. du P. Rapin, p. 147.
• F. le Discours de Du Bosquet dans le Prooès^verbal de l^assemblée du clergé de Franee en 1665.
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qu'il ezj^liquait et le décret du SaintOOice, fussent enregistrés au Parlement afin qu'ils devinssent lois de TEtat. Us sollicitèrent une déclaration en ce sens, et Tenregistremenifut négocié jusqu'au mois de mai (1655). Arnauld adressa au Parlement deux Mémoires pour combattre Tenregbtreme.nt qui était sollicité ^. Bignon, avocat général, fit échouer la tentative des Jésuites. Pour les consoler, Mazarin assembla au Louvre quelques évoques qui se constituèrent en assemblée (1655), et qui écrivirent à tous les évéque^ une circulaire pour les inviter à faire recevoir et souscrire la bulle d'innocent X et le bref du 29 septembre, et proposèrent pour cela un formulaire^ comme nous le dirons plus bas.
Ainsi fut accomplie la tâche que Mazarin avait entreprise, de faii*e accepter la bulle de la manière qu'il lui semblait plus utile de le faire par les évéques de France '. On remarqua que les trois assem-^ blées qui acceptèrent la bulle, rinterprétcrent et publièrent le bref du 29 septembre, n'étaient composées que d'un petit nombre d'évéques, considérés pour la plupart comme des évéques de cour.
Le succès obtenu par les Jésuites à la cour leur donna tellement de confiance en eux-mêmes, qu'ils ne craignirent pas de se livrer aux plus grands excès contre leurs adversaires. Les chaires de Paris ^ et des provinces retentirent de déclamations virulentes contre les solitaires de Port-Royal; les pamphlets les plus outrageants contre eux inondèrent de nouveau la France ^, et l'on porta
* F. Prëfaoe historique du t. xtx des Œuvres d*AriiauId; ExtraKmss. dn F. Rapio, p. 141» 149.
* Hennant, Ifémoires mss. sur THlst. Eecl. du xvii.e siècle, liv. 11. s Md., Uv, 10 et suiv.
^ Ce fut alors que Ton imagina le fameux projet de Bourg-Fontaine. Filleau, de Poitiers, ami exagéré des Jésuites, en fut Vautour. Cette fable a été si solidement réfutée, que M. l*abbé Rhorbacher lui-même n*a pas osé y croire absolument. Après en avoir dit quelques mots, il ojoufe ; r Q^ ^^^ cabale se toit concertée ii Bourg^ontaine ou ailleurs, entre ces hix personnes ou d*autrc8, toujours cstril qu*il existait uno cabale dont llauranue était le dief, où l'on se moquait du pape, du cfmclle de Trente et do TÉglise entière, qu*oa disait périe depuis cinq ou six siècles, et <sh Ton travaillait à rendre cette rufne pins complète. » M. Rhorbacher appelle oela faim de Thisloire. ^sor bous, nous regardons de pareils récits comme d*absurdes et calomnieuses déclamations, qui ne sont appuyées sur d'autre fondement que sur des libelles inspirés à des ennemis par la plus aveugle colère. Ba paMilf libelles ne SouC pas tes documeitts sur lesquels on doive appuya l*hisloire honnête, sérieiise et impartiale. Pour avoir complètement ignoré los vmis docum^^nlii historique-,
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i la Cour de noires et perfides accusations contre leur fidélité. L'évéque de Rennes, premier aumônier du roi, un des amis les plus dévoues des Jésuites, se rendit à la cour à la tête de q#eiques docteurs, pour faire au roi une remontrance contre les prétendus sectaires, et le prier, au nom de la religion, de sévir contre eux avec rigueur, et de les forcer à la soumission ^
La Cour envoya de nouveau à Port-Royal des officiers de police pour découvrir les conciliabules chimériques qui lui étaient dénoncés. On ne tt*ouva que de pieux solitaires et quelques enfants appliqués à l'étude et aux exercices de piété. La Cour ayant désire leur séparation, ils quittèrent leur solitude ; mais ils y rentrèrent un mois après. Les intrigues des Jésuites furent déjouées par Amauld d'Andilly ; Mazarin lui-môme rendit justice aux solitaires de Port- Royal *. Cet échec ne découragea pas les Jésuites; ils firent jouer tant de ressorts qu'ils parvinrent à leur but, comme nous le verrons plus tard. Innocent X mourut peu de temps après avoir donné son bref au clergé de France, et Ait remplacé sur le Saint-Siège par Alexandre VU.
M. Rhorbacher ii*a fait, sous le titre d^BUtaUre fÊnUveneltê ée tEglitê eatko- Hquêf qu'un énorme et ignare pamphlet*
* r. Gorberon, Hist« du lansénisme, ann. 1664; Hermant, Mémoires mss. snr rHîflt. Eocl. du xvn.a stèele, liv. 10; D. Glémeneet, Hist générale de Port-Royal; Extrait mss. du P. Rapin, p. 145.
* Mémoires de Amauld d*Andilly, ad /In.
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Opinions diverses sur la manière d'interpréter la bulle d'Innocent X. — Exagération de l'abbé Olier, curé de Saint-Sulpice, touchant cette interprétation. - Lettre d'Amauld à une personne de condition. — Lettres du même à un duc et pair.— Censure de cette lettre par la Faculté de théologie.— Elle est approuvée par le pape. — Le docteur Jean de Launoy opposé à la censure d'ArnauUl. — Cette censure donne occasion auï premières Provinetale*. — Examen des Provineialês de Pascal. — Morale des Jésuites.— Leiu's réponses aux Provitwiales.
— Polémique touchant la morale des casuistes — Elle est attaquée par les curés de Paris et de Rouen. — La cause est portée à rassemblée générale du clergé.
— Instructions de saint Charles Borromée, imprimées par ordre du cler{^. — AfTaire des cinq propositions renouvelée. — Assemblée des quinze. — Assemblée générale. — Pierre de Marca et son formulaire. — Aveux de l'évéque de Lodève touchant les sentiments d'Innocent X. — L'assemblée demande une nouvelle bulle. — Bulle d'Alexandre VU. — Sa réception en France. — Elle est envoyée aux évèques avec le formulaire de l'assemblée. — Elle est sans résultat.— Suite de l'affaire des casuistes. — Apoloffie des Casuistes par le P. Pirot. — Polémique à propos de cet ouvrage, qui est censuré en France et à Rome. — Colère des Jésuites. — Ils renouvellent la question des cinq propositions et provoquent des mesures rigoureuses contre leurs adversaires. — Assemblée du clergé de 1660.
— La signature du formulaire du clergé obligatoire.— Divers écrits sur le lormulaire, les Imaginaires de Nicole. — Mandements des vicaires-généraux du cardinal de Retz à ce siget. — Ce prélat donne sa démission. — De Marca, archevêque de Paris. — Sa mort.— Projet d'accommodement de l'évéque de Comminges et du P. Ferrier. — Conférences sans résultat. — Assemblée de 1663. - Opposition de plusieurs évéques au formulaire du clergé. — Pavillon, ôvéque d'Alet. — De Péréflxe» archevêque de Paris. — Les religieuses de Port-Royal persécutées à propos du formulaire du clergé. — Bossuet à Port-Royal. — Notice sur ce grand homme.
Nous avons remarqué que la bulle dlunocent X pouvait être diversement interprétée^ et que les évéques réunis par Mazarin en 1654 étaient en contradiction assez formelle avec le bref du pape à l'évéque de Tulle. Les hommes les plus doctes et qui n'entraient aucunement dans les querelles des partis^ étaient portés à donner une interprétation conforme à ce premier bref ^ et nous citerons à Tappui de cette opinion^ la lettre du P. Morin au P. de Sauvigny *. Le P. Morin a écrit contre plusieurs maximes attribuées aux Jansénistes^ il ne peut donc être suspect de complaisance à leur égard. Consulté par le P. de Sauvigny sur le sens de la bulle d'Innocent X^
* I<.oltre du P. Morin, de TOratoire, au P. de Sauvigny.
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il lui déclara nettement qu'après avoir examiné l'écrit présenté au pape par le docteur de Saint-Amour, où les divers sens des propositions étaient clairement exposés^ a il conclut incontinent et déclara que l'opinion des Jansénistes n'y était pas condamnée ; qu'il y avait une forte présomption contre l'opinion des Jésuites, et une forte pour l'approbation de celle des Jansénistes. »
Le P. Morin appuie son opinion sur la déclaration solennelle qu'avait faite le pape, qu'il ne voulait toucher en rien à la doctrine de saint Augustin ; et , comme dans la deuxième colonne de leur écrit, les députés des onze évéques avaient exposé nettement la doctrine de l'évéque d'Hippone, et déclaré qu'ils n'avaient pas une autre foi, le P. Morin en concluait que la condamnation portait sur les cinq propositions/ telles qu'elles étaient expliquées dans la première colonne ou sur la doctrine de la troisième, c'est-à-dire sur la doctrine de Calvin ou sur celle de Molina. »
Après avoir rapporté la réception faite par le pape à Saint- Amour, et la déclaration qu'il flt au baiUy de Valençay S le P. Morin continue ainsi :
a Quelque^uns font instance sur ce que le pape dit que les propositions sont tirées du livre de Jansenius ; mais les mots de la bulle témoignent tout au commencement qu'il ne fait que rapporter les choses comme on les lui a présentées et donné à entendre. Or, telles relations faites au prince, selon l'un et l'autre droit, ne sont point de foi, comme nous l'enseigne le titre du Concordat de la Pragmatique-Onction DeSublatione Clementinœ C. Litteris. Au contraire, il arrive souvent qu'une violente présomption vaut une sentence définitive, extra, de Prœsumptione, cap. Offerte mihi. Partant, cette bulle considérée par toute personne versée en droit, paraîtra à mon avis, plus désavantageuse aux Jésuites qu'aux Jansénistes.D
L'opinion du P. Morin était d'une conformité remarquable avec ceUe du bref à l'évoque de Tulle.
Les solitaires de Port-Royal interprétaient la bulle comme ce savant Oratorien et comme le pape lui-même. Les Jésuites n'avaient donc pas sujet de crier si haut contre eux à l'hérésie, parce qu'ils soutenaient qu'un évéque savant, vertueux, et mort dans le sein de l'Église, n'avait pas soutenu en réalité la mauvaise doctrine qu'on lui attribuait. On ne comprend même pas bien quel intérêt avaient l'assemblée de Mazarin [et les Jésuites de vouloir que Jan-
< Nous a\on8 rapporté ces faits ailleurs.
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senius eût soutenu uue mauvaise doctriue, lorsque ses disciples pro** testaient qu'ils entendaient son livre d'une manière orthodoxe, selon la déclaration qu'ils avaient donnée au pape lui-môme; c'était^ ce semble, assez pour l'orthodoxie, que la mauvaise doctrine fût justement flétrie par la bulle. Il est vrai que la soumission des solitaires de Port-Royal dérangeait les plans des Jésuites contre eux. Dès qu'il était constant qu'ils adhéraient à la condamnation du Prédestinatianismc calviniste qui leur était attribué, la victoire des Jésuites était nulle, et ils perdaient le fruit de toutes leurs intrigues.
Ils protitèrent donc de leur crédit à la Cour pour faire croire que la soumission de leurs adversaires n'était que feinte, et que le moyen de la mettre à l'épreuve était de dire que la doctrine condamnée était la vraie doctrine de Jansenius, et que les écrits de cet évéque ne pouvaient être interprétés autrement que dans le sens condamné par le pape.
Les solitaires de Port-Royal respectaient l'évéque d'Ypres et admiraient son livre. Ils n'hésitèrent pas à dire, cependant, que si la doctrine condamnée était la sienne, ils la condamneraient dans son livre comme dans tout autre; mais ils ajoutaient que, dans leur conscience, ils étaient persuadés que Janseoius n'avait enseigné que la doctrine de saint Augustin ; qu'on donnait à ses paroles une interprétation forcée en lui attribuant le Prédestinatianisme ; que les cinq propositions n'étaient pas dans son livre, et que, y seraient* elles formellement, on pouvait leur donner un sens orthodoxe. Telle est l'opinion développée par Amaùld dans sa LBitre à une penonne de condition '.
Voici quelle fut l'occasion de cet ouvittge.
Plusieui*s curés de Paris, trop ûdèles aux interprétations des Jésuites, se croyaient obligés en conscience de persécuter ceux qui pensaient pouvoir prendre la défense de Jansenius, tout en se soumettant humblement à la bulle d'Innocent X. De ce nombre était l'abbé Olier, curé de Saint-Sulpice, à Paris; cet homme, si estimable sous plusieurs rapports^ n'agit pas avec sa prudence ordi* naire envers un de ses paroissiens» le duc de Lioncourti fort attaché à l'école de Port-Royal '. Le duc de Liancourt se confessait ordi-
* Œu^fi's lîMrnauld, t. xix.
' Viu d'Arnauld, i.r« partie, § 'M; Hirmoiit, Méin. niss. sur l'Hist. Eccl. du XVII.» ?iècle,liv. J3, rh. 10. '
DE l'bGLIM I>B rRANCE. M7
nairetn6nt^ depuis deux ans, à un prêtre de Saint'^Sulpice^ nohuné Picoté. Si nou8 en croyons l'auteur de la vie d'Amauld et les mé^ moires manuscrits de Hermank^ l'abbé Picoté refusa l'absolution à son pénitent^ en disant qu'il ne pouvait la lui donner s'il ne retirait sa petite fille de Port-RoyaJ^ où elle était élevée par les religieuses^ et s'il ne congédiait le P. Des Mares et l'abbé de Bourzeis auxquels il donnait asile. Selon Fauteur de la vie de l'abbé Olier ^y Picoté aurait demandé seulement trois jours pour prendre conseil sur la manière dont il devait agir dans la circonstance ; le duc de Liancourt y aurait consenti et se sei*ait plaint à saint Vincent-de^Paul de ce que les prêtres de Saint-Sulpice lui refusaient l'absolution. Quoi qu'il en soit^ l'absolution fut différée^ ce qui équivaut à un refus, et le duo de Liancourt, tout en n'exigeant pas cette absolution, se trouva assez blessé de ce refus pour en parler à ses amis; le fait devint public eu un instant. Vincentde-Paul accourut en conférer avec Olier ^ de BretonviUiers et Picoté, lesquels résolurent de faire autoriser leur conduite par un avis des docteurs de Sorbonne. a Plusieurs docteurs de cette maison, dit l'auteur de la vie de l'abbé CMier, des plus célèbres et des plus expérimentés, répondirent que le confesseur serait bien fondé à refuser l'absolution au duc de Liancourt, mais qu'il ne devait pas lui refuser la communion s'il se présentait à la Sainte^ Table. » Cette dernière partie de la réponse donne à penser que dier, comme le rapporte l'auteur de la vie d'Amauld, avait me^ nacé le duc de Liancourt de lui refuser la communion. Le même auteur dit que les docteurs consultés étaient au nombre de quatre, qu'ils appartenaient à la Congrégation de Saint-Sulpice, et que parmi eux étaient Morel et Lemoine.
Le fait arrivé sur la paroisse de Saint-Sulpice fut commenté de différentes manières, se répandit partout et fit grand bruit. Amanld publia sa Lettre à une perâonne de condiiian, pour prouver combien étaient coupables des prêtres qui, de leur autorité privée, voulaient excommunier des personnes honorables qui, non-seulement n'étaient convaincues ni de schisme ni d'hérésie, mais qui ne pouvaient même pas en être soupçonnées. Le pape Alexandre VII, ayant lu ce travail d'Amauld, dit à De Lionne *, ambassadeur de
i Vie de M. OHer, par M. FaHlon, â.< partie, liv. 9, % ». » LctiPB en M. de Liorine h M. de Bricnnc; Arrh. de^ aff. dtrang., Rome, t. II.
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France près de lui, que le curé de Saint-StUpice avaii tort; l'am bassadeur lui ayant représenté que si les Jansénistes étaient informés de sa façon de penser y ils pourraient s'en prévaloir. — Ils peuvent s en prévaloir y dit le pape, car le curé a tort. Quelque temps après, Alexandre YII dit aux Jésuites : Vous voudriez chasser ces gens-là du sein de l'église, et nous voulons qu'ils y demeurent.
Ces paroles prouvent qu'Alexandre YII, au début de son pontificat, voulait se soustraire à cette puissance des Jésuites, qui ont toujours fait payer si cher aux papes leur quatrième vœu ; mais il n'osa lutter contre eux et il les suivit dans la guerre qu'ils avaient entreprise contre Port-Royal.
A peine la Lettre aune personne de condition était-elle publiée, qu'une foule de libelles furent dirigés contre Arnauld ^. On y avait pour but de justifier la conduite du prêtre Picoté et de montrer que la déclaration d' Arnauld, touchant les cinq propositions, n'était pas suffisante. Le duc de Luynes engagea Arnauld à réfuter ces Ubelles, où les lois les plus sages de rEgUse, touchant l'administration des sacrements, étaient méconnues. Arnauld obéit, et composa sa Lettre à un duc et pair ', dont la publication eut pour lui des suites terribles. Il l'envoya, le 27 août, au pape Alexandre VII. La Lettre à un duc et pair est un traité complet des lois de l'Église dans l'administration des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; Arnauld traite cette question dans la première partie de sa lettre, afin de justifier les principes qu'il avait émis, touchant le fait qui avait amené tous ces débats. Dans la seconde partie, il proteste de sa soumission à la constitution d'Innocent X; seulement il ne se croyait pas obligé en conscience de croire que ce pape avait décidé que les cinq propositions étaient dans le livre de Jansenius; il interprétait cette bulle comme le P. Morin, mais en affirmant^ que ce n'était pas chez lui un subterfuge pour soutenir la doctrine
1 Voici les principaux de ces libelles : — La Conférence d*un Catholique avef un Janséniste, par le sieur Péan. — Lettre d*un abbé à M. Arnauld. — Lettre d'un ecclésiastique à un de ses ami?. — Remarqués iaites sur la Lettre de M. Arnauld, par le sieur Péan. — Lettre d*un docteur catholique à une dame de condition. — Seconde Lettre d*un abbé à M. Arnauld. — Discours d*un théologien désintéressé. — Avis à M. Arnauld, docteur de Sorbonne, par un docteur catholique (le P. Ferrier). — Réponse k quelques demandée dont réclaircissement est nécessaire ab temps présent, par le P. François Annat.
* Œuvres d*Amauld, t. xix.
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des cinq propositions^ qu'il reconnaissait justement condamnée. Du reste^ son attachement pour Jansenius n'allait pas jusqu'à embrasser une doctrine mauvaise^ parce qu'elle serait dans son livre, et il déclarait la condamner au contraire dans VAugmtinuSy si elle s'y trouvait, comme dans tous autres livres où elle pourrait se rencontrer.
Le P. Annat et ses amis trouvèrent qu'Amauld ne pouvait douter que les cinq propositions ne fussent dans l'^lu^u^/mti^, sans offenser le pape et les évéques de l'assemblée du Louvre qui avaient décidé qu'elles y étaient. Ils l'accusèrent en même temps d'enseigner la première des cinq propositions lorsqu'il disait : c( l'Écriture nous montre en la personne de saint Pierre un juste à qui la Grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué dans une occasion où l'on ne peut pas dire qu'il n'ait point péché. »
De ces paroles, le P. Annat concluait qu'Arnauld soutenait que la Grâce avait manqué à saint Pierre, ce qui lui avait rendu un commandement impossible, malgré ses efforts pour l'accomplir.
Cette conclusion n'était pas rigoureuse. Arnauld ne niait pas que saint Pierre n'eût eu pour agir, conformément à la loi, une de ces grâces premières ou excitanteSy comme dit saint Augustin, qui ne font pas, il est vrai, accomplir les préceptes, mais qui disposent, si on y correspond, à obtenir de Dieu celle qui les fait accomplir et qu'on appelle efficace. Le P. Annat ne comprenait pas la doctrine d' Arnauld, lorsqu'il lui imputait de soutenir la première des cinq propositions. Ajoutons que la phrase reprochée à ce docteur était littéralement empruntée à saint Jean-Chrysostôme et à saint Augustin, et qu'il protestait Tentendre dans le même sens que ces Pères.
Cette proposition n'en fut pas moins la principale cause de la persécution qu'on lui fit endurer.
Le 4 novembre 1655 % Guyard, élu depuis peu syndic de la Faculté de théologie, déclara qu'il avait reçu, de la part depersanneê cansidérableSy des plaintes contre le livre d'Arnauld, et qu'il demandait à la Faculté de nommer des commissaires pour l'examiner. Le docteur de Saint-Amour s'opposa à cette proposition.
> Du Uas, Hist. des cinq propositions, liv. 2 ; EUies Du Pin, Hist. Eccl. du xvii.« siècle, t. ii ; Hermant, Mém. mss. sur THist. Ecol. duxvii.e siècle, liv. 14; D^Avrigny, Hém. chronol., ann. i655; Gerb., Hist. du Jans., ann. 1056,